Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Garde à vue – de Claude Miller – 1981

Classé dans : * Polars/noirs France,1980-1989,MILLER Claude — 18 février, 2017 @ 8:00

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Modèle de mise en scène, acteurs en état de grâce, décors formidables… Garde à vue est l’un des très grands films français de la décennie, une œuvre de commande pourtant pour le réalisateur Claude Miller, attaché au projet après le refus de plusieurs autres, visiblement peu inspirés par le scénario signé Michel Audiard. Miller, lui, loin d’être étouffé par la force des dialogues (brillants, loin des facilités dans lesquelles l’auteur est parfois tombé dans ses polars tirant vers la parodie), signe un chef d’œuvre que l’on sent personnel, un huis-clos troublant et fascinant.

Assistant de Godard, Miller s’inscrit pourtant plus dans la tradition du cinéma de Carné (dont il fut également l’assistant) ou de Renoir : celui du Jour se lève, autre drame filmé dans un impressionnant décor de studio. Loin, en tout cas, du cinéma-vérité cher à la Nouvelle Vague. De « l’extérieur », à l’exception de quelques plans, on ne voit que la pluie qui tombe à travers les fenêtres de ce bureau austère où se concentre l’intrigue. L’intrigue, ou plutôt le face-à-face intime entre un flic (Lino Ventura) et son notable de suspect (Michel Serrault). D’autant plus dérangeant que les questions semblent très vite déborder du simple cadre de l’enquête.

Il est question d’un assassin ayant tué deux fillettes. Mais c’est bien plus le mystère Maître Martinaud qui est au cœur du film : un notaire riche et médiocre, mal marié, mal aimé, mal compris, et peut-être tueur abject. Mais aussi son inquisiteur, flic droit et intègre dont on finit par se demander s’il cherche la vérité ou sa vérité. Une double introspection, en quelque sorte.

Ventura et Serrault sont exceptionnels, deux acteurs qui semblent appartenir à deux univers de cinéma, pour des personnages appartenant à deux mondes différents. La joute verbale entre ces deux-là (auxquels s’ajoute un Guy Marchand génialement grotesque, et une Romy Schneider glaçante) est formidable parce que les mots sont forts, et parce que le rythme est parfait. Et parce que la caméra de Miller, loin d’étouffer entre les murs tristes de cette salle d’interrogatoire, circule avec une fluidité exemplaire.

Fascinante, passionnante, cette Garde à vue tendue et bouleversante est une merveille.

Les Voleurs de train (The Train Robbers) – de Burt Kennedy – 1973

Classé dans : 1970-1979,KENNEDY Burt,WAYNE John,WESTERNS — 17 février, 2017 @ 8:00

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Une fois accepté le fait qu’il s’agit là d’un de ces « véhicules » dont l’unique raison d’être est John Wayne, l’un de ces innombrables westerns construits autour de la stature imposante (même avec l’âge et la bedaine qui commencent à peser sérieusement) du Duke, il faut reconnaître qu’il y a des tas de choses assez enthousiasmantes dans ce film produit par le fils Wayne.

Pas Ann-Margret, certes, dont les formes très avantageuses, même si elles sont un sujet de discussion récurrent (plus qu’elles ne sont réellement mises en valeur d’ailleurs), ne suffisent pas à compenser un charisme de boîte aux lettres. Une belle plante qui n’a pas grand-chose à jouer, et qui le fait grosso modo en se contentant de sourire gentiment. Pas Ricardo Montalban non plus, dont les quelques apparitions silencieuses (jusqu’à la toute dernière scène) ne suffisent pas à créer un quelconque intérêt autour de son personnage.

Mais cette joyeuse bande de vieux de la vieille, aventuriers qui se retrouvent tardivement autour de ce qu’ils considèrent eux-mêmes comme un dernier coup pour renouer avec leur jeunesse. On n’est clairement pas dans le western crépusculaire, mais dans la tendre nostalgie d’une jeunesse mouvementée. Mais John Wayne donnant la réplique à Ben Johnson, dont le compagnonnage remonte à 25 ans et aux grands chefs d’œuvres de Ford, il faut dire que ça a de la gueule. Et Rod Taylor, le déjà vétéran des Oiseaux d’Hitchcock, qui se joint à la fête, c’est pas mal non plus.

