Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

The Revenant (id.) – d’Alejandro González Iñárritu – 2015

Classé dans : 2010-2019,INARRITU Alejandro Gonzales — 15 avril, 2017 @ 8:00

The Revenant (id.) - d'Alejandro González Iñárritu - 2015 dans 2010-2019 The%20Revenant_zpsajry3pwx

Je sais pas, je lui aurais plutôt refilé une paire de baffe qu’un Oscar, moi, à Leonardo. Effectivement, il atteint des sommets avec The Revenant, mais surtout dans l’art de dire “regardez comme je suis intense, je fais tellement la gueule que cette fois vous allez me le remettre ce putain d’Oscar !!!” Non ? Ben si, il l’a eu. Alors oui, j’en rajoute un peu, et il tient bien sa place le Di Caprio. Depuis Titanic, on peut dire qu’il a pris de l’épaisseur. Tellement, même, qu’il en finit par ressembler un ours…

D’ailleurs, c’est l’une des idées très discutables d’ Iñárritu pour ce film : affubler la star d’une peau d’ours qui semble deux fois plus lourde que lui, histoire d’illustrer le fait qu’après avoir été attaqué par un ours et laissé pour mort, c’est quasiment sous la forme d’un animal sauvage qu’il revient à la vie. Des gros sabots ? Oui, il en a aussi, qui laissent des traces bien visibles dans ces paysages magnifiques, ceux-là même de la véritable histoire.

Oui, parce que The Revenant est à la base une histoire authentique : celle d’un trappeur laissé pour mort par ses camarades qui survivra et traversera seul et à pied les immenses étendues hostiles du Grand Nord américain. Richard Sarafian en avait tiré un film magnifique sur la filiation et la renaissance (le méconnu Le Convoi sauvage), qui prenait de grandes libertés avec la vérité historique. Iñárritu en tire une énorme production très longue, très violente, et très réaliste, qu’il a donc tenu à filmer dans les vrais décors.

Et ce choix apporte… ben de bien beaux paysages, dont le cinéaste tire, c’est vrai, le meilleur, avec ces plans larges absolument saisissants. Pour le reste… Contrairement à ce qu’on a pu dire ici ou là, The Revenant sacrifie toute ambition au simple profit de la performance : celle pour le réalisateur de tourner dans des conditions extrêmes, et celle pour l’acteur de se montrer plus intense que jamais.

Mais dans les thématiques évoquées, dans l’émotion même qui se dégage du film, rien, ou si peu. Sarafian avait réalisé une belle réflexion sur la transmission, avec une vision poétique et toujours surprenante. Iñárritu ne garde que le bruit et la fureur, et transforme cette odyssée édifiante en un énième survival doublé d’une simple histoire de vengeance. Rendez-vous manqué…

Le Convoi sauvage (Man in the Wilderness) – de Richard C. Sarafian – 1971

Classé dans : 1970-1979,SARAFIAN Richard C.,WESTERNS — 14 avril, 2017 @ 8:00

Le Convoi sauvage (Man in the Wilderness) - de Richard C. Sarafian - 1971 dans 1970-1979 Le%20Convoi%20sauvage_zpsh6qzln5c

En 1820, dans le Grand Nord américain, un trappeur est laissé pour mort par ses compagnons après avoir été attaqué par un ours. Contre toute attente, il s’accroche à la vie, survit, et se met à traverser les centaines de kilomètres de nature sauvage qui le séparent de la civilisation, et des hommes qui l’ont abandonné.

Cette histoire, authentique paraît-il, a valu un Oscar à Leonardo Di Caprio en 2016. Mais 35 ans avant The Revenant, elle avait déjà été portée à l’écran, dans ce western hors normes absolument magnifique, porté par un Richard Harris intense et mutique, homme frustre dont le lent cheminement s’apparente à une extraordinaire renaissance.

