Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Youth runs wild (id.) – de Mark Robson – 1944

Classé dans : 1940-1949,ROBSON MARK — 19 janvier, 2019 @ 8:00

Youth runs wild

Pas inintéressant, mais franchement lénifiant, cette série B de propagande dont le message clairement affiché est à lui seul une originalité. En substance : les hommes sont partis à la guerre, les femmes travaillent pour la nation, et pendant ce temps, qui veille sur les jeunes, livrés à eux-mêmes et aux dangers de la société ? Hein ? Qui ?

Eh bien oui, pas grand-monde, et du coup l’Amérique des grandes villes se transforme en zone à risque pour tout mineur qui ose franchir les frontières rassurantes du foyer familial. Raconté comme ça, c’est un peu too much. Et ça l’est effectivement, mais d’une drôle de manière rassurante et finalement très politiquement correcte.

On a bien un bon fils de bonne famille qui se laisse embarquer par une bande de vauriens, mais ces vauriens ont bon cœur au fond. On a bien une fille mal aimée par ses parents qui finit par se faire la malle pour bosser comme entraîneuse dans un bar pour adultes, mais son amoureux est là qui guette, et les clients ont trop de respect pour les amours adolescentes pour venir mettre tout ça en danger.

Alors oui, les bons sentiments dominent d’une manière trop évidente, jusqu’aux dernières images à l’euphorie ahurissante : tous les drames traversés sont effacés par un soudain vent d’optimisme et des sourires rayonnants. C’est qu’en cette période de guerre, il ne s’agit pas de plomber le moral du spectateur…

Tout ça commençait pourtant par quelques promesses nettement plus sombres. Et plus convaincantes, disons-le. Le film s’ouvre ainsi sur un plan prémonitoire montrant un camion détruire un panneau incitant les voitures à faire attention aux enfants dans un quartier résidentiel. Et continue par le retour dans la maison familiale d’une jeune mère au regard triste, qui attend des nouvelles de son mari gravement blessé au front. Puis par les premiers signes de déscolarisation de l’enfant prodigue…

Même signé par le grand John Fante, le film reste sage, très sage. Même produite par Val Lewton et réalisée par Mark Robson (tandem à qui on doit des séries B nettement plus convaincantes, comme La 7e victime), cette petite production reste anonyme, trop. Le sujet méritait sans doute quelque chose de plus inconfortable que ce petit film sympathique et agréable. On aurait préféré choc et dérangeant.

LIVRE : Mireille Balin, la star foudroyée – de Frank Bertrand – 2014

Classé dans : LIVRES — 18 janvier, 2019 @ 8:00

LIVRE Mireille Balin La star foudroyée

Est-ce le regard de Mireille Balin, ses lèvres qui esquissent un sourire, ou ce corps qu’elle met en valeur avec une liberté évidente ? Les photos que l’on trouve dans ce livre sont fascinantes, comme si l’actrice, les yeux tournés vers l’objectif, lançait un défi à quiconque oserait la juger…

Mireille Balin, c’est l’une des grandes actrices oubliées du cinéma français. Deux fois partenaire de Jean Gabin (Pépé le Moko et Gueule d’amour), dont elle fut la maîtresse avant d’être celle de Tino Rossi, la jeune femme a eu la mauvaise idée de tomber amoureuse d’un officier allemand pendant l’occupation, et de ne pas même chercher à faire profil bas. Elle fut donc l’une des grandes victimes de l’épuration : enfermée et violée à la libération, l’homme de sa vie sans doute assassiné (son corps n’a jamais été identifié), elle terminera sa vie seule et miséreuse…

Une destinée tragique que Frank Bertrand (auteur qui vient de mourir) évoque avec une passion communicatives. Plutôt qu’une biographie traditionnelle, La star foudroyée est bien une évocation de cette vie fulgurante, sous la forme d’une enquête, autour de seize cahiers écrits par un personnage-prétexte et retrouvés par hasard par le narrateur, qui découvre en même temps que le lecteur le pouvoir de fascination de la Balin.

Quel personnage ! Femme libre, femme détachée aussi, sans doute, pour le meilleur et pour le pire. Mireille Balin traverse sa carrière de star naissante comme elle traversera sa déchéance à venir : avec un détachement dont on ne sait s’il relève de la fierté ou d’une certaine indifférence à son propre sort. Un beau livre en tout cas, dont on ressort avec un vrai sentiment de révolte, et une envie de revoir ses grands films…

Passage interdit (Untamed Frontier) – de Hugo Fregonese – 1952

Classé dans : 1950-1959,FREGONESE Hugo,WESTERNS — 17 janvier, 2019 @ 8:00

Passage interdit

Un western signé Hugo Fregonese : l’assurance d’un bon film avec son lot de surprises et une vraie tension. Pas manqué : ce Passage interdit a beau cumuler les thèmes les plus courants du genre, il le fait avec ce petit quelque chose qui fait la différence. Et avec style, et efficacité.

On a donc droit à l’éternelle opposition de deux faux frères dont le plus légitime est aussi le plus odieux (Scott Brady, impeccable face à un Joseph Cotten plus marmoréen que jamais). Et aussi l’opposition d’une grande famille de propriétaires terriens face à de modestes éleveurs qui réclament leurs droits à la terre.

Bref, rien de bien original a priori, sauf que toute l’intrigue est racontée du point de vue de la puissante famille, donc des méchants pour faire simple. Et que simple parti-pris met franchement à mal la notion de bons et de méchants.

Et pour ça, la prestation de Cotten est à peu près idéale. Fermé, désagréable, obtus… c’est ainsi qu’il apparaît dans la première partie du film, où il ne fait que quelques apparitions, dans l’ombre du flamboyant Scott Brady. L’image même du sale type, en fait, dont on découvre tardivement l’humanité quand la caméra se focalise plus longuement sur lui.

En révélatrice de ce changement, et en fil rouge de l’histoire, Shelley Winters est elle aussi parfaite, à la fois victime et femme forte, le trait d’union entre une Clementine et une Chihuahua en quelques sortes (revoyez La Poursuite infernale !).

Fregonese n’oublie ni la violence, ni la cruauté des sentiments, à travers des relations « familiales » sous haute tension : entre les deux cousins, entre le père et son fils, et surtout entre le mari et la femme. Drôle de mariage et drôle de famille parfaite, amers, cruels et cyniques, dont on sent que la possible harmonie retrouvée passe obligatoirement par la mort.

L’Empereur de Paris – de Jean-François Richet – 2018

Classé dans : * Polars/noirs France,2010-2019,RICHET Jean-François — 16 janvier, 2019 @ 8:00

L'Empereur de Paris

Il a de la gueule, Vincent Cassel. De la gueule, une présence indéniable, et une capacité pas si commune à se glisser naturellement dans des époques différentes. Le voilà donc en bagnard évadé qui devient chef d’une police alternative dans le Paris napoléonien. En Vidocq, donc, reprenant des frusques portées par des tas d’acteurs avant lui (depuis Harry Baur dans les années 1900, d’après Wikipédia) et salement chiffonnées par Depardieu dans le machin de Pitof (quelqu’un a des nouvelles ?).

Alors forcément, au grand jeu des comparaisons, Cassel sort vainqueur par KO, terrassant les interprétations télévisuelles bien lisses des années 60, ou même l’interprétation toute en suavité de George Sanders (dans l’excellent Scandale à Paris). Pas que le film de Richet soit meilleur que celui de Douglas Sirk, non. Mais il prend le parti d’un certain réalisme, à la fois dans le soin apporté à la reconstitution historique (merci aux effets spéciaux, très réussis) et dans le rapport à la violence.

C’est donc un film brut qui sent le parfum de la rue, que nous offrent Richet et Cassel, dix ans après Mesrine. Une grosse production comme le cinéma français n’ose en faire que très rarement. On peut faire la fine bouche, souligner la paresse d’un scénario qui accumule tous les poncifs et tous les rebondissements faciles (on devine dès leur première apparition qui va mourir et qui va survivre, et presque comment), et on n’aurait pas tort de le faire.

