Play it again, Sam

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Night Gallery, l’envers du tableau (Night Gallery) – créée par Rod Serling – pilote réalisé par Boris Sagal, Steven Spielberg et Barry Shear (1969)

Night Gallery Eyes

Bien avant de co-réaliser l’adaptation cinéma de La Quatrième Dimension, Steven Spielberg avait déjà un lien avec son créateur Rod Serling : c’est pour lui qu’il a fait ses vrais débuts de réalisateur professionnel, en signant l’un des segments du pilote de Night Gallery, la nouvelle série anthologique de Serling. Ce dernier y confirme son goût pour l’angoisse et le surnaturel, dans de courts récits (en couleurs, cette fois) dont lui-même écrira près d’un tiers des scénarios.

Cette nouvelle série se distingue de La Quatrième Dimension en proposant des programmes plus long : chaque épisode est constitué de trois petits films, que Rod Serling introduit en se mettant en scène dans une galerie plongée dans l’obscurité, où il dévoile l’un après l’autre trois tableaux en rapport avec l’histoire à venir. Des tableaux qui, dans ce pilote au moins, joueront un rôle majeur dans les intrigues.

The cemetery – réalisé par Boris Sagal

Le premier segment est le plus faible des trois, parce qu’il donne un sentiment de déjà vu, et que les personnages sont particulièrement outrés. Roddy McDowall surtout, qui en fait des tonnes en neveu oisif et machiavélique bien décidé à faire crever son vieil oncle impotent et richissime pour rafler l’héritage. Sa méchanceté si affichée et si dénuée de nuance rappelle une quantité de méchants caricaturaux qu’on retrouvait dans les séries télé des années 70…

Face à lui, un George Macready en fin de course qui joue les vieillards cloué sur un fauteuil et privé de la parole, et Ossie Davis en serviteur pas si passif que ça. Ambiance anxiogène avec un tableau qui semble s’animer et annoncer le drame final. Pas neuf, pas désagréable, plutôt efficace malgré tout.

Eyes – réalisé par Steven Spielberg

La raison d’être de ce « pilote » sur ce blog : un petit film historique, puisqu’il marque le premier engagement professionnel d’un tout jeune Steven Spielberg, 21 ans seulement, et chargé de mettre en scène une légende d’Hollywood : Joan Crawford. Rencontre forcément importante, entre une icône de l’âge d’or et celui qui incarnera le mieux l’ère moderne d’Hollywood. Spielberg n’en est pas là, il fait ses gammes, son film est imparfait, parfois maladroit. Mais il a déjà de l’ambition.

C’est particulièrement visiblement dans toutes les scènes impliquant Joan Crawford, femme riche, aveugle et odieuse. La mise en scène de Spielberg est toute en symbole, jouant avec la lumière, le reflet, l’image, pour mieux faire ressentir la cécité du personnage, mais aussi l’ironique tragédie à venir. Travellings, plans naissant dans le reflet d’un diamant… Spielberg est débutant, mais déjà inspiré.

On sent bien le jeune homme encore rempli d’influences européennes et des théories apprises à l’école de cinéma. On sent qu’il a encore du chemin pour s’approprier pleinement ces théories et influences. Mais l’ambition est là, et Spielberg se tire avec les honneurs d’un scénario particulièrement lourd : la riche aveugle s’offre douze heures de vue en achetant les nerfs optiques d’un pauvre bougre acculé (Tom Bosley), pour une opération qu’un brave chirurgien quand même pas trop regardant accepte de réaliser (Barry Sullivan le pote trahi de Kirk Douglas dans Les Ensorcelés).

Escape Route – réalisé par Barry Shear

Tout aussi intéressant, et imparfait, le troisième et dernier segment met en scène un ancien responsable nazi réfugié en Amérique du Sud, hanté par ses victimes, moins par culpabilité que parce qu’il se sent constamment traqué. Les premières minutes sont particulièrement réussies : on le découvre dans sa chambre miteuse plongée dans une quasi-obscurité, incapable de trouver le sommeil.