L’impression est volontaire, Sarafian multipliant les signes évoquant cette renaissance : l’impressionnante séquence, muette, de l’accouchement de l’Indienne en pleine forêt ; ces gros plans sur les mains de Richard Harris qui renouent avec la vie au contact de l’eau ou de la terre ; ou ce superbe flash-back durant lequel le rude pionnier parle à ce futur enfant qu’il ne verra pas naître, lui donnant ses conseils de père en chuchotant devant le ventre de la mère…

Autant de scènes d’une beauté sidérante, dans un film qui donne constamment la plus grande place à la nature, pas vraiment hostile (c’est elle qui apporte la vie), mais rude et pleine de dangers. Une beauté âpre et infinie, qui souligne aussi la solitude de ces êtres qui la sillonnent, et l’absurdité de leur quête de richesse.

Cette absurdité est évidente dès la toute première image : celle d’un bateau traversant les grandes étendues du continent nord-américain, loin de toute voie navigable. Un bateau tiré avec peine par les hommes et les mules, et sur lequel se dresse la fascinante figure du capitaine interprété par John Huston, l’un de ses plus beaux rôles : celui d’un homme qui s’accroche à un passé peut-être glorieux, et qui fait face douloureusement à sa décision d’abandonner l’homme qu’il considérait comme son fils.

Ancien documentariste, Richard C. Sarafian sait merveilleusement filmer la nature. Son film, superbe, est une ode passionnée au mystère de la vie.

Belle mais dangereuse (She couldn’t say no) – de Lloyd Bacon – 1954

Classé dans : 1950-1959,BACON Lloyd,MITCHUM Robert — 13 avril, 2017 @ 8:00

Belle mais dangereuse (She couldn't say no) - de Lloyd Bacon - 1954 dans 1950-1959 Belle%20mais%20dangereuse_zpsdowfjxwx

Charmant, bienveillant, et très Américain… Pour son tout dernier film (il mourra peu après), le vieux briscard Lloyd Bacon signe une comédie désarmante tant est est dénuée de tout rebondissement spectaculaire. Et c’est dans ce contexte inattendu mais séduisant que se retrouve le beau couple de Angel Face, classique du film noir réalisé deux ans plus tôt par Otto Preminger.

Revoici donc Bob Mitchum et Jean Simmons, aux antipodes du noir, révélant d’immenses dons pour la bluette. Lui en médecin de campagne totalement dépourvu d’ambition personnelle. Elle en richissime héritière qui arrive dans son village paumé de l’Amérique profonde avec la ferme intention de rembourse incognito ce qu’elle considère comme une dette : lorsqu’elle était enfant, les habitants de cette petite bourgade se sont mobilisés pour lui sauver la vie.

Sauf que la manière dont elle paye cette dette, à grands coups de cadeaux exubérants, ne fait que remettre en cause le bel équilibre de cette petite communauté parfaitement harmonieuse. Le message sous-jacent est évident, et évoque de nombreux classiques de la comédie américaine, Capra en tête : cette petite ville ironiquement baptisée Progress vit depuis toujours en marge du « progrès » et de son corollaire, l’argent, qui n’y a pas vraiment court. Ici, on troque, on laisse sa porte ouverte, on laisse les clients se servir leurs glaces au comptoir en plein milieu de la nuit… Bref, on ignore royalement le capitalisme et ses affres.

Jusqu’à l’arrivée de cette mystérieuse Mère Noël, en tout cas. Et devinez quoi ? Eh bien oui : il y a de la romance dans l’air. Rien d’original à l’horizon, donc ? Non, à part le rôle central joué par un poisson dans cette romance, et à part l’extrême bienveillance dont font preuve tous les personnages. Pourtant, Bacon évite toute mièvrerie, et signe un très joli conte moral, une ode à une vie simple et aux sentiment les plus purs. Un vrai feel-good movie, qui donne envie de boire un verre avec le grand Bob.

