Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Goldfinger (id.) – de Guy Hamilton – 1964

Classé dans : * Espionnage,1960-1969,HAMILTON Guy,James Bond — 8 septembre, 2017 @ 8:00

Goldfinger

La chanson de Shirley Bassey, le smoking sous la combinaison de plongée, la partie de golf, l’apparition d’Honor Blackman alias Pussy Galore, l’Aston Martin et son siège éjectable… C’est peut-être le Bond qui a fait entrer définitivement Bond dans la légende. L’un des meilleurs de la série en tout cas, voire LE meilleur de l’avant-Daniel Craig.

Ironique et spectaculaire, ce troisième Bond s’amuse déjà de sa propre image, avec d’improbables gadgets, des conquêtes en série pour notre espion préféré (et pas n’importe lesquelles), un tour du monde des cartes postales qui passe par le Big Ben de Londres, les montagnes de Suisse et les palaces de Miami Beach, et les apparitions rigolardes des habituels faire-valoir de Bond : M et Moneypenny dans leur numéro déjà habituel, Q très pince-sans-rire, et l’agent de la CIA Felix Leiter dans un rôle plus étoffé qu’à l’accoutumé.

Surtout, c’est le film pour lequel le réalisateur Guy Hamilton semble en état de grâce. Même s’il signera trois autres Bond (Les Diamants sont éternels et les deux meilleurs Moore, Vivre et laisser mourir et L’Homme au pistolet d’or), Hamilton n’est pas exactement le cinéaste le plus emballant du monde. Mais son Goldfinger est d’une fluidité exemplaire, avec un rythme impeccable, que ce soit dans les nombreux moments de bravoure ou dans les moments plus calmes comme ce formidable jeu de dupe au golf (c’est d’ailleurs en tournant cette longue séquence que Sean Connery est tombé amoureux du sport).

Et puis il y a Sean, impérial, la classe absolue, la virilité incarnée, le héros tellement supérieur à tous… Sauf qu’à bien y regarder, il est bien souvent dépassé par les événements, 007 : incapable de sauver de la mort deux charmantes sœurs, impuissant devant une bombe prête à exploser, et les mains liés lorsqu’il s’agit d’empêcher le meurtre de 60 000 personnes… La superbe qu’il affiche est même franchement mise à mal lors de l’affrontement mythique avec Gert Froebe / Goldfinger.

« Do you expect to talk ?
- No Mr. Bond, I expect you to die ! »

Réjouissant et ironique à souhait, un très grand Bond.

Jason Bourne (id.) – de Paul Greengrass – 2016

Classé dans : 2010-2019,ACTION US (1980-…),GREENGRASS Paul — 7 septembre, 2017 @ 8:00

Jason Bourne

Il aura mis presque dix ans avant de retrouver son personnage fétiche, celui qui a boosté sa carrière en faisant de lui un action hero improbable mais enthousiasmant. Matt Damon a donc dit oui, lui qui avait si longtemps dit non. Une seule condition, avait-il précisé : que Paul Greengrass, réalisateur de La Mort dans la peau et La Vengeance dans la peau, soit lui aussi de la partie. Dix ans plus tard, on reprend donc à peu près là où ça s’était terminé…

Bonne ou mauvaise idée ? Ben, les deux mon camarade. D’un côté, retrouver le « vrai » Jason Bourne (après l’intermède Bourne Legacy) procure un plaisir similaire à celui que l’on éprouve en découvrant un nouveau Mission : Impossible, ou un nouveau James Bond. Mais pour le coup, strictement rien de neuf à l’horizon. Et une fois le générique de fin terminé (toujours le même, avec la géniale chanson de Moby), on se rappelle que si Greengrass et Damon avaient décidé d’arrêter en 2007, c’est parce qu’ils avaient le sentiment d’avoir fait le tour du sujet.

