Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

La Grande Vadrouille – de Gérard Oury – 1966

Classé dans : 1960-1969,OURY Gérard — 10 mai, 2017 @ 8:00

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Gérard Oury et Louis De Funès risquent fort de ne jamais être très présents sur ce blog. Mais La Grande Vadrouille, quand même, reste un sommet du cinéma populaire de l’époque. Et le couple que le comique grimaçant forme avec Bourvil mérite tout le bien qu’on a pu en dire depuis cinquante ans. Ces deux-là, dans ce contexte-là (la France de l’Occupation, pour les lecteurs qui n’auraient jamais eu accès à la télévision depuis leur enfance), représentent à la fois toute la mesquinerie et toute la générosité du Français moyen.

Comme dans La Traversée de Paris donc, première rencontre (brève) entre les deux acteurs, mais en ouvertement positif. D’ailleurs, si le film a eu un tel retentissement à sa sortie, c’est parce qu’il était sans doute le premier, vingt ans après la fin de la guerre, à traiter l’occupation sur le ton de l’humour et de la bienveillance. Les deux personnages principaux ne sont des « héros » que de circonstance, et les Allemands sont des méchants qui prêtent plutôt à sourire. Oury prend d’ailleurs bien soin de de tuer personne : « sa guerre » est plutôt une occasion de révéler ce que les hommes et les femmes ont de mieux.

Le meilleur, bien sûr, c’est alchimie entre les deux doubles inversés, Bourvil le modeste et généreux, et De Funès le colérique condescendant. Ces deux-là ne se ressemblent en rien, c’est la rencontre de deux mondes qui n’auraient jamais dû se croiser dans des circonstances normales. Mais quel plaisir de voir De Funès martyriser le pauvre Bourvil « parce que c’est comme ça ! », lui rappelant sans cesse leurs différences de classe, qui s’estompera à peine devant l’adversité.

On connaît La Grande Vadrouille par cœur, la scène des Bains Turcs (« Mais alors, you are French ! »), celle des ronflements, celle des vélos (« D’abord mes souliers, maintenant mon vélo ! »), ou celle des planeurs (« Y’a pas d’hélice hélas. » « C’est là qu’est l’os. »)… Et ça fonctionne toujours. Du cinéma populaire décomplexé et généreux, au rythme impeccable.

Soleil vert (Soylent Green) – de Richard Fleischer – 1973

Classé dans : 1970-1979,FANTASTIQUE/SF,FLEISCHER Richard — 9 mai, 2017 @ 8:00

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Classique de la SF, Soleil Vert n’a pas si mal vieilli. Plus, pour être honnête, que l’immense majorité des films de Fleisher, mais moins que le tout-venant du genre de cette décennie. Sans doute pour une raison toute simple : le futur décrit dans le film ressemble à s’y méprendre à l’Amérique de 1973, sans gadget, sans architecture improbable (à part quelques intérieurs qui, eux, semblent aujourd’hui bien datés), et en version toute pourrie.

C’est l’une des belles idées du film : faire du futur une sorte de présent alternatif où les dérives des hommes auraient été poussées à l’extrême, et où ne subsisterait plus que la misère, et des villes moribondes noyées dans un perpétuel nuage verdâtre (qui paraît un peu cheap) de pollution. Pas de voiture volante, rien d’autre que les quartiers populaires de New York transformés en cloaque où les habitants semblent n’attendre que la mort.

Comme la plupart des films de SF, Soleil Vert ne parle d’ailleurs que d’aujourd’hui. Sa portée politique, valable en 1973, l’est tout autant aujourd’hui : film écolo, cri d’amour à la nature et aux beautés de notre planète, dénonciation du capitalisme cynique et jusqu’au-boutiste… Le film s’ouvre d’ailleurs sur un montage de photos, toutes authentiques, qui retracent l’évolution de la société au cours du 20e siècle, et les effets sur l’environnement.

De l’enquête que mène le petit flic Charlton Heston après le meurtre d’un riche privilégié, on s’attend à ce qu’en sorte un terrible secret, une machination machiavélique des puissants. La vérité, dévoilée dans les dernières minutes, est à la fois plus simple, et plus terrible.