Rock’n Roll – de Guillaume Canet – 2016

Classé dans : 2010-2019,CANET Guillaume — 12 avril, 2017 @ 8:00

Rock'n Roll – de Guillaume Canet - 2016 dans 2010-2019 Rockn%20roll_zpszcpvfdzh

Guillaume Canet met en scène Guillaume Canet dans le rôle de Guillaume Canet, un acteur qui vit avec la star internationale Marion Cotillard et traverse une sorte de crise de la quarantaine lorsqu’une jeune actrice lui lance, plus ou ou innocemment, qu’il n’est pas rock, et qu’il ne fait plus rêver les femmes…

Et c’est le point de départ d’une jolie mise en abîmes toute en décalage et en autodérision que s’offre l’acteur-réalisateur. Le plus réussi dans ce film ? La frontière toujours ténue entre la réalité et la fiction, entre le vrai Canet et le personnage. Il y met en scène ses vrais parents, ses vrais amis, sa vraie femme donc. Mais il s’autorise des tas de libertés avec la vérité, faisant d’Yvan et Alain Attal des frères (ils ne le sont pas), accordant quatre Oscars à Marion Cotillard…

Guillaume Canet se met en scène comme un gentil ringard, pas glamour pour deux sous, avec une bedaine naissante et des soirées passées en chaussons dans son appartement, à côté d’une femme qui a tout compris du système hollywoodien et n’est attirée que par des rôles à Oscars. Marion Cotillard est formidable lorsqu’elle s’entraîne à boiter en rêvant d’interpréter une bègue, tout en passant le film à parler québecois pour préparer le prochain film de Xavier Dolan… qui lui apprendra in fine qu’il ne veut qu’elle parle français.

Et puis il y a ce tournant vers le milieu du film, et la métamorphose physique et de plus en plus extrême de Canet se tournant vers la chirurgie esthétique. Et là, il donne tout, Canet, sans limite et sans peur du ridicule. La jolie ironie des débuts laisse la place à un humour acide teintée de nostalgie. Canet déstabilise, et on aurait tort de lui reprocher ce courage d’aller au bout de ses idées. Mais la métamorphose (du personnage comme du film) est telle qu’on a un peu de mal à vraiment adhérer.

Jusqu’à la toute fin en tout cas : après nous avoir fait croire que Rock’n Roll était un film fait pour démystifier l’image des comédiens, tout en évoquant la crise de la quarantaine, Canet conclut en se recentrant sur l’essentiel. Son film, finalement, est avant tout une grande, et belle, histoire d’amour. Qu’importe ce que les autres pensent, puisque ces deux-là s’aiment…

Les Sept Mercenaires (The Magnificent Seven) – d’Antoine Fuqua – 2016

Classé dans : 2010-2019,FUQUA Antoine,WESTERNS — 11 avril, 2017 @ 8:00

Les Sept Mercenaires (The Magnificent Seven) – d'Antoine Fuqua – 2016 dans 2010-2019 Les%20Sept%20Mercenaires%202016_zpsyzyofkc8

Etait-il vraiment nécessaire de remettre au goût du jour le classique de John Sturges ? Oui, d’accord, ce dernier était lui-même un remake (celui des Sept Samouraïs), et les récentes tentatives de dépoussiérer les chefs d’œuvre du genre (comme s’ils en avaient vraiment besoin) n’ont pas toutes été ratées : Le 3h10 pour Yuma de James Mangold était plutôt très réussi.

Mais quand même… Les scénaristes ont-ils à ce point perdu tout semblant d’imagination ? Les producteurs considèrent-ils le public comme des idiots qui ont absolument besoin de se rassurer avec une intrigue déjà connue de tous ? En tout cas, si on s’attaque à un monument, au film qui a starifié Steve McQueen en deux plans, ben vaut mieux réussir son coup, et si possible apporter quelque chose de nouveau.

Alors ? Ben c’est pas mal, on ne s’ennuie pas une seconde, Denzel Washington est très bien en Yul Bryner de 2016, et il s’est plutôt bien entouré (Ethan Hawke en Robert Vaughn, Chris Pratt en ersatz de McQueen, sans le charisme…). Et Antoine Fuqua (quel nom!!) n’est pas un manchot quand il s’agit de filmer l’action ou de faire monter la tension. Et reconnaissons lui un soin tout particulier apporté aux images, avec des plans très joliment construits et une superbe utilisation des décors naturels.