Beau travail de Barry Shear, dans cette première scène. La suite sera plus aléatoire, avec quelques séquences un peu branlantes, mais globalement une belle manière de filmer la nuit, comme le lieu de tous les dangers, et de tous les fantômes. Une belle idée : confronter le criminel à deux tableaux, l’un rappelant ses crimes, l’autre évoquant un refuge qu’il cherchera à rejoindre (pour de bon). Un plaisir aussi de retrouver Sam Jaffe (Quand la ville dort) en rescapé des camps.

Rue des Prairies – de Denys de La Patellière – 1959

Classé dans : 1950-1959,DE LA PATELLIERE Denys,GABIN Jean — 28 mars, 2021 @ 8:00

Rue des Prairies

Gabin rentre de la guerre après deux ans d’absence, découvre que sa femme est morte en accouchant d’un troisième enfant qui, celui-là, n’est pas de lui. Dix-sept ans plus tard, il mène sa petite vie de père de trois gosses devenus grands, qui lui causent bien des soucis ma p’tite dame.

C’est à peu près tout : des petits riens, des drames (presque) quotidiens. L’aîné est champion de cyclisme et brade son talent dans une course truquée. La fille se laisse séduire par un amant bien plus âgé qu’elle et par une vie facile. Le petit dernier passe son temps à se battre… Des histoires banales, donc, auxquelles Gabin fait face avec ses idées de bon gars à l’ancienne. Un peu réac sur les bords.

Pas grand-chose, donc, si ce n’est quelques moments de vérité. Un face-à-face explosif entre la fille (Marie-José Nat) et le père, l’un de ces moments où Gabin éructe avec force comme il sait si bien le faire. Quelques chouettes moments de camaraderie avinée avec l’éternel pote Paul Frankeur (ah ! quand ils parlent vélos !). Une poignée d’échanges tendres avec les fistons, Claude Brasseur et Roger Dumas.

Gabin est grand, très émouvant en père aimant mais un peu (voire franchement) à côté de la plaque. Denys de La Patellière est un réalisateur sans génie, aussi léger que les dialogues d’Audiard. C’est souvent tendre et touchant. Mais quand l’histoire tourne au drame, La Patellière semble ne plus savoir quoi faire de ses personnages, escamote la cruauté de la séquence du procès par une pirouette lourdingue qui nous laisse sur le mot fin, avec un grand sentiment d’inabouti.

Tension à Rock City (Tension at Table Rock) – de Charles Marquis Warren – 1956

Classé dans : 1950-1959,WARREN Charles Marquis,WESTERNS — 27 mars, 2021 @ 8:00

Tension à Rock City

Charles Marquis Warren, créateur et auteur de la série Rawhide qui révéla un certain Clint Eastwood, a aussi à son actif quelques westerns pour le cinéma. Celui-ci ne paye pas de mine, à première vue. Petit budget (même pour la RKO), pas de grandes vedettes (Richard Egan, Cameron Mitchell, Dorothy Malone, et une toute jeune Angie Dickinson), une intrigue minimaliste, et un décor de petite ville de l’Ouest qu’on nous ressort film après film.

Petit film, mais loin d’être inintéressant. Parce que sous ses faux airs de Rio Bravo avant l’heure (une horde menaçante veut tirer de prison l’un des siens), ce western adopte une intimité étonnante, pas loin de la psychanalyse. Il y a bien des méchants, oui, mais qui n’ont qu’un rôle purement fonctionnel dans l’histoire : leur disparition n’a d’intérêt que pour l’impact qu’elles ont sur les personnages.

Richard Egan, ex bandit qui fuit la réputation honteuse qui le suit, et qui ne cesse de le rattraper par l’intermédiaire d’une chanson populaire qu’un type de passage a toujours la bonne idée de fredonner dans les saloons. Cameron Mitchell en shérif apeuré, hanté par un épisode violent et humiliant dont on ne saura rien. Entre eux, un gamin, Billy Chapin, tout juste sorti de La Nuit du Chasseur. Et une femme belle à damner, mais douce : Dorothy Malone, la formidable Dorothy Malone, incarnation de ce que chacun a à gagner, ou à perdre.

Dans ce western là, l’action est rare, et concise. L’affrontement le plus rude n’est pas celui des héros face aux bandits armés, mais les héros face à eux-mêmes, à leurs tourments intérieurs. Ce n’est pas tout à fait nouveau, mais c’est assez justement mis en image ici, avec une économie de moyens qui frappe juste. Les sentiments ne sont jamais exubérants, mais ils sont forts, et jamais pris à la légère.

Cela donne quelques belles scènes d’amitié taiseuse, et un duel à la fois classique dans sa forme (deux gars face à face dans la rue) et unique dans sa manière de confronter deux hommes dont on sent qu’ils s’aiment et se respectent.

Meurtre par décret (Murder by decree) – de Bob Clark – 1979

Classé dans : * Polars européens,1970-1979,CLARK Bob,Sherlock Holmes — 26 mars, 2021 @ 8:00

Meurtre par décret

Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur… C’était déjà le thème (et le titre) d’un film de 1965 dans lequel l’inspecteur Lestrade était déjà joué par Frank Finlay, qui retrouve donc le même rôle quinze ans plus tard. Anthony Quayle aussi était déjà de la partie, mais dans un tout autre rôle.

Quant au duo Holmes/Watson, il est ici interprété par Christopher Plummer et James Mason, et c’est la double-meilleure nouvelle du film. Parce que l’un comme l’autre sont parfaits, et parce que l’un avec l’autre, ils forment un duo enthousiasmant dans leurs différences comme dans leur complémentarité.

On les découvre d’abord dans un théâtre où ils attendent le début d’une représentation, retardée pour attendre le Prince de Galles. Son arrivée déclenche des huées au troisième balcon, où se trouvent les quelques représentants des quartiers modestes, et les réactions de nos deux héros sont radicalement différentes : Watson outré qu’on puisse siffler la couronne, Holmes à la fois complice et rigolard, et admiratif de la droiture de son ami.

Plus tard, c’est un simple petit pois récalcitrant qui illustre la complicité et les différences des deux hommes, dont on ne peut que regretter qu’ils soient si souvent séparés. Les personnages sont alors nettement plus convenus, moins surprenants, et un peu moins excitants, d’autant que Holmes paraît le plus souvent à côté de la plaque, n’avançant dans son enquête qu’à force de faire des erreurs, souvent dramatiques.

Bob Clark ne manque pas d’ambition : il s’attaque au double mythe de Sherlock Holmes et de Jack l’Eventreur, avec toute l’imagerie qu’ils véhiculent. Sans rien oublier, et en optant pour l’option complotiste au plus haut sommet de l’État. On a donc droit à des crimes horribles, à des déambulations dans les rues grouillantes de vie, des intrigues dans les boudoirs, aux secrets de la franc-maçonnerie, et bien sûr aux brumes de Whitechapel.

Là, l’ambition de Bob Clark marque ses limites : celle d’un style approximatif, fait d’effets parfois faciles (caméra subjective, zooms et ralentis) pour créer une atmosphère poisseuse et inquiétante. A moitié réussi seulement, mais Christopher Plummer et James Mason arrivent toujours à temps pour relancer l’intérêt, et assurer le plaisir.

La Belle de San Francisco (Flame of Barbary Coast) – de Joseph Kane – 1945

Classé dans : 1940-1949,KANE Joseph,WAYNE John,WESTERNS — 25 mars, 2021 @ 8:00

La Belle de San Francisco

San Francisco, cité du jeu et du vice, « nettoyée » en 1906 par un tremblement de terre… On connaît l’histoire, elle a déjà donné lieu à l’un des premiers classiques du cinéma catastrophe, le bien nommé San Francisco de W.S. Van Dyle, avec Clark Gable. Le film de Joseph Kane, tourné dix ans plus tard, insiste nettement moins sur le côté « purificateur » et la dimension religieuse de la catastrophe. Le séisme, d’ailleurs, n’apparaît que tardivement et d’une manière étonnamment furtive.

Quelques minutes, à peine, qui servent surtout de moteur pour faire évoluer le curieux trio de personnages au cœur du film : John Wayne en cowboy du Montana, qui s’impose sur la Barbary Coast de San Francisco, le quartier du jeu, pour ravir la belle Ann Dvorak, chanteuse star du puissant patron des lieux : Joseph Schildkraut, parfait de charme et de cynisme.

Joseph Kane a des moyens limités : c’est une production Republic qui ne permet sans doute pas de s’attarder sur les séquences de destruction. Ceci explique peut-être cela, La Belle de San Francisco est en quelque sorte à San Francisco ce que Ouragan sur la Louisiane était à L’Incendie de Chicago. Avec dans les deux cas un John Wayne encore un peu minot en cowboy naïf confronté au cynisme de la grande ville.

Il est déjà très bien, dans un registre assez léger. Mais c’est Joseph Schildkraut qui séduit vraiment, en « méchant » suave qui donne un ton et une sensation de danger bien loin des clichés. Joseph Kane n’est pas le cinéaste le plus excitant du monde. Sa mise en scène est efficace mais manque parfois de souffle. Mais il a pour lui un excellent scénario de Borden Chase, qui joue habilement avec les codes du western.

On découvre ainsi John Wayne, chapeau sur la tête, et pieds nus face à l’océan. Les scènes de « saloon » deviennent de véritables morceaux de music-hall. Les bagarres tournent systématiquement court, tout comme les duels… Côté grande fresque, Kane montre ses limites. Sur la comédie humaine, en revanche, il fait mouche.

Jumanji (id.) – de Joe Johnston – 1995

Classé dans : 1990-1999,FANTASTIQUE/SF,JOHNSTON Joe — 24 mars, 2021 @ 8:00

Jumanji

Une idée rigolote : un jeu de société venu d’on ne sait où qui confronte ceux qui y jouent à d’innombrables dangers. Selon la case où tombe votre pion, des moustiques géants peuvent apparaître autour de vous, ou un lion, ou une horde de rhinocéros… Le jeu peut aussi précipiter des trombes d’eau à l’intérieur d’une maison, ou précipiter un joueur dans une jungle mystérieuse jusqu’à ce qu’un autre joueur l’en sorte…

Le petit Alan en fait les frais. Lorsque le jeu l’avale, il n’a qu’une douzaine d’années. Lorsque nouveaux joueurs font le 5 qui lui permettent de sortir de là, vingt-six ans se sont écoulés. Le gamin est devenu un adulte chevelu : c’est Robin Williams, et c’est la meilleure idée du film, tant l’acteur est doué pour incarner cette espèce de gamin attardé que la vie n’a pas transformé en un véritable adulte. Bon. Sur le mode comique seulement, parce l’idée n’est pas de se morfondre sur son enfance gâchée…

Les héros sont pourtant tous des orphelins, à qui leurs parents manquent cruellement. Alan est hanté par un père incapable de donner des signes d’amour, au point de transposer cette figure paternelle dans le chasseur impitoyable qui sort du jeu pour le poursuivre (joué par le même acteur, Jonathan Hyde)… Bref, de quoi donner un sous-texte tragique, dont Joe Johnston ne sait visiblement pas trop quoi faire.

Joe Johnston est aux manettes, donc, réalisateur sans univers propre et sans grand talent. Et c’est la promesse (tenue) d’un divertissement rythmé et sans grande audace, qui enchaîne les apparitions décalées à grand renfort d’effets spéciaux qui ont pris un méchant coup de vieux. Pas désagréable, assez marrant par moments, sympa à voir en famille quand on a une famille… un carton en salles qui a donné un remake récent en forme de suite dont on va sans doute continuer à se passer un bon moment sur ce blog. Voilà, voilà.

Le Seigneur des Anneaux : Le retour du roi (The Lord of the Rings : the return of the king) – de Peter Jackson – 2003

Classé dans : 2000-2009,FANTASTIQUE/SF,JACKSON Peter — 23 mars, 2021 @ 8:00

Le Seigneur des Anneaux Le Retour du Roi

et quatre heures de plus pour boucler une trilogie d’anthologie. Quatre heures d’une densité quand même assez rare, au cours desquelles on aura assisté à deux batailles titanesques, à des milliers de morts, à trois ou quatre odyssées parallèles, à l’apparition de monstres spectaculaires, à l’explosion d’un volcan, à l’avancée d’une armée de morts… J’arrête là, c’est à peu près sans fin.

De ce troisième volet, j’avais gardé le souvenir d’un sentiment de trop plein, d’une fresque où le gigantisme avait finalement pris le dessus sur les personnages. Mais à le revoir bien des années plus tôt, je dois revoir ce jugement. Le Retour du Roi a la même force que les deux premiers films, et Peter Jackson confirme cette capacité qu’il a d’allier l’énorme spectacle et l’intimité de ses personnages.

Bien sûr, ces personnages ne sont plus vraiment surprenants, et sont tous tels qu’on a largement eu le temps de les découvrir au fil des huit premières heures. Mais en passant d’un groupe à l’autre, et en restant systématiquement longtemps sur eux, plutôt que de zapper constamment de l’un à l’autre, Jackson fait ressentir le poids de leurs épreuves, les alternances de doutes et d’espoirs.

Il réussit à éviter la redite lors des grandes batailles, et signes quelques beaux moments épiques ou magiques : l’apparition des oliphants, celle de l’armée des morts, ou le spectaculaire plan en contre-plongée de l’araignée géante… La réussite du film doit évidemment beaucoup à cette ambition formelle que Jackson parvient à tenir du début à la fin de sa trilogie.

Elle doit aussi beaucoup aux personnages, dont chacun apporte une dimension particulière aux films. Le romanesque pour Aragorn, l’humour pour le duo formé par le nain Gimli et l’elfe Legolas, la tragédie des hobbits Frodo et Sam, la sagesse pour Gandalf… Autant d’ingrédients qui, habilement associés, forment l’un des grands blockbusters de la décennie.

Voir aussi La Communauté de l’Anneau et Les Deux Tours.

La Mission (News of the World) – de Paul Greengrass – 2020

Classé dans : 2020-2029,GREENGRASS Paul,WESTERNS — 22 mars, 2021 @ 8:00

La Mission

Encore une victime du Covid… Saloperie, qui nous prive de tant de films en salles. Celui-ci, western qui sait prendre son temps et nous immerger dans un univers plein de beautés et de dangers, aurait certainement eu de la gueule sur grand écran. Quelques scènes, surtout, auraient sans doute eu une autre dimension : la belle séquence de la tempête de sable, et cette apparition quasi-fantômatique des Indiens Kiowas…

Même à la maison, News of the World est, quand même, un western qui a une dimension rare. Il faut dire que Paul Greengrass, cinéaste d’habitude très surestimé pour son abus tape-à-l’œil des caméras portées et mouvantes, met pour une fois la pédale douce à ses tics censés nous plonger dans l’action la plus réaliste qui soit. Et en calmant les mouvements saccadés de sa caméra, il approche ici une vérité inédite chez lui.

La caméra est toujours à l’épaule, les plans ne sont jamais totalement fixes, mais quand même… On sent Greengrass tenté par un classicisme fordien sans doute inspiré par ses paysages, et par le rythme lent de ce Sud américain de 1870, où l’action est rare et fulgurante. Pas tout à fait le monde des pionniers, pas non plus le monde moderne… une sorte d’entre-deux où la nature garde toute sa place, où les personnages vivent au gré des couchers de soleil, des intempéries et des accidents de voyage.

Tom Hanks retrouve son réalisateur de Capitaine Phillips. Il est ici un vétéran de la guerre de Sécession, du camp des vaincus, veuf, seul, qui vit désormais d’une ville à l’autre, où il lit aux habitants les nouvelles du monde, jusqu’à ce qu’il trouve une fillette d’une dizaine d’années, blanche arrachée aux Indiens qui l’avait enlevée lorsqu’elle était toute petite. Elle aussi dans une sorte d’entre-deux, ni blanche, ni Indienne…

Il est extraordinaire, Tom Hanks. Simple et intense, naturel et habité. Ce rôle ne lui vaudra sans doute pas un Oscar : trop retenu, trop pudique, pas assez spectaculaire. Mais cette simplicité même, et la justesse de la moindre de ses intentions, sont formidables. Immense acteur, quand même, qui semble se bonifier film après film.

News of the World est à son image, pudique et sensible. L’émotion reste ainsi discrète, d’abord comme étouffée par la grandeur des paysages, puis affleurant dans les regards de cet homme et de cette fillette dont les univers ont volé en éclat. Encore un effort, et Paul Greengrass pourrait bien devenir un vrai cinéaste classique. Son cinéma y gagnerait à coup sûr.

Meurtre à bord (Dangerous Crossing) – de Joseph M. Newman – 1953

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1950-1959,NEWMAN Joseph M. — 21 mars, 2021 @ 8:00

Dangerous Crossing

Une jeune femme et son mari fraîchement épousé embarquent à bord d’un bateau de croisière. A peine le paquebot a-t-il quitté le quai que l’homme disparaît. La jeune femme part à sa recherche, mais tout porte à croire qu’elle n’a jamais été accompagnée à bord…

Petit thriller malin et efficace dans la série des films de frousse paranoïaque. On pense au Mirage de Dmytryk. Celui-ci est nettement antérieur, et il est tout aussi prenant. Spécialiste de la série B, Joseph M. Newman tire le meilleur de son décor unique : ce vaste bateau qui finit par devenir anxiogène tant le mensonge ou la folie semblent omniprésents.

Newman est, il vrai, aidé par… des moyens limités. Son budget ne lui permet pas de montrer la mer ? Il écrase ses extérieurs d’une brume profonde du plus bel effet. Il ne peut se payer des figurants que pour une ou deux scènes ? L’héroïne ne croise qu’une petite poignée de personnages, toujours les mêmes, où qu’elle aille. Que ce soit un choix totalement délibéré ou induit par des questions économiques, qu’importe : le sentiment paranoïaque est de plus en plus fort.

Dommage que Newman ait intercalé à mi-film une courte conversation téléphonique qui dévoile la vérité. En ne quittant quasiment jamais le point de vue de la jeune femme, il fait planer le doute dans l’esprit du spectateur : a-t-elle vraiment un mari ? Ou celui-ci est-il le fruit de son imagination ?

C’est en tout cas un très beau rôle pour Jeanne Crain, superbe, qui porte vraiment le film sur ses épaules. Elle est presque de chaque plan, particulièrement intense dans les premières scènes lorsque la peur, puis la panique, s’emparent peu à peu d’elle. Newman la filme joliment, dominant de beaucoup Michael Rennie, un rien trop souriant en médecin énamouré.

Adapté d’une pièce de John Dickson Carr, ce suspense en haute mer est un voyage sous tension, passionnant et d’une efficacité redoutable.

Le Cas du docteur Laurent – de Jean-Paul Le Chanois – 1957

Classé dans : 1950-1959,GABIN Jean,LE CHANOIS Jean-Paul — 20 mars, 2021 @ 8:00

Le Cas du Docteur Laurent

Un film « dossiers de l’écran » signé Jean-Paul Le Chanois… Pas exactement le Gabin le plus excitant qui soit, sur le papier. Et c’est vrai que le film ressemble par moments à une accumulation de cas d’écoles pour confronter deux versions du monde et de la médecine, pour ce qui est une ode aux précurseurs de l’accouchement sans douleur.

Encore une preuve, en tout cas, que Gabin a toujours chercher à essayer autre chose. Ici, il interprète un médecin venu de Paris pour s’installer dans un petit village de montagne dans les Alpes Maritimes. Un village où beaucoup de vieilles idées sont encore très ancrées. Du genre « c’est normal que les femmes souffrent en accouchant, ça a toujours été comme ça, c’est la nature ». Idée évidemment très majoritairement émise par des hommes.

Le scénario (que Le Chanois co-signe avec René Barjavel) est didactique, mais habile. Et Gabin est formidable en progressiste confronté à l’incompréhension. Face à lui, des habitants qui, tous, incarnent un pan de la société : les convaincus, les hostiles, les critiques, les bienveillants… A chacun sa fonction dans ce film-démonstration. Démonstration qui n’est pas d’une finesse immense, et la mise en scène paraît parfois un peu statique. Mais Le Chanois filme tout de même joliment ce microcosme, comme un condensé d’une certaine France.

La plus belle séquence du film, ce n’est pas l’accouchement lui-même, avec ses images authentiques qui ont dû secours la France de 1957. Mais celle qui précède : le voyage des femmes vers la ville, dans ce bus où toutes les oppositions semblent abolies. Là, l’espace d’un trajet plein de vie et de camaraderie, Le Chanois prend brièvement des accents fordiens, totalement inattendus. Rien que pour ça…

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