Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur (Hudson Hawk) – de Michael Lehmann – 1991

Classé dans : 1990-1999,ACTION US (1980-…),LEHMANN Michael — 13 septembre, 2017 @ 8:00

Hudson Hawk

C’était l’époque où Bruce Willis avait un charme fou (et des cheveux). Cette année-là surtout, on sentait chez lui un plaisir communicatif d’être ce qu’il était : un type cool, un acteur enthousiasmant, la star la plus hot du moment. Après le triomphe de 58 minutes pour vivre, il peut faire à peu près tout ce qu’il veut. Et ce qu’il choisit, on sent que c’est par passion qu’il le fait. Oui, tout ça semble très loin.

Cette année-là, le voilà donc à l’affiche du Bûcher des Vanités (un bide historique), et de ce Hudson Hawk, une comédie d’action imaginée par l’ami Bruce lui-même, un thème qu’il retrouve par ailleurs sur l’un des albums qu’il enregistre en tant que chanteur. Un bide historique également. Bref, autant dire que les sorts consécutifs de ces deux films ambitieux ont sans doute contribué à rendre la star plus… prudente. Jusqu’à l’enfermer dans les nanars qu’il enchaîne depuis des années.

On n’en est pas là. Hudson Hawk, film mal aimé à l’époque, semble n’être pas plus aimé aujourd’hui, personne n’ayant l’envie de le réhabiliter. Eh bien moi je le dis : voilà une vraie et grande injustice ! OK, le film de Michael Lehmann n’est pas parfait. Quelques gags un peu limites (le sourire de la Joconde dans le prologue, bof), quelques petites baisses de régimes. Mais le film joue avec jubilation avec les lois du film d’action, s’amusant avec un décalage réjouissant du genre dont Bruce Willis lui-même devenait à l’époque le symbole.

Il faut voir la star, avec son comparse Danny Aiello, balancer des bombes dans la nuit en chantant « Side by side ». Il faut les voir aussi cambrioler un musée en fredonnant des chansons célèbres dont la durée leur permettent de chronométrer leurs actions. Et puis ces transitions folles : Willis qui tombe d’un camion et se retrouve assis sur une terrasse face à une Andy McDowell craquante…

L’humour, parfois, est franchement bas du plafond, mais avouons qu’il frappe juste, et que tout ça est simplement très drôle : les petites frappes (parmi lesquels David Caruso étonnant en caméléon muet) qui portent des noms de barres chocolatées, ou un couple de criminels totalement déjantés qui flingue à tout va en éclatant de rire, James Coburn en vieux briscard qui se transforme en roi du kung-fu, sans oublier le fameux « Bunny ? Baballe… » Culte.

Non seulement le film est drôle et spectaculaire, mais il est aussi visuellement très réussi, avec une photo magnifique, et une vraie ambition esthétique. Allez, et si on réhabilitait vraiment Hudson Hawk ?

Snowpiercer, le transperceneige (Snowpiercer) – de Bong Joon-ho – 2013

Classé dans : 2010-2019,BONG Joon-ho,FANTASTIQUE/SF — 12 septembre, 2017 @ 8:00

Snowpiercer

Première production internationale pour le Sud-Coréen Bong Joon-ho, après une série de grands films qui ont connu d’immenses succès, dans des genres différents, du polar Memories of Murder au mélo Mother en passant par le film de monstre The Host. Loin de perdre son âme en prenant les rênes de cette co-production américano-franco-etc, le réalisateur signe une nouvelle grande réussite, et impose sa marque atypique.

Dans ses précédents films de genre, Bong avait distillé une dose d’humour et de dérision dans des thèmes très sombres. La présence de son acteur fétiche Song Kang-ho y était pour quelque chose, et on le retrouve à l’affiche de ce film post-apocalyptique, dominé par une distribution essentiellement anglophone : Chris Evans, Tilda Swinton, John Hurt, Jamie Bell ou Ed Harris.

A l’origine du film, il y a une bande dessinée française, signée Jean-Marc Rochette et Jacques Lob, dont Bong Joon-ho respecte scrupuleusement l’univers. Lorsque la production est lancée, trois albums sont déjà sortis. Le quatrième qui suivra inclura d’ailleurs les événements imaginés spécifiquement pour le film dans l’intrigue générale.

Et quel univers : une sorte de condensé de l’humanité dans ce qu’elle a de plus diversifiée, et de plus effrayants, vivant reclus dans un immense train roulant sans jamais s’arrêter à travers un paysage de glace. Car dans ce futur-là, l’humanité a quasiment disparu, après que des savants géniaux ont décidé de balancer un gaz dans l’air pour stopper le réchauffement climatique. On voit bien ce qui a plus à l’ironique Coréen : car cette arme censée sauver le monde a bel et bien mis un terme au réchauffement, plongeant la Terre dans une nouvelle ère glacière.

Dix-huit ans plus tard, les survivants roulent sans fin, dans un train mis au point par un puissant démiurge, qui a compartimenté les wagons comme des symboles des classes sociales. A la tête, les leaders qui vivent dans l’opulence. A la queue, les pauvres à qui on a tout retiré : les droits, les possessions et la dignité. Jusqu’à ce qu’un homme au passé trouble et douloureux comprenne qu’il est fait pour mener les siens vers la liberté. C’est Chris Evans, qu’on découvre intense et charismatique. Une belle surprise.

La construction du film est fascinante, lente avancée dans le train où chaque passage d’un wagon à l’autre procure une rupture de ton et de rythme. Et Bong Joon-ho a un talent fou pour passer de la dérision à la tragédie, de l’humour décomplexé à la violence gore. Réjouissant et édifiant, Snowpiercer n’est pas totalement dépourvu de lumière, et présente même une petite (mais vraiment toute petite) lueur d’espoir concernant la nature humaine. Mais à quel prix…

La Chaîne (The Defiant Ones) – de Stanley Kramer – 1958

Classé dans : 1950-1959,CURTIS Tony,KRAMER Stanley — 11 septembre, 2017 @ 8:00

La Chaîne

« Ils doivent être des millions, et aucun ne se comprend ! » Tony Curtis et Sidney Poitier, prisonniers en cavale enchaînés l’un à l’autre, parlent des animaux qui les entourent, mais on jurerait que c’est d’eux-mêmes qu’il s’agit en fait : deux hommes que tout oppose dans ce Sud des Etats-Unis où leur couleur de peau respective représente une barrière infranchissable entre eux.

Le racisme qu’ils affichent l’un comme l’autre est de circonstance, et ne souffre aucune explication, aucune justification. Ils se détestent tout simplement parce que l’un est blanc, et l’autre et noir. « Negro » ? Ce n’est même pas une insulte, juste une vérité absolue. « Et il n’y a rien que tu puisses y faire », lance Curtis. Dans des circonstances « normales », ces deux-là ne se seraient pas parlé. Dans des circonstances exceptionnelles, ils auraient pu d’entre-tuer.

Sauf que tous deux courent (au sens propre) pour leur liberté, poursuivis par des policiers et leurs chiens. Et que la chaîne qui les relie par le poignet les oblige à courir ensemble, à se reposer ensemble, à affronter ensemble les danger, et à s’entraider plutôt que s’entre-tuer, parce que la survie de l’un dépend de celle de l’autre, tout simplement.

Le dispositif est habile, et la mise en scène est parfaite. Plutôt que de surjouer la haine et le rejet de l’autre, Stanley Kramer préfère filmer les doutes qui naissent dans le regard de l’un et de l’autre. Les interrogations que l’on devine aussi : au fond, pourquoi devrait-on se haïr ? Si les hommes ne se comprennent pas, c’est peut-être simplement parce qu’ils ne se parlent pas.

Dans le rôle du « Negro », qui d’autre que Sidney Poitier ? L’acteur allait devenir le symbole hollywoodien de la cause noire, et sa filmographie est parsemée de films (souvent excellents) dénonçant le racisme. Du coup, c’est plutôt Tony Curtis qui surprend. Loin de ses rôles de jeunes premiers, il est d’une intensité assez impressionnante, tout en laissant sourdre une émotion à fleur de peau.

En contrepoint de leur course en avant, le groupe de policiers est lui aussi joliment écrit, du flic va-t-en guerre joué par Charles McGraw au shérif débonnaire interprété par Theodore Bikel, deux personnalités qui disent beaucoup du rapport à l’autre souvent difficile. Dans ce road movie sans route, on croise d’ailleurs beaucoup d’êtres profondément seuls, de cet ancien bagnard que joue Lon Chaney Jr, à la mère de famille désespérément en manque d’amour (Cara Williams).

Finalement, la chaîne qui unit nos deux fuyards ressemble presque au symbole d’un nouveau départ, tourné vers l’autre. Au-delà du suspense très efficace, une belle leçon de vie.

Les Inconnus dans la maison – de Henri Decoin – 1941

Classé dans : * Polars/noirs France,1940-1949,DECOIN Henri — 10 septembre, 2017 @ 8:00

Les Inconnus dans la maison

Ça commence par de superbes images de nuit, montrant une ville baignée de pluie, d’abord à travers une maquette magnifiquement éclairée, puis par une série de plans joliment filmés en studio. Des images accompagnées par la voix off de Pierre Fresnay, voix fascinante d’un acteur qu’on ne verra pas à l’écran, mais qui annonce déjà les chefs d’œuvre à venir de Clouzot, scénariste et dialoguiste du film.

C’est à lui, surtout, qu’on doit la réussite de cette adaptation d’un roman de Simenon. A lui, à ses dialogues géniaux, et aux acteurs qui les disent. Et quels acteurs, à commencer par Raimu, extraordinaire jusque dans ses excès, formidable en avocat vieillissant et alcoolique qui affiche un désintérêt affecté au drame qui se noue dans sa propre maison : un homme y est découvert assassiné, et c’est tout l’entourage de sa fille qui est suspecté, cette fille qu’il n’a jamais su aimer, ou à qui il n’a jamais su montrer qu’il l’aimait.

Au-delà de l’intrigue policière, le film est une critique acerbe et réjouissante de la grande bourgeoisie, laminée lors d’une plaidoirie extraordinaire par Raimu, véritable sommet du film, jeu de massacre et réjouissant numéro d’acteur. C’est à lui, Raimu, et aux autres acteur, que l’on doit le plaisir si intense que procure ce film, qui aura droit à deux remakes, dont le second, cinquante ans plus tard, avec Jean-Paul Belmondo.

Murder on a blackboard (id.) – de George Archainbaud – 1934

Classé dans : * Pre-code,1930-1939,ARCHAINBAUD George — 9 septembre, 2017 @ 8:00

Murder on a blackboard

Hildegarde Withers est tombée dans un oubli à peu près total aujourd’hui. Mais cette institutrice vieille fille au caractère bien trempé qui résout des meurtres avec un inspecteur de police un peu dépassé par les événements a connu son heure de gloire dans les années 30. D’abord dans une série d’histoires criminelles écrites par Stuart Palmer et publiées dans des magazines populaires puis en romans, puis au cinéma dans une série de six films à la RKO.

Toute une époque : celle des whodunit, et des détectives amateurs que l’on retrouvait dans d’innombrables films, souvent dans de petites productions qui n’excèdent généralement les 75 minutes, avec des héros récurrents. Les ancêtres des séries télé, en quelque sorte. Ces héros-ci ne manquent pas de charme, tandem très improbable porté par deux comédiens qui semblent prendre beaucoup de plaisir à leurs joutes verbales.

Murder on a blackboard est le deuxième des six films de cette série initiée en 1932 par The Penguin Book Murder. On y retrouve James Gleason, impeccable dans le rôle de l’inspecteur Oscar Piper (rôle qu’il tient dans les six films), et surtout Edna May Oliver, actrice irrésistible au physique impossible, visage chevalin, long corps dégingandé et sourire narquois. Elle ne jouera que dans les trois premiers films, jusqu’à son départ de la RKO (après Murder on a honeymoon, elle sera remplacée par Helen Broderick, puis par Zasu Pitts).

Moteur véritable de l’enquête, et principal argument humoristique du film, c’est elle qui donne son ton et son rythme à cette série B fauchée (aucune musique en bande son) mais sympathique et pleine de petits détails typiques de cette période « pre-code » : la manière dont le corps de la victime est traité, et surtout l’omniprésence de la polygamie dans cette comédie de mœurs où la notion de couple est pour le moins originale.

* Voir aussi : Murder on a honeymoon et Murder on a Bridle Path.

Goldfinger (id.) – de Guy Hamilton – 1964

Classé dans : * Espionnage,1960-1969,HAMILTON Guy,James Bond — 8 septembre, 2017 @ 8:00

Goldfinger

La chanson de Shirley Bassey, le smoking sous la combinaison de plongée, la partie de golf, l’apparition d’Honor Blackman alias Pussy Galore, l’Aston Martin et son siège éjectable… C’est peut-être le Bond qui a fait entrer définitivement Bond dans la légende. L’un des meilleurs de la série en tout cas, voire LE meilleur de l’avant-Daniel Craig.

Ironique et spectaculaire, ce troisième Bond s’amuse déjà de sa propre image, avec d’improbables gadgets, des conquêtes en série pour notre espion préféré (et pas n’importe lesquelles), un tour du monde des cartes postales qui passe par le Big Ben de Londres, les montagnes de Suisse et les palaces de Miami Beach, et les apparitions rigolardes des habituels faire-valoir de Bond : M et Moneypenny dans leur numéro déjà habituel, Q très pince-sans-rire, et l’agent de la CIA Felix Leiter dans un rôle plus étoffé qu’à l’accoutumé.

Surtout, c’est le film pour lequel le réalisateur Guy Hamilton semble en état de grâce. Même s’il signera trois autres Bond (Les Diamants sont éternels et les deux meilleurs Moore, Vivre et laisser mourir et L’Homme au pistolet d’or), Hamilton n’est pas exactement le cinéaste le plus emballant du monde. Mais son Goldfinger est d’une fluidité exemplaire, avec un rythme impeccable, que ce soit dans les nombreux moments de bravoure ou dans les moments plus calmes comme ce formidable jeu de dupe au golf (c’est d’ailleurs en tournant cette longue séquence que Sean Connery est tombé amoureux du sport).

Et puis il y a Sean, impérial, la classe absolue, la virilité incarnée, le héros tellement supérieur à tous… Sauf qu’à bien y regarder, il est bien souvent dépassé par les événements, 007 : incapable de sauver de la mort deux charmantes sœurs, impuissant devant une bombe prête à exploser, et les mains liés lorsqu’il s’agit d’empêcher le meurtre de 60 000 personnes… La superbe qu’il affiche est même franchement mise à mal lors de l’affrontement mythique avec Gert Froebe / Goldfinger.

« Do you expect to talk ?
- No Mr. Bond, I expect you to die ! »

Réjouissant et ironique à souhait, un très grand Bond.

Jason Bourne (id.) – de Paul Greengrass – 2016

Classé dans : 2010-2019,ACTION US (1980-…),GREENGRASS Paul — 7 septembre, 2017 @ 8:00

Jason Bourne

Il aura mis presque dix ans avant de retrouver son personnage fétiche, celui qui a boosté sa carrière en faisant de lui un action hero improbable mais enthousiasmant. Matt Damon a donc dit oui, lui qui avait si longtemps dit non. Une seule condition, avait-il précisé : que Paul Greengrass, réalisateur de La Mort dans la peau et La Vengeance dans la peau, soit lui aussi de la partie. Dix ans plus tard, on reprend donc à peu près là où ça s’était terminé…

Bonne ou mauvaise idée ? Ben, les deux mon camarade. D’un côté, retrouver le « vrai » Jason Bourne (après l’intermède Bourne Legacy) procure un plaisir similaire à celui que l’on éprouve en découvrant un nouveau Mission : Impossible, ou un nouveau James Bond. Mais pour le coup, strictement rien de neuf à l’horizon. Et une fois le générique de fin terminé (toujours le même, avec la géniale chanson de Moby), on se rappelle que si Greengrass et Damon avaient décidé d’arrêter en 2007, c’est parce qu’ils avaient le sentiment d’avoir fait le tour du sujet.

Ils avaient raison. L’histoire, ou plutôt le prétexte, semble bien mince, comme si au bout de la corde tirée le long de trois films riches et complémentaires, il n’y avait plus qu’un vague filet qui ne servirait pas à grand-chose. Finalement, mieux aurait valu faire sans ce prétexte guère palpitant, et assumer pleinement le statut de pur film d’action, aussi inventif que Bond ou Mission…, mais plus ancré dans le réel.

C’est d’ailleurs ce mariage de l’action hyper-spectaculaire et du réalisme tangible qui donne les meilleurs scènes du film. Avec une recette simple : Bourne va d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, avec un morceau de bravoure à chaque étape. La meilleure est, de loin, la première, celle d’Athènes. Dans la capitale grecque plongée dans le chaos des manifestations, Greengrass signe une ébouriffante séquence de poursuite, avec ce style caméra à l’épaule immuable et un rien agaçant.

La dernière, aussi, est impressionnante : à Las Vegas, une poursuite en voitures brutale et inventive, qui réussit à renouveler le genre. Entre-deux, pas mal de tension, quelques explosions de violence, et beaucoup de suspense pas toujours très clair par écrans d’ordinateurs interposés. Dans ces trop longues scènes, là, la sensation de déjà-vu est très présente, et l’intérêt retombe. Mais pas longtemps : Greengrass sait faire repartir la machine quand il le faut.

A défaut de relancer la saga sur de nouvelles bases, le film prolonge le plaisir tardivement, artificiellement, mais réellement.

• Voir aussi La Mémoire dans la peau, La Mort dans la peauLa Vengeance dans la peau et Jason Bourne : l’héritage.

Prisoners (id.) – de Denis Villeneuve – 2013

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),2010-2019,VILLENEUVE Denis — 6 septembre, 2017 @ 8:00

Prisoners

Villeneuve fait ses débuts à Hollywood avec ce thriller sombre et étouffant, qui confirme son immense talent et fait de lui l’un des cinéastes les plus passionnants du moment. Avec Prisonners, le réalisateur canadien réussit un thriller à peu près aussi marquant que Demme avec Le Silence des Agneaux, ou Fincher avec Seven puis Zodiac (déjà avec Jake Gyllenhaal). Bref, un grand film.

Deux fillettes disparaissent mystérieusement. Un jeune simplet est d’abord soupçonné, mais la police écarte vite cette piste. L’un des pères, lui, est persuadé de sa culpabilité, et ira très loin pour découvrir la vérité et retrouver sa fille. Ce père, c’est Hugh Jackman, acteur pas toujours ébouriffant, mais qui fait ici des merveilles dans le rôle de cet homme obsessionnel et désespéré, entre force brute et sensibilité à fleur de peau.

Ses confrontations avec le flic joué par Gyllenhaal (assez génial), qui semble constamment à côté de la plaque, sont étonnantes : deux versions radicalement opposées de l’obsession, qui mettent joliment en lumière les noirceurs de l’âme humaine. La réussite du film tient en partie à la vérité qui se dégage de ces personnages, et de tous les autres. Villeneuve ne fait pas l’impasse sur le spectaculaire, et signe quelques belles scènes d’action et de suspense, mais c’est cette vérité, et les erreurs dramatiques que les personnages commettent, qui marquent les esprits.

Et visuellement, c’est une splendeur. Sans renier les grandes références du genre des années 90 et 2000, Villeneuve affirme un style fascinant, à hauteur d’hommes et porté sur l’ellipse. D’une intensité rare, terrifiant et bouleversant, le meilleur thriller de ces dernières années ? Formidable, en tout cas.

Le Clan des Siciliens – de Henri Verneuil – 1969

Classé dans : * Polars/noirs France,1960-1969,GABIN Jean,VERNEUIL Henri — 5 septembre, 2017 @ 8:00

Le Clan des Siciliens

Gabin, Delon, Ventura… On pouvait craindre le pire de l’association de ces trois monstres du cinéma français, s’attendre à une simple formule pour créer l’événement. D’où la très agréable surprise à revoir ce petit classique du « cinéma de papa ».

D’accord, les trois stars sont en terrain connu, et se contentent de rejouer les personnages que l’on attend d’eux, sans surprise et sans éclat. Gabin, surtout, ronronne un peu en patriarche d’une famille de gangsters siciliens installés à Paris, abhorrant la violence. Oui, Gabin en Sicilien, déjà, ça n’aide pas à croire énormément au personnage…

Ventura en flic, ce n’est pas non plus une nouveauté. Mais son personnage, un peu en retrait, n’est pas inintéressant. Totalement débordé par les événements, il séduit même franchement par ses regards dépassés et fatigués, apportant une (petite) touche de légèreté à un film plutôt sombre et tendu par ailleurs.

Quant à Delon, il apporte beaucoup de nuances à un personnage mutique et inquiétant. Un sourire à peine ébauché à l’évocation d’un souvenir d’enfance, un regard plein de désir vers une femme trop facile par qui le malheur arrivera… Il réussit à rendre humain un homme qui semble a priori sans aspérité.

Mais Le Clan des Siciliens est moins un film de personnage qu’une remarquable mécanique scénaristique. Adapté (par Verneuil lui-même avec José Giovanni et Pierre Pelegri) d’un roman d’Auguste Le Breton, l’auteur de Razzia sur la chnouf, le film est un modèle de construction, où les personnages se croisent et participent constamment à une sorte de mouvement perpétuel, à l’image de Delon passant d’un véhicule à un autre dans cette scène au suspens imparable.

Et puis il y a la musique de Morricone (très réussie), un duel final très westernien (Verneuil multiplie d’ailleurs les clins d’œil à Vera Cruz), quelques excès de violence particulièrement marquants (la scène, courte et brutale, dans la chambre de la prostituée), et une ambition désinhibée qui fait plaisir dans le polar français de cette époque : le contraste entre le détournement réussi d’un avion au-dessus de New York et la banale histoire de tromperie donne au film une belle amertume.

O.J. Simpson : Made in America (id.) – de Ezra Edelman – 2016

Classé dans : 2010-2019,DOCUMENTAIRE,EDELMAN Ezra,TÉLÉVISION — 4 septembre, 2017 @ 8:00

OJ Simpson Made in America

Presque 8 heures : c’est la durée de cet extraordinaire documentaire oscarisé qui revient sur l’hallucinante trajectoire d’O.J. Simpson, mini-série en cinq épisodes admirablement construits et captivants.

On croyait tout savoir sur le destin de cette ancienne star du football américain reconvertie en acteur (remarqué dans la série des Naked Gun), et définitivement rentré dans l’histoire après les meurtres de son ancienne femme et d’un ami, pour lesquels il a été acquitté contre toute attente à l’issue d’un procès stupéfiant, avant d’être finalement condamné pour un improbable braquage.

On croyait tout savoir, mais on était loin du compte. A travers cinq épisodes de 90 bonnes minutes, Ezra Edelman se donne le temps de revenir sur cette destinée hors norme, et inscrit le parcours de Simpson dans l’histoire récente des Etats-Unis.

Ce qui fascine d’abord dans cette vie, c’est la manière dont ce gamin d’une famille noire modeste a profité de sa notoriété de sportif non pas pour faire entendre la voix des noirs, mais pour s’imposer dans une société où les noirs, justement, n’avaient pas leur place. Ambition profondément égoïste ou militantisme déguisé ? Simpson n’a visiblement jamais été un vrai militant, mais il y a pourtant un postulat audacieux et finalement engagé dans sa volonté d’abolir la couleur de peau.

Le documentaire s’appuie grandement sur cette ambition, qu’il met en parallèle avec la condition des noirs dans le Los Angeles des années 60 à 90, jusqu’aux émeutes qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King, peu avant le meurtre de Nicole, l’ex-femme d’O.J. Pas question pour autant de faire du documentaire une histoire de la lutte des noirs américains : le contexte racial n’est là que pour éclairer a posteriori l’hallucinant procès qui a abouti à l’acquittement incroyable d’O.J. Simpson en 1995.

Riche en images d’archives (à tel point qu’on se dit que micros et caméras sont décidément partout aux Etats-Unis, que ce soit sur les terrains de sports, dans les maisons ou dans les tribunaux) et en témoignages (amis et anciens amis, familles des victimes… mêmes les flics montrés du doigt pour leur incompétence ou leur racisme avérés prennent la parole), le docu est d’une extraordinaire précision, et fait comprendre toute la complexité du personnage.

O.J. Simpson est un homme fascinant. Un meurtrier, sans doute, dont on ne cache rien de la sauvagerie des meurtres. Mais aussi un homme séduisant et affable, autant que manipulateur et, d’une certaine façon, pathétique. Pathétiques, en tout cas, les années qui ont suivi son acquittement, cette façon qu’il a eu de tomber le masque, de s’exhiber dans des frasques inattendues de bad boy, avant d’être rattrapé par le destin.

Sur sa chute aussi hallucinante que son acquittement, on aurait voulu en voir plus, malgré la durée dès considérable du docu. Comment un type revenu de l’enfer a-t-il pu se laisser entraîner dans une telle affaire ? Car en guise de braquage, il s’agit d’une virée digne des Pieds Nickelés initiée par O.J. lui-même pour récupérer des objets personnels dont des profiteurs se seraient emparés durant ses années de purgatoire. Du grand n’importe quoi, pour un destin hallucinant jusqu’au bout.

Au bout du bout, la justice ne sort pas grandie de cette histoire. Après l’avoir innocenté pour d’absurdes raisons d’un meurtre sauvage que beaucoup (jusqu’à ses plus proches) sont persuadés qu’il a commis, O.J. Simpson a finalement été condamné à 33 ans de prison pour une quasi-peccadille qui, étonnamment, rendait ce probable monstre plus humain que jamais…

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