Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Les Communiants (Nattvardsgästerna) – d’Ingmar Bergman – 1963

Classé dans : 1960-1969,BERGMAN Ingmar — 31 août, 2019 @ 8:00

Les Communiants

Une petite communauté rurale dans la Suède reculée, un pasteur en pleine crise de foi après la mort de sa femme, de rares paroissiens qui cherchent en vain du réconfort auprès de lui… Ingmar Bergman signe là un film beau et radical, d’une épure totale, intense et bref, ramassé et pourtant généreux.

Loin du style visuel plus impressionniste de ses débuts, le cinéma prend le parti pris d’un vrai dépouillement visuel et narratif, pour mettre en images les tourments de cet homme qui souffre du silence assourdissant de ce Dieu qu’il a perdu en cours de route, et qui font de lui un homme froid mais conscient des ravages que provoque son égocentrisme.

Fidèle d’entre les fidèles de Bergman, Gunner Björnstrand est d’une intensité folle dans ce rôle peu aimable. D’emblée, le cinéaste souligne la vision détachée qu’il a de « ses » paroissiens lors d’une première séquence, superbe leçon de mise en scène : une messe, que Bergman filme avec une succession de plans fixes, cadrant tour à tour chacun des personnages de l’histoire. Des gros plans magnifiques pour les paroissiens en attente de quelque chose ; des plans larges et vides pour le pasteur, qui soulignent sa solitude et son absence de liens réels avec les autres.

Lors de cette séquence splendide, la caméra de Bergman suffit à faire ressentir les rapports entre tous ces personnages : les sentiments sans retour d’une Ingrid Thulin très émouvante, ou la posture de dépendance d’un Max Von Sydow qui cherche désespérément une épaule ou une oreille, que le pasteur ne pourra pas, ou ne voudra pas lui offrir.

Pas ou peu de mouvement de caméra dans ce film, mais une utilisation très intense de plans fixes, le plus souvent sur des visages. Il y a notamment cette scène particulièrement forte où le pasteur lit la longue lettre de l’institutrice qui l’aime : l’image traditionnelle de l’homme lisant le courrier est vite remplacé par un long plan fixe d’Ingrid Thulin disant sa lettre face caméra. Sept minutes sans esbroufe, sans autre « truc » de cinéma qu’un court plan de coupe en forme de flashback, mais qui procurent une émotion rare.

Si j’étais le patron – de Richard Pottier – 1934

Classé dans : 1930-1939,POTTIER Richard — 30 août, 2019 @ 8:00

Si j'étais le patron

Futur réalisateur, entre autres réussites, de deux bons Maigret (Picpus et Les Caves du Majestic, tous deux avec Albert Préjean), Richard Pottier fait ses débuts derrière la caméra avec cette comédie sociale délicieuse, mais nettement plus comédie que sociale. Un film, en tout cas, qui aborde dès 1934 des questions qui seront brûlantes deux ans plus tard, et qui restent aujourd’hui encore très actuelles : les conditions de travail des ouvriers, le cynisme des actionnaires…

Surtout, Si j’étais le patron est une comédie épatante (un adjectif à prononcer avec l’accent d’alors, en insistant bien sur le « pa » : « éPaatante »), enthousiasmante, chantante (au sens propre d’ailleurs, avec deux chouettes numéros chantés par Fernand Grevay, le Dick Powell français), et menée à un rythme qui ferait (devrait faire, en tout cas) rougir de honte l’immense majorité des comédies actuelles.

Cette histoire d’un ouvrier qui se retrouve propulsé patron d’usine bien malgré lui est hautement improbable. Mais quel plaisir de voir ce jeune homme un rien naïf flirter avec la belle Mireille Balin, ou s’acoquiner avec le roublard Max Dearly (sorte de version avenante et bienveillante d’un personnage à la Jules Berry). Ces deux-là en font des tonnes dans une séquence de cuite mémorable, mais leur plaisir est totalement communicatif.

Et il y a les dialogues, parmi les premiers écrits par Jacques Prévert. « Ça prend longtemps, ton suicide au champagne ? – Moi j’ai commencé il y a trente ans, mais vois-tu, ça dépend des marques… » C’est vif, drôle, brillant et irrésistible. Et c’est entièrement tourné vers le rythme et la drôlerie. Prévert gagnera en profondeur dans des films moins légers que celui-ci (sa rencontre avec Carné sera pour 1936), mais il offre déjà aux comédiens des mots en or.

Volte/Face (Face/Off) – de John Woo – 1997

Classé dans : 1990-1999,ACTION US (1980-…),FANTASTIQUE/SF,POLARS/NOIRS,WOO John — 29 août, 2019 @ 8:00

Volte Face

C’est l’époque où : a) Nicolas Cage était un champion du box office ; b) John Travolta était redevenu l’acteur que tout le monde s’arrachait ; c) John Woo était la nouvelle coqueluche d’Hollywood, où il amenait un ton encore inédit venu tout droit de Hong Kong. Une autre époque, donc : aujourd’hui, Woo est retourné d’où il venait, Travolta tourne ce qu’il peut, et Cage tourne douze films pendant qu’on peine à en regarder un seul…

Après deux coups d’essais en demi-teinte (le Van-Dammien Chasse à l’homme et le déjà travoltien Broken Arrow), John Woo atteignait même une sorte de seconde apogée (après celle de la fin des années 80) avec ce thriller d’action fantastique et son film suivant, le très beau Mission Impossible 2. Volte/Face a pourtant tout du projet casse-gueule, avec son scénario hautement improbable…

D’un côté, le super-flic Sean Archer (Travolta). De l’autre, le super-méchant Castor Troy (Cage). Le second a tué le fils du premier. Le premier traque le second sans répit depuis des années. Il finit d’ailleurs par l’arrêter, le laissant à demi-mort. Pour déjouer l’attentat que Castor préparait, Sean accepte de se faire greffer son visage le temps d’une opération ultra-secrète d’infiltration. Sauf que pendant l’opération, Castor se réveille, pique le visage de Sean, et massacre tous ceux qui étaient au courant de ce changement d’identité.

Toujours sur le fil, flirtant avec art avec le grotesque et le grand-guignol, Woo signe là l’un de ses plus beaux films. On y retrouve son thème de prédilection, celui des frères ennemis, ou des doubles opposés comme les deux facettes d’une même pièce, thème déjà au cœur de The Killer et qui sera encore celui de Mission Impossible 2. Mais ce thème atteint ici un autre niveau, parce qu’il devient concret et tangible. Le superflic devient effectivement le superméchant, et réciproquement. Et confrontés à leurs fêlures ou à leurs quotidiens respectifs, les deux hommes sont soumis aux mêmes troubles.

Ce trouble est particulièrement présent dans les (nombreuses) séquences tournant autour de miroir, intimes ou spectaculaires, mais toujours parlantes. Woo en fait des tonnes bien sûr, multipliant les ralentis et les effets soulignant le moindre mouvement. Mais on ne va pas reprocher à Bergman de filmer des visages en gros plan, non ? Et s’il en fait des tonnes, et pas uniquement dans les nombreux gunfights, c’est toujours avec un style cohérent et imparable et, oui, une authentique poésie visuelle du mouvement.

Nicolas Cage et John Travolta, jamais aussi bien que quand ils peuvent en faire trop, sont au top. Et le film, plus de vingt ans après, n’a rien perdu de sa force. Ne serait-il pas devenu un classique ?

Le Redoutable homme des neiges (The Abominable Snowman) – de Val Guest – 1957

Classé dans : 1950-1959,FANTASTIQUE/SF,GUEST Val — 28 août, 2019 @ 8:00

Le Redoutable homme des neiges

Ôtons immédiatement tous les doutes : Le Redoutable hommes des neiges est sorti en salles trois ans avant la parution de Tintin au Tibet. Hergé a-t-il vu le film de Val Guest ? Eh bien faudrait lui demander… Il y a en tout cas quelques similitudes entre ces deux évocations du Tibet, de ses moines mystiques, et de son légendaire « homme des neiges ». Le Yeti, donc, mais chut : c’est un nom que l’on ne prononce pas dans ces contrées éloignées.

Cela dit, le film est plutôt un prolongement de la série des Quatermass (Le Monstre et La Marque), que le même Val Guest venait de tourner avec le même scénariste, Nigel Kneale. Fort du succès de ces deux films, le tandem remet le couvert avec un autre personnage de scientifique confronté à des forces surnaturelles. Pas Quatermass, donc, mais le Dr John Rollason, à qui Peter Cushing apporte son flegme, mais dans un registre un peu différent de celui auquel l’acteur est habitué.

Plus naïf, en tout cas. A la frontière de la niaiserie, même. Le scientifique, un type bien qui respecte et comprend la culture tibétaine, lui qui vit depuis des mois dans un monastère reculé, part vers les hauts sommets pour répondre à une obsession : prouver l’existence du Yeti. Mais le gars est accompagné d’un autre scientifique, dont il ne voit pas, avant qu’il soit trop tard, qu’il s’agit d’un fou furieux prêt à tuer l’animal légendaire pour assurer sa gloire. Le gars fait son entrée comme un para-militaire entraîné à tout sauf aux règles élémentaires de la courtoisie, mais le Cushing ne voit rien venir…

Il y a quand même de gros trous béants dans ce scénario qui peine à convaincre, et qui tourne qui plus est au préchi-prêcha un peu pénible dans sa dernière partie. Mais il y a aussi de très beaux moments dans ce film, en particulier dans sa manière de souligner les dangers de son cadre exceptionnel.

Curieusement, ce ne sont pas les rares plans effectivement tournés en extérieur qui séduisent : quelques plans aériens filmés d’un avion survolant l’Himalaya. Mais plutôt les décors en carton-pâte, que l’on devine bidons au premier coup d’œil, mais que Val Guest filmer avec une réelle efficacité, et même une certaine poésie.

u’importe d’ailleurs que le film ait été tourné en Cinemascope, format qui n’apporte pas grand-chose ici. Le film est surtout marqué par une poignée de séquences franchement flippantes. Une ombre qui se dessine à travers la toile d’une tente, un cri qui perce une tempête de neige, une empreinte retrouvée dans la neige… Il n’en faut pas plus pour créer un sentiment de terreur. Efficace, donc.

L’Entraîneuse fatale (Manpower) – de Raoul Walsh – 1941

Classé dans : 1940-1949,BOND Ward,DIETRICH Marlene,WALSH Raoul — 22 juillet, 2019 @ 8:00

L'Entraîneuse fatale

Entre deux monuments incontournables (cette année-là, il signe aussi High Sierra, Strawberry Blonde et La Charge fantastique, bilan aussi impressionnant que celui de Ford en 1939), Walsh tourne ce Manpower qui ne manque pas d’intérêt non plus. Sans atteindre les sommets des trois autres, Walsh signe un film admirablement tenu, et d’une grande richesse.

A vrai dire, il y a même trois ou quatre films là-dedans. Un côté comédie entre hommes, avec ce groupe d’ouvriers chargés de réparer les lignes à haute tension, qui passe leur temps à se lancer des vannes, à s’engueuler et à se rabibocher. Un boulot très dangereux d’ailleurs, que nos bonshommes doivent le plus souvent réaliser dans des conditions extrêmes (pluie, orage, vent), et qui donne lieu à quelques scènes particulièrement spectaculaires, auxquelles Walsh donne un mélange de tension et de légèreté très réussi.

Et quel casting dans ce groupe d’hommes : autour de George Raft et Edward G. Robinson, on trouve Ward Bond, Alan Hale et quelques autres gueules qu’on aime bien, et qui s’amusent visiblement beaucoup à donner de la vie à leurs personnages, dans des moments d’amitié virile comme ce bon Raoul Walsh en a le secret. Du pur plaisir…

Mais cette légèreté apparente est constamment baignée dans une étrange atmosphère qui semble annoncer les drames à venir, et qui ne manquent pas. La gravité d’un ouvrier vieillissant qui pressent la tragédie en marche, ces rapports tendus avec une fille qu’il a délaissée et qu’il a retrouvée alors qu’elle était en prison, le quotidien de cette jeune femme obligée de jouer l’entraîneuse dans un bar mal fréquenté pour simplement vivre.

Cette jeune femme, c’est Marlene Dietrich, qui a de nouveau l’occasion de chanter (passage quasi-obligé pur elle), et qui excelle à faire de son personnage une fausse dure qui cherche à dissimuler ses fêlures et sa sensibilité derrière des abords revêches que ce couillon cynique de George Raft est bien le seul à prendre au sérieux. Mais malgré toutes les bonnes intentions de la belle, on sent vite que c’est le drame qu’elle va apporter dans cette petite équipe soudée, entre le couillon cynique et son pote Robinson, parfait dans son rôle de couillon naïf.

Entre le rire franc et la tragédie pure, Walsh joue un peu aux montagnes russes avec ce film. Mais le résultat, intense et réjouissant, ne laisse aucune place à la tiédeur ou à la facilité. Du pur plaisir, vraiment.

Evasion 3 (Escape Plane : the extractors) – de John Herzfeld – 2019

Classé dans : 2010-2019,ACTION US (1980-…),HERZFELD John,STALLONE Sylvester — 21 juillet, 2019 @ 8:00

Evasion 3

C’est bien par fidélité pour ce bon Sly que je m’enquille cette suite de la suite la plus désastreuse de toute la carrière de Stallone. Evasion 2 était plus qu’un ratage : c’était une véritable aberration. Et c’est sans doute la plus grande force de ce troisième volet, qui tente (maladroitement) de recoller à l’univers du premier : en comparaison, c’est une réussite. En comparaison.

Au moins John Herzfeld, un proche de Stallone (qu’il a déjà dirigé dans Bad Luck), a-t-il la volonté de faire de belles images. OK, il s’y prend souvent maladroitement, en collant un orage (numérique) à l’arrière-plan, ou un ciel étoilé (numérique) à l’arrière-plan, mais quand même : tout ça permet, de temps à autres, d’oublier la vacuité du truc et la nullité d’un scénario écrit avec des gants. De boxe, les gants : au point de s’oublier et de faire dire à Stallone une « réplique » comme sortie de Rocky. Quelque chose comme « Vas-y, cogne… plus fort. »

Côté histoire, la routine : Ray Breslin, le personnage de Stallone, doit cette fois libéré la fille d’un puissant homme d’affaires chinois, pris en otage par le fils d’un ennemi personnel. D’autant plus personnel qu’il a aussi enlevé sa petite amie, histoire de rendre la chose plus intime… Et comme le film (comme le précédent) est avant tout taillé pour le public chinois, qui avait fait un bel accueil au premier, Stallone partage l’affiche avec deux vedettes locales, spécialistes des arts martiaux.

Stallone est quand même plus présent que dans le deuxième volet. Plus à sa place aussi, même si les différents personnages semblent avoir tous leur propre film, sans grande cohérence : Stallone dézingue méchamment une poignée de méchants, ses deux side-kicks chinois castagnent et se chamaillent de leur côté, Dave Bautista débarque comme par magie les armes à la main au cœur de cette prison soi-disant imprenable, et Curtis « 50 cents » Jackson se contente de cinq minutes d’écran sans intérêt.

Voilà, voilà. Que dire d’autres ? Ah oui, le film s’ouvre avec une longue série de plans sur les laissés pour compte d’une petite ville américaine, qui n’a strictement rien à voir avec la suite. Et il se referme avec une chouette chanson, à peu près le meilleur moment du film. Entre les deux, du tout venant pour Stallone et ses comparses, tourné à la va-vite dans la foulée du précédent pour limiter les frais de production. Clairement pas un grand Stallone, mais vu qu’on n’en attendait strictement rien…

Continuer – de Joachim Lafosse – 2018

Classé dans : 2010-2019,LAFOSSE Joachim — 20 juillet, 2019 @ 8:00

Continuer

Une mère absente et son fils à la dérive tentent de se retrouver à l’occasion d’un voyage à cheval dans les immenses étendues désertes du Kirghizistan… Joachim Lafosse adapte le roman de Laurent Mauvignier, et signe un film aussi simple qu’intense, d’une beauté renversante.

Il y a l’intensité des rapports entre cette femme qui décide tardivement de jouer son rôle de mère, et ce fils coincé dans une sorte d’entre-deux entre l’adolescence et l’âge adulte : une mère pleine de regrets face à un fils plein de colères. Il y a la beauté saisissante et rude des paysages, que Lafosse filme avec un sens de l’espace qui doit plus à une certaine âpreté de la vie qu’à un quelconque lyrisme.

Il y a cette manière de Lafosse de filmer les creux : ces moments où rien ne se passe, où rien n’est dit. C’est dans ces moments, paradoxalement, que l’émotion est la plus fortes, la plus bouleversante parfois. C’est aussi dans ces moments que le récit avance le plus, comme si les liens qui unissent cette mère et ce fils qui se découvrent n’avaient besoin d’aucun mot pour s’exprimer.

Il y a aussi, et peut-être surtout, l’interprétation de Kacey Mottet-Klein, 20 ans et déjà une solide expérience. Et celle de Virgina Efira, tout simplement extraordinaire. Quoi qu’elle tourne, elle est toujours juste certes. Mais là, débarrassée de ce sourire qu’elle arbore souvent (y compris dans le drame le plus sombre comme Elle de Verhoeven), elle se livre avec une intensité, et une intimité, absolument bouleversantes.

Le film est beau en soi : la caméra à la fois libre et totalement maîtrisée de Lafosse ne doit pas être sous-estimée. Mais la prestation de Virginie Efira est un petit chef d’œuvre à elle seule. Sans jamais voler la vedette à son jeune partenaire, ni même au décor qui l’entoure, elle s’impose pour de bon comme l’une des très grandes actrices du cinéma actuel. Magnifique, tout simplement.

Parasite (Gisaengchung) – de Bong Joon-ho – 2019

Classé dans : * Polars asiatiques,2010-2019,BONG Joon-ho — 19 juillet, 2019 @ 8:00

Parasite

Chez Bong Joon-ho, le rire est souvent proche du cri d’effroi. C’était le cas dans The Host ou dans Memories of Murder. Ca l’est tout autant dans ce Parasite, superbe Palme d’Or, qui procure à la fois un extraordinaire plaisir, et un profond malaise. Le genre de films dont on sort emballé et assommé, les deux. Et certainement pas indifférent.

Un an après Une affaire de famille, Cannes confirme en tout cas son goût pour les familles en marge. Ici : le père, la mère, la fille et le fils, qui vivent ensemble dans une certaine harmonie, mais dans des conditions très modestes, dans un entresol où l’unique fenêtre donne sur un coin où les soûlards viennent pisser leur alcool.

Le fils se fait embaucher comme professeur d’anglais particulier par une riche famille (qui elle vit dans une superbe maison d’architecture tout en hauteur, surplombant la ville) en falsifiant un diplôme. Puis s’arrange pour que sa sœur (qu’il présente comme une vague connaissance) soit à son tour embauchée comme art thérapeute. Qui elle-même fait virer le chauffeur de la famille pour que son père soit embauché à sa place. Celui-là réservant le même sort à la fidèle gouvernante pour que sa femme prenne sa place…

Lorsque la famille se retrouve seul dans cette superbe maison, profitant d’un voyage de leurs patrons, se saoulant dans le salon si confortable, on sent bien que tout ça finir très mal, et le suspense est difficilement soutenable, tant Bong Joon-ho sait jouer avec la tension. Parasite est un vrai film de genre : un thriller, ou un film noir aux rouages infernaux. Et ce qui est très fort, c’est qu’il n’y a là pas l’ombre d’un méchant, pas même un personnage antipathique.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Parasite est si supérieur à Burning : Bong Joon-ho signe un grand film sur la lutte des classes, sans la facilité de la condescendance. Les riches patrons ont leurs failles, leurs côtés malades ou ridicules : cette obsession de la propreté, ce mal-être dissimulé derrière une apparence si lisse. Mais ils sont aussi bons et attentifs aux autres. Quant aux arnaqueurs, ils affichent une candeur qui fait passer toutes les cruautés.

Il y a pourtant un immense sentiment d’injustice qui se dégage de ce film. Une injustice de fait, qui n’est basée sur aucun mérite trop évident : les « héros » sont pauvres, mais on ne les voit jamais traverser la rue, comme dirait l’autre. La seule solution qu’ils trouvent pour sortir de leur entre-sol, c’est l’arnaque, quitte à marcher sur la tête de ceux dont ils veulent la place. « Bien sûr qu’il a retrouvé une place » assure le père en évoquant le sort du pauvre chauffeur.

Naïfs, candides, grotesques… Les personnages portent souvent à rire, et on rit effectivement souvent. Mais la gravité n’est jamais bien loin, et Bong Joon-ho multiplie les petits signes, de plus en plus prégnants, pour souligner ce sentiment sourd d’humiliation quotidienne. Rien de bien méchant, non, mais un malaise qui ne cesse d’augmenter. Fidèle du cinéaste depuis Memories of Murder, Song Kang-ho confirme une fois de plus qu’il est incontournable. Grand acteur, pour grand film.

Ni juge, ni soumise – de Jean Libon et Yves Hinant – 2018

Classé dans : DOCUMENTAIRE,HINANT Yves,LIBON Jean — 18 juillet, 2019 @ 8:00

Ni juge, ni soumise

Incroyable personnage que cette juge d’instruction bruxelloise, choisie pour être « l’héroïne » du premier long métrage Strip Tease. Cinq ans après la déprogrammation de l’émission culte, c’est donc le cinéma qui permet de renouer avec cette manière si singulière de filmer « la vraie vie » : sans voix off, au plus près des gens, sans dramaturgie. Ou presque.

Pour tenir le long métrage, les auteurs ont tout de même choisi de suivre un fil rouge, une enquête vingt ans après autour du meurtre de deux prostituées, double-crime jamais résolu que la juge Anne Gruwez tente d’élucider grâce notamment aux nouvelles technologiques. Ce cold case permet de donner une direction au film, plutôt que de casser une pseudo monotonie qui pourrait s’installer.

L’essentiel du métrage repose quand même sur les « clients » qui se succèdent dans le bureau d’Anne Gruwez. Des cas lourds parfois, comme cet hallucinant témoignage d’une jeune mère qui explique avoir tué son enfant de 8 ans parce qu’il était le fils de Satan. Long moment absolument glaçant. C’est tout le système Strip Tease : donner la vie à voir telle qu’elle apparaît devant les caméras, sans filtre, sans pudeur non plus.

Dans cette démarche précise, le choix d’Anne Gruwez est formidable, parce que cette juge pas comme les autres, cette femme pas comme les autres, a une manière toute personnelle de refuser toute trace de politiquement correct. Parfois dure, occasionnellement odieuse, souvent touchante, toujours humaine… « J’avais un client qui habitait là, dit-elle lors d’une de ses traversées de Bruxelles en 2CV. Il était gentil comme tout, il avait tué sa femme… » Ou comment ne pas perdre de vue l’humanité de ceux qui, parfois, ont fait des choses inhumaines.

Mine de rien, le film donne aussi à voir un système judiciaire confronté à ses limites, à ses erreurs, et à une forme de bricolage constant. Le rôle même, tout puissant, du juge d’instruction, pose question. Mais le film se contente de filmer des moments de vie, sans creuser aucune de ces questions : ce n’est juste pas le sujet de Strip Tease. Cela dit, cela n’empêche pas les réalisateurs de conclure ce premier long par une réplique d’un flic qui en dit long : « On sait pas faire de miracles… »

La Maison de la peur / Sherlock Holmes et la maison de la peur (House of Fear) – de Roy William Neill – 1945

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,NEILL Roy William,Sherlock Holmes — 17 juillet, 2019 @ 8:00

La Maison de la peur

Dans la très longue série des Sherlock Holmes interprétée par Basil Rathbone et Nigel Bruce, celui-ci est une chouette réussite, un hommage original et savoureux aux films d’épouvante de la première heure (The Cat and the Canary en tête), et aux traditionnelles maisons hantées.

La Maison de la peur est aussi construit comme un clin d’œil aux fameux 10 petits nègres, dont il reprend la dramaturgie, dès la séquence d’ouverture particulièrement réussie, toute en voix off : une belle manière d’introduire en même temps le décor, les personnages, le mystère, et Holmes lui-même.

Le détective et son fidèle compagnon Watson arrivent donc dans une grande demeure où se réunissent les sept membres d’un club de vieux camarades, qui meurent mystérieusement les uns après les autres, le criminel ne laissant que des cadavres méconnaissables… et des pépins d’orange.

Le film a les défauts et les qualités de cette longue série : un rythme impeccable et une intrigue resserrée, le flegme réjouissant de Rathbnone, et le cabotinage de Nigel Bruce qui peut être agaçant mais se révèle ici très pertinent, parce qu’il est un contrepoint parfait à une atmosphère plutôt angoissante.

Il y a là quelques séquences inhabituelles de pure trouille, que Roy William Neill (réalisateur attitré de la saga) confronte à une pointe d’humour avec bonheur : en particulier lors de cette séquence nocturne très flippante durant laquelle Watson tente de garder bonne figure, où lorsqu’il se met à parler à une chouette…

Dixième des quatorze films de la série, et clairement l’une des meilleures réussites.

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