Ils avaient raison. L’histoire, ou plutôt le prétexte, semble bien mince, comme si au bout de la corde tirée le long de trois films riches et complémentaires, il n’y avait plus qu’un vague filet qui ne servirait pas à grand-chose. Finalement, mieux aurait valu faire sans ce prétexte guère palpitant, et assumer pleinement le statut de pur film d’action, aussi inventif que Bond ou Mission…, mais plus ancré dans le réel.

C’est d’ailleurs ce mariage de l’action hyper-spectaculaire et du réalisme tangible qui donne les meilleurs scènes du film. Avec une recette simple : Bourne va d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, avec un morceau de bravoure à chaque étape. La meilleure est, de loin, la première, celle d’Athènes. Dans la capitale grecque plongée dans le chaos des manifestations, Greengrass signe une ébouriffante séquence de poursuite, avec ce style caméra à l’épaule immuable et un rien agaçant.

La dernière, aussi, est impressionnante : à Las Vegas, une poursuite en voitures brutale et inventive, qui réussit à renouveler le genre. Entre-deux, pas mal de tension, quelques explosions de violence, et beaucoup de suspense pas toujours très clair par écrans d’ordinateurs interposés. Dans ces trop longues scènes, là, la sensation de déjà-vu est très présente, et l’intérêt retombe. Mais pas longtemps : Greengrass sait faire repartir la machine quand il le faut.

A défaut de relancer la saga sur de nouvelles bases, le film prolonge le plaisir tardivement, artificiellement, mais réellement.

• Voir aussi La Mémoire dans la peau, La Mort dans la peauLa Vengeance dans la peau et Jason Bourne : l’héritage.

Prisoners (id.) – de Denis Villeneuve – 2013

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),2010-2019,VILLENEUVE Denis — 6 septembre, 2017 @ 8:00

Prisoners

Villeneuve fait ses débuts à Hollywood avec ce thriller sombre et étouffant, qui confirme son immense talent et fait de lui l’un des cinéastes les plus passionnants du moment. Avec Prisonners, le réalisateur canadien réussit un thriller à peu près aussi marquant que Demme avec Le Silence des Agneaux, ou Fincher avec Seven puis Zodiac (déjà avec Jake Gyllenhaal). Bref, un grand film.

Deux fillettes disparaissent mystérieusement. Un jeune simplet est d’abord soupçonné, mais la police écarte vite cette piste. L’un des pères, lui, est persuadé de sa culpabilité, et ira très loin pour découvrir la vérité et retrouver sa fille. Ce père, c’est Hugh Jackman, acteur pas toujours ébouriffant, mais qui fait ici des merveilles dans le rôle de cet homme obsessionnel et désespéré, entre force brute et sensibilité à fleur de peau.

Ses confrontations avec le flic joué par Gyllenhaal (assez génial), qui semble constamment à côté de la plaque, sont étonnantes : deux versions radicalement opposées de l’obsession, qui mettent joliment en lumière les noirceurs de l’âme humaine. La réussite du film tient en partie à la vérité qui se dégage de ces personnages, et de tous les autres. Villeneuve ne fait pas l’impasse sur le spectaculaire, et signe quelques belles scènes d’action et de suspense, mais c’est cette vérité, et les erreurs dramatiques que les personnages commettent, qui marquent les esprits.

Et visuellement, c’est une splendeur. Sans renier les grandes références du genre des années 90 et 2000, Villeneuve affirme un style fascinant, à hauteur d’hommes et porté sur l’ellipse. D’une intensité rare, terrifiant et bouleversant, le meilleur thriller de ces dernières années ? Formidable, en tout cas.

Le Clan des Siciliens – de Henri Verneuil – 1969

Classé dans : * Polars/noirs France,1960-1969,GABIN Jean,VERNEUIL Henri — 5 septembre, 2017 @ 8:00

Le Clan des Siciliens

Gabin, Delon, Ventura… On pouvait craindre le pire de l’association de ces trois monstres du cinéma français, s’attendre à une simple formule pour créer l’événement. D’où la très agréable surprise à revoir ce petit classique du « cinéma de papa ».

D’accord, les trois stars sont en terrain connu, et se contentent de rejouer les personnages que l’on attend d’eux, sans surprise et sans éclat. Gabin, surtout, ronronne un peu en patriarche d’une famille de gangsters siciliens installés à Paris, abhorrant la violence. Oui, Gabin en Sicilien, déjà, ça n’aide pas à croire énormément au personnage…

Ventura en flic, ce n’est pas non plus une nouveauté. Mais son personnage, un peu en retrait, n’est pas inintéressant. Totalement débordé par les événements, il séduit même franchement par ses regards dépassés et fatigués, apportant une (petite) touche de légèreté à un film plutôt sombre et tendu par ailleurs.

Quant à Delon, il apporte beaucoup de nuances à un personnage mutique et inquiétant. Un sourire à peine ébauché à l’évocation d’un souvenir d’enfance, un regard plein de désir vers une femme trop facile par qui le malheur arrivera… Il réussit à rendre humain un homme qui semble a priori sans aspérité.

Mais Le Clan des Siciliens est moins un film de personnage qu’une remarquable mécanique scénaristique. Adapté (par Verneuil lui-même avec José Giovanni et Pierre Pelegri) d’un roman d’Auguste Le Breton, l’auteur de Razzia sur la chnouf, le film est un modèle de construction, où les personnages se croisent et participent constamment à une sorte de mouvement perpétuel, à l’image de Delon passant d’un véhicule à un autre dans cette scène au suspens imparable.

Et puis il y a la musique de Morricone (très réussie), un duel final très westernien (Verneuil multiplie d’ailleurs les clins d’œil à Vera Cruz), quelques excès de violence particulièrement marquants (la scène, courte et brutale, dans la chambre de la prostituée), et une ambition désinhibée qui fait plaisir dans le polar français de cette époque : le contraste entre le détournement réussi d’un avion au-dessus de New York et la banale histoire de tromperie donne au film une belle amertume.

O.J. Simpson : Made in America (id.) – de Ezra Edelman – 2016

Classé dans : 2010-2019,DOCUMENTAIRE,EDELMAN Ezra,TÉLÉVISION — 4 septembre, 2017 @ 8:00

OJ Simpson Made in America

Presque 8 heures : c’est la durée de cet extraordinaire documentaire oscarisé qui revient sur l’hallucinante trajectoire d’O.J. Simpson, mini-série en cinq épisodes admirablement construits et captivants.

On croyait tout savoir sur le destin de cette ancienne star du football américain reconvertie en acteur (remarqué dans la série des Naked Gun), et définitivement rentré dans l’histoire après les meurtres de son ancienne femme et d’un ami, pour lesquels il a été acquitté contre toute attente à l’issue d’un procès stupéfiant, avant d’être finalement condamné pour un improbable braquage.

On croyait tout savoir, mais on était loin du compte. A travers cinq épisodes de 90 bonnes minutes, Ezra Edelman se donne le temps de revenir sur cette destinée hors norme, et inscrit le parcours de Simpson dans l’histoire récente des Etats-Unis.

Ce qui fascine d’abord dans cette vie, c’est la manière dont ce gamin d’une famille noire modeste a profité de sa notoriété de sportif non pas pour faire entendre la voix des noirs, mais pour s’imposer dans une société où les noirs, justement, n’avaient pas leur place. Ambition profondément égoïste ou militantisme déguisé ? Simpson n’a visiblement jamais été un vrai militant, mais il y a pourtant un postulat audacieux et finalement engagé dans sa volonté d’abolir la couleur de peau.

Le documentaire s’appuie grandement sur cette ambition, qu’il met en parallèle avec la condition des noirs dans le Los Angeles des années 60 à 90, jusqu’aux émeutes qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King, peu avant le meurtre de Nicole, l’ex-femme d’O.J. Pas question pour autant de faire du documentaire une histoire de la lutte des noirs américains : le contexte racial n’est là que pour éclairer a posteriori l’hallucinant procès qui a abouti à l’acquittement incroyable d’O.J. Simpson en 1995.

Riche en images d’archives (à tel point qu’on se dit que micros et caméras sont décidément partout aux Etats-Unis, que ce soit sur les terrains de sports, dans les maisons ou dans les tribunaux) et en témoignages (amis et anciens amis, familles des victimes… mêmes les flics montrés du doigt pour leur incompétence ou leur racisme avérés prennent la parole), le docu est d’une extraordinaire précision, et fait comprendre toute la complexité du personnage.

O.J. Simpson est un homme fascinant. Un meurtrier, sans doute, dont on ne cache rien de la sauvagerie des meurtres. Mais aussi un homme séduisant et affable, autant que manipulateur et, d’une certaine façon, pathétique. Pathétiques, en tout cas, les années qui ont suivi son acquittement, cette façon qu’il a eu de tomber le masque, de s’exhiber dans des frasques inattendues de bad boy, avant d’être rattrapé par le destin.

Sur sa chute aussi hallucinante que son acquittement, on aurait voulu en voir plus, malgré la durée dès considérable du docu. Comment un type revenu de l’enfer a-t-il pu se laisser entraîner dans une telle affaire ? Car en guise de braquage, il s’agit d’une virée digne des Pieds Nickelés initiée par O.J. lui-même pour récupérer des objets personnels dont des profiteurs se seraient emparés durant ses années de purgatoire. Du grand n’importe quoi, pour un destin hallucinant jusqu’au bout.

Au bout du bout, la justice ne sort pas grandie de cette histoire. Après l’avoir innocenté pour d’absurdes raisons d’un meurtre sauvage que beaucoup (jusqu’à ses plus proches) sont persuadés qu’il a commis, O.J. Simpson a finalement été condamné à 33 ans de prison pour une quasi-peccadille qui, étonnamment, rendait ce probable monstre plus humain que jamais…

Carrotblanca (id.) – de Douglas McCarthy – 1995

Classé dans : 1990-1999,COURTS MÉTRAGES,DESSINS ANIMÉS,McCARTHY Douglas — 3 septembre, 2017 @ 8:00

Carrotblanca

Bugs Bunny dans le rôle de Bogart, Titi dans celui de Peter Lorre, Sylvestre en Paul Henreid, sans oublier Daffy Duck au piano de Sam, et une demi-douzaine d’autres personnages… Les grandes figures du cartoon made in Warner sont réunis pour cet hommage à Casablanca, parodie un peu paresseuse du chef d’œuvre de Michael Curtiz.

Malgré les apparences, ce petit dessin animé n’a pas été réalisé dans les années 40, et ne fait pas partie de ces innombrables cartoons qui détournaient les grands succès de l’époque. Sorti en 1995, le film fait plutôt figure de pastiche, mais le savoir-faire semble avoir en grande partie disparu.

Jamais surprenant, ce court se contente grosso modo d’enchaîner les moments clés de Casablanca en les parodiant. Seul détail vraiment savoureux : le sourire très « lorrien » de Titi dont la voix, les deux seules dents et le regard évoquent irrésistiblement l’interprète d’Ugarte.

Les As de la jungle – de David Alaux – 2017

Classé dans : 2010-2019,ALAUX David,DESSINS ANIMÉS — 2 septembre, 2017 @ 8:00

Les As de la jungle

Une ligue de super-animaux prêts à risquer leurs vies pour sauver leur jungle, menacée par un dangereux koala et une armée de gorilles… C’est le pitch improbable de cette adaptation d’une série animée plutôt rigolote, strictement destinée aux enfants.

Improbable, mais pas autant que les trois héros principaux : une famille tigre pas tout à fait comme les autres. Il y a d’abord la matriarche, justicière retraitée qui voit d’un mauvais œil son fils adoptif prendre la relève. Il y a ensuite ce fils, donc : un pingouin dont l’œuf est arrivé sur un iceberg, et qui se vêt de rayures jaunes pour mieux ressembler à sa mère. Et il y a le petit-fils : un poisson-tigre trimbalé dans un bocal mais doué d’une autonomie remarquable.

Ce pourrait être indigeste pour tout spectateur ayant dépassé les 7 ou 8 ans, mais non. Cette drôle de famille symbolise bien le drôle d’esprit qui règne sur ce dessin animé à voir impérativement accompagné d’un jeune enfant, mais bien plus surprenant et aimable que l’immense majorité des productions animées américaines du moment.

New York – Miami (It happened one night) – de Frank Capra – 1934

Classé dans : 1930-1939,BOND Ward,CAPRA Frank — 1 septembre, 2017 @ 8:00

New York Miami

Premier triomphe absolu pour Capra, qui en connaîtra d’autres, et dont le film est le tout premier à décrocher les cinq Oscars majeurs (film, réal, scénar, acteur et actrice). Il restera d’ailleurs le seul dans cette catégorie pendant plus de quarante ans, jusqu’à Vol au-dessus d’un nid de coucou (puis Le Silence des Agneaux). Dans une période particulièrement riche pour le cinéaste, qui peaufine son style et enrichit son univers film après film, celui-ci frappe pourtant par son extrême simplicité, et même par une certaine modestie.

La plupart des films de Capra sont basés sur un postulat de départ très fort. Ici, le cinéaste utilise un modèle déjà presque éculé de la comédie romantique : une riche héritière en cavale rencontre un type modeste et droit. Cela se passe dans un bus, et forcément, ces deux-là passent leur temps à s’engueuler, forcés de cohabiter après s’être retrouvés sans le sou. L’issue de l’histoire ne fait aucun doute, et Capra sait mieux que quiconque filmer ces ébauches de sourire et ces regards en coin qui annoncent la romance à venir. Mais ce qui fait tout le sel de It happened one night, ce n’est pas le terminus du voyage, c’est le voyage lui-même.

Pas la moindre fausse note dans ce monument indépassable de la « rom com ». L’alchimie est parfaite entre une Claudette Colbert irrésistible en jeune femme trop gâtée qui découvre les contraintes du quotidien, et Clark Gable dans l’un de ses premiers très grands rôles, un peu macho, un peu grande gueule, et très noble au bout du compte. Ce couple improbable est le moteur de ce road movie délicieux, qui respecte les règles du genre tout en surprenant constamment.

Capra réussit à donner un beau mouvement à son film, tout en s’offrant d’innombrables pauses, à l’image de cette chanson qu’improvisent les passagers du bus en pleine nuit. Un moment de partage et de joie comme seul Capra sait les mettre en scène, et qui annonce ses grands classiques avec James Stewart. Il a aussi cette incroyable sensibilité pour filmer les sentiments : ce plan quasi-obscur de Claudette Colbert de dos, faisant face à ce mur de couverture qui la sépare de celui qu’elle aime sans le dire, est d’une beauté renversante.

Comédie libre et réjouissante, le film a profondément marqué le genre, lançant la mode de la Screwball Comedy. Un vrai classique, quoi…

La Trahison se paie cash (Framed) – de Phil Karlson – 1975

Classé dans : * Polars US (1960-1979),1970-1979,KARLSON Phil — 31 août, 2017 @ 8:00

La Trahison se paie cash

Il n’aurait jamais dû prendre cette route, Jo Don Baker. Pour une fois qu’on lui confie le premier rôle d’un film, le voilà qui perd tout en l’espace d’une poignée de secondes. Parce qu’il assiste à une scène qu’il n’aurait pas dû voir, il est pris pour cible par un tireur mystérieux, agressé par un flic en uniforme qu’il tue pour sauver sa propre vie, condamné à une lourde peine de prison… C’est déjà beaucoup, mais la fortune qu’il avait gagnée au poker durant cette même nuit fatale disparaît, et la femme qu’il aime est violée par deux petites frappes.

Remarquable réalisateur de films noirs, Phil Karlson a signé quelques fleurons du genre dans les années 50 (L’inexorable enquête ou Le Quatrième homme, c’était lui, et c’était formidable). Cette petite production est sa toute dernière mise en scène : âgé de 67 ans, Karlson ne tournera plus rien durant les dix dernières années de sa vie. Et vu ce qu’il fait de ce polar de série B fauché, c’est bien dommage.

Autres temps, autre style : le noir et blanc intense des fifties a laissé la place aux couleurs vives et parfois criardes des seventies. N’empêche, Karlson a gardé cette intensité qui marquait ses plus grandes réussites. Framed n’est pas tout à fait à ce niveau : le film aurait sans doute gagné à être plus resserré. Et puis, Jo Don Baker n’est pas Robert Mitchum, qu’on aurait bien imaginé dans le rôle vingt ans plus tôt.

Mais le sens de l’action de Karlson est intact : physique ou psychologique, la violence est omniprésente, autour de ces personnages de durs taiseux comme on n’en faisait déjà plus à l’époque. Une violence sèche et brutale, doublée d’un cynisme décomplexé particulièrement réjouissant. Quant aux personnages, même taiseux, ils ont tous quelque chose à dire, jusqu’aux plus petits rôles comme ce pianiste qui semble ne communiquer que par piano interposé, et qui parvient à réellement exister tout en restant constamment à l’arrière-plan. Une belle surprise.

La Blonde framboise / Strawberry Blonde (The Strawberry Blonde) – de Raoul Walsh – 1941

Classé dans : 1940-1949,CAGNEY James,WALSH Raoul — 30 août, 2017 @ 8:00

The Strawberry Blonde

Dans la liste des films qui rendent heureux, celui-ci figure en bonne place. Loin des films de gangsters qui ont fait leurs réputations, Raoul Walsh et James Cagney se retrouvent pour un film drôle et infiniment délicat, hymne au bonheur simple et à l’amour, le vrai, avec un grand A et les yeux doux et irrésistibles d’Olivia De Havilland.

On en sort en fredonnant « And the band played on » (le générique de fin propose même aux spectateurs de reprendre la chanson en karaoké avant de quitter la salle, on imagine l’ambiance et le plaisir partagé), et avec l’envie irrépressible d’enlacer nos deux tourtereaux, et de dire à celle qu’on aime qu’on l’aime. Bref, un vrai feel-good movie.

The Strawberry Blonde n’est pas une comédie musicale. Mais c’est le genre de films où les clients d’un barbier peuvent se mettre à chanter ensemble, et où tout est mouvement, à l’image de cette première rencontre entre les deux « couples » du film : l’horrible Jack Carson dont l’avenir prometteur séduit celle qui monopolise tous les regards, jouée par la star montante Rita Hayworth, et ce bon vieux James Cagney qui se « rabat » sur la bonne copine, Olivia De Havilland.

C’est tout le drame de sa vie, à la pourtant magnifique Olivia : ce couillon de Jimmy mettra dix ans pour réaliser que celle qu’il a finalement épousée est non seulement la plus belle, mais aussi celle qui peut le rendre profondément heureux. Elle en interprétera d’autres, des personnages plongés dans l’ombre d’actrices à la beauté plus arrogante. Mais ici, le drame ne fait qu’affleurer, malgré un passage bouleversant où Olivia voit son mari partir avec bravade entre deux policiers, loin d’elle.

Les larmes, pourtant, sont de joie dans ce film, qui est aussi l’un des plus drôles tournés par Walsh. Un chef d’œuvre dont le cinéaste filmera lui-même un remake dès 1948, cette fois sous la forme d’une vraie comédie musicale : One sunday afternoon, pas le plus connus de ses films…

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