Pourtant ça ne prend pas jamais vraiment. Le principe même du remake veut que la comparaison avec l’original est incontournable. Et là, c’est décevant sur toute la ligne. Indépendamment du film de Sturges, ces Sept Mercenaires-là sont plutôt réussis. Mais à la lumière de ce qu’a donné la même trame devant les caméras de Sturges (ou même de Kurosawa), le film semble totalement anecdotique, chassant le sous-texte social et racial de l’original pour se résumer à une simple histoire de pouvoir et d’argent.

L’Attaque des clones / Star Wars, épisode II (Star Wars : Episode II – Attack of the Clones) – de George Lucas – 2002

Classé dans : 2000-2009,FANTASTIQUE/SF,LUCAS George — 10 avril, 2017 @ 8:00

L'Attaque des clones / Star Wars, épisode II (Star Wars : Episode II - Attack of the Clones) - de George Lucas - 2002 dans 2000-2009 LAttaque%20des%20clones_zpskx4tbqra

Les trois apparitions, courtes et sobres, de Jar Jar Binks dans cet épisode II prouvent au moins une chose : quoi qu’il puisse dire, George Lucas a entendu les innombrables critiques qui ont entouré la sortie de La Menace Fantôme. Les fans n’ont pas supporté ce personnage entièrement en images de synthèses à l’humour irritant ? Il le relègue à un quasi-rôle de figurant. Les fans regrettaient de ne pas retrouver leurs repères ? Il multiplie les clins d’œil à la trilogie originale, quitte à risquer les incohérences.

Sans vouloir jouer les connaisseurs pointus (ce que je ne suis pas), on peut quand même être surpris de retrouver C3-PO dans la maison des futurs parents adoptifs de Luke Skywalker (une apparition par ailleurs très sympathique), alors que l’on verra ces derniers le découvrir des années plus tard dans l’épisode IV. Mais ne soyons pas snobs : les retrouvailles avec ces décors fondateurs de la saga sont assez enthousiasmantes.

Ce qui l’est plus encore, c’est la manière dont Lucas traite l’apparition des fameux Storm Troopers, les reliant d’une manière totalement inattendue à un autre personnage secondaire mais mythique de la saga : le chasseur de primes Bobba Fett, dont on découvre ici les origines étonnantes et tragiques.

Surtout, ce deuxième volet de la prelogie aborde enfin le sujet central : le passage annoncé d’Anakin du côté obscur de la Force. Le sujet est au cœur de ce film, et son traitement est plutôt convainquant, avec un personnage arrogant juste ce qu’il faut pour être crédible sans être trop évident. Deux grands regrets, quand même : la séquence-clé durant laquelle Anakin cède à la colère dans un déchaînement de violence est largement éclipsée, et Hayden Christensen s’avère un comédien pas vraiment enthousiasmant.

On sent aussi Lucas tiraillé entre son envie de renouer avec la simplicité et la linéarité de la première trilogie, avec ces longues scènes étirées à l’envi pour le seul plaisir du spectateur, et sa volonté de faire avancer l’intrigue de la manière la plus cohérente possible avec son oeuvre originelle, quitte à complexifier à outrance.

Et puis il y a ce regret que l’on peu accoler à à peu près tous les films produits par Lucas devenu multi-millionnaire et tout-puissant : sa tentation de suritiliser les effets spéciaux, jusqu’à l’écœurement. Aussi rythmée et enthousiasmante soit-elle, la course-poursuite dans la grande ville-planète est tellement coupée d’un quelconque semblant de décor naturel qu’elle en devient presque abstraite. Du trop-plein : c’est le principal reproche que l’on peut faire à cet épisode transitoire.

La saga Star Wars

Le Soleil brille pour tout le monde (The Sun shines bright) – de John Ford – 1953

Classé dans : 1950-1959,FORD John — 9 avril, 2017 @ 8:00

Le Soleil brille pour tout le monde (The Sun shines bright) - de John Ford - 1953 dans 1950-1959 Le%20Soleil%20brille%20pour%20tout%20le%20monde_zpsas2yifvs

Dix-neuf ans après, Ford signe le remake de son beau Judge Priest. Drôle de choix, alors qu’il sort du triomphe de son Homme tranquille, de renouer avec un ton qui renvoie clairement à son cinéma des années 30, et en particulier au triptyque qu’il a tourné avec Will Rogers, son Priest originel : une plongée dans un Sud certes encore marqué par la guerre civile, mais aussi baigné dans une séduisante langueur.

En apparence, c’est le même film que refait Ford : avec le même décor de cette petite ville qui semble si tranquille, le même contexte de campagne électorale pour le bon juge, l’opposition entre les méthodes humaines et peu orthodoxes de ce dernier et le cynisme politique de son concurrent, la même toile de fond d’un couple improbable qui se forme, même choix du noir et blanc… jusqu’aux partitions de Stepin Fetchit et sa voix de crécelle, et de Francis Ford et son inséparable cruchon.

Pourtant, quelque chose a radicalement changé entre ces deux films. Dix-neuf ans séparent les deux tournages, mais surtout, quinze ans séparent l’action des deux longs métrages, celui-ci se déroulant au tout début du 20 siècle. Cela peut sembler peu de chose, mais l’effet est radical. La guerre, bien plus présente ici, renvoie les personnages non seulement à une époque fondatrice de leur existence, mais aussi à leur jeunesse perdue.

Ford évoque ainsi, avec humour et émotion, le destin des vétérans de guerre, qui font vivre le souvenir en dépit du temps qui passe. Quinze ans plus tôt, les vétérans étaient des héros auxquels on ne touchait pas. Désormais, ils sont considérés comme « des éclopés », qui imposent une vision dépassée de la société. Et pour Ford, la douce mélancolie des années 30 a laissé la place à une nostalgie cruelle, qui trouve son illustration la plus déchirante dans la toute dernière image, qui annonce celle, tout aussi cruelle, de La Prisonnière du désert.

Il y a par moments un côté un peu brouillon dans ce film, dû en grande partie au désintérêt dont Ford semble faire preuve pour le couple qui se forme. Dans le rôle du futur fiancé, John Russell (qui sera le sinistre marshall de Pale Rider) est d’ailleurs d’une fadeur rare dans son cinéma. Mais Charles Winninger est particulièrement émouvant dans le rôle de Priest, donnant au personnage une toute autre tonalité que dans le film de 1934.

Et puis il y a une séquence absolument magnifique : celle de l’enterrement de cette femme dont personne ne voulait plus, qui est pourtant revenue mourir dans sa ville natale. Un cortège funéraire traverse alors la ville, d’abord menée par un Judge Priest totalement seul, sous les rires narquois des bien pensants. Cortège qui s’agrandit peu à peu pour, bientôt, rassembler une grande partie de la ville, soudain ramenée à une humanité simplement décente. Ford, cinéaste humaniste…

Les Flics ne dorment pas la nuit (The New Centurions) – de Richard Fleischer – 1972

Classé dans : * Polars US (1960-1979),1970-1979,FLEISCHER Richard — 8 avril, 2017 @ 8:00

Les Flics ne dorment pas la nuit (The New Centurions) - de Richard Fleischer - 1972 dans * Polars US (1960-1979) Les%20Flics%20ne%20dorment%20pas%20la%20nuit_zpstiffcb8i

Cinéaste mésestimé, Fleischer a pourtant beaucoup apporté aux divers genres auxquels il s’est confronté, et tout particulièrement au noir, dont il a été l’un des grands noms dès les années 40, en lui apportant une approche très réaliste, mêlée à une vision presque romantique du genre. Cette logique trouve une sorte d’aboutissement avec The New Centurions, l’un des plus beaux films consacrés à la police américaine.

Sorti à la même époque que French Connection ou Serpico, le film de Fleischer va beaucoup plus loin dans cette vision réaliste du quotidien de la police, avec des choix nettement plus radicaux à leur manière. Pas de grande enquête au long cours ici, ni de flics pourris qui gangrènent l’institution. Non, Fleischer s’intéresse d’abord aux hommes, à ces policiers en uniforme qui roulent toute la nuit pour aller à la rencontre de cette étrange faune humaine, dans les quartiers défavorisés de Los Angeles.

