Play it again, Sam

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Charlot est content de lui (Kid Auto Races at Venice, Cal.) – de Henry Lehrman – 1914

Classé dans : 1895-1919,CHAPLIN Charles,COURTS MÉTRAGES,FILMS MUETS,LEHRMAN Henry — 2 novembre, 2010 @ 5:10

Charlot est content de lui (Kid Auto Races at Venice, Cal.) - de Henry Lehrman - 1914 dans 1895-1919 charlot-est-content-de-lui

• Titres alternatifs (VO) : The Children’s automobile race, The Pest, A militant Suffragette

• Titre alternatif (VF) : Course d’autos pour gosses

C’est dans ce Kid Auto Races at Venice que le public a découvert pour la première fois le personnage de Charlot. En fait, Chaplin avait endossé les frusques du vagabond quelques jours plus tôt, pour Mabel’s strange predicament, un court métrage plus élaboré que ce Kid Auto Races, tourné en 45 minutes seulement et sorti très rapidement sur les écrans. Autant Mabel’s strange predicament constitue ce que la Keystone faisait de plus ambitieux à l’époque, autant Kid Auto Races at Venice fait partie des courts métrages les plus grossiers…

Rien de vraiment péjoratif là-dedans, d’ailleurs. Mais le film se limite à un gag unique, qui se révèle rétrospectivement étrangement symbolique : Charlot cherche inlassablement à être filmé par la caméra, venue tourner un reportage sur une course de baby-kart. Et par la même occasion, le personnage du vagabond s’impose sur les écrans du monde entier. Il ne faudra que quelques semaines pour qu’il deviennent la silhouette la plus connue du cinéma. Près d’un siècle plus tard, c’est toujours le cas.

Le film est grossier, tourné et monté à la va-vite… Le personnage, même, de Charlot, n’est que très vaguement dessiné. Mais malgré tout, la magie opère. La simple présence de Chaplin en Charlot suffit à faire naître, si ce n’est des fous-rires, au moins de larges sourires.

Pour gagner sa vie (Making a living) – de Henry Lehrman – 1914

Classé dans : 1895-1919,CHAPLIN Charles,COURTS MÉTRAGES,FILMS MUETS,LEHRMAN Henry — 2 novembre, 2010 @ 4:39

Pour gagner sa vie (Making a living) - de Henry Lehrman - 1914 dans 1895-1919 pour-gagner-sa-vie

• Titres alternatifs (VO) : A Busted Johnny, Troubles, Doing his best, Take my picture

• Titres alternatifs (VF) : Charlot journaliste, Charlot reporter

Making a living est un film évidemment historique : un mois après avoir fait ses débuts officiels au sein de la Keystone, le tout jeune Charles Chaplin (25 ans) faisait enfin ses débuts devant la caméra. Le film n’est pas un chef d’œuvre, et n’est mémorable que pour l’apparition de Chaplin, mais ce film, réalisé par Henry Lehrman (réalisateur de la deuxième équipe Keystone, la première étant placée sous la responsabilité du patron Mack Sennett lui-même), n’a rien de honteux. On y retrouve tous les ingrédients habituels des comédies de la Keystone : des rebondissements incessants, des courses-poursuites trépidantes, et une belle tiraillée entre un amant entreprenant et un amoureux éconduit…

Chaplin n’est pas encore Charlot. Vêtu d’une longue redingote et d’un chapeau haut de forme, et doté d’une longue moustache tombante, il n’est pourtant pas si loin du personnage du vagabond, qu’il inaugurera dès son deuxième film. Au détour d’un plan, on retrouve même une expression, une manière de soulever son chapeau, ou de tenir sa canne… qui nous semblent si familières. Ce ne sont que des ébauches, mais déjà, le génie de Chaplin transparaît, l’espace de deux courtes scènes.

