Play it again, Sam

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Charlie et la chocolaterie (Charlie and the chocolate factory) – de Tim Burton – 2005

Classé dans : 2000-2009,BURTON Tim,FANTASTIQUE/SF — 18 janvier, 2017 @ 8:00

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Remettons dans le contexte : c’est avec ce film, plus encore qu’avec sa douteuse Planète des Singes ou son trop sage Big Fish, que j’ai décroché pour de bon de l’univers burtonien. Et même si la suite a réservé quelques belles surprises (à commencer par le délicieusement glauque Sweeney Todd), la passion des premiers temps, celles d’Edward aux mains d’argent ou Batman le défi, était passée pour de bon.

Charlie et la chocolaterie est bien un Burton de l’entre-deux : le symbole le plus évident du passage entre son passé si singulier, et un avenir marqué par un cinéma mainstream parfois écœurant. Bref, cette adaptation d’un classique jeunesse de Roald Dahl propose un grand écart assez vertigineux entre une première partie qui évoque l’univers féérique morbide des débuts, et une suite qui ouvre la porte aux guimauves du genre Alice au pays des merveilles.

Il y a un certain charme dans cette visite de la chocolaterie, pleine de trouvailles visuelles et comiques gentiment irrespectueuses qui sont autant de leçons de vie . On peut aussi prendre un vrai plaisir à cette visite ponctuée de chansons cyniques et décalées. Et puis on peut aussi trouver que la première partie, glaciale et bleue nuit, est la plus typiquement burtonienne. La plus belle et la plus passionnante, mais aussi la moins surprenante, le signe peut-être que l’univers de Burton n’est pas extensible à l’infini.

Les Suffragettes (Suffragette) – de Sarah Gavron – 2015

Classé dans : 2010-2019,GAVRON Sarah — 17 janvier, 2017 @ 8:00

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J’aurais aimé aimer ce film, hommage au combat et au sacrifice de ces femmes qui, dans les années 1910, se sont battues pour obtenir le droit de vote en Angleterre.

Sarah Gavron prend son sujet au sérieux, et signe une belle reconstitution historique, pour un récit parfaitement mené, qui n’oublie rien des grands épisodes de cette lutte : le rôle de la leadeuse Emmeline Pankhurst (Meryl Streep, dont la courte apparition repose entièrement sur le prestige qui se dégage d’elle), le drame du Derby…

Le personnage principal de cette jeune blanchisseuse abîmée par la vie est touchant, et Carey Mulligan est parfaite dans le rôle, comme l’est Helena Bonham Carter dans celui plus secondaire d’une militante engagée depuis longtemps, ainsi que toutes les autres interprètes de ces personnages de femmes.

Le gros problème, c’est que ces personnages de femmes semblent n’être que d’un bloc. Pas la moindre aspérité, pas le moindre trouble. Leur combat est beau, juste et tragique. Leur vie est dramatique, et elles sont clairement des victimes. Bref, on devrait être bouleversé par leur sort, par le poids de leur sacrifice. Mais elles sont tellement tournées vers les autres, tellement courageuses, tellement lisses en un mot, qu’elles en deviennent abstraites, et que l’émotion ne vient jamais vraiment.

D’ailleurs, et c’est un comble dans ce film : les seuls personnages vraiment intéressants sont celui du mari d’Helena Bonham-Carter, homme totalement effacé qui révèle peu à peu une personnalité plus forte qu’il ne le laissait paraître. Celui de Carey Mulligan, mari doux et aimant qui se laisse dominer par le poids des convenances. Et surtout le flic incarné par Brendan Gleeson, masse impitoyable qui laisse finalement transparaître une fêlure et un doute dans ses yeux froids. Des personnages d’hommes, donc.

Hélas, les personnages de femmes n’ont pas ce petit quelque chose qui sème le trouble. Et Sarah Gavron a beau y mettre du cœur et de la conviction (on ne lui enlèvera pas ça), son film est trop poli, trop attendu aussi. Mais quand elle se laisse aller à la pire forme de mélodrame avec cette scène où l’enfant est enlevé à la mère, avec d’interminables gros plans inutiles et racoleurs, là on ne lui pardonne plus, surtout que même là, l’émotion reste à la porte.

L’honnêteté me pousse quand même à tempérer mon jugement. Ma femme, elle, a été bouleversée et a versé des torrents de larmes. Peut-être n’ai-je plus de cœur…

Le Carrefour de la mort (Kiss of Death) – de Henri Hathaway – 1947

Classé dans : * Films de gangsters,* Films noirs (1935-1959),1940-1949,HATHAWAY Henry — 16 janvier, 2017 @ 2:00

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On ne retient souvent du film que la prestation hallucinée de Richard Widmark, dont c’est le premier film, et cette scène où, avec un sourire sadique, il balance une infirme attachée sur son fauteuil roulant du haut d’un escalier.

