Play it again, Sam

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Frankenstein (Mary Shelley’s Frankenstein) – de Kenneth Branagh – 1994

Classé dans : 1990-1999,BRANAGH Kenneth,DE NIRO Robert,FANTASTIQUE/SF — 19 avril, 2017 @ 8:00

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Au début des années 90, Francis Coppola a entrepris un dépoussiérage des grands mythes de la littérature fantastique, d’abord avec son magnifique Dracula, puis en produisant un nouveau Frankenstein confié au Shakespearien Kenneth Branagh. Et dont j’avais gardé un bon souvenir.

Comme quoi… A le revoir, je comprends mieux pourquoi une grande partie de la publicité du film avait été basée sur le fait que, grâce à Branagh, tout le monde saurait désormais que “Frankenstein” n’est pas le monstre, mais le scientifique qui l’a créé. Oui, parce que non seulement la créature (jouée par un De Niro plutôt sobre si on oublie le maquillage) passe au second plan, mais tout le film tourne autour de ce Dr Frankenstein que Branagh interprète lui-même.

Et le film tourne littéralement autour de lui, avec d’interminables et très pompeux mouvements de caméras qui semblent littéralement faire l’amour avec l’acteur-réalisateur, les trois quarts du temps à moitié à poil. Ce Frankenstein a été mal titré : il aurait dû s’appeler Kenneth Branagh’s Frankenstein. Ou même mieux : Great Kenneth Branagh’s Frankenstein. Ou pour faire court : Great Kenneth Branagh.

Le film n’est pas juste mauvais, c’est une véritable aberration, l’œuvre d’un jeune cinéaste qui a enchaîné les succès et les signes de reconnaissance jusque là, et qui se vautre littéralement dans une sorte d’auto-admiration risible et désagréable. Cela dit, il l’est vraiment (mauvais) : Branagh semble incapable de donner un rythme ou une fluidité à son récit, accumule les décors impressionnants sans savoir comment les filmer, et réussit l’exploit de rendre la moindre de ses tirades ridicule. Une catastrophe !

Frontière chinoise (7 women) – de John Ford – 1966

Classé dans : 1960-1969,FORD John — 18 avril, 2017 @ 8:00

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Etrange année, quand même, qui a vu deux des plus grands géants du 7e Art tourner leurs derniers films : Chaplin avec La Comtesse de Hong Kong, et Ford avec ce 7 women qui en a dérouté plus d’un à sa sortie, du côté du public comme de la critique. C’est pourtant sur une pure merveille que Ford termine sa carrière, lui qui, diminué physiquement, aurait pu s’arrêter sur un échec : celui de Young Cassidy dont il quittera le tournage après deux semaines seulement.

Heureusement, il lui restait suffisamment de santé, et d’envie, pour se lancer dans un projet qui semble pourtant loin de son cinéma : l’adaptation d’une nouvelle, l’histoire d’un petit groupe de femmes blanches qui vivent isolées dans une mission en Chine, loin de leur civilisation, et entourées de dangers. Une histoire de femmes ? C’est presque une première pour Ford qui a certes souvent filmé de beaux personnages de femmes, de la Frau Bernl de Four Sons à Maureen O’Hara dans tous ses films, mais souvent un peu en retrait par rapport aux hommes.

Ici, les hommes sont quasi-absents, et le titre original lui-même revendique l’ambition du réalisateur : il n’est question que de ces femmes, de ce qu’elles sont, de ce qu’elles ont abandonné pour venir vivre dans cette région chinoise hostile dominée par un terrifiant maître de guerre. Les dangers qu’elles rencontrent – l’épidémie de peste et l’attaque des bandits – ne sont que des révélateurs de ce que ces femmes vivent.

Et quelle galerie de personnages ! Une directrice qui dissimule mal derrière son autoritarisme et sa foi ses profondes névroses (Margaret Leighton, à la fois glaçante et pathétique) ; une vieille fille qui cherche un sens à sa vie ; une femme vieillissante qui n’est là que pour avoir suivi son mari, seul homme du groupe, et qui se retrouve enceinte dans cette contrée lointaine ; une toute jeune fille pleine d’espérances (Sue Lyon, la Lolita de Kubrick) ; ou encore une femme médecin dont la liberté va bousculer cet ordre bien établi (Anne Bancroft).

Les personnages sont des femmes qui ont renoncé à la société pour d’obscures raisons, des femmes confrontées à leurs propres choix, à leurs doutes, à leurs envies inassouvies. L’image de Margaret Leighton qui observe la jeunesse affolante de Sue Lyon est aussi osée qu’émouvante : envie-t-elle simplement sa jeunesse et son avenir ? ou lutte-t-elle contre une pulsion saphique qu’elle veut à tout prix contrôler ? A chacun son interprétation, mais le trouble du personnage crée un malaise profond.

Et Ford filme ce petit monde dans de belles couleurs un peu passées, et avec une grande délicatesse, à l’image de ce gros plan fixe et magnifique sur les visages d’Anne Bancroft et Eddie Albert qui observent les flammes au loin, annonciatrices du chaos qui s’approche. Ford aurait pu faire de ce film un grand film d’aventure exotique et spectaculaire. Il privilégie constamment les personnages et son huis clos, la caméra ne s’éloignant jamais de la mission.

Pas une seule faute de goût dans ce film (bon, Woody Strode est quand même très noir pour jouer un Chinois !), jusqu’à la conclusion, dont je ne dirai rien si ce n’est qu’elle est magnifique et bouleversante. Ford clôt son dernier film de fiction sur une ultime image sublime et rageuse. Un coup de poing, un adieu à la hauteur de sa filmographie hallucinante.

La Femme à l’écharpe pailletée (The File on Thelma Jordon) – de Robert Siodmak – 1950

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1950-1959,SIODMAK Robert,STANWYCK Barbara — 17 avril, 2017 @ 8:00

La Femme à l'écharpe pailletée (The File on Thelma Jordon) - de Robert Siodmak - 1950 dans * Films noirs (1935-1959) La%20Femme%20%20lcharpe%20paillete_zpsxh7pstni

Robert Siodmak est décidément l’un des très grands lorsqu’il s’agit de créer une ambiance de film noir, de faire résonner mine de rien ces petits sons du destin en marche. Le cinéaste est alors au sommet : il vient de tourner le sublime Criss Cross. Pourtant, Thelma Jordon sera l’un de ses derniers films à Hollywood, avant son retour en Allemagne.

Le film n’est peut-être pas tout à fait à la hauteur de ses grands chefs d’œuvre (Les Tueurs ou La Proie, aussi) : il y a un côté un peu convenu à cette enième histoire du bon gars qui se fait manipuler par la femme fatale de service pour l’aider à accomplir ses sombres desseins. Dans le rôle de la poire, Wendell Corey (qui sera le flic, pote de James Stewart, dans Fenêtre sur cour). Dans celui de la belle vénéneuse, Barbara Stanwyck offre une variation plus nuancée et plus émouvante de son rôle de vamp absolu dans Double Indemnity.

Le film n’est peut-être pas le plus surprenant de la carrière de Siodmak, mais il confirme son talent exceptionnel, en particulier lors de la première partie, qui privilégie les scènes de nuit avec un travail remarquable sur les ombres et l’obscurité. La séquence du meurtre, surtout, est un modèle de tension, admirablement construite, d’autant plus impressionnante que la suite ne cessera d’y faire référence.

Suivent de longues scènes évoquant l’enquête, puis le procès. Une construction plutôt classique, donc, mais la beauté du film tient alors aux détails, à cette attention extrême que Siodmak semble porter au travail des enquêteurs, de la police scientifique, du procureur ou des avocats. Des petits riens parfois, comme ce flic occupé à relever une empreinte de pas dans la terre, ou une rangée de chapeaux accrochée près du box des jurés. Mais ces détails inhabituels donnent un certain réalisme qui renforce la dramaturgie de l’histoire.

Et puis si on n’est pas surpris de la prestation formidable de Barbara Stanwyck, jamais décevante, celle de Wendell Corey est nettement plus inattendue. Pour une fois premier rôle, il révèle de belles nuances. Son personnage, homme marié qui ne supporte plus l’omniprésence de son beau-père, est l’une des grandes réussites du film.

Crépuscule (Sundown) – de Henry Hathaway – 1941

Classé dans : 1940-1949,HATHAWAY Henry,TIERNEY Gene — 16 avril, 2017 @ 8:00

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Au Kenya, pendant la seconde guerre mondiale, les officiers d’un avant-poste britannique tentent de mettre un terme à un mystérieux trafic d’armes… La participation d’Hathaway à l’effort de guerre prend les apparences d’un film d’aventure exotique. Et on ne peut pas dire que le résultat figure au panthéon du cinéma d’Hathaway.

A vrai dire, il faut attendre une bonne demi-heure et la première scène d’action pour être enfin secoué : une fusillade nocturne aussi brève qu’intense qui nous sort de cette douce torpeur pas désagréable mais pas le moins du monde excitante qui semble toucher aussi bien les personnages que les spectateurs.

Des fulgurances comme celle-ci, il y en aura deux ou trois autres : l’ombre d’une arme qui se dessine sur un mur, la silhouette d’un pendu qui apparaît soudain, et l’ultime fusillade. Et aussi une belle scène de dialogue autour d’une table entre Gene Tierney (sublime) et Bruce Cabot (excellent). Le point commun entre toutes ces scènes : l’obscurité, qui semble inspirer nettement plus Hathaway que le soleil oppressant et les grandes étendues désertes.

Car entre ces quelques très beaux moments, le film piétine, avec une intrigue jamais totalement convaincante, comme si elle n’était qu’un prétexte pour filmer les paysages et les coutumes africaines. Ce qui est probablement le cas, d’ailleurs. Sur le papier, Hathaway et son goût pour une esthétique réaliste pouvaient sembler le bon choix. Mais l’horizontalité africaine l’inspire bien moins que la verticalité urbaine.

Il est pourtant sympathique ce film, en partie grâce à une belle distribution qui comprend aussi George Sanders, Harry Carey, Joseph Calleia et Sir Cedrick Hardwick. Et puis, en dépit d’une certaine condescendance colonialiste, le film évite plutôt la caricature, et affiche un respect assez inhabituel de la vie humaine, quel que soit l’importance du personnage… et sa couleur de peau. Ce qui n’est pas si courant.

Dommage quand même que le film finisse sur une note si, comment dire, américaine : avec un sermon totalement hors sujet qui nous rappelle à nous tous pauvres pêcheurs que l’église et l’armée sont les deux bases de notre civilisation. Sans rire.

* Le DVD du film vient d’être édité chez Artus, dans une copie loin d’être impeccable, mais très acceptable au regard de la rareté du film. Aucun supplément.

The Revenant (id.) – d’Alejandro González Iñárritu – 2015

Classé dans : 2010-2019,INARRITU Alejandro Gonzales — 15 avril, 2017 @ 8:00

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Je sais pas, je lui aurais plutôt refilé une paire de baffe qu’un Oscar, moi, à Leonardo. Effectivement, il atteint des sommets avec The Revenant, mais surtout dans l’art de dire “regardez comme je suis intense, je fais tellement la gueule que cette fois vous allez me le remettre ce putain d’Oscar !!!” Non ? Ben si, il l’a eu. Alors oui, j’en rajoute un peu, et il tient bien sa place le Di Caprio. Depuis Titanic, on peut dire qu’il a pris de l’épaisseur. Tellement, même, qu’il en finit par ressembler un ours…

D’ailleurs, c’est l’une des idées très discutables d’ Iñárritu pour ce film : affubler la star d’une peau d’ours qui semble deux fois plus lourde que lui, histoire d’illustrer le fait qu’après avoir été attaqué par un ours et laissé pour mort, c’est quasiment sous la forme d’un animal sauvage qu’il revient à la vie. Des gros sabots ? Oui, il en a aussi, qui laissent des traces bien visibles dans ces paysages magnifiques, ceux-là même de la véritable histoire.

Oui, parce que The Revenant est à la base une histoire authentique : celle d’un trappeur laissé pour mort par ses camarades qui survivra et traversera seul et à pied les immenses étendues hostiles du Grand Nord américain. Richard Sarafian en avait tiré un film magnifique sur la filiation et la renaissance (le méconnu Le Convoi sauvage), qui prenait de grandes libertés avec la vérité historique. Iñárritu en tire une énorme production très longue, très violente, et très réaliste, qu’il a donc tenu à filmer dans les vrais décors.

Et ce choix apporte… ben de bien beaux paysages, dont le cinéaste tire, c’est vrai, le meilleur, avec ces plans larges absolument saisissants. Pour le reste… Contrairement à ce qu’on a pu dire ici ou là, The Revenant sacrifie toute ambition au simple profit de la performance : celle pour le réalisateur de tourner dans des conditions extrêmes, et celle pour l’acteur de se montrer plus intense que jamais.

Mais dans les thématiques évoquées, dans l’émotion même qui se dégage du film, rien, ou si peu. Sarafian avait réalisé une belle réflexion sur la transmission, avec une vision poétique et toujours surprenante. Iñárritu ne garde que le bruit et la fureur, et transforme cette odyssée édifiante en un énième survival doublé d’une simple histoire de vengeance. Rendez-vous manqué…

Le Convoi sauvage (Man in the Wilderness) – de Richard C. Sarafian – 1971

Classé dans : 1970-1979,SARAFIAN Richard C.,WESTERNS — 14 avril, 2017 @ 8:00

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En 1820, dans le Grand Nord américain, un trappeur est laissé pour mort par ses compagnons après avoir été attaqué par un ours. Contre toute attente, il s’accroche à la vie, survit, et se met à traverser les centaines de kilomètres de nature sauvage qui le séparent de la civilisation, et des hommes qui l’ont abandonné.

Cette histoire, authentique paraît-il, a valu un Oscar à Leonardo Di Caprio en 2016. Mais 35 ans avant The Revenant, elle avait déjà été portée à l’écran, dans ce western hors normes absolument magnifique, porté par un Richard Harris intense et mutique, homme frustre dont le lent cheminement s’apparente à une extraordinaire renaissance.

L’impression est volontaire, Sarafian multipliant les signes évoquant cette renaissance : l’impressionnante séquence, muette, de l’accouchement de l’Indienne en pleine forêt ; ces gros plans sur les mains de Richard Harris qui renouent avec la vie au contact de l’eau ou de la terre ; ou ce superbe flash-back durant lequel le rude pionnier parle à ce futur enfant qu’il ne verra pas naître, lui donnant ses conseils de père en chuchotant devant le ventre de la mère…

Autant de scènes d’une beauté sidérante, dans un film qui donne constamment la plus grande place à la nature, pas vraiment hostile (c’est elle qui apporte la vie), mais rude et pleine de dangers. Une beauté âpre et infinie, qui souligne aussi la solitude de ces êtres qui la sillonnent, et l’absurdité de leur quête de richesse.

Cette absurdité est évidente dès la toute première image : celle d’un bateau traversant les grandes étendues du continent nord-américain, loin de toute voie navigable. Un bateau tiré avec peine par les hommes et les mules, et sur lequel se dresse la fascinante figure du capitaine interprété par John Huston, l’un de ses plus beaux rôles : celui d’un homme qui s’accroche à un passé peut-être glorieux, et qui fait face douloureusement à sa décision d’abandonner l’homme qu’il considérait comme son fils.

Ancien documentariste, Richard C. Sarafian sait merveilleusement filmer la nature. Son film, superbe, est une ode passionnée au mystère de la vie.

Belle mais dangereuse (She couldn’t say no) – de Lloyd Bacon – 1954

Classé dans : 1950-1959,BACON Lloyd,MITCHUM Robert — 13 avril, 2017 @ 8:00

Belle mais dangereuse (She couldn't say no) - de Lloyd Bacon - 1954 dans 1950-1959 Belle%20mais%20dangereuse_zpsdowfjxwx

Charmant, bienveillant, et très Américain… Pour son tout dernier film (il mourra peu après), le vieux briscard Lloyd Bacon signe une comédie désarmante tant est est dénuée de tout rebondissement spectaculaire. Et c’est dans ce contexte inattendu mais séduisant que se retrouve le beau couple de Angel Face, classique du film noir réalisé deux ans plus tôt par Otto Preminger.

Revoici donc Bob Mitchum et Jean Simmons, aux antipodes du noir, révélant d’immenses dons pour la bluette. Lui en médecin de campagne totalement dépourvu d’ambition personnelle. Elle en richissime héritière qui arrive dans son village paumé de l’Amérique profonde avec la ferme intention de rembourse incognito ce qu’elle considère comme une dette : lorsqu’elle était enfant, les habitants de cette petite bourgade se sont mobilisés pour lui sauver la vie.

Sauf que la manière dont elle paye cette dette, à grands coups de cadeaux exubérants, ne fait que remettre en cause le bel équilibre de cette petite communauté parfaitement harmonieuse. Le message sous-jacent est évident, et évoque de nombreux classiques de la comédie américaine, Capra en tête : cette petite ville ironiquement baptisée Progress vit depuis toujours en marge du « progrès » et de son corollaire, l’argent, qui n’y a pas vraiment court. Ici, on troque, on laisse sa porte ouverte, on laisse les clients se servir leurs glaces au comptoir en plein milieu de la nuit… Bref, on ignore royalement le capitalisme et ses affres.

Jusqu’à l’arrivée de cette mystérieuse Mère Noël, en tout cas. Et devinez quoi ? Eh bien oui : il y a de la romance dans l’air. Rien d’original à l’horizon, donc ? Non, à part le rôle central joué par un poisson dans cette romance, et à part l’extrême bienveillance dont font preuve tous les personnages. Pourtant, Bacon évite toute mièvrerie, et signe un très joli conte moral, une ode à une vie simple et aux sentiment les plus purs. Un vrai feel-good movie, qui donne envie de boire un verre avec le grand Bob.

Rock’n Roll – de Guillaume Canet – 2016

Classé dans : 2010-2019,CANET Guillaume — 12 avril, 2017 @ 8:00

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Guillaume Canet met en scène Guillaume Canet dans le rôle de Guillaume Canet, un acteur qui vit avec la star internationale Marion Cotillard et traverse une sorte de crise de la quarantaine lorsqu’une jeune actrice lui lance, plus ou ou innocemment, qu’il n’est pas rock, et qu’il ne fait plus rêver les femmes…

Et c’est le point de départ d’une jolie mise en abîmes toute en décalage et en autodérision que s’offre l’acteur-réalisateur. Le plus réussi dans ce film ? La frontière toujours ténue entre la réalité et la fiction, entre le vrai Canet et le personnage. Il y met en scène ses vrais parents, ses vrais amis, sa vraie femme donc. Mais il s’autorise des tas de libertés avec la vérité, faisant d’Yvan et Alain Attal des frères (ils ne le sont pas), accordant quatre Oscars à Marion Cotillard…

Guillaume Canet se met en scène comme un gentil ringard, pas glamour pour deux sous, avec une bedaine naissante et des soirées passées en chaussons dans son appartement, à côté d’une femme qui a tout compris du système hollywoodien et n’est attirée que par des rôles à Oscars. Marion Cotillard est formidable lorsqu’elle s’entraîne à boiter en rêvant d’interpréter une bègue, tout en passant le film à parler québecois pour préparer le prochain film de Xavier Dolan… qui lui apprendra in fine qu’il ne veut qu’elle parle français.

Et puis il y a ce tournant vers le milieu du film, et la métamorphose physique et de plus en plus extrême de Canet se tournant vers la chirurgie esthétique. Et là, il donne tout, Canet, sans limite et sans peur du ridicule. La jolie ironie des débuts laisse la place à un humour acide teintée de nostalgie. Canet déstabilise, et on aurait tort de lui reprocher ce courage d’aller au bout de ses idées. Mais la métamorphose (du personnage comme du film) est telle qu’on a un peu de mal à vraiment adhérer.

Jusqu’à la toute fin en tout cas : après nous avoir fait croire que Rock’n Roll était un film fait pour démystifier l’image des comédiens, tout en évoquant la crise de la quarantaine, Canet conclut en se recentrant sur l’essentiel. Son film, finalement, est avant tout une grande, et belle, histoire d’amour. Qu’importe ce que les autres pensent, puisque ces deux-là s’aiment…

Les Sept Mercenaires (The Magnificent Seven) – d’Antoine Fuqua – 2016

Classé dans : 2010-2019,FUQUA Antoine,WESTERNS — 11 avril, 2017 @ 8:00

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Etait-il vraiment nécessaire de remettre au goût du jour le classique de John Sturges ? Oui, d’accord, ce dernier était lui-même un remake (celui des Sept Samouraïs), et les récentes tentatives de dépoussiérer les chefs d’œuvre du genre (comme s’ils en avaient vraiment besoin) n’ont pas toutes été ratées : Le 3h10 pour Yuma de James Mangold était plutôt très réussi.

Mais quand même… Les scénaristes ont-ils à ce point perdu tout semblant d’imagination ? Les producteurs considèrent-ils le public comme des idiots qui ont absolument besoin de se rassurer avec une intrigue déjà connue de tous ? En tout cas, si on s’attaque à un monument, au film qui a starifié Steve McQueen en deux plans, ben vaut mieux réussir son coup, et si possible apporter quelque chose de nouveau.

Alors ? Ben c’est pas mal, on ne s’ennuie pas une seconde, Denzel Washington est très bien en Yul Bryner de 2016, et il s’est plutôt bien entouré (Ethan Hawke en Robert Vaughn, Chris Pratt en ersatz de McQueen, sans le charisme…). Et Antoine Fuqua (quel nom!!) n’est pas un manchot quand il s’agit de filmer l’action ou de faire monter la tension. Et reconnaissons lui un soin tout particulier apporté aux images, avec des plans très joliment construits et une superbe utilisation des décors naturels.

Pourtant ça ne prend pas jamais vraiment. Le principe même du remake veut que la comparaison avec l’original est incontournable. Et là, c’est décevant sur toute la ligne. Indépendamment du film de Sturges, ces Sept Mercenaires-là sont plutôt réussis. Mais à la lumière de ce qu’a donné la même trame devant les caméras de Sturges (ou même de Kurosawa), le film semble totalement anecdotique, chassant le sous-texte social et racial de l’original pour se résumer à une simple histoire de pouvoir et d’argent.

L’Attaque des clones / Star Wars, épisode II (Star Wars : Episode II – Attack of the Clones) – de George Lucas – 2002

Classé dans : 2000-2009,FANTASTIQUE/SF,LUCAS George — 10 avril, 2017 @ 8:00

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Les trois apparitions, courtes et sobres, de Jar Jar Binks dans cet épisode II prouvent au moins une chose : quoi qu’il puisse dire, George Lucas a entendu les innombrables critiques qui ont entouré la sortie de La Menace Fantôme. Les fans n’ont pas supporté ce personnage entièrement en images de synthèses à l’humour irritant ? Il le relègue à un quasi-rôle de figurant. Les fans regrettaient de ne pas retrouver leurs repères ? Il multiplie les clins d’œil à la trilogie originale, quitte à risquer les incohérences.

Sans vouloir jouer les connaisseurs pointus (ce que je ne suis pas), on peut quand même être surpris de retrouver C3-PO dans la maison des futurs parents adoptifs de Luke Skywalker (une apparition par ailleurs très sympathique), alors que l’on verra ces derniers le découvrir des années plus tard dans l’épisode IV. Mais ne soyons pas snobs : les retrouvailles avec ces décors fondateurs de la saga sont assez enthousiasmantes.

Ce qui l’est plus encore, c’est la manière dont Lucas traite l’apparition des fameux Storm Troopers, les reliant d’une manière totalement inattendue à un autre personnage secondaire mais mythique de la saga : le chasseur de primes Bobba Fett, dont on découvre ici les origines étonnantes et tragiques.

Surtout, ce deuxième volet de la prelogie aborde enfin le sujet central : le passage annoncé d’Anakin du côté obscur de la Force. Le sujet est au cœur de ce film, et son traitement est plutôt convainquant, avec un personnage arrogant juste ce qu’il faut pour être crédible sans être trop évident. Deux grands regrets, quand même : la séquence-clé durant laquelle Anakin cède à la colère dans un déchaînement de violence est largement éclipsée, et Hayden Christensen s’avère un comédien pas vraiment enthousiasmant.

On sent aussi Lucas tiraillé entre son envie de renouer avec la simplicité et la linéarité de la première trilogie, avec ces longues scènes étirées à l’envi pour le seul plaisir du spectateur, et sa volonté de faire avancer l’intrigue de la manière la plus cohérente possible avec son oeuvre originelle, quitte à complexifier à outrance.

Et puis il y a ce regret que l’on peu accoler à à peu près tous les films produits par Lucas devenu multi-millionnaire et tout-puissant : sa tentation de suritiliser les effets spéciaux, jusqu’à l’écœurement. Aussi rythmée et enthousiasmante soit-elle, la course-poursuite dans la grande ville-planète est tellement coupée d’un quelconque semblant de décor naturel qu’elle en devient presque abstraite. Du trop-plein : c’est le principal reproche que l’on peut faire à cet épisode transitoire.

La saga Star Wars

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