Play it again, Sam

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Ceux du Viking (The Viking) – de Varick Frissell et George Melford – 1931

Classé dans : 1930-1939,FRISSELL Varick,MELFORD George — 27 août, 2011 @ 8:55

Ceux du Viking

Premier film parlant du cinéma canadien, The Viking est resté célèbre pour avoir connu ce qui reste peut-être la pire tragédie de l’histoire du cinéma : alors que le tournage était presque terminé, le réalisateur Varrick Frissell et vingt-six autres personnes ont trouvé la mort dans l’explosion du bateau sur lequel ils tournaient, au cœur des mers glacées de Terre-Neuve. C’est tragique, évidemment, mais ça devient gênant lorsque ce drame est utilisé comme le principal argument de vente du DVD, qui brandit fièrement sur sa jaquette le bandeau « Le film qui a coûté la vie au réalisateur Varick Frissell… ».

Rien que pour ça, le DVD a failli rester sur une étagère. J’aurais eu tort : bien au-delà de son intérêt historique, The Viking est, en tout cas en partie, un film d’une force visuelle assez exceptionnelle. Quelle est la part exacte du travail de Frissell, ancien documentariste et grand amoureux du grand Nord canadien et de ses habitants ? Quelle est celle de George Melford, cinéaste chevronné qui a tourné des dizaines de films à partir des années 10 ? Difficile à dire, aujourd’hui, mais si c’est à Melford qu’on doit les rares scènes d’intérieur, alors on peut dire que le réalisateur chevronné à saloper le travail… Si c’est à Frissell qu’on les doit, alors disons que ce dernier avait un talent fou pour filmer les paysages et les hommes face à la nature…

Parce que la première partie du film, qui se situe dans un petit village de chasseurs, dans les grands espaces enneigés de Terre-Neuve, est presque pénible, tant elle est maladroite : les comédiens dans les scènes de pure comédie ne savent pas quoi faire de leur corps, la caméra est statique et frontale comme aux premiers temps du muet, et les dialogues sont criés comme dans une salle dont l’acoustique serait pourrie… Bref, on a bien du mal à s’accrocher, et à s’intéresser à des personnages stéréotypés, malgré le charme du personnage féminin joué par Louise Huntington (qui ne laissera pas une grande trace dans l’histoire du cinéma).

L’intrigue tourne autour de la rivalité entre deux hommes, pour les beaux yeux de Louise. L’un est un chasseur de phoques chevronné et fort-en-gueule (c’est le méchant) ; l’autre est un jeune gars considéré comme un poissard et un lâche par tout le monde (c’est le gentil), et qui décide de s’embarquer pour la prochaine campagne de chasse aux phoques, pour prouver sa valeur à tous, et surtout à la belle Louise… Tous deux se retrouvent à bord du même bateau, le « Viking », dont le capitaine se vante de n’avoir jamais perdu un homme en trente ans de campagnes.

Dès que le Viking appareille, le film prend une toute autre ampleur. C’est au dur labeur de ces hommes, auxquels Frissell a consacré toute sa courte filmographie, que l’on assiste, dans des séquences très belles et très impressionnantes. On découvre les pénibles tâches sur le pont du bateau, la coque se frayant difficilement un chemin dans les étendues glacées, les hommes marchant sur la glace, tirant derrière eux le lourd navire… et finalement les chasseurs s’éloignant du bateau et partant à travers les glaces. Ce sont les scènes les plus spectaculaires : tournées en décor réel, elles font prendre conscience de l’ampleur de la nature, et de la menace qu’elle représente sur ces hommes qui marchent littéralement sur une mer vivante et mouvante, se cherchant un chemin sur les blocs de glace, évitant le piège de l’eau glaciale, omniprésente.

Fasciné par cette chasse hallucinante, Frissell n’en a pas moins conscience de la tuerie qui s’ensuit : il filme les phoques, que l’on abat pour leurs fourrures, avec une empathie déchirante. Tout en rendant un hommage extraordinaire à ces hommes qu’il admire visiblement.

La troisième et dernière partie du film est tout aussi impressionnante, et plus dramatique : les deux rivaux se retrouvent seuls au milieu de l’immensité glacée, le bateau étant reparti sans eux. Ils sont à des dizaines, voire des centaines de kilomètres de toute trace de civilisation. Idéal pour que le jeune homme révèle sa vraie valeur… ? Je ne dévoilerai pas la fin, mais décidément, affronter la calamiteuse première partie du film n’est pas un effort trop grand pour le spectacle impressionnant qui suit…

Solo pour une blonde (The Girl Hunters) – de Roy Rowland – 1963

Classé dans : * Polars US (1960-1979),1960-1969,ROWLAND Roy — 26 août, 2011 @ 8:58

Solo pour une blonde

Curieuse idée que de confier le rôle de Mike Hammer, l’un des grands « privés » du polar hard-boiled américain, à son créateur : le romancier Mickey Spillane. C’est ce qu’on retient d’abord de cette série noire qui ressemble à beaucoup d’autres, mais c’est aussi le principal défaut du film. Spillane a sans doute une légitimité, au moins intellectuelle, à interpréter son propre héros, mais il n’a pas le charisme nécessaire pour le rôle, malgré sa stature physique assez impressionnante, et un sourire carnassier qui convainc de loin en loin.

Egalement scénariste du film, Spillane va jusqu’au bout de l’identification entre son personnage et lui-même (ce n’est pas un hasard si le film s’ouvre avec la mention « Mickey Spillane is Mike Hammer » et se referme sur « Mike Hammer is Mickey Spillane ») : il présente son détective comme une épave sortant la tête de l’eau après des années d’alcoolisme et de dérives, alors que lui-même sort d’une longue période d’inactivité noyée dans l’alcool lorsqu’il revient avec ce film, et une poignée de romans sortis au même moment.

Mais l’intrigue est complexe à l’excès, et Spillane scénariste ne fait rien pour aider le spectateur à s’y retrouver. Pour être honnête, il ne fait rien non plus pour se mettre en valeur : Hammer entre en scène alors qu’il est inconscient dans le caniveau, et se prend deux belles raclées dans les cinq premières minutes du film. Au fond du trou depuis la disparition de celle qu’il aime, visiblement des années auparavant, il reprend du service lorsqu’un homme sur le point de mourir lui affirme qu’elle est encore vivante, et a besoin de son aide.

Le film raconte sa quête pour dénouer le vrai du faux, et c’est bien difficile de trouver son chemin dans cet univers de suspicion et de violence, où les meilleurs amis du monde sont prêts à s’entretuer, où une veuve est une proie sexuelle facile, et où le premier New Yorkais interrogée est justement le voisin de l’homme que Hammer recherche.

Spillane se contrefiche du réalisme des situations : ce qui l’intéresse visiblement, c’est l’atmosphère. Et il faut rendre justice à Roy Rowland, cinéaste honnête et souvent inspiré, qui fait partie des oubliés de l’histoire du cinéma. Sa réalisation, dans un beau noir et blanc, est constamment inventive et d’une rugosité qui colle parfaitement à la violence des situations. Il tient la note juste jusqu’au dernier plan, qui laisse planer sur tout le film un parfum de cynisme sadique qui évoque le sourire carnassier de Ralph Meeker, l’inoubliable interprète de Hammer dans En quatrième vitesse¸ adaptation plus mémorable de l’œuvre de Spillane.

Les Schtroumpfs (The Smurfs) – de Raja Gosnell – 2011

Classé dans : 2010-2019,FANTASTIQUE/SF,GOSNELL Raja — 25 août, 2011 @ 9:32

Les Schtroumpfs (The Smurfs) - de Raja Gosnell - 2011 dans 2010-2019 les-schtroumpfs

C’est bien pour faire plaisir à mon fils aîné que je me suis préparé, de bonne grâce, à entendre l’insupportable « la, la, la schtroumps la la » pendant plus d’une heure et demi. D’autant plus que la formule images de synthèses et plongée des petites créatures dans le New York d’aujourd’hui me laissait pour le moins perplexe. Mais il faut bien reconnaître que c’est de la belle ouvrage. Vite vu, vite oublié, certes (pour moi, en tout cas, mon fils est toujours occupé à recréer l’univers des Schtroumpfs alors que j’écris ces lignes), mais extrêmement sympathique.

C’est drôle, hyper rythmé, et sans la moindre once de méchanceté. Des bons sentiments à tous les étages, des gags très efficaces, et des effets spéciaux bluffants… On est dans du bon cinéma familial, et ne comptez pas sur moi pour chipoter en regrettant que le film cède aux sirènes du capitalisme (la Schtroumpfette qui se pâme devant le rayon lingerie de poupées).

Il vaut mieux saluer la prestation de Hank Azaria, qui n’aura sans doute plus jamais l’occasion de jouer un rôle avec un tel excès jubilatoire : en Gargamel, il donne une petite pointe de folie à ce film bien sympathique.

• Voir aussi Les Schtroumpfs 2.

Le Discours d’un roi (The King’s speech) – de Tom Hooper – 2010

Classé dans : 2010-2019,HOOPER Tom — 25 août, 2011 @ 9:02

Le Discours d'un roi

Des sanglots dans la gorge… C’est dans cet état que j’ai écouté le fameux discours du roi George VI, celui qu’il a adressé au peuple anglais quelques heures après l’entrée en guerre du pays avec l’Allemagne, en 1939. Ce discours est historique, certes, mais il n’a dans le fond rien de bien original. C’est un texte prononcé avec conviction, mais écrit par d’obscurs fonctionnaires, et approuvé par les services du gouvernement de Chamberlain pour ne fâcher personne d’autre qu’Hitler. Bref, pas franchement un discours improvisé et sorti du cœur. D’ailleurs, pour être tout à fait franc, c’est à peine si on écoute le discours lui-même. Et pourtant, c’est l’un des plus bouleversants que l’on ait vu au cinéma depuis des années : voir l’impact qu’il a sur tout un peuple sur le point d’entrer dans une époque trouble, et soudain fier de son roi, fait naître une émotion immense…

C’est toute la magie de ce film décidément très beau, qui raconte une histoire vraie et peu connue. Tout en s’inscrivant sur un contexte historique évidemment dramatique, la dramaturgie repose sur… le bégaiement du père d’Elisabeth II. Profondément humain, le film a l’honnêteté de ne pas dénaturer l’enjeu de ce bégaiement, dont est affligé le fils cadet du roi George V : « Je n’ai aucun pouvoir décisionnaire, dit-il en substance, mais pour une raison étrange, le peuple a le sentiment que je m’exprime en son nom. » Pas facile quand on est incapable d’aligner une phrase sans buter sur un « p », un « b », ou le premier écueil qui se présente…

Le pari du film était risqué : baser tout le film et l’émotion sur les discours que le duc d’York, futur George VI, devait prononcer en public, et qui se terminaient inévitablement par une nouvelle humiliation ; et faire reposer l’enjeu dramatique sur les rapports entre le futur monarque et son orthophoniste, un praticien aux méthodes peu orthodoxes qui, le grand malade, s’intéresse d’abord à l’humain. Mais le résultat est une grande réussite, en particulier parce que le réalisateur Tom Hooper aborde son sujet honnêtement¸ évitant tous les pièges faciles qui l’auraient fait passer à côté de son sujet.

C’est avant tout l’histoire d’un homme qui doit assumer une fonction pour laquelle il n’a pas vraiment été préparé (il est devenu roi après que son frère aîné lui a volontairement cédé la couronne), et qu’il accepte comme un devoir, mais aussi comme une immense contrainte. Un homme qui vit avec le traumatisme d’une enfance sacrifiée, et qui trouve son premier véritable ami en la personne de cet orthophoniste à la vie modeste, qui l’appelle « Bertie » et le traite comme un égal. Un homme qui doit accepter de se sonder lui-même avant de devenir un grand homme d’état.

A la fois drôle et bouleversante, la relation de ces deux hommes si dissemblables est l’une des grandes forces du film, comme cette alternance de moments presque comiques et de passages déchirants (le regard du roi lorsque ses deux filles, parmi lesquelles la future Elisabeth II, se prosternent devant lui au lieu de lui sauter au cou…). Il y a, surtout, des comédiens absolument géniaux : Colin Firth (Oscar du meilleur acteur) et Geoffrey Rush, mais aussi Helena Bonham-Carter (tendre, légère et émouvante en épouse aimante du futur George VI), et jusqu’au plus petit second rôle, comme Derek Jacobi en archevêque obséquieux, ou Timothy Spall en Churchill énorme et jovial.

Le Discours d’un roi est l’un de ces petits films qui créent la surprise en devenant un franc succès populaire, et que les Oscars aiment récompenser. Ce qui fut d’ailleurs le cas avec quatre statuettes, dont celle du meilleur film. Un choix pour une fois justifié : le deuxième film de Tom Hooper est une vraie merveille, un beau moment de grâce qui rappelle que c’est quand même bon de pleurer au cinéma…

Laquelle des trois ? (The Farmer’s Wife) – d’Alfred Hitchcock – 1928

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,HITCHCOCK Alfred — 24 août, 2011 @ 8:44

Laquelle des trois

Voici l’une des rares incursions d’Hitchcock dans la pure comédie. Comme souvent à cette époque, le jeune cinéaste adapte une pièce de théâtre qui a connu un grand succès à Londres. Le film est une commande, mais Hitchcock ne prend pas le travail à la légère. Désormais pleinement maître du langage cinématographique, il s’attache à transformer cette pièce paraît-il excessivement bavarde en une œuvre visuelle d’une fluidité parfaite, et débarrassé au maximum des intertitres de rigueur dans le muet.

Effectivement, le film possède peu d’intertitres, alors même que les personnages sont particulièrement bavards. C’est le principal tour de force de cette comédie certes pas très originale, mais d’une réjouissante légèreté, avec cette petite pointe d’amoralité qu’Hitchcock aime distiller dans ses films : pas sûr que les féministes apprécient beaucoup la peinture qu’il fait des femmes et de leur place dans la société…

Le film raconte l’histoire d’un riche fermier dont la femme vient de mourir, et dont la fille se marie. Désormais seul avec son employé de ferme et sa servante, il dresse une liste des prétendantes qu’il pourrait épouser en seconde noce… et part faire ses courses. Pas franchement romantique, ni regardant, ce fermier pourtant séduisant derrière ses grandes moustaches part déclarer sa flamme aux quatre vieilles filles qu’il a repérées (oui, il y en a quatre, ce qui n’explique pas le titre français).

Mais toutes le renvoient dans ses buts, ce qui a pour effet de l’irriter franchement : pas terrible pour son image ou pour son ego. Et dire que pendant tout ce temps, alors qu’il courait après la vieille rombière, la perle absolue était sous ses yeux : sa gouvernante, charmante et dévouée, bonne femme d’intérieur et oreille attentive (la femme idéale, quoi…). Il lui faudra bien du temps pour la regarder autrement que comme une serveuse, alors que le spectateur a depuis la toute première minute compris que son bonheur était là, dans le visage pur et la délicate silhouette de Lillian Hall-Davis (qu’Hitchcock avait déjà dirigée dans The Ring).

Charmant et drôle, le film donne le sentiment d’un tournage particulièrement joyeux, avec des comédiens qui, à l’exception de la belle Lillian, jouent tous de manière légèrement (ou franchement) excessive. Le fermier lui-même (Jameson Thomas) a la moustache qui frétille à longueur de film ; l’une de ses conquêtes part à la renverse dans de grands cris effarouchés dès qu’il lui propose le bonheur conjugal ; la quatrième est une tenancière de bar vulgaire à la gueule pas possible…

Mention spéciale à Gordon Harker, dans le rôle de l’ouvrier de ferme. Déjà vu dans The Ring, cet acteur grimaçant joue merveilleusement bien les idiots sans savoir vivre. Sa prestation dans The Farmer’s Wife n’est pas très originale, mais elle est franchement réjouissante.

The Blade (Dao) – de Tsui Hark – 1995

Classé dans : 1990-1999,TSUI Hark — 23 août, 2011 @ 8:36

The Blade

Au milieu des années 90, Tsui Hark est le producteur-réalisateur le plus important de Hong-Kong. En tant que réalisateur, il a révolutionné le wu-xia-pian (le film de sabres) notamment avec Il était une fois en Chine ; en tant que producteur, il a dynamité le film de gangster avec Le Syndicat du crime. Bref, il est de tous les bons coups. Et en 1994-95, il enchaîne deux des plus grands films hong-kongais de la décennie, dans des genres radicalement différents : le sublime et romantique The Lovers, et ce sommet insurpassable du wu-xia-pan, The Blade, monument de fureur et de violence, qui fut longtemps considéré comme son chant du cygne. A partir de là, la carrière de Tsui Hark allait décliner, en particulier avec son expérience américaine où il a tourné deux films pour Jean-Claude Van Damme. Heureusement, les années 2000 marqueront son retour en grâce…

The Blade est une énième version d’un mythe très présent dans le cinéma chinois depuis les années 60 : celui du chevalier manchot. Un mythe popularisé par toute une série de films, qui trouve son origine dans la littérature japonaise, mais que Hong-Kong s’est approprié au fil des décennies, avec des films tantôt sombres, tantôt loufoques. Le film de Tsui Hark en est sans doute la version ultime.

L’histoire se déroule dans le Moyen-Âge chinois, dans une époque d’insécurité et de violence. Dans la plus grande fabrique de sabres du pays, deux amis amoureux de la fille de leur patron vivent en paix, jusqu’à ce qu’ils assistent au meurtre sauvage d’un moine errant, battu à mort par des bandits sanguinaires qui sèment la terreur dans le pays. Peu après, l’un des deux jeunes hommes apprend que son père, mort alors qu’il n’était qu’un bébé, avait lui aussi été assassiné par l’un de ces bandits, tueur jugé invincible. Il prend la route, décidé à se venger. Après un premier combat particulièrement sauvage avec les bandits, il perd un bras. Laissé pour mort, il se réfugie dans une petite ferme isolée. De nouveau victime d’une attaque des bandits, il met au point une technique de kung-fu adaptée à sa condition de manchot…

Le film est parsemé de combats d’une violence assez incroyable, crue et hargneuse. Mais les images sont aussi d’une beauté sidérante, à la fois dans les scènes de combat, et dans les moments en creux. La scène d’ouverture, avec cette lumière presque magique tombant sur les lames des sabres, est l’une des plus belles que l’on ait pu voir dans le cinéma de Tsui Hark. Sublime image de paix et de quiétude, elle tranche évidemment avec la fureur de ce qui va suivre, comme le visage enfantin et doux de Chiu Man Chuk (que Tsui Hark avait révélé en lui confiant la lourde tâche de succéder à Jet Li dans le rôle du mythique Wong Fei-hong pour La Danse du Dragon, le quatrième volet de la saga Il était une fois en chine) tranche avec la rage qui l’anime.

Au sommet de son art, Tsui Hark signe un film dur et cruel, mais aussi profondément émouvant. Un chef d’œuvre.

Le Secret magnifique (Magnificent Obsession) – de Douglas Sirk – 1954

Classé dans : 1950-1959,SIRK Douglas — 22 août, 2011 @ 9:13

Le Secret magnifique (Magnificent Obsession) – de Douglas Sirk - 1954 dans 1950-1959 le-secret-magnifique-sirk

Un playboy égoïste échappe à la mort grâce à l’appareil respiratoire inventé par un grand médecin aimé de tous, qui a passé sa vie à faire le bien autour de lui. Mais ce dernier meurt au même moment, victime d’une crise cardiaque. Lorsqu’il apprend que le médecin aurait pu être sauvé avec son appareil, le playboy décide de se racheter. Il fait connaissance de sa veuve, mais cause sans le vouloir un accident qui rend cette dernière aveugle…

Comment transformer une histoire impossible qui semble tout droit sortie d’un mauvais roman de gare (et je vous passe d’autres passages tout aussi écoeurants sur le papier), en un beau mélodrame délicat et bouleversant ? Douglas Sirk a la recette miracle : sans une seule faute de goût, il signe l’un de ses grands films, un mélo bouleversant, l’un des plus beaux films qui soient sur la rédemption d’un homme qui en avait vraiment besoin, même si cette rédemption implique toute une série de malheurs.

Jane Wyman, dans le rôle de la veuve qui tente de vivre avec sa cécité, est parfaite. Sobre et juste, elle est excellente dans un rôle pourtant pas facile. Mais c’est le personnage de Rock Hudson qui est le plus intéressant, et de loin. Et l’acteur est absolument formidable, dans ce qui est sans doute son plus grand rôle. Le plus complexe aussi : le film montre comment son personnage arrogant, suffisant et inconséquent, évolue lentement pour devenir un homme bon, à la sensibilité à fleur de peau. Un rôle difficile, dont il se sort parfaitement.

Et pourtant, il faut bien reconnaître que le pari n’était pas gagné à l’avance : difficile de faire croire à la métamorphose d’un homme qui passe en si peu de temps de stéréotype du riche oisif, à celui de grand médecin philanthrope. John Stahl l’avait certes déjà filmée dans une première adaptation du roman de Lloyd Douglas, et plutôt bien. Mais Sirk lui donne une dimension bien supérieure, ce qui sera d’ailleurs le cas de tous les remakes qu’il fera des films de Stahl.

La force de Sirk, dans ses grands mélos en couleur des années 50, c’est peut-être de n’éviter aucun stéréotype du genre. Bien au contraire, il va jusqu’au bout de ces stéréotypes, qu’il filme avec une élégance et une pudeur absolues. Et de film en film, le miracle se répète.

Cars 2 (id.) – de Brad Lewis et John Lasseter – 2011

Classé dans : 2010-2019,DESSINS ANIMÉS,LASSETER John — 21 août, 2011 @ 8:04

Cars 2

Le premier Cars avait été une espèce de miracle, heureux mélange d’humour, d’émotion et d’aventures pour un dessin animé dont tous les personnages étaient des voitures. La suite de cet énorme succès est le premier film Pixar franchement décevant.

Visuellement, rien à dire : Cars 2 est impressionnant. Le tour du monde qu’il propose (les Etats-Unis, le Japon, l’Italie et la Grande-Bretagne) donne aux réalisateurs l’opportunité de créer des univers visuels aussi différents que magnifiques. Mais on sent que le second degré habituelle de Pixar est sacrifiée au profit de ces cartes postales.

Le scénario, à vrai dire, semble tout droit sorti des productions Disney des années 70. C’est un mélange d’humour, de dépaysement et d’espionnage d’un autre temps, trop compliqué pour les enfants (qui passent totalement à côté du message écolo de l’histoire), et trop premier degré pour des adultes habitués depuis quelques années à des films d’animation plus ambitieux.

Cela dit, mon fils de 6 ans a adoré ça. En l’occurrence, c’est ça le plus important…

Tout ce que le ciel permet (All the heaven allows) – de Douglas Sirk – 1955

Classé dans : 1950-1959,SIRK Douglas — 20 août, 2011 @ 7:23

Tout ce que le ciel permet (All the heaven allows) – de Douglas Sirk - 1955 dans 1950-1959 tout-ce-que-le-ciel-permet

Le miracle se répète une nouvelle fois, et comment, avec ce qui est l’un des plus grands mélos de Sirk, dont Todd Haynes signera un quasi-remake avec le magnifique Loin du Paradis, en 2002 (qui s’ouvre sur un plan presque identique, vue plongeante et automnale sur un quartier bourgeois américain). Le film reprend le couple du Secret magnifique, Jane Wyman et Rock Hudson, couple une nouvelle fois impossible : elle est une jeune veuve fortunée (encore) ; lui est un modeste jardinier qui s’occupe de ses arbres depuis des années, mais qu’elle n’a jamais vraiment remarqué. Elle se sent prisonnière d’une vie étriquée, des conventions de sa classe, et de son rôle de mère de deux grands enfants prêts à prendre leur indépendance, qui s’attendent à la voir se remarier avec un vieux bonnet de nuit ; lui vit au milieu des arbres, et mène une existence de liberté sans compromission et sans faux semblant.

Ces deux êtres que tout sépare vont pourtant tombés éperdument amoureux. Un véritable scandale dans cette petite ville où le râgot est une espèce de sport national, d’autant plus qu’elle est beaucoup plus âgée que lui. Le dilemme qui se pose alors à Jane Wyman est bouleversant : tiraillée entre son amour et sa soif de liberté, et ce qu’elle croit être son devoir de mère, elle devient une magnifique héroïne tragique, au bord de l’étouffement dans un univers où elle sent prisonnière.

Après avoir tout sacrifié à sa famille, seul un miracle pourrait sortir Jane de cette prison dorée et insupportable. Mais nous sommes chez Douglas Sirk ; les couleurs vives qui baignent son film rendent perceptible la possibilité d’un tel miracle ; et le titre lui-même est évocateur. Le miracle est possible… Dans ce mélo magnifique, rien n’est vraiment réaliste : tout semble exagéré, et pourtant d’une justesse totale.

La justesse du ton tient aussi à ce que les personnages sont bien plus complexes qu’il n’y paraît. En apparence, celui de Hudson est un pur stéréotype : celui du type bon et simple, ouvert et honnête, et d’une liberté absolue. Mais la vérité est bien plus complexe : son refus de céder aux faux-semblant et son mépris pour les conventions sont en fait des postures simples à assumer, au regard du dilemme de la mère de famille bourgeoise, à qui il demande de quitter ses habitudes de toute une vie, ainsi que la maison dans laquelle ses enfants ont grandi.

Rien n’est simple, mais tout est sublime dans ce très grand film que seul Sirk pouvait réussir aussi bien. Qui d’autre que lui aurait pu rendre si émouvant ce plan qui montre Jane Wyman devant une baie vitrée s’ouvrant sur la campagne enneigée, et où un cerf se promène en toute liberté…

Memories of Murder (Salinui Chueok) – de Bong Joon-ho – 2003

Classé dans : * Polars asiatiques,2000-2009,BONG Joon-ho — 19 août, 2011 @ 9:02

Memories of Murder (Salinui Chueok) – de Bong Joon-ho – 2003 dans * Polars asiatiques memories-of-murder

C’est un peu le Zodiac sud-coréen. Tourné avant le film de David Fincher, ce petit bijou du futur réalisateur de The Host est lui aussi inspiré d’une enquête bien réelle, restée irrésolue : celle concernant le premier tueur en série de l’histoire de Corée du Sud. C’était au milieu des années 80 : une dizaine de jeunes femmes avaient été assassinées dans une région rurale du pays, et l’assassin n’avait jamais été démasqué…

D’une beauté formelle saisissante, le film ne cherche pas à sublimer la situation. Bong Joon-ho filme une société qui n’a pas encore tout à fait franchi le pas de la démocratie : l’histoire commence en 1986, année au cours de laquelle une révolte étudiante a été réprimée dans le sang. L’image que le film donne de la police locale n’est d’ailleurs guère réjouissante. Visiblement enfermés dans des méthodes en place depuis des décennies, ces policiers d’une intelligence très limitée n’hésitent pas, quand l’enquête patine, à faire appel à la torture, voire à créer de faux indices. Pour remplacer une empreinte de chaussure effacée par un tracteur sur une scène de crime qui n’a pas été sécurisée, le flic n’hésite pas à créer une nouvelle empreinte avec la chaussure du suspect du moment…

Ce flic, interprété par l’excellent Song Kang-ho (qui sera le fils un peu attardé de The Host), n’est pourtant pas un mauvais gars. Sa volonté d’arrêter le tueur est évidente, et il y fait preuve d’une ténacité à toute épreuve. Bong Joon-ho ne juge personne, si ce n’est ce vieux système qui vivait ses dernières heures, et qui donne lieu à une enquête terrible d’absurdité. Les flics du coin doivent faire avec les moyens du bord, avec leur inexpérience dans ce genre d’affaires, avec des méthodes totalement inadaptées… Absurde, aussi, le recours quasi systématique à la violence dans les interrogatoires : battu sauvagement par l’un des flics, un suspect fait ensuite une pause déjeuner avec ses tortionnaires, devant une émission de télévision.

Grand prix largement mérité au festival du film policier de Cognac, Memories of murder est aussi un vrai polar, et un thriller parsemé de séquences franchement terrifiantes, comme cette longue scène de nuit, dans laquelle une femme seule marche sous la pluie, près d’un immense champ de maïs. Un grand moment d’angoisse.

Au fur et à mesure que le film avance, que le temps passe, et que les victimes se suivent, un sentiment de détresse s’ajoute à l’absurdité. Le flic un peu idiot de la campagne, comme l’inspecteur de la ville, posé et réfléchi, cèdent tous les deux à l’obsession qui, ils le pressentent, ne les quittera plus jusqu’à leur dernier souffle. L’ultime plan du film, silencieux, sur le regard de Song Kang-ho, est un terrible cri de détresse…

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