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Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne (The Adventures of Tintin : The Secret of the Unicorn) – de Steven Spielberg – 2011

Classé dans : 2010-2019,DESSINS ANIMÉS,SPIELBERG Steven — 4 avril, 2012 @ 9:53

Les Aventures de Tintin

Il y a dans la carrière récente de Steven Spielberg une notion d’urgence qui me semble bien proche de la nostalgie. Après une décennie (les années 2000 grosso modo) de maturité artistique et d’expérimentation constante (avec quelle réussite !), Spielberg renoue avec ses rêves de jeunesse et concrétise ses projets les plus anciens, ceux qui lui étaient les plus chers mais qu’il ne cessait de remettre à plus tard : après un quatrième Indiana Jones annoncé pendant plus de quinze ans, et avant un Lincoln en préparation depuis à peu près aussi longtemps (et un Cheval de guerre qui renoue avec des thèmes qui étaient les siens dans les années 80), le cinéaste porte enfin les aventures de Tintin à l’écran. Un rêve qu’il portait en lui depuis… trente ans.

Longtemps, Spielberg voulait faire de ce Tintin un film « live », avec des acteurs de chair et d’os. Des essais ont même été réalisés peu avant le tournage, pour voir comment un Milou de synthèse pouvait interagir avec de vrais acteurs. Finalement, suivant l’exemple d’un Robert Zemeckis qui fut longtemps sont élève le plus doué, il choisit la motion capture. Mouais… Cette approche bâtarde ne m’a jamais vraiment convaincu : à quoi bon utiliser des acteurs connus que l’on ne reconnaît pas.

Là encore, il faut une vraie bonne volonté pour reconnaître Daniel Craig en Sakharine, ou Jamie Bell en Tintin. Seul Andy Serkis, dans le rôle du capitaine Haddock, est clairement identifiable. Logique, l’acteur est moins connu pour son visage que pour sa manière toute particulière de se mouvoir : spécialiste de la motion capture, il a interprété King Kong dans le film de Peter Jackson (co-producteur et réalisateur de la seconde équipe, et vraisemblable réalisateur du prochain Tintin), et surtout Gollum dans Le Seigneur des Anneaux du même Jackson.

Cette réserve posée, reconnaissons que Spielberg utilise merveilleusement le procédé. Après un générique d’anthologie, qui rend à l’œuvre d’Hergé le plus sublime des hommages (il faut voir le film, ne serait-ce que pour ce générique qui surpasse encore celui de Arrête-moi si tu peux), la première séquence est un petit chef d’œuvre à elle-seule. Par la virtuosité de sa réalisation, avec cinquante idées géniales dans le moindre plan, Spielberg brise la frontière entre cinéma traditionnel et animation : ce qu’il propose est une plongée au cœur même de son univers à lui. Et c’est avec un plaisir immense qu’on le suit.

Amoureux de l’œuvre d’Hergé, Spielberg fait sien l’esprit du dessinateur. Tout en prenant d’immenses libertés avec l’histoire des albums qu’il adapte (en particulier Le Crabe aux pinces d’or pour la rencontre entre Tintin et Haddock, et Le Secret de la Licorne pour l’intrigue principale), le cinéaste reste on ne peut plus fidèle aux bandes dessinées. Certains personnages secondaires prennent une dimension inédite (c’est le cas de Sakharine), de nombreux éléments sont imaginés pour le film (la malédiction qui pèse sur la lignée des Haddock), mais qu’importe : Spielberg a parfaitement assimilé l’esprit des BD, et peut ainsi prendre toutes les libertés du monde.

D’ailleurs, le résultat est brillantissime : rythme effréné, intelligence de la narration, cadre hyper travaillé, clins d’œil omniprésents… On ressent à peu près la même excitation à voir le film qu’à lire un album de Tintin. Dans la première partie en tout cas.

Parce qu’après quarante-cinq minutes d’anthologie, durant lesquelles Spielberg prouve qu’une adaptation fidèle et intelligente de Tintin est possible, le cinéaste nous livre une seconde partie certes ébouriffante, mais sans grand rapport avec Hergé. C’est du Indiana Jones qu’on découvre alors, avec une surenchère constante dans l’action et un rythme qui n’en finit plus de s’emballer. Comme s’il avait voulu se rattraper des erreurs consentis sur Le Royaume du Crâne de Cristal, Spielberg nous rappelle qu’il a toujours l’imagination juvénile et folle qui était la sienne en 1981, lorsqu’il tournait Les Aventuriers de l’Arche perdue.

Ce n’est pas un hasard : Indiana Jones et Tintin sont deux personnages intimement liés dans sa vie et sa carrière. En bon Américain qu’il est, Spielberg n’avait en effet jamais entendu parler de Tintin avant de découvrir ce nom dans une critique française de ses Aventuriers de l’Arche perdue, qui comparait les deux personnages. C’est après avoir lu ce papier que Spielberg s’est plongé dans l’œuvre d’Hergé, et qu’il a obtenu sa bénédiction pour une adaptation, peu avant la mort du Belge.

Hélas, dans la seconde partie, on sent que Spielberg ne fait plus vraiment la différence entre les deux personnages. Cette dernière heure aurait fait un sublime Indiana Jones. Mais elle désarçonne l’amoureux de Tintin que je suis, qui assiste avec un regard de plus en plus médusé à cette grande folie qui ne prend plus en compte l’essence de la bande dessinée qui, derrière ses plus grands excès, gardait continuellement une approche réalisme et un ancrage profond dans son époque.

Le sentiment final est forcément mitigé. Mais Spielberg réussit tout de même son pari. Le temps lui a permis d’assimiler parfaitement l’univers d’Hergé. Jusqu’à ne plus vraiment faire la différence avec le sien. On attend tout de même la suite avec impatience…

Côte 465 (Men in War) – d’Anthony Mann – 1957

Classé dans : 1950-1959,MANN Anthony,RYAN Robert — 2 avril, 2012 @ 2:21

Côte 465

« Dieu nous protège ! C’est des types comme toi qui gagneront cette fois. »

Attention, chef d’œuvre ! Mann n’est pas seulement l’un des plus grands auteurs du film noir et du western, il a aussi à son actif l’un des plus grands films de guerre de l’histoire du cinéma. De la guerre elle-même, on ne voit pourtant pas grand-chose dans ce Côte 465 qui se déroule en pleine guerre de Corée : une série d’explosions, des coups de feu dont les auteurs sont invisibles, de rares silhouettes de soldats coréens…

La toute première scène donne le ton : on découvre un bataillon de 17 soldats américains totalement isolés, sans moyen de transport, arrivés là on ne sait comment. La nature est belle et calme, et le groupe s’accorde un moment de repos. L’un d’eux, surtout, semble parfaitement calme, profondément endormi. Apaisé. Mais lorsque l’un de ses frères d’arme s’approche, il découvre… deux trous rouges au côté droit ? Presque : une plaie béante dans le dos.

Dans cette ouverture particulièrement forte, tout ce qui fait la richesse de ce film sublime est déjà là. Avec cet ennemi quasiment invisible qui se confond avec une nature belle et apaisante, on prend toute la mesure de l’absurdité de la guerre. Bien avant Terrence Malick, qui en fera le sujet (et le style) de ses films, Mann illustre merveilleusement cette violence absurde que l’homme s’inflige et inflige à son environnement. Côte 465 préfigure, avec quarante ans d’avance, La Ligne rouge

A vrai dire, ce bijou intemporel est la matrice de nombreux (grands) films de guerre à venir. Outre Malick, Steven Spielberg (Il faut sauver le soldat Ryan) ou Clint Eastwood (Mémoires de nos pères) se sont clairement inspirés de ce film.

Elevé à la bonne école de la RKO et de la Eagle Lion, Mann sait tirer le meilleur d’un budget minuscule. Il l’a prouvé dans les années 40 avec ses films noirs. Ici, Mann filme au plus près ses acteurs, dans une nature qui semble si familière, et avec une intelligence de chaque instant. Ils ne sont pas si nombreux les cinéastes qui ont su aussi bien filmer la solitude des soldats pris dans une guerre qui n’a rien de commun avec ce qu’ils sont, avec leur vie. Absurde : c’est le sentiment de ces hommes qui se savent condamnés à mourir loin de ceux qu’ils aiment, et de ce qui est leur véritable environnement.

Constamment tourné vers les personnages et leurs émotions, Mann filme des hommes qui se battent pour garder ce qui leur reste d’humanité. « Dieu nous protège ! C’est des types comme toi qui gagneront cette fois », lance un Robert Ryan qui perd ses dernières illusions après avoir vu Aldo Ray sauver la vie de ses hommes en abattant froidement des ennemis que lui-même aurait épargnés.

Ryan, qui trouve l’un de ses meilleurs rôles, est un héros magnifiquement désabusé. L’antagonisme qui se crée entre ce personnage d’officier humaniste, et le sous-officier à la gâchette facile, annonce une nouvelle ère dans le cinéma américain. Le mythe du héros absolu et sans tâche a vécu. L’Amérique n’est plus ce pays qui gagne toutes ses guerres. Désormais, le doute et le cynisme sont bien présents, dans ce cinéma américain qui se penche sur sa propre histoire, basée sur l’humanisme et la cruauté.

• Le film est disponible chez Wild Side Video dans une très belle édition (également disponible dans un indispensable coffret de six films de Michael Mann). En bonus : une analyse du film assez passionnante par Jean-Claude Missiaen, cinéaste ayant bien connu Mann.

Dick Tracy, détective (Dick Tracy) – de William Berke – 1945

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,BERKE William — 2 avril, 2012 @ 1:13

Dick Tracy détective

Première adaptation ciné pour le héros de Chester Gould qui, à l’époque, était une véritable icône populaire : ses bandes étaient publiées dans plusieurs quotidiens nationaux. Créée en 1931, la BD fut l’une des premières à mettre en scène une violence crue, à une époque marquée par les grands gangsters de Chicago (c’est l’époque aussi où Hawks tourne son Scarface). Le cinéma ne pouvait pas ignorer longtemps ce phénomène. Dès 1937, Ralph Byrd endosse l’imperméable du flic le plus moderne de son époque dans plusieurs serials qui remportent un vrai succès populaire.

Byrd n’est pourtant pas choisi pour interpréter Tracy dans ce qui est le premier long métrage de la franchise : c’est Morgan Conway, acteur passe-partout sans grand talent, mais plutôt sympathique, qui s’y colle (et rempilera pour Dick Tracy vs Cueball, le meilleur épisode de la série). Ralph Byrd reviendra toutefois pour les deux films suivants, ainsi que pour une série télé entre 1950 et 1951.

Warren Beatty fera beaucoup mieux en 1990, avec sa version très cartoonesque et culte de la BD. Ce premier long métrage est platement réalisé (des plans fixes sans imagination), éclairé à la lampe torche et mis en scène comme une captation de la pire pièce de boulevard (voir cette inénarrable scène avec le maire, totalement immobile derrière son immense bureau). Quelques rares scènes, toutefois, sortent du lot, à commencer par la séquence d’ouverture, qui laisse augurer d’un vrai bon film de noir.

Mais la réalité reprend vite ses droits : Dick Tracy est un petit film de série B tourné à la va-vite sans grand moyen, et sans grand talent. Pas un film désagréable, non : on ne s’ennuie pas (manquerait plus que ça : il dure à peine plus d’une heure), et on suit avec un petit plaisir ces aventures. Mais l’esprit de la bande dessinée ne passe pas bien le passage au grand écran (les « gueules » impossibles des méchants n’apparaissent que dans le générique de début), et rien ne rappelle, dans cette petite production fauchée, ce qui faisait l’originalité de la bande dessinée de Gould.

La Rivière d’Argent (Silver River) – de Raoul Walsh – 1948

Classé dans : 1940-1949,WALSH Raoul,WESTERNS — 27 mars, 2012 @ 6:54

La Rivière d'argent

L’argent est partout, dans ce western qui ne respecte quasiment aucune règle du genre. L’argent est le moteur de tous les rebondissements, la cause de tous les changements, il est au cœur de toutes les motivations. Et il est le révélateur des instincts humains les plus sombres…

Soldat yankee héroïque durant la guerre civile, Errol Flynn aurait pu être l’un des héros de Gettysburg. Il en avait la carrure, le sens du devoir, l’héroïsme, le charisme, l’intégrité. Tout pour faire un vrai et grand héros de western, donc, sauf que son grand acte de bravoure lui est renvoyé dans les dents avec une violence inattendue : poursuivi par les Sudistes alors qu’on lui a confié la paye de l’armée de Grant, et qu’il croie la bataille perdue, il décide de brûler l’argent pour éviter qu’il ne tombe aux mains de l’ennemi. Quelques minutes seulement avant l’annonce de la retraite de Lee et de ses hommes…

Pas de bol, vraiment, et la descente de mine de Flynn lorsqu’il réalise que la médaille qu’il attendait va se transformer en procès, est assez impressionnante. Il ne sera pas un héros, mais un traître aux yeux de ses supérieurs, qui le mettent à la porte de l’armée sans ménagement. Largement de quoi motiver un changement de mentalité, et notre Flynn ne va pas s’en priver.

Mis au ban de la société à cause de l’argent, il se fait désormais un point d’honneur à ne vivre que pour cet argent qu’il a jadis brûlé avec une innocence qui a totalement disparu. Quant à la société, il la méprise de toute sa hauteur. Une philosophie qui l’amène effectivement très haut, mais très seul. Devenu maître absolu d’une région minière, il fait et défait l’économie locale, les mineurs n’étant plus que des pions dans ses manœuvres financières. Nettement plus percutant et actuel que les derniers films d’Oliver Stone…

Mais Raoul Walsh est un vrai Américain. Et en Amérique, rien n’est vraiment irréparable. Le cynisme du personnage pourrait être excusée par sa réussite impressionnante. Son manque de moral aurait pu être pardonné. Jusqu’à ce que l’impardonnable soit commis : envoyer volontairement son rival amoureux dans une région qu’il sait infestée d’Indiens belliqueux. Et ses remords tardifs n’y font rien : le rival meurt, Flynn épouse Anne Baxter, et se construit un palais impérial sur la tombe de son rival… Une ordure.

Même l’avocat alcoolique, formidable personnage interprété par Thomas Mitchell, est révolté par l’absence de limite de Flynn. Complice passif et vaguement bienveillant dans un premier temps, il se transforme en mauvaise conscience personnifiée lors d’une scène absolument sublime : totalement ivre, Mitchell condamne enfin les actions de Flynn, ce dernier laissant alors furtivement apparaître l’homme derrière la façade (lorsqu’il couvre d’un drap son ancien ami endormi). Une lueur d’espoir, mais trop tard…

Thomas Mitchell, c’est la personnification même de l’Amérique, capable de construire le plus beau projet d’avenir sur des bases faites de sang, de mensonge et de cruauté. Il sera l’instrument de la rédemption de ce film qui est à la fois la plus cruelle critique et le plus grand cri d’amour à l’Amérique que l’immense Raoul Walsh ait filmé…

Capitaine Mystère (Captain Lightfoot) – de Douglas Sirk – 1955

Classé dans : 1950-1959,SIRK Douglas — 22 mars, 2012 @ 4:04

Capitaine Mystère (Captain Lightfoot) – de Douglas Sirk – 1955 dans 1950-1959 capitaine-mystere

On a trop tendance à réduire Sirk à ses mélos. Certes sublimes, ces films ne doivent pas faire oublier que le cinéaste a à son actif quelques trop rares films d’aventure, comme ce Captain Lightfoot, méconnu et réjouissant, film d’une vigueur rare dont l’énergie communicative crève l’écran.

A quoi doit-on la fraîcheur du film ? Au cinemascope utilisé à merveille par Sirk ? Au technicolor flamboyant ? A un Rock Hudson éclatant de santé et de dynamisme ? Au tournage en Irlande, loin des studios hollywoodiens, et aux décors naturels magnifiques ? Aux seconds rôles « locaux » qui donnent à ce film de genre un aspect « terroir » rafraîchissant ? Sans doute à tous ces éléments à la fois. Une chose semble acquise : Sirk a pris un plaisir fou à tourner ces aventures, et ce plaisir est l’essence même d’un film qui ne se prend jamais au sérieux.

Rock Hudson interprète un jeune Irlandais impulsif et impétueux du début du XIXème siècle, membre de l’un de ces comités révolutionnaires qui étaient omniprésents alors, et dont il regrette l’immobilisme. Recherché par les polices de l’occupant anglais, il se réfugie à Dublin, où un homme le prend sous son aile. Il ne sait pas encore qu’il s’agit du capitaine Thunderbolt (Jeff Morrow), le principal héros de la révolution en marche. A ses côtés, il gagnera en maturité, saura canaliser son énergie, et trouvera l’amour avec la fille de son mentor, interprétée par Barbara Rush, une habituée du cinéma de Sirk qui la filme très joliment.