Le meilleur du film, c’est quand même la cohabitation de deux générations de star : Heston et Edward G. Robinson (on pourrait ajouter Joseph Cotten, dans un second rôle marquant), le second jouant le rôle du vieillard qui ressasse inlassablement les souvenirs d’une Terre que son jeune ami n’a jamais connue. La plus belle scène, c’est peut-être celle du repas entre Robinson et Heston, l’un découvrant la vraie nourriture avec plaisir, l’autre retrouvant les goûts de son enfance avec plus de douleur que de joie. Dans un cadre feutré, sans effets spéciaux et sans fioriture, Fleischer signe là un magnifique moment de cinéma.

Source Code (id.) – de Duncan Jones – 2011

Classé dans : 2010-2019,FANTASTIQUE/SF,JONES Duncan — 8 mai, 2017 @ 8:00

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Voilà une formidable surprise. De ce film fantastique assez intriguant, je n’attendais pas grand-chose d’autre qu’un petit moment de détente et de relaxe cérébrale. J’en suis ressorti totalement bluffé : Source Code est une réussite majeure du genre, une variation assez géniale sur le thème d’Un Jour sans fin. Bref, un film fantastique dans tous les sens du terme, brillant et passionnant.

Le film s’ouvre mystérieusement, sur Jake Gyllenhaal qui se réveille dans un train, face à une jeune femme qui lui parle comme à un ami. Problème numéro 1 : il n’a pas la moindre idée de comment il est arrivé là. Problème numéro 2 : cette jeune femme, si jolie soit-elle (c’est Michelle Monagham), lui est totalement inconnue et l’appelle par un prénom qui n’est pas le sien. Problème numéro 3 : en se regardant dans le miroir, il réalise qu’il n’est effectivement pas lui-même. Problème numéro 4 : à peine s’en est-il rendu compte qu’une bombe explose et tue tout le monde dans le train…

Oui, on voit venir le truc : le gars va revivre cette journée à l’envi, jusqu’à ce qu’il désamorce la bombe et emballe la fille. Eh bien oui, mais pas tout à fait non plus, pas seulement en tout cas, et pas comme on s’y attend. Le film, malin et intelligent, joue comme le petit classique d’Harold Ramis sur la répétition d’une même journée (en l’occurrence des mêmes quelques minutes), mais en la justifiant par une idée digne des plus grands auteurs de SF, que je ne spoilerai pas, mais qui ouvre des perspectives immenses sur les notions de réalité, de libre-arbitre, et de seconde chance.

C’est formidablement bien écrit (par Ben Ripley, dont le seul « titre de gloire » jusqu’à présent était le scénario de La Mutante 3 !), et c’est réalisé avec un grand sens du détail par Duncan Jones (le filston de David Bowie), qui filme Chicago comme personne avant lui, soulignant le caractère à la fois moderne et humain de la ville, entièrement construite autour de la circulation des hommes, avec ses trains, ses routes, ses rivières, et ses larges promenades. A vrai dire, les villes américaines ont rarement été filmées avec autant d’attention qu’ici, en tout cas dans le cinéma contemporain.

Le (jeune) fait aussi preuve d’une délicatesse (oui oui, délicatesse) inattendue, réussissant à rendre émouvante l’accumulation d’explosion, jusqu’à un bouleversant arrêt sur image absolument magnifique. Sans oublier le suspense (à couper au couteau) en route, le film se révélant finalement plein d’espoir. La noirceur extrême laisse in extremis la place à un feel good movie. L’un des plus beaux films fantastiques / de SF de ces dernières années.

Rain or shine (id.) – de Frank Capra – de 1930

Classé dans : 1930-1939,CAPRA Frank — 7 mai, 2017 @ 8:00

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Tourné après le très beau Femmes de luxe, Rain or shine commence de la plus belle des manières. Après un générique au son de « Singin’ in the rain », le film s’ouvre sur un cortège de cirque qui avance lentement dans la nuit et sous la pluie. Visuellement très fortes, ces premières images magnifiques confirment le sens du rythme et de la composition du jeune Capra, et sa volonté ici de profiter pleinement des possibilités que lui offre son décor de cirque: coincée dans une ornière, une caravane est dégagée par un éléphant.

Quelques minutes plus tard, le même éléphant aidera la troupe à faire passer une porte trop étroite à une femme énorme, running gag que l’on retrouvera avec des variantes tout au long du film, annonçant un goût, pour le coup, pas sûr à tous les coups. Cette manière d’humilier la pauvre obèse est pour le moins douteuse…

Rain or shine alterne d’ailleurs le magnifique et le pas terrible. Le consternant, même, lors de ce dîner où l’homme de spectacle Joe Cook multiplie les gags pour embarrasser les riches hôtes dont le fils pourrait lui enlever celle qu’il aime. Le problème n’est pas que cette scène soit elle-même embarrassante : après tout, l’atmosphère est celle qu’elle doit être. Mais elle est surtout interminable, comme si Capra était fasciné par son acteur vedette.

Autant ce dernier réussit quelques belles prouesses physiques, notamment lors de l’extraordinaire séquence de l’incendie, autant son humour, sans doute très en vogue en 1930, a pris un terrible coup de vieux. Surtout, la volonté de mettre Cook en valeur donne lieu à de nombreuses séquences (dont la scène de la représentation n’est que l’exemple le plus long) qui s’inscrivent mal dans le récit, et mettent à mal le rythme du film. Cela dit, l’acteur est excellent dans les scènes plus dramatiques, voire romantiques.

Pas très à l’aise avec les ruptures de ton, Capra aborde déjà la notion de riches et de pauvres, mais sans réelle confrontation directe. Son film est avant tout une jolie déclaration d’amour aux gens simples et aux valeurs sincères. Du pur Capra, donc.

Femmes de luxe (Ladies of Leisure) – de Frank Capra – 1930

Classé dans : * Pre-code,1930-1939,CAPRA Frank,STANWYCK Barbara — 6 mai, 2017 @ 8:00

Femmes de luxe (Ladies of Leisure) - de Frank Capra - 1930 dans * Pre-code Femmes%20de%20luxe_zpsp09ghute

Barbara Stanwyck, jeune femme habituée aux plans tout pourris avec des gros lourds imbibés d’alcool, passe la nuit sur le canapé du riche peintre qui l’a choisie comme modèle, et dont elle est tombée secrètement amoureuse. Au milieu de la nuit, elle l’entend s’approcher d’elle. Elle pense qu’il va réagir comme tous les types qu’elle a connus, et se jeter sur elle. Mais non. Sans un bruit, la croyant endormie, il la couvre d’un plaid, et s’éloigne tout aussi discrètement.

Cette scène simple et sublime n’est faite que de gros plans, sur les pieds du peintre (joué par Ralph Graves), sur ses mains déposant la couverture, et surtout sur le visage de l’actrice sur lequel des torrents d’émotion se lisent. Et ce visage, lorsqu’elle réalise la tendresse de ce geste, est l’un des premiers immenses moments d’émotion du cinéma de Capra, qui rappelle la perfection qu’avait atteint le cinéma dans les dernières années du muet, dans ce qui est pourtant l’un de ses premiers films (son premier ?) entièrement parlant.

Capra n’est pas un débutant lorsqu’il réalise Ladies of Leisure. Mais le film marque le début d’une décennie magnifique, celle de New York – Miami et de Monsieur Smith au Sénat, au cours de laquelle le cinéaste impose son style, ses thèmes et son ton. Tout est déjà bien en place ici, dans ce qui est aussi sa première collaboration avec la toute jeune Barbara Stanwyck, déjà sublime, complexe et intense. C’est grâce à elle, et à la délicatesse de Capra, que toute l’émotion passe, dans ce portrait d’une femme qui pensait profiter de la fortune d’un homme, et qui réalise qu’elle ne veut que son amour.

Dès la toute première scène, Capra met en place la verticalité du film, qui sera constamment au cœur de son récit. Des passants sur un trottoir manquent de se faire assommer par des bouteilles, lancées du haut d’un immeuble cossu par des jeunes femmes visiblement très alcoolisées lors d’une soirée donnée par de riches oisifs, où l’on découvre notre peintre, perdu dans un milieu qui ne lui ressemble pas. Capra jouera à plusieurs reprises sur ce motif de la verticalité, avec la place centrale jouée par l’ascenseur, et jusqu’à cette extraordinaire séquence finale basée sur un montage alterné, sommet de suspense et d’émotion.

Capra réussit l’un de ses très grands films oubliés, aussi abouti visuellement que riche au niveau du récit, parsemé de détails et de personnages passionnants, qui évitent à toute caricature. Capra, comme Barbara Stanwyck d’ailleurs, entre dans la cour des grands.

Saboteur sans gloire (Uncertain glory) – de Raoul Walsh – 1944

Classé dans : 1940-1949,WALSH Raoul — 5 mai, 2017 @ 8:00

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Encore une merveille signée Walsh, qui boucle une sorte de triptyque officieux de films de propagandes dont Errol Flynn est la vedette. Après le très léger Sabotage à Berlin et le très mouvementé Du sang sur la neige, Saboteur sans gloire surprend par sa tonalité et par son personnage principal, un authentique salaud pour une fois, voleur, meurtrier, égoïste, profiteur de guerre… Bref, un rôle inattendu pour Flynn.

Le film commence, curieusement, de la même manière que L’Imposteur, le film de Duvivier, sorti à peine deux mois plus tôt aux Etats-Unis. Le personnage de Flynn, comme celui de Gabin, y échappe miraculeusement à l’exécution par la guillotine lorsque la prison où il se trouve se retrouve détruite par un bombardement qui coûte la vie à ses bourreaux. La comparaison entre les deux films s’arrête à peu près là, même s’il sera évidemment question de rédemption, de sens du sacrifice, et de l’esprit français, que Hollywood ne cessait de mettre en avant ces années-là.

Flynn, plus charmeur et souriant que jamais, reste un sale type quasiment jusqu’au bout. Un homme préoccupé par son seul sort, qui semble traverser la guerre et l’occupation comme un simple visiteur en villégiature. Walsh le flanque de son exact opposé, un super flic qui le traque et ne tarde pas à l’arrêter, qu’interprète l’excellent Paul Lukas, acteur aussi à l’aise pour jouer les ordures que, comme c’est le cas ici, l’image même de l’honnêteté et de la générosité.

Leur duo fonctionne parfaitement, et se retrouve au cœur des passages les plus forts. C’est le cas lors de la scène-clé de l’histoire. Arrêté dans une petite ville où cent habitants s’apprêtent à être exécutés par les Allemands en guise de représailles après un attentat meurtrier commis par un mystérieux résistant, Flynn propose à Lukas de le laisser se dénoncer comme l’auteur de l’attentat, afin de sauver les otages, et surtout d’échapper à la guillotine, qui lui semble nettement plus barbare qu’un peloton d’exécution. Troublé par cette proposition, le policier est perdu dans ses pensées face à son prisonnier qui attend sa décision, tandis que les ombres des otages se profilent sur le mur derrière eux…

Ce plan est tout simplement renversant. Tout le film, d’ailleurs, est visuellement splendide, avec un noir et blanc sublime (signé Sidney Hickox, chef of de Walsh sur une quinzaine de films parmi ses meilleurs), de merveilleux décors (dus à Robert Haas) et l’extraordinaire sens du cadre du cinéaste. En plus d’offrir à Errol Flynn l’un de ses meilleurs rôles, Uncertain glory transcende les codes du film de propagande, pour offrir à la fois un spectacle profondément réjouissant, et une plongée passionnante dans les tourments mentaux d’un criminel.

Premier contact (Arrival) – de Denis Villeneuve – 2016

Classé dans : 2010-2019,FANTASTIQUE/SF,VILLENEUVE Denis — 4 mai, 2017 @ 8:00

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Villeneuve réussit un pari audacieux : baser entièrement un film de science-fiction racontant une « rencontre du troisième type » avec de mystérieux extra-terrestres, sur la difficulté de communiquer entre les peuples. Avec, en lieu et place des scènes d’action attendues, de longues séquences décortiquant la manière dont la linguiste (Amy Adams) et le scientifique (Jeremy Renner) tentent de se faire comprendre et s’interrogent sur tous les pièges potentiels de l’anglais et de la langue parlée. Imbitable ? Passionnant au contraire, et c’est bien le tour de force du cinéaste : la linguistique ne m’a pourtant jamais enthousiasmé durant mes études…

Il y a bien quelques rares moments de pur suspense, comme pour permettre aux producteurs d’offrir une bande annonce un peu mouvementée aux spectateurs potentiels : la scène hallucinante de la bombe, en particulier, avec cette fusillade hors champs. Mais Villeneuve ne triche pas, et va bien au bout de son sujet.

Le film laisse entrevoir la possibilité d’un dialogue entre les peuples. De là à y voir une œuvre profondément optimiste, il y a un gouffre : il est surtout question de la difficulté de se comprendre, et de la quasi-incapacité de l’homme à sortir de son mode de raisonnement habituel. En résumé ; pour se comprendre et apprendre à vivre ensemble, il faut accepter de remettre en question tout ce que l’on croit acquis, et chercher à adopter le point de vue de « l’autre ». Pas simple.

Une ouverture à l’autre que le personnage joué par Amy Adams (très émouvante) pousse à l’extrême, avec une histoire personnelle bouleversante dont je ne dirai rien ici, si ce n’est que la fin du film illustre parfaitement cette nécessité d’accepter la nécessité de remettre en question tout ce que l’on croit acquis. Un choc.

Whatever works (id.) – de Woody Allen – 2009

Classé dans : 2000-2009,ALLEN Woody — 3 mai, 2017 @ 8:00

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Le plus New-Yorkais des cinéastes américains a tourné tous ses films en Europe entre 2004 et 2012, à une exception près : ce Whatever works, qui marque ses retrouvailles avec « sa » ville, et avec un ton qui rappelle ses grands classiques d’hier, ces films dont il tenait immanquablement le premier rôle avec cet éternel personnage d’angoissé insatisfait aux aphorismes irrésistibles.

Les premières minutes de Whatever works sont d’ailleurs un peu déstabilisantes. Parce que ce personnage de génie vieillissant et trop lucide ressemble furieusement à celui qu’il a incarné si souvent. Et que pour une fois, ce n’est pas lui qui est à l’écran, mais Larry David, homme de télévision très célèbre en Amérique, moins chez nous. Généralement, Woody Allen ne filmait des alter-egos que lorsqu’il était touché par la limite d’âge (comme Kenneth Branagh dans Celebrity). Ce n’est pas le cas ici, et l’envie d’entendre Woody débiter lui-même ces répliques sarcastiques est forte…

Et puis Larry David, qui paraissait d’abord singeait Woody, finit par s’imposer. Et son personnage par révéler sa singularité. Oui, il y a des similarités avec le traditionnel personnage allenien. Mais Boris Yellinikoff a sa propre singularité, une manière toute personnelle d’affronter les pires aspects de la vie, de se préparer constamment pour son issue tragique, et grosso-modo de mépriser le monde entier, y compris de jeunes enfants à qui il enseigne les échecs avec un mépris pas même dissimulé… et du coup à mourir de rire.

Boris est un homme volontiers méchant, mais dont le refus de se plier aux conventions sociales finit par éveiller ceux qui l’entourent à eux-mêmes. Et c’est tout le sujet de ce film faussement cynique, et profondément optimiste d’une manière inattendue : la manière dont chacun trouve sa place, la nécessité de tirer un trait sur ce que l’on croit être la vérité pour découvrir sa propre vérité.

Ce qui est beau dans Whatever works, c’est la manière dont Woody Allen amène l’émotion dans des moments de pure comédie où le cynisme semble dominer. Derrière le rictus trop détaché de Larry David, il y a une fêlure, une solitude, et un besoin de l’autre qui ne sont jamais clairement reconnus.

Et derrière ces couples (ou trios) qui se font ou se défont, aussi improbables qu’ils puissent être (un sexagénaire et une jeune femme qui pourrait être sa petite-fille, un catho réac qui découvre son homosexualité, une quinqua coincée qui se lance dans un ménage à trois), Woody fait montre d’une foi en l’être humain et d’un optimisme qu’on ne lui avait plus vus depuis longtemps, avec une propension au bonheur assez inattendue chez lui.

La Belle Espionne (Sea Devils) – de Raoul Walsh – 1953

Classé dans : 1950-1959,DE CARLO Yvonne,WALSH Raoul — 2 mai, 2017 @ 8:00

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De l’aventure, de la romance, du suspense… Bref, un pur plaisir de cinéma que nous offre Walsh, une vraie gourmandise qui pousse jusqu’à sa forme la plus épurée le film de genre. Le cinéaste ne s’embarrasse ni du contexte historique (la France napoléonienne en guerre), ni de complexité psychologique, ni même de vraisemblance : tout le mouvement du film est entièrement tourné vers le plaisir pur.

Et il y en a du mouvement, avec ces allers-retours incessants entre l’île de Guernesey et les côtes françaises, et avec ces personnages qui s’avancent avec aplomb et sans hésitation face au danger. C’est totalement invraisemblable? L’histoire d’amour entre la « belle espionne » Yvonne De Carlo et le rude contrebandier Rock Hudson est hautement improbable? Qu’importe: on y croit avec délectation, et on applaudit devant ce spectacle jubilatoire.

Du roman de Victor Hugo Les Travailleurs de la Mer, le scénariste Borden Chase n’a gardé que quelques bribes. Normal: l’intrigue elle-même n’est qu’un prétexte. Walsh est moins intéressé par son histoire que par la manière de la mettre en mouvement et en images, dans un Technicolor qui a rarement été à ce point flamboyant. Il faut dire que la décidément très belle Yvonne De Carlo multiplie les tenues différentes, et que ces dernières ont une constante : elles tranchent de fort belle manière avec ce crépuscule que Walsh filme si bien.

La Belle Espionne est d’une simplicité absolue. Cette histoire d’espionnage et de contre-espionnage autour de la figure de Napoléon (interprété par Gérard Oury !) aurait pu être complexe. Le film la résume à une série d’enjeux simplissimes : Rock Hudson doit conduire Yvonne De Carlo en France ; Rock Hudson veut ramener Yvonne De Carlo à Guernesey ; Yvonne De Carlo veut retourner en France…

Le cinéma est l’art du mouvement ? La Belle Espionne est la quintessence du cinéma d’aventure, dépouillé de toute fioriture et de tout ce qui n’est pas l’essentiel. Simple, jubilatoire, magnifique.

La Revanche des Sith / Star Wars, épisode III (Star Wars : Episode III – Revenge of the Sith) – de George Lucas – 2005

Classé dans : 2000-2009,FANTASTIQUE/SF,LUCAS George — 1 mai, 2017 @ 8:00

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Après les deux premiers volets de cette « prelogie », on n’était pas totalement convaincu du bien-fondé de cette volonté de mettre en image la manière dont Anakin Skywalker est passé du côté obscur de la Force. Obnubilé par son désir de rester fidèle à sa trilogie inaugurale, mais aussi d’en mettre plein la vue et de coller à ce qu’il croit être les goûts du moment, Lucas est certes allé au bout de son ambition, mais en se perdant parfois en route, notamment sur le ton à donner à ses films.

Hésitant entre noirceur et légèreté fun, il a quoi qu’il en dise appris de ses erreurs, reléguant l’insupportable Jar-Jar Binks au rang de second rôle dans l’épisode II, et ne lui accordant qu’une apparition furtive en arrière-plan dans cet épisode III. Comment, d’ailleurs, aurait-il pu donner une place plus importante à cet accident industriel pseudo-comique, dans cet épisode-clé éminemment sombre. Sur ce point, d’ailleurs, Lucas rassure complètement ici : la noirceur du récit, dont on connaît d’avance la fin tragique, est totalement assumée.

Dans la première heure, Lucas réussit ainsi ce qu’il avait largement échoué dans les deux films précédents: mettre au cœur du récit le trouble d’Annakin, Jedi tiraillé entre son devoir, l’amour qu’il ressent pour Padmé, et cette colère de plus en plus explosive qui le dévore peu à peu. Lucas se livre là à un passionnant jeu de dupe, mettant en scène des personnages qui ne sont pas ce qu’ils prétendent être, et faisant planer le doute sur les véritables intentions de chacun, rappelant enfin les inspirations tragiques de la saga.

Le basculement définitif, le moment où les masques tombent dans la douleur, n’est pas totalement à la hauteur, mais il a le mérite d’ouvrir sur une longue conclusion, tout en bruit, en fureur et en larmes, sorte d’apogée pyrotechnique et dramatique de cette prelogie imparfaite. Lucas retrouve alors tout son sens de l’action et du rythme, qui paraissait curieusement amorphe durant la première heure, où les (nombreux) combats semblaient être tournés sans conviction.

Cette conviction, il la retrouve plus que jamais dans la dernière partie du film. Une dernière partie, dont on connaît d’avance tous les rebondissements. C’est d’ailleurs le principal défi que relève Lucas, et qui tourne au jeu de piste pour le spectateur, qui connaît la trilogie originelle, et donc la fin de cette prelogie (l’Empereur omnipotent, Vador engoncé dans sa carapace, Luke sur sa planète, Yoda en exil…).

Certains « raccords » semblent sortir d’un chapeau (la capacité de « survivre à la mort » d’Obi-Wan, la mémoire effacée de C3-PO). Mais pour l’essentiel, Lucas réussit son pari et signe un film réjouissant, notamment pour les fans. Et lorsque Annakin, devenu définitivement Dark Vador, parle pour la première fois avec son célèbre masque, véritable emblème de la saga, c’est la voix profonde de James Earl Jones qui résonne. Superbe manière de boucler la boucle.

La saga Star Wars

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