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North Face, duel au sommet (Nordwand) – de Philipp Stölzl – 2008

Classé dans : 2000-2009,STÖLZL Philipp — 29 août, 2010 @ 11:54

North Face

Bon, c’est vrai qu’il est difficile de ne pas filer le vertige avec un « film de montagne » : même dans les films les plus approximatifs, les réalisateurs réussissent toujours au moins une scène ou deux en utilisant les vieux trucs : un piton qui se décroche, une avalanche qui menace, une corde qui menace de rompre… Des trucs aussi usés qu’efficaces, qui sont à la portée du premier vidéaste amateur venu. Mais là il faut bien le dire : c’est le film de montagne (un genre en soi, donc) le plus traumatisant qu’il m’ait été donné de voir. D’un réalisme absolu, le film n’use des effets de suspense classiques que pour mieux souligner la psychologie des personnages, et la cruauté de leur destin. Et parce qu’on s’attache aux personnages, parce qu’on suit de près tous leurs choix, on marche comme dans aucun autre film du genre, et les images continuent à nous hanter longtemps après la fin du générique…

Les images sont très belles, d’ailleurs. Il faut dire que Philippe Stölzl a eu les moyens de ses ambitions. Cette très grosse production allemande est pourtant restée inédite dans les salles françaises. Mais heureusement, une fois encore, le DVD est là pour rattraper cette erreur, et découvrir ce film inspiré d’une histoire vraie : en 1936, pour le troisième Reich d’Hitler, pour prouver au monde entier la valeur de l’Allemagne nazie, à la veille des JO de Berlin, pousse deux militaires sans grade, amateurs d’alpinisme, à s’attaquer à la face Nord de l’Eiger, encore inviolée, et réputée être la plus dangereuse d’Europe… Le film suit la préparation, et toutes les étapes de cette aventure, dont on taira la fin ici pour garder le suspense entier.

Le réalisateur n’évite pas toutes les facilités, il faut bien le reconnaître. Il y a notamment, durant la partie la plus difficile de l’escalade, un montage qui alterne les plans montrant les héros braver le froid et les éléments déchaîner, et les plans montrant les observateurs confortablement attablés dans un hôtel autour d’un énorme repas. Et ça dure, ça dure, histoire de bien nous faire comprendre que ces observateurs sont un brin cyniques, tout de même. Franchement, on avait compris en trois secondes…

Mais on passe vite sur cet aspect un peu lourdingue du film. Tout le reste est brillamment réussi : la reconstitution des années 30 d’abord, grâce à un beau travail sur les costumes et les décors, mais aussi sur la photographie. L’image, tirant sur le sépia, est remarquable. Et puis il y a les personnages, surtout, l’un fougueux, l’autre plus tempérée, mais qui se retrouvent autour d’une même passion pour laquelle ils sont prêts à tout risquer. Il y a aussi le personnage féminin, journaliste débutante ballotée entre son ambition et son amour pour l’un des deux héros. Johanna Vokalek, qui l’interprète, est particulièrement touchante, l’émotion passant essentiellement par son beau regard à la fois perdu et combattif.

La force de Stölzl, c’est la manière avec laquelle il réussit à filmer le destin en marche. Sans jamais forcer le trait (ou presque : il y a tout de même une scène un peu lourdement appuyée où l’un des deux décide de récupérer une corde qu’il avait tendue entre deux rochers), le réalisateur nous fait ressentir le poids énorme de la moindre décision prise par les alpinistes. C’est éprouvant, et sacrément efficace.

C’est un détail, mais je suis aussi bien reconnaissant à Stölzl d’avoir résolu un mystère qui me hantait depuis des années. Je ne suis pas spécialiste en montagnes, et je n’avais jamais compris comment, après une longue chute, le personnage de Clint Eastwood dans La Sanction pouvait pendre au bout d’une corde… juste devant l’entrée d’un tunnel qui semble sortir de la montagne. Dans North Face, Philippe Stölzl, qui maîtrise parfaitement l’espace, réussit à nous faire savoir à tout moment où se trouvent les personnages les uns par rapport aux autres… et à m’expliquer par la même occasion ce qu’est ce fameux tunnel.

2012 (id.) – de Roland Emmerich – 2009

Classé dans : 2000-2009,EMMERICH Roland,FANTASTIQUE/SF — 28 août, 2010 @ 4:34

2012

Je ne pensais pas écrire ça un jour, mais Roland Emmerich a du génie. Si, si, le réalisateur des piteux Godzilla et 10 000, celui-là-même qui se laissait aller joyeusement à un patriotisme va-t-en-guerre un peu nauséabond dans Independance Day et The Patriot… Eh bien je le clame haut et fort : son 2012 est un petit chef d’œuvre. Evidemment, c’est con, c’est énorme, on n’y croit pas une seconde et tout et tout… Mais une fois qu’on a glissé sur ces détails, il faut bien se rendre à l’évidence : ce film hallucinant qui enchaîne quasiment sans temps mort les séquences de destructions massives est filmé avec une inventivité, une fraîcheur, et surtout une efficacité tout simplement exceptionnelles.

Avec Le Jour d’après, déjà, Emmerich avait signé un excellent film catastrophe. Avec 2012, il reprend strictement la même histoire, qui peut se résumer très vite : les éléments se déchaînent, et provoquent la fin du monde et la mort de 99,99% de l’humanité. Et qu’importe si on assiste aux effets spectaculaires du réchauffement climatique ou à la réalisation d’une prophétie maya, le résultat est le même : tout pête, tout s’effondre, tout disparaît, et tout le monde meurt, ou presque. Parce qu’il faut quand même des personnages, là-dedans, et ceux de 2012 sont particulièrement réussis, parce que Emmerich, qui semblait jusqu’à présent condamné à accumuler tristement les clichés les plus éculés du film catastrophe, sans le moindre recul, joue ici avec les mêmes clichés, en les détournant et en s’en moquant joyeusement.

« Joyeusement », c’est d’ailleurs paradoxalement l’impression qui se dégage de ce film qui pulvérise pourtant le record du nombre de morts violentes à l’écran. Et cette impression s’explique (pardon pour cette digression) dans le making of passionnant qui accompagne le DVD : on y voit un Roland Emmerich totalement détendu et visiblement heureux comme un enfant gérer les moindres détails de dizaines de séquences dont chacune paraît être d’une complexité insurmontable. Emmerich est dans son élément dans cette énorme machine qu’il a écrite, et qu’il réalise avec une évidence qui force le respect. Le réalisateur ne tombe pourtant jamais dans la facilité : il enchaîne les séquences compliquées (avec des centaines de figurants, des mouvements dans tous les sens et dans tous les coins de l’écran, et des explosions partout) avec une inventivité intarissable, et une volonté assumée de faire toujours plus spectaculaire. On pourrait en avoir la nausée, mais non : on vit le film avec une jubilation rare, et sans reprendre son souffle (nouveau record mondial d’apnée : deux heures et demi sans respirer !).

La mode est au film post-apocalyptique ? Emmerich invente un nouveau genre, qu’il semble être le seul à pouvoir aborder : le film apocalyptique. Peu importe ce qui se passe avant ou après la fin du monde, ce qui l’intéresse, c’est ce qui se passe pendant. Et le réalisateur-scénariste ne manque vraiment pas d’imagination pour multiplier les rebondissements et les visions spectaculaires.
On ne dira pas grand-chose des comédiens, qui n’ont définitivement pas la vedette dans cet immense spectacle démesuré. Ils sont pourtant tous excellents, à commencer par John Cusack, souvent habitué à des rôles plus intellectuels, qui joue ici un écrivain en manque d’inspiration, un monsieur tout le monde prêt à tout pour sauver son ex-femme et ses enfants de la mort. On trouve aussi dans le désordre un président des Etats-Unis (noir, forcément, joué par Danny Glover), un grand scientifique aveuglé par le pouvoir, un milliardaire russe sans état d’âme, un doux-dingue qui attend avec impatience la beauté de sa propre fin (Woody Harrelson, totalement déjanté)…

Il y a aussi un sous-texte politique assez inattendu de la part du réalisateur de Universal Soldier (ben oui, c’était lui aussi…). Dans Le Jour d’après, il surprenait déjà avec une séquence d’immigration clandestine des Etats-Unis vers le Mexique pour le moins politiquement incorrect. Dans 2012, il va plus loin encore en montrant une méthode de sélection particulièrement cynique, et la manière dont les Américains sacrifient sans regret des populations entières (le scientifique américain est sauvé, mais l’Indien qui a pressenti la catastrophe le premier est sacrifié sans hésitation). Le film n’insiste jamais sur ces aspects, et reste continuellement un pur spectacle, mais n’empêche, ces scènes sont bien là, et suffisamment explicites.

On peut trouver ce jugement trop dithyrambique, mais un tel pur plaisir de cinéma est suffisamment rare pour être souligné. Emmerich me donnait jusque là une impression nauséabonde. Je dois bien reconnaître qu’il m’est d’un coup devenu très sympathique, et que j’attends avec une grande impatience une éventuelle troisième fin du monde. D’ici là, j’attends avec curiosité (je n’irais pas jusqu’à « confiance », tout de même, restons raisonnable) son prochain film, Anonymous, un drame elizabéthain dans lequel on découvrira que William Shakespeare n’était pas l’auteur de ses pièces… Un changement de cap pour le moins surprenant. Mais après ça, vivement le retour au gigantisme…

L’Eventail de Lady Windermere (Lady Windermere’s Fan) – de Ernst Lubitsch – 1925

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,LUBITSCH Ernst — 27 août, 2010 @ 5:17

L'Eventail de Lady Windermere (Lady Windermere's Fan) - de Ernst Lubitsch - 1925 dans 1920-1929 leventail-de-lady-windermere

Quel bonheur que cette adaptation d’une pièce très cruelle d’Oscar Wilde. On a souvent dit de Lubitsch que ses films étaient comme des bulles de champagne, mais c’est particulièrement vrai de celui-ci, qui nous plonge dès les premières images dans un état de bien-être absolu. Et pourtant, le cinéaste ne nous épargne rien de la cruauté du milieu qu’il décrit : celui de la grande bourgeoisie londonienne. On est bien dans une comédie de mœurs, genre très en vogue dans les années 20, mais dans une comédie amère et dérangeante, où ni les personnages, ni les spectateurs ne sont épargnés.

La Lady Windermere du titre est une jeune femme bien mariée, courtisée par un riche célibataire, et qui a toujours cru que sa mère était morte. Mais cette dernière réapparaît après une vie d’aventures, et se fait connaître auprès de Lord Windermere, lui réclamant de l’argent. Ce dernier décide de cacher la vérité à sa femme pour la préserver…

L’histoire ressemble au « pitch » de nombreuses pièces de boulevard, mais il n’y a pourtant pas le moindre poncif dans ce film sublime, d’une justesse absolue. Cinéaste décidément immense, Lubitsch se sert de sa caméra pour souligner délicatement l’état d’esprit de ses personnages, et il le fait avec une maîtrise impressionnante : son film est tout simplement l’un des sommets du cinéma muet. Adaptation d’une pièce de théâtre, L’Eventail de Lady Windermere est pourtant l’antithèse absolue du « théâtre filmé », piège dans lequel même les plus grands cinéastes sont parfois tombés (Ford dans Permission jusqu’à l’aube, Mankiewicz dans Guêpier pour trois abeilles…). Il s’agit au contraire d’un pur film de cinéma, basé totalement sur le langage cinématographique. Il y a d’ailleurs très peu de cartons dans ce film muet : le style de Lubitsch suffit à faire comprendre et ressentir ce qui se passe à l’écran.

Ce qui se passe et ce qui ne se passe pas, d’ailleurs, car une grande partie du drame qui se joue repose sur ce qui est « hors champs ». A l’image de cette belle séquence où, du jardin, Lady Windermere croit voir Edith Erlynne (dont elle ignore que c’est sa mère) flirter avec son mari. Il n’en est rien évidemment, et la plupart des personnages passent tout le film à se tromper, et à porter des jugements tronqués qui pourraient bien priver l’histoire d’une issue heureuse. Seul, le spectateur a en main toutes les cartes, et son omniscience renforce l’émotion et le suspense dégagés par le film. Seul, ou presque, parce que Lord Darlington, l’amoureux éconduit, est sans doute le seul personnage à comprendre réellement ce qui se passe, jouant à la fois un rôle d’observateur et de médiateur dans cette histoire où tout le monde, à tout moment, risque de s’étriper. Il faut d’ailleurs insister sur la performance de Ronald Colman (qui sera notamment le héros de Horizons perdus, le film culte de Capra), absolument sublime dans ce rôle à la fois en retrait et central. Il y a une scène notamment, où, seul face à Lady Windermere (May McAvoy, qui sera l’actrice principale du Ben-Hur de Niblo, et du fameux Chanteur de Jazz), il réalise que la jeune femme ne lui rendra pas son amour, et où, soudain, il lâche une petite phrase minable, ce qu’il reconnaît avec un petit sourire triste et résigné. Son jeu d’acteur est d’une vérité criante et saisissante…

Cinéaste visuel, Lubitsch a également toujours laissé une place très importante aux dialogues, et L’Eventail de Lady Windermere ne fait pas exception, même s’il s’agit d’un film muet. Evidemment, les mots précis nous échappent, mais le sens des paroles est d’une limpidité stupéfiante. Là encore grâce aux cadrages, grâce au jeu des acteurs aussi, qui nous font parfois oublier qu’on est dans un film muet. Il y a par exemple une scène extraordinaire, dans un champ de course, au cours de laquelle trois horribles mégères cancanent et échangent les pires horreurs au sujet d’Edith Elynne (Irene Rich, elle aussi formidable), dans le plus formidable dialogue de commères qu’il m’ait été donné de voir au cinéma. Et tout ça sans paroles.

Film beau, poignant, parfois drôle, L’Eventail de Lady Windermere est décidément l’un des sommets du cinéma muet… et du cinéma tout court. Si Lubitsch a, un jour, approché la perfection, c’est peut-être bien dans ce film.

L’Eventail de Lady Windermere sort de l’oubli grâce aux Editions Montparnasse, qui proposent une très belle édition DVD en vente le 7 septembre. On y retrouve notamment un portrait passionnant de Lubitsch (de près d’une heure). Le DVD est mis en vente à 15 euros.

Strange Days (id.) – de Kathryn Bigelow – 1995

Classé dans : 1990-1999,BIGELOW Kathryn,FANTASTIQUE/SF — 26 août, 2010 @ 5:00

Strange Days (id.) - de Kathryn Bigelow - 1995 dans 1990-1999 strange-days

J’avais gardé un meilleur souvenir de ce film de S.F. signé Kathryn Bigelow, et écrit par son ex, James Cameron. La réalisatrice n’a rien à se reprocher d’ailleurs : sa caméra est toujours aussi virtuose, et la belle insuffle un souffle et un rythme parfait, réinventant même avec beaucoup d’efficacité l’utilisation de la caméra subjective, notamment lors d’une longue séquence d’ouverture mémorable. Cette séquence est doublement réussie : d’abord parce qu’elle nous met littéralement à la place d’un petit truand en plein casse dont l’issue lui/nous sera fatal ; ensuite parce qu’elle pose les bases visuelles des nombreuses séquences similaires à venir.

Le style « coup de poing » de Bigelow ne vampe jamais ni l’histoire, ni les personnages. Au contraire : la caméra est toujours au service de l’intrigue et de l’intensité dramatique. En cela, Strange Days est une grande réussite. Le contexte du film (la veille de l’an 2000) est également joliment illustré, la réalisatrice nous montrant par petites touches discrètes la violence et l’insécurité galopantes dans les villes. Jamais elle n’appuie le trait de ce qui est pourtant le sujet principal du film : le mal-être et la tentation que l’on a de trouver refuge dans « autre chose ».
Les acteurs non plus n’ont rien à se reprocher, et surtout pas Ralph Fiennes, comédien aussi intense en nazi impitoyable (La Liste de Schindler) qu’en monsieur tout le monde dépassé par les événements (Quizz Show) ou en diplomate ravagé par la mort de sa femme (The Constent Gardener) ; en ancien flic devenu une loque limite junkie, Fiennes est formidable. Ni la trop rare Angela Basset, personnage apparemment un peu en retrait, mais d’une grande richesse : à la fois dure et féminine, fragile et déterminée, forte et amoureuse… Et quel coup de pied !

Hélas, trois fois hélas, il y a le scénario qui est certes bourré de qualités, et d’une grande richesse thématique. Mais qui est aussi bourré de clichés et de codes mille fois rabâchés, et souvent bien mieux. Il ne faut pas attendre longtemps avant de douter de la dévotion de Tom Sizemore pour son « pote » ; les flics pourris ne sont guère mieux servis (même s’ils sont incarnés par de bons acteurs : Vincent d’Onofrio et William Fichtner) ; pas plus que le grand méchant du film, joué par un Michael Wincott qui fait… du Michael Wincott, avec toujours autant de charisme et un air aussi méchant…

Ces clichés parfois hénormeux gâchent un peu le plaisir, mais Strange Days est bel et bien un film de Kathryn Bigelow : profondément divertissant, et bien plus complexe qu’il n’y paraît…

Cinq femmes autour d’Utamaro (Utamaro o meguru gonin no onna) – de Kenji Mizoguchi – 1946

Classé dans : 1940-1949,MIZOGUCHI Kenji — 26 août, 2010 @ 1:30

Cinq femmes autour d'Utamaro (Utamaro o meguru gonin no onna) - de Kenji Mizoguchi - 1946 dans 1940-1949 cinq-femmes-autour-dutamaro

Curieux film que livre là le grand Mizoguchi. Le cinéaste nous plonge littéralement au cœur d’un quartier populaire d’une ville japonaise, en plein XVIIIème siècle, et ne sort quasiment jamais du dédale des rues, et des formes géométriques un peu oppressantes des habitations. Seules quelques plans bucoliques, comme en apesanteur, viennent nous sortir de cette sensation d’enfermement constant. Pourtant, les personnages que Mizoguchi filme ici sont libres. Ils le répètent même à la moindre occasion : sortir du carcan des conventions et des vieilles traditions semble être l’ambition principale de ces personnages qui rompent avec la « haute lignée » de leurs aïeuls.

Autour d’Utamaro, le personnage central du film, personne pourtant ne trouve vraiment le bonheur. Les couples se font et se défont, la jalousie se propage et se mue en colère… jusqu’à l’explosion finale, sans doute inéluctable. Au milieu de cette agitation, Utamaro apparaît comme un observateur, servant au mieux de pivot et de facilitateur à l’action, mais n’intervenant jamais dans les sentiments des uns et des autres. Quel que soit le drame qui se noue autour de lui, Utamaro garde une patience et un flegme qui semblent à toute épreuve… Un vernis qui ne craque que lorsqu’il est condamné à avoir les mains liés pendant cinquante jours, devenant alors incapable de se vouer à son art. Un observateur et un passeur : serait-ce là le rôle d’un artiste ?

C’est sans doute le plus autobiographique des films de Mizoguchi, qui semble voir dans le personnage principal, Utamaro, son alter-ego. Pour ceux qui l’ignorent, Utamaro fut l’un des peintres les plus renommés de la fin du XVIIIème siècle au Japon, spécialiste de l’Ukiyo-e, genre qui trancha avec l’approche élitiste de la peinture, et mit l’estampe à la portée de tous. Les parallèles entre les deux artistes ne manquent pas. On passera sur le fait que les deux hommes avaient une passion avouée pour les filles de joie, même si cet aspect est important dans l’œuvre entière de Mizoguchi, et même s’il joue un rôle tout aussi important dans le film. Comme Mizoguchi, surtout, Utamaro plaçait son art avant toute chose, et ne vivait que pour lui. Comme le cinéaste, le peintre se faisait une haute idée de son œuvre, qu’il plaçait au-dessus de la production contemporaine. Au début du film, l’action est mise en place par une phrase écrite par le peintre sur l’une de ses estampes, dans laquelle il affirme que seuls ses dessins parviennent à retranscrire la vie. De son côté, Mizoguchi en a agacé plus d’un dans les années 50 au festival de Berlin, en affirmant après avoir découvert des films occidentaux : « décidément, c’est moi le meilleur »… Pourtant, l’un comme l’autre étaient des artistes dénués d’égaux, qui ne recherchaient ni la gloire, ni la reconnaissance, mais simplement à aller au bout de leur art.

NEWS : la période « Keystone » de Chaplin enfin en DVD

Classé dans : 1895-1919,CHAPLIN Charles,NEWS — 24 août, 2010 @ 2:25

News la période Keystone

Voilà une nouvelle que j’attendais depuis… wouf… huit ans : depuis la sortie chez Arte Video des courts métrages réalisés par Chaplin durant ses périodes Essanay et Mutual. Depuis, MK2 nous a sorti toute la période First National et ses longs métrages tournés notamment pour la United Artists, dans de très belles éditions. Bref, si on ajoute à cela la sortie de La Comtesse de Hong-Kong chez Universal (dans une édition simple, sans le moindre bonus), ce que je me suis empressé de faire, la collection dédiée au créateur de Charlot était presque complète. Presque, mais pas tout à fait : il restait un grand trou dans la DVDthèque de tous les admirateurs de Chaplin, les quelque trente-cinq courts métrages de ses débuts pour la Keystone, la firme de Mack Sennett qui lui a fait faire ses premiers pas au cinéma, en 1914.

Depuis des années, l’édition de ces courts métrages (pour certains très rares, voire invisibles depuis des décennies) étaient programmée. Mais la plupart d’entre eux étaient dans un état de préservation très approximatif, et ont nécessité un long, très long travail de restauration pour arriver à un résultat que l’on nous promet satisfaisant. Mais l’attente arrive à son terme : Arte Video annonce la sortie d’un coffret « La naissance de Chaplin, Keystone 1914″, pour le 17 novembre prochain. Et ça, c’est la meilleure nouvelle de cette fin d’année…

Au menu de ce coffret de quatre DVD : tous les courts métrages de Chaplin depuis son premier rôle Making a living (avec une élégante redingote et de longues moustaches tombantes) jusqu’à son ultime film pour la Keystone, His prehistoric Past. On y retrouve donc la toute première apparition du personnage du vagabond (dans Kid Auto Races at Venice, le deuxième film de Chaplin), et le premier film réalisé par l’acteur (Twenty minutes of love). On retrouve également le premier long métrage dans lequel apparaît Chaplin, cinq ans avant The Kid : Tillie’s Punctured Romance (rebaptisé Le Roman comique de Charlot et Lolotte, pour mettre en valeur la star que Chaplin était devenue), réalisé par Mack Sennett, avec Marie Dressler en vedette.

Ce coffret sera mis en vente pour 39,99 euros.

Dick Tracy contre Cueball (Dick Tracy vs Cueball) – de Gordon Douglas – 1946

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,DOUGLAS Gordon — 24 août, 2010 @ 1:58

Dick Tracy contre Cueball (Dick Tracy vs Cueball) - de Gordon Douglas - 1946 dans * Films noirs (1935-1959) dick-tracy-contre-cueball

Les quatre films de série B que la RKO consacre au personnage créé par Chester Gould entre 1945 et 1947 ne sont pas des œuvres impérissables, loin de là. Mais s’il faut n’en voir qu’un seul, alors que ce soit celui-là. Dick Tracy vs Cueball est le deuxième de la série (après Dick Tracy, détective), et le dernier interprété par Morgan Conway, qui remplaçait celui qui était considéré alors comme l’incarnation vivante de Dick Tracy à l’écran : Ralph Byrd. Byrd avait déjà joué le policier dans plusieurs serials à la fin des années 30, s’apprêtait à reprendre son rôle dans les deux films suivants, et interpréterait encore le détective dans une série télévisée au tout début des années 1950. Pourquoi lui ? Mystère : Byrd m’a toujours paru totalement antipathique, au contraire de Morgan Conway, acteur certes limité, mais bénéficiant d’un certain charisme, et apportant une petite aura de danger à ce flic très populaire.

On est loin du film que Warren Beatty réalisera en 1990, et qui réussira le miracle de donner une vraie forme cinématographique à la bande de Gould. Mais ce Dick Tracy vs Cueball est sans aucun doute le meilleur des quatre films (je ne me prononcerai pas sur les serials, que je n’ai encore jamais vus). Gordon Douglas, qui connaîtra son heure de gloire dans les années 60 en réalisant une série de polars avec Frank Sinatra (dont le fameux Tony Rome est dangereux), parvient même par moments à installer une belle atmosphère, et notamment autour du Dripping Dagger, bar louche tenu par une vieille femme peu recommandable mais haute en couleurs (Esther Howard). Deux (courts) passages semblent même sortir tout droit du crayon de Gould : l’apparition de Cueball au tout début du film, avec ce fondu enchaîné entre le dessin du générique et le visage de l’acteur Dick Wessel ; et un geste très fugace de « Vitamine » (Ian Keith, qu’on avait vu en Saladin dans Les Croisades de De Mille, et en Moray dans le Mary Stuart de Ford) qui avale ses incontournables pilules en cassant son poignet d’un mouvement très « cartoonesque ».

Pour le reste, le film ne fait pas toujours dans la dentelle, et la mise en scène manque parfois cruellement d’imagination. Mais ce métrage qui n’excède pas une heure a l’avantage de la concision et de la rapidité.

The Devil and Daniel Webster / Tout l’argent de la Terre (The Devil and Daniel Webster / All that money can buy) – de William Dieterle – 1941

Classé dans : 1940-1949,DIETERLE William,FANTASTIQUE/SF — 24 août, 2010 @ 1:14

The Devil and Daniel Webster / Tout l'argent de la Terre (The Devil and Daniel Webster / All that money can buy) - de William Dieterle - 1941 dans 1940-1949 the-devil-and-daniel-webster

C’est étonnant de voir à quel point le mythe de Faust a inspiré le meilleur aux plus grands cinéastes : le Faust de Murnau, La Main du Diable de Tourneur (Maurice), Le Portrait de Dorian Gray d’Albert Lewin… Autant de chef-d’œuvre absolus auxquels il faut désormais ajouter ce film longtemps « maudit » de William Dieterle, que l’éditeur Carlotta (dont je ne louerais jamais assez les mérites) permet enfin de découvrir dans de bonnes conditions : depuis les années 40, il n’existait plus de copie complète de The Devil and Daniel Webster, que les producteurs avaient décidé de charcuter consciencieusement après son échec sans appel lors de sa sortie. On ne faisait pas vraiment de sentiment, à l’époque des Studios… Longtemps jugé irrécupérable, la version complète du film serait sans doute restée perdue à jamais pour le grand public, sans le DVD et la volonté de quelques éditeurs cinéphiles.

Et la perte aurait été immense : le film est une pure merveille, dont les images sont comme autant de tableaux magnifiquement composés, qui illustrent parfaitement toutes les étapes de ce film étonnamment riche. Aucune fausse note dans l’inspiration de Dieterle, qui réussit aussi bien les nombreuses séquences bucoliques (de jolies scènes qui montrent à quel point il est bon, mais difficile, de travailler la terre) que cette lente plongée du héros vers la folie, et même les scènes finales du procès avec un jury de damnés. Ces scènes étaient franchement casse-gueules, et menaçaient à la moindre maladresse de tomber dans le grand-guignol ; mais non, en tenant tout du long la note juste, Dieterle réussit de grands moments de cinéma. Sur un plan purement esthétique, The Devil… n’a rien à envier au film de Murnau (d’autant plus que la construction dramatique est un modèle de cinéma, avec une montée du suspense particulièrement efficace). Sur le fond non plus.

L’histoire en elle-même n’a rien de révolutionnaire. Dans la Nouvelle Angleterre de 1840, un brave fermier, Jabez Stone, peine à faire vivre convenablement sa femme et sa mère. Il accepte alors de vendre son âme au Diable (interprété avec jubilation par un Walter Huston décidément capable de tout jouer) en échange de sept années de chance et de fortune. Mais plus il s’enrichit, plus son cœur se durcit… jusqu’au point de non retour.

Pourtant, le film de William Dieterle ne ressemble à aucun autre. Le cinéaste y mêle avec bonheur deux thèmes très forts et a priori sans rapport l’un avec l’autre : le mythe de Faust et une valorisation de l’Amérique rurale et des grandes valeurs sur lesquelles le pays s’est construit. The Devil… c’est la rencontre entre Goethe et le Capra de Monsieur Smith au Sénat. Rencontre improbable, mais qui apparaît comme une évidence devant la caméra de Dieterle. Le réalisateur dresse un parallèle audacieux, mais d’une sincérité qui pousse au respect, entre la damnation et la trahison de ces valeurs américaines.

Le film rappelle que les cinéastes d’origine européenne ont souvent été les plus Américains des réalisateurs américains. Comme Fritz Lang, Robert Siodmak, Michael Curtiz ou Billy Wilder, William Dieterle a fuit la montée du nazisme dans les années 30. Et comme eux, il s’est souvent approprié les genres hollywoodiens, brandissant avec une foi inébranlable les grandes valeurs américaines. Souvent avec un discours critique, mais avec une sincérité qu’on ne peut pas remettre en question. Pour Dieterle, l’Amérique représentait l’ouverture et la vertu, contrepoint absolu à la montée de la haine et de l’intolérance dans cette Europe qu’il a fui… Humaniste engagé, le cinéaste n’allait pas tarder à connaître un cruel retour de bâton : il sera l’une des principales victimes de la Chasse aux Sorcières, son engagement étant jugé suspect.

Mais cet humanisme fait toute la force du film, notamment par le personnage de Daniel Webster, grand homme politique qui n’hésite pas à sacrifier ses ambitions personnelles pour défendre ce en quoi il croit. Simple hasard, ou clin d’œil volontaire ? Daniel Webster est interprété par Edward Arnold, un habitué des comédies humanistes de Capra. Le choix des acteurs fait aussi partie de la grande réussite du film. Et là non plus, pas la moindre fausse note : autour du méconnu James Craig dans le rôle de Jabez Stone, et de la craquante Anne Shirley dans celui de sa douce épouse, on retrouve quelques visages familiers du cinéma américain de cette époque : Arnold et Huston, donc, mais aussi Simone Simon (La Féline, bien sûr), et surtout deux acteurs « fordiens » inoubliables : Jane Darwell (la Ma Joad des Raisins de la Colère) et John Qualen (second rôle incontournable des films de Ford pendant plus de trente ans, de Arrowsmith aux Cheyennes), génial dans le rôle de l’usurier.

Ces seconds rôles contribuent eux aussi à faire de The Devil and Daniel Webster un moment rare de cinéma. Du pur bonheur à recommander sans la moindre retenue…

• Fidèle à son habitude, Carlotta présente le film dans une très belle édition, qui ne propose que des bonus passionnants, notamment un épisode de la série anthologique Screen Directors Playhouse qui, au milieu des années 50, proposait à d’importants réalisateurs hollywoodiens, de réaliser un court métrage d’une trentaine de minutes. L’éditeur avait déjà proposé deux épisodes signés Allan Dwan dans le très beau coffret réunissant sept de ses films (dont je reparlerai immanquablement dans ces colonnes), sorti il y a quelques mois. L’épisode signé Dieterle n’est certes pas un moment inoubliable de l’histoire de la télévision, mais on le découvre tout de même avec une vraie curiosité.

Docteur T et les femmes (Dr T and the Women) – de Robert Altman – 2000

Classé dans : 2000-2009,ALTMAN Robert — 23 août, 2010 @ 7:03

Docteur T et les femmes (Dr T and the Women) - de Robert Altman - 2000 dans 2000-2009 docteur-t-et-les-femmes-300x198

C’est un Altman d’un excellent cru que ce Docteur T… Le réalisateur de Short Cuts aime explorer des univers très particuliers dans ses films, que ce soit pour le meilleur (un show radiophonique dans The Last Show, son ultime et plus beau film) ou le pire (la haute couture dans Prêt-à-porter, décidément inregardable). Un cabinet de gynécologie n’était a priori pas le plus cinématographique, ni le plus passionnant des décors… et pourtant, ce film bien plus complexe qu’on ne pouvait l’attendre est l’une des grandes réussites du monsieur.

Pourtant, les premières minutes font peur : dans la salle d’attente du cabinet du docteur T (Richard Gere), clientes et secrétaires piaillent dans un brouhaha assourdissant, dans un long plan séquence comme les aime Altman (presque un passage obligé pour lui !), dont on sort éreinté, vidé, et légèrement agacé. Après cinq minutes de film seulement. Altman aurait-il une dent contre les femmes ? L’image qu’il en donne dès les premières images n’est guère réjouissante pour la gente féminine. Mais rapidement, on comprend clairement que le discours du cinéaste est bien plus nuancé, ce dont on se doutait, connaissant sa filmo pas vraiment marquée par la misogynie. Ce que Altman critique (très violemment) dans ce film, ce sont les conventions et l’hypocrisie constante qui régissent la bourgeoisie américaine. Dans ces belles familles aisées, tout le monde se fiche plus ou moins de l’autre : tant que le sourire est affiché, et ultra bright, tout va bien. Mais ce vernis clinquant cache très mal les fêlures et le mal-être.

La phrase de la fille cadette du gynéco, qui revient comme un gimmick tout au long du film (« ne te fais pas de souci pour moi, papa ») est à la fois hilarante, déconcertante et un peu glauque. Comme l’état d’ébriété constant qu’alimente consciencieusement la belle sœur du doc (Laura Dern, épatante et très loin de Lula !) pour faire passer ce mal-être dont tout le monde se fout. Les nombreuses scènes 100% féminines sont de grands moments de mesquineries, de sourires de façades, et de petites langues de putes… Finalement, la plus humaine dans cette famille insupportable, c’est la femme du docteur (Farraw Fawcett, parfaite), devenue folle d’avoir été trop aimée ! Le docteur T a une belle phrase pour résumer l’hystérie collective des femmes entre elles, évoquant la naissance de jumeaux : « Lorsqu’il y a au moins un garçon, tout se passe bien ; c’est comme si l’ordre de sortie avait été planifié. Lorsque ce sont deux filles, alors là, c’est la lutte pour savoir qui va sortir en premier… »

Dans cette hystérie ambiante, les apparitions de Richard Gere sont comme de grosses bulles d’air frais. Il se dégage de son personnage une patience et une bonté absolue. Mais la folie de sa femme et son attirance pour une professeur de golf (Helen Hunt) révèlent petit à petit ses fêlures. Et le choix de Richard Gere (qui livre l’une de ses plus belles interprétations, toujours dans la note juste) pour ce rôle est l’une des plus belles idées du film : en apparence, le gynéco est la perfection faite homme. Beau, toujours attentif, d’un calme à toute épreuve, réconfortant et rassurant… il ne comprend en effet strictement rien aux femmes (« qu’il observe toujours par le mauvais goût », comme le dit si bien Robert Altman dans une interview en bonus du DVD), qu’il étouffe littéralement.

N’y a-t-il donc personne qui trouve grâce aux yeux d’Altman ? Si : Maryline (Liv Tyler), la demoiselle d’honneur choisie par la fille aînée du bon docteur T pour son mariage, qui ne dissimule pas son homosexualité, ni son amour pour la future mariée. Cette dernière finira, au dernier moment, par envoyer promener les conventions dans lesquelles elle a grandi, et à crier ouvertement son amour pour Maryline. Ouf !, ce monde d’apparence et de mensonges n’est pas inéluctable. Finalement, Altman est un optimiste…

Victime du Destin (The Lawless Breed) – de Raoul Walsh – 1953

Classé dans : 1950-1959,WALSH Raoul,WESTERNS — 23 août, 2010 @ 1:38

Victime du destin

La lecture du formidable roman de James Carlos Blake, L’Homme aux pistolets, m’a donné envie de revoir ce western du grand Walsh, lui aussi inspiré de la vie de John Wesley Hardin, l’un de ces grands hors-la-loi qui ont fait la mythologie de l’Ouest américain. La comparaison est un peu déroutante… Le roman (écrit en 2002) est un portrait tout en nuances de Hardin, qui multiplie les points de vue, et laisse délibérément des zones d’ombre. C’est aussi une peinture particulièrement réaliste de l’Amérique de la deuxième moitié du XIXème siècle, cadre de vie hors norme pour une vie hors du commun.

Le film, prétendument adapté de l’autobiographie écrite par Hardin lors de son long séjour en prison, n’a quant à lui qu’un très lointain rapport avec la réalité. Le hors-la-loi est devenu un jeune homme (interprété par Rock Hudson, qui porte pour la première fois un film important sur ses épaules) qui n’aspire qu’à vivre une existence tranquille dans une ferme, mais qu’un concours de circonstances transforme en ennemi public. Comme il le clame à longueur de film, « je n’ai jamais tiré sur quiconque n’avait pas essayé de me tuer d’abord ». Une « victime du destin », quoi, pour reprendre le titre français.

Toute la première partie, qui retrace la longue « carrière » de hors-la-loi de Hardin, prend énormément de liberté avec la vérité historique, ne reprenant que quelques éléments véridiques (la cohabitation difficile avec un père pasteur qui désapprouve le goût du jeune Wes pour le jeu), parfois en les sortant de leur contexte (comme la séquence, plutôt rare dans un western, des courses de chevaux). L’emprisonnement de Hardin (qui représente pourtant près de la moitié de sa vie !) est même totalement éclipsé : on ne verra pas une image de l’intérieur de la prison, et pas un mot ne sera dit sur les conditions dans lesquelles il a purgé sa longue peine. Quant à la partie finale, dans laquelle il retrouve sa femme et son jeune fils dans la ferme, elle est en opposition totale avec l’existence réelle du hors-la-loi.

En fait, Walsh et ses scénaristes (Bernard Gordon et William Alland, le producteur de L’Etrange créature du Lac Noir) n’ont retenu de John Wesley Hardin que le mythe qu’il représente, et l’aura qu’il dégageait, et faisait de lui la cible idéale des jeunes « gunfighters » en quête de gloire (comme Gregory Peck dans le magnifique film d’Henry King, La Cible humaine). En fait, Walsh est moins intéressé par le long chemin criminel de son héros que par la rencontre entre ce personnage vieillissant et assagi, et son fils aussi bouillant que lui au même âge. C’est, et de loin, la partie la plus passionnante du film : cette magnifique séquence au cours de laquelle Hardin arrive chez lui, et voit pour la première fois son fils, désormais un jeune homme, vous noue la gorge à tous les coups. Rock Hudson la joue avec un mélange d’intensité et de retenue assez remarquable. Je pense qu’on a tendance à sous-évaluer les qualités de cet acteur, qui a signé quelques prestations remarquables, chez Walsh notamment, et surtout dans les films de Sirk, dont il n’allait pas tarder à devenir le comédien fétiche.

Le film tout entier semble ne se diriger que vers la scène suivant ce retour : le premier face à face entre l’homme et son fils, la sensation qu’a l’ancien hors-la-loi de se revoir lui-même (avec un effet de surimpression très réussi, sur le visage affolé de Hudson), et cette certitude, alors, que son fils va suivre le même chemin que lui, faire les mêmes erreurs que lui… Certitude qui le pousse à agir envers son fils comme l’avait fait son propre père avec lui. Cette séquence est sans doute la plus importante du film, et elle est parfaitement maîtrisée. Bien sûr, on peut penser que l’histoire aurait eu plus d’impact sans l’incroyable happy-end purement hollywoodien, mais qu’importe : Walsh a signé un western certes mineur dans sa carrière, mais original et passionnant.

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