Scène particulièrement marquante : une fessée mémorable qu’administre vigoureusement Hudson à Rush, et qui déclenche semble-t-il un sentiment amoureux irrépressible chez la jeune femme. Allez comprendre… Mais mine de rien, cette incroyable fessée donne le ton d’un film qui respecte tous les codes du film d’aventure (l’attaque d’un château, l’évasion d’une prison, les course-poursuites, les bagarres… rien ne manque), tout en s’en amusant ouvertement. Captain Lightfoot n’est jamais loin de la comédie pure, même si la tension dramatique n’est pas prise à la légère.

Ainsi, le château à assiéger a tout d’une résidence de villégiature, la rivière sauvage où notre héros manque de se noyer ressemble d’avantage à un cours d’eau tranquille qu’à la rivière sans retour du film de Preminger, les méchants sont volontiers caricaturaux, et les coups ne sont jamais fatals…

Mais même lorsqu’il signe un pur divertissement familial et bourré d’action, Sirk est un immense cinéaste. Chacun de ses plans est admirable, que ce soit dans les séquences d’action ou dans les moments de calme. Les décors irlandais sont utilisés à merveille : la manière dont Sirk filme Hudson devant ces enfilades de maisons blanches, ou dans ces champs entrecoupés de murets de pierres, est d’une beauté incroyable. Plus encore que dans ses autres films, Sirk laisse libre cours à son imagination concernant l’utilisation de cadres dans le cadre, procédé omniprésent ici, et qu’il utilise avec une intelligence extrême (Hudson sortant Barbara Rush du cadre étroit de paravent pour enfin l’embrasser…).

Avec cette parenthèse flamboyante dans son cycle de mélodrame (le film est tourné entre Le Secret magnifique et Tout ce que le ciel permet, deux chef d’œuvre avec Rock Hudson), Sirk réussit un pari difficile : associer un pur de plaisir de spectateur à une superbe démonstration de génie cinématographique.

La Poursuite infernale (My darling Clementine) – de John Ford – 1947

Classé dans : 1940-1949,BOND Ward,FORD John,WESTERNS,Wyatt Earp / Doc Holiday — 19 mars, 2012 @ 2:43

La Poursuite infernale

« Ma’am, I sure like that name… Clementine »

Dès le générique de ce western sublime et indémodable, le ton est donné. La chanson qui donne son (étrange) titre au film résonne, presque étouffée, douloureusement nostalgique… My darling Clementine est déjà un western crépusculaire, celui d’une époque déjà en train de changer. Les légendes sont déjà écrites (les noms de Wyatt Earp et Doc Holiday sont déjà connus de tous), et la civilisation est en marche dans cette ville de Tombstone où la loi est encore approximative, mais où la société se fédère autour de la construction, hautement symbolique, d’une église.

Vingt-cinq ans avant Sam Peckinpah, quarante-cinq avant Clint Eastwood, Ford n’est déjà plus dans la naissance du mythe, mais dans sa déconstruction. Pourtant, comme il le fera lui-même avec L’Homme qui tua Liberty Valance quinze ans plus tard, ou comme Eastwood dans Impitoyable, il ne fait que rendre la légende plus forte, car plus ancrée dans la réalité.

Comme Tom Doniphon (Wayne dans Liberty Valance) dans une société qui avance grâce aux politiciens ; comme William Munny (Eastwood dans Impitoyable) ramenant soudain le chaos dans une ville qui se « civilise »… Wyatt Earp est déjà un homme d’un autre temps, qui ne se mêle à la fête que pour les beaux yeux de Clem’, et qui porte le parfum comme une aberration.

Guindé, mal à l’aise dans ses trop beaux habits et sa coiffure trop citadine, il est maladroit avec les dames et lève les jambes trop haut lorsqu’il s’agit de danser… Wyatt Earp est l’homme d’un Ouest encore sauvage, qui peine à trouver sa vraie place dans une Amérique qui s’organise et se civilise. Il n’est vraiment lui que dans les grandes étendues arides, ou lorsqu’il se rend sur la tombe de son jeune frère, dans l’une de ces scènes purement fordiennes qui donnent toute la dimension nostalgique de son œuvre.

Le film raconte les événements qui aboutissent au fameux règlement de compte de O.K. Corral, événement maintes fois raconté au cinéma (dans le film de John Sturges, dans le Wyatt Earp avec Kevin Costner, ou dans des dizaines d’autres westerns) : la fusillade qui a opposé les frères Earp et le célèbre joueur Doc Holiday, à la famille Clanton, éleveurs ayant causé la mort de deux frères de Wyatt Earp. Mais la richesse de ce film est ailleurs : dans les multiples à-côtés, dans les digressions amusantes ou émouvantes, dans l’amitié virile et belle de ces deux légendes que sont le joueur et as de la gâchette Doc Holliday, et l’ancien marshall Wyatt Earp…

Ancré dans la réalité, le film n’en prend pas moins d’immenses libertés avec la réalité historique : Virgil Earp a participé à la fusillade de O.K. Corral ; Wyatt Earp est arrivé à Tombstone pour travailler à la mine ; Holiday était dentiste, et pas chirurgien, et est mort dans son lit. Mais qu’importe. Ford est au sommet de son art, et son film n’est pas un documentaire mais l’un des westerns les plus beaux, et les plus touchants, jamais tournés.

Wyatt Earp lui-même est un personnage passionnant : Henry Fonda, alors l’acteur fétiche de Ford, lui apporte ce mélange de réalisme et de mythe qui caractérise le film. Mais Victor Mature, acteur généralement plus limité, est tout aussi formidable dans le rôle de Doc Holliday, homme à la destinée contrariée par la tuberculose. Si le personnage de Clementine (Cathy Downs) est assez terne, celui de Chihuahua (Linda Darnell), inspiré de la véritable compagne de Holliday, « Big Nose Kate » Helder, fait partie des plus beaux personnages de femmes de la filmographie de Ford.

Larmes de clown (He who gets slapped) – de Victor Sjöström (Victor Seastrom) – 1924

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,SJÖSTRÖM Victor — 18 mars, 2012 @ 11:45

Larmes de clown (He who gets slapped) – de Victor Sjöström (Victor Seastrom) – 1924 dans 1920-1929 larmes-de-clown

Immense cinéaste suédois (Ingmar Bergman, “l’autre” grand Suédois, lui rendra d’ailleurs homage en lui confiant deux très beaux rôles dans Vers la joie et surtout Les Fraises sauvages), Victor Sjöström a marqué de son empreinte le premier âge d’or du cinéma de son pays, avec des films aussi beaux que La Charrette fantôme. Sa réputation attire l’attention des producteurs américains, qui font venir Sjöström à Hollywood cette année 1924, où il américanise son nom (Seastrom, plus facilement prononçable) et signe des films peut-être moins impressionnants que ses œuvres suédoises (en tout cas jusqu’à son classique, Le Vent), mais très réussis, à l’image de ce Larmes de clown, tourné quelques mois après l’arrivée de Sjöström aux Etats-Unis.

Historiquement, le film est important : c’est la toute première production de la MGM, major qui venait d’être fondée après la fusion de plusieurs sociétés de production. Mais le film est aussi important pour son acteur principal, Lon Chaney. Au sommet de son art, l’acteur avait déjà à son actif des films aussi marquants que Outside the Law de Tod Browning ou Shadows, de Tom Foreman). Il venait également d’interpréter le Faggin d’Oliver Twist, et surtout le Quasimodo de Notre-Dame de Paris, superproduction qui avait triomphé l’année précédente.

Pourtant, ce film a donné une nouvelle dimension à la carrière de Chaney : sa prestation exceptionnelle, et le succès immense du film, lui ouvrent grands les portes de la gloire éternelle, et de rôles plus complexes dans des films souvent prestigieux (notamment devant la caméra de Browning, qui lui offrira désormais des rôles particulièrement marquants). Chaney a d’ailleurs souvent dit que son personnage dans Larmes de clown était son préféré.

Ce rôle peut être vu comme la matrice de la plupart de ses grands personnages à venir : amoureux détruit par la trahison de sa bien-aîmée, il se transforme physiquement en parodie d’humain. Ce sera la trame de plusieurs de ses films (notamment de L’Inconnu, le sommet de sa collaboration avec Browning, qui sera un autre grand film de cirque), c’est déjà le cas ici.

Chaney, étonnamment sobre, interprète un scientifique sur le point de dévoiler une découverte capitale sur les origines de l’Homme, qui réalise que sa femme et son ami et financier sont amants et se sont approprié ses découvertes. Humilié, ruiné, il disparaît alors, et on le retrouve quelques années plus tard sous le déguisement d’un clown, revivant soir après soir son humiliation devant un public hilare. Une « thérapie » sans fin, cruelle et masochiste, dans laquelle Lon Chaney excelle.

L’acteur est magnifique. Méconnaissable dans les premières séquences, au naturel, il est bouleversant lors de quelques scènes-clé : celle où il comprend que sa femme et son ami l’ont trahi ; celle encore où, grimé en clown, la vision de la foule hilare lui ramène à la mémoire des fantômes douloureux.

C’est aussi dans Larmes de clown que Norma Shearer a trouvé son premier grand rôle. La star, « façonnée » par le patron de la MGM Irving Thalberg (qui l’épousera en 1927). Dans le rôle de la joli écuyère (personnage incontournable dans un film de cirque), elle forme un très joli couple, bulle d’innocence dans un monde particulièrement cruel, avec John Gilbert. Ce dernier était déjà une grande vedette, mais n’atteindrait son apogée qu’en devenant le partenaire de Greta Garbo dans Flesh and the Devil, trois ans plus tard.

La Rue de la Mort (Side Street) – d’Anthony Mann – 1950

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1950-1959,MANN Anthony — 17 mars, 2012 @ 10:01

La Rue de la mort

Dernier film noir d’Anthony Mann avant son grand cycle consacré au western, La Rue de la Mort marque une rupture de style assez marquante avec ses précédents chef d’œuvre du genre. Comme pour Incident de frontière, le cinéaste adopte un style quasi-documentaire avec un tournage en extérieur, et une image épurée, moins âpre et stylisée. Mais ici, il va plus loin encore. Avec un nouveau chef opérateur (Joseph Ruttenberg remplaçant le grand John Alton), Mann signe un film presque clinique, sur la descente aux enfers d’un jeune homme incapable de trouver sa place dans une ville aussi vampirisante que New York.

La Big Apple tient un rôle primordial dans ce film qui, ce n’est pas un hasard, commence par d’impressionnants plans aériens de la ville. Le poids de cette mégalopole se fait continuellement sentir, et c’est parce qu’il ne peut se résoudre à n’être qu’une minuscule partie de ce tout gigantesque que notre jeune héros va frôler la tragédie…

Jeune facteur sans le sou, Farley Granger rêve en grand. Il veut le meilleur pour son épouse (Cathy O’Donnell, déjà sa partenaire dans Les Amants de la Nuit de Nicholas Ray) et leur futur enfant. Alors un jour, il vole une enveloppe qu’il croit contenir quelques billets. Mais ce sont 30 000 dollars qu’il vient de dérober, et il ignore encore que cet argent appartient à un gang de kidnappeurs et de tueurs. Poursuivi par les gangsters, poursuivi par la police, poursuivi par sa mauvaise conscience, il ne fera que de mauvais choix, refusant de se rendre à des policiers tout prêts à le croire, et faisant confiance à un barman qui s’empressera de le trahir…

L’intrigue est clairement celle d’un film noir, et Farley Granger est une figure inoubliable du genre. On est constamment tiraillé entre l’envie de baffer ou de prendre dans ses bras ce type immature, définitivement trop modeste et fragile pour faire le poids face à un environnement aussi oppressant que le sien. D’ailleurs, le film a bien des points communs avec les grands films noirs stylisés de Mann, le réalisateur adoptant une nouvelle fois une voix off qui présente l’histoire comme une affaire parmi d’autres que la police a à traiter (c’était déjà le cas pour La Brigade du Suicide, par exemple).

La grande différence ici est la manière dont Mann utilise la ville. D’innombrables plans en contre-plongée font des buildings de grandes murailles omniprésentes ; l’intimité est un luxe que Farley Granger est bien incapable de s’offrir (y compris sur les toits des immeubles ou dans sa propre chambre) ; le danger semble aussi présent dans les rues ensoleillées et gorgées de monde que dans les ruelles étroites et sombres…

Et puis il y a cette incroyable course poursuite finale, tournée également en décors naturels, dans les rues soudain désertes de Manhattan. Mann utilise à merveille les grandes façades des immeubles pour accentuer l’impact de ses images. Haletante et impressionnante, cette préfigure les grandes course-poursuites à venir : celles de French Connection ou de Bullitt, pour ne citer que les plus fameuses.

Charlot à la plage (By the Sea) – de Charles Chaplin – 1915

Classé dans : 1895-1919,CHAPLIN Charles,COURTS MÉTRAGES,FILMS MUETS — 16 mars, 2012 @ 6:31

Charlot à la plage

• Titres alternatifs (VO) : Charlie’s day out, Charlie by the sea

• Titre alternatif (VF) : Charlot sur le sable

Après The Tramp, son premier petit classique, tourné en dix jours, Chaplin filme en une journée seulement ce film de plage qui reprend les motifs et la simplicité de ses films de parc. Tourné sur une plage de Los Angeles, By the Sea est une œuvre mineure mais très agréable, qui a permis à Chaplin de tenir le rythme imposé par son contrat avec la Essanay, et de livrer à temps une simple bobine tout en préparant son film suivant, plus complexe et plus ambitieux : Charlot Apprenti.

Le film ne manque pas d’intérêt, cela dit. La première séquence, surtout, est très réussie : sur le front de mer balayé par le vent, Chaplin nous offre un ballet de chapeaux surprenant et surréaliste, qui introduit les personnages de Charlot et de Billy Armstrong (dans son habituel emploi de petit homme irascible), qui s’affronteront dans une belle bagarre burlesque, avant de nouer une pseudo amitié. Mais les sourires que s’échangent alors les deux hommes sont d’une hypocrisie flagrante, et le ton monte bien vite.

Charlot affronte aussi l’imposant Bud Jamison, dont il convoite aussi la petite amie (Edna Purviance, dans un petit rôle guère intéressant). S’ajoute un policier, et l’utilisation toujours très importante de bancs publics… Ce film de plage est bel et bien le dernier film de parc de Chaplin. By the Sea est aussi, si on excepte The Bond (œuvre de propagande à part dans son œuvre), le dernier film de Chaplin n’excédant pas une bobine.

 

Charlot vagabond (The Tramp) – de Charles Chaplin – 1915

Classé dans : 1895-1919,CHAPLIN Charles,COURTS MÉTRAGES,FILMS MUETS — 16 mars, 2012 @ 6:20

Charlot vagabond

• Titres alternatifs (VO) : Charlie the hobo, Charlie the tramp, Charlie on the Farm

• Titres alternatifs (VF). Le film est sorti en deux parties en France : Charlot chemineau, Charlot vagabond, Le Chemineau ou Le Vagabond pour la première bobine ; Charlot à la campagne ou La Ferme pour la seconde

Dire de The Tramp qu’il est incontournable dans l’œuvre de Chaplin est une évidence. Lui-même devait sans doute s’en rendre compte : d’autres de ses films, tournés auparavant, auraient pu porter ce titre fondateur, mais c’est à ce court métrage de deux bobines qu’il a donné le nom de son personnage fétiche. Ce n’est pas un hasard : même si Chaplin a déjà quarante films à son actif, celui-ci est celui qui définit le plus joliment la nature de son clochard.

On le découvre au début du film marchant le long d’une route de campagne, un baluchon à la main. Déséquilibré par le passage de deux voitures, il tombe lourdement sur la route poussiéreuse. On le voit alors épousseter soigneusement ses guenilles, tel l’aristocrate sans abri qu’il est. Ça n’a l’air de rien, mais c’est avec ce genre de trouvailles que Chaplin est entré dans l’histoire du cinéma…

Toute la richesse et toute la complexité de Charlot sont dans ce film. Dans le pré où il s’est arrêté pour manger, Charlot sauve Edna, jolie fille de fermier prise à partie par trois voleurs. Chevaleresque, notre vagabond n’hésite pas à s’attaquer au trio, ne reculant devant aucun danger pour les yeux de la belle. Il cache mal, cela dit, sa tentation de s’emparer à son tour de l’argent d’Edna, tentation qu’il refoule avec une déception manifeste…

Engagé par le père d’Edna, le vagabond se découvre des talents très limités pour les travaux à la ferme. Après avoir une nouvelle fois mis en fuite les trois voleurs, il croira avoir gagné le cœur d’Edna. Hélas, la belle en aime un autre. Comme il le fera dans Le Cirque, il préfère alors reprendre la route, et part, seul. Abattu ? Oui, mais juste pour un temps : un mouvement d’épaules, un moulinet de la canne, et voilà Charlot, le plus élégant des vagabonds, reparti vers d’autres aventures. Eternel optimiste.

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