Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

L’Impossible monsieur bébé (Bringing up Baby) – de Howard Hawks – 1938

Classé dans : 1930-1939,BOND Ward,HAWKS Howard — 23 mai, 2020 @ 8:00

L'Impossible Monsieur Bébé

Oui, Howard Hawks a un talent assez extraordinaire pour filmer les dialogues dans ses comédies, avec ces dialogues qui se chevauchent sans le moindre temps mort, et cette manière d’accélérer le mouvement. Cela donne un rythme hallucinant à ce film, comme à toutes ses grandes incursions dans le genre. Oui.

Pourtant, aussi vive et enlevée soit cette comédie, j’ai eu bien du mal à me passionner pour ce vaudeville entre ville et campagne, avec léopards et récits de chasse. Il y a des tas de scènes franchement géniales : celle de la robe arrachée dans le restaurant, la longue séquence de la prison, ou celle du léopard sur le toit, qui m’a franchement fait fondre. Des scènes où on affiche un grand sourire, à défaut de grands rires francs, et où une certaine poésie affleure sous la folie de l’histoire.

Mais cette folie semble aussi par moments trop libre, pas assez maîtrisée, et un peu vaine. Cary Grant est réjouissant en paléontologue distrait et naïf. Katharine Hepburn est un rien exaspérante en héritière fonceuse et totalement in love. Les seconds rôles sont parfaits, pas la moindre baisse de régime, des moments d’anthologie…

Mais alors quoi ? D’où vient ce désintérêt qui va et vient constamment. Pas de l’ennui, non, mais un désintérêt poli, qui donne envie de souffler pour que ce squelette de dinosaure se casse la gueule au plus vite. Peut-être n’étais-je tout simplement pas dans de bonnes dispositions… A revoir pour vérifier.

The Craving (id.) – de Francis Ford (et John Ford) – 1918

Classé dans : 1895-1919,FILMS MUETS,FORD Francis,FORD John — 22 mai, 2020 @ 8:00

The Craving

Parfois attribué à John Ford, The Craving est sans doute l’œuvre exclusive de Francis Ford, le grand frère, celui qui a amené le grand John (Jack à l’époque) à se lancer dans le cinéma. Ce dernier était déjà réalisateur (et déjà grand) : antérieur à The Craving, on connaît Straight Shooting et Bucking Broadway, deux westerns formidables. Il a toutefois participé d’une manière ou d’une autre au tournage de The Craving, apparemment comme assistant réalisateur de son frère, co-scénariste, et peut-être co-réalisateur…

Quoi qu’il en soit, le film n’a rien de fordien. Enfin si, peut-être, mais pas du Ford que l’on connaît : l’autre, le frangin, celui dont on ne connaît que très peu des films qui lui ont valu une certaine gloire dans les années 1910, celui que Ford (le vrai, le grand) fera travailler souvent en lui confiant des rôles de vieux poivrots barbus.

Dans The Craving, Francis Ford n’est pas encore barbu, mais il est déjà poivrot. Un héros, qui terrassera le méchant et emballera la fille. Un scientifique, inventeur d’un explosif puissant dont le méchant convoite la formule. Mais un poivrot, qui picole jusqu’à être pris de crises de delirium tremens.

L’histoire, compliquée et sans grand intérêt, semble n’exister que pour aboutir à ces moments de délire éthylique, où les visions du Francis donnent lieu à des trucages qui font leur petit effet. De simples transparences, bien sûr, mais que l’aîné des Ford filme avec un vrai sens du cadre et de l’effet.

Le film manque de rythme, pêche par un scénario un peu con en plus d’être embrouillé, mais quelques scènes sont de grandes réussites. Celle où Francis regarde de minuscules danseuses s’ébattre dans son verre en est une. Celle où il s’imagine (en deux exemplaires) hanter les champs de batailles d’Europe en est une autre.

Pourtant, c’est peut-être lorsqu’il se filme face à un miroir dans des plans de trois-quarts dos assez dynamiques, que Ford est le plus percutant. Ou lorsqu’il enchaîne les gros plans dans une scène de restaurant, créant immédiatement une tension forte entre ses personnages.
Pas du grand art, non, mais une belle curiosité, et un film qui donne envie d’en voir plus de l’autre Ford.

L’Odyssée de Charles Lindbergh (The Spirit of St. Louis) – de Billy Wilder – 1957

Classé dans : 1950-1959,STEWART James,WILDER Billy — 21 mai, 2020 @ 8:00

L'Odyssée de Charles Lindbergh

On n’attendait pas Wilder dans un tel projet, relativement hagiographique : l’histoire de la mythique traversée de l’Atlantique par Charles Lindbergh, d’après les mémoires de ce dernier. Le film occulte complètement tout ce qui n’a pas trait à l’aviation, tous les aspects détestables du personnage. Le choix est radical, et payant : qu’importe finalement la personnalité de Lindbergh, ce n’est pas l’homme qui intéresse Wilder, mais la grandeur de l’épopée.

On n’attendait pas Wilder sur ce terrain. Pourtant, le film est une grande réussite, et un film qui porte très clairement la patte de son auteur. Dans les quelques moments de comédie bien sûr, en particulier une irrésistible et courte séquence sur un aérodrome militaire, avec Carleton Young en officier exaspéré. Mais aussi dans quelques détails typiquement wilderiens, qui rattachent Lindbergh, seul dans son cockpit, à l’humanité qu’il a quittée en décollant: ce miroir si important, ou cette mouche avec laquelle se noue un dialogue inattendu.

Wilder est un auteur complet. Son film est aussi remarquable pour l’intelligence de son scénario que pour la précision de sa mise en scène, y compris dans les longs passages où Lindbergh est seul dans son avion, où l’intérêt est constamment relancé par un incident, un sourire, un plan inattendu.

James Stewart fait aisément oublier qu’il a vingt-cinq ans de trop pour son rôle. Les cheveux peroxydés, l’œil toujours aux aguets, cette moue qui passe si aisément du sourire à l’inquiétude… Il est (forcément) formidable dans ce rôle iconique, dont il ne retient justement que cet aspect d’icône, avec une humanité magnifique. Et un beau mélange de gravité et de légèreté, comme lorsqu’il lance aux pêcheurs qu’il survole : « Which way to Ireland ? » et se demande pourquoi ils ne lui répondent pas…

On connaît la fin. Sans vouloir spoiler outre-mesure : il va le traverser, cet océan atlantique. Pourtant, on vit l’incertitude, les angoisses, les rêveries de ce personnage confronté à lui-même, qui se remémore les événements qui l’ont amené à traverser cette immensité d’eau enfermé dans un espace si petit. On tremble avec lui, on piquerait presque du nez avec lui, et on ressent une émotion immense lorsqu’on découvre les paysages (si caricaturaux) d’Irlande, où qu’on survole enfin Paris (si caricaturale).

Cette année-là, Wilder touche à tous les genres : la comédie (Ariane), le drame judiciaire (Témoin à charge) et l’odyssée humaine. Avec la même intelligence, la même intensité, et la même réussite. Un grand, définitivement.

Le Renard et l’enfant – de Luc Jacquet – 2007

Classé dans : 2000-2009,JACQUET Luc — 20 mai, 2020 @ 8:00

Le renard et l'enfant

Après La Marche de l’Empereur, Luc Jacquet signe une nouvelle ode à la nature, visuellement somptueuse. Pas vraiment un documentaire : s’il filme le règne animal dans ces forêts de l’Ain, c’est du regard d’une fillette qui noue une amitié improbable avec un renard, apprenant autant sur la nature que sur elle-même.

C’est émouvant, les images sont magnifiques, les sentiments sont beaux, et nobles. C’est digne de Disney, c’est d’ailleurs Disney qui distribue le film. Mais Jacquet ne tombe pas pour autant dans la facilité, ou dans l’émotion trop téléphonée. Cette amitié, si mignonne soit-elle (et ils sont très mignons, le renard comme l’enfant), est teintée d’une certaine brutalité. Moralité : si mignons soient-ils, un animal sauvage et un enfant ne sont pas faits pour être amis.

C’est dit, c’est bien mignon pour une soirée de confinement en famille. Et à défaut d’être franchement emballés par cette amitié, au moins est-on subjugués par la beauté des images, et par le défi que mettre en scène de tels personnages (renards, loups, hérissons, lynx…) représente.

Bonjour (Ohayō) – de Yasujiro Ozu – 1959

Classé dans : 1950-1959,OZU Yasujiro — 19 mai, 2020 @ 8:00

Bonjour

Parce que leurs parents refusent de leur acheter une télévision, deux enfants décident de faire la grève de la parole. Le thème était déjà présent dans Gosses de Tokyo, film muet qu’Ozu a tourné en 1932, et dont Bonjour est, sinon un remake, au moins un prolongement. Une vraie comédie, où le rire prend des voies parfois inattendues, faites de postures de gamins et de pets sonores et foireux…

Comme dans Gosses de Tokyo, Ozu s’amuse à dresser le parallèle entre adultes et enfants. D’une manière sans doute moins évidente ici, mais quand même : ce silence que s’imposent les enfants ressemble fort à une réponse aux phrases vides de sens des adultes.

Ces phrases vides de sens pour lesquelles Ozu a visiblement beaucoup d’affection : quand il y a du sens, c’est souvent à mots cachés, et à mots cinglants. Les échanges entre ces femmes qui vivent dans un quartier japonais traditionnel se font de grands sourires, mais pour mieux sortir des horreurs. Les phrases « pour ne rien dire », elles, sont chargées d’émotion, de bienveillance et d’amour.

Comme souvent chez Ozu, il y a l’irruption de la modernité dans un Japon traditionnel. Si cette opposition est nuancée, Ozu affiche quand même une certaine attirance pour les modes occidentales (la télévision ici, mais aussi l’immeuble en béton, filmé comme un havre de sérénité loin des ragots), tout en ayant une certaine tendresse pour la tradition.

Ce décor de maisons japonaises que surplombe un immense talus, relié à la ville par des câbles électriques, on l’a vu plus d’une fois dans le cinéma d’Ozu. C’est aussi ce qui est beau chez lui : cette capacité à nous emmener dans son univers, de nous y mettre à l’aise, en terrain connu, mais pour mieux nous y bousculer, à petites touches.

En l’occurrence, il le fait avec beaucoup d’humour. C’est très drôle, mais c’est aussi plus que ça. C’est la vie, avec ses faux-semblants, ses moments d’angoisse, ses accès de bien-être. C’est la vie de ce quartier que narre Ozu à sa manière si simple en apparence, mais si pleine de vie justement, avec ses personnages qui se croisent constamment. C’est visuellement somptueux avec ses lignes verticales omniprésentes. Du grand art.

Sleepers (id.) – de Barry Levinson – 1996

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),1990-1999,DE NIRO Robert,LEVINSON Barry — 18 mai, 2020 @ 8:00

Sleepers

Généreux et douteux, émouvant et agaçant… Sleepers est un film sincère, c’est une chose. C’est aussi un film ambitieux, c’en est une autre. C’est enfin un film discutable.

Sincère : Barry Levinson a de toute évidence beaucoup d’empathie pour ses personnages, gamins du quartier de Hell’s Kitchen dont la jeunesse a été volée par les sévices subits dans un centre de détention, où ils ont été envoyés après une connerie qui aurait pu être tragique. Aurait pu, parce que non : faire de ces gamins des criminels aurait amoindri l’empathie que le réalisateur veut nous faire partager pour ces personnages dont il magnifie la manière de se rendre justice.

Ambitieux : Levinson l’est aussi, trop sans doute. Auréolé de quelques succès fracassants (dont celui de Rain Man surtout), il se voit nettement plus haut qu’il ne l’est vraiment. Au niveau d’un Scorsese à vrai dire, dont le Goodfellas est la référence ultime et évidente pour Levinson, qui veut visiblement filmer son New York comme l’a fait Scorsese avant lui, avec la même fièvre. Raté.

Levinson est un honnête réalisateur, qui réussi quelques scènes très émouvantes. Toutes celles avec De Niro, prêtre compréhensif, sont particulièrement réussies. Celles avec Dustin Hoffman aussi, excellent en avocaillon alcoolique totalement à côté de la plaque. A vrai dire, Levinson est sans doute, avant tout, un directeur de grands acteurs. Pas un grand directeur d’acteurs : il ne fait pas de miracle avec le tiède Jason Patric (sauf une scène, face à De Niro, où il est d’une intensité inattendue). Mais un directeur de grands acteurs, qui sait mettre en valeur ses stars.

C’est déjà beaucoup, surtout pour un film avec un tel casting : on y croise aussi Brad Pitt, Vittorio Gassman et Kevin Bacon (dans un rôle difficile à porter). Mais est-ce suffisant ?

A certains moments, on dirait bien que oui. Mais il y a la longue partie du procès, où sont jugés deux des gamins devenus adultes, qui ont abattu l’un de leurs violeurs. Et cette longue séquence, filmée efficacement avec tous les effets habituels du film de procès, tombe totalement à plat tant les situations elles-mêmes sont peu crédibles, jusqu’au grand n’importe quoi.

Il y a un grand sujet dans ce film. Des grands sujets, même : la pédophilie, les conséquences des erreurs de jeunesse, la difficulté d’aller de l’avant après de tels traumatisme. Des sujets sans doute trop forts pour un réalisateur comme Levinson, et qui finissent par disparaître derrière l’autre sujet : la vengeance. Nettement plus racoleur.

Copie conforme – de Jean Dréville – 1947

Classé dans : * Polars/noirs France,1940-1949,DREVILLE Jean — 17 mai, 2020 @ 8:00

Copie conforme

Entre deux très grands films (Les Amoureux sont seuls au monde et Quai des Orfèvres), qu’il enchaîne ces années-là, Louis Jouvet s’offre une récréation qui a dû être franchement jouissive à tourner : une fantaisie entre polar et comédie, qui lui permet de se glisser dans la peau d’un vieux duc, d’un déménageur normand, d’un collectionneur de bijou ou d’un modeste marchand de boutons…

En fait, il ne tient « que » deux rôles : celui d’un escroc roi du déguisement, et celui de son sosie trop effacé. Soit un manipulateur cynique et superbe, et un timide mal dans sa peau. Deux opposées que Jouvet interprète avec une même intensité. Ou plutôt deux intensités différentes Avec un (double) naturel remarquable, il donne une vraie personnalité à ses deux personnages, sème le trouble, mais reste lui. Et lui.

Comédie gentiment cynique, bien réalisée par Jean Dréville qui n’en rajoute pas non plus dans la performance. Comme pour le jeu de Jouvet, c’est la sobriété du réalisateur qui fait mouche, avec cette manière de confronter les deux Jouvet à l’image sans la ramener, sans jamais focaliser l’attention sur les trucages simplement utilitaires, et aussi discrets que remarquables.

L’histoire, elle, est sympathique et anecdotique. Le film compte surtout pour ses acteurs (Suzy Delair, aussi), les dialogues d’Henri Jeanson, et le ton surtout, la légèreté et l’allant que Dréville lui donne. Et ce plaisir communicatif d’un Jouvet décidément très grand.

La Scandaleuse de Berlin (A foreign Affair) – de Billy Wilder – 1948

Classé dans : 1940-1949,DIETRICH Marlene,WILDER Billy — 16 mai, 2020 @ 8:00

La Scandaleuse de Berlin

Treize ans avant Un, deux, trois, Wilder posait déjà ses caméras dans le Berlin de l’après-guerre. Mais cette fois-là, dans l’immédiat après-guerre. Pas encore celui de la reconstruction, ni même des deux Allemagnes : celui d’un Berlin en ruines, occupé par les troupes des différentes armées vainqueurs.

Ce n’est pas le premier film effectivement tourné dans les ruines de Berlin. Mais ce Wilder est l’un des plus impressionnants. Ne serait-ce que pour son aspect documentaire, la vision qu’il offre de cette capitale ravagée et de sa population dépendante du marché noir, le film est important.

Il l’est aussi, tout simplement, parce que c’est une grande réussite où l’humour léger, le cynisme et la gravité de Wilder se retrouvent autour d’un triangle amoureux décapant : la chanteuse de cabaret au passé trouble (Marlene Dietrich, qui d’autre), l’officier américain un peu magouilleur et beau parleur (John Lund, très bien), et la congresswoman trop guindée, venue explorer le oral des troupes américaines.

Jean Arthur, dans un rôle qu’on image comme un clin d’œil à M. Smith au Sénat, est une grande actrice comique. Irrésistible quand elle met trois plombes à plier ses lunettes avant de daigner jeter un œil aux ruines que son avion survole. Hilarante quand elle se fait passer pour une « Gretchen » écervelée. Touchante quand, totalement bourrée, elle s’abandonne à celui qu’elle aime. Et puis tragique et superbement filmée, profil sombre couvert d’ombre, lorsqu’elle réalise la tromperie…

C’est avant tout à travers son regard qu’on découvre la vie de ce Berlin exsangue. Wilder sait lui donner de la vie et de la gravité dans le même mouvement. Les scènes dans le cabaret, surtout, sont absolument magnifiques, caves sombres toutes en ombres et en recoins, dont Wilder fait un écrin sur mesure pour Marlene, fascinante comme toujours. Fascinante et troublante, parce que le scénario (co-écrit avec le fidèle Charles Brackett) ne l’épargne pas, et n’atténue pas la responsabilité individuelle au nom de la responsabilité collective.

Une comédie, oui, mais grave et profonde. Un grand cru de Wilder.

Les Forbans du désert (Ambush at Tomahawk Gap) – de Fred F. Sears – 1953

Classé dans : 1950-1959,SEARS Fred F.,WESTERNS — 15 mai, 2020 @ 8:00

Les Forbans du désert

Tout juste sortis de prison, où ils ont passé cinq ans, quatre hommes partent chercher le magot qu’ils ont eu le temps de planquer. Ils arrivent dans une ville fantôme d’où l’argent semble s’être évaporé, et où les Apaches ne tardent pas à les menacer…

Cette ville fantôme, c’est franchement le personnage principal de ce petit western de série : son décor principal, au moins dans la seconde moitié, et la raison d’être du film. D’ailleurs, après une première partie pas désagréable, mais confuse et convenue, le film s’emballe dès l’arrivée dans cette ville fantôme.

Une arrivée balayée par une tempête de vent et de sable, qui dramatise joliment la tension déjà palpable entre les protagonistes. Ces derniers retournant chaque planche de la ville en ruines est aussi une image assez mémorable, et rare dans le western.

Le plaisir repose aussi sur de petits détails, parfois anodins. Les quatre repris de justice rentrent dans le saloon au début du film : le plan est tourné de derrière le bar, avec une caméra suffisamment basse pour cadrer les bouteilles alignées. Un plan qui semble anodin, mais qui resurgit dans le bar-fantôme, où les personnages se souviennent tristement des bouteilles alignées.

