Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Furie (Fury) – de Brian De Palma – 1978

Classé dans : 1970-1979,DE PALMA Brian,DOUGLAS Kirk,FANTASTIQUE/SF — 28 avril, 2012 @ 10:54

Furie - De Palma

Chef d’œuvre ou nanar ? Film hyper maîtrisé ou brouillon de jeunesse ? Je suis bien incapable de dire ce que je pense vraiment de ce film à la fois étourdissant et bâclé. On peut dire à peu près tout et son contraire de Fury : qu’il est l’œuvre très personnelle d’un cinéaste qui définit film après film des thèmes qu’il ne cessera d’aborder ; mais aussi qu’il surfe sur les thèmes à la mode de l’époque (impossible de ne pas penser à L’Exorciste).

Le fait est que de Palma enchaîne le meilleur et le pire dans ce film qui traite du thème (franchement passé de mode) de la télépathie et de la télékinésie (dans Carrie, déjà…). Dès la séquence d’ouverture, cette ambivalence est tangible. Trois des personnages principaux y sont présentés : un Kirk Douglas vieillissant, son fils Andrew Stevens, et son ami John Cassavetes, qui deviendra sa nemesis. Rien ne sonne vraiment juste dans cette séquence d’exposition : les sentiments semblent trop primaires, les dialogues trop téléphonés, même le jeu des acteurs semble artificiel. Pourtant, la magie opère. La caméra de De Palma, forcément virtuose, virevolte autour de la table, et nous plonge malgré notre défiance dans cet univers mystérieux et si personnel.

Le thème, omniprésent dans l’œuvre de De Palma, de la vue et de la perception, est là, dès cet attentat qui sépare le père et le fils, et révèle la vraie nature de l’ami Cassavetes. Ce que l’on voit n’est pas forcément la vérité et mérite d’être décrypté. De Palma ne cessera de le répéter film après film.

L’attentat vu de plusieurs points de vue, et filmé par l’un des protagonistes ; Kirk Douglas observant les passants avec une acuité hors du commun ; les écrans de surveillance qui suivent l’évolution d’un personnage ; les yeux qui saignent… De Palma explore cette thématique tout au long du film. Logique : le ressors du film repose sur les capacités extra-sensorielles d’Andrew Stevens, et d’une jeune femme interprétée par Amy Irving, qui aide Kirk Douglas dans sa quête pour retrouver son fils, enlevé pour être l’objet d’expériences scientifiques.

Le film exerce une étrange fascination, malgré quelques effets grand-guignolesques (Cassavetes, qui s’ennuie visiblement dans ce film qu’il n’a accepté que pour financer ses propres films, ne s’éclate vraiment, et au sens propre, que dans sa dernière scène, kitchissime). Et on prend un vrai plaisir à retrouver ce bon vieux briscard de Kirk Douglas, dans un genre dont il n’est pas vraiment coutumier.

Twixt (id.) – de Francis Ford Coppola – 2012

Classé dans : 2010-2019,COPPOLA Francis Ford,FANTASTIQUE/SF — 26 avril, 2012 @ 9:36

Twixt

Coppola se confronte à ses propres fantômes dans ce film, le troisième depuis sa « résurrection » artistique. Retour aux sources, hommage au cinéma de ses débuts, étrange objet cinématographique entre expérimentation et série B horrifique à l’ancienne, Twixt est un film d’une grande liberté. Coppola n’a plus grand-chose à prouver, n’a plus de dette à rembourser, mais a du temps à rattraper. Tout cela se sent ici, pour le meilleur et pour le un peu moins bon.

Mais pour le meilleur, surtout. Car pour étonnante qu’elle soit, cette histoire de fantôme qui oscille entre les grosses ficelles du cinéma d’épouvante, et une approche plus contemplative, est d’une élégance extrême. Les cadres déstructurés composés par Coppola, les lumières automnales ou glacées, la musique lancinante souvent à contre-temps, et les angles d’un grand classicisme brisé par quelques fulgurances de mise en scène… Tout cela crée un sentiment fascinant de malaise qui vous prend dès la toute première image (avec la voix envoûtante de Tom Waits) pour ne plus vous lâcher.

Evidemment, d’autres que Coppola ont maintes fois fait le coup de l’écrivain en manque d’inspiration qui plonge au tréfonds de l’âme humaine pour exorciser ses propres démons (ici en enquêtant sur d’anciens meurtres dans une petite ville perdue hantée par ses fantômes). Mais lui le fait avec style, et avec la volonté affichée et réjouissante d’aller au bout de ses envies. Tout ici pousse au malaise : les rues désertes de cette ville quasi-déserte, le vieux shérif trop enthousiaste (un vrai plaisir de retrouver ce vieux briscard de Bruce Dern, le héros du dernier Hitchcock, Complot de Famille), cette gamine qui sort de la nuit sans que notre écrivain en paraisse étonné, et l’écrivain lui-même, stéréotype de l’artiste raté qui ingurgite des litres de whisky (il m’a donné soif, ce film…) pour oublier ses propres démons.

Le choix de Val Kilmer pour ce personnage n’est pas anodin : la déchéance de cet ancien jeune premier promis à une carrière de premier plan, désormais cantonné au cinéma de 8ème zone, et coincé dans un physique de baudruche, sert à merveille le film, ajoutant au malaise ressenti. L’apparition de son ex-femme Joanne Whalley, avec qui Val Kilmer a formé un couple très glamour il y a vingt ans, ne fait que renforcer ce sentiment.

Film de genre ou essai cinématographique ? Twixt joue sur tous les tableaux. Pour Coppola, le film est surtout une manière de boucler la boucle, affrontant ses vieux démons personnels (l’un de ses fils est mort dans des conditions très semblables à la fille de l’écrivain, que lui-même accepte de revivre en regardant des images en surimpression), et renouant d’une certaine manière avec le cinéma de ses débuts. Le film est en effet un hommage à l’univers d’Edgar Poe (qui apparaît tout au long des « rêves » de Val Kilmer), auteur souvent adapté par Roger Corman, le mentor des débuts de Coppola. Coppola lui-même a commencé en tournant un petit film d’horreur où les fantômes oubliés jouaient un grand rôle (Dementia 13).

Quant au brusque retournement de situation de fin, il laisse un goût un peu amer. Mais il s’apparrente à une authentique renaissance pour le cinéaste. Coppola a terrassé ses fantômes avec ce film parfois bancal, mais revigorant et férocement émouvant. Une porte ouverte pour une nouvelle carrière, voire une nouvelle vie…

Madeleine (id.) – de David Lean – 1950

Classé dans : 1950-1959,LEAN David — 25 avril, 2012 @ 9:57

Madeleine

Lean nous livre là une petite merveille de mise en scène, un film magnifique dominé par quelques séquences extraordinaires. Loin de ses grosses productions à venir, le cinéaste compose chacun de ses plans magistralement, et utilise comme personne la profondeur de champs, les contre-plongées et les différences de niveau : la rue qui surplombe la chambre de Madeleine, la jeune femme qui gravit le raide escalier qui la mène au cœur du tribunal, le rendez-vous galant au sommet d’une corniche… Un jeu perpétuel qui souligne le décalage du personnage par rapport à son entourage, et par rapport au regard qu’on pose sur elle.

Le sujet semblait tailler sur mesure pour le réalisateur de Brève rencontre. Pourtant, David Lean n’était pas enthousiasmé par ce film, qu’il n’a tourné que pour accéder à la demande pressante de celle qui était alors sa compagne. Ann Todd (déjà héroïne du très beau Les Amants passionnés) s’était prise de passion pour Madeleine Smith, jeune femme de la haute société écossaise du milieu du XIXème siècle, qui avait été au cœur d’un procès resté célèbre.

Accusée d’avoir empoisonné son amant, Madeleine avait déchaîné les passions, divisant l’opinion publique. Le procès, d’ailleurs, avait débouché sur un verdict sans précédent : ni coupable, ni innocente, la jeune femme avait été libérée car les preuves avaient été jugées « sans fondement ». Le mystère reste entier, et c’est la personnalité complexe qui a visiblement fasciné Ann Todd, qui l’avait déjà interprété sur scène, et qui rêvait d’en tirer un film.

Avec une délicatesse infinie, David Lean s’attache à illustrer cette complexité. Et il y arrive formidablement bien (à l’exception, peut-être, d’un dernier regard faussement ambigü et un peu lourdingue, qui rappelle les pires erzats du cinéma hitchcockien). Jeune femme bien sous tout rapport, Madeleine/Ann Todd n’a en fait rien d’une pudibonde. Avec toute la bienséance qu’il convient, Lean filme pourtant un personnage taraudé par le sexe, et pas uniquement par des amourettes de midinette.

