Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Bureau des épaves (Stranded) – de Frank Borzage – 1935

Classé dans : 1930-1939,BORZAGE Frank — 16 mars, 2019 @ 8:00

Bureau des épaves

Ce qui est formidable dans les films de Borzage, c’est à quel point il est en prise avec la société dans ce qu’elle peut avoir de plus dure, tout en étant le plus romantique et le plus humaniste des cinéastes. Le plus féministe aussi, en l’occurrence, avec ce personnage de travailleuse sociale jouée par Kay Francis qui refuse d’abandonner son boulot pour celui qu’elle aime…

Rien que ça, ce n’est pas si courant à l’époque à Hollywood, où les velléités d’émancipation des personnages féminins sont souvent encouragés… avant d’être sagement étouffés (La Phalène d’argent était particulièrement parlant). Rien de ça ici : Borzage est un idéaliste réaliste, qui trouve des interprètes idéaux avec Kay Francis (mélange de délicatesse et de détermination) et George Brent, au sommet de son charme arrogant, couple que le réalisateur reforme après Living on velvet.

« I hate to see you looking so tired. If I were a gentleman I’d go home. »

Brent joue l’architecte responsable de la construction du Golden Gate Bridge de San Francisco. Ce contexte donne un arrière-plan assez fascinant, qui est au cœur de l’une des intrigues du film : le chantier est perturbé par un soi-disant syndicat de la métallurgie, qui est en fait un gang de racketteurs dont notre architecte refuse de payer la « protection ».

Les scènes sur le chantier sont particulièrement justes, et impressionnantes. Et pas uniquement la formidable bagarre magnifiquement filmée, brutale et intense dans la nuit du chantier. Tout sonne juste, d’ailleurs, dans ce film humain et bienveillant, où chaque être humain est filmé comme s’il était le personnage principal du film.

C’est le cas notamment des nombreux laissés pour compte qui apparaissent tout au long du film, contrariant constamment les moments de tranquillité de Kay et George. C’est parfois drôle, comme la scène avec les quatre immigrantes chinoises qui ricanent dès que Brent ouvre la bouche. Parfois déchirant, comme l’apparition de ce vieil homme las de profiter de la charité, qui s’éloigne tristement avant qu’un coup de feu n’éclate hors caméra, nous apprenant qu’il s’est suicidé.

Stranded est ainsi sur le fil, oscillant entre la joie et la douleur, avec une foi inébranlable en l’être humain et en la force de l’amour, mais sans pour autant refermer toutes les plaies : la culpabilité de cet homme qui a accepté de se faire acheter par le racketteur (joué par Barton MacLane) ne s’effacera pas…

Ce n’est sans doute pas anodin : le scénario de Stranded est signé Delmer Daves, un autre grand humaniste d’Hollywood, qui avait déjà écrit Flirtation Walk pour Borzage. Une très jolie réussite, encore…

Kalidor, la légende du Talisman (Red Sonja) – de Richard Fleischer – 1985

Classé dans : 1980-1989,ACTION US (1980-…),FANTASTIQUE/SF,FLEISCHER Richard — 15 mars, 2019 @ 8:00

Kalidor

Il y a des cinéastes qui restent au sommet jusqu’au bout. John Ford, William Wellman ou Stanley Kubrick sont de ceux-là. Et puis il y en d’autres… Oui, j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire : c’est une fin de carrière franchement pas glorieuse que vit Richard Fleischer dans ces années 80 où, visiblement, il n’y a pas grand-chose à sauver.

Après avoir signé un calamiteux Conan le destructeur, voilà que l’ancien grand peintre du Mal sur grand écran nous livre une sorte de nouvelle suite officieuse, qui aurait très bien pu s’appeler Conan 3 si ce n’était la mise en images d’un autre mythe de l’héroic fantasy : Red Sonja. Surtout que l’on retrouve Arnold Schwarzenegger tout aussi musculeux, tout aussi court vêtu, et tout aussi tranchant. Au sens propre.

Son personnage s’appelle donc Kalidor, et les distributeurs français semblent avoir bien compris qu’il était le meilleur atout (le seul à vrai dire) de ce film dont la vedette est censée être Brigitte Nielsen, actrice désastreuse pour faire simple et court. Non pas qu’Arnold livre une grande prestation d’acteur, mais au moins a-t-il cette présence indéniable.

Kalidor est même un cran au dessus de Conan le destructeur. L’histoire est tout aussi con, mais le rythme est plus convainquant, et les scènes d’action plutôt réussies, même si elles ont une fâcheuse tendance à tirer en longueur. On notera aussi la musique généreuse mais oubliable d’Ennio Morricone, ainsi que… eh bien rien. Mais c’est déjà pas si mal.

Laura (id.) – d’Otto Preminger – 1944

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,PREMINGER Otto,TIERNEY Gene — 14 mars, 2019 @ 8:00

Laura

Bien sûr, il y a Gene Tierney, tellement belle et envoûtante qu’elle revient d’entre les morts par le seul désir du flic qui enquête sur son assassinat. Mais il y a aussi Dana Andrews, acteur tellement économe qu’on en oublierait presque qu’il est génial. Sa manière d’écouter, de donner la réplique, ou encore de créer une relation avec la domestique par quelques mots simples… sont autant de preuves de son exceptionnelle générosité d’acteur.

C’est un couple d’acteurs absolument merveilleux que filme Preminger dans ce classique, ce chef d’œuvre, bref ce monument du film noir qu’est Laura (un couple qu’il retrouvera dans le tout aussi beau Where the sidewalk ends). Un film sur lequel tout a été dit depuis longtemps, et qui continue à semer le trouble.

Que signifie vraiment cette apparition de Laura ? Elle ouvre la porte à toutes les interprétations, et c’est la force du film : Preminger ne referme aucune des portes que cette apparitions ouvre. Fantasme, rêve, ou rebondissement incroyable ? Il y a ce tableau qui fascine le policier, ce sommeil qui le gagne, et puis un simple mouvement de caméra qui donne au spectateur-cinéphile un indice troublant. Mais au fond, chacun peut voir dans Laura ce qu’il veut.

Bien sûr, on peut trouver que la manière dont la belle tombe sous le charme du flic, qui ne fait rien pour se rendre aimable, est un peu trop facile. Mais cela ne fait que renforcer le trouble. Et cette scène centrale de la réapparition n’est pas le seul élément troublant, quand on pense à la question du narrateur. Le point de vue est clairement celui de Dana Andrews. Pourtant, c’est la voix off de Waldo Lydecker, le protecteur de Laura (Clifton Webb, dans le rôle de sa vie), qui introduit le film. Alors ?…

Qu’elle soit le fantasme d’un flic ou la création d’un vieux beau, Laura est un personnage fascinant, jeune femme irrésistible ayant l’incroyable faculté de mal s’entourer, entre le lâche et minable fiancé Vincent Price, la froide tante Judith Anderson, et ce grand manipulateur qu’est Waldo. Quant au flic, volontiers brutal et refrénant ses accès de colère, est-il vraiment meilleur ?

Laura pose bien plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Mais ces questions prolongent durablement le plaisir immense que l’on prend devant ce film fascinant, terrible, effrayant aussi, avec une séquence finale formidable qui laisse haletant. Un chef d’œuvre, définitivement.

Les Feux de l’été (The Long Hot Summer) – de Martin Ritt – 1958

Classé dans : 1950-1959,NEWMAN Paul,RITT Martin — 13 mars, 2019 @ 8:00

Les Feux de l'été

Il symbolise quelque chose de la jeunesse mal aimée d’une certaine Amérique, ce quasi débutant nommé Paul Newman. Une beauté magnétique, des yeux bleus qui vous scotchent dès le premier plan, et cette moue boudeuse si fascinante. Bref, avant d’enchaîner avec Le Gaucher et La Chatte sur un toit brûlant, Paul Newman a déjà une carrure de mythe avec ce film méconnu mais très réussi.

C’est bavard, très bavard même. Mais Martin Ritt est un cinéaste visuellement très inspiré. Et la vérité des personnages fait oublier les défauts du film. Newman est grand, Joanne Woodward est formidable. Ces deux-là ne ressemblent à aucun autre acteur. Comment pouvaient-ils passer l’un à côté de l’autre ? Improbable, leur couple est déjà magnifique. Quant à Orson Welles, en roue presque libre, il réussit à être intense et très émouvant.

Finalement, le plus embêtant avec cette adaptation de Faulkner, c’est qu’elle évoque d’une manière trop proche La Chatte… (d’après Tennessee Williams), avec ce patriarche vieillissant et despotique, ses tensions familiales, son décor brûlant, et Paul Newman au centre bien sûr. Le film de Richard Brooks est un chef d’œuvre absolu, bien sûr. Forcément, la comparaison a tendance à enterrer le film de Ritt, surtout que ce dernier n’a pas la même cohérence, ni la même puissance émotionnelle.

Mais Martin Ritt sait filmer ses personnages, leur donner du corps, de la matière, et ce petit quelque chose un peu trouble qui fait la différence. Il filme des jeunes femmes qui ont peur de ne pas trouver un homme, un homme trop proche de sa mère, un fils humilié par son père… A peu près que des personnages un peu malades, un peu à la marge. Mais sans jamais en rajouter sur le drame et l’émotion, avec même une sorte de vision quasi-cartoonesque que le personnage de Newman illustre bien.

Il y a en tout cas de la vie, du rythme, et la naissance d’un couple mythique qui va vite devenir inséparable, et que Martin Ritt retrouvera lui-même trois ans plus tard, avec Paris Blues.

Terre de volupté (Wild Orchids) – de Sidney Franklin – 1929

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,FRANKLIN Sidney — 12 mars, 2019 @ 8:00

Terre de volupté

Une jeune femme mariée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle et qui la délaisse, obnubilé qu’il est par ses affaires. Un voyage à Java, où la chaleur étouffante désinhibe cette femme qui aime avoir le contrôle sur sa vie et ses sentiments. Une rencontre avec un prince séducteur et arrogant, au charme fou…

Et finalement, c’est un rôle sage, inhabituellement sage, pour Greta Garbo, qui joue ici les victimes : victime de son mari trop absent, victime de l’insistance lourdingue de ce beau prince, mais aussi victime de ses pulsions qu’elle a tant de mal à refréner avec cette chaleur et dans ce contexte exotique où tout semble possible.

Car cette femme bien comme il faut, issue de la bonne société de San Francisco, fidèle et amoureuse, est fascinée par cet étranger aussi séduisant qu’inquiétant, sorte de version policée du Cheik de Valentino ou du Forfaiture de Sessue Hayakawa. Un personnage que l’on découvre battant avec hargne l’un de ses larbins, image obsédante pour Garbo, qui en reverra avant d’assouvir ses pulsions.

A Hollywood, l’étranger est aussi inquiétant que fascinant. Cette vision paraît bien datée aujourd’hui, et le film l’est d’ailleurs, daté, avec son trop long intermède dédié aux danses javanaises, ou sa manière de représenter la société locale. Mais dans le rôle de ce prince asiatique, Nils Asther apporte un charme indéniable, charme que l’on retrouve d’ailleurs cette même année dans Le Droit d’aimer, autre film avec Greta Garbo.

Le film traîne quand même en longueur, et gagnerait à être resserré. C’est qu’il ne s’y passe pas tant de chose que ça, que l’exotisme n’est pas si fascinant, et que la mise en scène est globalement très plan-plan. Reste quand même une belle scène : celle de la chasse aux tigres, intense et pleine de suspense. Et Garbo elle-même, tout en nuances et très émouvante.

Les Géants de l’Ouest (The Undefeated) – d’Andrew V. McLaglen – 1969

Classé dans : 1960-1969,McLAGLEN Andrew V.,WAYNE John,WESTERNS — 11 mars, 2019 @ 8:00

Les Géants de l'Ouest

La guerre de Sécession vient de s’achever. Le Yankee John Wayne s’empresse de quitter l’armée pour partir avec ses amis à travers l’Ouest. Sur la route du Mexique, il croise le Sudiste Rock Hudson qui, lui, refuse de rendre les armes…

Beau scénario, construit sur d’incessants allers-retours entre la bande à John et la bande à Rock dans les grandes étendues encore sauvages, pleines de dangers. C’est l’histoire de deux groupes d’hommes (et de femmes) qui vont apprendre à revivre ensemble après des années passées à s’entre-tuer, bel éloge de la réconciliation qui a une vraie originalité, et une vraie efficacité.

Andrew V. McLaglen, fait tout pour s’inscrire dans la filiation de John Ford (qu’il connaissait depuis son enfance, en bon fils de Victor McLaglen), ne serait-ce qu’en dirigeant film après film les acteurs fétiches du génial borgne : Wayne bien sûr, mais aussi Ben Johnson (dans un très beau rôle), Harry Carey Jr, Pedro Armendariz ou John Agar. Et puis comme son éternel maître, McLaglen a le goût de l’emphase et des beaux paysages.

Il a de l’ambition, aussi. Dès la séquence d’ouverture, sa volonté est évidente de ne rien atténuer de l’horreur que fut la guerre, enchaînant les plans spectaculaires d’une rare violence : corps soufflés par des explosions, transpercés par des épées, éparpillés sur le sol… La guerre est une saloperie. On retrouve une même ampleur lorsqu’il filme au plus près l’impressionnant troupeau de chevaux convoyé par les anciens Nordistes.

On salue l’ambition, mais on constate l’évidence : McLaglen n’est pas Ford. Sa mise en scène manque de souffle, mais aussi de lyrisme. Et c’est dans une séquence aux antipodes de cette démesure affichée d’emblée qu’il se montre le plus convaincant. Dans la scène du brouillard sur les bords du Rio Grande. Là, dans une brume dense qui ne laisse voir que des détails, son film devient lui aussi plus dense, plus intense, et plus beau.

La suite est parfois plus convenue, mais McLaglen fait le job plutôt efficacement. Et ses deux « géants de l’Ouest », Wayne et Hudson, forment un tandem de frères ennemis aussi improbable que réjouissant.

Jours de tonnerre (Days of thunder) – de Tony Scott – 1990

Classé dans : 1990-1999,CRUISE Tom,SCOTT Tony — 10 mars, 2019 @ 8:00

Jours de tonnerre

« D’après une histoire de Tom Cruise et Robert Towne ». Moi je veux bien qu’on mette en valeur le nom de la star, histoire de montrer qu’il s’implique dans ses films et ne se contente pas de prendre le chèque. Même à l’époque, on pouvait d’ailleurs difficilement reprocher à Cruise de paresse ou de facilité : il venait alors d’enchaîner Rain Man et Né un 4 juillet, et quels que soient les défauts et qualités de ces deux films, au moins témoignaient-ils d’une réelle ambition de la part de l’acteur.

N’empêche : comment peut-on mettre en valeur le fait que la star soit à l’origine de cette histoire ? Parce que ça a peut-être échappé à quelqu’un, mais… comment dire… eh bien il n’y a pas d’histoire dans ce film vrombissant. Ou si peu : de simples clichés éculés vus et revus dans des dizaines (des centaines, des milliers même) de films sur le sport. En bref : un jeune loup qui perd confiance, puis qui retrouve confiance. En chemin, il se fight avec un adversaire qui finira par devenir un pote, et tombe amoureux.

Est-ce qu’on s’ennuie ? Non, pas vraiment : Tony Scott filme les bagnoles plutôt bien, aussi bien en tout cas que les avions de Top Gun. Et même s’il n’évite pas l’impression répétitive du truc, enchaînant les courses pour masquer le vide du propos, sa volonté de nous embarquer littéralement au cœur de la course (l’univers des stock cars, pour ceux que ça intéresse) est payante, et il y a un vrai rythme dans ces innombrables séquences de course.

Quant à Tom Cruise, il est en roue libre, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots. Comme absent, on ne l’a jamais vu aussi fade, ni avant ni après. Et Nicole Kidman? Pas mieux… De son personnage de médecin sexy et inconsistant, la belle ne sait pas trop quoi faire. Jamais l’histoire d’amour de ces deux-là ne fait d’étincelle : on sent bien que jamais les deux acteurs ne pourraient être ensemble dans la vraie vie. Si ?

Et demain ? (Little man… what now ?) – de Frank Borzage – 1934

Classé dans : 1930-1939,BORZAGE Frank — 9 mars, 2019 @ 8:00

Little man what now

Borzage a déjà filmé bien souvent des jeunes couples qui peinent à se lancer dans la vie. Il a aussi souvent parlé de la pauvreté, toujours avec une grande acuité, et pas uniquement dans le très beau Man’s Castle.

Little man… what now ?, adaptation d’un roman allemand qui venait de rencontrer un franc succès, est à la fois dans la lignée de ses grands films du début du parlant, mais aussi un peu en marge. Ne serait-ce que pour le décor : l’Allemagne des dernières années de la république de Weimar, où l’extrême pauvreté est le quotidien de la jeune génération, et la rue son seul horizon.

Le personnage du jeune mari (Douglass Montgomery, le héros du Waterloo Bridge de James Whale) représente ainsi toute cette jeunesse soumise au bon vouloir des employeurs, forcée de composer avec le mépris des riches, et la colères des plus pauvres qu’eux, côtoyant misère et débauche, comme les deux pans d’une société au bord de la rupture.

Borzage montre aussi le processus mental qui mène à la violence : voir ce jeune homme qui n’aspire qu’à vivre paisiblement sans s’occuper du tumule du monde brandir un couteau, puis des pavés qu’il est prêt à lancer, comme malgré lui… Ce sont là des images saisissantes qui ancrent cruellement le film dans son époque.

Little man… what now ?, c’est l’histoire d’un couple littéralement ballotté par la crise, presque le négatif de Man’s Castle, dont les héros refusaient jusqu’au bout de se laisser guider par la société. Cette fois, Borzage se montre plus réaliste, et plus inquiet : impossible désormais de rester en marge du monde, dans un film tourné après l’accession d’Hitler au pouvoir.

Pourtant, Borzage reste fidèle à lui-même, optimiste malgré tout, plaçant l’amour au-dessus de tout, et affichant une confiance rafraîchissante envers ses jeunes personnages. La génération précédente, elle, n’est pas épargnée. Le personnage de la mère surtout, souvent malmené chez Borzage, et particulièrement gratinée ici, faisant payer le prix fort à son fils, organisant des « partys » de débauche… Tempérée heureusement par ce bon Alan Hale, bienveillant malgré un comportement quelque peu insistant auprès de la jeune Margaret Sullavan, fort jolie, qui entame ici une collaboration particulièrement riche avec Borzage.

Minuscule 2 : les mandibules du bout du monde – de Thomas Szabo et Hélène Giraud – 2018

Classé dans : 2010-2019,DESSINS ANIMÉS,GIRAUD Hélène,SZABO Thomas — 8 mars, 2019 @ 8:00

Minuscule 2

On prend les mêmes et on recommence, pour un nouveau voyage plein d’humour et d’émotion dans l’univers du très petit. Chez les insectes, donc, héros de ce long métrage entre animations et prises de vue réelles. Le principe était le même pour le premier film, et pour la série télé qui avait précédé : les décors et les accessoires sont tous authentiques, et filmés « pour de vrai », tandis que les héros sont des créatures numériques ajoutées en post-production.

Une coccinelle, donc, à la recherche de son fils (ou de sa fille, ça n’a pas vraiment d’importance), et qui doit quitter sa forêt hivernale du Mercantour pour s’envoler en direction de la Guadeloupe, terre foisonnante en matière d’insectes. Et ses amis l’araignée et la fourmi, qui savent compter les uns sur les autres depuis le premier film, et qui embarquent à bord d’un bateau pirate (une maquette) pour traverser l’Atlantique…

Visuellement, c’est bluffant, tant les décors sont importants, et magnifiquement mis en valeur. C’est aussi d’une grande inventivité, le moindre écueil étant motif de gag, voire d’émotion forte. C’est aussi plein de références cinématographiques : même si ces références sont moins omniprésents que dans le premier film, les réalisateurs s’amusent quand même à citer les films de Ray Harrihausen ou les classiques du cinéma d’aventures et de pirates.

Minuscule 2, c’est aussi un bel éloge de l’entraide, et un pur plaisir de cinéma.

After tomorrow (id.) – de Frank Borzage – 1932

Classé dans : * Pre-code,1930-1939,BORZAGE Frank,FARRELL Charles — 7 mars, 2019 @ 8:00

After tomorrow

Frank Borzage et Charles Farrell n’ont tourné ensemble que durant six ans, pour autant de films. Mais cette courte collaboration a donné naissance à quelques-uns des plus beaux films du monde, de Seventh Hour à Lucky Star. Alors forcément, cet ultime film commun ne peut pas être anodin.

A côté des immenses chefs d’œuvre de la fin du muet, ce After tomorrow peut certes paraître bien anodin. Mais comme le précédent film de Borzage, Bad Girl, dont il prolonge en quelque sorte le thème central, celui-ci est une merveille de finesse, de mise en scène et d’émotion.

Comme dans le précédent, Borzage raconte les débuts d’un jeune couple. Fiancés depuis trois ans, Sidney (Marian Nixon) et Peter (Farrel) doivent sans cesse repousser leur mariage, notamment à cause de l’égoïsme de leurs mères respectives. Celle de Peter qui voit dans ce futur mariage une menace sur son propre bonheur : une mère étouffante effrayée à l’idée de se retrouver seule. Celle de Sidney qui ne pense qu’à son bien-être, et à la chance qui lui est donnée de tout recommencer avec son amant, au grand dam du brave papa…

C’est un thème récurrent chez Borzage à cette époque : les jeunes couples qui assistent inquiets aux malheurs conjugaux de leurs aînés, souvent mal mariés et comme prisonniers les uns des autres. Mais point l’ombre d’un début de cynisme dans son cinéma, qui affiche une foi inébranlable et pleine d’optimisme en l’amour. Ces deux-là s’aiment, point. A l’image du bienveillant Willie (William Collier, Sr), on sait que leur amour survivra à toutes les épreuves.

What on earth was that ?
That’s my wife
Oh I’m sorry, my mistake…
No… Mine.

Ce mal-être des « vieux » couples est traité sur tous les tons. Plutôt comique d’abord, avec ce dialogue irrésistible entre Peter et un petit gars qui suit une affreuse mégère… sa femme, donc. Puis plus amer avec le personnage de Willie, trop doux et trop amoureux. Franchement cruel enfin, avec une tirade d’une rare violence verbale lancée par la gentille maman (Minna Gomba, la bonne copine de Bad Girl) à Sidney à la veille de son mariage : non je ne t’aime pas, non je ne te désirai pas, et oui à cause de toi je suis coincée avec ton père que je n’ai jamais aimé. Glaçant.

Mais Borzage place l’amour au-dessus de tout. L’amertume, la douleur, la tristesse, rien n’a plus vraiment d’importance quand on s’aime comme Sidney et Peter. La dernière image, iconique, fixe définitivement Charles Farrell comme le symbole absolu d’un certain romantisme hollywoodien, celui de Borzage, le plus beau.

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