Surtout, Burt Kennedy, scénariste devenu réalisateur de westerns, apporte un très grand soin à la construction de ses plans. Résultat: un film pas toujours parfaitement tenu au niveau du rythme et de l’atmosphère, mais visuellement très beau, avec une utilisation inventive et ambitieuse des décors naturels. Rien que pour ça, le film vaut franchement le détour.

Et puis il y a quelques beaux choix de mise en scène, à commencer par celui d’opposer les gros plans de nos héros vieillissants, souvent filmés deux par deux dans des cadres refermés, et dans une belle intimité, à une masse inhumaine de méchants, qui n’apparaissent que comme des silhouettes menaçantes dépourvues de personnalité propre. Une originalité qui donne une vraie singularité aux scènes d’action.

Burt Kennedy flirte avec le mauvais goût par moments, en suggérant une romance possible entre la jeune et fraîche Ann-Margret et le puissant et vieillissant John Wayne. Mais c’est pour mieux jouer avec l’image de la star et l’attente du public, avec une réplique qui figure parmi les plus belles de toute la filmographie de Wayne : « Ma selle est plus vieille que vous ! » La pauvre Ann-Margret en reste bouche bée…

Seuls sont les indomptés (Lonely are the brave) – de David Miller – 1962

Classé dans : 1960-1969,DOUGLAS Kirk,MILLER David,POLARS/NOIRS,WESTERNS — 16 février, 2017 @ 8:00

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Un cowboy se réveille près de son cheval, dans un paysage désertique. Une première image classique de western. Mais alors qu’il selle son compagnon, un étrange bourdonnement se fait entendre, de plus en plus pressant. Le cowboy lève les yeux vers les premières lueurs du jour : trois avions de chasse passent dans le ciel.
A peu près tout est dit dans cette première scène sobre, au noir et blanc superbement granuleux. Seuls sont les indomptés est le portrait d’un homme perdu dans son époque, un cowboy qui n’envisage sa vie que libre et sans contrainte, sans attache, un authentique solitaire né 80 ans trop tard, interprété par Kirk Douglas, une nouvelle fois immense.

Il y a ainsi une très belle scène avec Gena Rowlands, femme dont on comprend qu’il l’a aimée, mais l’a poussée à épouser son meilleur ami. « Tu en voulais trop », lui rappelle-t-elle. « Je n’en voulais pas assez », corrige-t-il. « Je ne voulais pas de maison, ni de cuisine aménagée, je ne voulais que toi. »

Un homme qui ne se « rêve » pas en homme libre, mais qui va au bout de ce qu’il est, fulminant quand sa route croise des barbelés (un vieux thème du western classique), se faisant volontairement enfermée en prison pour aider son ami à s’évader… avant de réaliser que son ami, lui, a finalement accepté l’époque qui est la leur, et les règles et contraintes qui vont avec.

Seuls sont les indomptés n’est pas un film parfait : quelques rebondissements discutables, le personnage de brute un rien caricatural joué par George Kennedy, ou les apparitions, tout au long du film, d’un camionneur (Carroll O’Connor) dont on imagine bien vite qu’il représente une sorte de destin fatal, procédé téléphoné pas très heureux.

Mais il y a surtout la nostalgie d’une certaine Amérique, qui prend toute sa dimension dans la longue séquence de la traque, entre un Kirk Douglas qui retrouve un décor pur enfin digne de l’Ouest sauvage… perturbé par l’apparition d’un hélicoptère et de voitures, et un shérif nonchalant et fatigué (Walter Matthau, réjouissant), dont on ressent la sympathie qu’il a pour cet homme qui va au bout de ses passions. Le symbole magnifique d’une époque révolue où la liberté était la première des valeurs.

Big Jake (id.) – de George Sherman (et John Wayne) – 1971

Classé dans : 1970-1979,O'HARA Maureen,SHERMAN George,WAYNE John,WAYNE John,WESTERNS — 15 février, 2017 @ 8:00

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Depuis la fin des années 30, c’est le western qui occupe la majeure partie de la prolifique filmographie de George Sherman, souvent dans la série B. A ses débuts, il avait d’ailleurs dirigé le jeune John Wayne dans plusieurs films (pas vus). Avec Big Jake, qui sera son tout dernier film (Wayne lui-même en dirigera d’ailleurs plusieurs scènes pour remplacer le réalisateur, malade et diminué), est donc en quelque sorte un retour aux sources : c’est par un western avec le grand Duke qu’il clôt une carrière inégale mais pleine de pépites.

Pour une fois, c’est tout de même une grosse production qu’il dirige, un film de genre certes, avec une histoire on ne peut plus simple (un homme vieillissant renoue avec sa famille lorsque son petit-fils, qu’il n’a jamais rencontré, est enlevé par une bande de tueurs), mais aussi une belle ambition. Un détail qui n’en est pas un : l’histoire se passe en 1909, à une époque où les machines se multiplient, où la voiture fait son apparition, où les styles vestimentaires évoluent, mais où les vieux cow-boys font de la résistance.

Il y a d’ailleurs un running-gag plutôt marrant : chaque personne qu’il rencontre lance à John Wayne, représentant d’un Ouest sauvage disparu, « je croyais que vous étiez mort »Big Jake, c’est la confrontation de deux mondes qui n’ont rien en commun :la figure du cow-boy à l’ancienne dans un décor en pleine mutation. Le thème n’est pas nouveau dans le western, mais il est ici central, dès un générique malin, qui confronte les nouveautés qui apparaissent sur la côte Est avec les vieilles habitudes qui persistent à l’Ouest.

Toute la première partie tourne autour de ce thème, avec la figure habituelle de John Wayne confrontée à ses deux fils, dont l’un voyage à moto, et l’autre porte un pistolet automatique, les deux étant interprétés par le propre fils de Wayne, et par celui de Robert Mitchum. Tout un symbole…

Le temps qui passe est aussi, et surtout, souligné par l’apparition de Maureen O’Hara dans le rôle de l’ancienne femme de Wayne. Vingt ans après Rio Grande ou L’Homme tranquille, elle est toujours aussi belle. Et les scènes qu’elle partage avec son partenaire de toujours sont les plus belles du film, pour ce passé que leurs face-à-face fait revivre comme par magie…

Après ce début plein de promesses, le film perd quand même beaucoup de son originalité. Maureen O’Hara disparaît de l’écran pour de bon, « remplacée » par un Indien interprété par un Bruce Cabot assez peu crédible dans un tel emploi. Et la confrontation passé/présent semble ne plus intéresser Sherman, qui se contente de signer un film d’action efficace mais classique.

Avec tout de même quelques belles figures de méchants, incarnés par Richard Boone et par quelques vieilles badernes échappés des vieux westerns de Wayne, John Agar ou Harry Carey Jr.

L’Empire contre-attaque / Star Wars, épisode V (Star Wars : Episode V – The Empire strikes back) – d’Irvin Kershner – 1980

Classé dans : 1980-1989,FANTASTIQUE/SF,FORD Harrison,KERSHNER Irvin — 14 février, 2017 @ 8:00

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Cet épisode V ressemble à un film de transition, qui finalement ne fait pas tellement avancer l’intrigue. Pas d’Etoile de la Mort, pas de planète en danger, pas même d’immenses batailles pour sauver la galaxie… Tout l’enjeu repose sur Dark Vador qui veut retrouver Luke Skywalker, et les rebelles qui tentent de s’échapper de la planète où les soldats de l’Empire les ont retrouvés.

Le film semble étrangement contraint à un voyage modeste, à l’image du Faucon Millenium, le fameux vaisseau de Han Solo, qui essaye en vain tout le métrage durant de passer en vitesse lumière, mais doit se résoudre à se cacher la plupart du temps : sur un astéroïde, dans une ville aérienne, ou sur le flanc d’un navire de l’Empire…

Un épisode frustrant ? Ben non, au contraire : l’aspect transitoire de l’histoire, sa modestie apparente… Tout participe à faire de L’Empire contre-attaque le film le plus intense de la saga. Le plus enthousiasmant, le plus ambitieux aussi, celui qui se base le plus sur les personnages : sur la romance entre Leia et Solo, mais surtout sur Luke, qui rencontre Yoda pour la première fois, est confronté aux tentations du côté obscur de la Force…

C’est dans ce film aussi qu’il découvre la vérité sur ses origines dans une scène d’anthologie joliment réalisée, dans des couleurs bleues-noires formidablement dramatiques : « I’m your father » lance la voix caverneuse de James Earl Jones.

On a beau connaître ça par cœur, il faut reconnaître que ça fonctionne parfaitement bien. Avec le premier film, George Lucas posait les bases d’un mythe. Avec cette première suite, dont il confie la direction à Irvin Kershner, il y entre pleinement.

* Les deux premières trilogies sont réunies dans un beau coffret de 9 blue ray, avec des tas de bonus : des interviews, des making of d’époque ou récents, plein de documentaires… Plus de 40 heures de bonus, promet le packaging.

La saga Star Wars

LIVRE : Allan Dwan, la légende de l’homme aux mille films – collectif – 2002

Classé dans : DWAN Allan,LIVRES — 13 février, 2017 @ 8:00

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Allan Dwan aurait réalisé mille films, selon la légende hollywoodienne (qui donne son titre au livre). C’est sans doute très exagéré, mais l’impressionnante filmographie réunie pour cet ouvrage dénombre toutefois 453 titres en cinquante de carrière. D’accord, les deux tiers d’entre eux sont des films d’une à cinq bobines (10 à 50 minutes environ) tournés de 1912 à 1916. N’empêche : Dwan reste l’un des cinéastes les plus prolifiques d’Hollywood, dont la carrière couvre toute la grande histoire du cinéma, de la naissance du langage cinématographique à l’apparition du cinéma parlant, des premiers longs métrages à l’âge d’or d’Hollywood, et jusqu’aux prémices du Nouvel Hollywood.

Cette hallucinante filmographie, qui semble être la plus complète et la mieux documentée jamais établie, n’est pas l’élément le moins intéressant de cet ouvrage édité à l’occasion d’une rétrospective consacrée à Dwan au festival de Locarno (en 2002). Un ensemble de textes disparates, écrits à diverses périodes, dont l’assemblage à lui seul constitue un témoignage passionnant sur l’évolution de la connaissance que le public et la critique ont (ou ont eu) de son œuvre.

Dans un article écrit quelques mois après la mort de Dwan, en 1981, le critique Jean-Claude Biette estime ainsi que le cinéaste restera surtout dans l’histoire pour le Robin des Bois avec Douglas Fairbanks, ainsi que pour Suez et Iwo Jima. Vingt ans plus tard, ces deux derniers films, aussi réussis soient-ils, seront largement éclipsés par la dizaine de films d’une extrême cohérence visuelle et thématique que Dwan tournera dans les années 50 avec le producteur Benedict Bogeaus et le chef-op John Alton, à commencer par Silver Lode et Tennessee’s Partner.

Ces films, effectivement formidables, étaient au cœur de la rétrospective de Locarno, et ont été édités à la même époque dans un excellent coffret DVD (chez Carlotta), ce qui explique largement cette réévaluation tardive. On retrouve d’ailleurs dans ce livre les critiques de tous ces films, publiées en 2002 dans Les Cahiers du Cinéma.

De ces films, il n’est pourtant question que brièvement, et de manière très parcellaire, dans le formidable entretien réalisé par Peter Bogdanovich entre 1968 et 1969, qui constitue le cœur du livre : 60 pages d’une grande densité au cours de laquelle Dwan répond longuement au question de Bogdanovich. Le cinéaste, qui n’avait plus rien tourné depuis plusieurs années, évoque avec une mémoire qui semble sans faille l’envers du décors, dévoilant de nombreuses anecdotes fascinantes.

Qu’ils soient authentiques ou enjolivés, les souvenirs de ses premières années sont des témoignages précieux de cette époque héroïque. Il y évoque ses tout premiers pas de cinéastes, les tournages improvisés et enchaînés à un rythme effréné, la manière dont il a été mordu par un crotale, l’alcool qui coulait à flot, et même des règlements de compte à l’arme feu imposés par un groupement de compagnies qui prétendait protéger son droit exclusif d’utiliser les caméras. Autant d’anecdotes qui illustrent merveilleusement l’état d’invention permanente de cette époque de pionniers.