Les censeurs s’y sont peut-être trompés à l’époque, mais aujourd’hui, les non-dits sautent aux yeux des spectateurs. La découverte de sa future chambre par Ann Todd est particulièrement évocatrice : en regardant ce soupirail qui donne sur le trottoir de la rue, elle réalise à quel point cette pièce en sous-sol sera un baisodrome parfait pour elle. Dans l’atmosphère romantique de ce Glasgow aux pavés humides, Lean nous montre une jeune femme qui semble être l’incarnation même de l’héroïne romantique, mais qui en est tout l’inverse.

Au fond, même si elle se convainc du contraire, les histoires d’amour n’intéressent pas Madeleine, qui leur préfère les aventures clandestines. Les choix qu’elle fait sont parfaitement anti-romantiques : son mari, un homme bon et aimant, est sacrifié au profit d’un petit aventurier détestable et calculateur. Cette Madeleine nous laisse un drôle de goût, l’impression de nous être attachés à une jeune femme qui est loin d’avoir révélé tous ses secrets.

Une Corde pour te pendre / Le Désert de la peur (Along the great divide) – de Raoul Walsh – 1951

Classé dans : 1950-1959,DOUGLAS Kirk,WALSH Raoul,WESTERNS — 24 avril, 2012 @ 12:29

Une corde pour te pendre

« Si seulement mon père n’était pas entre nous »

Walsh ne s’embarrasse pas de superflu avec ce western âpre et tendu, qui plonge le spectateur directement au cœur de l’action. Dès les premières images, dans un beau noir et blanc baigné de soleil, on est dans les grandes étendues qu’on ne quittera pas avant la séquence finale. Un marshall est là, avec ses deux adjoints. Que font-ils là ? On n’en sait rien et ça n’a aucun intérêt. Mais ils sont au bon endroit, au bon moment pour empêcher un lynchage. Ils convoient alors le « condamné » vers une ville où il pourra être jugé, mais sont pistés par les lyncheurs qui ont juré de l’abattre à tout prix.

C’est le premier western de Kirk Douglas qui, cinq ans après ses débuts sur grand écran, s’était particulièrement illustré dans le film noir jusqu’à présent (notamment avec ses deux premiers films, L’Emprise du crime et La Griffe du passé, deux chef d’œuvre absolus). Il apporte à son personnage de marshall obstiné jusqu’à l’extrême une modernité et une noirceur plutôt rare dans le genre.

Le personnage féminin est tout aussi réussi : c’est la très belle Virginia Mayo, que Walsh avait déjà dirigée dans La Fille du désert et surtout L’Enfer est à lui, et qu’il retrouvera pour Capitaine sans peur. Dans le rôle de la fille du lynché (joué lui par l’incontournable Walter Brennan), garçon manqué et incroyablement féminine, elle apporte au film une séduction trouble. Et qu’importe si elle sort du désert avec un brushing impeccable et une chemise immaculée…

Along the great divide (un titre original bien plus beau et poétique que l’un ou l’autre des titres français) n’est pas qu’un western de plus se déroulant dans le désert. Walsh, ici, ne parle ni d’héroïsme, ni de vengeance, ni d’amour : il ne s’intéresse qu’aux relations père-fils, au cœur de tout le film jusque dans ses moindres recoins.

L’obstination de Kirk Douglas est motivée par le souvenir douloureux de ses rapports avec son père décédé ; Walter Brennan se met en scène auprès de son « geôlier » comme un père de substitution sournois et manipulateur ; Virginia Mayo est prête à sacrifier son amour naissant et son propre sens de l’honneur pour soutenir son père ; le riche propriétaire qui piste le convoi est bien décidé à venger la mort de son fils préféré ; le frère aîné de ce dernier n’est motivé que par la volonté d’exister aux yeux de son père…

On pourrait encore continuer comme ça : il n’est question que des relations père-fils (ou fille) dans ce très beau western tendu et passionnant, réalisé par un Walsh en grande forme. Et ce ne sont pas les deux ou trois zooms grossiers (j’aime pas les zooms), qui tranchent avec la fluidité habituelle des films de Walsh, qui gâchent le plaisir. Même si ces effets pas terribles font un peu tâche chez le réalisateur qui a élevé le travelling au rang de grand art trente-cinq ans plus tôt, avec Régénération.

Voyage sans retour (Where danger lives) – de John Farrow – 1950

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1950-1959,FARROW John,MITCHUM Robert — 23 avril, 2012 @ 9:38

Voyage sans retour

Après des chef d’œuvre comme Feux croisés (Edward Dmytryk) ou La Griffe du passé (Jacques Tourneur), ce Voyage sans retour fait figure d’œuvre mineure dans la longue liste des films noirs interprétés par Bob Mitchum. Et c’est vrai qu’on est loin de la mécanique diabolique du film de Dmytryk ou du pouvoir de fascination absolu de celui de Tourneur. Pourtant, on prend un plaisir fou à voir ce petit film de genre pas franchement crédible (Mitchum en chirurgien ? mouais…), mais diablement bien réalisé par un John Farrow à qui on doit quelques grandes réussites du genre (La Grande Horloge, chef d’œuvre avec Ray Milland, ou Fini de rire pour lequel il retrouvera Mitchum l’année suivante).

C’est du pur film noir, et Mitchum est l’anti-héros type : un jeune chirurgien fiancé avec une infirmière douce et aimante (Maureen O’Sullivan, la Jane de Tarzan, la femme de Farrow, et la mère de Mia), qui se laisse prendre au piège d’une de ses patientes, une jeune femme bien belle (Faith Domergue), mais visiblement dérangée. Il la rencontre alors qu’elle a essayé de se suicider ; il comprend trop tard que celui qu’elle présente comme son père (Claude Rains, dans son éternel emploi de cocu digne) est en fait son mari ; ce dernier meurt alors que Bob vient de le laisser seul avec son épouse… Mais non, notre héros n’imagine pas que sa belle a peut-être un grain. Pire, il se laisse persuader que c’est lui qui a causé la mort de Rains…

Alors les voilà tous deux sur les routes, persuadés d’être poursuivis par toutes les polices. Mitchum, l’homme fort et viril par excellence, est la victime de cette vamp aux yeux renversants. Plus surprenant : il est une victime incroyablement passive. Il suffirait d’un rien  de jugeotte pour qu’il se sauve de ce piège, mais non, il plonge. Comme s’il fuyait inconsciemment cette vie bien rangée et toute tracée qui l’attendait, cette fiancée trop gentille, tellement gentille qu’elle lui pardonnera tout sans la moindre scène, alors qu’il mérite au moins une bonne trempe…

Le fameux art de ne rien faire de Mitchum trouve ici une logique toute nouvelle : ce personnage en apparence typique du genre révèle en effet peu à peu une absence de personnalité que la passivité de l’acteur rend fascinante. Embarqué par la belle, ballotté par les hasards des rencontres, Bob traverse de nombreuses petites épreuves qui nous plongent au cœur de l’Amérique profonde, des garagistes roublards, des shérifs trop contents d’avoir une « affaire » à régler, des communautés trop entreprenantes… Ce voyage sans retour est une véritable odyssée américaine.

Gagnant quand même (The Shamrock Handicap) – de John Ford – 1926

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,FORD John — 20 avril, 2012 @ 11:59

Gagnant quand même

Quel bonheur que ce petit film plein de vie de Ford. Tourné juste avant Trois sublimes canailles, l’un des sommets de sa filmographie muette, The Shamrock Handicap est un film bien plus modeste, mais pas plus négligeable pour autant. Pas le moindre méchant dans ce film, pas de véritable enjeu dramatique non plus… Juste une chronique réjouissante et hors du temps.

Ford est ici dans sa veine irlandaise. Vingt-cinq ans avant L’Homme tranquille, avec qui le film est souvent comparé, et deux ans avant le beau Hangman’s House¸ ce film est déjà une déclaration d’amour à la verte Erin. Ford filme ces verts paysages dans de belles perspectives baignées de lumière. Il met en valeur la camaraderie des Irlandais volontiers bagarreurs et portés sur la boisson, mais avec un cœur gros comme ça (ce qu’il fera d’ailleurs tout au long de sa carrière avec des personnages souvent incarnés par Victor McLaglen – ici le tout aussi réjouissant J. Farrell McDonald). Et il s’émeut des traditions ancestrales de l’Irlande, comme ce crachat dans une poignée de mains qui scelle une vente…

C’est une vision idéalisée de l’Irlande que Ford présente : un pays où les relations de classe traditionnelles sont abolies au profit d’une solidarité et d’un amour de son prochain à toute épreuve… Un « sir » au grand cœur mais désargenté vit avec sa fille (Janet Gaynor, avant ses grands films avec Frank Borzage, et déjà très mignonne), un couple un peu rustre qui tient le domaine, et un jeune palefrenier dont Janet est amoureuse… Ce dernier (Leslie Fenton, qui a décidément beaucoup de dents) part en Amérique tenter sa chance en tant que jockey, mais il est victime d’un accident qui le laisse handicapé. Mais tout finira bien, bien sûr…

Même dans la partie américaine du film, Ford ne parle que d’Irlande. Les galères que les personnages rencontrent sont vite oubliées lorsqu’une communauté irlandaise joyeuse et solidaire se forme. Ford a tellement envie de mettre en valeur cet esprit de camaraderie très masculine qu’il délaisse quelque peu les personnages féminins, et que toute tension dramatique est évacuée au profit d’un esprit léger et même jovial.

On ne s’en plaint pas, d’autant que le style de Ford est là. Notamment dans les courses hippiques, trépidantes et haletantes, que le jeune cinéaste filme comme il filmera les poursuites entre les Indiens et la cavalerie dans ses grands westerns. Une virtuosité déjà très affirmée (Ford a déjà quelques grands films à son actif, comme Le Cheval de Fer), mise au service cette fois d’un pur moment de plaisir cinématographique. Simple, sincère, et sans arrière-pensée.

Seul petit bémol, valable pour d’autres films de cette période d’ailleurs : les personnages de noirs sont encore stéréotypés. Il faudra attendre l’après-guerre pour que Ford se débarrasse définitivement de cette approche d’un autre temps. Il le reconnaîtra lui-même : en découvrant les cadavres de soldats noirs jonchant le sable d’Omaha Beach lors du grand débarquement de 1944, il explique avoir réalisé « qu’il était impossible de ne pas les considérer comme des Américains à part entière ». Après ça, il deviendra le plus grand défenseur des minorités (avec des films comme Le Sergent noir). On n’en est pas encore tout à fait là…

Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout (The Pirates ! Band of Misfits) – de Peter Lord et Jeff Newitt – 2012

Classé dans : 2010-2019,DESSINS ANIMÉS,LORD Peter,NEWITT Jeff — 20 avril, 2012 @ 11:46

Les Pirates

Le grand retour des auteurs de Chicken Run, ça ne se rate pas (surtout quand on a un enfant de 6 ans). Et visuellement, le style est bien là : ces personnages de pâte à modeler, qui s’animent image par image avec un rythme un peu saccadé mais pourtant étonnamment fluide, rappellent bien les grandes heures du studio Aardman. Mais il y a quand même un truc qui manque cruellement : l’humour ravageur de Wallace et Gromit, ce mélange de folie et de flegme so british qui a toujours fait des merveilles.

Le film est amusant et se regarde avec un certain plaisir, et il y a bien quelques idées loufoques très drôles par-ci, par-là (les déguisements des pirates). L’action est bluffante, et la reconstitution des rues glauques de Londres est impressionnante. Quant à l’idée de faire de Charles Darwin un personnage de pierrot lunaire obsédé par son dépucelage, elle est plutôt originale et réjouissante. Mais pour le reste, le scénario est une accumulation de poncifs vus et revus. Et les scénaristes ne vont pas chercher très loin : l’intrigue évoque les rebondissements jamesbondesques de Cars 2, et le final est étonnamment proche de celui de Un monstre à Paris, film d’animation autrement plus séduisant.

Dommage, on aurait aimé rire franchement aux aventures de ce pirate de pacotille qui rêve de décrocher le titre de « pirate de l’année ». On aurait adoré frémir aux apparitions de cette reine Victoria qui s’érige en ennemie jurée des pirates. On aurait voulu que ces Pirates ! trouvent leurs places au panthéon squatté depuis plus de quinze ans par Wallace et Gromit.

M’enfin, mon fils a beaucoup aimé, lui. Et j’attend quand même le prochain Peter Lord avec confiance.

Une femme dangereuse (They drive by night) – de Raoul Walsh – 1940

Une femme dangereuse (They drive by night) – de Raoul Walsh – 1940 dans * Films noirs (1935-1959) une-femme-dangereuse

Voir deux grands films en l’espace de 90 minutes, c’est possible ? Oui, grâce à Raoul Walsh et cet opus plutôt méconnu de sa filmographie, pourtant un véritable bijou. Peinture sociale, film noir, Walsh passe d’un genre à l’autre avec une aisance confondante, et une brusque rupture de ton qui ne nuit en rien à la fluidité du film ou au rythme légendaire du cinéaste.

La première partie est une esquisse fascinante du quotidien des petits routiers américains : ces chauffeurs de poids lourds qui traversent les immenses étendues du pays-continent au détriment de leur vie privée (et de leur couple), et souvent au péril de leur vie.

Sur ces routes qu’ils arpentent durant d’interminables journées, parfois sans dormir, le risque est omniprésent. Et les restaurants pour routiers qui jalonnent le parcours sont autant de havres où les chauffeurs retrouvent ce qui ressemblent le plus à un cocon familial, mais totalement masculin… le genre d’atmosphères que Walsh aime particulièrement.

Dans cet univers, George Raft et Humphrey Bogart interprètent deux frères qui partagent le même camion. Bogart¸ dans sa période pré-monstre sacré, est le petit frère un peu en retrait, qui n’aspire qu’à une vie rangée avec sa femme, et qui suit aveuglement les rêves de son grand frère George Raft, qui était alors « la » star. Lui a une ambition grande comme ça, et une volonté farouche d’indépendance : prêt à travailler des jours entiers sans s’arrêter, pour pouvoir monter sa propre affaire.

Cette première partie est fascinante, portrait très humain et passionnant d’une Amérique populaire qui peine à se relever de la grande dépression. Ces petites gens qui se battent au quotidien pour gagner leur croûte sont autant de personnages de tragédies en puissance. Et la tragédie intervient bel et bien : par un virage dangereux qui coûte un bras à Bogie, et par la femme du patron, personnage-type de la vamp de film noir, interprétée par Ida Lupino. Ambitieuse prête à tout, romantique contrariée qui a sacrifié sa vie d’amoureuse au profit d’une fortune toute faite, intrigante au bord de la folie, elle fait totalement basculer le film vers autre chose…

La seconde moitié du film vire en effet vers le noir le plus obscur. Il y a un meurtre, un chantage, des destins tragiques, des arrestations, un procès, de l’amour, de l’amitié et de la fraternité… Bref, du grand cinéma populaire d’où émergent de solides seconds rôles qui n’allaient pas tarder à incarner à eux seuls le grand film noir. Raft est excellent, mais son étoile n’allait pas tarder à vaciller face à ceux qui sont encore derrière lui au générique. Ida Lupino, géniale de bout en bout mais qui devient une star grâce à une seule scène : celle où sa folie éclate lors du procès (qu’elle interprète avec un rien d’excès pourtant). Et Bogart, en retrait mais d’une grande intensité.

Il n’y a pas de hasard : quelques mois plus tard, Walsh allait donner à Ida Lupino et Humphrey Bogart les rôles principaux de High Sierra, le film qui ferait de l’actrice une star incontournable, et de Bogie le mythe qu’il est toujours…

Swingtime in the movies (id.) – de Crane Wilbur – 1938

Classé dans : 1930-1939,BOGART Humphrey,COURTS MÉTRAGES,GARFIELD John,WILBUR Crane — 19 avril, 2012 @ 4:56

Swingtime in the movies

Petit court métrage sans grand intérêt, si ce n’est celui de découvrir les coulisses d’un tournage hollywoodien… version parodique tout de même. Tourné à peu de frais dans les décors de la Warner, le film met en scène un réalisateur tyrannique à l’accent étranger fortement marqué, qui mélange régulièrement les mots. Un clin d’œil à peine voilé à Michael Curtiz, resté célèbre pour avoir réclamé des singes (monkeys) à la place de moines (donkeys) sur un tournage.

Un film sur un tournage de film ? Ce n’est ni une première, ni une dernière. Ici, les gags abondent, rarement drôles : l’humour est lourdingue, les acteurs approximatifs, et le scénario à peu près inexistant.

