Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Jungle Fever (id.) – de Spike Lee – 1991

Classé dans : 1990-1999,LEE Spike — 26 juin, 2020 @ 8:00

Jungle Fever

Un noir à qui tout réussi: belle femme, chouette gosse, grande maison, et un boulot d’architecte dans un cabinet de blancs. Où il a, un soir, une aventure avec sa nouvelle assistante, une blanche, italienne, qui vit dans un milieu oppressant et très communautaire…

Le communautarisme, comme une traduction des préjugés et du sectarisme… Spike Lee ne se montre guère optimiste sur un destin commun possible entre noirs et blancs. Mais son film évite soigneusement tout parti-pris communautariste justement. Les noirs, les blancs, les catholiques, les juifs, les Italiens… A tous, la même défiance, le même pré-supposé raciste, à un niveau ou à un autre.

Spike Lee peut être un cinéaste très en colère. Avec Jungle Fever, c’est moins de la colère qu’une profonde tristesse qui se dégage, comme un sentiment de gâchis: histoire d’amour ratée, couple gâché, vie de famille sacrifiée… Chaque rapport humain semble basé sur un échec. L’échec d’un père (ces pères, quand même…), l’échec d’un fiancé, l’échec d’un frère, d’un fils, d’une mère, et même d’un ami qui n’a pas si tenir sa langue…

Le casting est beau autour de Wesley Snipes: Annabella Sciorra, John Turturro, Spike Lee lui-même, Samuel L. Jackson, Tim Robbins, Brad Dourif, Helle Berry et Anthony Quinn… Belle mise en scène aussi, avec quelques effets purement cinématographiques, comme des parenthèses: un rond qui se referme sur un détail, des gros plans sur deux personnes qui marchent et parlent face caméra, comme s’ils planaient…

Certains l’aiment chaud (Some like it hot) – de Billy Wilder – 1959

Classé dans : 1950-1959,CURTIS Tony,WILDER Billy — 25 juin, 2020 @ 8:00

Certains l'aiment chaud

Il y a comme ça des films tellement définitifs qu’on sait bien qu’on n’aura rien de plus à dire que tous les éloges qui lui ont été faits depuis des décennies. Some like it hot est donc un monument, et franchement je ne vois pas ce qu’on peut rajouter…

On pourrait à la rigueur souligner que le triomphe du film a en quelque sorte conditionné la fin de carrière de Billy Wilder. Lui qui alternait les genres d’un film à l’autre (ses trois films précédents : une épopée historique, une comédie romantique, et un film de procès) va désormais se concentrer sur la comédie (à de rares exceptions). Wilder sera désormais inséparable de Jack Lemmon (qui jouera dans six de ses dix derniers films), et surtout de son coscénariste I.A.L. Diamond.

Il y a dans ce film une liberté de ton exceptionnelle, un humour ravageur, une envie gourmande de rendre hommage aux films de gangsters, mais aussi une audace rare pour l’époque : filmer des hommes (dont Tony Curtis, grande star à l’époque) travestis en femme, aborder ainsi l’homosexualité… Quel autre film américain avait déjà osé ça auparavant ?

Curtis et Lemmon sont irrésistibles en « Daphne » et « Josephine », vraiment très drôles sans jamais être graveleux. Wilder trouve cet équilibre juste, constamment, entre le gag immédiat et une certaine élégance, qui franchit admirablement l’épreuve du temps. Voyez donc ce film avec de jeunes enfants, des ados et des adultes dans la même pièce : l’enthousiasme partagé est aussi flagrant que rare.

« Nobody’s perfect », l’interminable tango, Tony Curtis qui tente de garder son sang froid malgré ses lunettes embuées face à une Maryline Monroe sensuelle en diable (ou plutôt en ange, tant elle est d’une innocence désarmante)… Les moments cultes et inoubliables se succèdent, en même temps que les éclats de rire.

Mais Wilder réussit aussi à ancrer son film dans une vieille tradition de cinéma de genre, tirant de la naphtaline un George Raft comme sorti de Scarface. Cet aspect policier flirte constamment avec la parodie, mais Wilder crée de belles scènes noires et tendues, notamment dans la première partie.

Rythme imparable, trio d’acteurs au top, intelligence de la mise en scène… C’est culte, c’est drôle, c’est génial. Un chef-d’œuvre, oui.

Coups de feu dans la sierra (Ride the high country) – de Sam Peckinpah – 1962

Classé dans : 1960-1969,PECKINPAH Sam,WESTERNS — 24 juin, 2020 @ 8:00

Coups de feu dans la Sierra

Le Far West, début du 20e siècle. Deux cow-boys vieillissants et dépassés, ou pas loin de l’être. Le thème est à peu près aussi vieux que le western lui-même, mais c’est Peckinpah derrière la caméra, avec son regard si acéré posé sur les survivants…

Il y a de l’ironie dans Ride the high country : l’apparition de Joel McCrea, dans une ville en fête où il se croit acclamé par une foule qui, en fait, assiste à une course entre des chevaux… et un chameau. Le passage soudain d’une automobile enfonce le clou : ce type a beau avoir bien belle allure sur son cheval, les passants l’appellent « old timer », il appartient à une époque révolue.

Comme son vieux pote Randolph Scott, qu’il découvre par hasard en habits de foire version Buffalo Bill, triste copie clownesque de l’aventurier qu’il fut dans son jeune temps. Peckinpah filmer la dernière chevauchée de ces vieux de la vieille, mais en les confrontant constamment à des jeunes pris dans le tourbillon de cette jeunesse qui, à eux, ne leur a laissé que des souvenirs.

Comme souvent chez Peckinpah, c’est moins la violence qui marque les esprits (même si chaque mort est marquante) que la trace que veulent laisser les vivants. Le rythme est tendu, les décors spectaculaires, l’action percutante… Pourtant, le film donne une impression d’intimité étonnante. D’intimité, et de langueur, comme si le moindre geste (comme se laver les pieds) était un rebondissement majeur dans la vie de ces hommes.

Film nostalgique et digne pour Peckinpah, grand baroud d’honneur pour Randolph Scott et Joel McCrea (dans leurs derniers grands rôles), deux grandes figures du western à qui le cinéaste rend un hommage définitif et magnifique.

Minuit dans le jardin du bien et du mal (Midnight in the garden of good and evil) – de Clint Eastwood – 1997

Classé dans : 1990-1999,EASTWOOD Clint (réal.) — 23 juin, 2020 @ 8:00

Minuit dans le jardin du bien et du mal

Adoubé définitivement par Impitoyable, Un monde parfait et Sur la route de Madison, Clint Eastwood est un cinéaste plus libre que jamais quand il réalise cette adaptation inattendue d’un roman de John Berendt. Il en tire un film fleuve (2h30), l’un des plus longs de sa carrière, lent, quasiment sans action, et fascinant.

L’histoire : un écrivain new-yorkais accepte de se rendre à Savannah pour couvrir une soirée mondaine pour un magazine un peu chic. Mais après la soirée, le maître de cérémonie tue son jeune amant…

Une intrigue qui n’est qu’un prétexte finalement, pour retenir l’écrivain (John Cusack, sa grande époque) dans cette ville du Sud à l’atmosphère si particulière. C’est cette atmosphère qui intéresse Eastwood, comme une manière de mettre des images sur la musique et les chansons de Johnny Mercer, compositeur originaire de la ville, dont les chansons sont ici omniprésentes.

Et souvent, Eastwood la rend palpable, cette atmosphère. Grâce à la musique, aussi douce que les mouvements de caméra, grâce à ce léger vent qui fait bruisser les arbres, grâce à l’étrange faune qu’on y croise : un homme qui promène un chien mort depuis longtemps, une vieille mendiante qui communique avec les morts, un type loufoque qui se balade avec ses mouches attachées autour de la tête (le vieux complice de Clint, Geoffrey Lewis, génial), ou The Lady Chablis, authentique personnage local, haut en couleur.

Eastwood pose sur eux un regard bienveillant et d’une touchante simplicité. Un vrai plaidoyer pour la différence, mine de rien. Même Kevin Spacey, manipulateur un rien cynique, semble trouver grâce à ses yeux. Il est, c’est vrai, assez génial dans ce rôle.

La séquence du procès est sans doute un peu longue. Mais Eastwood y glisse une pointe d’humour bienvenue. La présence constante de Geoffrey lewis en arrière-plan, réjouissante, assure de toute façon l’intérêt.

Mais ce sont les scènes extérieures les plus réussies : ces moments où Eastwood prend le temps de filmer la ville, Savannah, avec ses grandes maisons d’un autre temps, ou plutôt hors du temps. Le personnage principal, c’est cette ville, sa lenteur, son aura, son atmosphère.

Dernier atout – de Jacques Becker – 1942

Classé dans : * Polars/noirs France,1940-1949,BECKER Jacques — 22 juin, 2020 @ 8:00

Dernier atout

Jacques Becker fait ses débuts derrière la caméra avec un polar à l’américaine, léger et plein de rythme. Une petite chose, au fond, avec un scénario de série B aux ficelles énormes et aux multiples rebondissements.

Deux jeunes policiers rivaux, un vol de bijoux, des gangsters internationaux… C’est du lourd et du pas très fin, du suspense et de la vitesse plutôt que de la psychologie et de l’atmosphère.

Mais Becker est déjà un cinéaste intéressant, y compris dans sa manière de s’approprier la culture américaine. L’histoire se passe dans un pays imaginaire, annonce un carton introductif. Ce pourrait être la France, ou n’importe quel pays européen. Mais non : l’influence américaine est trop importante pour ne pas se dégager de cette étiquette européenne.

D’emblée, Becker prend ses distances avec le noir français de l’époque. Un gros homme sur un homme faisant des mots croisés, des coups de peu répétitifs, puis un très gros plan sur un pistolet, un plan plus large… C’est un concours de tirs chez les aspirants policiers. Une introduction d’un dynamisme et d’une modernité étonnants.

Tout n’est pas aussi percutant que ces premières images, mais le film est émaillé de grands moments franchement mémorables. Une fusillade nocturne, un meurtre hors-champ… Cinéaste d’action, Becker, mais aussi grand portraitiste. Pierre Renoir est franchement flippant, enfoncé dans un fauteuil profond, et Noël Roquevert a carrément droit au plus beau plan de sa carrière (pas vérifié en voyant tous ses films, quand même), le regard illuminé.

Petit polar, certes, anodin à certains égards. Mais Dernier atout marque la naissance, passionnante, d’un grand cinéaste. Anodin et indispensable, donc.

Fedora (id.) – de Billy Wilder – 1978

Classé dans : 1970-1979,POLARS/NOIRS,WILDER Billy — 21 juin, 2020 @ 8:00

Fedora

Wilder, qui avait passé les dernières années à enchaîner les comédies (souvent très réussies) revient sur le tard au film noir, nostalgique et cruel. Résultat : une variation sur le thème de Sunset Boulevard, et un ultime chef-d’œuvre.

Pour l’occasion, il renoue avec son acteur fétiche d’autrefois, William Holden, vingt-quatre ans après Sabrina. Et ce n’est pas anodin. Vieilli, lui aussi en fin de carrière, Holden incarne parfaitement ce Hollywood disparu dont Fedora est le symbole.

Pas la survivante. Enfin si. Mais non. Sans dévoiler le secret qui entoure Fedora, disons juste que, contrairement à la Norma de Sunset Boulevard, elle ne se contente pas de revoir ses vieux films enfermée derrière les murs de sa villa. Sa vérité à elle est tout aussi cruelle, mais plus cynique, plus violente même.

Superbe film, où les longs flash-back s’enchevêtrent, dans une sorte de spirale vertigineuse et glaçante. Wilder et I.A.L. Diamond, son fidèle co-scénariste (d’après une histoire de Tom Tryon), ne sont pas tendres avec Hollywood : ni le nouveau Hollywood « avec ses caméras légères et la laideur des images », ni avec l’âge d’or et ses stars capricieuses et odieuses.

Tout n’est que vanité, mais à un niveau hallucinant. Rien ne compte plus que l’image que Fedora laissera à la fin, qu’importe si cette image est un mensonge. Et le « héros » joué par Holden n’est finalement guère différent. Lui qui se montre révulsé en apprenant la vérité, baisse finalement la garde quand il comprend que l’ancien amant qu’il fut n’a pas été oublié. Vanité, vanité…

Escapade au Japon (Escapade in Japan) – d’Arthur Lubin – 1957

Classé dans : 1950-1959,EASTWOOD Clint (acteur),LUBIN Arthur — 20 juin, 2020 @ 8:00

Escapade au Japon

Clint Eastwood apparaît quelques secondes à peine dans le rôle d’un pilote d’avion, au rôle à peine plus étoffé et moins déterminant que celui qu’il tenait dans Tarantula. Trois fois rien, donc, mais trois fois rien qui font d’Escapade au Japon une étape à franchir sur le chemin d’une intégrale Eastwood. Allons donc arpenter ce Japon de carte postale pendant 90 minutes…

S’agissant d’une intégrale Clint Eastwood, pas grand-chose à dire sur ledit Clint Eastwood, si ce n’est qu’il a une ligne de dialogue, qu’il prononce avec conviction, et qu’il s’agit de l’une de ses dernières panouilles des premiers temps : il tournera encore Ambush at Cimarron Pass (rôle important pour western très mineur) et Lafayette Escadrille (silhouette très présente mais très en retrait sous la direction du grand Wellman), avant de devenir la vedette de Rawhide.

Le film, donc… Une mièvrerie, dont toutes les bonnes idées sont consciencieusement gâchées par un scénario un peu con et un réalisateur plus intéressé par ses décors que par ses personnages.

Un gamin américain, qui doit rejoindre ses parents à Tokyo, et dont l’avion s’abîme en mer. Ses parents, en instance de divorce, ignorent s’il a survécu : la promesse d’une émotion forte. Mais non. Très vite, les parents savent que leur enfant est vivant. Puis qu’il a été recueilli par une famille de pêcheurs… Puis qu’il a pris la fuite avec le garçon de la famille… Puis…

Escapade au Japon Clint Eastwood

Après un début inégal mais raisonnablement prometteur (on ne s’emballe jamais vraiment, non plus), l’émotion et le suspense sont systématiquement tués dans l’œuf par cet étrange parti pris : constamment rassurer les spectateurs, comme les parents du gamin. Jamais les enfants ne sont en danger, le fait est parfaitement établi.

Aucun enjeu dramatique donc, ou si peu. Les enfants, qui se sont persuadé que la police veut les mettre en prison (ressort dramatique franchement tout pourri), traversent le pays, visitent des temples, passent la nuit dans une maison de geishas, partagent le repas d’une famille de fermiers… Bref, l’occasion de bien belles images, vraiment, mais au service de pas grand-chose, si ce n’est quelques jolis moments.

Passons sur l’interprétation des parents (Teresa Wright et Cameron Mitchell), dont Lubin semble se moquer royalement dans un montage parallèle avec la soirée chez les geishas… La famille de pêcheur japonais est nettement plus intéressante, dans la manière dont le film souligne mine de rien une sorte de condescendance à leur égard. Hélas, le couple disparaît aussi vite qu’il était apparu…

Film (id.) – de Samuel Beckett et Alan Schneider – 1965

Classé dans : 1960-1969,BECKETT Samuel,COURTS MÉTRAGES,FILMS MUETS,SCHNEIDER Alan — 19 juin, 2020 @ 8:00

Film

Étrange chose que cette rencontre entre Samuel Beckett et Buster Keaton… Visiblement fasciné par le langage cinématographique, l’auteur en livre une sorte d’allégorie, burlesque et sombre, séduisante et opaque.

Aucun son, si ce n’est un « Chut ! » retentissant, des décors dépouillés (un terrain vague et une pièce vide), Keaton seul à l’écran (à l’exception de trois courtes apparitions), et filmé de dos, sans que son visage n’apparaisse avant les derniers instants…

Avec Film, Beckett ne facilite pas la tâche du spectateur, mais il crée un malaise tenace. Le film se ressent plus qu’il ne se comprend vraiment. On saisit toutefois qu’il est question de regard, de la violence de la caméra. Les trois « autres » acteurs qui apparaissent sont pris de terreur lorsque le regard tombe sur l’axe de la caméra.

Puis Keaton fait tout pour éviter le regard : celui de la caméra donc, à laquelle il tourne constamment le dos, mais aussi le sien, celui de son reflet. Celui des animaux aussi, poisson rouge ou moineau en cage qu’il tente de faire disparaître.
Puis des photos, moments saisis par un objectif et immédiatement envolés… Beckett dresse un parallèle troublant entre ces images captées et la vie qui s’écoule sans qu’on puisse la retenir.

Film est une sorte de chant du cygne pour Buster Keaton. Un film qu’il n’a ni compris, ni aimé. L’atmosphère, c’est vrai, rappelle moins son cinéma à lui qu’il n’annonce celui de David Lynch. Il y a clairement quelque chose de lynchien, notamment le Lynch des courts-métrages, dans la manière de filmer les mouvements, de faire naître l’angoisse et le trouble à partir de situations absurdes et opaques.

Ariane (Love in the Afternoon) – de Billy Wilder – 1957

Classé dans : 1950-1959,COOPER Gary,WILDER Billy — 18 juin, 2020 @ 8:00

Ariane

Encore une merveille à mettre au crédit de Billy Wilder, Ariane marque aussi un tournant dans sa filmographie : sa première collaboration avec le scénariste I.A.L. Diamond, qui sera le complice attitré des décennies à venir.

Il y a d’ailleurs dans Ariane un ton singulier, que l’on retrouvera dans son œuvre à venir, mélange d’élégance et de cynisme. Et un thème, celui de la jeune femme innocente qui vient troubler la vie bien égocentrée d’un sale type, qui sera aussi celui d’Avanti !, autre réussite bien plus tardive du tandem.

Entre ces deux films, énormément de points communs, notamment dans le ton et dans ce que le film raconte. Beaucoup de différences aussi, qui viennent essentiellement de l’époque à laquelle ils ont été tournés : ce qui sera explicite en 1972 n’est que sous-entendus ici. C’est habillés que l’on retrouve les deux amants au matin, mais le sourire éclatant d’Audrey Hepburn est, lui, très explicite.

Audrey Hepburn… superbe actrice dont le regard si innocent n’est jamais dupe. Avec ce regard, la bienséance américaine en prend un sacré coup. Avec Gary Cooper, Audrey Hepburn forme l’un de ces couples si improbables qui peuplent le cinéma de Wilder. Et entre les deux : le père de la jeune femme, un détective privé si parisien, Maurice Chevalier dans son dernier grand rôle.

Le film est très drôle, avec le goût de Wilder pour les gags récurrents : le chien constamment puni à tort (gag joyeusement sadique), ou le quatuor de musiciens qui suit Cooper partout, du hammam à la promenade en canot.

Comme son maître Lubitsch, et plus que jamais, les portes (fermées en l’occurrence) sont omniprésentes dans ce Wilder-là : du mari cocu qui attend le bon moment, à Ariane qui espionne le client de son père, elles sont toujours au premier plan pour faire avancer l’intrigue et être source d’un gag bien senti.

C’est arrivé le 20 juillet (Es geschah am 20. Juli) – de Georg Wilhelm Pabst – 1955

Classé dans : 1950-1959,PABST Georg Wilhelm — 17 juin, 2020 @ 8:00

C'est arrivé le 20 juillet

Le 20 juillet en question, c’est celui de 1944 : le jour où des officiers allemands ont tenté d’assassiner Hitler. Le film n’étant pas réalisé par Tarantino, on sait comment l’entreprise va se terminer : par un échec cinglant. Et sanglant. Échec que, 50 ans plus tard, Bryan Singer portera de nouveau à l’écran, avec Tom Cruise dans le rôle du conspirateur principal, le colonel Von Stauffenberg.

En l’occurrence, c’est le grand Pabst qui s’y colle. Un Pabst visiblement fasciné par la figure d’Hitler en cette fin de carrière, puisque le film suit directement La Fin d’Hitler (pas vu). Fin de carrière sans grand éclat, certes : on est loin des chefs-d’œuvre du monsieur, ceux tournés autour de 1930. Mais fin de carrière honnête tout de même, avec des partis pris radicaux assez intéressants.

De cette journée où tout aurait pu changer, Pabst ne filme que le point de vue des acteurs directs : des hommes impliqués plus ou moins intimement, confrontés aux doutes et à leurs propres consciences, au fur et à mesure que les heures passent et alors que personne n’a une vue d’ensemble des événements. La bombe a explosé, mais a-t-elle vraiment tué le Führer ? Au fond, cette question est plus déterminante que celle de la bonne chose à faire.

Avec ce parti pris simple et anti-spectaculaire, Pabst touche au plus près à la fragilité de l’individu et de son libre arbitre dans une société totalitaire. Le film manque d’émotion, de chaleur ? Mais c’est parce qu’il se focalise sur cette logique radicale, destructrice et aveugle.

Quelques images sont splendides, d’une puissance rare : celles où la violence éclate, brèves et marquantes (des bombardements, une explosion, une exécution…). Mais la plupart du temps, ce sont des va-et-vient, et des visages anxieux, que filme Pabst.

Bryan Singer reprendra beaucoup d’éléments de son film pour Walkyrie : le point de vue, la manière de raconter les détails de cette journée. Mais lui se sentira obligé de sortir du cadre de ces 24 heures, et de rajouter des épisodes spectaculaires et des éléments de suspense. Étrangement, son film à lui échouera là où Pabst réussit : nous faire partager l’angoisse de ces hommes prêts à se sacrifier, mais si désireux de vivre.

12345...238
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr