Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Celle que vous croyez – de Safy Nebbou – 2019

Classé dans : 2010-2019,NEBBOU Safy — 21 juin, 2019 @ 8:00

Celle que vous croyez

La première réflexion : Isabelle Huppert n’aurait sans doute pas accepté le film. Ne vous méprenez pas : j’aime beaucoup Isabelle Huppert, sa beauté troublante et intemporelle, cette image comme hors du temps qui traverse une filmographie exceptionnelle. Mais c’est une approche à peu près opposée que Juliette Binoche apporte à ce rôle : elle se livre, physiquement, à nue, acceptant des éclairages qui accentuent ses rides et la fatigue de ses traits. Bref, Isabelle Huppert n’aurait jamais accepté un tel rôle. Vous rétorquerez qu’on ne le lui a sans doute pas proposé, et vous n’aurez pas tort. Bref.

Deuxième réflexion : il faut à la fois la beauté naturelle intemporelle et le talent d’actrice de Juliette Binoche pour incarner un tel personnage, dans un tel film. Claire, enseignante brillante, la cinquantaine bien tapée, mère de deux grands garçons, séparée d’un mari qui était tout pour elle et qui l’a quittée pour une femme bien plus jeune que lui. Claire, qui cherche à tromper le temps en couchant avec un homme bien plus qu’elle. Claire, qui pour surveiller son amant, s’invente un pseudo sur Facebook : Clara, jeune blonde d’à peine 24 ans.

Et voilà que Clara tombe amoureuse par réseaux sociaux et par téléphone interposés, du meilleur ami de son amant, un jeune homme de son âge (François Civil, très bien aussi). Donc bien plus jeune que Claire. Claire, Clara… Entre les deux, la frontière s’estompe. Clara s’épanouit, Claire retrouve le goût à la vie. A moins qu’elle ne perde pied. Là encore, la frontière est ténue.

En adaptant le roman de Camille Laurens, Safy Nebbou signe le beau portrait d’une femme face aux réalités du temps qui passe, qui refuse de faire le deuil de sa beauté, dans une société régie par l’apparence. C’est évidemment une critique assez acerbe des réseaux sociaux et de cette société-là, où le bonheur semble plus virtuel qu’ancré dans la réalité. Sur ce point, le film est plutôt efficace, à défaut d’être particulièrement audacieux.

Et sans doute le film aurait-il gagné à être moins sage visuellement. Un tel récit qui oscille entre le réel, la virtualité, et la fiction méritait peut-être un style plus radical que celui de Nebbou, classique et plutôt élégant. Mais le portait de cette femme à la croisée des chemins est d’une grande richesse, et l’interprétation de Binoche toute en nuances, à tel point que l’actrice semble gagner ou perdre des années au fil des scènes.

Le trouble vient aussi des ruptures audacieuses dans le récit, de l’irruption d’une vision de roman au coeur du film, et du face à face entre le personnage de Binoche et celui de sa psy, jouée par Nicole Garcia. Entre elles, Nebbou capte notamment un moment déchirant, et pourtant d’une grande simplicité. Lorsque Juliette Binoche baisse complètement l’armure et livre ses envies de petite fille toujours bien présentes, son désir qu’on s’occupe d’elle, le silence de Nicole Garcia et son regard soudain vague disent toute la solitude de l’adulte. Et c’est déchirant.

Le Retour de Mary Poppins (Mary Poppins returns) – de Rob Marshall – 2018

Classé dans : 2010-2019,DESSINS ANIMÉS,FANTASTIQUE/SF,MARSHALL Rob — 20 juin, 2019 @ 8:00

Le retour de Mary Poppins

Il fallait oser, quand même, signer cinquante ans après la suite d’un classique indémodable de la culture populaire. Pas un remake, ni un reboot, mais une vraie suite, qui reprend les personnages, les décors et le ton du film original, tout en tenant compte du temps passé : en racontant l’histoire des gamins Banks de Mary Poppins, devenus adultes, et des enfants de Michael.

Rob Marshall relève le défi avec un plaisir gourmand et contagieux. On le sait déjà, l’homme aime la comédie musicale américaine, genre tombé en désuétude depuis des décennies, qu’il ne cesse de revisiter. Avec cette suite éminemment casse-gueule, il renoue avec la grandeur du genre, avec cette vision de pur cinéma qui était déjà au cœur du premier Mary Poppins.

Bien sûr, il y a beaucoup de passages obligés, et Marshall n’en oublie aucun. Le balai des ramoneurs laisse la place à celui, très beau, des falotiers (ceux qui allument et éteignent les réverbères) ; on a évidemment droit à une séquence dans un décor animé ; on retrouve l’opposition entre l’univers des enfants et toutes ses possibilités, et celui des adultes dominé par l’argent… Quand, au détour d’une chanson, il trouve un improbable successeur au fameux Supercalifragilistisexpialidocius, on se dit quand même que l’hommage est un peu appliqué. Soit.

N’empêche que la magie est bien au rendez-vous. Et que si cette suite n’a pas la fraîcheur de l’original, elle en retrouve l’inventivité et cette indéfectible foi en la bienveillance, avec ses sentiments nobles et ses méchants à la Capra (Colin Firth est parfait en banquier avide qui semble tout droit sorti de La Vie est belle), et ses seconds rôles hauts en couleur (Meryl Streep impeccable en cousine gentiment timbrée de Mary Poppins).

Quant à la plus célèbre des nounous, on la retrouve tel qu’elle a toujours été, ou presque. Emily Blunt sait comment jouer le personnage : elle a sans doute vu et revu le film original pour s’inscrire dans l’exacte continuité de Julie Andrews. Mais elle le fait avec un naturel idéal, et un charme désarmant. Absolument parfaite, donc.

Finalement, la seule déception concerne l’absence de Julie Andrews. Dick Van Dyke apparaît bien, jouant le (vieux) fils du (vieux) banquier qu’il interprétait déjà dans le premier film (où il tenait donc deux rôle), le temps d’une scène réjouissante. Mais Julie Andrews a refusé de tenir le rôle qu’on lui réservait. Pas difficile d’ailleurs d’imaginer de quel rôle il s’agit : celui de la vendeuse de ballons que l’on voit dans la toute dernière partie, et que tient finalement Angela Lansbury (qui a failli interpréter Mary Poppins en 1964). Qu’importe, c’est bien l’ombre de Julie Andrews qui apparaît alors, celle d’un classique qui a droit, très tardivement, à une suite belle et digne.

Appel d’urgence (Miracle Mile) – de Steve De Jarnatt – 1988

Classé dans : 1980-1989,DE JARNATT Steve,FANTASTIQUE/SF — 19 juin, 2019 @ 8:00

Appel d'urgence

Un coup de foudre dans un zoo, un rendez-vous manqué, un téléphone qui sonne dans une cabine téléphonique, et une voix au bout du fil qui annonce que des missiles nucléaires vont tomber sur Los Angeles dans la nuit… Et voilà comment une soirée qui commençait bien tourne au cauchemar.

Jusqu’aux dernières minutes, on se demande vraiment à quoi on assiste : avec cette errance désespérée d’un homme dans la nuit, Steve De Jarnatt (éphémère cinéaste prometteur) signe-t-il un vrai film apocalyptique, ou le portrait d’un type un peu naïf qui déclenche une vague de paranoïa ravageuse ? Dans les deux cas, le film bouscule, interroge avec son esthétisme très datée eighties, et finalement séduit.

La paranoïa est teintée d’une sacrée dose d’ironie, avec ces personnages parfois à la limite de la caricature. Le « héros » en tête : Anthony Edwards, future vedette de la série Urgences, dépositaire malgré lui d’un secret trop lourd, et déclencheur toujours malgré lui d’une série de cataclysmes.

Entre deux tons, le film n’est jamais vraiment confortable. Ce qui, finalement, est plutôt une bonne chose. Mais il oscille aussi entre une approche réaliste et une urgence pas toujours très crédible. La naissance de la paranoïa, et la perte de toute convention sociale : des sujets passionnants et ambitieux, que De Jarnatt condense en 90 minutes à peine, rendant le propos caricatural.

Finalement, Miracle Mile trouve un équilibre fragile et bancal entre le film culte et le nanar, penchant in fine vers la première option. Tout juste.

Senses (Happī Awā) – de Ryûsuke Hamaguchi – 2015

Classé dans : 2010-2019,HAMAGUCHI Ryûsuke — 18 juin, 2019 @ 8:00

Senses

Conquis, fasciné, troublé, passionné… On ressort emballé (et un peu abattu) des cinq heures de projection de ce Senses beau et intense, qui fait d’emblée de Ryûsuke Hamaguchi un cinéaste que j’ai très envie de suivre. Il y a déjà une belle aventure à l’origine de ce film : un atelier d’improvisation que le cinéaste a mené, et où les participants apportaient leur expérience personnelle pour déboucher sur l’écriture d’un scénario.

Ce sont d’ailleurs les participants de cet atelier qui ont été choisis pour interpréter les différents rôles du film. Y compris les quatre principaux : ceux de quatre amies, quatre femmes à l’approche de la quarantaine dont on découvre peu à peu les fêlures, les angoisses, les secrets…

Le film (ou plutôt les films : Senses, chapitré en cinq parties axées sur les cinq sens, est divisé en trois longs métrages) s’ouvre sur une sortie entre filles, au sommet d’un mont surplombant la ville (moyenne, à tous égards) de Kobé, sur lequel plane alors un brouillard intense, privant les quatre amies de la vue qu’elles espéraient. « Ce brouillard, c’est notre avenir », lance l’une d’elles, premier signe que l’harmonie n’est pas si évidente dans leurs vies.

Des signes comme celui-ci, il y en aura beaucoup : des non-dits, des gestes, des regards, regrets, des reproches… Et des manques, terribles : une épouse encore jeune qui souffre de ne plus être touchée, une autre dont le mari ne voit pas le trouble, une troisième confrontée à un divorce douloureux, la quatrième qui attend de ses amis ce qu’elle est incapable de donner elle-même.

Hamaguchi parsème son film de très longues scènes dont la durée même crée une sorte de fascination incroyable, et une proximité grandissante avec les personnages, à l’image de cet atelier conduit par un drôle d’artiste qui pousse les participants à se toucher, à s’écouter. Ces séquences, étirées à l’envi, sont souvent très bavardes : de longs dialogues, une séance de lecture à haute voix… Pourtant, ce sont les regards qui comptent, ces petits gestes parfois à peine perceptibles, qui représentent parfois de vraies révolutions dans la vie des personnages.

Ces longues séquences sont autant de marqueurs qui révèlent les manques de ses personnages, victimes en quelque sorte d’une société pas si moderne que ça, où les vieilles traditions restent plus vivaces qu’il n’y paraît. Cette société où les femmes et les hommes semblent vivre dans deux univers totalement imperméables. Il y a dans ces rapports humains une cruauté extrême. Et dans le regard que le cinéaste pose une beauté extrême qui irradie les cinq heures envoûtantes de ce film superbe.

The Intruder (id. / I hate your guts) – de Roger Corman – 1962

Classé dans : 1960-1969,CORMAN Roger,POLARS/NOIRS — 17 juin, 2019 @ 8:00

The Intruder

Début des années 1960. La loi dite de l’intégration impose un quota d’élèves noirs dans les établissements scolaires. Y compris à Caxton, petite ville rurale du Sud ségrégationniste, où l’arrivée d’un mystérieux jeune homme va révéler des haines qui ne demandaient qu’à exploser.

C’est une curiosité, restée inédite en salles chez nous jusqu’en 2018. C’est pourtant, peut-être (il m’en reste beaucoup à voir), le chef d’œuvre de Roger Corman, celui en tout cas dont il s’est toujours dit le plus fier, le seul aussi à avoir perdu de l’argent lors de sa sortie. Presque un fait d’armes en soit, pour ce Guy Roux du système hollywoodien.

Réputé pour ses tournages à l’économie, Corman reste d’ailleurs fidèle à sa règle. The Intruder est en grande partie tourné en décors réels, avec des figurants du cru (qui ne savaient pas exactement ce que serait le ton du film), parfois à l’arrache, au cœur de ce Sud du Sud où le sujet même du film reste très brûlant à l’époque du tournage.

Ce contexte, ces décors, ces gueules aussi, et cette caméra qui semble faire partie de la foule mais dont on sent qu’elle est prête à être évacuée au moindre problème… Tout cela donne au film une sorte d’urgence, une fièvre, et pour tout dire une force qu’on n’attendait pas vraiment dans un film de Corman. Mais The Intruder possède bel et bien une puissance hors du commun. Un courage indéniable aussi, si on remet la production dans son contexte.

Ce jeune homme par qui les troubles arrivent, c’est William Shatner, qui a déjà fait pas mal de choses au théâtre et à la télévision, mais qui tient ici son premier premier rôle d’envergure (quatre ans avant Star Trek). L’acteur n’est pas transcendant habituellement, mais il est parfait ici, en symbole dégueulasse de la haine et du populisme, qui manipule les habitants de cette petite ville avec un double langage et une gueule d’ange, qui révèlent ce qu’il y a de pire chez beaucoup. Mais aussi ce qu’il y a de meilleur chez certains.

Outre le courage indéniable d’aborder un tel sujet, Corman marque des points en évitant tout manichéisme trop facile, et en confrontant le spectateur à ses propres préjugés. Il y a le personnage du journaliste bien sûr, très beau, que l’on voit prendre conscience du Mal que représente la ségrégation, système qui lui a pourtant toujours semblé naturel.

Mais le plus inattendu, c’est celui du voisin de chambre, Griffin, le représentant joué par Leo Gordon. Un type mal dégrossi, lourdingue et un peu vulgaire, que l’on a vite faite de cataloguer en quelques minutes à peine. A tort, comme on finira par le découvrir : il est l’âme du film, la claque qu’on prend dans la gueule, celui qui, lorsqu’on prend plaisir à voir Shatner se noyer, nous fait prendre de la hauteur. Un grand personnage, pour un grand film.

Incassable (Unbreakable) – de M. Nyght Shyamalan – 2000

Classé dans : 2000-2009,FANTASTIQUE/SF,SHYAMALAN M. Night — 16 juin, 2019 @ 8:00

Incassable

Faites l’expérience : voyez et revoyez Sixième Sens, puis voyez et revoyez Incassable. Deux films de Shyamalan réputés pour leur twist final. Le premier, auréolé d’un gros succès, ne passe pas l’épreuve de la deuxième vision : tout, mais vraiment tout, repose sur ce twist. Incassable, en revanche, se révèle nettement plus riche, plus complexe, et plus abouti.

C’est même, sans doute, le meilleur film de Shyamalan. Et, mais les avis seront sans doute très partagés, le meilleur film récent de super-héros… Dit un cinéphile lambda qui ne supporte plus les films de super-héros et leur omniprésence. Une assertion hautement discutable, donc, mais qui repose sur un constat : que ce soit dans son rythme, dans l’utilisation (l’absence en l’occurrence) d’effets spéciaux, Incassable est à l’opposée du film de super-héros.

Jusqu’à ce parti-pris qui consiste à éviter constamment toute image ne serait-ce que vaguement spectaculaire. Le film commence quand même par une catastrophe ferroviaire dont on ne voit… qu’une sorte de pressentiment dans le regard pas bien vif de Bruce Willis. Bruce Willis, déjà dans son penchant faciès de marbre, regard fatigué, jamais aussi bien que lorsqu’il incarne un personnage coupé du monde.

Ici, il est servi. Le film se concentre en grande partie sur ce vide qui habite son personnage. Et logiquement, l’acteur trouve l’un de ses meilleurs rôles de la décennie qui s’ouvre (et d’une grande partie de la précédente), retrouvant l’intensité qui était la sienne au début de sa carrière. Shyamalan renoue aussi avec le duo des opposés qu’il formait déjà avec Samuel L. Jackson dans Die Hard 3 (alors l’un de ses derniers très bons films). Dans un esprit différent, certes, mais il y a sans doute un truc à creuser là-dedans. L’emphase de Jackson est en tout cas un contrepoint parfait aux airs dépressifs de Willis…

Shyamalan n’a pas toujours été un cinéaste d’une immense finesse. Ici, il réussit de très scènes intimistes, offrant une belle vision d’un couple en crise. Même si son rôle se limite à quelques scènes, Robin Wright apporte une belle intensité à cette épouse que Bruce n’a plus le cœur d’aimer. Le portrait d’un homme qui se rouvre à son entourage quand il apprend à connaître sa nature profonde. Qui se trouve être celle d’un super-héros.

LIVRE : Frank Borzage, un romantique à Hollywood – d’Hervé Dumont – 1993/2013

Classé dans : BORZAGE Frank,FARRELL Charles,LIVRES — 15 juin, 2019 @ 8:00

LIVRE Frank Borzage un romantique à Hollywood

Voilà sans doute la meilleure façon de découvrir l’univers d’un cinéaste, de vraiment le découvrir : enchaîner en trois ou quatre mois 35 de ses films, tout en lisant un pavé de 1000 pages qui lui est consacré. Le voyage a en tout cas été passionnant, et je l’écris ici pour la postérité : Frank Borzage est un cinéaste immense, peut-être le plus grand de tous les grands cinéastes mésestimés.

Il y a bien longtemps que j’aime passionnément ses grands chefs d’œuvre muet avec le couple Janet Gaynor-Charles Farrel. Mais quelle découverte, quel voyage fascinant : ses débuts en tant qu’acteur puis réalisateur de petits westerns déjà très intéressants (The Pilgrim), ses premières œuvres personnelles (The Circle), son premier âge d’or (Seventh Hour), mais aussi le passage au parlant (They had to see Paris).

Et ces extraordinaires années 30, émaillée d’immenses chefs d’œuvre (Man’s Castle, Three Comrades), et d’une richesse inépuisable. Rien à jeter, ou presque, dans cette décennie, où même ses films considérés comme mineurs (Shipmates forever) recèlent des moments de pure magie, sans même compter tous les bijoux méconnus, trop vite oubliés (Living on velvet, Stranded, Big City…).

A vrai dire, sa carrière reste passionnante de bout en bout. Ses années 40 sont souvent méprisées ? A tort : même si les grands chefs d’œuvres sont plus rares, le plus romantique des cinéastes hollywoodiens a toujours ce don pour faire naître une émotion immense, et pour filmer l’intimité naissante entre ses personnages. Et quel directeur d’acteur, qui tire le meilleur de ses comédiens, de Deanna Durbin (His butler’s sister) à Van Heflin (Seven Sweetheart).

Bref, une mine inépuisable pour Hervé Dumont, qui signe l’ouvrage de référence sur Borzage. Moins une biographie à proprement parler qu’une étude détaillée de sa filmographie. Sans doute est-ce dû à la discrétion du cinéaste, Dumont ne s’attarde qu’à de rares occasions sur des épisodes personnelles de sa vie, ne livrant que très peu d’anecdotes. Trop peu à mon goût d’ailleurs : c’est uniquement à travers ses films qu’on découvre l’homme.

A une exception près quand même : Dumont s’intéresse longuement, très longuement, à l’appartenance de Borzage à la franc-maçonnerie, dont il fait le socle de toute la filmographie du cinéaste, en tout cas dans sa première moitié. Quitte à surinterpréter certains de ses films, sans doute.

Cela dit, le livre de Dumont est d’une grande précision sur le travail de Borzage, détaillant longuement les films majeurs du cinéaste (à tel point qu’il vaut mieux avoir vu les films, pour ne pas s’en gâcher le plaisir), balayant un peu trop vite certaines œuvres plus mineurs, en réhabilitant d’autres… Pas la plus intime des biographies, mais un livre important pour plonger dans l’œuvre si méconnue d’un si grand cinéaste.

Gangster d’occasion (Go chase yourself) – d’Edward F. Cline – 1938

Classé dans : 1930-1939,CLINE Edward F. — 14 juin, 2019 @ 8:00

Gangster d'occasion

1h10, pas plus, mais cette comédie semble durer une éternité, tant sa star, l’humoriste Joe Penner, est insupportable. Grimaçant, singeant maladroitement les Marx Brothers et Stan Laurel, Penner semble bien sûr de son génie comique, de cette certitude qui lui permet d’enchaîner les jeux de mots éculés ou les grimaces.

Dans Go chase yourself, le gars interprète l’employé d’une banque qui a été cambriolée, cambriolage dont les auteurs prennent la fuite avec la caravane… dans laquelle s’est justement endormi l’employé, que la police ne tarde pas à prendre pour le voleur. Ajoutez à ça une épouse pleine de caractère, une héritière pleine de charme, un chasseur de dot, et un trio de gangsters crétins… Et voilà un résumé plutôt complet du film.

Il se passe d’ailleurs des tas de rebondissements, au cours de ces soixante-dix minutes. On sourit, parfois. On prend même un réel plaisir devant le dynamisme de Lucille Ball, parfaite en épouse à poigne. On s’amuse aussi de voir Jack Carson, à ses débuts, en faire des tonnes en animateur radio intrusif (loin, très loin, de son rôle de fils également intrusif dans La Chatte sur un toit brûlant).

Mais dès que le rythme trépidant de cette comédie cartoonesque s’apprête à faire mouche, il y a toujours une grimace, une tirade de Joe Penner, pour mettre fin à nos envolées bienveillantes. Disons qu’il y a de bonnes choses, dans cette comédie franchement pénible.

Passengers (id.) – de Morten Tyldum – 2016

Classé dans : 2010-2019,FANTASTIQUE/SF,TYLDUM Morten — 13 juin, 2019 @ 8:00

Passengers

On ne peut pas dire que je sois très client de la SF actuelle, souvent tiraillée entre la surenchère d’effets spéciaux et la tentation kubrickienne. D’où la belle surprise de ce film adapté d’une nouvelle de Philip K. Dick, étonnamment modeste, à tous points de vue. Passengers distille avec parcimonie de rares séquences spectaculaires, et se limite au parcours intime de deux personnages. Sans tomber dans la virtuosité à la Gravity, pas plus qu’au préchi-précha philosophique à la Interstellar. Un film modeste, donc, ce qui fait du bien.

Modeste, et passionnant faut-il vite ajouter. Et intelligent, ce qui ne gâche rien. Soit un vaisseau spatial qui transporte quelques centaines d’hommes et de femmes vers une planète colonie qui doit être atteinte après plus d’un siècle de voyage. Pour y arriver, passagers et équipages sont plongés dans une sorte d’hibernation. Mais l’un des passagers est tiré de son sommeil quelques décennies trop tôt, sans possibilité d’être rendormi.

Condamné à finir sa vie tout seul, il trouve le temps long. Alors il se choisit une compagne : belle, intelligente, et drôle d’après le fichier vidéo qui accompagne chacun des passagers. La tirer de son sommeil n’est techniquement pas un problème. Moralement, c’est nettement plus compliqué. Ce dilemme et la culpabilité qui s’en suit (ce n’est pas un grand dilvulgâchage) sont au cœur de ce film d’une belle justesse de ton.

Visuellement, c’est très convainquant. Mais c’est surtout les rapports entre ces deux personnages qui séduisent. Entre Jennifer Lawrence et Chris Pratt, tous deux parfaits, on ressent tour à tour la panique, la résignation, l’attirance, la passion, la haine, l’amour… Toute une vie qui se déroule avec pour seul compagnon (ou presque) un barman-robot presque humain.

Le climax spectaculaire, annoncé par de petits signes tout au long du film, était bien dispensable, et apparaît comme la seule concession au blockbuster hollywoodien. Une facilité qu’on pardonne aisément à Morten Tyldum, dont on espère que l’échec du film ne contrariera pas la belle trajectoire qu’il suit depuis ses débuts en Norvège.

Rosita, chanteuse des rues (Rosita) – d’Ernst Lubitsch (et Raoul Walsh) – 1923

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,LUBITSCH Ernst,PICKFORD Mary,WALSH Raoul — 12 juin, 2019 @ 8:00

Rosita

Il y en a qui galèrent pour se faire une place au soleil d’Hollywood. Et il y a Lubitsch, prince en son pays, que la plus grande star d’Amérique appelle pour la mettre en scène, lui déroulant le tapis rouge et lui offrant des moyens énormes. Rosita est donc le premier film américain du maître allemand, un « Mary Pickford movie » (un genre en soi) que, comme les autres grands noms qui ont dirigé l’actrice (Tourneur, Borzage), il transcende par son style et son regard.

Pas que Rosita soit le film le plus personnel de Lubitsch, ni même son plus abouti d’ailleurs : il y a dans cette grande histoire d’amour romanesque qui flirte avec la tragédie une sorte de tiraillement constant entre deux tons, deux univers. La romance et le tragique, le drame le plus sombre et la comédie la plus triviale.

Cela donne beaucoup de très beaux moments, que ce soit dans le drame (le héros qui découvre son destin à travers l’ombre d’un pendu) ou la comédie (la famille de Rosita qui débarque dans le palais). Mais il manque sans doute une vraie direction au film pour qu’il soit totalement réussi.

C’est en tout cas un rôle taillé sur mesure pour Mary Pickford : celui d’une pauvre chanteuse de rue dans le Séville des quartiers populaires, dont le roi d’Espagne s’entiche après l’avoir entendue le moquer devant la foule enthousiaste. Un roi particulièrement inconséquent plus intéressé par l’idée d’assouvir ses fantasmes que de régler les problèmes du peuple. Non pas que les questions sociales ou politiques soient mises en avant cela dit : à l’exception d’une scène savoureuse où Rosita malmène un collecteur d’impôts, cet aspect reste au stade de la toile de fond.

Lubitsch, cela dit, a des moyens visiblement très importants, qui lui permettent de mettre en scène la « populace » au milieu de laquelle évolue la jolie chanteuse de rue. Réussissant ainsi une séquence d’ouverture particulièrement impressionnante, la foule convergeant vers cette jeune chanteuse pleine de vie qui s’avance comme une rock star.

Ces scènes de foule sont peut-être, et assez bizarrement, les plus réussies du film : c’est là, au milieu de dizaines, voire de centaines de figurants, que Lubitsch capte le mieux ce que sont ses personnages. Le premier face-à-face avec le roi, dans ces conditions, ne manque pas de saveur.

Cela dit, Lubitsch est déjà Lubitsch. Il sait aussi filmer les alcôves, les couloirs… et les portes qui s’ouvrent (déjà) devant Mary Pickford, ces portes tellement présentes dans son cinéma, et qui accompagnent ici l’irrésistible ascension de la chanteuse qui devient comtesse.

Sans doute, en hésitant un peu moins entre comédie et drame, la dernière partie du film aurait-elle été plus forte, plus poignante. Mais ce final très lubitschien pour le coup, tout en expédiant un peu vite la question du « faux mort » (ah oui, il faut avoir vu le film), réserve un sort réjouissant à ce roi indélicat, dominé in fine par une reine qui sort tardivement de sa retenue pour remettre de l’ordre dans l’histoire. Féministe avant l’heure…

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