Mais l’avantage de filmer les coulisses d’un grand studio, c’est qu’on peut utiliser tout ce qui passe pat là : la cantine par exemple, où on assiste à un numéro musical sans le moindre intérêt, mais où on croise aussi quelques stars venues se restaurer et qui se retrouvent jouer les figurants. On croise ainsi Priscilla Lane, sa sœur et John Garfield (qui venaient de tourner dans Rêves de jeunesse… de Michael Curtiz), ainsi que George Brent (qui venait de tourner La Bataille de l’Or… de Michael Curtiz), Pat O’Brien et Humphrey Bogart (qui venaient de tourner Les Anges aux figures sales… de Michael Curtiz). Rien que pour ça…

Die Hard 4, retour en enfer (Live free or die hard) – de Len Wiseman – 2007

Classé dans : 2000-2009,WISEMAN Len — 19 avril, 2012 @ 11:38

Die Hard 4

Douze ans après une journée en enfer particulièrement éprouvante, revoilà John McClane, le flic le plus coriace ou le plus malchanceux (c’est au choix) du monde. Un coup de boost bienvenu pour la carrière de Bruce Willis, qui avait tendance à tourner un peu en rond. Un coup de fouet pour le cinéma d’action, qui renoue enfin avec ses vrais racines : celles d’un cinéma qui sent la sueur et la testostérone, ce même cinéma que Stallone réhabilitera lui aussi avec Expendables.

Alors, trop vieux Bruce Willis pour sauver le monde (enfin, une partie) ? Ben non. 50 ans passés, papy McClane grimace et soupire un peu plus que dans les années 80 ou 90, mais il a toujours une pêche et une détermination à faire retourner Jason Statham dans sa tombe (il est pas mort ?) A-t-on fait mieux que ce personnage dans le cinéma d’action ? Pas sûr… (il y a Tom Cruise dans les Mission : Impossible, quand même). Sa dégaine reste la même. Peut-être plus désenchanté, plus déconnecté avec son entourage, mais toujours aussi increvable. McClane, c’est le type qui ne lâche jamais rien, le corps le plus malmené de l’histoire du cinéma, un cauchemar pour les pseudo-terroristes qu’il ne cesse de rencontrer depuis Hans Gruber (c’était dans Piège de Cristal, en 1987).

Et la grande idée de ce quatrième volet, c’est d’avoir fait de son anachronisme, à une époque où le cinéma d’action met en valeur des effets spéciaux plutôt que des personnages, le sujet du film. Car cette fois, McClane se retrouve face à une menace qui le dépasse totalement. Arrêter des méchants qui ont pris un aéroport en otage (comme dans 58 minutes pour vivre, en 1990) ? Facile… Ici, ce sont des cyberterroristes qui menacent Washington, et tous les Etats-Unis.

McClane, le flic le plus physique qui soit, une sorte d’Inspecteur Harry qui aurait troqué son Magnum contre une endurance à la souffrance hors du commun, face à une menace virtuelle ? Tu parles d’une idée à la con… Et pourtant, ça fonctionne parfaitement. Parce que McClane/Willis prouve qu’il n’est pas fini, que ses méthodes spectaculaires ont plus que de beaux restes : elles surpassent les prouesses que permettent les ordinateurs et réhabilite un cinéma couillu qu’on a tellement aimé il y a vingt ans (merde, ça nous rajeunit pas…).

Un cinéma de la surenchère : les cascades devaient être de plus en plus spectaculaires (comme aujourd’hui les images de synthèses). Et dans ce petit jeu, Die Hard 4 remplit largement sa fonction : McClane qui abat un hélicoptère en faisant voler une voiture ; McClane qui se bat avec la méchante (la belle Maggie Q, vue dans Mission : Impossible 3) dans une voiture coincée dans une cage d’ascenseur (McClane en a eu des misères, dans une cage d’ascenseur, mais à ce point…) ; McClane au volant d’un semi-remorque face à un avion de chasse… Ouais, écrit comme ça, c’est énorme, c’est vrai. Mais à l’écran, c’est encore plus énorme, et tellement jouissif !

On se moque totalement de l’histoire. Et comme dans les précédents épisodes, le side-kick (ici, Justin Long) et le grand méchant (Timothy Oliphant, qui sera le héros de la série Justified) sont très réussis, mais on s’en fout : on ne veut que McClane en action. Et on est servi. Même dans les gunfights plus classiques, Bruce Willis est à tomber par terre. Aucun acteur (à part Mel Gibson un temps, au tout début des années 90) n’a été aussi enthousiasmant dans l’action. Quinquagénaire, il bouge aussi bien qu’il y a 25 ans. Bonne nouvelle : il est actuellement en plein tournage de Die Hard 5.

• Voir aussi Piège de cristal, 58 minutes pour vivre, Une journée en enfer et Die Hard : belle journée pour mourir.

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