Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

La Femme aux miracles (The Miracle Woman) – de Frank Capra – 1931

Classé dans : * Pre-code,1930-1939,CAPRA Frank,STANWYCK Barbara — 14 mai, 2017 @ 8:00

La Femme aux miracles

Après Femmes de luxe, Capra offre un nouveau rôle à Barbara Stanwyck : celui d’une fille de pasteur qui devient la prédicatrice star d’un temple très populaire… et très lucratif. Un rôle qui lui vaut une entrée en matière extraordinaire : elle apparaît au lutrin de l’église, où elle lit le prêche du jour avant d’annoncer le décès de son père, mort de ne pas avoir supporté l’ingratitude de ses ouailles qui lui ont préféré un homme d’église plus jeune.

La manière dont Stanwyck passe de la posture de femme d’église à celle de victime en colère, dénonçant l’hypocrisie et la médiocrité de ces fidèles amassés face à elle, est d’une puissance inouïe, et d’une audace que l’application du code Hayes aurait rendu inimaginable trois ans plus tard, dans cette Amérique très pieuse. Mais dans cet Hollywood béni de l’ère pré-code, le politiquement incorrect est presque de rigueur. Et Capra ne se prive pas d’en profiter…

Presque aussi abouti que la première collaboration du cinéaste avec son actrice (il y a peut-être une ou deux petites longueurs, si on veut être tatillon), le film séduit par sa simplicité et par son authenticité. Et Capra réussit aussi bien ses grandes scènes de foule que les nombreux moments intimes. Et puis l’histoire d’amour entre la belle pécheresse et ce jeune aveugle à qui elle a sauvé la vie sans le savoir (David Manners, qui est cette même année le Jonathan Harker de Dracula) ne tombe jamais dans le larmoyant.

Au contraire, cette jolie romance nous vaut quelques moments magnifiques, comme ce premier baiser d’une pureté telle qu’il laisse le souffle coupé, instants absolument sublimes. Et l’idée de cet homme qui ne peut pas voir et qui ouvre les yeux de cette femme perdue dans une vie qui ne lui ressemble pas est très belle, et traitée avec une honnêteté et sans facilité par Capra.

Le film est, comme ça, émaillé de moments merveilleux, et de seconds rôles inoubliables. Comme la brave Mrs Higgins (Beryl Mercer), dont la bonté parfaite envers son aveugle de locataire ose se parer d’une attirance à peine voilée. « Ah ! si j’avais 30 ans de moins… » glisse-t-elle l’air de rien. Réjouissant.

Traître sur commande (The Molly Maguires) – de Martin Ritt – 1970

Classé dans : 1970-1979,RITT Martin — 13 mai, 2017 @ 8:00

Traître sur commande

Dès les premières images, Martin Ritt nous plonge littéralement dans l’enfer de la mine : dix minutes sans la moindre parole, au plus près de ces hommes passant des heures dans des galeries obscures et dangereuses, creusant la roche dans les positions les plus inconfortables. Cette entrée en matière impressionne. Sans esbroufe, mais avec une grande puissance visuelle, Ritt met en image des conditions de travail inhumaines.

D’emblée, Traître sur commande s’impose comme l’un des films les plus forts consacrés à la vie des mineurs : leurs conditions de travail donc, avec ces gestes mille fois répétés et le danger omniprésent, mais aussi leur quotidien sans joie et sans horizon. Pour raconter ces vies, Ritt choisit l’angle du suspense, avec l’histoire d’une société secrète qui a volontiers recours à la violence, et avec ce flic infiltré qui finit presque par faire corps avec les mineurs. Mais sans jamais oublier l’essentiel : les personnages.

Dans le rôle du leader de cette société secrète, Sean Connery est parfait. Sa première apparition laisse un moment dubitatif : à côté des gueules fatiguées qui l’entourent, celui qui s’apprêtait à retrouver le matricule 007 paraît trop plein de vie, trop digne aussi. Mais cette première impression ne dure pas. Dès que la caméra s’approche de lui, c’est son regard qui impressionne, entre détermination et lassitude. Le regard d’un homme qui ne cédera jamais rien, mais qui sait que rien de bon n’en sortira.

