Play it again, Sam

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A l’abordage ! (Against all Flags) – de George Sherman – 1952

Classé dans : 1950-1959,O'HARA Maureen,SHERMAN George — 25 septembre, 2011 @ 5:08

A l'abordage

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on entre vite dans le vif du sujet (et du dos d’Errol Flynn), avec ce film de pirates, dont les premières images nous montre l’éternel Capitaine Blood attaché au mât d’un navire, fouetté jusqu’au sang sous le regard de l’équipage. Mais pas de panique, Errol ne va pas être jeté aux requins : cette punition est en fait une couverture pour qu’il puisse infiltrer le repaire des pirates qui écument les mers et menacent le commerce des Indes. Il arrive dans une cité fortifiée sur la côte de Madagascar, où il est finalement accepté malgré les soupçons d’un méchant pirate, joué par un Anthony Quinn débordant de vie et de jeunesse. Il tombe aussi sous le charme d’une jolie pirate toute rousse, qui a les traits irrésistibles de Maureen O’Hara.

Un film de pirates de plus pour Errol Flynn ? Oui et non. C’est vrai que quand il se prend un peu trop au sérieux, le film s’apparente à une énième resucée de L’Aigle des Mers ou du Capitaine Blood. En forcément moins bien, parce que George Sherman n’est pas Michael Curtiz, parce que les deux films que je viens de citer sont sans doute insurpassables dans le genre « film de pirates », et aussi parce que Flynn, dans son éternel rôle de jeune premier bondissant, a pris un petit coup de vieux : il a 43 ans, et en fait 50 facile. Alors oui, on a un peu de mal, cette fois, à croire au prouesses physiques du héros, et à son charme absolu (même s’il a de beaux restes, faut reconnaître). Comme on a un peu de mal à comprendre pourquoi la sublime Maureen O’Hara, dans un rôle de gonzesse « qui en a », et qui fait jeu égal avec les plus terribles pirates, se transforme en flaque d’eau dès qu’elle pose le regard sur Flynn…

Heureusement, le film se prend rarement au sérieux : il y a un petit côté parodique qui est franchement ravissant, et qui finit par emporter l’adhésion. Le charme désuet qui se dégage du film, la sympathie qu’on ressent même pour le grand méchant interprété avec dérision par Anthony Quinn, la présence de cette princesse des Indes qui découvre les hommes et ne pense, elle aussi, qu’à embrasser notre Errol (« again »… lance-t-elle, les lèvres tendues, dès qu’elle apparaît à l’écran)… Tout ça fait qu’on ne prend pas cette histoire au sérieux, mais qu’on se laisse transporter sur les mers avec un vrai plaisir, en se disant que, même si on est loin des grands chef d’œuvre que la Warner a produit dans le genre, on est devant un film bien sympa, et bien rigolo. C’est déjà pas mal…

Un Crime – de Jacques Deray – 1992

Classé dans : * Polars/noirs France,1990-1999,DERAY Jacques — 24 septembre, 2011 @ 3:37

Un crime

Le tandem Delon/Deray, c’est sept films tournés entre 1968 (La Piscine) et 1980 (Trois hommes à abattre) ; et dans le lot, pas grand-chose à jeter. C’est aussi un retour raté, tenté au début des années 90, alors que les deux hommes cherchaient un nouveau souffle : ni cette adaptation d’un roman de Gilles Perrault, ni celle d’un Simenon (L’Ours en peluche) tournée l’année suivante ne rencontreront le succès escompté. Et en quelques sorte, on peut dire que ces deux films constituent la fin de leurs carrières à tous les deux. Parce que Deray ne tournera plus rien après 1993, et parce que Delon n’apparaîtra plus que dans des films qu’il préférera oublier (Le Jour et la nuit, de BHL, vous vous souvenez ?) ou dans d’autres dans lesquels il se parodiera (1 chance sur 2 ou le troisième Astérix).

Beaucoup se réjouissent de cette fin de carrière prématurée, mais j’ai tendance à y voir un petit gâchis. Après avoir perdu quasiment toutes les années 80 avec des films d’action qui étaient de simples merdes à l’époque, mais qui sont devenues des merdes datées aujourd’hui, Delon devenait soudain plus intéressant, le visage marqué par le temps, plus sobre qu’autrefois. C’est un peu le syndrome Eastwood qui, en tant qu’acteur, est devenu plus fascinant à peu près à la même époque. Sauf que Delon, lui, était allé bien trop loin dans la suffisance et l’auto-parodie involontaire, que le public s’était lassé, et que logiquement il n’a pas suivi. Dommage.