C’est vrai qu’elle est traumatisante cette scène, sommet inégalable de sadisme qui continue à garder toute sa puissance horrifique. Widmark y est glaçant, sa présence habitant constamment le film. On en oublierait presque que son rôle, certes central pour l’histoire, n’en est pas moins secondaire. Que sa prestation est tout de même un peu outrancière (il en fait des tonnes, et fera preuve de beaucoup plus de nuances dans ses grands rôles à venir.

On en oublierait presque, aussi, que Victor Mature tient le rôle principal, et qu’il est, lui, d’une sobriété et d’une intensité remarquables. L’acteur est alors dans sa grande période : celle de La Poursuite infernale et La Proie, deux chefs d’œuvre , deux grands rôles particulièrement riches. Comme celui-ci, magnifique repenti qui cherche désespérément le droit à une deuxième chance.

Hathaway signe là un formidable thriller psychologique, tenu de bout en bout, et avec quelques grands moments de pur suspense qui reposent essentiellement sur la manière exceptionnelle qu’a le cinéaste de jouer avec le temps, de le dilater, et de faire durer les moments d’attente : cette nuit interminable et oppressante dans la petite maison qui a soudain perdu le caractère rassurant qu’elle avait peu avant ; et l’extraordinaire séquence finale, modèle de mise en scène.

La Maison des Otages (Desperate Hours) – de William Wyler – 1955

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1950-1959,BOGART Humphrey,WYLER William — 23 décembre, 2016 @ 8:00

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Un Wyler mineur, un Bogart mineur… Bref, on n’est pas dans les sommets du film noir, avec cette histoire de gangsters qui prennent en otage une honnête famille de la classe moyenne américaine, histoire dont Michael Cimino tournera un remake fidèle et inattendu trente-cinq ans plus tard. Dans le genre, et sur un thème similaire, on est quand même très loin de l’atmosphère étouffante et oppressante de Key Largo

Plutôt efficace, cela dit, avec un rythme qui ne baisse jamais. Mais outre l’esthétique trop proprette, sans aspérité, on regrette surtout l’absence de complexité des personnages, quels qu’ils soient. La famille d’otage est attachante, mais elle semble trop parfaite. Cimino lui-même en sera visiblement conscient, puisqu’il en fera une famille en crise sur le point d’éclater. Ce qui n’est pas du tout le cas ici.

Même linéarité pour Humphrey Bogart, qui interprète ici l’un de ces grands méchants tout d’un bloc qu’il enchaînait avant High Sierra (où son « méchant » était autrement plus complexe). Un pur salaud, sans la moindre ombre d’humanité. Ah si, quand même : une lueur fugitive lorsque son petit frère se fait la malle. Là, pour quelques instants, la carapace se fissure. Avant de se refermer aussi sec.

Ce petit frère pourrait être plus intéressant, mais il reste constamment en retrait, en tout cas jusqu’à sa fin, grotesque et magnifique. Le personnage du flic joué par l’excellent Arthur Keneddy aussi était plein de promesses : un détective intègre plongé au cœur d’une police bouffée par la connerie et le cynisme. La charge, d’ailleurs, est franchement lourdingue, dans la dernière partie, où le film se transforme tardivement en un plaidoyer contre les violences policières.

Le meilleur reste quand même les face-à-face entre le trio de gangsters et la famille, dans cette grande maison où tout semble tourner autour du hall d’entrée, comme si la vie se focalisait sur cette porte dissimulant le monde extérieur. Desperate Hours est alors un huis-clos efficace et passionnant. Et la fin est particulièrement réussie, Wyler opérant habilement un renversement du rapport de force entre ce père qui abandonne sa passivité, et ce bad guy qui perd inexorablement de sa superbe. Jusqu’à un final formidablement pathétique.

Un lion dans les rues (A Lion in the streets) – de Raoul Walsh – 1953

Classé dans : 1950-1959,CAGNEY James,WALSH Raoul — 22 décembre, 2016 @ 8:00

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Les premières séquences ne trompent pas : c’est une bluette joyeuse et légère que nous offre Walsh avec cette curiosité, reconstitution en studios d’un Sud pauvre mais optimiste et chantant, où l’entraide et la solidarité sont omniprésents. A l’image de James Cagney, colporteur sans le sou qui séduit au premier regard une belle institutrice (Anne Francis) qu’il épouse aussi sec, et qui accepte avec le sourire de partager sa vie dans une masure où se croisent tous les paysans miséreux et leur chaleur exceptionnelle.

Une pure comédie hollywoodienne, donc. Vraiment ? A peine le couple est-il marié qu’un détail nous chiffonne : une simple phrase prononcée par un James Cagney plus entreprenant et plus chaleureux que jamais. Surpris par l’émotion de sa jeune épouse, qui trouve ses nouveaux amis merveilleux, il a cette réponse : « Tout le monde est merveilleux. Il suffit de savoir appuyer au bon endroit. C’est comme des instruments de musique, le tout est de savoir en jouer… »

Une réplique qui dérange dans cet optimisme béat, et qui sème les germes d’un trouble qui ne fera que croître. James Cagney n’est pas un salaud. C’est un homme plein d’amour et de conviction. Plein d’ambition aussi, et c’est l’ascension de cet homme que raconte le film. L’ascension d’un homme qui utilise l’exceptionnel don qu’il a de communiquer sa passion, d’entraîner les foules derrière lui.

Bien sûr, il va se perdre en route. Mais le film de Walsh va au-delà de ce thème assez classique de l’homme qui perd son âme sur le chemin de la réussite. En recréant en studio cet univers trop parfait, en faisant de son « héros » un tribun qui rassemble les foules et se fonde une sorte de culte sur le terreau de la religion, très présente, il signe mine de rien une critique d’une cruauté inattendue d’une certaine société américaine.

Les notions de religion, d’ambition politique et de sectarisme se mélangent. Avec son extraordinaire sens du récit, et avec une poignée de comédiens formidables (dont l’indispensable John McIntire) Walsh crée de toutes pièces un monde de rêve pour mieux en démonter les rouages, jusqu’à un final déchirant. Voilà une rareté à redécouvrir.

Thunder road (id.) – d’Arthur Ripley – 1958

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1950-1959,MITCHUM Robert,RIPLEY Arthur D. — 21 décembre, 2016 @ 8:00

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Même s’il n’est pas totalement abouti, il y a une belle ambition et une atmosphère vraiment originale dans ce drôle de film noir, ultime réalisation d’un cinéaste qui n’aura signé qu’une poignée de longs métrages (dont le pas terrible L’Evadée). Celui-ci, d’ailleurs, est parfois attribué en partie à Robert Mitchum, star, producteur, auteur de l’histoire originale et co-auteur de la chanson principale.

L’acteur s’offre un rôle assez différent de son emploi habituel dans le genre : un chauffeur, ou plutôt un transporteur, chargé d’amener à bon port l’alcool fabriqué clandestinement par son père, et par ses aïeux depuis des générations. Un « métier » à hauts risques, dont il s’est promis de garder à bonne distance son petit frère, joué par… le fils de Mitchum.

Le fils de Mitchum qui interprète le frère de Mitchum ? A priori, il faut reconnaître que ça colle plutôt bien : ces deux-là ont clairement un air de famille, et la différence d’âge est évidente mais pas flagrante au point d’imposer le saut d’une génération. N’empêche : le simple fait de savoir qu’ils ne sont pas frères, mais père et fils, crée un sentiment bizarre qui pèse un peu sur leurs nombreuses scènes communes.

Cette curiosité mise à part, il y a une belle atmosphère dans ce film qui oscille constamment entre le film de genre et la peinture sociale d’une vallée oubliée par le progrès, dont les habitants cherchent à retenir les vieilles habitudes, contre l’irruption violente de l’ordre et de la modernité.

Ripley n’est pas un immense cinéaste, et tout n’est pas parfait dans son film. Les scènes de jour sont ainsi, pour la plupart, assez plates et molles. Mais dès que la nuit se fait à l’écran, il se produit une sorte de miracle. Comme si l’obscurité ôtait toute contrainte au réalisateur, qui s’autorise alors des pauses fascinantes et magnifiques.

Une série de gros plans à la lueur d’un feu lors d’un conciliabule sous haute tension. Un face-à-face romantique et lourd de présages lors d’une soirée pluvieuse. L’ultime regard de deux frères qui se savent à l’heure des adieux. Ou la vision lointaine d’une lente cohorte de voitures dont on ne voit que les phares allumées, et dont on sait qu’elles transportent ce qui reste de l’être aimé… Inégal et parfois maladroit, Thunder Road est surtout habité par ce genre de scènes belles et mélancoliques.

Le Maître du Monde / Tobor le grand (Tobor the Great) – de Lee Sholem – 1954

Classé dans : 1950-1959,FANTASTIQUE/SF,SHOLEM Lee — 20 décembre, 2016 @ 5:47

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Dans la grande série des nanars inspirés par la conquête de l’espace, celui-ci ferait presque figure de chef d’œuvre. Il se regarde en tout cas avec un vrai petit plaisir, peut-être parce qu’il privilégie un aspect feuilletonant au simple spectacle de SF : beaucoup de ces innombrables films tournés à cette époque sont largement centrés sur les effets spéciaux ou la découverte de l’espace ou de planètes inconnues, autant d’aspects qui ont généralement pris un sacré coup de vieux.

On ne ressent quasiment jamais cette impression dans Tobor the Great, qui reste constamment les pieds sur terre. D’ailleurs, la conquête de l’espace n’est finalement qu’un prétexte, assez rapidement évacué. L’intrigue, même si elle tourne autour d’un robot humanoïde conçu pour remplacer les hommes dans des vols habités, relève plus du suspense d’espionnage de la pure SF. Visiblement plus inspiré par la première partie de La Femme sur la Lune que par ses épisodes lunaires.

Soyons clair : on est à des années lumière du chef d’oeuvre de Fritz Lang. Lee Sholem n’a ni le sens du rythme, ni le génie esthétique du grand Lang. Mais son film garde constamment une certaine simplicité, une humilité qui le rend plutôt très sympathique. Et les personnages, assez consensuels et sans grande surprise, sont franchement attachants, à commencer par le gamin, personnage central dont la relation avec son scientifique de grand-père est l’un des meilleurs atouts du film.

Ça et le robot lui-même, grand truc de métal à qui le réalisateur cherche constamment à donner des expressions. Le résultat n’est pas toujours très convaincant, mais il a le mérite d’être rigolo. A ne pas prendre trop au sérieux, mais à ne pas mépriser non plus…

* Le film est le fleuron du nouveau coffret « Prestique » d’Artus Films baptisé « La guerre des robots », qui réunit quatre films des années 50 et 60 dans un très beau coffret avec livret, joliment illustré. Au programme également : Creation of the Humanoids, Objectif Terre et Cyborg 2087.

L’Année sainte – de Jean Girault – 1976

Classé dans : * Polars/noirs France,1970-1979,GABIN Jean,GIRAULT Jean — 12 décembre, 2016 @ 8:00

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Jean Gabin s’évade de prison (avec Jean-Claude Brialy) et se déguise en évêque pour se rendre discrètement à Rome où le magot de son dernier casse l’attend. Mais le gars est un poissard : il avait été arrêté en plein cambriolage à cause d’une inondation dans l’appartement du dessus ; cette fois, c’est l’avion qu’il prend qui est détourné par une bande de pirates de l’air…

Sur le papier, c’est assez con, mais on a vu des pitchs plus douteux accoucher de bons films. A l’écran, on ne peut pas dire que ce soit désagréable, ni même qu’on s’ennuie. Mais c’est juste réellement con, réalisé platement par un Jean Girault pas vraiment réputé pour son bon goût et sa délicatesse (il tournerait peu après Le Gendarme et les Extraterrestres et La Soupe aux choux), et surtout sans aucun intérêt, avec des dialogues poussifs qui singent lourdement et maladroitement ceux d’Audiard.

Seule bonne idée du scénario : la fin, plutôt rigolote à défaut d’être tout à fait originale (pompée éhontément sur Le Canardeur, tourné deux ans plus tôt). Saluons quand même l’apparition de Danielle Darrieux qui, avec son habituel mélange d’élégance et d’insolence, est la seule à apporter un (petit) vent d’audace à ce film.

Il y a surtout quelque chose de profondément triste à voir Gabin, fatigué et vieux : il semble effectivement très vieux dans ses gros plans, et sa manière de ne faire qu’esquisser le moindre de ses déplacements. Qu’il passe à travers une fenêtre ou qu’il monte un escalier, le plan est systématiquement coupé à l’ébauche du mouvement, soulignant l’incapacité de l’acteur à se mouvoir correctement. C’est censé caché la fatigue de Gabin ? Ca ne fait que l’accentuer et la rendre plus pathétique.

Et dire que c’est là dessus que l’acteur de La Bête humaine et Le Quai des brumes a tiré sa révérence…

Sept secondes en enfer (Hour of the Gun) – de John Sturges – 1967

Classé dans : 1960-1969,RYAN Robert,STURGES John,WESTERNS,Wyatt Earp / Doc Holiday — 11 décembre, 2016 @ 8:00

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Le réalisateur du classique Règlement de comptes à OK Corral qui renoue avec le plus célèbre gunfight de l’histoire de l’Ouest. C’est une bien belle idée, d’autant plus que ce western-là commence exactement là où beaucoup d’autres s’arrêtent : par le fameux règlement de compte à O.K. Corral.

Sturges ne signe pas pour autant une suite de son classique : les acteurs sont différents, le ton est différent, la situation même est différente. D’ailleurs un carton l’annonce au début : c’est l’histoire véridique que l’on va découvrir. Bon… c’est vrai que ce genre de carton est là pour attester bien des versions radicalement différentes de la vie de Earp.

Un beau film, et surtout un beau personnage : le célèbre marshall Wyatt Earp, tiraillé entre sa soif de vengeance familiale, et ce sens du devoir et de la loi qu’il tente douloureusement de conserver. Un homme de l’Ouest pris en étau entre deux visions de la vie, deux époques aussi : celle de l’Ouest sauvage, et celle de l’Est qui représente la civilisation. Un thème archi rabâché dans le western, mais qui se renouvelle joliment ici, notamment avec cette figure du juge encore impuissant face à la violence, qui doit se résoudre à laisser en liberté ceux qu’il sait coupables. Mais le système est en place, le changement c’est pour bientôt.

Réussie aussi, l’amitié virile et touchante entre Holliday (Jason Robards, excellent mais très loin du personnage imposé par Kirk Douglas dans le classique de Sturges) et Earp (James Gardner, qui reprendra ce rôle 20 ans plus tard dans le malin Meurtre à Hollywood de Blake Edwards), qui atteint une sorte d’apogée nostalgique dans cet étonnante maison de repos du Colorado, où « Doc » va affronter son pire ennemi : lui-même, ses démons.

Le film privilégie l’attente et la psychologie des personnages. Mais Sturges y place de belles fulgurances dans l’action, avec cette violence sèche et brutale qui sort de n’importe où : un coup de feu à travers une fenêtre fermée dans le calme d’une salle de billard, un duel entre deux hommes fatigués (Robert Ryan, dans le rôle de Ike Clanton, est une nouvelle fois formidable).

Il y a pourtant quelque chose qui ne prend pas totalement dans ce film. Difficile de mettre le doigt sur ce « quelque chose », tant Sturges semble inspiré dans sa manière de mener l’action, de diriger ses comédiens… Malgré toutes ses qualités, malgré le vrai plaisir qu’on y prend, l’alchimie des grands westerns de Sturges ne se retrouve pas complètement.

Douglas a le sourire (He comes up smiling) – d’Allan Dwan – 1918

Classé dans : 1895-1919,DWAN Allan,FILMS MUETS — 10 décembre, 2016 @ 8:00

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Les premières images de ce film dont une grande partie a disparu (il ne reste que la première des cinq bobines, soit une dizaine de minutes sur une petite heure) donnent le ton : un Douglas Fairbanks bondissant cherchant à s’échapper d’une cage à oiseaux… C’est dit : ce film, l’une des nombreuses collaborations de la star avec son futur réalisateur de Robin des Bois et Le Masque de Fer, sera complètement fou… mais avec un message quand même.

Car cette cage à canaris dans laquelle se retrouve Doug, c’est le symbole de la petite vie étriquée de son personnage. Le montage nous fait d’ailleurs passer d’un plan de cette cage aux barreaux du guichet de banque où il travaille… et où il est chargé de surveiller le canari de son patron. Un peu lourdingue, la symbolique ? Pas légère en tout cas, mais ça n’a aucune importance : ce n’est qu’un prétexte pour Dwan et Fairbanks, qui n’ont visiblement qu’une envie, s’amuser.

Et quel rythme ! Quelle générosité dans l’action ! Après quelques petites tentatives de gags à l’intérieur de la banque (mais Douglas Fairbanks n’a pas le génie de Chaplin pour transformer son environnement en source de gags), l’oiseau s’envole… et le film avec. Fairbanks part à la poursuite du canari, saute d’un toit à l’autre, se retrouve dans la rue, s’accroche à dix mètres du sol, passe à travers une fenêtre avant de sauter sur un cheval…

Suit une rencontre avec un clochard philosophe, la décision de vivre en communion avec la nature, quelques belles acrobaties au bord de l’eau, une course poursuite avec un essaim d’abeilles… C’est léger, vivifiant et réjouissant, c’est mené à 100 à l’heure… Et ce ne sont que les dix premières minutes ! Hélas, impossible de savoir si tout le film tient ce rythme incroyable…

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