La première, au début du film, est celle où le personnage de Chaplin dévoile qu’il est sans le sou. Comme Charlot le fera à de maintes reprises, il fait mine de refuser l’argent que son futur rival (Henry Lehrman lui-même) lui tend, affichant une fierté de façade, avant de se précipiter sur la pièce avant qu’elle ne disparaisse de nouveau dans la poche de son bienfaiteur…

Dans la seconde, Chaplin est face au rédacteur en chef d’un  journal, dans lequel il cherche à être embauché. Alors qu’il lui parle avec passion, il appuie ses paroles en tapant du poing sur le genou du pauvre rédacteur en chef. Mais lorsque ce dernier recule sa jambe, Chaplin la ramène vers lui d’un geste autoritaire…

Chaplin n’est pas encore immense, mais les bases sont bien là…

Screen Directors Playhouse : A Ticket for Thaddeus (id.) – de Frank Borzage – 1956

Classé dans : 1950-1959,BORZAGE Frank,COURTS MÉTRAGES,TÉLÉVISION — 2 novembre, 2010 @ 3:43

Screen Directors Playhouse : A Ticket for Thaddeus (id.) - de Frank Borzage - 1956 dans 1950-1959 screen-directors-playhouse-a-ticket-for-thaddeus

Deuxième des trois courts métrages que Borzage a réalisé pour la série anthologique « Screen Directors Playhouse », A Ticket for Thaddeus avait tout pour plaire à un cinéaste dont l’œuvre entière est marquée par l’humanisme et le dénonciation de la guerre et des régimes totalitaires.

Le héros de ce téléfilm est un immigré polonais, installé en Amérique depuis quelques années, qui n’arrive pas à se défaire de la peur qui était son quotidien dans son pays natal, placé sous la coupe des Nazis. Au « pays », Thaddeus (Edmond O’Brien, remarquable et méconnaissable) avait été victime d’une arrestation arbitraire. Aux Etats-Unis, alors qu’il a ses papiers, et qu’il mène une vie de labeur simple mais harmonieuse auprès de sa femme, il vit dans la peur constante de l’uniforme. Une peur qui le réveille la nuit, et qui le hante au quotidien.

Lorsqu’il est victime d’un accident de la route, et que l’autre chauffeur, pourtant responsable de l’accrochage, lui met toute la faute sur le dos, il reconnaît des torts qui ne sont pas les siens, et se prépare, fataliste, à être arrêté, et condamné à une lourde peine de prison. Mais face au tribunal, où il est convoqué, il découvre la justice, l’équité, et la bonté. Bref : les Etats-Unis d’Amérique.

Le propos est un peu lourdement appuyé, certes, mais ce court métrage reste très agréable, notamment grâce à la prestation mémorable d’Edmond O’Brien.

Mariage – de Claude Lelouch – 1974

Classé dans : 1970-1979,LELOUCH Claude — 2 novembre, 2010 @ 3:17

Mariage - de Claude Lelouch - 1974 dans 1970-1979 mariage

Mariage est sans doute le plus cynique des films de Lelouch. La première séquence, pourtant, laisse penser qu’on va assister à une comédie légère et gentillette : un jeune couple sur le point de se marier visite une maison mise en vente face aux plages de Normandie. Nous sommes en juin 1944, et c’est sous le balcon-même du jeune couple que les Alliés s’apprêtent à débarquer… Cette première séquence est d’une fluidité étonnante, la caméra de Lelouch adoptant un mouvement incessant qui donne un bel élan et une vraie sensation de jeunesse à ce couple qui ne prononce que quelques mots timides…

Ce couple, improbable, mais mignon tout plein, c’est Bulle Ogier, jolie et craquante comme jamais, et Rufus, dont il nous faut quelques minutes seulement pour comprendre qu’il joue un pauvre type lâche et égoïste. Lorsque sa jeune femme lui rappelle qu’il lui a promis que, dès la fin de la guerre, ils iront s’installer à Paris, on sent bien qu’ils passeront leur vie dans cette petite ville de bord de mer, et que le Rufus se réfugie derrière les « on verra après la guerre » pour ne surtout pas faire quoi que ce soit…

On s’attend à trouver un homme lâche et égoïste… Eh bien on est surpris : les séquences suivantes sont bien pires ! L’ambition de Lelouch, pour Mariage, est de résumer une vie de couple à quatre dates : le jour de leur mariage (juin 1944), leur dixième anniversaire de mariage (juin 1954), puis leur vingtième (juin 1964) et leur trentième (juin 1974)… Mais il ne faut pas trente ans pour que le couple s’étiole : dès 1954, c’est une guerre ouverte qui se déclare entre les deux amants d’hier : elle se rattachant à des petits riens ; lui traitant sa femme (et son fils) avec une cruauté qui n’a pas de nom. Les coups ne pleuvent pas, mais les mots, eux, sont d’une férocité rare.

Bulle Ogier reproche à Rufus d’être devenu un Français moyen sans relief. Elle a tort : c’est un salaud intégral, borné et méchant, qui plus est sans la moindre once de courage. En 64, on découvre que leur fils est homosexuel, et qu’il reçoit son amant en secret, la nuit. On voit alors Rufus se lever, et aller chercher un couteau de cuisine. On se dit que ce beauf odieux va planter soit son fils, soit l’amant de celui-ci… Mais non : il se contente de crever les pneus de leur moto, et s’en retourne se coucher comme si de rien n’était… Un lâche absolu.

Mariage est un film assez fascinant (tourné dans un beau sépia, exception faite de la dernière séquence), mais aussi très dérangeant : la violence verbale de Rufus distille un malaise qui ne s’éteint pas, malgré le semblant d’optimisme de la dernière réplique, purement lelouchienne (« Les plus belles années d’une vie sont celles qu’on n’a pas encore vécues »). Est-ce une comédie un peu burlesque, ou Lelouch est-il profondément allergique au mariage ? Le doute persiste, même si le réalisateur donne une image ahurissante de la vie en couple, qui donne froid dans le dos.

Cynique aussi, la manière dont Lelouch filme les cérémonies commémoratives du débarquement, comme une séquence qui se répète inlassablement au fil du temps, sans émotion, sans originalité, et sans une once de franchise. Elle est laide, cette France-là…

Pacific Express (Union Pacific) – de Cecil B. De Mille – 1939

Classé dans : 1930-1939,BOND Ward,De MILLE Cecil B.,STANWYCK Barbara,WESTERNS — 2 novembre, 2010 @ 2:04

Pacific Express (Union Pacific) - de Cecil B. De Mille - 1939 dans 1930-1939 pacific-express

Cecil B. De Mille est entré dans l’histoire pour de mauvaises raisons. De lui, on ne retient généralement que ces péplums et ses grandes fresques bibliques, alors qu’il s’agit là de la partie (infime) la moins intéressante de sa filmographie. Et si, plutôt, on redécouvrait ses comédies de mœurs si grinçantes du muet… Et si, enfin, on revoyait ses westerns : Une aventure de Buffalo Bill et ce Pacific Express, deux chef d’œuvre du genre. Pacific Express, surtout, est un film immense, dans tous les sens du terme, peut-être bien le meilleur film de De Mille…

Immense, parce que, fidèle à sa réputation, le cinéaste ne fait dans l’intimiste. Dans l’intime, oui ; dans l’intimiste, non. Comme John Ford quinze ans plus tôt (Le Cheval de Fer), De Mille mobilise des moyens immenses pour raconter la construction du chemin de fer, qui doit relier les deux côtes américaines. Et comme chez Ford, De Mille met tout l’argent (et il y en a) qu’il a à sa disposition sur l’écran, sans jamais se laisser envahir par le gigantisme. Pacific Express est une très grosse production, avec des décors gigantesques, et des milliers de figurants. Mais c’est aussi un triangle amoureux filmé au plus près des acteurs. Et dans tous les cas, c’est magnifique.

De Mille nous fait sentir ce qu’avait d’exceptionnelle la vie sur les rails : le personnage, central, interprété par Barbara Stanwyck, est en cela unique, et inoubliable. C’est réellement une fille du rail, une jeune femme qui a vécu toute sa vie sur les chantiers de construction du chemin de fer : son père est le mécanicien de l’une des locomotives qui suit l’avancement des travaux. Ce beau personnage de western, à la fois forte et amoureuse, est le pivot du film : celui qui ajoute une dimension tragique à l’affrontement des deux personnages masculins principaux.

Le premier (joué par Robert Preston) est le partenaire d’un bandit (l’excellent fourbe Brian Donlevy), payé pour retarder le chantier par tous les moyens. Le second (Joël McCrea, un peu trop lisse), est un agent du gouvernement chargé du maintien de l’ordre. Classique, bien sûr, sauf que Robert et Joël sont amis de longue date, qu’ils aiment la même femme, et qu’ils se retrouvent dans deux camps qui risquent bien de se déclencher une guerre sanguinaire…

Pas le moindre temps mort dans ce film mené à 100 à l’heure, malgré la lenteur des travaux. On assiste à des traversées interminables de désert, à des franchissements de montagne, à une attaque d’Indiens mémorables, à des bagarres de saloon, à des duels… C’est foisonnant, impressionnant, et passionnant, et les personnages sont de merveilleux stéréotypes parfaitement dessinés. Les seconds rôles sont également excellents : on reconnaît notamment Anthony Quinn, en second couteau particulièrement détestable, dans les premières scènes du film.

Mais le vrai personnage principal du film, c’est le train lui-même, qui avance pas à pas dans des paysages gigantesques. C’est autour de lui que ce petit monde (pas si petit d’ailleurs : le chantier emploie des milliers de personnes) gravite exclusivement. Autour de lui que se construisent et se déconstruisent les villes, au fur et à mesure que le chantier avance (dans des scènes de « déménagement » extraordinaires). C’est avec lui que Barbara Stanwyck vit sa plus belle histoire d’amour, qui, lorsqu’elle est contrariée, donne la plus jolie scène : chassée du chantier, la belle vit sa dernière nuit dans le train, et c’est un immense sentiment de nostalgie qui nous envahit. Et c’est très beau…

La Femme au Corbeau (The River) – de Frank Borzage – 1929

Classé dans : 1920-1929,BORZAGE Frank,FARRELL Charles,FILMS MUETS — 27 octobre, 2010 @ 11:06

La Femme au Corbeau (The River) - de Frank Borzage - 1929 dans 1920-1929 la-femme-au-corbeau

Considéré comme irrémédiablement perdu durant des décennies, ce film mythique a été retrouvé par hasard dans les archives de la Fox, dans une copie nitrate que le temps avait en partie détruite. Tout le début du film a ainsi disparu, ainsi que la dernière bobine, et deux courtes séquences intermédiaires. Grâce au scénario final et aux notes de productions (déposés à la Fox), et à des photos de la collection personnelle de Borzage, le film a toutefois pu être reconstitué, avec des images fixes et des intertitres explicatifs, afin de pouvoir suivre l’intrigue.

Il n’empêche qu’on ne peut avoir qu’un jugement parcellaire sur ce film très différent des précédents mélos de Borzage (L’Heure suprême et L’Ange de la rue), mais visiblement aussi ambitieux. Il semble que les séquences manquantes donnaient une toute autre ampleur à la production : les photos nous montrent des dizaines d’ouvriers occupés à la construction d’un barrage (un décor magistrat reconstitué en studio, par le fidèle Harry Oliver) on ne peut que rêver à ces passages, probablement perdus à jamais. De nombreux personnages disparaissent ainsi totalement, et la grande majorité du métrage se concentre exclusivement sur les deux personnages principaux, interprétés par Charles Farrell et Mary Duncan, couple que Murnau reformera l’année suivante pour City Girl.

Les deux personnages principaux sont suffisamment bien dessinés pour que la perte des premières séquences n’empêche pas de se passionner pour la naissance de leur passion. D’un côté, Charles Farrell, jeune homme maladroit avec les femmes, mais épris de liberté, coincé avec la péniche qu’il a construite par le chantier du barrage, et qui doit rester amarré là durant tout l’hiver. De l’autre, Mary Duncan, la petite amie d’un petit caïd qui vient d’être enfermé pour meurtre, et qui doit elle aussi passer l’hiver dans ce camp déserté jusqu’au printemps.

Les deux jeunes gens se retrouvent seuls, chaperonnés par un étrange corbeau qui semble là pour s’assurer de la fidélité de la belle : lui, innocent comme un enfant ; elle, vraie femme à la sensualité exacerbée, dont les poses lascives et les cambrures sont autant d’appels au sexe… On comprend que Borzage ait préféré Mary Duncan (actrice maudite : ses trois principaux films ont été des échecs publics sans appel, Four Devils, de Murnau, ayant par ailleurs disparu) à l’innocente Janet Gaynor, qu’il retrouvera toutefois pour le magnifique Lucky Star.

On ne peut évidemment avoir qu’un avis parcellaire sur ce film, mais la relation naissante de ces deux jeunes amants est, elle, parfaitement sauvegardée. Et elle est passionnante. Au fur et à mesure que la carapace de la dure Mary Duncan s’effrite, le gamin Charles Farrell s’affirme, jusqu’à une explosion de rage au cours de laquelle, pour contenir sa passion et sa frustration, le gars se met à abattre les arbres à la chaîne, par une nuit glaciale battue par une tempête de neige. Une vision de folie qui poussera Farrell aux portes de la mort.

Mais comme toujours chez Borzage, l’amour est plus fort que la mort ou la maladie. Mary Duncan ramènera l’homme qu’elle aime à la vie en se blottissant contre son corps nu, dans une scène d’une rare sensualité. The River est une parenthèse dans cette période très romantique de Borzage : jamais le réalisateur n’a abordé de manière aussi frontale l’aspect physique de l’amour, et la résonance que peut avoir l’attirance sexuelle de deux êtres. C’est gonflé, et c’est superbe.

Lucky Star / L’Isolé (Lucky Star) – de Frank Borzage – 1929

Classé dans : 1920-1929,BORZAGE Frank,FARRELL Charles,FILMS MUETS — 25 octobre, 2010 @ 6:45

Lucky Star / L'Isolé (Lucky Star) - de Frank Borzage - 1929 dans 1920-1929 lucky-star

Après Seventh Heaven et Street Angel, Borzage retrouve pour la dernière fois son couple-mythique, Janet Gaynor et Charles Farrell, pour un film beaucoup plus dépouillé et, d’une certaine manière, apaisé, mais toujours sublime. Fidèle au tournage en studio, et au génial chef décorateur Harry Oliver, Borzage place son histoire dans une campagne pauvre, mais magnifiée, entrelacs incroyable et séduisant de collines, de cours d’eau, d’arbres et de chemins tortueux.

Dans ce décor presque irréel, Borzage fait preuve d’une grande économie de moyens, et de personnages. Il ne faut que quelques séquences, magnifiques (et une bagarre mémorable au sommet d’un poteau téléphonique) pour planter le décor, et présenter les quatre personnages du film : le brave ouvrier, travailleur et courageux ; le rival, fainéant et profiteur ; la jeune femme, sauvageonne et débrouillarde ; et la mère, laborieuse et aigrie. Comme dans une tragédie grecque, l’action se cantonne à ces quatre personnages, liés par un même destin. Même lorsque la guerre éclate (nous sommes en 1914), les deux hommes se retrouvent ensemble dans les tranchées, à l’autre bout du monde. Et lorsque notre héros se retrouve paralysé, c’est à cause de son éternel rival.

Mais la partie la plus mémorable du film commence après le retour des tranchées, avec cette relation qui unit bientôt la sauvageonne et le vétéran coincé sur son fauteuil. La relation évolue radicalement lors d’une scène à tomber par terre : le héros décide d’enlever la crasse qui recouvre la sauvageonne. Alors qu’il commence à la nettoyer, il réalise brusquement que l’enfant qu’il avait connue avant la guerre est désormais une femme. Le trouble s’installe, plus rien ne sera comme avant.

Ces deux-là s’aiment, ça saute aux yeux. Et le couple Janet Gaynor/Charles Farrell, décidément l’un des plus beaux de l’histoire du cinéma, fonctionne à merveille. Plus encore, peut-être, que dans les précédents films réalisés par Borzage. Tout le film raconte la naissance de cet amour, de l’indifférence mutuelle à la passion la plus folle. Une passion qui surpassera tous les écueils, et qui poussera notre héros paralysé à se lever et à courir dans la neige, dans une scène miraculeuse, belle à pleurer, qui n’est pas sans rappeler la « résurrection » du même Farrell à la fin de L’Heure suprême, revenu d’entre les morts et fendant la foule pour retrouver la belle Janet.

Lucky Star est le dernier film muet de Borzage, le réalisateur ayant dû en tourner en parallèle une version sonorisée pour le marché américain. Ces deux versions avaient totalement disparues, jusqu’en 1990. Et fort heureusement, c’est la version muette qui est réapparue. La force des images de Borzage n’aurait sans doute rien gagné à être parasitée par des dialogues dont on se passe parfaitement.

Screen Directors Playhouse : Day is Done (id.) – de Frank Borzage – 1955

Classé dans : 1950-1959,BORZAGE Frank,COURTS MÉTRAGES,TÉLÉVISION — 24 octobre, 2010 @ 6:12

Screen Directors Playhouse : Day is Done (id.) - de Frank Borzage - 1955 dans 1950-1959 screen-directors-playhouse-day-is-done

Mal compris à sa sortie, mal aimé pendant des décennies, Moonrise (Le Fils du Pendu) a mis un terme provisoire à la carrière du grand Borzage : il ne tournera plus rien pendant sept ans, jusqu’à un retour modeste par la case télévision : en quelques mois, il réalise trois courts métrages pour la série anthologique Screen Directors Playhouse, à laquelle de nombreux grands ont participé, de John Ford à William Dieterle en passant par Allan Dwan.

Celui-ci est le premier des trois. On y retrouve la vision éternellement anti-militariste de Borzage, qui raconte ici l’amitié naissante entre un « bleu » et un militaire aguerri, que tout oppose, mais qui se découvrent autour d’une même passion pour la musique. La musique qui adoucit les mœurs, et réveille l’humanité des soldats les plus endurcis ? Le trait est un peu forcé, mais ce court métrage est joliment filmé, et se regarde avec un vrai plaisir.

Borzage reviendra trois ans plus tard, avec trois ultimes longs métrages.

Tonight or never / Cette nuit ou jamais (Tonight or never) – de Mervyn LeRoy – 1931

Classé dans : 1930-1939,LeROY Mervyn — 24 octobre, 2010 @ 5:58

Tonight or never / Cette nuit ou jamais (Tonight or never) - de Mervyn LeRoy - 1931 dans 1930-1939 tonight-or-never

Mervyn LeRoy est capable du meilleur (Je suis un évadé, un chef d’œuvre) comme du pire (La Mauvaise graine, un film d’angoisse très poussif)… Ce Tonight or never fait plutôt partie de la seconde catégorie, hélas. Ça commence pourtant très bien, avec de très jolis plans d’un Venise en carton pâte, avec des maquettes de gondoles, la caméra qui suit les canaux, puis une sortie d’opéra qui permet en quelques dialogues attrapés au vol de poser les bases de l’intrigue : c’est donc l’histoire d’une cantatrice qui pourrait être géniale, mais à qui manque la passion. Et bien sûr, c’est en trouvant l’amour qu’elle connaîtra cette fameuse passion.

Cette chanteuse, c’est Gloria Swanson, plus diva que jamais, dans l’un de ses tout derniers rôles (avant son retour aussi fracassant qu’éphémère avec Boulevard du crépuscule, vingt ans plus tard, bien sûr). Elle est plutôt bien dans ce rôle qui lui va comme un gant, et face à elle, Melvyn Douglas est irréprochable. Mais on s’ennuie bien vite dans cette histoire dont on devine évidemment très vite l’issue, et dont on se moque franchement totalement.

Restent de beaux moments de comédie, et surtout une scène très drôle, et très surprenante, au cours de laquelle Gloria déploie des trésors d’imagination et d’audace pour draguer le beau Melvyn, qui observe les efforts de la belle avec un cynisme réjouissant, et beaucoup de plaisirs. Un plaisir partagé, au moins pour cette séquence.

Comme les cinq doigts de la main – de Alexandre Arcady – 2009

Classé dans : * Polars/noirs France,2000-2009,ARCADY Alexandre — 24 octobre, 2010 @ 5:45

Comme les cinq doigts de la main - de Alexandre Arcady - 2009 dans * Polars/noirs France comme-les-cinq-doigts-de-la-main

Les bons côtés, d’abord : ces cinq frères que tout oppose ont beau être caricaturaux, il faut bien reconnaître que l’alchimie entre les acteurs est plutôt efficace. Les acteurs, même s’ils sont servis par des dialogues souvent poussifs s’en sortent avec les honneurs, Bruel surtout, curieusement émouvant en grand frère sûr de lui et de ses décisions. C’est lui le personnage le plus intéressant du film, lui qui doit faire face à ses difficultés relationnelles avec les deux personnes que, au fond, il aime le plus : son frère-le rebelle, et sa femme-la trop belle. C’est dans ces deux relations que se trouvent les plus belles séquences du film. Et il y en a, quand même, des belles scènes, malgré les défauts innombrables du film. De l’émotion, aussi, qui finit par toucher le cœur le plus endurci…

Mais on a beau dire, Alexandre Arcady ne s’est pas foulé sur ce film. Il n’a jamais été un grand cinéaste, ça non, mais il s’est déjà montré un tout petit peu plus inspiré que dans ce film mal écrit, et mal filmé. L’histoire, pourtant, aurait pu donner lieu à un vrai bon petit polar : la vie de quatre frères est bouleversée lorsque le cinquième de la fratrie réapparaît après des années d’absence, poursuivi par la police et des truands prêts à tout. Avec ce retour, un secret familial va resurgir…

Ben oui, mais quand on a dit ça, on a tout dit. Arcady n’avait visiblement que cette trame en tête, et a brodé un scénario peu convaincant autour de ça. Et pour être sûr de ne pas se tromper, il a renoué avec son acteur fétiche (Bruel, donc), et convoqué un tas de (bons) acteurs connus, à qui il a fait faire très précisément ce qu’ils ont déjà fait des tas de fois : Vincent Elbaz est un jeune révolté, Pascal Elbé un quadra angoissé, Eric Caravaca un prof de philo en banlieue, Caterina Murino une très jolie femme, Michel Aumont un vieil homme que tout le monde respecte, Philippe Nahon un gangster inquiétant, et Françoise Fabian une chef de tribu… Cherchez pas le contre-emploi, y’en a pas.

Ils sont tous très bien, d’ailleurs, mais tout donne l’impression d’avoir été vu et revu un nombre incalculable de fois. Et souvent bien mieux : côté réalisation, Arcady frôle l’amateurisme, dès les premières images d’exposition (j’ai fait un film avec des copains quand on avait 18 ans, avec une pauvre caméra pourrie ; il y avait les mêmes plans de voiture… les mêmes !), et jusqu’au dénouement. Arcady ne recule devant aucune facilité, aucun poncif : le méchant (qui a une tête de méchant, on peut pas se tromper) baisse la vitre de sa voiture et fait une grimace lorsque les gentils frères passent près de lui ; le traître est démasqué par une nuit de tempête, les éclairs zébrant le ciel… On pourrait continuer longtemps comme ça, mais franchement, c’est pas la peine.

Alors allez savoir pourquoi ce film reste sympathique, avec tout ça… Les acteurs, sûrement, et rien que les acteurs.

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