Des types bien, une société malade, une succession de petits moments tantôt légers, tantôt tragiques, tantôt violents. Des drogués, des tueurs, des mères irresponsables, des solitudes, des désespoirs… Et au milieu, ces hommes en bleu qui veulent faire au mieux, pour aider ce public qui ne les aime pas forcément. Fleischer filme cette société avec une acuité sidérante, grâce à laquelle le film semble aujourd’hui encore d’une incroyable actualité. Et il filme ces flics avec une empathie évidente, et une nostalgie inattendue.

Dans le rôle principal, Stacy Keach est excellent, jeune recrue idéaliste qui devient accro à la rue et à ses malades. Mais le film est aussi habité par la présence de George C. Scott, magnifique en vieux briscard qui se berce d’illusions sur sa retraite toute proche. Un homme bien, qui fait la différence entre la loi et le bien, et qui comprendra trop tard qu’il a tout sacrifié à cette vie de dévouement.

Un tel chant d’amour à la police pourrait être douteux. Il est superbe. Au sommet de son art, Fleischer s’offre quelques fulgurances de mise en scène (la poursuite dans ce tunnel qui n’en finit plus de réduire l’écran), mais privilégie les personnages (les seconds rôles sont tous formidables, parmi lesquels Erik Estrada, le futur Ponch de la série télé ChiPS). Du puR Fleischer, donc. Et du grand Fleischer.

* Le film fait partie du formidable coffret que Carlotta a consacré à Fleischer, avec deux autres évocations du Mal, dans des genres très différents : Terreur aveugle et L’Etrangleur de Rillington Place. Trois films tournés à la même époque (entre 1971 et 1972), trois facettes du talent de Fleischer, trois grands films. Et des bonus passionnants.

Si j’avais un million (If I had a million) – de James Cruze, H. Bruce Humberstone, Ernst Lubitsch, Norman Z. McLeod, Stephen Roberts, William A. Seiter, Norman Taurog – 1932

Si j'avais un million (If I had a million) – de James Cruze, H. Bruce Humberstone, Ernst Lubitsch, Norman Z. McLeod, Stephen Roberts, William A. Seiter, Norman Taurog – 1932 dans 1930-1939 si%20javais%20un%20million_zpsrz6h3btd

Un milliardaire soi-disant en fin de vie et agacé par son entourage décide de dilapider sa fortune en distribuant un million de dollars à plusieurs inconnus choisis strictement au hasard… Et c’est le point d’un départ (réalisé par Norman Taurog) d’un film à sketchs totalement indépendant les uns des autres (le milliardaire lui-même s’éclipsant de plus en plus au film du métrage), et très inégaux, forcément.

Le meilleur ? Le segment signé Lubitsch, de loin le plus court du film, sorte de concentré en une poignée de minutes du style, du rythme et de l’obsession des portes du cinéaste. Un employé de bureau (joué par un Charles Laughton tout en rondeur) reçoit l’un des chèques, se lève, quitte son open space et franchit portes après portes pour monter toujours plus haut dans l’immeuble où il travaille, jusqu’à arrivée au sommet, devant l’ultime porte : celle du grand patron, qu’il ouvre, avant de faire une langue et de refermer la porte !

Le reste est plus inégal et plus anodin, avec quand même des ruptures de ton assez audacieuses. Le film passe ainsi d’un segment burlesque avec W.C. Field et des tas de voitures détruites (réalisé par Norman Z. McLeod) à un autre franchement tragique (signé James Cruze) mettant en scène un condamné à mort qui se croit à tort sauvé parce qu’il est devenu riche.

