Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Le Rouge est mis – de Gilles Grangier – 1957

Classé dans : * Polars/noirs France,1950-1959,GABIN Jean,GRANGIER Gilles — 6 janvier, 2019 @ 8:00

Le Rouge est mis

Gabin en braqueur à l’apparence bourgeoise, Lino Ventura en petite frappe dangereuse, Annie Girardot en jeune femme fatale, Paul Frankeur en comparse un peu lâche, Marcel Bozzufi en petit frère encombrant… On est en terrain connu avec ce polar adapté par lui-même d’un roman d’Auguste Le Breton, dont on sait d’emblée qu’il se terminera mal.

Rien de surprenant ? Au contraire. Il y a dans ce film des tas de détails que la caméra de Grangier sait admirablement capter, et qui donnent un ton différent, original, à cet excellent polar. Un bref passage dans un marché populaire plein de vie, une discussion inattendue autour d’actions qui montent ou qui baissent, ou encore une scène totalement inutile avec des cyclistes du dimanche que Gabin regarde partir avec une bienveillance un rien nostalgique…

Il y a de la vie dans Le Rouge est mis. Un savoir faire évident, une efficacité imparable, mais surtout de la vie, que l’on ressent dans chaque scène, et qui a pour effet de renforcer les émotions. Lors du braquage qui ouvre le film, le sentiment de danger est ainsi palpable, sentiment plus fort encore lors de la course poursuite avec les motards de la police. Les face-à-face entre Girardot et Bozzuffi sont elles aussi très fortes, dans un tout autre registre. Jusqu’à la séquence finale, haletante, désespérée et forcément tragique.

Quant à Gabin, il est formidable. A la fois totalement lui-même tel qu’on se l’imagine, et toujours un peu différent : une manière d’être à la fois dur, voire dénué d’empathie, mais aussi humain voire fragile. Il faut voir son regard surpris après s’être pris une giffle par sa mère, ou son regard implorant lorsqu’il rattrape enfin Ventura dans la dernière séquence. Toujours grand, Gabin. Et devant la caméra de Grangier, c’est du bonheur.

La femme du pionnier (Dakota) – de Joseph Kane – 1945

Classé dans : 1940-1949,BOND Ward,KANE Joseph,WAYNE John,WESTERNS — 5 janvier, 2019 @ 8:00

La Femme du pionnier

Étrange western, qui commence comme une farce enlevée et plutôt très sympathique, pour se laisser tenter de plus en plus par le drame, voire la tragédie. Entre les deux, le réalisateur Joseph Kane se perd un peu en chemin, il faut le reconnaître.

Sur le papier, on a droit à une histoire assez classique : des hommes sans scrupules tentent de déposséder des fermiers de leurs terres, que le chemin de fer doit traverser. On y croise des méchants comme le western nous en a souvent donnés, d’autant plus familiers qu’ils sont interprétés par Ward Bond et Mike Mazursky. Mais aussi des fermiers bons et sacrifiés. Un héros droit et courageux : forcément, c’est John Wayne en personne. Et un vieux bougon comme caution humoristique : Walter Brennan, forccément.

Dès les premières scènes, pourtant, le film marque sa différence. Wayne y apparaît comme un homme marié (ce qui est déjà une particularité en soi), dont la femme (Vera Ralston, choix discutable) est une jeune héritière frondeuse, dont le père les chasse arme à la main. Pour rire et pour de faux, aurait-on envie de préciser, tant rien ne semble être pris au sérieux, dans cette première partie.

Formellement, c’est un peu approximatif : Joseph Kane n’est clairement pas le réalisateur le plus enthousiasmant de sa génération. Mais la légèreté et la liberté de ton font mouche. Et même si le scénario n’est pas totalement convainquant, ce film est suffisamment peuplé de gueules que l’on aime, et plein d’action, d’humour et de rebondissements en tous genres, que l’on se laisse volontiers entraîner par cette histoire improbable.

Passée la moitié du métrage, la tentation de la noirceur pose quand même problème. Kane n’écarte jamais totalement l’humour et la dérision, mais il glisse des moments d’une grande noirceur, comme l’assassinat d’un couple de fermiers. A force d’hésiter sur la direction à prendre, le film échoue à trouver un ton. Dommage : l’aspect comédie de mœurs est clairement le plus convainquant.

48 heures (48 hrs.) – de Walter Hill – 1982

Classé dans : 1980-1989,ACTION US (1980-…),HILL Walter,POLARS/NOIRS — 4 janvier, 2019 @ 8:00

48 heures

Un flic dur à cuire (et blanc) doit faire équipe avec un jeune taulard (noir) pour retrouver des tueurs particulièrement dangereux. C’est le film qui a lancé la mode des buddy movie, ces polars et films d’action mettant en scène des duos mal assortis, qui vont pulluler à partir de la seconde moitié de cette décennie. C’est aussi le tout premier film du jeune Eddy Murphy, alors humoriste très populaire à la télé américaine, pour qui les années 80 seront triomphales.

36 ans plus tard, son génie comique si souvent vanté n’est plus aussi flagrant. Il faut dire que, même s’il apporte une certaine légèreté à son personnage de repris de justice, Reggie Hammond n’est pas Axel Foley (Le Flic de Beverly Hills). Et derrière la caméra, c’est Walter Hill qui s’y colle, cinéaste pas franchement porté sur la déconne, qui semble constamment retenir la bride de Murphy, tout en cravachant sauvagement son sidekick Nick Nolte pour libérer un maximum son côté badass.

Clairement, ce n’est pas le film le plus personnel de Hill, que l’on sent le cul entre deux chaises, conscient de la nécessité de jouer sur la cool attitude d’Eddy Murphy, mais plus désireux de livrer un polar nerveux et violent. Le résultat est logiquement un peu bâtard, mais c’est bien le côté sombre et rude qui domine la plupart du temps, avec une vraie tension dans quelques scènes franchement réussies : celle de la fusillade dans l’hôtel notamment, explosion de violence qui ne laisse pas indifférent.

Hill réussit aussi à glisser son amour pour le western dans une séquence d’ouverture aux antipodes de l’atmosphère très urbaine du film. Son film flirte par ailleurs souvent avec la caricature, penchant parfois du côté de l’excès, notamment avec les personnages de bad guys sans surprise et sans profondeur. Mais avec aussi quelques effets plutôt réussis, à commencer par deux scènes jumelles qui montrent l’une le jeune détenu noir dans un bar de blancs jouant de la musique country, l’autre le flic blanc à l’ancienne dans un bar de noirs branchés. Ou comment jouer à fond la carte du buddy movie.

Astérix et le secret de la potion magique – de Alexandre Astier et Louis Clichy – 2018

Classé dans : 2010-2019,ASTIER Alexandre,CLICHY Louis,DESSINS ANIMÉS — 3 janvier, 2019 @ 8:00

Astérix Le Secret de la potion magique

Quatre ans après Le Domaine des Dieux, Alexandre Astier et Louis Clichy remettent ça, non pas avec l’adaptation d’une BD, mais avec une histoire originale voulue comme un hommage à l’esprit de Goscinny et Uderzo. Esprit que l’on retrouve effectivement, mâtiné comme le précédent long métrage de celui d’Astier, qui s’autocite avec gourmandise lorsque les quelques notes de Kaamelott retentissent dans les troupes des Romains.

Le film a les qualités et les défauts du précédent : la même manière de respecter l’esprit de la bande dessinée tout en l’ancrant dans l’époque actuelle, mais aussi un certain manque de folie, que la fin toute en excès, comme un clin d’œil au très mal aimé (et pour cause) album Le Ciel lui tombe sur la tête, ne permet pas d’oublier.

Le plus intéressant dans ce nouveau long métrage, c’est la volonté d’Astier d’évoquer un thème inattendu : celui du temps qui passe, du vieillissement, à travers l’histoire du druide Panoramix qui, se sentant diminué par l’âge, se cherche un successeur. Une manière d’inscrire le plus intemporel des héros de BD dans une réalité qui lui échappait jusqu’à présent.

Astier rompt aussi avec quelques habitudes très ancrées. Il féminise ainsi (un peu) cette tribu très patriarcal, en mettant notamment les femmes du village en première ligne face aux Romains. Homme de troupe, il écarte aussi longuement l’homme providentiel Astérix au profit d’une union forcée entre les Gaulois et les Romains face à un ennemi plus menaçant. Les temps ne sont plus ce qu’ils étaient…

Criminal Court (id.) – de Robert Wise – 1946

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,WISE Robert — 2 janvier, 2019 @ 8:00

Criminal Court

Robert Wise ne force pas son talent dans ce petit noir de jeunesse, assez anonyme dans sa forme, avec des images plutôt ternes. Dans le genre, Wise fera nettement mieux après ça (Le Coup de l’escalier)… mais pas que (La Ville enchaînée).

Cela étant dit, il y a quand même un rythme impeccable dans ce film court (une heure, à peine), basé sur un scénario original et particulièrement réussi : l’histoire d’un avocat habitué des effets de manche théâtraux, qui a tué accidentellement un caïd de la pègre, crime dont sa fiancée est accusée. Alors quand l’avocat se dénonce pour blanchir sa belle, personne ne le croit, tous observant avec un sourire narquois ce qu’ils pensent être un nouvel effet alambiqué de l’avocat.

Dans le rôle, Tom Conway est parfait. Son air contrit quand il comprend que c’est peine perdue, que son honnêteté et sa théâtralité lui reviennent comme un boomerang, et que même sa fiancée le regarde avec tendresse en pensant qu’il se sacrifie pour elle, est franchement réjouissant.

On peut regretter que cette petite production RKO n’ait pas choisi la voie du pur suspense : il y avait là un potentiel évident, qui n’est jamais vraiment exploité, même dans la scène du tribunal où le témoin manque de se faire dessouder, pur suspense trop rapidement expédié. Mais cette légèreté que le film choisit ne manque pas de charme, elle non plus.

La Bible (The Bible : in the beginning) – de John Huston – 1966

Classé dans : 1960-1969,FANTASTIQUE/SF,HUSTON John — 1 janvier, 2019 @ 8:00

La Bible

Il faut un certain courage pour passer les premières minutes du film, interminables. Du courage, ou l’envie profonde de voir ou revoir toute la filmographie de John Huston, entreprise pleine de récompenses enthousiasmantes, mais aussi de quelques écueils. Celui-ci n’est pas le moindre, en tout cas dans cette première partie assez imbuvable.

Avec La Bible, John Huston se lance dans un projet ambitieux, voire démesuré : porter à l’écran les différents chapitres de l’Ancien Testament, de la création du monde en sept jours au sacrifice d’Abraham en passant par la tentation d’Eve, la pomme et le serpent, Abel et Caïn, Noé, le déluge et son arche, Sodome et Gomorrhe, l’arrivée en Terre promise… Un projet titanesque pour une superproduction comme Dino de Laurentiis en avait le goût.

Le résultat est pour le moins problématique. Et le premier problème, c’est que cette première partie consacrée à la Genèse donne l’impression que ça été tourné en temps réel. Et sept jours, c’est long quand on s’ennuie. Et quand ce qu’on voit est d’une telle laideur. Attention : les images sont assez belles, mais Huston se contente alors de coller entre elles de belles vues de nature, soulignant lourdement leur pureté et leur caractère apaisant. On se croirait dans une boutique zen…

La suite est à peine moins agaçante, avec une esthétique new age qui domine dans toute la première partie. Et puis l’effet catalogue interdit une quelconque empathie pour aucun de ces personnages que l’on connaît, dont on connaît l’histoire, mais qui n’ont pas d’existence propre devant la caméra de Huston. Le film se résume alors à une spectaculaire illustration de la Bible, joliment mise en scène mais totalement désincarnée.

Finalement, c’est quand Huston lui-même apparaît sous la barbe de Noé que le film prend une ampleur nouvelle. Parce qu’il est impeccable, parce qu’il y prend un plaisir visible à se mettre en scène au côté de tous ces animaux, parce qu’il incarne vraiment son personnage, en lui apportant une ironie bienvenue, qui manquait à la première heure. Et parce qu’il prend le temps de développer un fil narratif, pour le coup convainquant, et au moins aussi bien que le gros truc interminable avec Russell Crowe.

Et puis le film retombe dans ses travers. Vient le repeuplement, figuré par une sorte de pyramide humaine stylisée mais un peu facile. Ça nous mène à la Tour de Babel, et là aussi c’est visuellement splendide et très impressionnant, mais désincarné et pour tout dire un peu chiant.

Enfin arrive George C. Scott qui interprète Abraham. Et là commence un nouveau film, dont on se dit qu’il aurait effectivement dû faire l’objet d’un film pour lui seul, tant il y a une cohérence dans l’esthétique et les enjeux narratifs autour du personnage. C’est la plus longue partie du film, la dernière, celle où Huston prend le plus le temps de développer les personnages, dont certains sont très beaux : celui d’Ava Gardner notamment, qui permet d’aborder très en avance le thème de la GPA.

De belles trouvailles visuelles aussi, comme la mise en scène de cet ange de Dieu aux trois visages, tous de Peter O’Toole, dont les apparitions sont assez poétiques. Mais aussi une manière de mettre en scène les aspects les plus problématiques de la Bible, comme une manière plutôt audacieuse d’évoquer le fanatisme religieux. Pas toujours passionnant, mais intéressant. C’est déjà ça.

Razorback (id.) – de Russell Mulcahy – 1984

Classé dans : 1980-1989,FANTASTIQUE/SF,MULCAHY Russell — 31 décembre, 2018 @ 8:00

Razorback

Jeune réalisateur de clips, Russell Mulcahy attire l’œil avec ce long métrage qui a connu un certain succès international, au point de lui valoir une petite carrière hollywoodienne assez prometteuse, dont le point d’orgue sera Highlander… et Rambo 3, dont il commencera le tournage avant d’être remercié par Stallone « pour différents artistiques ». Je dois reconnaître un petit regret : celui de ne pas savoir ce qu’aurait donné le plus célèbre des guerriers de la décennie devant la caméra de ce surdoué de l’image.

Parce que Mulcahy a un sens incontestable de la belle image, et une volonté louable de construire le moindre de ses plans. C’est visible dans ses premiers films américains. Ça l’est d’avantage encore dans ce film d’épouvante tourné dans son Australie, où le cinéaste semble habité par la volonté de rendre la moindre seconde de son film visuellement mémorable. Et c’est vrai qu’elles sont belles ces images, aux couleurs chaudes et aux ombres profondes, qui renforcent à la fois la beauté sauvage du bush et son aspect glauque.

Mais s’il sait construire un cadre, Mulcahy a oublié qu’un film, c’est aussi du rythme, des personnages, des émotions… Bref, tout ce qui donne de la vie et de la profondeur à une histoire. Ce quasi remake poussiéreux des Dents de la Mer en manque profondément. Et ce qui gêne le plus, ce n’est finalement pas le côté clipesque du truc (comme pour Highlander), mais bien cette impression constante de voir un film désincarné. De belles images, superbes même par moments, mais un film vide.

La Petite (E Piccerella) – d’Elvira Notari – 1922

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,NOTARI Elvira — 30 décembre, 2018 @ 8:00

La Petite

Dans le Naples des années 20, un dandy sans le sou tombe sous le charme d’une jeune séductrice pour laquelle il sacrifie tout, jusqu’à son honneur.

Dans ce mélodrame, inspiré d’une chanson italienne populaire, on sent d’emblée que tout finira très mal. Effectivement… Il n’y a guère de place pour l’espoir dans cette vision tragique de la passion amoureuse, que la version restaurée a le bon goût de présenter avec une bande musicale elle-même inspirée de la chanson d’époque.

Le mélo est beau. Il n’est pas non plus renversant constamment attendu, le film est pourtant passionnant, au moins pour une raison. Elvira Notari, qui fut la toute première réalisatrice italienne, filme les rues de Naples avec une vérité et un sens du détail qui fascinent, presque cent ans plus tard.

Mieux qu’un témoignage : une vraie plongée dans les quartiers populaires de la ville, avec une caméra qui explore les moindre recoins des ruelles, donne du relief aux murs tout pourris et aux façades rapiécées, et sait filmer les gueules : celles de ses acteurs, mais aussi des figurants, « vrais » Napolitains qui ne se privent pas de regarder la caméra avec une curiosité touchante.

Et qu’importe si les quelques scènes d’intérieur sont plus banales et un peu plan plan : l’essentiel du film est tourné en extérieurs. Une belle vision humaine, qui ne met pas franchement en valeur les atouts touristiques de Naples, mais qui permet de découvrir une cinéaste largement oubliée.

La Septième Victime (The Seventh Victim) – de Mark Robson – 1943

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,ROBSON MARK — 29 décembre, 2018 @ 8:00

La septième victime

Une jeune femme part à la recherche de sa sœur disparue au cœur de New York. Elle rencontre les hommes pour qui elle comptait, et découvre l’existence d’une secte satanique…

Après trois films réalisés par Jacques Tourneur, et autant de petits classiques du cinéma d’épouvante « fauché » (La Féline, Vaudou et L’Homme-Léopard, bien sûr), le producteur de la RKO Val Lewton donne sa chance à celui qui fut le monteur de ces trois petits bijoux : Mark Robson, qui fait là ses débuts derrière la caméra.

Des débuts encore timides, en tout cas effacés : la marque de Lewton plane constamment sur tous les moments forts du film. A commencer par une formidable séquence nocturne (évidemment) où une jeune femme tente d’échapper à la menace d’un homme à peine visible en utilisant l’obscurité qui l’entoure… Oui, du pur Lewton. Et devant la caméra de Robson comme auparavant devant celle de Tourneur, le résultat est absolument effrayant.

Autre grand moment : celui où un homme s’enfonce dans l’obscurité (encore) d’un couloir, et en ressort moribond. Que s’est-il passé dans l’intervalle ? Chez le Lewton de la RKO, on continue à privilégier le hors-champs, l’invisible, l’imagination. Autant d’armes fatales au service de l’effroi.

Entre ces grands moments, tout n’est pas aussi tendu, aussi passionnant. Reconnaissons quelques flottements, des personnages pas toujours formidablement dessinés, et un scénario par moments approximatifs. Mais la première partie est franchement intrigante, avec cette quête d’une sœur qui finit par apparaître tardivement. Là, c’est quasiment un autre film qui commence, et qui s’achève non pas sur une image (le hors champs, toujours), mais sur un son absolument glaçant.

La Cuisine des anges (We’re no angels) – de Micharl Curtiz – 1955

Classé dans : 1950-1959,BOGART Humphrey,CURTIZ Michael — 28 décembre, 2018 @ 8:00

La Cuisine des anges

Bogart qui retrouve son réalisateur de Casablanca ? Chouette… Et puis son personnage est un déraciné, prisonnier évadé sur l’île du Diable, loin de son pays. De là à faire le parallèle avec ce chef d’œuvre indémodable, ou avec Le Port de l’angoisse de Hawks, il n’y a qu’un pas qu’on aurait bien envie de franchir allègrement, malgré les couleurs vivres qui surprennent la rétine dès les premières images.

Mais très vite, on réalise qu’on ne va pas le franchir, ce pas. Et que La Cuisine des anges est aussi loin que possible de l’ambiance « noire » que l’on pouvait imaginer d’une nouvelle collaboration entre les deux hommes. Bogart est un évadé, certes, qui ne pense qu’à retrouver sa vie d’antan en tuant ceux qui peuvent se mettre sur son chemin. Mais il ne faut pas bien longtemps pour comprendre qu’il ne dessoudera pas grand-monde. Pas vraiment, en tout cas.

Le voilà donc flanqué de deux comparses improbables. Humphrey Bogart, Aldo Ray, Peter Ustinov… Qui donc a pu avoir l’idée de réunir ces trois-là, si différents, si incompatibles même ? Leur association désarçonne un temps. Et finit par devenir la plus belle qualité du film. Entre ces trois-là que tout oppose, il se produit ce quelque chose qu’il faut bien appeler « alchimie », qui fait que le film fonctionne parfaitement. Il faut dire qu’ils sont omniprésents, et indissociables, ces trois-là.

Des évadés de l’île du Diable, donc, qui trouvent refuge dans un magasin qu’ils pensent dévaliser, mais dont ils s’attachent aux propriétaires bienveillants, joués par Joan Bennett et Leo G. Carroll (quel couple !), dont la bonté et la gentillesse leur ouvrent les cœurs. Bienveillance au programme, donc ? Oui, mais avec une belle touche de cynisme, et avec un humour volontiers grinçant.

Drôle d’esprit de Noël, quand même, pour cette comédie assez inspirée, qui fait des trois bagnards une sorte de réplique des rois mages, ou plutôt des parodies d’anges bienfaisants. Dans la filmographie de Curtiz comme dans celle de Bogart (ou même dans la longue liste de leurs collaborations), ce film-ci fait figure de bluette anodine. Cette adaptation d’une pièce à succès ne manque en tout cas ni de charme, ni de rythme.

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