Passons rapidement sur le personnage d’Indienne Navajo, jouée par Maria Elana Marquès, dont la présence n’est justifiée que pour avoir une femme au générique : une femme très souriante, parfaitement maquillée, et très aimante. Mouais… Les hommes sont nettement mieux dotés. John Derek, très bien en jeune loup, et surtout John Hodiak, sale type plus nuancé qu’à l’accoutumée, particulièrement frappant quand on le voit se désespérer d’être coincé sans même pouvoir payer ses dettes.

Inégal et imparfait, ce western de série B est plein de ces petits détails réjouissants (jusqu’au sacrifice final, inattendu). Un film bref, mais intense.

L’Homme de Rio – de Philippe De Broca – 1964

Classé dans : 1960-1969,DE BROCA Philippe — 14 mai, 2020 @ 8:00

L'Homme de Rio

L’une des inspirations de Lucas et Spielberg pour Indiana Jones… La meilleure adaptation des aventures de Tintin… Le plus grand film d’aventures du cinéma français… L’Homme de Rio, c’est tout ça à la fois : un pur de plaisir de cinéma qu’il faut apprécier comme une sucrerie, généreuse et décomplexée.

L’histoire est simple : un jeune militaire profite d’une permission pour aller voir sa fiancée. Après avoir assisté à son enlèvement, il poursuit les kidnappeurs jusqu’au bout du monde… à Rio, où il arrive sans autre bagage que sa volonté et son dynamisme. Simple, et entièrement tournée vers l’action, la vitesse, l’humour.

Et quel rythme! Dès sa descente du train, au tout début du film, Belmondo semble ne plus s’arrêter de courir. Il roule, vole, bondit, s’accroche, nage… et surtout il court, il court, il court. Il faut essayer de se remettre dans l’époque : Belmondo avait certes déjà tourné Cartouche (déjà de Philippe De Broca), deux ans plus tôt. Mais il était alors un acteur plutôt cérébral, petit chéri de la Nouvelle Vague. C’est dans ce film qu’il devient, vraiment, un acteur physique.

A le voir si dynamique, si plein de vie, si évidemment physique, on se demande bien pourquoi De Broca a été le seul à lui proposer de tels rôles, ces années-là. Le réalisateur donne un rythme extraordinaire, quasiment sans pause. Mais le film n’aurait pas été aussi réussi sans Belmondo, sans cette manière de déclamer ses répliques en en faisant un peu trop, mais toujours avec naturel, sans son dynamisme surtout.

Et puis surtout, sans le couple qu’il forme avec Françoise Dorléac, brûlante, insupportable et irrésistible : la plus grande et la plus charmante casse-couilles du cinéma français, incontestablement. Elle est à baffer, et on a envie de l’embrasser. On se sent donc tellement proche du personnage de Belmondo…

Film généreux et réjouissant, L’Homme de Rio est donc, aussi, la meilleure adaptation de Tintin (avec Le Mystère de la chambre jaune de Podalydès peut-être). Comme dans Les Tribulations d’un Chinois en Chine, sa collaboration suivante avec Belmondo, De Broca construit son film comme une série de références plus ou moins évidentes à l’univers d’Hergé, rythme et esprit compris.

Dès le cambriolage dans le musée, qui ouvre le film (et que citera en retour le dessin animé Tintin et le lac aux requins), les références sont omniprésentes, de la statuette de L’Oreille cassée à la momie aztèque des 7 boules de cristal. Belmondo s’accrochant à la façade d’un immeuble rappelle Tintin en Amérique ; le même qui manque de se faire croquer par un alligator renvoie à Tintin au Congo ; la capote de la voiture s’envole comme dans L’Or noir ; trois parchemins superposés révèlent un message caché comme dans Le Secret de la Licorne… Jusqu’aux Indiens d’Amazonie expulsés de leur forêt qui évoquent ceux de Tintin en Amérique

On pourrait continuer longtemps la liste des clins d’œil. Un petit jeu des ressemblances qui contribue au plaisir, immense, qu’on prend à revoir et revoir ce film qui n’a rien perdu de son incroyable rythme.

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