Tout aussi cynique : le destin de ce petit gangster recherché par la police et qui risque la prison à vie (George Raft, dans un segment réalisé par Bruce Humberstone), incapable d’encaisser ce chèque qui le tirerait d’affaire, et qui finit par le donner au gérant d’un dortoir miteux juste pour pouvoir dormir…

Le thème est presque similaire, en nettement plus léger, avec le segment réalisé par William Seiter mettant en scène Gary Cooper en jeune soldat qui ne pense qu’à s’amuser, et qui passera lui aussi à côté de la fortune…

Rien d’inoubliable là-dedans, et on retiendra plutôt le tendre segment (réalisé par Stephen Roberts) racontant la prise de pouvoir d’une maison de retraite trop stricte par ses pensionnaires. Roberts signe aussi un autre segment évoquant les rêves d’une prostituée.

Du très bon, du plus dispensable… Si j’avais un million vaut finalement surtout pour son improbable distribution. Fields, Cooper et Laughton sur une même affiche, ça ne se refuse pas.

La Menace Fantôme / Star Wars, épisode I (Star Wars : Episode I – The Phantom Menace) – de George Lucas – 1999

Classé dans : 1990-1999,FANTASTIQUE/SF,LUCAS George — 6 avril, 2017 @ 8:00

La Menace Fantôme / Star Wars, épisode I (Star Wars : Episode I - The Phantom Menace) - de George Lucas - 1999 dans 1990-1999 La%20Menace%20Fantme_zpsmrcki5wy

Un film aussi attendu que celui-ci ne pouvait qu’être critiqué violemment. Et les fans ne s’en sont pas privés, confirmant le désamour qui ne fera que croître entre l’ex-enfant chéri George Lucas et son public. Un désamour qui était né avec la décision prise par le réalisateur et producteur de « remettre au goût du jour » sa trilogie originelle en ajoutant des effets spéciaux derniers cris et en apportant quelques petites modifications (et qui sera définitivement consommé avec les choix qu’il imposera pour le quatrième Indiana Jones).

Des modifications qu’il justifiait alors par sa volonté de rendre l’ensemble cohérent : tourné plus de vingt ans après le premier film, avec des effets spéciaux qui n’ont plus rien de comparable avec ceux de Un nouvel espoir, cet « épisode 1″ est aussi censé se dérouler trente ou quarante plus tôt, avec donc des machines censément moins développées.

La principale critique faite à Lucas pour ce film-ci porte un nom : Jar-Jar Binks. En revoyant le film, l’existence même de ce personnage m’était un peu sorti de la tête. Mais dès sa toute première apparition, il ne faut qu’une poignée de secondes pour réaffirmer que toutes les critiques faites lors de la sortie du film sont justifiées : non seulement Jar-Jar Binks, créature entièrement créée à l’ordinateur (ça aussi, ça tranche avec le caractère bricolo de la première trilogie), est insupportable avec son bagout intarissable, mais il tue complètement le rythme et l’atmosphère du film.

Tenté par un humour lourdingue à la Luc Besson dans Le Cinquième élément, Lucas gâche quelques scènes avec des choix douteux, tout en débordant d’idées excitantes qu’il exploite habilement pour la plupart : l’alliance forcée entre les habitants de la surface et ceux du monde souterrain d’une même planète, la fragilité de la République qui régit la galaxie, et le rôle donné à un enfant dont on sait qu’il est promis à un sombre destin.

Malgré ses défauts, le film se révèle assez réjouissant, lorsqu’il s’adresse directement aux fans de la première trilogie. Les combats aux sabres lasers, l’apparition d’Obi-Wan-Kenobi (Ewan McGregor, très bien en jeune Alec Guiness), ou la première séquence qui reprend tous les codes de la saga, tiennent ainsi toutes leurs promesses. Même si la fameuse « course de chars » semble inutilement étirée, les morceaux de bravoure sont globalement parfaitement réussis.

Le grand méchant du film l’est en revanche beaucoup moins, sorte de clone de Dark Vador lui-même, en moins effrayant et en plus grimaçant. Et la principale limite du film, c’est qu’il ressemble à ce qu’il est : la mise en place d’un drame qui ne prend pas encore toute son ampleur, et dont on connaît la fin.

La saga Star Wars

12345...159
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr