Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Le Vent de la plaine (The Unforgiven) – de John Huston – 1960

Classé dans : 1960-1969,HUSTON John,LANCASTER Burt,MURPHY Audie,WESTERNS — 15 septembre, 2018 @ 8:00

Le Vent de la plaine

John Huston s’attaque au western, et cela donne un film magnifique et totalement atypique, parsemé de moments de pure grâce.

Un seul exemple : alors que les Indiens qui assiègent la maison des Zachary se mettent à jouer de leur flûte de guerre pour intimider leurs proies, ces derniers sortent un piano à queue, et la matriarche s’y assoit pour répondre…

Cette image de Lilian Gish jouant du piano dans l’obscurité, entourée par les silhouettes de Burt Lancaster, Audrey Hepburn et Doug McClure (formidable casting, avec aussi Audie Murphy, Charles Bickford ou John Saxon) est fascinante, et résume assez bien l’atmosphère du film : il y est question de famille, de grands espaces menaçants, de racines aussi. Surtout de racines : de celles que l’on reçoit et de celles que l’on choisit dans un pays où tout est à conquérir.

Huston n’est ni Ford, ni Hawks. Son western ne pouvait pas suivre un schéma classique. De fait, jusqu’à l’extraordinaire (et longue) séquence finale, superbement dramatique, le film est spectaculairement… dénué d’action, à l’exception de quelques rares et brèves émergences de la violence.

Ce sont les paysages, plats et verdoyants, qui dominent, ces grands espaces qui sont à la fois familiers et sources de menace. Fascinante aussi, l’apparition de ce vieil homme poussiéreux portant sabre, qui semble revenir de l’au-delà, et qui ramène avec lui un secret profondément enfoui dans l’inconscient collectif, brisant l’harmonie d’une collectivité naissante.

A la fois spectaculaire et intime, crépusculaire et porteur d’espoir, The Unforgiven est un western humain et humaniste. Magnifique.

Quand parle la poudre (Town Tamer) – de Lesley Selander – 1965

Classé dans : 1960-1969,SELANDER Lesley,WESTERNS — 14 septembre, 2018 @ 8:00

Quand parle la poudre

Un ancien shérif arrive dans une ville qu’il est chargé de débarrasser de la corruption, incarnée par celui qui a causé la mort de sa femme deux ans plus tôt.

Typiquement le point de départ classique qui a souvent donné d’excellents westerns bourrés d’idées originales et d’un rythme impeccable. Ce n’est clairement pas le cas de cette toute petite série B remarquablement dépourvue d’idée… et de rythme.

Il faut d’abord souligner le caractère exceptionnellement puéril des dialogues, qui enchaînent avec bravoure les poncifs et les phrases toutes faites. Et puis l’incapacité à peu près constante de Lesley Selander de donner du peps à ses scènes d’action.

On se réconforte un peu avec le casting : Dana Andrews, Bruce Cabot, Lon Chaney Jr, et pas mal de gueules qu’on aime bien… Voilà de quoi combler le vide du film, et tant pis si les personnages ne sont que des archétypes : seul le shérif, assassin de l’épouse du héros, sort des senties battus. C’est d’ailleurs, et de loin, le plus intéressant de tous.

Mais finalement, comme on ne vibre pas vraiment, que l’ébauche de romance ne marche pas, et qu’on sait bien où tout ça nous mène, on préfère s’en amuser : s’amuser de la doublure de Dana Andrews que Lesley Selander filme longuement dans chaque scène de bagarre, sans prendre la peine de dissimuler son visage. Ou s’amuser de voir les méchants tomber raides morts au moindre coup de feu, alors que les gentils survivent même criblés de balles.

C’est beau le second degré, même imaginaire…

La Liste de Schindler (Schindler’s List) – de Steven Spielberg – 1993

Classé dans : 1990-1999,SPIELBERG Steven — 13 septembre, 2018 @ 8:00

La Liste de Schindler

Bien sûr, La Liste de Schindler est un film imparfait. OK, il n’est pas non plus exempt de fautes de goûts : la scène de la douche, en particulier, faux suspense qui semble n’être là que pour rassurer les producteurs hollywoodiens, est déplacée et même gênante.

Mais quand même, Spielberg signe un film d’une remarquable dignité. Parfois étouffé par l’immense respect et la sincérité indéniable du cinéaste (la scène où Schindler revient à pied entouré de toutes ces femmes qu’il a tirées d’Auschwitz est assez peu crédible, et frôle le ridicule), mais d’une force indéniable, et souvent très juste.

Même la très décriée robe rouge de la fillette juive, unique touche de couleur du film, s’avère un parti-pris délicat et simplement beau. Ou comment souligner sans en rajouter que toutes ces victimes dont on met souvent le nombre gigantesque en avant sont autant d’individus et de destins brisés.

Il y a en fait deux films, dans La Liste de Schindler. D’abord, celui consacré aux destins des Juifs, que Spielberg filme comme pris dans une spirale infernale dans laquelle ils perdent peu à peu tout ce qu’ils ont : leur liberté, leur maison, leurs biens, leur dignité…

Là, Spielberg enchaîne les moments très forts, frôlant par moments l’effet catalogue. Mais la sincérité et la force du propos sont telles qu’on ne peut que s’incliner devant la démarche qui tient autant du film de cinéma que de l’hommage pur, comme le confirme la fin.

L’autre film, c’est le portrait de Schindler lui-même, ordure banale que l’on voit prendre conscience peu à peu de l’horreur dont il est le complice malgré lui. Liam Neeson, dans le rôle de sa vie (ben oui, s’il ne s’était pas vautré dans le cinéma d’action cheap ces dernières années, il l’aurait peut-être eu, le rôle de Lincoln qui lui a longtemps été promis), est formidable.

Et c’est peut-être ce qu’il y a de plus fort dans le film : ce personnage dont Spielberg n’atténue pas les tares, mais dont l’humanité finit par faire la différence au milieu des bourreaux malades dont le terrible Amon Goeth, rôle qui a révélé Ralph Fiennes.

Il y a la musique aussi, déchirante comme un râle qui aurait traversé le temps et qui renforce magnifiquement l’émotion. Et puis cette ironie, cruelle, qui vient refermer le film : l’armée soviétique vient « libérer » les camps par un unique cavalier, et qui a cette réplique définitive : « Vous ne pouvez pas aller à l’est, ils vous détestent. Si j’étais vous, je n’irais pas non plus à l’ouest. »

Léo et les extraterrestres (Luis and the Aliens) – de Christoph Lauenstein, Wolfgang Lauenstein et Sean McCormack – 2018

Léo et les extraterrestres

Qu’est-ce que vous voulez que je raconte sur ce dessin animé sympathique, mais anodin ? Il faut bien qu’un père réponde aux désirs de ses enfants. Alors voilà, c’est l’histoire d’un gamin dont le père est considéré comme un dingue parce qu’il affirme avoir vu des extraterrestres, qui voit son géniteur comme un raté, et qui rencontre lui-même des extraterrestres.

Il est bien sûr question des rapports père-fils, tout en tendresse. Il est aussi question du regard des autres, de l’incompréhension des êtres, et tout et tout. Mais finalement, il est surtout question de rythme et d’humour… drôle. Par moments en tout cas : les aliens qui débarquent sur terre attirés par les sirènes du téléachat, ou le marchand de glace qui répète fièrement qu’il vend des glaces, on peut effectivement trouver ça drôle.

Sinon, rien de bien neuf. Rien en tout cas de honteux, ni de génial. Du tout-venant, donc.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 11 – créée par Chris Carter – 2018

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Episode 1 : La vérité est ailleurs, 3e partie (My struggle III)

Il ne faut que quelques secondes pour avoir la confirmation de ce qu’on pensait depuis deux ans, et le fameux cliffhanger qui concluait le dernier épisode de la saison 10, le pire de toute la série : oui, Chris Carter nous prenait bien pour des cons.

On ne voyait pas où il allait ? Eh bien lui non plus. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il se tire plutôt habilement de l’impasse dans laquelle il se trouvait, avec un retournement de situation tiré par les cheveux et tellement énorme qu’on n’y aurait jamais pensé, mais aussi, finalement, assez brillamment retors.

Avec ce premier épisode, le troisième volet de La Vérité (long arc mythologique qui ouvre et referme les deux saisons de ce revival), Chris Carter recentre le fil rouge sur William, le fils disparu de Scully et Mulder, et redonne du souffle à ses personnages. Il était temps. En plus, le tandem Einstein/Miller, copie rajeunie et fadasse de Scully/Mulder est réduit à de quasi-figuration. On ne s’en plaindra pas.

Tout n’est pas parfait : l’écriture est parfois discutable, à commencer par les dialogues. Et Carter confirme qu’il est devenu un metteur en scène pénible, avec une tendance maladroite de « faire moderne », avec des scènes d’action pleines de ralentis et au montage syncopé.

Quant à la voix off de Mulder, façon Philip Marlowe, elle laisse dubitatif, tout comme ses plans énamourés sur la Jaguar conduite par Duchovny (Carter en aurait-il eu une en cadeau pour service rendu?).

Un premier épisode imparfait, donc. Mais en tournant le dos à la démesure grotesque ébauchée dans la saison 10, la série retrouve un peu de son ADN. De quoi donner furieusement envie de voir la suite…

Episode 2 : Une vie après la mort (This)

Plein de suspense, ce premier loner, qui flirte avec la mythologie et avec quelques figures des saisons passées. A commencer par Langly bien sûr, l’un des Lone Gunmen, mort depuis la saison 9, mais qui apparaît au-delà de la mort sur le portable de Mulder… Une apparition qui, pour le coup, respecte l’esprit de la série, et le personnage lui-même. Bien plus en tout cas que la calamiteuse « apparition » sous acide de la saison 10.

Surtout, cet épisode annonce ce qui sera une constante de cette saison 11 : la relation entre Scully et Mulder est centrale. L’épisode s’ouvre d’ailleurs sur une image toute simple qui en dit beaucoup sur cette relation : les deux agents sont assis côte à côte devant la télé, alors que la soirée semble bien avancée. Ajoutez mystère, parano, action (avec une poignée de scènes franchement explosives)… On n’en demande pas plus à la série !

Episode 3 : Les jumeaux diaboliques (Plus one)

Depuis combien de temps n’avions-nous pas eu droit à un vrai loner à l’ancienne, avec ses morts mystérieuses dans une petite ville paumée ? Et celui-ci est très réussi, en particulier parce qu’il n’essaye pas d’être autre chose qu’un simple suspense, sans incidence sur la direction que prendra la série par la suite.

Voilà donc Scully et Mulder dans une ville où plusieurs personnes se sont suicidées après avoir affirmé être harcelées par leur double. Un parfait mélange d’humour et de suspense, la relation Scully/Mulder une nouvelle fois centrale… Chris Carter, au scénario, prouve qu’il a gardé la main quand il lâche ses ambitions trop grandes pour lui.

L’épisode permet aussi de retrouver une actrice qui accompagne la série quasiment depuis ses débuts : Karin Konoval, que l’on avait vue en voyante dans Voyance par procuration (saison 3), puis en mère monstrueuse dans La Meute (saison 4), deux chefs d’œuvre. Elle est une nouvelle fois excellente dans un double rôle effrayant.

X Files Saison 11 Plus one

Episode 4 : L’effet Reggie (The lost art of forehead sweat)

L’épisode décalé de la saison, presque une tradition, que l’on doit à Darin Morgan, l’un des scénaristes qui ont su le mieux insuffler de l’humour dans la série. Cet épisode-ci est assez brillant, au moins sur le papier, réinventant à sa manière le passé de la série.

Un homme affirme être le partenaire de Mulder et Scully, que ces derniers auraient oublié à cause d’un mystérieux « they » qui joue avec la mémoire des gens.

Et on le voit au côté du duo dans quelques scènes extraites d’épisodes célèbres d’autrefois, joyeux exercice de style entre nostalgie et jeu de massacre.

Les dialogues sont excellents, et même si le principe sonne parfois comme un passage obligé, cette parenthèse trouve sa place au côté d’épisodes devenus mythiques comme Le Seigneur du Magma ou Voyance par procuration (saison 3), tous deux écrits par un certain Darin Morgan.

Episode 5 : Ghouli (id.)

Voilà un épisode qu’on attendait depuis… 16 ans ! Enfin, William, le fils perdu, évoqué en creux depuis le revival de la série, est au cœur de l’histoire. Pas dans un épisode ouvertement mythologique, encore que la vraie mythologie de cette saison 11, plutôt que la nouvelle conspiration qu’on oublie dès qu’on en a parlé, concerne peut-être bien le destin de William.

L’épisode n’est pas toujours convaincante. Le montage syncopé rend le truc un peu pénible par moments. Mais James Wong réussit tous les passages importants. Ce qui est la moindre des choses, certes.

Le personnage de William, inattendu forcément, est très excitant. Et la scène où Scully, qui le croit mort, se livre devant son corps inanimé, est bouleversante : une nouvelle occasion pour Gillian Anderson de rappeler qu’elle est une actrice magnifique.

Quant à la dernière scèe, pirouette belle et émouvante, elle est pleine de promesses pour la suite.

Episode 6 : Le retour du monstre (Kitten)

Franchement éclipsé dans la saison 10 (sans même parler du deuxième film à, Skinner retrouve enfin la place qui était la sienne à la fin de la série originale. Ce dont on se réjouit, même s’il y a d’emblée un problème dans l’écriture du scénario.

Visiblement anxieux de retrouver la clé du succès, Chris Carter ne fait pas que des bons choix, reconnaissons-le. Franchement, comment peut-on croire que Mulder doute encore de la loyauté de Skinner, comme il le faisait « à la belle époque » de la série ? Et pourtant…

Cela dit, cet épisode remet un peu les choses à leur place, et s’inscrit dans une lignée d’épisodes dont Skinner et son passé au Vietnam occupent la place centrale. Le résultat est étonnamment simple et modeste, retour au thème basique de la paranoïa, avec une économie de moyens et d’effets qui, au final, fait plutôt mouche.

Le personnage, central, interprété par Haley Joel Osment (le gamin de Sixième Sens et A.I. a bien changé) est à la fois intriguant, et pas totalement crédible. Mais les seconds rôles sont excellents, à commencer par le shérif débonnaire.

Quant à nos héros, ils paraissent un peu las, mais c’est dans les détails que se trouve le vrai plaisir : les regards entendus que se lancent Mulder et Scully, l’excitation de Mulder à l’évocation d’un monstre, et la mine réjouie de Scully devant le plaisir de son compagnon. Mignon…

X-Files saison 1 My struggle

Episode 7 : Rm9sbG93ZXJz (id.)

La réussite d’X-Files vient aussi de sa capacité à surprendre en cassant régulièrement ses propres codes. C’est le cas de cet épisode au titre pour le moins intriguant, qui commence par une longue séquence quasi-muette dans un restaurant japonais hi-tech où Scully et Mulder sont attablés. Seuls.

Seuls, ils le restent d’ailleurs jusqu’à la toute dernière minute, dans cette critique amusée et gentiment effrayante du monde hyper-connecté. Si l’épisode est quasiment muet, c’est qu’il n’y a plus besoin de parler dans cet univers-là, où les plats sont cuisinés et servis par des robots, où les taxis n’ont plus de chauffeurs, où les livraisons se font par drones…

La charge n’est pas neuve, mais la manière dont Glen Morgan traite le sujet et inscrit la série dans son époque, est réjouissante. A travers Scully et Mulder, c’est la propension de l’humain à se replier sur lui-même et à se couper du monde qui apparaît. Nos deux héros eux-mêmes s’oublient presque l’un l’autre, obnubilés qu’ils sont par leurs écrans.

Même leur sexualité respective est abordée. Et là encore, c’est la solitude qui s’impose, avec le joli masseur vibrant de Scully, et ce coup de fil d’une mystérieuse Wendy que reçoit Mulder…

Morgan s’amuse avec ses jouets, et cite au passage quelques grandes figures de robots du cinéma, de Planète interdite à Terminator 2. Typiquement le genre de réussite qui prouve qu’X-Files a encore sa raison d’être…

Episode 8 : Les forces du mal (Familiar)

Une petite ville pleine de petits secrets, des enfants victimes de meurtres apparemment sataniques, des sous-bois inquiétants… Pas de doute, X-Files renoue avec ses racines les plus profondes, et il le fait plutôt bien, avec une modestie et une sincérité qui font mouche.

C’est tout l’intérêt d’avoir une saison (un peu) rallongée, et tout le regret de se dire que c’est (sans doute) terminé : débarrassée de la nécessité d’aller vite, la série retrouve enfin son ADN. Cet épisode, pur loner bien flippant, et un dérangeant, fait partie des franches réussites de cette onzième mouture.

Scully et Mulder semblent retrouver leur soif d’autrefois. Chaque plan pourrait être d’une saison précédente, comme si tout était pensé pour rendre hommage au passé de la série. Mais le plaisir simple prime, jamais gâché par une quelconque tendance à l’hommage trop respectueux.

Incidemment, l’épisode parle aussi de la société d’aujourd’hui, et de l’impossibilité de l’oubli : ce personnage de prédateur sexuel condamné ad vitam pour un acte pour lequel il a purgé sa peine permet d’aborder le fameux droit à l’oubli que refuse la société hyper connextée.

X-Files à l’écoute de la société actuelle ? Ce n’est pas si courant, même dans les premières saisons de la série…

Episode 9 : Rien n’est éternel (Nothing lasts forever)

Un épisode banal… et indispensable !

Interdit aux moins de 16 ans, il nous rejoue le mythe de la jeunesse éternelle, à travers l’histoire d’une actrice d’il y a bien longtemps qui a trouvé un truc bien dégueu pour rester jeune. On a déjà vu ça ailleurs, et cette vengeuse qui dégomme tout ce petit monde au sabre bricolé avec du matériel religieux n’est pas crédible une seconde, malheureuse tentative de « faire dans le coup ». Bref, côté histoire, cet épisode est l’un des plus faibles de la série.

En revanche, la relation entre Scully et Mulder est une nouvelle fois formidable, émouvante et drôle à la fois dans sa manière d’évoquer le temps qui passe, à travers la presbytie (et le regard amusé) de Scully.

C’est la force de cet épisode : malgré les tentatives de renouer avec les recettes d’autrefois, la série tient compte du temps qui passe et de ses effets, et a bien conscience que rien n’est plus vraiment pareil.

En renouant avec la foi de Scully, le show se recentre sur l’essentiel. Et en abordant le temps passé, il se tourne vers un possible avenir, et propose ce qui aurait pu être une belle conclusion à l’ensemble de la série.

Episode 10 : La vérité est ailleurs, 4e partie (My struggle IV)

Du quatrième volet du « grand œuvre » de Chris Carter, que le revival de la série portait comme une croix depuis le tout premier épisode de la saison 10, on n’attendait pas grand-chose, si ce n’est une réponse à cette interrogation : ce probable ultime segment du show (ever) allait-il offrir une bonne conclusion ?

Pas franchement confiant, durant une grande partie de l’épisode. Malgré quelques bonnes choses, et une émotion assez présente, le style Carter est décidément agaçant, avec ses rebondissements tirés par les cheveux et sa visible appréhension des moments creux. Le montage trop serré, les dialogues approximatifs… Pas que du bon là dedans.

Pourtant, in fine, et en dépit des sorts indignes réservés à Skinner et à (la pauvre) Monica Reyes (grand ratage de ce revival), les dernières minutes sont belles. Bien sûr, confiant en une (très hypothétique) suite, Carter ne se ferme aucune porte. Mais vraiment aucune. Mais en resserrant l’intrigue sur Scully et Mulder plutôt que sur une nouvelle conspiration mondiale, il offre effectivement une conclusion belle, émouvante, inattendue et digne.

Et prouve définitivement que, quelles que soient les bonnes idées piochées ça et là dans cette saison 11 de bon niveau (et dans la précédente, nettement plus imparfaite), l’alchimie qui existe entre Scully et Mulder est la grande force de ce revival, et de toute la série, monument indétrônable dans mon cœur.

Ne me reste plus qu’à me refaire l’intégrale ! 218 épisodes et 2 films m’attendent…

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le deuxième film et la saison 10.

Violette Nozière – de Claude Chabrol – 1978

Classé dans : * Polars/noirs France,1970-1979,CHABROL Claude — 22 août, 2018 @ 8:00

Violette Nozière

C’est assez fascinant de voir à quel point Isabelle Huppert vampirise ses personnages, quels qu’ils soient. Ou plutôt comment sa présence mystérieuse irrigue tous les films dont elle est la vedette. C’est le cas de ce très beau Violette Nozière, l’une des grandes réussites de Chabrol.

L’histoire, vraie, de Violette Nozière est importante, bien sûr. Mais Chabrol en fait un sujet bien plus vaste. C’est toute une France, toute une société, qu’il dépeint. Une époque : celle qui prépare les horreurs de la seconde guerre mondiale. Et celle de Français moyens aux vies exiguës et étouffantes, et que Chabrol n’épargne pas plus que les bourgeois, sa cible éternelle.

Ce n’est pas si courant dans son cinéma : ce Chabrol-là évite toute linéarité, privilégiant une habile construction en flash-backs qui contribuent à renforcer le mystère et le malaise autour du personnage d’Huppert.

Dans les rôles des parents de Violette, Jean Carmet et Stéphane Audran sont parfaits. Ils incarnent parfaitement cette éducation castratrice, d’autant plus étouffante et angoissante qu’ils échappent à toute caricature. Plutôt attachants, même, finalement.

Quant à Isabelle Huppert, elle est inoubliable, visage insondable derrière lequel on ne sait jamais vraiment si c’est une lueur d’innocence ou une froideur sans nom qui se dégage. Elle incarne si bien le cinéma de Chabrol qu’il est surprenant que ces deux-là aient attendu dix ans pour se retrouver après cette première collaboration. Ce sera pour Une affaire de femmes, une sorte de film-jumeau de Violette Nozière. Après ça, ils ne se quitteront plus.

Le Labyrinthe de Pan (El laberinto del fauno) – de Guillermo Del Toro – 2006

Classé dans : 2000-2009,DEL TORO Guillermo,FANTASTIQUE/SF — 21 août, 2018 @ 8:00

Le Labyrinthe de Pan

Film après film, Guillermo Del Toro construit ce qu’il faut bien appeler une œuvre, avec des thèmes qui reviennent régulièrement : un hommage aux « monstres » du Hollywood des années 50, l’innocence confronté aux grands remous de l’histoire récente… Après L’Echine du Diable et avant La Forme de l’eau, ses deux chefs d’oeuvre, Le Labyrinthe… vient compléter une sorte de trilogie informelle, visiblement très personnelle.

C’est la confrontation, fascinante, du Mal dans ce qu’il a de plus diabolique, mais dans un contexte historique réaliste, et de la pureté du conte de fée traditionnel. Confrontation hautement improbable, et pour le moins casse-gueule, mais dont Del Toro tire un film qui sonne comme une extraordinaire évidence, tant tout est juste. Qu’il filme les exactions sanguinaires de l’armée franquiste, ou l’apparition de fées ou de créatures surnaturelles, c’est le même naturel qui se dégage.

Del Toro, il est vrai, prend un parti-pris fort : adopter le point de vue d’une enfant, qui se réfugie dans un monde féérique pour fuir la violence du « vrai » monde. Sauf que, bien sûr, la frontière entre les deux est toute théorique. Ce regard enfantin justifie en tout cas la violence graphique parfois insoutenable, autant que toutes les folies du monde parallèle.

La force du film repose en grande partie sur la manière, superbe et déchirante, dont Del Toro filme les horreurs de l’Histoire, et le gâchis humains… La réussite du film doit aussi beaucoup à la toute jeune actrice qui joue Ofelia (Ivana Baquero), mais aussi à la belle Maribel Verdu (la marâtre de Blancanieves) dans le rôle de Mercedes. A elles deux, ces deux-là annoncent déjà la sublime héroïne de La Forme de l’eau. Quand on vous dit que Del Toro a un univers très cohérent…

Soudain l’été dernier (Suddenly, last summer) – de Joseph L. Mankiewicz – 1959

Classé dans : 1950-1959,MANKIEWICZ Joseph L. — 20 août, 2018 @ 8:00

Soudain l'été dernier

Ah ! la famille… Ses petites querelles, ses papouilles au coin du feu… Mouais… Pas franchement la tasse de thé de Tennessee Williams qui, une nouvelle fois, dresse un portrait absolument terrifiant du « cocon familial ».

Au cœur de ce film, adapté par lui-même de sa pièce : une jeune femme trop belle internée après avoir, apparemment, perdu la raison l’été précédent, lorsque son cousin avec qui elle était en vacances est mort dans de mystérieuses conditions qu’elle a oubliées.

Sa richissime et toute puissante tante, qui vit dans l’illusion des relations qu’elle avait avec son fils chéri, a envie de tout sauf d’entendre ce que la nièce pourrait avoir à raconter. Alors elle fait miroiter une somme exorbitante pour convaincre un chirurgien de pratiquer une lobotomie sur elle. Mais le doc a une priorité inattendue : savoir.

Curieux film, cruel, envoûtant, mais aussi très bavard, qui conserve la structure de la pièce, en actes clairement séparés. Avec un casting trois étoiles : Montgomery Clift, Katherine Hepburn, Elisabeth Taylor. C’est elle, dans un rôle aussi fort que celui de La Chatte sur un toit brûlant, qui donne au film ses plus belles scènes.

La dernière, surtout, filmée de près par Mankiewicz, qui révèle la pureté et l’intensité troublante de l’actrice. Mais pas seulement : se laissant aller dans les bras du doc, ou devenant la proie de pensionnaires plus que troublés par l’apparition de cette femme d’une beauté insolente, elle est bouleversante.

Face à elle, Katherine Hepburn fait presque figurine de cabotine, même si elle est aussi très intense, en particulier dans sa première séquence, incroyable, qui s’apparente à un (très) long monologue halluciné. Interminable tirade sur le papier, que la mise en scène fluide de Mankiewicz rend étonnamment cinématographique.

Quant à Montgomery Clift, il semble tristement diminué, et comme sous l’effet de médicaments, traversant le film comme un témoin très peu bavard, catalyseur plus qu’acteur à proprement parler. Mais c’est par lui qu’avance « l’enquête », et surtout se révèle la vérité des personnages.

Une vérité qui passe par de petits détails, que Mankiewicz filme avec une délicatesse et une intelligence de chaque plan. Dès le tout début, avec cette poupée brandie par une femme internée, puis laissée de côté après sa lobotomie. Un simple détail qui dit mieux que tous les longs mono/dialogues à suivre la cruauté de ces destins brisés.

Le Roi du tabac (Bright Leaf) – de Michael Curtiz – 1950

Classé dans : 1950-1959,COOPER Gary,CURTIZ Michael — 16 août, 2018 @ 8:00

Le Roi du tabac

Un film où les personnages font fortune et réalisent leurs rêves (ou pas) en créant l’industrie du tabac ? Vue en 2018, cette insulte au politiquement correct a, en soit, quelque chose de profondément réjouissant. Et c’est un non-fumeur qui écrit ces lignes… Mais c’est vrai que voir Gary Cooper et Lauren Bacall afficher un large sourire après avoir lancé la première usine de cigarettes est, paradoxalement, franchement jouissif. Même si, on est d’accord, et je n’arrête pas de le répéter à mes gosses : ne touchez pas à cette saloperie !

Cela étant dit, c’est un Curtiz assez mineur, qui peine à convaincre vraiment. Difficile de pointer du doigt les principales carences du film. La mise en scène est plutôt inspirée, le scénario évite toute facilité, et les acteurs sont impeccables. Mais bizarrement, on a bien du mal à croire en ce personnage de néo-magna du tabac, auquel Cooper apporte pourtant une noirceur bienvenue.

N’empêche. Dès son apparition, sorte de fantôme vengeur dont on ne peut que deviner le passé, il y a quelque chose qui sonne faux. Ou plutôt artificiel, pour être plus précis.

Les personnages secondaires sont plus convaincants, mais sous-exploités. Lauren Bacall, digne et belle ; Jack Carson, nickel en ami sincère ; et surtout le « clan » Singleton : Patricia Neal, actrice formidable ici parfaitement odieuse, et Donald Crisp surtout, à qui on doit les plus belles scènes.

Ce « méchant » de l’histoire est, très paradoxalement encore, celui des personnages auxquels on s’attache le plus. Ses dernières scènes sont d’ailleurs les plus belles du film. Là, l’espace de quelques plans superbes qui soulignent la détresse terrible du personnage, l’habile faiseur redevient le grand auteur que l’on aime. Et c’est bouleversant.

La Maison rouge (The Red House) – de Delmer Daves – 1947

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,DAVES Delmer — 14 août, 2018 @ 8:00

La Maison rouge

De Delmer Daves, on retient surtout ses formidables westerns, ainsi que son étrange Dark Passage avec un Bogart au visage bandé pendant une bonne partie du film. En oubliant d’autres pépites comme ce Red House aux images envoûtantes, quelque part entre Rebecca et Moonfleet.

Sans atteindre la réussite de ces deux classiques, le film de Daves s’inscrit dans une même thématique : comment mettre en images la perte de l’innocence. Cette question pourrait se résumer à une scène, superbe et terrifiante : la jeune Meg (Allene Roberts), visage de la pureté et de l’innocence baigné de lumière, qui nage vers Edward G. Robinson, silhouette massive et visage fermé, comme hanté par ses propres démons.

Daves filme merveilleusement les mystères qui entourent cette ferme perdue au milieu de la campagne, dans une imagerie digne de Mark Twain : un bois touffu et effrayant, un secret bien gardé, une orpheline qui ignore tout de ses origines, et un jeune homme qui débarque là et perd peu à peu ses illusions.

Il offre à Robinson l’un de ses grands rôles torturés, dont il se faisait une spécialité à l’époque (notamment chez Lang). Mais même en terrain connu, il est formidable. L’image de l’acteur se précipitant dans la nuit et la tempête, hurlant au jeune homme de ne pas traverser le bois, est tout simplement inoubliable.

Et si les autres acteurs n’ont clairement pas son charisme (à l’exception peut-être de Judith Anderson, un peu sous-utilisée hélas), Daves tire le meilleur de la jeunesse de Lon McAllister et de la pureté de Allene Roberts, comme de la beauté un peu hautaine de Julie London, la « mauvaise fille » de l’histoire.

Seules les scènes avec Rory Calhoun, acteur dont j’ai pourtant toujours apprécié la présence, déçoivent. Ses apparitions, coiffure impeccable et luisante, dans le bois, toujours aux aguets, toujours en attente, sonnent faux et ne convainquent jamais. Pour le reste, c’est que du bonheur, comme dirait l’autre.

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