A ses côtés, Richard Harris est formidable dans le rôle du flic infiltré, d’une complexité rare. A la fois prêt à toutes les bassesses, tous les extrêmes, pour gravir les échelons de la société, et se découvrant une proximité inattendue avec la colère des mineurs, avec leur envie de secouer les choses. Entre Sean Connery et lui naît bientôt une amitié trouble, dont on sent qu’elle ne laisse aucun des deux hommes totalement dupe.

Martin Ritt filme ces personnages complexes sans jamais surjouer leurs contradictions, avec une économie de moyen et une certaine langueur qui colle parfaitement à l’atmosphère ambiante. Passionnant et édifiant, son film est un sans-faute.

Le Dirigeable (Dirigible) – de Frank Capra – 1931

Classé dans : 1930-1939,CAPRA Frank — 12 mai, 2017 @ 8:00

Le Dirigeable

Après le monde du cirque, Capra, décidément touche à tout en ce début des années 30, change radicalement d’univers et signe l’un des rares films (je n’en connais pas d’autre) consacrés aux dirigeables et à ce pan méconnu de la conquête des airs.

C’est ce qu’il y a de plus passionnant dans cette grande réussite : la manière dont Capra fixe sur la pellicule cette époque héroïque, faite de grandes découvertes, de défis humains, d’héroïsme et de doutes. Le film évoque tout à la fois la conquête du Pôle Sud (cette année-là, ma grand-mère avait 1 an, et il existait encore des endroits sur Terre où l’homme n’était jamais allé… ça fait rêver !), la soif de reconnaissance des pilotes, et la concurrence entre les pro-avions et les pro-dirigeables.

En tant que témoin d’une époque, le film est formidable et indispensable. Mais c’est aussi une réussite à tous les niveaux. Adapté d’une histoire du fameux Frank Wead (pionnier de l’aviation dont la vie a inspiré L’Aigle vole au soleil à John Ford), le film mêle habilement l’une de ces conquêtes périlleuses qui ont fait la gloire de l’Amérique (on pense évidemment à l’odyssée de Lindergh, ne serait-ce que lors de la parade triomphale dans New York), et récit à hauteur d’hommes et de femmes.

C’est une histoire finalement assez classique de triangle amoureux : un pilote obnubilé par la gloire (Ralph Graves), sa femme délaissée (Fay Wray, avant de crier devant King Kong, excellente dans un rôle un peu en retrait), et leur meilleur ami, pilote plus posé et amoureux de la belle (Jack Holt, très charismatique). Un triangle amoureux soumis à une aventure humaine qui les dépasse, et qui vaut quelques impressionnants morceaux de bravoure.

On le sait très doué pour filmer des personnages confrontés aux doutes. Capra se révèle aussi un grand réalisateur d’action, signant notamment deux formidables séquence de crash, d’un dirigeable et d’un avion. Décidément, cette période de la filmographie de Capra est pleine de belles découvertes.

Alliés (Allied) – de Robert Zemeckis – 2016

Classé dans : * Espionnage,2010-2019,ZEMECKIS Robert — 11 mai, 2017 @ 8:00

null

Zemeckis nous fait le coup du grand cinéma classique romanesque, avec un modèle évident et proclamé : Casablanca, dont il reprend le décor (le Casablanca de 1942, pour la première partie du film), et même le « Play it » insistant devant un piano… Mais le réalisateur de Retour vers le Futur a-t-il la carrure de Michael Curtiz ? Pas sûr, quand même.

Dès le tout premier plan, absolument virtuose mais (très visiblement) entièrement numérique, le problème principal du film apparaît, avant même les acteurs, problème qui se confirmera scène après scène : Zemeckis soigne le moindre de ses plans avec une application et une volonté de se mettre en danger qui forcent le respect, mais avec une virtuosité trop évidente, trop systématique, et trop dominante.

Cette virtuosité, qui vaut quelques moments de plaisirs, semble le plus souvent trop appliqué. Zemeckis, qui a visiblement envie d’imprimer ce genre très hollywoodien de son emprunte, oublie la passion en route. Et si on suit l’intrigue sans le moindre ennuie, et avec un intérêt qui ne retombe (presque) jamais, l’émotion ne passe pas vraiment, et on reste constamment à distance de ce mélodrame pourtant costaud.

On le sent sincère et passionné par les classiques d’autrefois, mais Zemeckis reste du côté du pastiche. Son film sonne comme un hommage sincère et appliqué à Casablanca donc, mais aussi à l’univers de Graham Greene (dont Brad Pitt lit d’ailleurs le Brighton Rocks), notamment au très beau La Fin d’une liaison, dont Neil Jordan avait tiré un film autrement plus poignant.

Brad Pitt lui-même semble étrangement statique et étranger à l’action, comme engoncé dans un personnage qu’il ne fait jamais vraiment vivre (pas aidé, c’est vrai, par un accent amerloque lorsqu’il est censé parler couramment français). Mais il y a Marion Cotillard, lumineuse et intense, comme toujours parfaitement juste. Elle est pour beaucoup dans le plaisir sincère qui réussit à poindre au milieu de la déception.

La Grande Vadrouille – de Gérard Oury – 1966

Classé dans : 1960-1969,OURY Gérard — 10 mai, 2017 @ 8:00

La Grande Vadrouille

Gérard Oury et Louis De Funès risquent fort de ne jamais être très présents sur ce blog. Mais La Grande Vadrouille, quand même, reste un sommet du cinéma populaire de l’époque. Et le couple que le comique grimaçant forme avec Bourvil mérite tout le bien qu’on a pu en dire depuis cinquante ans. Ces deux-là, dans ce contexte-là (la France de l’Occupation, pour les lecteurs qui n’auraient jamais eu accès à la télévision depuis leur enfance), représentent à la fois toute la mesquinerie et toute la générosité du Français moyen.

Comme dans La Traversée de Paris donc, première rencontre (brève) entre les deux acteurs, mais en ouvertement positif. D’ailleurs, si le film a eu un tel retentissement à sa sortie, c’est parce qu’il était sans doute le premier, vingt ans après la fin de la guerre, à traiter l’occupation sur le ton de l’humour et de la bienveillance. Les deux personnages principaux ne sont des « héros » que de circonstance, et les Allemands sont des méchants qui prêtent plutôt à sourire. Oury prend d’ailleurs bien soin de de tuer personne : « sa guerre » est plutôt une occasion de révéler ce que les hommes et les femmes ont de mieux.

Le meilleur, bien sûr, c’est alchimie entre les deux doubles inversés, Bourvil le modeste et généreux, et De Funès le colérique condescendant. Ces deux-là ne se ressemblent en rien, c’est la rencontre de deux mondes qui n’auraient jamais dû se croiser dans des circonstances normales. Mais quel plaisir de voir De Funès martyriser le pauvre Bourvil « parce que c’est comme ça ! », lui rappelant sans cesse leurs différences de classe, qui s’estompera à peine devant l’adversité.

On connaît La Grande Vadrouille par cœur, la scène des Bains Turcs (« Mais alors, you are French ! »), celle des ronflements, celle des vélos (« D’abord mes souliers, maintenant mon vélo ! »), ou celle des planeurs (« Y’a pas d’hélice hélas. » « C’est là qu’est l’os. »)… Et ça fonctionne toujours. Du cinéma populaire décomplexé et généreux, au rythme impeccable.

Soleil vert (Soylent Green) – de Richard Fleischer – 1973

Classé dans : 1970-1979,FANTASTIQUE/SF,FLEISCHER Richard — 9 mai, 2017 @ 8:00

Soleil Vert

Classique de la SF, Soleil Vert n’a pas si mal vieilli. Plus, pour être honnête, que l’immense majorité des films de Fleisher, mais moins que le tout-venant du genre de cette décennie. Sans doute pour une raison toute simple : le futur décrit dans le film ressemble à s’y méprendre à l’Amérique de 1973, sans gadget, sans architecture improbable (à part quelques intérieurs qui, eux, semblent aujourd’hui bien datés), et en version toute pourrie.

C’est l’une des belles idées du film : faire du futur une sorte de présent alternatif où les dérives des hommes auraient été poussées à l’extrême, et où ne subsisterait plus que la misère, et des villes moribondes noyées dans un perpétuel nuage verdâtre (qui paraît un peu cheap) de pollution. Pas de voiture volante, rien d’autre que les quartiers populaires de New York transformés en cloaque où les habitants semblent n’attendre que la mort.

Comme la plupart des films de SF, Soleil Vert ne parle d’ailleurs que d’aujourd’hui. Sa portée politique, valable en 1973, l’est tout autant aujourd’hui : film écolo, cri d’amour à la nature et aux beautés de notre planète, dénonciation du capitalisme cynique et jusqu’au-boutiste… Le film s’ouvre d’ailleurs sur un montage de photos, toutes authentiques, qui retracent l’évolution de la société au cours du 20e siècle, et les effets sur l’environnement.

De l’enquête que mène le petit flic Charlton Heston après le meurtre d’un riche privilégié, on s’attend à ce qu’en sorte un terrible secret, une machination machiavélique des puissants. La vérité, dévoilée dans les dernières minutes, est à la fois plus simple, et plus terrible.

Le meilleur du film, c’est quand même la cohabitation de deux générations de star : Heston et Edward G. Robinson (on pourrait ajouter Joseph Cotten, dans un second rôle marquant), le second jouant le rôle du vieillard qui ressasse inlassablement les souvenirs d’une Terre que son jeune ami n’a jamais connue. La plus belle scène, c’est peut-être celle du repas entre Robinson et Heston, l’un découvrant la vraie nourriture avec plaisir, l’autre retrouvant les goûts de son enfance avec plus de douleur que de joie. Dans un cadre feutré, sans effets spéciaux et sans fioriture, Fleischer signe là un magnifique moment de cinéma.

Source Code (id.) – de Duncan Jones – 2011

Classé dans : 2010-2019,FANTASTIQUE/SF,JONES Duncan — 8 mai, 2017 @ 8:00

Source Code

Voilà une formidable surprise. De ce film fantastique assez intriguant, je n’attendais pas grand-chose d’autre qu’un petit moment de détente et de relaxe cérébrale. J’en suis ressorti totalement bluffé : Source Code est une réussite majeure du genre, une variation assez géniale sur le thème d’Un Jour sans fin. Bref, un film fantastique dans tous les sens du terme, brillant et passionnant.

Le film s’ouvre mystérieusement, sur Jake Gyllenhaal qui se réveille dans un train, face à une jeune femme qui lui parle comme à un ami. Problème numéro 1 : il n’a pas la moindre idée de comment il est arrivé là. Problème numéro 2 : cette jeune femme, si jolie soit-elle (c’est Michelle Monagham), lui est totalement inconnue et l’appelle par un prénom qui n’est pas le sien. Problème numéro 3 : en se regardant dans le miroir, il réalise qu’il n’est effectivement pas lui-même. Problème numéro 4 : à peine s’en est-il rendu compte qu’une bombe explose et tue tout le monde dans le train…

Oui, on voit venir le truc : le gars va revivre cette journée à l’envi, jusqu’à ce qu’il désamorce la bombe et emballe la fille. Eh bien oui, mais pas tout à fait non plus, pas seulement en tout cas, et pas comme on s’y attend. Le film, malin et intelligent, joue comme le petit classique d’Harold Ramis sur la répétition d’une même journée (en l’occurrence des mêmes quelques minutes), mais en la justifiant par une idée digne des plus grands auteurs de SF, que je ne spoilerai pas, mais qui ouvre des perspectives immenses sur les notions de réalité, de libre-arbitre, et de seconde chance.

C’est formidablement bien écrit (par Ben Ripley, dont le seul « titre de gloire » jusqu’à présent était le scénario de La Mutante 3 !), et c’est réalisé avec un grand sens du détail par Duncan Jones (le filston de David Bowie), qui filme Chicago comme personne avant lui, soulignant le caractère à la fois moderne et humain de la ville, entièrement construite autour de la circulation des hommes, avec ses trains, ses routes, ses rivières, et ses larges promenades. A vrai dire, les villes américaines ont rarement été filmées avec autant d’attention qu’ici, en tout cas dans le cinéma contemporain.

Le (jeune) fait aussi preuve d’une délicatesse (oui oui, délicatesse) inattendue, réussissant à rendre émouvante l’accumulation d’explosion, jusqu’à un bouleversant arrêt sur image absolument magnifique. Sans oublier le suspense (à couper au couteau) en route, le film se révélant finalement plein d’espoir. La noirceur extrême laisse in extremis la place à un feel good movie. L’un des plus beaux films fantastiques / de SF de ces dernières années.

