Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Garçon ! – de Claude Sautet – 1983

Classé dans : 1980-1989,SAUTET Claude — 6 juin, 2020 @ 8:00

Garçon

Sautet est dans une sorte d’entre-deux quand il tourne Garçon !, film charnière entre ses deux grandes périodes : celle de Montand et Dabadie disons, et celle d’Auteuil et Jacques Fieschi.

Pour Garçon !, Montand est toujours là, et Dabadie aussi. Mais le ton n’est plus celui de Vincent, François, Paul et les autres ou des Choses de la Vie. C’est une comédie, enlevée et pleine de moments drôles et légers. Mais une comédie pleine d’amertume, de cette amertume qui marque la fin de quelque chose.

Montand est parfait dans ce rôle d’un ancien danseur de claquettes, reconverti en chef de rang dans une brasserie pour payer ses énormes dettes d’homme aux grandes idées. Un homme dont la vie a toujours été tournée vers ses projets, ses envies, ses désirs. Un homme qui réalise tardivement qu’il ne s’est, au fond, intéressé qu’à lui-même.

Et quand il s’en rend compte, bien sûr, il est bien tard. Garçon ! est le portrait d’un homme arrivé à un tournant de sa vie, vieillissant, et seul, avec ses rêves réalisés, ou derrière lui. Sautet sait filmer l’effervescence de cette vite tout entière dans le mouvement, comme il filme l’effervescence de la brasserie, comme un grand mouvement dans lequel la vie telle qu’elle passe apparaît, comme ce couple que l’on voit se déliter peu à peu, jusqu’à disparaître.

Drôle de comédie quand même, centrée sur un Montand dont la sympathie s’étiole au fur et à mesure que ceux qui l’entourent et dont il profite plus ou moins s’éloignent de lui. Et quel entourage ! Villeret, Nicole Garcia, Rosy Varte, Marie Dubois…

Sautet est entre deux grandes périodes et cherche à se réinventer. Avec Garçon !, il signe un film à part dans sa filmographie, à la fois enthousiasmant et empreint d’une douce tristesse.

Le Train Mongol (Goluboy ekspress) – de Ilya Traubert – 1929

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,TRAUBERT Ilya — 5 juin, 2020 @ 8:00

Le Train mongol

Un mix génial entre Le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein et le Snowpiercer de Bong Joon-ho… C’est à ça qu’on peut résumer ce chef d’œuvre immense qu’est Le Train mongol, l’un de ces très grands films de train qui ont marqué l’histoire du cinéma à travers les décennies, et les continents.

En l’occurrence, c’est du cinéma soviétique qu’il s’agit. Le grand cinéma soviétique, celui des glorieuses années 20. Et c’est un film d’une puissance incroyable. Cette force se ressent dès les tout premiers plans, où l’image est au service d’une ironie mordante : ces cartons annonçant les paysages bucoliques de Mongolie, suivis par des gros plans de personnages soumis, cloîtrés derrière des grilles…

Le film se passe intégralement dans une gare, puis dans un train, où on trouve tout ce qui fait cette Mongolie : des autochtones rabaissés à une condition à peine humaine, des militaires qui dont alliance avec de puissants occidentaux, et entre deux une population passive. Éternel thème de la lutte des classes, symbolisée par le train et ses différentes classes.

Quand ces différents mondes se croisent, c’est dans la violence, le sang et la mort. Et ils se rencontreront bien, après un déclencheur bouleversant et remuant : un jeune homme, vieilli prématurément par la vie, contraint de vendre sa sœur et ses petits frères à un esclavagiste, qui va se rebeller après l’humiliation de trop…

L’histoire est forte. La mise en scène et l’utilisation du langage cinématographique sont carrément ébouriffants, d’une intelligence et d’une puissance visuelle et émotionnelle rares. Gros plans plein de symboles, montage syncopé, surimpressions… Le rythme et la vitesse sont entièrement au service de la tension et du message social imparable.
Ilya Trauberg signe là un très, très grand film, l’un des sommets du cinéma russe.

Les Mistons – de François Truffaut – 1957

Classé dans : 1950-1959,COURTS MÉTRAGES,TRUFFAUT François — 4 juin, 2020 @ 8:00

Les Mistons

« N’ayant pas l’âge d’aimer Bernadette, nous décidâmes de la haïr et de tourmenter ces amours… »

Dès ce premier film, les thèmes chers à François Truffaut sont là. L’enfance, les premiers amours, la découverte de la sensualité… Et formellement : la voix off, les images comme volées, ou l’irruption soudaine du burlesque (« Non monsieur, je ne donne jamais de feu. Jamais ! »).

Truffaut rend aussi un hommage au cinéma des premiers temps : clin d’œil à L’Arroseur arrosé, et puis cet étonnant plan filmé à l’envers, comme dans les courts métrages de Chaplin, avec ce gamin que l’on voit se relever, ou plutôt dé-tomber.

Truffaut filme la sensualité de Bernadette Laffont comme un fantasme d’enfant, ou un souvenir d’enfance trop beau pour être vraiment vrai… Le regard nostalgique d’une enfance envolée, et ce dernier plan, comme un adieu à l’enfance, déchirant…

Le premier film de Truffaut est un film court. Mais c’est déjà un grand film.

Antoine et Colette – de François truffaut – 1962

Classé dans : 1960-1969,COURTS MÉTRAGES,TRUFFAUT François — 3 juin, 2020 @ 8:00

Antoine et Colette

Trois ans après Les 400 coups (et cinq ans avant Baisers volés), Truffaut retrouve son personnage d’Antoine Doinel, pour le segment français d’un film à sketchs international, L’Amour à 20 ans, qui n’est à peu près connu aujourd’hui que pour sa participation (même si Andrzej Wajda et Marcel Ophüls ont également signé des segments).

Antoine et Colette est un film à la fois très différent du précédent, et qui s’inscrit dans sa continuité, avec plusieurs références directes. Antoine, le gamin en mal d’amour parental, est devenu un ado en quête d’amour, et qui fait face à des problèmes plus universels que ceux qui étaient les siens autrefois : la douche froide de l’amour unilatéral.

Marie-France Pisier, toute jeune, est le pendant féminin de Jean-Pierre Léaud. Même phrasé, même air dégagé. Entre les deux, la rencontre est pleine de promesses, de tensions, et de frustration, sentiment que Doinel expérimente à plein !

Il y a au moins deux aspects formels passionnants dans ce court métrage de vingt minutes à peine. D’abord, la manière dont Truffaut isole constamment ses personnages principaux, y compris dans la foule. Par des gros plans, des allers-retours entre l’un et l’autre, par des caches (procédé désuet qu’il utilise dans une grande partie de ses films), ou par des cadres naturels dans le plan.

Ensuite, la bande-son, exceptionnelle, qui utilise aussi bien des grands airs classiques (Ah ! ce réveil d’Antoine qui ouvre ses fenêtres sur Paris !) que des chansons françaises populaires, dont il ne retient parfois qu’une phrase.

Étape indispensable dans la saga Doinel, Antoine et Colette est aussi un jalon loin d’être anodin dans la filmographie de Truffaut.

Irma la douce (id.) – de Billy Wilder – 1963

Classé dans : 1960-1969,WILDER Billy — 2 juin, 2020 @ 8:00

Irma la Douce

Il y a Jack Lemmon, irrésistible en agent de police parisien qui perd sa naïveté en même temps que son pucelage. Il y a Shirley MacLaine, craquante en prostituée fleur bleue. Il y a les décors d’Alexandre Trauner, joyeusement clichés.

Il y a aussi quelques belles idées de mise en scène comme cette rangée de têtes de veaux au milieu de laquelle sort celle de Lemmon. Et quelques chouettes répliques : « It’s a hard way to make an easy living »

Mais Irma la douce représente quand même ce que Billy Wilder a fait de moins enthousiasmant, de toute sa belle carrière. L’un de ses grands succès, qui a conforté la relation privilégiée qu’il a eue avec Lemmon dans les années qui ont suivi, et avec son scénariste I.A.L. Diamond, avec Certains l’aiment chaud et La Garçonnière. Mais l’un des rares (le seul ?) dont on peut dire qu’il est long, trop long, et globalement ni fin, ni très drôle, ni même vraiment rythmé.

Il me reste quelques films avant de boucler l’intégrale Wilder, mais Irma la douce se place confortablement en queue de peloton pour le moment, tant la comédie semble tourner en rond au bout de quelques scènes seulement. Même un atout comme le quartier parisien reconstitué par Trauner est un peu gâché par l’utilisation en parallèle de décors réels, avec un contraste franchement pas heureux.

Bien sûr, les acteurs sont formidables (Lemmon surtout, même si le personnage de Moustache est particulièrement réussi). Mais Wilder et Diamond réussissent l’exploit de faire de ce sujet joyeusement casse-gueule une comédie bon enfant jamais dérangeante, toujours confortable. Très loin de Spéciale Première par exemple, film auquel on fait souvent, et injustement, le même reproche de la comédie facile.

La Revue de Charlot (The Chaplin Revue) – de Charles Chaplin – 1918, 1923, 1959

Classé dans : 1895-1919,1920-1929,1950-1959,CHAPLIN Charles,COURTS MÉTRAGES,FILMS MUETS — 27 mai, 2020 @ 8:00

La Revue de Charlot

Dans la dernière partie de sa carrière, Chaplin est souvent revenu sur ses jeunes années, sonorisant La Ruée vers l’or, ou composant des musiques pour ses grands classiques. En 1959, il choisit trois de ses meilleurs courts métrages pour en faire un programme de deux heures.

The Chaplin Revue vaut bien sûr pour ces trois films : Une vie de chien, Charlot soldat et Le Pèlerin. Il vaut aussi pour les courtes introductions de Chaplin lui-même en voix off, qui d’un ton rigolard évoque le contexte de Charlot soldat avec quelques vraies images de la Grande Guerre tirées de l’Imperial War Museum : « Il n’y avait pas de bombes atomiques, ni de missiles téléguidées, il n’y avait que des canons, des baïonnettes et des gaz toxiques. C’était le bon temps ! »

Surtout, le programme s’ouvre avec quelques extraits d’un film documentaire que Chaplin a tourné dans les coulisses de ses studios en 1918 : How to make movies. Il n’en garde que deux minutes (sur seize connues), mais cette introduction enjouée et pleine d’humour apparaît comme un beau chant d’amour au cinéma muet : « J’ai composé deux heures de musique, qui seront sans doute plus belles que le bruit des pas sur le gravier », commente Chaplin.

La Quatrième dimension (The Twilight Zone) – créée par Rod Serling – saison 1 – 1959/1960

[pilote et épisodes 1 à 15]

La Quatrième dimension 1 The Time Element

The Time Element (pilote)

* pilote : The Time Element (id.) – réalisé par Allen Reisner

Ce n’est pas encore tout à fait The Twilight Zone : le célèbre générique et la voix du créateur et scénariste Rod Serling sont encore absents. Mais The Time Element, diffusé dans le cadre du programme Westinghouse Desilu Playhouse, est considéré comme le pilote de la série. Ses qualités incontestables vont propulser le show, qui deviendra très vite l’une des plus éclatante réussites de l’histoire de la télévision.

Plus long qu’un épisode classique (près d’une heure ici), ce moyen métrage se base, comme beaucoup d’épisodes par la suite, sur un thème récurrent du cinéma fantastique, en l’occurrence le voyage dans le temps. Mais sur un mode inattendu : c’est lorsqu’il rêve que le personnage interprété par William Bendix est propulsé une quinzaine d’années en arrière, à la veille de l’attaque des Japonais sur Pearl Harbor, rêve récurrent qu’il raconte à un psychiatre, joué par Martin Balsam.

Les scènes dans lesquelles ce dernier apparaît ne sont pas les plus pertinentes : le film aurait sans doute gagné en intensité en se concentrant uniquement sur l’expérience de ce vétéran confronté à ce qu’il sait être une tragédie à venir. D’ailleurs, les allers-retours passé-présent sont de moins en moins nombreux, et l’intrigue se recentre de plus en plus sur la partie se déroulant en 1941. La plus passionnante, et la plus tendue.

* 1 : Solitude (Where is everybody ?) – réalisé par Robert Stevens

Le véritable « pilote » n’ayant pas été diffusé, c’est avec cet épisode que les spectateurs français ont découvert cette série mythique. Et d’emblée, tout ce qui fera le succès du show est déjà là : cette manière de faire naître l’angoisse de nulle part, de transformer le quotidien en cauchemar éveillé, sans grosses ficelles, sans gros moyens, juste avec des histoires intrigantes ou dérangeantes, et une mise en scène soignée.

Ce premier épisode se base sur un motif que l’on retrouvera au cours des saisons à venir : un homme, amnésique, se retrouve dans une ville dont tous les habitants semblent s’être évaporés. D’abord amusé, puis étonné, il réalise peu à peu l’horreur de sa situation. Le film doit d’ailleurs beaucoup à l’interprétation d’Earl Holloman, seul à l’écran la plupart du temps, et excellent.

La réussite repose aussi sur la manière dont le personnage est constamment contraint par les objets qui l’entourent, et qui l’enferment avec un sentiment grandissant de menace : un vélo qui le fait trébucher, une cabine téléphonique qui refuse de le faire sortir, une porte de prison qui semble vouloir le retenir, des présentoirs qui tournent sur eux-mêmes comme s’ils le dévoraient…

Avec sa conclusion trop explicative, Rod Serling, le créateur et scénariste du show, ne va pas au bout de la logique qui sera celle des épisodes et des saisons à venir, et fait un peu retomber la pression. Mais ce coup d’essai est pour le moins plein de promesses.

* 2 : Pour les anges (One for angels) – réalisé par Robert Parrish

Changement de ton avec cette variation tendre et gentiment cruelle sur le thème de la Mort qui vient chercher sa victime. La Grande Faucheuse est bien loin de l’intraitable incarnation du Septième Sceau, et a ici les traits avenants et compréhensifs et le costume impeccable de Murray Hamilton (qui sera le maire cynique des Dents de la Mer). Quant à celui dont l’heure a sonné, c’est Ed Wynn, en vieux colporteur au grand cœur, qui pense avoir trouvé le truc infaillible pour sauver sa peau.

Sauf que tricher avec la Mort n’est pas sans conséquence. Et pour faire simple, il réalise bientôt que le sursis dont il dispose pourrait bien coûter la vie à une fillette. Au-delà de ses ressors plutôt rigolos (la Mort est transformée en acheteur compulsif par le bagout du vieil homme), le film parle du temps qui passe, de la trace que l’on laisse, et de l’acceptation de sa propre mort.

La Quatrième dimension 1 Souvenir d'enfance

Souvenir d’enfance (Walking distance)

* 3 : La Seconde chance (Mr. Denton on Doomsday) – réalisé par Allen Reisner

Excellente variation sur le thème westernien du tireur rattrapé par sa réputation. Dan Duryea y est formidable dans le rôle d’un alcoolique pathétique hanté les morts dont il a été responsable par le passé, et torturé par un Martin Landau parfaitement odieux, tout de noir vêtu.

Comme dans l’épisode précédent, le fantastique prend la forme d’une apparition mystérieuse : celle d’un colporteur au regard affûté et au verbe rare nommé « Faith » (destin). Plus qu’un film sur la chance ou le destin, cet épisode très réussi est aussi une réflexion bienveillante sur le libre arbitre.

* 4 : Du succès au déclin (The Sixteen-millimeter Shrine) – réalisé par Mitchell Leisen

Une actrice, star déchue, vit recluse dans sa villa où elle passe ses journées à revoir ses vieux films. La parenté avec Sunset Boulevard est évidente, et parfaitement assumée. Ida Lupino, dans le rôle principal, est une sorte de double bouleversante de Norma Desmond, qui finirait par réaliser le fantasme du personnage imaginé par Billy Wilder.

Un plan, magnifique, résume bien la réussite de cet épisode : dans le salon obscur transformé en salle de projection, l’actrice surgit de derrière l’écran, comme si elle en sortait… La frontière entre le passé et le présent, la difficulté d’accepter le temps qui passe : tout est dans ce plan. Une nouvelle réussite, avec aussi Martin Balsam et Ted De Corsia.

* 5 : Souvenir d’enfance (Walking Distance) – réalisé par Robert Stevens

Voilà l’un des classiques qui ont fait la grandeur de Twilight Zone (et qui ont marqué mon enfance) : l’histoire d’un homme (Gig Young) qui fuit une vie qu’il trouve insupportable et se retrouve dans la petite ville où il a grandi et où il n’a plus mis les pieds depuis 20 ans… avant de réaliser qu’il est aussi revenu 20 ans en arrière, à l’époque de son enfance.

Délicieusement nostalgique, cet épisode est une merveille, qui illustre le désir de beaucoup de retrouver ses souvenirs d’enfance. Très émouvant, par moments franchement bouleversant (le dialogue final avec son père, le milk-shake à trois boules…), mais pas passéiste pour autant, Souvenir d’enfance fait partie des chefs d’œuvre de la série.

La Quatrième dimension 1 Question de temps

Question de temps (Time enough at last)

* 6 : Immortel, moi jamais ! (Escape Clause) – réalisé par Mitchell Leisen

Première petite déception pour cette série jusqu’ici impeccable. Pas que cette variation sur le thème de l’âme vendue au diable soit un ratage : son parti-pris est même plutôt rigolo, avec ce type odieux pour qui le monde entier tourne autour de sa petite personne. Mais le personnage (interprété par David Wayne) est totalement monolithique, sans l’once d’une fêlure dans la carapace. Difficile dans ces conditions de s’identifier, ou même de ressentir une quelconque émotion.

Mais l’histoire de cet homme qui acquiert l’immortalité sans trop savoir quoi en faire s’achève par l’un de ces twists dont Rod Serling a le secret. Et le diable a l’apparence bonhomme de l’excellent Thomas Gomez. Rien que pour ça…

* 7 : Le Solitaire (The Lonely) – réalisé par Jack Smight

Un homme condamné pour meurtre vit seul en exil sur un astéroïde à des milliers de kilomètres de la Terre. Un jour, l’officier qui le ravitaille lui apporte un robot qui ressemble trait pour trait à une femme de chair et d’os, avec des sensations et des émotions…

Fidèle à ses habitudes, la série rejette toute idée de spectaculaire : le décor est celui, banal, d’une région désertique, avec ses grands espaces, une petite cahute un peu minable, et même un vieux tacot qui ne roule pas. Au milieu, Jack Warden, excellent dans le rôle d’un homme rongé par la solitude, qui réapprend à vivre au contact de ce robot si humain.

Ce joli épisode très émouvant est une belle réflexion sur la nécessité de vivre en société, et sur la nature des sentiments. Très juste, et porté par la belle musique de Bernard Herrmann.

* 8 : Question de temps (Time enough at last) – réalisé par John Brahm

Voilà peut-être l’épisode qui m’a le plus marqué dans ma jeunesse. Et même sans la surprise du terrible rebondissement final, il faut reconnaître que ce petit bijou garde toute sa force. Et quelle interprétation de la part de Burgess Meredith, formidable en petit homme à lunettes amoureux fou des livres, contraint de lire en cachette pour éviter les remontrances de son patron et de sa femme (à ce propos, j’étais persuadé qu’on le voyait lire les étiquettes des bouteilles à table, alors qu’il ne fait que le mentionner).

En moins de trente minutes, John Brahm raconte le triste et banal quotidien de ce doux rêveur, et le confronte à l’apocalypse, faisant de lui le dernier homme sur terre. Son errance est alors déchirante, puis enthousiasmante, puis pathétique. Beau, émouvant, et d’une grande justesse : un petit chef d’œuvre.

La Quatrième Dimension 1 La Nuit du jugement

La Nuit du jugement (Judgment Night)

* 9 : La Poursuite du rêve (Perchance to dream) – réalisé par Robert Florey

Un homme arrive chez un psychiatre et lui explique qu’il est éveillé depuis près de quatre jours : s’il s’endort, il meurt… Un point de départ très intriguant pour cet épisode qui ne tient pas totalement ses promesses. Le propos est un peu confus, et part vers plusieurs directions différentes avant de se focaliser sur les mystères des rêves.

Cela dit, cet épisode illustre parfaitement l’économie de moyen propre à la série, qui sait créer une atmosphère d’angoisse à partir d’éléments du quotidien. Il offre aussi un beau rôle à l’excellent Richard Conte, face à un John Larch plus en retrait. Quant aux scènes de rêve, qui occupent une grande partie de la seconde moitié, elles sont à la fois sobres et joliment stylisées.

* 10 : La Nuit du jugement (Judgment Night) – réalisé par John Brahm

Un homme se réveille sur un bateau naviguant sans escorte en 1942, dans une mer infestée de sous-marins allemands… Qui est-il ? Comment est-il arrivé là ? Lui-même ne s’en souvient pas. Mais il a bientôt la certitude, de plus en plus précise, d’une catastrophe qui approche.

On retrouve le John Brahm de The Lodger dans cet épisode passionnant et particulièrement angoissant, avec ces images nocturnes baignés de brume. Comme dans ses films noirs des années 40, Brahm fait du brouillard le décor cinématographiquement idéal pour faire naître la peur : quoi de plus effrayant que ce qu’on ne peut pas voir ?

Une grande réussite, portée par l’interprétation habitée de Nehemiah Persoff. A noter l’apparition, dans un petit rôle, du futur John Steed de Chapeau melon, Patrick McNee.

* 11 : Les trois fantômes (And when the sky was opened) – réalisé par Douglas Heyes

Richard Matheson a imaginé une histoire particulièrement flippante pour cet épisode, réalisée très efficacement : trois astronautes survivent miraculeusement au crash de leur appareil. Peu après, l’un d’eux disparaît subitement, et c’est comme s’il n’avait jamais existé : seul l’un de ses camarades se souvient de lui.

C’est du pur Twilight Zone, un cauchemar éveillé dérangeant et réjouissant à la fois. Dans le rôle principal, Rod Taylor, futur adversaire des Oiseaux devant la caméra de Hitchcock, affronte ici une menace aussi angoissante, aussi mystérieuse, et nettement moins palpable.

La Quatrième Dimension 1 Quatre d'entre nous sont mourants

Quatre d’entre nous sont mourants (The four of us are dying)

* 12 : Je sais ce qu’il vous faut (What you need) – réalisé par Alvin Ganzer

Un vieux marchand ambulant a le don de voir l’avenir de ses clients, et sait d’avance ce dont ils ont vraiment besoin. Une jolie idée, qui donne lieu à une belle séquence d’introduction, pleine d’une bienveillance à la Capra : un ancien joueur de base-ball et une jeune femme solitaire se voient offrir grâce au vieil homme une seconde chance.

Mais le personnage principal est un sale type, qui voit rapidement le bénéfice qu’il peut tirer de ce don. La bienveillance disparaît alors pour laisser la place à un petit suspense, et surtout à un face-à-face ironique, et plus du tout bienveillant pour le coup. Une réussite, modeste et surprenante à la fois.

* 13 : Quatre d’entre nous sont mourants (The four of us are dying) – réalisé par John Brahm

Il suffit d’un plan pour se rendre compte que cet épisode-là est mis en scène par un grand cinéaste. Plan désaxé, néons omniprésents qui soulignent le poids de la grande ville… John Brahm, qui avait définitivement abandonné le cinéma pour la télévision, s’empare d’un scénario malin mais un peu bancal pour signer un petit film stylisé et fascinant.

L’idée est très originale : un homme a le don de changer de visage comme il le souhaite, et en profite pour prendre l’identité d’hommes décédés récemment. Mais les épisodes s’enchaînent sans qu’on y croit réellement. Brahm semble nettement plus intéressé par l’atmosphère que par l’histoire, et se montre particulièrement inspiré.

Les scènes en extérieurs, surtout, sont formidables, avec ces décors à la limite de l’expressionnisme, qui tranchent avec des intérieurs nettement plus sages et donnent au film un rythme et un esprit étonnants et séduisants.

* 14 : Troisième à partir du soleil (Third from the sun) – réalisé par Richard L. Bare

C’est sans doute le thème qui caractérise le mieux le show : la paranoïa autour de la bombe H, la peur de l’apocalypse… Dans cet épisode, ce thème est traité avec une simplicité de moyen et une efficacité brute qui forcent le respect. Soit : deux familles qui savent que le monde est sur le point d’être anéanti par l’arme nucléaire, et qui décident de partir vers une autre planète à bord d’un engin top secret…

La majeure partie du métrage se déroule à huis-clos dans un intérieur tout ce qu’il y a de plus classique : une simple maison de banlieue où la tension devient de plus en plus forte. Gros plans, contre-plongées, montage au cordeau… Richard Bare filme ses six personnages au plus près en mettant particulièrement en valeur les lourds silences, les non-dits inquiétants. Et quand il prend la route, c’est avec une série de plans hallucinés et désaxés sur une voiture en mouvement, irréels et pesants.

On en oublierait presque le twist final, aussi simple que réjouissant. Cet épisode est une leçon de mise en scène, ou comment réaliser un grand film d’angoissant avec zéro moyen.

La Quatrième Dimension 1 La Flèche dans le ciel

La Flèche dans le ciel (I shot an arrow into the air)

* 15 : La Flèche dans le ciel (I shot an arrow into the air) – réalisé par Stuart Rosenberg

Une fusée disparaît des radars quelques minutes après son lancement. Les survivants ignorent tout du lieu particulièrement hostile où ils se sont crashés, et tentent de s’organiser pour leur survie…

Il y a une idée particulièrement forte au cœur de cet épisode. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on la voit venir à des kilomètres, cette idée qui constitue le twist final et dont on ne dira donc rien ici. Le plus gênant, c’est que la manière n’est pas non plus à la hauteur. En tout cas pas vue par des yeux d’aujourd’hui : l’équipage et ses rites paraissent bien vieillots.

Reste quand même une dernière scène qui frappe par sa tension, alors que, justement, on a compris depuis longtemps la surprise finale qu’elle nous réserve.

Un roi à New York (A King in New York) – de Charles Chaplin – 1957

Classé dans : 1950-1959,CHAPLIN Charles — 25 mai, 2020 @ 8:00

Un roi à New York

Peut-être le plus mal aimé des films de Chaplin, celui qui m’a en tout cas toujours paru être injustement sous-estimé. Oui, certains gags viennent d’une époque révolue, dont Chaplin fut l’incontestable roi (la scène du restaurant, avec l’orchestre très bruyant et les mimes pour commander). Et oui, Chaplin brasse énormément de thèmes forts, au risque de simplement les survoler.

En vrac, il égratigne la télévision, le Maccarthysme, le jeunisme, l’omniprésence de la publicité et toute forme d’intolérance… Et c’est vrai que certains de ces thèmes sont moins convaincants que les autres. Mais qu’importe, s’il y a bien une certaine naïveté, elle est d’une honnêteté et d’une conviction désarmantes.

Et quel plaisir de voir Chaplin, le vieux clown, se mettre en scène tel qu’en lui-même, conscient d’être devenu un dinosaure dans un monde qui n’est plus le sien, et finalement pas si différent de ce qu’il était du temps de Charlot. Lorsque le roi Shahdov se met à rire franchement, enfin, c’est d’ailleurs devant un spectacle de pantomime qui renvoie évidemment aux propres heures de gloire de Chaplin…

Un roi à New York est un film tout aussi personnel que Les Feux de la rampe. Une fois de plus, le film ne se comprend qu’au regard de la trajectoire personnelle de Chaplin. Sa critique rigolarde de la télévision évoque ainsi celle du cinéma parlant dans Les Lumières de la Ville ou Les Temps modernes. Et le parcours de ce roi sans patrie est évidemment une manière d’aborder son propre statut de cinéaste interdit de séjour aux Etats-Unis : Un roi à New York est son premier film tourné en Europe.

Mine de rien, il s’explique aussi. Communiste, Chaplin ? Cette bonne blague, aussi grotesque que d’évoquer un roi communiste, ce que fait la tristement fameuse commission des activités anti-américaines dans le film. Pour Chaplin, aucun parti politique n’a d’importance, seul compte l’humain. Et autant il rit (et fait rire) de la télévision ou de la chirurgie esthétique, autant ce thème-là est abordé avec une vraie gravité.

Derrière la critique de cette Amérique des années 50, on sent l’amour que porte Chaplin à ce pays qui lui a tout offert. Un amour inconditionnel, et malheureux, qui domine cette comédie parfois potache mais toujours sincère. C’est pour cette sincérité que le film est beau. Parce que le poids de son passé est là, toujours, dans chaque scène. Toute son histoire personnelle irrigue le film. Chaplin est son propre sujet, l’unique raison d’être du film.

La dernière scène est peut-être celle qui résume le mieux sa pensée. Le gamin (joué par Michael, le fils de Chaplin), aux si grandes idées communistes, a dénoncé des gens pour sortir ses parents de prison. Parce qu’au fond, pour Chaplin, derrière les convictions politiques, il y a d’abord l’humain. Et ce gamin est avant tout un fils qui veut revoir ses parents. C’est beau, d’une amertume abyssale et déchirante avec le regard perdu de l’enfant…

Mais Chaplin ne termine pas tout à fait son film sur cette image. Il ajoute une scène de départ, anodine, de celles qui annoncent un retour prochain. Chaplin a été mis à la porte de son pays d’adoption, et il ne ménage pas ses critiques dans son film. Mais il ne s’agit pas d’un divorce définitif : ce retour, il l’espère, on le sent. Toute proportion gardée, l’exilé continue sa vie en attendant des jours meilleurs… comme d’autres exilés presque deux décennies plus tôt, tels qu’il les filmait dans Le Dictateur.

Lost Girls (id.) – de Liz Garbus – 2020

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),2020-2029,GARBUS Liz — 24 mai, 2020 @ 8:00

Lost Girls

Flics incompétents, témoins cyniques ou simplement insensibles… Les hommes n’ont pas le beau rôle, et c’est tout le sujet de ce beau film inspiré d’une histoire vraie : comment une femme larguée se débat pour survivre, et pour sa fille disparue, avec qui elle a failli en tant que mère.

Le sous-titre le dévoile : cette histoire de disparition n’a jamais été élucidée. Pas totalement, non, et je n’en dirais pas plus, même si on n’est clairement pas dans un polar à intrigue. Ce n’est pas le suspense qui importe ici, mais le portrait de cette femme pas aimable, pas aimante, mais qui se révèle à elle-même dans la tragédie.

Dans ce rôle âpre et intense, Amy Ryan est formidable. Au moins autant que dans Gone baby gone, l’excellent film de Ben Affleck dans lequel elle interprétait, déjà, la mère d’une enfant disparue (rôle qui lui avait d’ailleurs valu une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle). Elle est même assez incroyable, bloc prêt à exploser face à un Gabriel Byrne étonnant en flic à la fois classe… et nul.

Lost Girls ne révolutionne pas le genre, auquel il n’apporte même pas grand chose de neuf, c’est vrai. Mais le regard (de femme) porté sur les victimes désemparées (des femmes) face à des flics butés (des hommes) est édifiant. Et la réalisatrice Liz Garbus soigne le moindre de ses plans, pour créer une atmosphère dérangeante et glauque, d’une grande force.

L’Impossible monsieur bébé (Bringing up Baby) – de Howard Hawks – 1938

Classé dans : 1930-1939,BOND Ward,HAWKS Howard — 23 mai, 2020 @ 8:00

L'Impossible Monsieur Bébé

Oui, Howard Hawks a un talent assez extraordinaire pour filmer les dialogues dans ses comédies, avec ces dialogues qui se chevauchent sans le moindre temps mort, et cette manière d’accélérer le mouvement. Cela donne un rythme hallucinant à ce film, comme à toutes ses grandes incursions dans le genre. Oui.

Pourtant, aussi vive et enlevée soit cette comédie, j’ai eu bien du mal à me passionner pour ce vaudeville entre ville et campagne, avec léopards et récits de chasse. Il y a des tas de scènes franchement géniales : celle de la robe arrachée dans le restaurant, la longue séquence de la prison, ou celle du léopard sur le toit, qui m’a franchement fait fondre. Des scènes où on affiche un grand sourire, à défaut de grands rires francs, et où une certaine poésie affleure sous la folie de l’histoire.

Mais cette folie semble aussi par moments trop libre, pas assez maîtrisée, et un peu vaine. Cary Grant est réjouissant en paléontologue distrait et naïf. Katharine Hepburn est un rien exaspérante en héritière fonceuse et totalement in love. Les seconds rôles sont parfaits, pas la moindre baisse de régime, des moments d’anthologie…

Mais alors quoi ? D’où vient ce désintérêt qui va et vient constamment. Pas de l’ennui, non, mais un désintérêt poli, qui donne envie de souffler pour que ce squelette de dinosaure se casse la gueule au plus vite. Peut-être n’étais-je tout simplement pas dans de bonnes dispositions… A revoir pour vérifier.

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