OK, on sait d’emblée que Vidocq ferait mieux de laisser l’autre bagnard se noyer. On sait qu’il ferait mieux de ne pas y aller, à ce rendez-vous tout foireux. On sait aussi que sa croisade finira dans un bain de sang, comme dans Les Incorruptibles de De Palma auquel Richet semble régulièrement se rapprocher. Strictement zéro surprise, donc.

Pourtant, l’ambition de la reconstitution, l’ampleur de la mise en scène, et surtout l’interprétation, procurent un plaisir rare dans un cinéma populaire rarement aussi ample. Le regard sombre, les poings serrés, Cassel a la carrure des grandes stars. A ses côtés, de Chesnais à Lucchini en passant par Thierrée et Menochet, les seconds rôles ne sont pas oubliés. Les femmes, quand même, sont pauvrement traitées : Olga Kurylenko et Freya Mavor (cette dernière a quand même droit à une belle séquence de suspense) sont largement cantonnées à un affrontement de charmes. Fort agréable au demeurant, mais franchement vain.

Les Aristochats (The Aristocats) – de Wolfgang Reitherman – 1970

Classé dans : 1970-1979,DESSINS ANIMÉS,REITHERMAN Wolfgang — 15 janvier, 2019 @ 8:00

Les Aristochats

Walt Disney est mort, vive Walt Disney ! Mort en 1966 durant la production du Livre de la Jungle, le tout puissant oncle Walt avait certes donné lui-même le feu vert à la mise en chantier des Aristochats, mais ce long métrage est le premier auquel il n’ait pas directement participé. Et on aurait bien envie de dire que ça change un peu les choses.

Non pas que les précédents soient ratés, ni même qu’il s’est passé une révolution dans la logique du studio, mais quand même. Ce qui frappe d’emblée, c’est le style visuel du film, avec ces dessins comme sortis directement d’un carnet de croquis, qui rompent avec la perfection et l’extrême réalisme qui marque la plupart des longs métrages depuis Blanche-Neige, le tout premier.

Et puis le ton, le rythme, très jazzy. Dans Le Livre de la jungle déjà, quelques scènes révélaient un certain goût pour le jazz. Mais sans commune mesure avec les grands moments des Aristochats, ce bœuf improvisé dans un squat parisien, et cet air inoubliable chanté (en français et en anglais) par Maurice Chevalier lui-même.

L’histoire, simple prolongement de La Belle et le Clochard et des 101 dalmatiens, n’apporte pas grand-chose de nouveau à la gloire de Disney. Mais la forme, elle, a quelque chose de franchement enthousiasmant, et même d’euphorisant. « Tout le monde veut devenir un cat, parce que un chat quand il est cat, retombe sur ses pattes… »

Retour à Glennascaul (Return to Glennascaul) – de Hilton Edwards – 1953

Classé dans : 1950-1959,COURTS MÉTRAGES,EDWARDS Hilton,FANTASTIQUE/SF — 14 janvier, 2019 @ 8:00

Retour à Glennascaul

Une curiosité : profitant de l’une des innombrables interruptions du tournage d’Othello, dans lequel ils interprètent respectivement Brabantio et Iago, Hilton Edwards et Micheál Mac Liammóir produisent ce court métrage que le premier réalise, et qui évoque « a story that is told in Dublin », une histoire de fantômes bien sûr, comme on les aime dans ces terres celtiques.

Les deux hommes, fondateurs du Gate Theater à Dublin, sont parmi les artistes plus respectés d’Irlande à cette époque. Mais si ce court métrage est si remarquable, cela est surtout dû à la présence d’Orson Welles lui-même, qui joue avec délectation le jeu de la mise en abyme : cette histoire de fantômes est racontée en flash-backs, par un automobiliste en panne que Welles, sorti du plateau de son Othello, prend en stop.

Cette introduction permet de filmer les coulisses de ce tournage épique. Sans en dévoiler grand-chose d’ailleurs : le plateau est d’avantage évoqué que réellement montré, avec de superbes images presque expressionnistes qui portent clairement la marque de Welles. A-t-il participé à la mise en scène de ce petit film ? Officiellement, non, mais on jurerait qu’il a au minimum inspiré très ouvertement Hilton Edwards.

Le « style Orson Welles » revient constamment au cours du film, mais avec une pointe d’ironie qui vient contrebalancer la légère angoisse qui pointe le bout de son nez. Il y a aussi une belle utilisation de cette petite musique lancinante qui contribue à donner son ton particulier au film. Et puis la voix off, omniprésente, d’Orson Welles, qui se présente d’une manière que les auditeurs de l’époque connaissaient bien : « Ladies and gentlemen, this is your obedient servant… »

Le Récupérateur de cadavres (The Body Snatcher) – de Robert Wise – 1945

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,WISE Robert — 13 janvier, 2019 @ 8:00

Le Récupérateur de cadavres

Les débuts de Wise à la RKO, où il est lancé par le producteur Val Lewton, sont originaux et pleins de surprises, toujours intéressants, parfois enthousiasmants. Et ce Body Snatcher apparaît clairement comme son chef d’œuvre de jeunesse.

Une petite merveille, à vrai dire, adaptée par Philip McDonald d’une nouvelle de Robert Louis Stevenson (auteur à la mode à Hollywood, après le succès du Docteur Jekyll et Mr Hyde de Fleming), à l’atmosphère parfaitement angoissante. Dans le Edinbourgh de 1831, un médecin respecté fait travailler discrètement un homme inquiétant qui le fournit, pour ses recherches, en cadavres volés dans des cimetières. Jusqu’au jour où, les cimetières étant désormais trop bien gardés, il doit trouver ses cadavres ailleurs…

Wise, en bon élève de Lewton, privilégie les ambiances nocturnes dans ce film fort bien écrit, et porté par quelques acteurs remarquables. En tête d’affiche : Boris Karloff, à qui les ombres de la nuit vont particulièrement bien, qui lui renforcent les reliefs inquiétants d’un visage passionnant. Il est parfait, Karloff, dans un rôle mystérieux et plein de nuances, bien plus bavard que ceux auxquels il est habitué.

Karloff n’est pas vraiment le personnage principal du film, mais il est une sorte d’ange noir, ou de double négatif du médecin interprété par Henry Daniell, les deux hommes étant liés par un passé qui ne sera dévoilé que tardivement, et par une sorte de trajectoire inversée. Karloff, que l’on découvre affable et bienveillant, prenant soin de son cheval et d’une fillette handicapée, révélera douloureusement sa part d’ombre. Henry Daniell, homme hautain assez détestable, révélera lui une humanité trouble mais pleine de sensibilité. Deux destins inverses mais inexorablement liés.

Il en est deux autres qui sont inexorablement liés, dans l’histoire du cinéma d’épouvante, c’est Karloff et son ancien rival Bela Lugosi, deuxième dans l’ordre d’apparition au générique mais qui doit se contenter (comme souvent à cette époque) d’un petit rôle. Marquant, cela dit, en particulier grâce à un face-à-face mémorable et effrayant avec Karloff.

A l’image de cette séquence brutale, le film marque par la dureté de son atmosphère : ce premier meurtre hors-champs mais terrifiant, la mort du chien filmée en ombres chinoises, ou cette traumatisante chevauchée macabre et hallucinatoire qui vient clore le film. The Body Snatcher, film malin et efficace, est une réussite à tous les niveaux.

Mademoiselle Fifi (id.) – de Robert Wise – 1944

Classé dans : 1940-1949,WISE Robert — 12 janvier, 2019 @ 8:00

Mademoiselle Fifi

Après lui avoir permis de faire ses débuts derrière la caméra avec La Malédiction des Hommes-Chats, déjà à la RKO, le producteur Val Lewton confie cette adaptation d’une nouvelle de Maupassant au jeune Robert Wise, pour ce qui est donc son premier vrai film. Un film d’époque, certes, mais qui s’inscrit aussi dans l’effort de guerre auquel participe Hollywood en cette année 1944.

L’histoire se déroule en 1870, dans une France occupée par les Prusses. Point de départ idéal pour écrire des dialogues qui résonnent singulièrement aux oreilles d’occidentaux particulièrement attentifs à tout ce qui évoque la France occupée par les Prusses de 1944. Bref : toute ressemblance avec des faits qui se produiront 70 ans après l’époque de l’intrigue n’aurait rien de fortuite.

Il n’est donc question que du comportement de la France, et de tous les peuples opprimés du moment face à l’envahisseur germain. De courage et de fierté, symbolisés à la fois par le refus des prêtres de faire sonner la cloche du village tant que le pays ne se sera pas soulevé, et par la liberté totale et inspiratrice de la jeune Simone Simon (une autre protégée de Lewton, depuis La Féline).

Mademoiselle Fifi (le surnom donné au « méchant » du film, un sous-officier tyrannique au physique délicat qui a l’habitude d’utiliser la locution française « fi » par mépris) révèle le talent de Wise, qui sait installer une belle tension dans les scènes à huis-clos, les plus belles du film : en particulier celles se déroulant dans la voiture. Pour filmer les décors aussi, belle peinture de la province occupée qui privilégie l’évocation au réalisme.

Des décors qui peuvent d’ailleurs donner une impression de déjà vu. Parce qu’ils représentent assez bien la vision très cliché de la France d’alors vue d’Hollywood. Mais aussi parce que ce sont ceux du Quasimodo de Dieterle qui ont été recyclés : pour ce film, première tentative de s’affranchir de l’image de prince de l’épouvante que le triptyque magnifique de Tourneur (La Féline, Vaudou et L’Homme léopard) lui a collé, Lewton ne bénéficiait que d’un petit budget. Lui qui rêvait sans doute d’un nouveau Autant en emporte le vent a dû se contenter d’une série B pleine de charmes.

Une affaire de famille (Manbiki kazoku) – de Hirokazu Kore-eda – 2018

Classé dans : 2010-2019,KORE-EDA Hirokazu — 11 janvier, 2019 @ 8:00

Une affaire de famille

Une famille pauvre de Tokyo : le père, la mère, le fils, la grand-mère, la belle-sœur. Tous vivent ensemble dans une vieille cahute perdue au cœur d’un quartier d’immeubles modernes, des petits vols commis par le père et son fils ensemble. Un jour, ce joyeux équilibre est bousculé par la découverte d’une fillette couverte de bleues, laissée dans le froid de l’hiver par des parents visiblement peu aimants. Alors ils décident de la garder avec eux.

Et ce moment précis est celui où tout bascule. Ce plan simple et beau où la « mère » s’abaisse avec la fillette dans ses bras, geste d’amour qui signifie que non, ils ne remettront pas l’enfant à des parents légitimes mais indignes, ce plan transforme en une poignée de secondes bouleversantes le film aimablement social qui s’annonçait en un sublime mélodrame, dans ce que ce terme a de plus pur et de plus délicat aussi.

C’est aussi à cet instant où les vérités que l’on croyait bien établies commencent à s’effriter. « Ce n’est pas un enlèvement, puisqu’on ne réclame pas de rançon », résume la maman. C’est donc une adoption presque en bonne et due forme, un membre qui vient s’ajouter naturellement à la famille. Une famille qui, de fait, ne s’est construite que comme ça.

Kore-eda, cinéaste que (honte sur moi) je découvre avec ce film qui lui a valu la Palme d’Or, réinvente la notion de « famille de cœur ». On ne choisit pas sa famille ? On sort du film en se demandant pourquoi on continue à vivre avec cette idée. Cette famille inventée de toutes pièces, quasi-fantasmées, est-elle vraiment illégitime ? On aurait tellement envie d’affirmer que non, on voudrait tellement un happy end dont on sait qu’il est impossible. Et pourtant…

Il y a dans Une affaire de famille la douceur des souvenirs d’enfance, d’un paradis perdu. Est-ce la notion officielle de la famille que Kore-eda transgresse ici ? Ou plus largement les cadres trop contraignants de la société ? Cette famille composée qui vit dans une vieille maison traditionnelle, véritable capharnaüm où tous semblent montés les uns sur les autres, n’est-ce pas plutôt un havre de paix et d’amour, dernier vestige d’une société humaine entourée de toutes parts par une modernité qui est là, physiquement et matériellement, à portée de regards ?

C’est un thème qui irrigue le cinéma japonais depuis toujours : Ozu en avait déjà fait l’un des fils conducteurs de ses films. Kore-eda s’inscrit dans cette tradition. Loin des cinéastes en colère qui dénoncent, lui pose un regard plein d’une tendresse teintée d’amertume sur des personnages imparfaits mais dont les choix leur ont permis de trouver un bonheur intense, parfait et fragile. Sur le fil. Magnifique.

On peut dire des tas de chose sur Une affaire de famille. Mais le plus juste est peut-être aussi le plus simple : Une affaire de famille est un beau film. Vraiment beau.

La Pièce maudite (The Brasher Doubloon) – de John Brahm – 1947

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,BRAHM John — 10 janvier, 2019 @ 8:00

La Pièce maudite

Philip Marlowe, une riche cliente, une jeune femme un peu dérangée, un mystérieux objet pour lequel des tas de gens semblent prêts à tuer, un homme de main patibulaire, un type menaçant plus pathétique que vraiment dangereux…

Autrement dit : vous prenez Le Grand Sommeil (gros succès sorti l’année précédente), vous y ajoutez une touche du Faucon maltais (gros succès sorti il n’y a pas si longtemps), vous mélangez, mais surtout pas trop, et vous obtenez La Pièce maudite, nouvelle adaptation d’un roman de Raymond Chandler avec son détective fétiche, la deuxième cette année-là avec La Dame du Lac, de et avec Robert Montgomery.

Et c’est un autre Montgomery qui se glisse dans les habits du détective cette fois : George de son prénom, nettement moins connu que Robert, pour une production nettement moins ambitieuse que l’expérience en caméra subjective de ce dernier. C’est une petite chose que signe là John Brahm, cinéaste qui venait de signer ses meilleurs films (de Jack l’Eventreur au Médaillon en passant par Hangover Square), mais qui semble déjà sur le point d’abdiquer.

Il y a bien quelques scènes très fortes, une poignée de plans intéressants : des visages patibulaires penchés sur une caméra subjective, une course poursuite assez brève dans des ruelles mal famées… Mais le film est en grande partie assez anonyme. Efficace, fluide et même passionnant, mais anonyme.

Et soigné, aussi : c’est même le premier terme qui vient à l’esprit. Brahm fait le boulot, et signe un film à intrigues qui remplit le cahier des charges en maintenant le suspense, en ménageant quelques rebondissements plus ou moins attendus, et en assurant une conclusion mouvementée. Il tient parfaitement le fil de son histoire, ne perdant jamais le spectateur en route… comme Hawks n’hésitait pas à le faire dans Le Grand Sommeil.

Lui, Hawks, privilégiait toujours le moment, la scène. Résultat : un classique indémodable, succession ininterrompue de scènes inoubliables qui touchent au mythe. Brahm fait le choix inverse, privilégiant la cohérence de l’ensemble. La prestation de George Montgomery s’inscrit parfaitement dans cette démarche. Montgomery n’est pas Bogart, et au moins n’essaie-t-il pas de le singer, livrant une interprétation modeste mais fidèle à l’esprit du personnage.

OK, on n’est pas dans le mythe. Mais ça n’empêche pas d’y prendre un vrai plaisir.

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