Rain or shine (id.) – de Frank Capra – de 1930

Classé dans : 1930-1939,CAPRA Frank — 7 mai, 2017 @ 8:00

Rain or shine

Tourné après le très beau Femmes de luxe, Rain or shine commence de la plus belle des manières. Après un générique au son de « Singin’ in the rain », le film s’ouvre sur un cortège de cirque qui avance lentement dans la nuit et sous la pluie. Visuellement très fortes, ces premières images magnifiques confirment le sens du rythme et de la composition du jeune Capra, et sa volonté ici de profiter pleinement des possibilités que lui offre son décor de cirque: coincée dans une ornière, une caravane est dégagée par un éléphant.

Quelques minutes plus tard, le même éléphant aidera la troupe à faire passer une porte trop étroite à une femme énorme, running gag que l’on retrouvera avec des variantes tout au long du film, annonçant un goût, pour le coup, pas sûr à tous les coups. Cette manière d’humilier la pauvre obèse est pour le moins douteuse…

Rain or shine alterne d’ailleurs le magnifique et le pas terrible. Le consternant, même, lors de ce dîner où l’homme de spectacle Joe Cook multiplie les gags pour embarrasser les riches hôtes dont le fils pourrait lui enlever celle qu’il aime. Le problème n’est pas que cette scène soit elle-même embarrassante : après tout, l’atmosphère est celle qu’elle doit être. Mais elle est surtout interminable, comme si Capra était fasciné par son acteur vedette.

Autant ce dernier réussit quelques belles prouesses physiques, notamment lors de l’extraordinaire séquence de l’incendie, autant son humour, sans doute très en vogue en 1930, a pris un terrible coup de vieux. Surtout, la volonté de mettre Cook en valeur donne lieu à de nombreuses séquences (dont la scène de la représentation n’est que l’exemple le plus long) qui s’inscrivent mal dans le récit, et mettent à mal le rythme du film. Cela dit, l’acteur est excellent dans les scènes plus dramatiques, voire romantiques.

Pas très à l’aise avec les ruptures de ton, Capra aborde déjà la notion de riches et de pauvres, mais sans réelle confrontation directe. Son film est avant tout une jolie déclaration d’amour aux gens simples et aux valeurs sincères. Du pur Capra, donc.

Femmes de luxe (Ladies of Leisure) – de Frank Capra – 1930

Classé dans : * Pre-code,1930-1939,CAPRA Frank,STANWYCK Barbara — 6 mai, 2017 @ 8:00

Femmes de luxe

Barbara Stanwyck, jeune femme habituée aux plans tout pourris avec des gros lourds imbibés d’alcool, passe la nuit sur le canapé du riche peintre qui l’a choisie comme modèle, et dont elle est tombée secrètement amoureuse. Au milieu de la nuit, elle l’entend s’approcher d’elle. Elle pense qu’il va réagir comme tous les types qu’elle a connus, et se jeter sur elle. Mais non. Sans un bruit, la croyant endormie, il la couvre d’un plaid, et s’éloigne tout aussi discrètement.

Cette scène simple et sublime n’est faite que de gros plans, sur les pieds du peintre (joué par Ralph Graves), sur ses mains déposant la couverture, et surtout sur le visage de l’actrice sur lequel des torrents d’émotion se lisent. Et ce visage, lorsqu’elle réalise la tendresse de ce geste, est l’un des premiers immenses moments d’émotion du cinéma de Capra, qui rappelle la perfection qu’avait atteint le cinéma dans les dernières années du muet, dans ce qui est pourtant l’un de ses premiers films (son premier ?) entièrement parlant.

Capra n’est pas un débutant lorsqu’il réalise Ladies of Leisure. Mais le film marque le début d’une décennie magnifique, celle de New York – Miami et de Monsieur Smith au Sénat, au cours de laquelle le cinéaste impose son style, ses thèmes et son ton. Tout est déjà bien en place ici, dans ce qui est aussi sa première collaboration avec la toute jeune Barbara Stanwyck, déjà sublime, complexe et intense. C’est grâce à elle, et à la délicatesse de Capra, que toute l’émotion passe, dans ce portrait d’une femme qui pensait profiter de la fortune d’un homme, et qui réalise qu’elle ne veut que son amour.

Dès la toute première scène, Capra met en place la verticalité du film, qui sera constamment au cœur de son récit. Des passants sur un trottoir manquent de se faire assommer par des bouteilles, lancées du haut d’un immeuble cossu par des jeunes femmes visiblement très alcoolisées lors d’une soirée donnée par de riches oisifs, où l’on découvre notre peintre, perdu dans un milieu qui ne lui ressemble pas. Capra jouera à plusieurs reprises sur ce motif de la verticalité, avec la place centrale jouée par l’ascenseur, et jusqu’à cette extraordinaire séquence finale basée sur un montage alterné, sommet de suspense et d’émotion.

Capra réussit l’un de ses très grands films oubliés, aussi abouti visuellement que riche au niveau du récit, parsemé de détails et de personnages passionnants, qui évitent à toute caricature. Capra, comme Barbara Stanwyck d’ailleurs, entre dans la cour des grands.

Saboteur sans gloire (Uncertain glory) – de Raoul Walsh – 1944

Classé dans : 1940-1949,WALSH Raoul — 5 mai, 2017 @ 8:00

Saboteur sans gloire

Encore une merveille signée Walsh, qui boucle une sorte de triptyque officieux de films de propagandes dont Errol Flynn est la vedette. Après le très léger Sabotage à Berlin et le très mouvementé Du sang sur la neige, Saboteur sans gloire surprend par sa tonalité et par son personnage principal, un authentique salaud pour une fois, voleur, meurtrier, égoïste, profiteur de guerre… Bref, un rôle inattendu pour Flynn.

Le film commence, curieusement, de la même manière que L’Imposteur, le film de Duvivier, sorti à peine deux mois plus tôt aux Etats-Unis. Le personnage de Flynn, comme celui de Gabin, y échappe miraculeusement à l’exécution par la guillotine lorsque la prison où il se trouve se retrouve détruite par un bombardement qui coûte la vie à ses bourreaux. La comparaison entre les deux films s’arrête à peu près là, même s’il sera évidemment question de rédemption, de sens du sacrifice, et de l’esprit français, que Hollywood ne cessait de mettre en avant ces années-là.

Flynn, plus charmeur et souriant que jamais, reste un sale type quasiment jusqu’au bout. Un homme préoccupé par son seul sort, qui semble traverser la guerre et l’occupation comme un simple visiteur en villégiature. Walsh le flanque de son exact opposé, un super flic qui le traque et ne tarde pas à l’arrêter, qu’interprète l’excellent Paul Lukas, acteur aussi à l’aise pour jouer les ordures que, comme c’est le cas ici, l’image même de l’honnêteté et de la générosité.

Leur duo fonctionne parfaitement, et se retrouve au cœur des passages les plus forts. C’est le cas lors de la scène-clé de l’histoire. Arrêté dans une petite ville où cent habitants s’apprêtent à être exécutés par les Allemands en guise de représailles après un attentat meurtrier commis par un mystérieux résistant, Flynn propose à Lukas de le laisser se dénoncer comme l’auteur de l’attentat, afin de sauver les otages, et surtout d’échapper à la guillotine, qui lui semble nettement plus barbare qu’un peloton d’exécution. Troublé par cette proposition, le policier est perdu dans ses pensées face à son prisonnier qui attend sa décision, tandis que les ombres des otages se profilent sur le mur derrière eux…

Ce plan est tout simplement renversant. Tout le film, d’ailleurs, est visuellement splendide, avec un noir et blanc sublime (signé Sidney Hickox, chef of de Walsh sur une quinzaine de films parmi ses meilleurs), de merveilleux décors (dus à Robert Haas) et l’extraordinaire sens du cadre du cinéaste. En plus d’offrir à Errol Flynn l’un de ses meilleurs rôles, Uncertain glory transcende les codes du film de propagande, pour offrir à la fois un spectacle profondément réjouissant, et une plongée passionnante dans les tourments mentaux d’un criminel.

1...34567...165
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr