Play it again, Sam

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La Chambre ardente – de Julien Duvivier – 1962

Classé dans : * Polars/noirs France,1960-1969,DUVIVIER Julien — 8 mars, 2017 @ 8:03

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Jamais vraiment là où on l’attend, Duvivier signe un thriller très inspiré de l’ambiance baroque des films d’épouvante italiens de l’époque. Un château isolé, une mort mystérieuse, un cadavre qui disparaît, des nappes de brume qui semblent prendre vie, une cérémonie macabre dans une crypte mortuaire… Cette adaptation d’un roman de John Dickson Carr tient plus du film d’horreur que du polar, même si le fantastique n’est au final qu’apparence et faux semblants.

Encore que… Le film est construit sur un modèle cher à Agatha Christie : un meurtre mystérieux, et une poignée de personnages qui sont autant de suspects potentiels ayant un intérêt à voir la victime trépasser, à commencer par ses deux neveux (le survolté Claude Rich et le manipulateur Jean-Claude Brialy) qui attendent avec impatience et cynisme l’héritage du richissime tonton, un procédé dont Duvivier s’était déjà inspiré pour Marie-Octobre. Mais au milieu de ces personnages, il y a celui joué par Edith Scob, descendante d’une « sorcière » trahie et brûlée des siècles plus tôt par l’aïeul de la victime.

Voir Duvivier filmer un tel microcosme familial lourd de secrets n’a rien d’étonnant. Mais le voir flirter avec le fantastique, et mettre en scène un personnage visiblement habité par une sorte de malédiction familiale est nettement plus inattendu. L’association des deux est parfois bancale : aussi fascinant soit-il, le personnage d’Edith Scob paraît souvent un peu en décalage avec le reste du film. Mais elle contribue à l’atmosphère inquiétante et trouble du film.

Dès la séquence d’ouverture, « affrontement » de deux voitures lancées à toute vitesse sur les petites routes de la Forêt Noire, Duvivier installe une belle tension, et semble d’emblée opposer ses personnages les uns aux autres. Mais c’est quand il assume le plus ses envies de fantastique horrifique que son film est le plus réussi : lors des nombreuses scènes de nuit où il utilise tous les trucs du pur cinéma d’épouvante (l’obscurité, le vent dans les arbres, les bruits de pas dans la nuit…).

C’est le film d’un cinéaste qui aime son art, et qui profite de cette œuvre tardive pour rendre hommage à d’autres réalisateurs a priori très éloignés de son propre univers. En l’occurrence, on pense beaucoup à Mario Bava, dont le culte Masque du Démon était sorti l’année précédente. A Hitchcock aussi, à qui Duvivier emprunte la célèbre scène du verre de lait de Soupçons. Avec de telles références, pas étonnant que La Chambre ardente soit si effrayant.

Le Réveil de la Sorcière rouge (Wake of the Red Witch) – d’Edward Ludwig – 1948

Classé dans : 1940-1949,LUDWIG Edward,WAYNE John — 5 mars, 2017 @ 8:00

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Voilà une merveille de film d’aventures, un petit bijou constamment oublié dans la liste des grandes réussites du genre. Pourtant, ce Réveil de la Sorcière rouge (beau titre mystérieux, qui annonce l’importance que jouera l’épave d’un bateau) est une œuvre complexe fascinante, un film original et ambitieux marqué par de constants changements de rythmes et de tons, et dont la construction est particulièrement audacieuse, avec ce long flash-back au cœur du film qui donne au personnage de Gail Russell une aura particulière, jusque dans ses absences, faisant du film une superbe histoire d’amour tragique.

Mais c’est bien John Wayne qui porte le film sur ses épaules. Même s’il n’a pas encore cette intensité menaçante qui rendra inoubliable son personnage de La Prisonnière du Désert, il est remarquable dans le rôle de ce capitaine habité par un sombre dessein, que l’on découvre d’abord inquiétant et mystérieux. Son Capitaine Ralls, comme le Ethan Edwards du chef d’œuvre de John Ford, est un être obsessionnel, rongé par un passé douloureux qui ne sera révélé qu’au compte-goutte.

Tous les personnages sont particulièrement réussis, notamment celui du méchant (Luther Adler, grand nom du théâtre américain). Loin de toute caricature, il semble n’exister que dans la haine de celui qu’il veut détruire. A tel point qu’on le retrouve anéanti lorsqu’il apprend que son ennemi juré est probablement mort… Une vision pour le moins inattendue et curieusement émouvante, comme s’il venait de perdre son unique raison de vivre.

Entièrement au service de l’histoire, la mise en scène d’Edward Ludwig ne s’embarrasse pas de fioriture ou de recherches esthétiques. Mais elle est d’une efficacité parfaite, jusque dans les formidable séquences sous-marines, modèles du genre pourtant tournées sans grand moyen (le film est produit par la Republic, l’une des firmes de la « poverty row » d’Hollywood), mais où la tension est constamment palpable. Même avec cette pieuvre géante – en caoutchouc -, et cette épave – miniature – qui tangue, le suspense est parfaitement tenu.

Et pourtant, le film reste méconnu et mésestimé. Pas par John Wayne lui-même, qui ira jusqu’à appeller sa compagnie de production la Batjac, clin d’œil à Batjak, l’armateur du navire « La Sorcière Rouge ».

Seven (id.) – de David Fincher – 1995

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),1990-1999,FINCHER David — 4 mars, 2017 @ 8:00

Seven (id.) - de David Fincher – 1995 dans * Thrillers US (1980-…) Seven_zpsy42f3hbq

Je me souviens encore du jour où j’ai découvert Seven, lors de sa sortie en salles : j’en étais sorti avec les jambes molles, traumatisé par le choc de cette découverte. Un peu plus de vingt ans après, le film de David Fincher a été plus que pillé : son style visuel, sa manière de filmer la violence dans ses effets les plus horribles, jusqu’à sa musique et le générique du début… Seven a posé les bases de la quasi-totalité des thrillers qui ont suivi, avec à chaque fois un jeu de surenchère dans l’horreur et la violence crue.

Revoir Seven pouvait donc déboucher sur une petite déception : à l’époque, le style du film était à lui seul un choc ; aujourd’hui, l’effet de surprise est forcément émoussé. Pourtant, le deuxième long métrage de David Fincher (après le très prometteur Alien 3) se porte encore très bien. Et le constat est clair : si le style de Fincher a été maintes fois copié par des cinéastes moins talentueux que lui, ils ne sont pas bien nombreux à avoir réussi une telle alchimie entre le sujet, le décor et le style.

Devant la caméra de Fincher, la violence de ces meurtres inspirés par les sept pêchés capitaux devient une allégorie de la déshumanisation des grandes villes. Et cette ville, où on ne croise finalement personne véritablement, devient une sorte d’enfer sur terre, dont la pluie incessante (et très cinégénique) n’arrive pas à laver la pourriture ambiante.

Au milieu de cet enfer, trois personnages, guère plus : le vieux flic revenu de tout (Morgan Freeman, absolument génial), le jeune chien fou plein d’illusions (Brad Pitt, intense mais un rien cabot), et une personnification de l’innocence (Gwyneth Paltrow, désincarnée). Les autres ne sont, pour la plupart, que des silhouettes, à commencer par celle du tueur, forme abstraite que l’on découvre lors d’une poursuite à pied (et sous la pluie, donc) qui n’a rien perdu de son extraordinaire puissance.

Les meurtres, avec leur originalité macabre, ont certes un côté « catalogue » qui inspirera tout un pan douteux du cinéma américain (à commencer par l’interminable saga Saw). Mais le film reste un chef d’œuvre indépassable du genre, l’un des thrillers les plus mémorables de la décennie.

Terre de violence (Good day for a hanging) – de Nathan Juran – 1959

Classé dans : 1950-1959,JURAN Nathan,WESTERNS — 3 mars, 2017 @ 8:00

Terre de violence (Good day for a hanging) - de Nathan Juran - 1959 dans 1950-1959 Terre%20de%20violence_zpsucxhwodx

Il a mauvaise réputation, Nathan Juran. Sans crier au génie, je dois pourtant dire que les quelques films signés par lui que j’ai vu m’ont tous séduit. Et celui-ci tout particulièrement, formidable variation sur des thèmes habituels du western: le shérif faisant face à une population de plus en plus hostile, le condamné qui attend d’être pendu…

Vive à défaut d’être inventive, la mise en scène de Juran est constamment admirablement tendue. Mais c’est surtout le scénario qui offre quelques belles surprises, à commencer par le dilemme du personnage principal, shérif droit dans ses bottes qui se trouve être le seul témoin capable d’envoyer le braqueur qu’il a capturé sur la potence (c’est Robert Vaughn, dans l’un de ses premiers rôles)… et le père d’une jeune femme qui aime cet accusé depuis l’enfance.

D’accord, la fin du film facilite grandement la résolution de ce dilemme moral, n’empêche qu’il est assez inhabituel, et que Fred McMurray est parfait dans le rôle de ce grand type raide comme la justice, mais pas si insensible qu’il ne le laisse croire. Le film est d’ailleurs une jolie réflexion sur le sens du devoir, la violence, le libre-arbitre, et même la peine de mort.

Car dans Good day for a hanging, les morts comptent, et la violence laisse des traces. Ce n’est pas si courant dans le genre, mais dix ans avant Pendez-les haut et court, le film de Nathan Juran pose déjà la question de la peine de mort, avec cette scène magnifique montrant le procureur se saoulant et luttant pour rester digne malgré la culpabilité qui le ronge après qu’il a obtenu la peine de mort contre l’accusé.

* DVD dans la collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta, avec des présentations par Patrick Brion et Bertrand Tavernier (qui semble étrangement se défendre d’avoir aimé le film et de reconnaître des qualités à Nathan Juran), et une évocation de la carrière de Fred McMurray par le même Tavernier.

Ipu, condamné à vie (A Farewell to fools) – de Bogdan Dumitrescu – 2013

Classé dans : 2010-2019,DUMITRESCU Bogdan — 2 mars, 2017 @ 8:00

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Dans les derniers jours de la seconde guerre mondiale, dans une petite ville d’Europe de l’Est, un soldat allemand est assassiné par un tueur mystérieux. Les officiers annoncent que si le coupable ne se dénonce pas, les dix principaux notables de la ville seront exécutés au petit matin. Les notables en question profitent de leur dernière nuit pour tenter de convaincre l’idiot du village, un vétéran français de la Grande Guerre avec une balle dans la tête, à se dénoncer pour les sauver…

L’idiot en question, c’est Gérard Depardieu, dans l’un de ses rôles tournés lors de ses escapades vers l’Est, en Roumanie en l’occurrence. Une curiosité vue de France, mais aussi un événement qui réunit outre notre Gégé toujours national Harvey Keitel et Laura Morante, formidablement odieux en couple de notables bien sous tout rapports… et acharnés à pousser un innocent (dans tous les sens du terme) à se sacrifier pour eux.

Le film est souvent maladroit, c’est vrai. La sincérité flagrante de Bogdan Dumitrescu ne suffit pas toujours à rendre perceptible les tourments de Ipu, cet attachant idiot, ou la cruauté de cet hallucinant banquet de faux-culs, qui acceptent d’offrir au condamné une sorte de répétition grandeur nature de ses funérailles. Et Depardieu, touchant et intense, est sans doute plus convainquant lorsqu’il descend des litres d’alcool que quand il déclame des dialogues dans un anglais approximatif.

Mais il y a aussi plus de vie dans ce petit film que dans la majeure partie de la production française de ces dernières années. Visuellement, le film est tantôt bancal (comme lors de cette scène d’ouverture un peu pénible, qui appuie lourdement sur l’amitié entre le colosse simplet et un enfant aussi souriant que transparent), tantôt très séduisant avec de beaux plans qui soulignent la place de l’homme dans une nature hors du temps. Et si le début et la fin ne sont pas totalement convaincants, le film, malin et audacieux, est aussi cruel que passionnant.

Vive le sport ! (The Freshman) – de Fred C. Newmeyer et Sam Taylor (1925)

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,LLOYD Harold,NEWMEYER Fred C.,TAYLOR Sam — 1 mars, 2017 @ 8:00

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Le génie de Harold Lloyd trouve une sorte d’apogée dans ce chef d’œuvre burlesque, entièrement basé sur ce qui fait son personnage : un mélange de naïveté désarmante et de volonté absolue, avec un charme et une maladresse irrésistible…

Cette fois, c’est en jeune étudiant qu’on le retrouve. Un étudiant un peu coupé du monde, qui passe tout son été à voir et revoir au cinéma un film racontant les aventures d’un élève très populaire. Mais quand il fait son entrée à la fac, adoptant les tics, les habitudes et la dégaine de son héros, il est bien le seul à ne pas comprendre qu’il y a un monde entre le cinéma et la réalité…

De ce décalage naissent quelques gags à mourir de rire, mais toujours teintés d’une certaine amertume : le personnage d’Harold fait constamment rire à ses dépens. Mais le bonhomme a un caractère bien trempé, une niaque à toute épreuve, qui le poussent à accepter le rôle de sac d’entraînement humain pour ses camarades de l’équipe de foot américain. Ridicule ? Pas tant que ça : car le personnage d’Harold Lloyd, au final, c’est aussi le triomphe de la volonté et de l’honnêteté intellectuelle.

Du quiproquos initial sur la scène de la fac (où Harold se débat avec un chat, avec une salle comble et avec les effets de la pesanteur dans le même temps) au match héroïque qui clôt le film, The Freshman est une succession de moments mémorables, où le rire et l’émotion sont souvent liés. Le meilleur ? La scène du bal, entièrement basée sur une idée unique et géniale : le costume d’Harold que le tailleur n’a pas eu le temps de consolider, ce dernier suivant constamment l’étudiant pour réparer ses habits en cas de nécessité. Une idée dont Lloyd tire une suite ininterrompue de gags formidables. Une merveille…

Independance Day Resurgence (id.) – de Roland Emmerich – 2016

Classé dans : 2010-2019,EMMERICH Roland,FANTASTIQUE/SF — 28 février, 2017 @ 8:00

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Quand il fait ce qu’il sait le mieux faire, c’est-à-dire détruire des villes entières et pulvériser gratte-ciels et monuments historiques, Roland Emmerich fait mouche dans cette suite tardive de son premier méga-succès. Mais il le fait peu. Bien moins en tout cas que dans 2012, son meilleur film à ce jour, celui où il laisse éclater son goût immodéré pour la destruction massive.

Avec ce Resurgence, Emmerich est tenté par autre chose. On le sent d’ailleurs à la fin du film : cette fois, il rêve d’espace. La plupart des scènes importantes se passent autour de la lune, loin de la surface terrestre, et le réalisateur entend bien emmener ses personnages très loin dans l’espace pour d’hypothétiques suites (hypothétiques, car le film n’a pas eu le succès attendu).

Résultat : du grand n’importe quoi marqué par quelques fulgurances (l’évacuation du bébé et de sa mère sur le toit de la maternité), où se côtoient les vieux de la vieille (Jeff Goldblum et Bill Pullman rempilent) et de nouveaux personnages, uniquement des têtes brûlées à la psychologie aussi épaisse qu’une page de missel.

C’est long, laid et répétitif. Bref, pas bien.

Un espion a disparu (Above suspicion) – de Richard Thorpe – 1943

Classé dans : * Espionnage,1940-1949,THORPE Richard — 27 février, 2017 @ 8:00

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Ce pourrait être un énième effort de guerre de la part des studios hollywoodiens, mais ce film d’espionnage tourné en 1943 possède un ton assez surprenant, inattendu pour l’époque : malgré la menace omniprésente et les nombreux faux-semblants, ces aventures d’un couple d’Américain transformés en espion dans l’Allemagne de 1939, à la veille de la déclaration de guerre, s’apparentent plus à une comédie d’espionnage qu’à un vrai film noir.

On a d’ailleurs un peu de mal à prendre tout ça au sérieux dans un premier temps : cette nonchalance de Fred McMurray face au danger, et l’excitation de sa toute jeune femme Joan Crawford à l’idée de devenir une espionne, ont de quoi désarçonner. Surtout que Richard Thorpe semble réellement filmer une comédie, dont la toute première image est d’ailleurs celle d’un mariage tout en légèreté.

Mais dès que le jeune couple quitte l’Amérique, le rythme s’installe, vif et sans temps mort. Un jeu de piste à travers une Europe pleine de dangers qui conduit nos héros d’une étape à l’autre, d’une scène à la suivante, d’un danger à un mystère. Ils y croisent des agents doubles, des espions nazis, des passages secrets, et même un meurtre à l’opéra qui rappelle étrangement celui de L’Homme qui en savait trop, avec un procédé que Hitchcock perfectionnera dans la version de 1956 de son film anglais.

Visuellement, Above suspicion souffre d’une photo tristement terne. Mais les décors sont beaux, et apportent un exotisme charmant à ce pur divertissement qui ne manque ni de souffle, ni d’esprit.

Terreur aveugle (Blind Terror) – de Richard Fleisher – 1971

Classé dans : * Polars US (1960-1979),1970-1979,FLEISCHER Richard — 26 février, 2017 @ 8:00

Terreur aveugle (Blind Terror) - de Richard Fleisher - 1971 dans * Polars US (1960-1979) Terreur%20aveugle_zps7bdndghd

Devenue aveugle à la suite d’une chute à cheval, une jeune femme revient vivre dans le grand domaine de son oncle et de sa tante. Mais alors qu’elle s’est absentée, un tueur mystérieux vient décimer sa famille. Lorsqu’elle rentre à la maison, elle ne se rend compte de rien…

Voilà un « pitch » qui promet de bien belles sueurs froides. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la promesse est largement tenue. Fleisher fait bien plus que nous coller des frissons : il signe un film admirablement tendu, dont le cœur (disons, le deuxième tiers) fait partie des plus grands moments de pure trouille de l’histoire du cinéma. Mia Farrow (formidable en jeune aveugle, jamais dans la démesure et toujours hyper crédible) qui déambule paisiblement dans cette grande maison dont elle ne sait pas qu’elle est jonchée de cadavres, est une vision pour le moins traumatisante.

Surtout que la mise en scène joue très habilement sur le décalage entre le point de vue de cette femme qui ne voit rien du drame qui se noue, et ce que la caméra laisse voir au spectateur. En ne montrant, subrepticement, que l’environnement direct de l’héroïne, sans plan d’ensemble ni gros plan évocateur. Un expérience éprouvante et absolument fascinante.

Dès la toute première image, l’ambition de Fleisher saute aux yeux : ce mouvement de caméra qui s’arrête, à la sortie d’un cinéma, sur bottes d’un homme dont on ne verra jamais le visage (jusqu’à la dernière minute) fait d’emblée naître l’angoisse et le danger. Toute la première partie, avant l’irruption de la terreur pure, sera dominée par ce sentiment de danger, qui accompagne les premiers pas de la jeune aveugle trouvant ses marques dans cette grande maison, après des semaines passées à l’hôpital.

C’est l’une des grandes réussites du film : cette manière d’associer la peur à la vision presque documentaire d’une jeune femme réapprenant à vivre sans la vue. Tous les moments les plus terrifiants reposent d’ailleurs sur des sensations, ou des promesses de sensations : un pied nu qui effleure des morceaux de verre, un vent violent ou la pluie qui balaye les visages, une main qui caresse un cheval, un corps au contact avec de la glaise… Autant de pures sensations physiques qui nous aident à ressentir les sensations de Mia Farrow.

Avec un tel sujet, la plupart des réalisateurs auraient privilégié les séquences nocturnes. On jurerait d’ailleurs que cette cave dont on nous parle au début du film est appelée à jouer un rôle important dans l’histoire. Mais non : les rares scènes de nuit sont des moments de répit. Toute l’action se déroule en plein jour, dans de grands espaces ouverts. Loin, donc, de tous les clichés attendus, et avec une maîtrise constante qui prouve une bonne fois pour toute que Fleisher fait, vraiment, partie des grands.

C’est bien par sa seule mise en scène qu’il suggère la terreur de la jeune femme dans un environnement qui lui est familier, puis son angoisse peut-être plus terrible encore dans un décor qu’elle ne connaît pas, et où aucun repère ne lui est offert. Tourné la même année que 10 Rillington Place, Blind Terror est une variation radicalement différente et fascinante sur le thème du Mal.

* Le film fait partie du coffret consacré à Richard Fleisher, regroupant trois films noirs très différents les uns des autres (avec L’Etrangleur de Boston et Les Flics ne dorment pas la nuit).

Airport (id.) – de George Seaton – 1970

Classé dans : 1970-1979,LANCASTER Burt,SEATON George — 25 février, 2017 @ 8:00

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Pour les quadragénaires d’aujourd’hui, il est un peu difficile de revoir Airport sans penser à la parodie pas légère mais culte que les ZAZ en ont tiré (Y a-t-il un pilote dans l’avion ?). C’est un peu injuste : sans crier au génie, ce fleuron du film catastrophe des années 70 reste un modèle du genre, et ne manque pas de beaux moments et d’idées intéressantes.

La première de ces idées repose sur le décor lui-même : on ne sort que rarement de ce gigantesque aéroport (ou d’un avion en vol), dont on explore les moindres recoins, de l’effervescence des salles d’embarquement aux bureaux confortables et calmes de la direction. Dans toute la première partie, surtout, George Seaton prend le temps de filmer le quotidien de cette ruche humaine, présentant longuement chacun des nombreux personnages, comme cela se fera dans tous les films catastrophes à suivre.

Beaucoup de ces personnages n’ont d’ailleurs pas grand-chose à faire dans le suspense qui va suivre. Burt Lancaster lui-même, dans le rôle du grand directeur, mettra plus de temps et d’énergie à démêler sa vie privée compliquée qu’à sauver des vies lorsqu’un avion menacera de s’écraser. Seaton est visiblement au moins autant intéressé par ces à-côtés que par l’intrigue principale: les plus belles scènes du film sont toutes des moments intimes.

Celui des adieux entre le futur pirate de l’air (beau personnage joué par Van Heflin, très bien) et sa femme, dans une scène touchante à défaut d’être visuellement très convaincante : la belle photo de certains plans est contrebalancée par une image étrangement terne des contre-champs, d’où une impression étrange qui gâche un peu l’émotion du moment. Autre belle scène : celle de la grande dispute entre Lancaster et sa femme, qui se termine par un moment apaisé où leur sort se joue sur une jolie note mélancolique.

Les moments spectaculaires sont tout aussi réussis, même si le concept « catastrophe » est pour le moins douteux : une bombe qui explose dans un avion et ledit avion qui continue à voler presque comme si de rien n’était… Improbable, mais bien mené, en tout cas sans temps mort.

Tous les personnages ne sont pas passionnants (Dean Martin est en roue libre, Jean Seberg et Jacqueline Bisset n’ont pas grand-chose à jouer), mais George Kennedy révèle une nouvelle fois une présence atypique qui marque les esprits. Il sera d’ailleurs le seul acteur de cette riche distribution à rempiler pour les trois « suites » qui suivront jusqu’au calamiteux Airport 80 : Concorde (les deux autres étant 747 en péril et Les Naufragés du 747).

Le film rencontrera un tel succès qu’il lancera le nouvel âge d’or du film catastrophe, dont la série Die Hard s’inspirera beaucoup pour les deux premiers films : 58 minutes pour vivre sera d’ailleurs un hommage affiché à Airport, comme Piège de Cristal s’inspirera de La Tour infernale. Le troisième Die Hard aurait ainsi dû se passer sur un bateau comme L’Aventure du Poséidon, mais Steven Seagal étant passé par là avec son Piège en haute mer, les producteurs ont changé de direction.

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