Non pas, d’ailleurs, que Un crime soit un grand film. Il a un côté statique et ne décolle vraiment que dans le dernier tiers, durant lequel la tension monte vite et haut, mais trop tardivement. Et le personnage interprété par Manuel Blanc est trop mal défini, caricatural, et jamais vraiment crédible (jusqu’au dernier tiers, du moins). Mais celui de Delon, lui, est fort et intéressant : ce grand avocat gouverné par de grandes valeurs, qui obtient l’acquittement de son client, convaincu qu’il n’a pas tué ses parents « parce que je l’aurais vu dans ses yeux. On ne peut pas être aussi sensible et commettre un crime aussi odieux » clame-t-il. Mais la stature de l’avocat va trembler lorsque son client (Blanc, donc), aussitôt acquitté, lui affirme qu’il a bel et bien tué ses parents. S’ensuit un long huis-clos, face à face tantôt tendu, tantôt déroutant, entre l’avocat et son ancien client.

Le meilleur dans le film, ce n’est ni ce mystère dont on devine assez tôt les grandes lignes, ni la mise en scène élégante de Deray. Non, c’est Delon lui-même, passionnant lorsqu’il laisse transparaître ses fêlures et ses doutes. A ces moments-là, il rappelle quel grand acteur il peut être, lorsqu’il est bien dirigé. Lorsque Deray le laisse aller à sa grandiloquence, lorsqu’il le laisse défaire son nœud de cravate pour le refaire aussitôt après (si, si), lorsqu’il arpente l’appartement avec de grands gestes, une voix qui porte, et l’air d’avoir inventé le métier d’acteur, là, par contre…

Voodoo Man (id.) – de William Beaudine – 1944

Classé dans : 1940-1949,BEAUDINE William,CARRADINE John,FANTASTIQUE/SF — 23 septembre, 2011 @ 11:05

Voodoo Man

Comme quoi un bon réalisateur peut sauver à peu près n’importe quel projet débile… Solide cinéaste du muet (on lui doit notamment le formidable Sparrows avec Mary Pickford), Beaudine filme sans complexe ce scénario totalement improbable, sans moyen, avec des acteurs désespérants, mais avec un talent indéniable. Malgré les regards appuyés et l’accent ronflant de Bela Lugosi, malgré les yeux qui roulent de George Zucco, malgré les petits sauts de cabri et l’air ahuri de John Carradine (qui, la même année, tournait l’excellent Barbe-Bleue d’Ulmer), le film échappe au ridicule, et s’avère réellement effrayant… Je m’attendais à rire bien franchement devant l’un de ces petits films d’horreurs tellement navrants qu’ils en deviennent drôles, mais le suspense fonctionne parfaitement bien.

Le talent de Beaudine n’y est pas pour rien : son sens du rythme ; ses images joliment travaillées, avec de belles séquences de nuit ; et surtout une manière d’étirer l’effroi. Plutôt que de jouer sur les sursauts et les effets de surprise, Beaudine montre clairement le danger venir, et l’effet n’en est que plus saisissant. C’est surtout perceptible lors des deux scènes d’enlèvements : dans un décor désert, deux hommes très inquiétants (dont notre ami Carradine) se dirigent vers une jeune femme qui réalise bientôt le danger…

Même le personnage de Lugosi réussit à surprendre. Il apparaît comme l’un de ces savants fous qu’il a interprété un nombre incalculable de fois : la première scène dans laquelle on le découvre nous le présente dans un étrange laboratoire, « pilotant » un enlèvement par écran interposé, comme s’il manipulait les deux débiles qui travaillent pour lui. Mais son personnage est inhabituellement complexe, et finit par émouvoir autant qu’il effraie.

La star, qui n’allait pas tarder à amorcer son inéluctable déclin, interprète le docteur Marlowe, un marginal qui vit en reclus, et cache, évidemment, un terrible secret : il veut redonner vie à sa femme, morte depuis vingt-deux, mais conservée on ne sait trop comment avec toute la fraîcheur de la jeunesse. Il ne lui manque que la parole et un peu d’esprit ! Et c’est justement pour leur voler cet éclat de vie (grâce à la science vaudou du rigolo George Zucco, acteur culte pour les amateurs de fantastique « bis ») qu’il enlève des jeunes femmes en les faisant tomber dans un piège machiavélique (très conne, mais très flippante, cette route qui se perd dans un inquiétant désert). Pas de bol, la jeune femme qu’il enlève au début du film est la future belle sœur d’un scénariste qui, justement, doit tirer un film de ces disparitions mystérieuses.

Le film surfe sur la mode des pratiques vaudou, un an après le succès du Vaudou de Jacques Tourneur. Mais Beaudine s’en tire avec les honneurs, tirant un film effrayant un sympathique d’ingrédients de base pour le moins difficiles…

Nid d’espions (The Fallen Sparrow) – de Richard Wallace – 1943

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,GARFIELD John,O'HARA Maureen,WALLACE Richard — 19 septembre, 2011 @ 11:26

Nid d'espions

Film noir, film d’espionnage, film de propagande… L’alliance des trois genres était plutôt à la mode dans un Hollywood mobilisé pour l’effort de guerre, et ce film peu connu est typique de la production d’alors. Rien de surprenant, d’ailleurs, dans cette production très sombre qui évoque l’atmosphère de Pris au piège d’Edward Dmytryk ou Le Pigeon d’argile de Richard Fleischer. Mais il y a une différence de taille : ces deux films ont été tournés après la capitulation de l’Allemagne, alors que le film de Wallace est produit en pleine guerre.

Le ton n’en est pas très différent, mais il y a dans Nid d’espions un nationalisme exacerbé bien compréhensible au regard du contexte historique, mais qui peine à convaincre aujourd’hui : le « macguffin » qui fait avancer le suspense, l’objet dont les méchants veulent à tout prix s’emparer quitte à tuer la moitié de la distribution n’est pas une arme nucléaire, pas plus que les plans d’une base secrète, non : c’est (attention SPOILER)… une bannière en lambeaux, témoin d’une bataille sanglante durant la guerre d’Espagne.

Pourquoi pas : voir le héros prêt à payer de sa vie pour protéger un symbole n’est pas une nouveauté. Mais ce sont les motivations des traîtres aux services des nazis qu’on a beaucoup de mal à prendre au sérieux. Et au vu de l’aspect hyper sombre du film, dénué de tout humour, ce décalage n’était pas loin de me laisser sur la touche.

Heureusement, il y a John Garfield, dans un rôle évidemment taillé sur mesure : celui d’un homme torturé, rongé par son passé et dont on se demande s’il est plus proche de la rupture ou de l’explosion… L’action se passe fin 1940. L’Amérique n’est pas encore en guerre, mais McKittrick, notre héros, est de retour chez lui après avoir passé plus de deux ans dans une geôle sinistre pendant la guerre civile d’Espagne. Pendant deux ans, il a été torturé sur l’ordre d’un mystérieux nazi qu’il n’a jamais vu, mais dont il sait simplement qu’il a une jambe qui traîne… Il n’a pu s’évader que grâce à son meilleur ami, dont il apprend qu’il est mort mystérieusement.

Décidé à retrouver le coupable, il découvre bientôt l’existence d’un réseau d’espions nazis implanté en plein cœur de New York, probablement dirigé par son mystérieux tortionnaire boiteux. Bon… Je ne voudrais pas critiquer l’ami Garfield, dont je suis un grand admirateur, mais il a dû abuser du whisky (faut dire, qu’est-ce qu’il boit dans ce film !) pour ne pas voir sous quelle identité se cachait son nazi boiteux (ben oui, c’est pas bien facile à cacher), même si, c’est vrai, il est bien occupé à soupçonner à peu près tous ceux qui l’entourent…

Bref, ce n’est pas du côté du scénario qu’il faut s’attarder : les rebondissements sont tous hyper-téléphonés (comme la révélation finale…). Mais Wallace signe une fort jolie réalisation, qui joue très habilement sur la profondeur de champs, sur des premiers plans un peu flous, et sur une pénombre magnifiquement photographiée. La force du film, aussi, est de ne jamais lâcher John Garfield, dont on découvre à la fois la force et les faiblesses, la détermination et les fantômes qui le hantent, son goût pour l’alcool et ses penchants pour la gent féminine.

Il faut dire qu’il est bien entouré, avec la brune Patricia Morison (en ex à la beauté froide, totalement frivole et inconséquente), la blonde Martha O’Driscoll (gamine à peine sortie de l’enfance), et surtout la rousse Maureen O’Hara, la plus belle actrice du monde (c’est en tout cas mon jugement du jour), beauté classe et mystérieuse, touchante et inquiétante. Le couple qu’elle forme avec Garfield n’est pas le mieux assorti qui soit, mais il y a quelque chose de profondément émouvant à voir cette gueule cassée déclarer son amour à cette femme à la beauté si délicate…

Quatre de l’espionnage (Secret Agent) – d’Alfred Hitchcock – 1936

Classé dans : * Espionnage,* Polars européens,1930-1939,HITCHCOCK Alfred — 16 septembre, 2011 @ 8:37

Quatre de l'espionnage

J’avais le souvenir d’un film un peu maladroit, mais ce film méconnu de la période anglaise d’Hitchcock m’a franchement bluffé. Après un premier tiers pas tout à fait convaincant (malgré une première scène surprenante, qui nous montre un vétéran manchot renversant un cercueil vide à l’issue d’une cérémonie funéraire), cette histoire d’espionnage assez conventionnelle prend une dimension inattendue, et le film devient admirable, en grande partie grâce à la mise en scène d’Hitchcock.

Ne sous-estimons pas toutefois la réussite du scénario (adapté d’une pièce de théâtre elle-même inspirée d’un roman de Somerset Maugham), particulièrement habile et manipulateur, qui nous fait tout d’abord croire à une fantaisie d’aventures autour d’un triangle amoureux, traité avec une grande légèreté et beaucoup d’humour, pour se transformer peu à peu en un suspense sombre et cynique, cruelle histoire d’espionnage débarrassée de tout folklore romantique.

La menace d’une nouvelle guerre mondiale est sous-jacente dans ce film tourné en 1936. Mais l’intrigue prend place dans une autre époque troublée, pas si lointaine : nous sommes en 1916, et le personnage principal (joué par John Gielgud, acteur shakespearien par excellence), un écrivain travaillant pour les services secrets britanniques, est chargé de se rendre en Suisse pour démasquer un agent double au service de l’Allemagne. Sur place, il découvre que son patron lui a « attribué » une épouse (magnifique Madeleine Carroll, qui passe admirablement de la légèreté presque inconséquente, à la gravité douloureuse), un peu trop occupée à folâtrer avec un Anglais de passage (Robert Young). Il est également aidé dans sa tâche par un homme de main, le « Général », qui se prétend mexicain (Peter Lorre qui, même s’il est dans le bon camps, fait froid dans le dos).

Hitchcock s’amuse à prendre continuellement le contre-pied de ce qu’on attend de lui. Le film n’est ainsi jamais ce qu’il prétend être : alors qu’il pose les bases d’une comédie, Hitchcock nous entraîne vers un drame sombre et tendu ; alors qu’il nous annonce un « whodunit » dans lequel il faudrait découvrir l’identité du traître, il nous mâche le travail. Parce que l’identité de l’agent double ne fait aucun doute : d’ailleurs, Hitchcock ne prend même pas la peine de nous présenter différents candidats possibles : le coupable est ainsi tout désigné.

Loin d’affaiblir le film, cette certitude accroît sa force. Et c’est dans une séquence d’une grande cruauté que se trouve le tournant du film : notre héros et le Général entraînent dans une escapade en montagne l’homme qu’ils pensent être le coupable (et dont nous savons parfaitement qu’il est innocent), après l’avoir « démasqué » grâce à un bouton de manchette, et le tuent sans songer à l’interroger… Cynique et cruelle, ce passage est l’un des sommets du film (il sera d’ailleurs repris avec quelques variantes par Clint Eastwood dans La Sanction).

Le film est imparfait, certes, mais il est parsemé de passages mémorables : la découverte du cadavre à l’église, sublime moment de suspense avec un style proche de l’expressionnisme allemand ; l’incontournable scène de train, avec une catastrophe ferroviaire très cinégénique ; l’innocence perdue dans les yeux de Madeleine Carroll, le regard vide alors que le village est en fête autour d’elle…

Plus encore que dans Les 39 Marches, l’actrice est sublime. Comme Anny Ondra (The Manxman et Chantage) ou Joan Barry (A l’Est de Shanghai), Madeleine Carroll est une blonde hitchcockienne dont on n’a pas dit assez de bien…

L’Avocat – de Cédric Anger – 2010

Classé dans : * Polars/noirs France,2010-2019,ANGER Cédric — 15 septembre, 2011 @ 3:47

L'Avocat

Avec Le Tueur, Cédric Anger avait signé un film de genre et d’atmosphère très séduisant. Avec L’Avocat, le réalisateur persévère dans le thriller à influences. Le résultat n’a rien de honteux, mais les influences trop marquées, trop évidentes, du cinéaste, finissent par aliéner le projet. Dommage, on ne demandait qu’à se laisser aller à un petit plaisir sans arrière pensée, devant cette histoire d’un jeune avocat qui, fraîchement sorti de l’école, est engagé par un puissant homme d’affaires spécialisé dans le recyclage des déchets, et qui dissimule des liens très serrés avec le Milieu (l’affaire Guérini n’est pas loin)…

D’autant plus que le rôle principal est interprété par Benoît Magimel, un acteur assez passionnant, que l’industriel mafieux est joué par l’excellent Gilbert Melki, et que Barbet Schroeder joue un petit rôle, comme s’il parrainait ce film de genre « à l’américaine » (lui-même a signé quelques bijoux dans ce registre, comme L’Enjeu ou Inju, justement avec Magimel). Mais la déception est grande. Melki est bien, à défaut d’être surprenant ; mais Magimel est franchement décevant…

Ce n’est d’ailleurs pas totalement la faute de l’acteur : à force de le filmer « à la manière de », Anger rend incontournable la comparaison avec quelques grands numéros d’acteur des années 90, dans une poignée de chef d’œuvre absolus et incontournables, qu’il a visiblement revus en boucle avant de commencer son tournage. Avec Al Pacino, puisque le réalisateur cite lourdement l’ouverture de L’Impasse de De Palma ; avec Tom Cruise, L’Avocat s’inscrivant clairement dans la lignée de La Firme de Pollack (histoire très similaire, mais résultat bien plus convaincant) ; ou encore avec Ray Liotta, la dernière partie de L’Avocat étant nettement mais maladroitement inspirée par Les Affranchis, jusqu’au dernier gros plan sur Magimel, qui parachève la comparaison, peu flatteuse.

L’Avocat, c’est l’exemple typique d’un réalisateur cinéphile qui n’a pas su digérer ses influences. Le film n’est toutefois pas désagréable : le suspense fonctionne bien ; et si ce n’était cette impression constante d’avoir déjà vu la même chose, en mieux (et pour cause), on y prendrait un vrai plaisir. J’irais même jusqu’à le conseiller, ne serait-ce que pour Samir Guesmi, d’une grande justesse dans un second rôle de tueur étrangement sympathique… A condition, bien sûr, de n’avoir encore jamais vu ni La Firme, ni L’Impasse, ni Les Affranchis.

Le Cheval de fer (The Iron Horse) – de John Ford – 1924

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,FORD John,WESTERNS — 14 septembre, 2011 @ 9:38

Le Cheval de fer

En 1924, John Ford est un jeune cinéaste de tout juste 30 ans qui s’est déjà taillé une belle réputation en dirigeant des stars de l’époque comme Harry Carey ou Tom Mix, lorsque la Fox lui confie les rênes de cette très grosse production. C’est l’époque de la démesure et de la surenchère à Hollywood, où les producteurs n’hésitent pas à engager des milliers de figurants pour une seule scène, où des villes entières peuvent être construites, où un Douglas Fairbanks « bigger than life », fantasme préféré de l’Amérique, triomphe dans d’immenses productions comme Le Voleur de Bagdad, de Raoul Walsh.

C’est d’ailleurs pour répondre à La Caravane vers l’Ouest, première méga-production westernienne que James Cruze réalisait alors pour la Paramount, que William Fox a lancé le projet du Cheval de Fer, grande fresque sur la construction du premier chemin de fer traversant toute l’Amérique, de l’Atlantique au Pacifique. Confier ce projet gigantesque à un réalisateur aussi jeune que Ford était un pari (même si le cinéaste a déjà plusieurs dizaines de films à son actif). Pari réussi, puisque le film a rapporté plus de 2 millions de dollars (énorme pour l’époque, et pour un budget 5 à 7 fois inférieur selon les sources), et qu’il a définitivement assis la réputation de Ford.

Chef d’œuvre impressionnant, le film répond à de multiples ambitions : il fait revivre avec beaucoup de réalisme le quotidien de ces pionniers, tout en racontant une histoire de vengeance et d’amour, et en évoquant le symbole que ce chantier représente pour l’unification d’un pays encore marqué par la Guerre Civile. Ford en profite d’ailleurs pour mettre en scène Lincoln, dans quelques belles séquences qui marquent profondément les esprits. Lincoln, d’ailleurs, reviendra régulièrement dans la filmographie de Ford, personnage central de Vers sa destinée, et martyr d’une nation réunifiée hantant Je n’ai pas tué Lincoln.

Bien avant de signer le traité décidant la construction du chemin de fer, dans une scène centrale du film, Lincoln apparaît dans la séquence d’ouverture. Alors qu’il n’est qu’un avocat de province, il pose un regard plein de bienveillance sur les deux personnages principaux du film, qui ne sont encore que des enfants, et dont il pressent visiblement les sentiments naissants, et le rôle qu’ils joueront dans son grand projet…

Davy et Miriam ont grandi dans la même petite ville. Mais après leur rencontre avec le futur président, leurs trajectoires se séparent. Lui est le fils d’un homme qui croît en la construction d’une ligne reliant les deux océans ; elle est la fille d’un industriel septique, persuadé qu’il s’agit d’une hérésie. Davy et son père partent pour l’Ouest, afin de trouver un passage pour le futur chemin de fer. Mais une nuit, le garçon assiste à la mort de son père, massacré par des Indiens menés par un blanc, dont il ne voit que la main mutilée. Les années passent. Lincoln décide la construction du chemin de fer et confie le chantier à deux compagnies, dont l’une est dirigée par le père de Miriam. Un jour, Davy réapparaît et entre à son service. Mais Miriam est fiancée à un homme qui complote avec un mystérieux propriétaire de terres pour faire fortune…

Difficile de dire ce qui est le plus réussi dans le film. L’histoire d’amour, même si elle est un peu attendue, apporte une touche de légèreté grâce au charme indolent de George O’Brien, que Ford dirige pour la première fois, et qui sera également le héros de Trois sublimes canailles, et l’un des acteurs réguliers du cinéaste. Quant à la force symbolique de l’histoire, sur un pays qui se retrouve, elle est immense. Mais c’est surtout la reconstitution du chantier qui est purement extraordinaire. Sa grande force est de passer par de nombreux détails qui nous plongent au cœur du film, et nous font sentir l’odeur de la poussière et de l’alcool qui, bien sûr, coule à flot.

Grands espaces hostiles, attaques d’Indiens, bagarres, fusillades, cavalcades… La caméra est toujours au cœur de l’action. Mais la séquence la plus impressionnante est peut-être celle où toute une ville déménage : au fur et à mesure que le chantier avance, la ville qui sert de base à cette société constituée par les ouvriers et tous ceux qui gravitent autour doit se déplacer ; et ce sont des milliers de personnes qui emmènent leurs objets personnels, leurs animaux, et leurs maisons en pièces détachées, ne laissant que quelques débris… et les corps enterrés de ceux qui n’ont pas survécu.

Avec ce film, qui est sans doute le plus ambitieux dans son ampleur, Ford aborde à peu près tous les thèmes qui caractériseront ses grands films à venir : l’amitié virile (notamment celle de trois hommes qui évoquent les Trois sublimes canailles avant l’heure – l’un d’eux est d’ailleurs interprété par J. Farrel MacDonald) ; la justice balbutiante d’un pays encore jeune, rendue dans un saloon (on pense évidemment au juge Roy Bean, mais aussi à Judge Priest de Ford) ; la vengeance à travers les années (La Prisonnière du Désert n’est pas si loin…) ; le deuil (avec une belle scène sur une tombe, qui évoque… à peu près tous les films de Ford)… Sous la forme d’ébauches ? Même pas… Ford signe sa première très grosse production avec une aisance confondante (comme il passera du muet au parlent sans problème). Grand cinéaste il était, grand cinéaste il est, grand cinéaste il sera.

Au seuil de la vie (Nära livet) – d’Ingmar Bergman – 1958

Classé dans : 1950-1959,BERGMAN Ingmar — 13 septembre, 2011 @ 8:53

Au seuil de la vie

Une chambre de maternité, trois femmes et leur infirmière… Il n’en faut pas beaucoup plus pour que Bergman signe l’un de ses films les plus beaux, et les plus dépouillés. Dépouillés, parce que le cinéaste, fidèle à son habitude, filme avant tout les visages, dans des gros plans d’une force immense, qui révèlent le meilleur des actrices (Bibi Andersson, Ingrid Thlin, Eva Dahlbeck et Barbro Hiort Af Ornäs ont d’ailleurs obtenu le Prix d’interprétation féminine à Cannes) aussi bien que de celui qui les filme (et Prix de la mise en scène au même festival).

Cette chambre d’hôpital, où se retrouvent pour une nuit trois femmes très différentes mais réunies par leur grossesse, n’est pas à proprement parler un condensé de la société. Mais ce lieu confiné, et l’imminence de la vie, permettent à Bergman d’aborder de nombreux thèmes qui le hantent (la vie, le couple, la difficulté de communiquer…) en exacerbant les émotions et les sentiments de ses personnages.

C’est d’ailleurs la cohabitation de ces trois femmes qui n’auraient eu aucune chance de se connaître dans la « vraie » vie, que le film trouve sa force : il commence alors que la dernière des trois arrive dans la maternité, et se termine au moment où la première s’en va. Entretemps, on n’aura paradoxalement assisté à aucune naissance : c’est l’idée de l’enfant et de la maternité qui est le moteur du film, pas l’enfant lui-même. Mais on aura découvert un véritable condensé des émotions humaines, à travers quelques heures de la vie de ces trois femmes.

Il y a d’abord la joie de vivre presque insolente d’un couple heureux de devenir parents (Eva Dahleck et Max Von Sydow) ; les tourments d’une femme-enfant, future mère célibataire hospitalisée pour avoir tenté en vain de se faire avorter (Bibi Andersson) ; la douleur d’une femme qui vient de faire une fausse-couche (Ingrid Thulin) et qui réalise la mesquinerie de son mari, froidement cruel (Erland Josephson) ; sans oublier la compassion d’une infirmière dont la présence rassurante est presque irréelle, tant elle semble avaler comme un buvard les tourments qui l’entourent (Barbro Hiort Af Ornäs)…

Dépouillé (peu de décors, pas vraiment d’intrigue), le film n’a évidemment rien de froid : Bergman (qui fait ici une entrée tardive dans ce blog) est un cinéaste d’une sensibilité à fleur de peau, qui a toujours su filmer mieux que quiconque l’âme (disons plutôt les tourments) de ses personnages, en explorant leurs visages dans de longs plans d’une beauté sidérante. C’est particulièrement vraie ici : avec une grande économie de dialogues, le cinéaste rend palpable les émotions, les douleurs, les espoirs, les frustrations…

Au seuil de la vie est un film sur la vie et ses mystères. Sur l’attirance et la répulsion mêlées de cet acte de donner la vie (magnifique plan de Bibi Andersson partagée entre l’incompréhension et l’attendrissement en observant des nouveaux-nés). Sur le mystère qu’il représente, un mystère lié aussi à l’absence de toute notion de justice ou de logique, et autour duquel l’insouciance et la cruauté ne sont pas toujours très éloignés l’un de l’autre.

Tout en prolongeant le thème des Fraises sauvages, autre chef d’œuvre tourné l’année précédente, Au seuil de la vie marque une nouvelle étape dans l’art de Bergman, de plus en plus tourné vers la force évocatrice des visages. Une thématique qu’il explorera de nouveau dans son film suivant, justement appelé Le Visage.

Les Comancheros (The Comancheros) – de Michael Curtiz – 1961

Classé dans : 1960-1969,CURTIZ Michael,WAYNE John,WESTERNS — 12 septembre, 2011 @ 8:14

Les Comancheros

Michael Curtiz, réalisateur de quelques chef d’œuvre intersidéraux (ben oui, Casablanca, quand même…) et d’une dernière partie de carrière bien moins convaincante (après son départ de la Warner, son talent a sans doute été moins bien utilisé, donnant même quelques films insupportables comme le François d’Assises tourné en cette même année 1961), clôt donc sa filmographie par un western original, et très réussi, lui qui n’est pourtant pas un habitué du genre.

La première séquence montre bien qu’on n’est pas dans un western comme les autres. Le film commence par un duel ; mais pas un duel dans les rues poussiéreuses d’une petite ville du far west, non : un duel entre deux gentlemen dans une prairie de la côte Est. Paul Regret abat son adversaire à l’issue d’un combat régulier ; mais son adversaire était le fils d’un juge important, et Regret est contraint de fuir vers l’Ouest. Il arrive au Texas, où il rencontre une mystérieuse jeune femme, avant qu’un ranger le retrouve…

Regret, c’est Stuart Whitman, acteur tombé dans l’oubli qui fut une grande vedette au début des années 60, avant de sombrer dans des séries Z souvent obscures et indignes. C’est le prototype même de l’homme bien éduqué plongé dans l’Ouest encore sauvage, personnage typique au centre de nombreux westerns. Mais dans Les Comancheros, ce thème annoncé est quasiment tué dans l’œuf : dès qu’apparaît l’autre personnage central, le ranger, le film bascule vers tout autre chose. Il faut dire que l’homme de loi est interprété par John Wayne, et qu’on a du mal à imaginer le Duke, avec tout ce que sa simple présence véhicule, jouer les simples faire-valoir…

Le film se transforme donc en quelque chose d’un peu plus classique : un affrontement qui se transforme bientôt en amitié entre les deux hommes que tout oppose, ou presque. Et bientôt, Regret devient lui-même ranger, les deux amis menant l’enquête sur le rôle de « comancheros », des blancs faisant commerce clandestinement avec les Comanches, poussant les Indiens à déclarer la guerre aux colons pour faire fortune en leur vendant des armes.

Il y a bien quelques faiblesses dans le film : des rebondissements improbables, certains personnages mal dessinés… Mais sa grande force est de prendre le temps de sortir des ornières : même si tout le film converge vers la longue dernière partie, au cœur du village des Comancheros, Curtiz prend des chemins de traverse pour y parvenir. Pour preuve, la fameuse séquence d’ouverture, ou quelques scènes qui semblent un peu hors sujet, mais qui font tout le sel de ce western hors normes : il y a notamment la très belle scène de l’évasion de Regret, qui laisse un Wayne inanimé se réveillant au milieu de tombes, sous une pluie battante. Sans doute le plus beau plan du film.

On peut aussi noter quelques seconds rôles hauts en couleur, et tout particulièrement Lee Marvin, ordure totale arborant une cicatrice immense sur le crâne, après avoir été en partie scalpé par les Comanches avec lesquels il fricote. Sa présence à l’écran est réduite, mais son personnage est suffisamment déjanté pour marquer le film de son empreinte, avec simplement quelques scènes partagées avec Wayne. Marvin et Wayne se retrouveront d’ailleurs quelques semaines après pour le tournage d’un autre western : L’Homme qui tua Liberty Valance. L’alchimie des deux acteurs est tellement évidente que Ford en fera le cœur de La Taverne de l’Irlandais, l’année suivante.

La Vénus blonde (Blonde Venus) – de Josef Von Sternberg – 1932

Classé dans : 1930-1939,DIETRICH Marlene,VON STERNBERG Josef — 8 septembre, 2011 @ 6:54

La Vénus blonde

La cinquième collaboration de Marlene Dietrich et de Josef Von Sternberg est, à première vue, le plus purement mélodramatique de leurs films : c’est l’histoire d’un couple qui se déchire pour la garde de leur enfant. Mais c’est aussi, peut-être, l’œuvre la plus complexe de leur filmographie commune, un film moins « aimable » que leurs œuvres précédentes (tous les personnages sont mus par des préoccupations égoïstes, à part l’enfant, victime de ce cruel jeu d’adultes), plus âpre, plus adulte aussi…

C’est d’ailleurs le vrai sujet du film : la difficulté de vivre en adulte, après avoir connu l’insouciance de la jeunesse. La scène bucolique qui ouvre le film, et le brusque changement de ton et d’époque qui suit, est particulièrement importante. Tout commence donc par une séquence primesautière dans la campagne allemande de l’après-guerre : un groupe de jeunes étudiants américains en balade rencontre une troupe d’actrices se baignant nues dans un lac.

Fondu au noir… et on retrouve quelques années plus tard l’une d’entre elles (Dietrich) mariée à l’un d’entre eux (Herbert Marshall), le couple vivant avec son fils de 6 ans dans un modeste appartement new-yorkais. L’ancien étudiant tente de joindre les deux bouts en réalisant des expériences scientifiques ; elle a laissé tomber sa carrière pour s’occuper de sa famille.

Ce n’est que le début d’une véritable tragédie familiale : pour soigner son mari irradié par du radium, la belle reprend son ancien boulot, et accepte l’argent offert par un riche séducteur (le tout jeune Cary Grant), qui l’attire dans son lit pendant que le mari est en Europe pour se faire soigner. Au retour de ce dernier, la vérité éclate, le mari chasse la femme, qui prend la fuite avec son fils, bientôt poursuivie par toutes les polices. Le temps passe, et Marlene s’installe dans une vie de misère, avant de se résoudre à laisser son fils à son père…

Le côté mélodramatique est excessivement poussé, et tourne même à la cruauté la plus extrême : ballotté entre ces deux parents qui se déchirent, ce gamin tellement attachant est l’enjeu presque déshumanisé de cette « guerre » à laquelle se livre l’ancien couple. Le voir condamné à faire un choix entre son père et sa mère est un déchirement…

Au-delà de l’histoire à proprement parler, le film parle surtout de la difficulté de vivre en couple, d’accepter les compromis, d’assumer sa responsabilité d’adulte, de donner un sens à sa vie… Derrière le mélo très dur, c’est un thème pas facile que Sternberg aborde. Et il le fait sans caresser le spectateur dans le sens du poil, en allant au bout de la cruauté, en montrant les faiblesses et les mesquineries de ces personnages, et sans jamais chercher à magnifier ses acteurs. Cary Grant est un riche oisif pas méchant, mais inconsistant ; Herbert Marshall est un homme droit et honnête, mais fier jusqu’à l’injustice ; quant à Marlene, elle finit par entraîner son enfant dans sa déchéance…

Contrairement à leur précédent film commun (Shanghai Express), où chaque plan la sublimait, Sternberg ne l’épargne pas ici, lui faisant chanter des numéros particulièrement ineptes, l’affublant d’une horrible « choucroute » sur la tête, ou la déguisant en grand singe !

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