Egalement passionnantes, ses relations avec Douglas Fairbanks et Gloria Swanson, les deux immenses stars dont il fut l’un des réalisateurs attitrés durant le muet. Cette période est d’ailleurs la plus développée par l’interviewer, qui évoque aussi longuement les années 30 de Dwan, aujourd’hui largement retombée dans l’oubli. De ses production Bogeaus, seuls Cattle Queen of Montana et surtout The River’s Edge sont mentionnés, ainsi que ses relations avec Barbara Stanwyck et Ronald Reagan. Rien sur Silver Lode ou Slighty Scarlet.

Il faut dire qu’au moment de cet entretien, Dwan était avant tout considéré un grand cinéaste du muet. Ormis ce long entretien, indispensable, les deux textes les plus passionnants sont d’ailleurs consacrés à cette période muette de Dwan, textes signés par deux spécialistes de cette époque : David Robinson avec un texte historique très documenté, et Kevin Brownlow pour une évocation plus personnelle de sa découverte du cinéaste.

Intéressant aussi, le texte du critique américain Kent Jones qui décripte un pan méconnu de l’œuvre de Dwan : ses comédies. On peut quand même reprocher à ce texte, comme à ceux des autres analystes qui tentent de trouver des thèmes au cinéma de Dwan, de ne se baser que sur une toute petite poignée de films. Un peu léger, et du coup un peu fumeux.

Mais ne serait-ce que pour l’entretien avec Bogdanovich, les textes de Brownlow et Robinson, et l’impressionnante filmographie, ce livre est une référence. Et donne furieusement envie de voir et revoir les merveilles parfois cachées que recèle cette hallucinante carrière…

L’Arme fatale (Leathal Weapon) – de Richard Donner – 1987

Classé dans : 1980-1989,ACTION US (1980-…),DONNER Richard — 12 février, 2017 @ 4:55

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Une petite madeleine pour tous les hommes de ma génération (les tout jeunes quadras, donc). Ce modèle du buddy movie était de ces films dont on se repassait inlassablement la VHS usée jusqu’à la corde. A le revoir… quelques années plus tard, on est pourtant de surpris de réaliser que toutes les répliques et figures attachées à L’Arme fatale… ne figurent pas dans ce premier film. « On y va à 3″, Leo Getz, la bombe sous les chiottes… Il faudra attendre le numéro 2 pour découvrir ce à quoi on continue à associer la saga.

Ce premier film constituait un nouveau départ pour un Mel Gibson tout juste sorti de la trilogie Mad Max, qui s’imposait comme l’un des grands action héros de la décennie à venir, l’égal d’un Bruce Willis dont la consécration (avec Piège de cristal) suivrait de peu. Mais c’est la part sombre de son personnage qui domine encore. La folie pseudo-suicidaire de son personnage Martin Riggs ne sera plus qu’un vague argument par la suite. Elle constitue ici le cœur du film, et de sa relation naissante avec son aîné, le plus sage et plus mûr Roger Murtaugh (Danny Glover).

L’humour est déjà présent, mais c’est c’est bien la noirceur qui domine : au début du film, on découvre Riggs prêt à se tirer une balle dans la bouche. De son côté, Murtaugh célèbre un cinquantième anniversaire dont on sent qu’il lui pèse lourdement. Bref, des premiers pas d’avantage tournés vers le passé que vers un avenir souriant. D’autant plus que l’intrigue policière est elle aussi très sombre, autour de la mort d’une jeune femme dont la vie a été gâchée par la drogue et la pornographie.

Cette noirceur sied assez mal à Richard Donner, réalisateur sans génie, mais qui s’avérera nettement plus à l’aise avec un ton léger, à la limite de la parodie (Maverick, L’Arme fatale 3). Mais l’alchimie entre Mel Gibson et Danny Glover est, d’emblée, évidente. Non, le principal problème, c’est que l’extrême noirceur de l’histoire nécessitait quand même que l’intrigue soit prise au sérieux. Ce qui est loin d’être le cas.

Shane Black (qui tenait un second rôle la même année dans Predator) s’est fait une réputation et une fortune avec le scénario de ce film, qu’il avait écrit quelques années plus tôt. Sans doute quand il avait 12 ans : difficile d’imaginer qu’il était plus âgé lorsqu’il a imaginé les rebondissements de cette histoire policière totalement improbable, qui n’avance qu’au hasard des tueries perpetrées par des méchants très extrêmes (dont le charismatique Gary Busey). Heureusement, Donner comprendra dès le film suivant que la comédie est l’élément moteur de ce tandem impeccable.

* Voir aussi : L’Arme fatale 2L’Arme fatale 3 et L’Arme fatale 4.

L’Inspiratrice (Inspiration) – de Clarence Brown – 1930

Classé dans : * Pre-code,1930-1939,BROWN Clarence — 8 février, 2017 @ 8:00

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L’histoire n’est pas neuve, les personnages ne sont pas franchement surprenants, le film manque de rythme, la mise en scène n’est inventive que par moments… Mais il y a Greta Garbo, dont on comprend dès le premier plan pourquoi elle est toujours à ce point une icône. Dans ce Paris de l’entre-deux-guerres, dans cet univers de riches oisifs et d’artistes joyeusement décadents, dans cette histoire d’amour où s’invite un aspirant diplomate dont on imagine qu’il annonce des relations internationales qui appartiennent aujourd’hui à un passé bien révolu… Dans ce film typique de ces débuts du parlant donc, Garbo est une apparition d’une modernité hallucinante.

Dès la première scène, cette manière si particulière qu’elle a de s’ennuyer des attentions qu’elle suscite autour d’elle, de dévisager le jeune homme qui l’intrigue, de se diriger vers lui crânement et de lui demander qui il est… Qui d’autre que Garbo pourrait jouer une telle partition en étant aussi touchante, et désarmante ? Garbo n’est jamais aussi bien que lorsqu’on la sent tiraillée entre un passé trouble que l’on ne fait que deviner, et la pureté de sentiments naissants dont on sent qu’ils feront d’elle une héroïne tragique.

C’est tout le sujet du film de de Clarence Brown, qui a le mérite de ne pas trop tirer sur la corde lacrymale, restant constamment dans une belle mesure. Avec quelques très belles idées de mise en scène, comme cette première montée des trois étages qui mènent à l’existence du bel amour (Robert Montgomery, bien sympathique, mais tellement nunuche qu’on a un peu de mal à comprendre comment la belle peut être à ce point raide dingue de lui), superbe plan qui rappelle celui de Seventh Heaven, avec un détail en plus qui en dit long sur le passé de Garbo : au bout de deux étages, la belle n’en peut plus, habituée qu’elle est à ne rien faire.

Il y a comme ça une poignée de très belles scènes dans le film. Des retrouvailles fortes sur la terrasse d’un café, un dialogue cruel entre “amis” dans le salon d’un artiste parisien, ou une tragique et déchirante scène de rupture entre un riche dandy et une conquête dont il s’est lassé… Et surtout une fin pleine de pudeur et d’émotion, qui marque encore le refus de Brown de tomber dans la surenchère lacrymale. On lui en sait gré.

L’Arme fatale 4 (Lethal Weapon 4) – de Richard Donner – 1998

Classé dans : 1990-1999,ACTION US (1980-…),DONNER Richard — 7 février, 2017 @ 8:00

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Le générique de fin résume plutôt bien la seule ambition du film : réunir tous les personnages des trois premiers films pour une série de photos de familles dont on aurait soigneusement éloigné tous les éléments inattendus. Les fans les plus passionnés apprécieront sans doute. N’empêche : cet argument est-il suffisant pour faire un film ?

Franchement, pas sûr… Avec le premier film et son improbable duo de flics, Richard Donner avait donné un petit coup de frais bien sympathique au buddy movie. Sans génie mais avec un vrai savoir-faire, et avec l’aide de Mel Gibson et Danny Glover, dont l’alchimie fait plaisir à voir, et qui savent insuffler un vent de légèreté et un humour bienvenus.

De cet humour, que reste-t-il dans ce quatrième volet ? Un échantillon d’urine volé à un vieux dans un hôpital, des sous-entendus homophobes et des blagues racistes. Bref, rien de bien glorieux.

Et côté action, l’autre spécificité de la saga ? Là, c’est (un peu) mieux, surtout lorsque Donner met en valeur les qualités évidentes d’action movie de Gibson, jamais aussi intense que lorsqu’il s’obstine sur sa cible quoi qu’il arrive, s’accrochant à un métro en marche, ou sautant d’un toit à l’autre. Dommage que sa doublure soit aussi présente et aussi visible.

Et puis tout ça ronronne un peu trop, avec un air constant de déjà vu, et l’impression tenace que le cœur n’y est pas. Les scènes d’action semblent désormais n’être que des passages obligés pour Donner, qui préfère mettre en place ses photos de famille, transformant la saga d’action policière en une farce familiale.

On prend bien un peu de plaisir par moments, entre deux longues plages d’ennui. La romance entre Rene Russo et Mel Gibson ne surprend plus, le numéro de Joe Pesci fatigue. Le nouveau venu Chris Rock n’apporte pas grand-chose, et le grand méchant Jet Li se contente du service minimum. Franchement, il était temps que ça s’arrête.

* Voir aussi : L’Arme fataleL’Arme fatale 2 et L’Arme fatale 3.

La Vie est belle (It’s a wonderful life) – de Frank Capra – 1946

Classé dans : 1940-1949,BOND Ward,CAPRA Frank,FANTASTIQUE/SF,STEWART James — 6 février, 2017 @ 8:00

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Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? La Vie est belle est une merveille, un film euphorisant, un pur bonheur de cinéma, l’un de ces chefs d’œuvre qui rendent immensément heureux, et qui vous réconcilient avec l’humanité. Bref, j’aime La Vie est belle, le film a changé ma vie de cinéphile, ma vie tout court.

Classique indémodable, diffusé chaque Noël à la télévision américaine (comme quoi ils n’ont pas si mauvais goût, les Ricains), sommet de la filmograpghie de Capra (qui ne s’en remettra jamais tout à fait), le film n’a rien perdu de son universalité. L’histoire ? Celle de George Bailey, jeune homme qui rêve de grands voyages mais se retrouve coincé dans la petite ville de Bedford Falls où il étouffe, mais où il doit perpétuer l’oeuvre de son père, bienfaiteur qui s’opposait au cynisme inhumain d’un tout puissant banquier.

La grande idée du film, celle dont on parle systématiquement, ne représente qu’une petite partie du métrage : au bout du rouleau, sur le point d’être enfermé pour avoir perdu l’argent des habitants, Bailey s’apprêt à se suicider. C’est là qu’un ange apparaît et lui montre à quoi ressemblerait le monde s’il n’existait pas…

Une idée géniale, qui ne suffit pas à dire la richesse de ce film, superbe de la première à la dernière image. Il y a d’abord la prestation de James Stewart, exceptionnelle, pleine de nuances et d’une intensité rare. Il faut voir son regard lorsque, sur le quai de la gare, il comprend que son frère ne reprendra pas l’entreprise familiale, et qu’il est condamné une fois encore à renfoncer à ses projets. Il faut le voir aussi se liquéfier d’amour (on le comprend) pour Donna Reed alors qu’ils se partagent un combiné de téléphone.

Donna Reed… C’est rien de dire que c’est le rôle de sa vie. Sa bienveillance naturelle, son sourire immense, peut-être le plus beau de l’histoire du cinéma, illuminent constamment le film de leur discrète présence. Lionel Barrymore en méchant très scroogien, Thomas Mitchell en oncle maladroit, Ward Bond en policier au grand cœur, Henry Travers en ange irrésistible, et même Gloria Grahame dans l’un de ces rôles qui lui vont si bien (une mauvaise fille au grand cœur)… Tous sont formidables.

On pourrait reprocher la naïveté du propos, voire la morale de l’histoire… On aurait tort : La Vie est belle est une merveille d’émotion pure, et un film qui réhabilite joyeusement la bienveillance et les plaisirs simples. Un film indispensable que, comme les Américains, on devrait tous voir au moins une fois par an.

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