Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Rocky 5 (id.) – de John G. Avildsen – 1990

Classé dans : 1990-1999,AVILDSEN John G.,STALLONE Sylvester — 10 mai, 2012 @ 2:10

Rocky 5

« My ring’s outside »

Rocky est un baromètre d’une grande justesse pour évaluer l’évolution de la carrière de Stallone. A travers ce personnage, l’acteur (et scénariste) se livre avec une honnêteté manifeste à un travail d’introspection surprenant de la part d’une star dont les choix sont loin d’être tous aussi sympathiques. Et avec ce cinquième volet, Stallone dit haut et fort qu’il est temps pour lui de rompre avec l’image de super-héros qui lui colle à la peau depuis le milieu des années 80, et qui ne font plus autant recette depuis quelques films.

Pour Stallone, cette volonté ne sera ni très intelligente, ni vraiment payante (il cherchera à changer son image avec deux comédies calamiteuses, un remake d’Oscar et Arrête ou ma mère va tirer !). Pour Rocky, par contre, elle est salvatrice. Loin des excès impardonnables de Rocky 4, Rocky 5 marque un retour aux sources pour l’ancien boxeur de seconde zone de Philadelphie, qui retrouve son ancien quartier après avoir perdu toute sa fortune suite aux magouilles de son comptable. Pire : les coups reçus lors de son combat contre Drago dans le précédent film ont des conséquences terribles pour son corps, si bien que les médecins lui interdisent désormais de combattre.

Ruiné, incapable de remonter sur le ring, Rocky doit faire face au ressentiment de son fils lorsqu’il devient l’entraîneur d’un jeune boxeur qui lui permet de vivre sa passion par procuration, et qu’il considère comme son propre fils. Avec ce cinquième film, Stallone revient aux valeurs premières de son personnage. Le vieux quartier n’est qu’un décor, mais il permet de retrouver l’atmosphère populaire et gouailleuse du premier film. Et le choix de laisser les rênes de la réalisation à Avildsen, le réalisateur du premier Rocky en 1976, n’est pas anodin : Stallone veut retrouver la magie du premier film.

Il n’est pas loin d’y réussir. Imparfait, Rocky 5 est bien meilleur que les trois premières suites. Le personnage retrouve son humanité et, c’est un détail qui compte, ses vieux oripeaux. Burgess Meredith, dont le personnage est mort dans Rocky 3, fait même une apparition « fantomatique » et nostalgique. Surtout, soucieux de ne pas laisser les scènes de boxe prendre le dessus sur les personnages, Stallone se permet de ne pas faire monter Rocky sur le ring, concédant juste une bagarre de rue musclée.

Cette audace et cette simplicité ne convaincront pas le public, hélas : Rocky 5 sera, et de loin, le plus gros échec de la saga. Il faudra attendre plus de quinze ans avant qu’il revienne.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 3, l’œil du tigre ; Rocky 4Rocky Balboa ; Creed, l’héritage de Rocky Balboa

Rocky 4 (id.) – de Sylvester Stallone – 1985

Classé dans : 1980-1989,STALLONE Sylvester,STALLONE Sylvester (réal.) — 10 mai, 2012 @ 2:05

Rocky 4

Alors là, je passe… C’est du grand n’importe quoi que ce quatrième épisode, de loin le plus mauvais de la saga Rocky. Stallone est au sommet de sa gloire en 1985 (cette année, il sort Rambo 2 et Rocky 4, deux de ses plus gros succès), et il enchaînera avec ses plus grosses merdes : Cobra, Over the top et Rambo 3, qui feront de lui la caricature de lui-même, le symbole du capitalisme américain que les Guignols continuent à parodier vingt-cinq ans plus tard.

Rocky 4, en fait, n’est que caricature. Rocky, devenu symbole des Etats-Unis (la preuve : son pote Appolo lui offre un short aux couleurs du drapeau américain), part en Russie pour affronter l’immense Ivan Drago (Dolph Lundgren), géant blond symbole, lui, d’une URSS déshumanisée. Il veut venger la mort d’Appolo, que Drago a exécuté lors d’un combat d’exhibition qui a tourné au drame.

Arrivé en Russie, il s’entraîne, combat, et finira par gagner devant un public russe d’abord hostile à cet Américain arrogant, et qui finira par l’acclamer, conquis par le courage et la générosité de ce petit homme qui terrasse l’immense machine soviétique. Ben oui, c’est aussi simple, aussi caricatural, et aussi débile que cela. Aussi court, aussi : tellement que Stallone a été obligé d’insérer, au milieu du film, un montage interminable (plus de 5 minutes !) des images les plus marquantes des trois précédents films.

Stallone va très, très loin dans la caricature. Il n’y a qu’à voir les entraînements montrés en parallèle des deux boxeurs : Drago dans une salle aseptisée et grouillant d’appareils électroniques ; Rocky luttant contre lui-même dans la nature hostile et couverte de neige. Mouais…

Mais quand on aime, on pardonne tout (ou pas ?), et retrouver ce personnage est toujours un plaisir, même devenu aussi caricatural. Et puis Stallone réussit tout de même à glisser quelques jolis moments plus nostalgiques, évoquant même, à travers le personnage d’Appolo, le temps qui passe inexorablement, et cruellement. Sur le long terme, cela deviendra le sujet principal de cette saga imparfaite, mais profondément humaine.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 3, l’œil du tigreRocky 5 ; Rocky Balboa ; Creed, l’héritage de Rocky Balboa

Rocky 3, l’œil du tigre (Rocky III) – de Sylvester Stallone – 1981

Classé dans : 1980-1989,STALLONE Sylvester,STALLONE Sylvester (réal.) — 10 mai, 2012 @ 2:01

Rocky 3

Stallone/Rocky, même combat ? Avec ce personnage dont il maîtrise la destinée (c’est lui qui a écrit les scénarios de tous les films), la star fait preuve en tout cas d’une clairvoyance et d’une sincérité qui poussent au respect.

Dans ce troisième volet, Rocky est devenu une star et se plie aux règles du star-system, jusqu’à devenir une caricature de lui-même : il se ridiculise dans des publicités, participe à des show télévisés, affronte un monstre du catch (Hulk Hogan dans une séquence culte et un peu lourdingue), et finit par perdre sa personnalité, son amour-propre, et son « œil du tigre », cette volonté à toute épreuve qui l’a amené au sommet.

C’est tout le sujet de ce troisième volet, comme si Stallone, dont le statut de star ne cesse de croître, témoignait qu’il n’était pas dupe, et qu’il avait bien l’intention de continuer à se mettre en danger. On ne peut pas dire que les années qui suivront lui donneront raison, mais bon… Les « Rocky » ont toujours été des parenthèses de mise à nu pour la star.

Ce n’est pas le meilleur épisode, loin s’en faut. Stallone envoie fort les violons de l’émotion (Mickey, le vieil entraîneur joué par Burgess Meredith, meurt), et les chansons sont hyperprésentes, aussi cultes que datées. Pourtant, on prend une nouvelle fois un vrai plaisir, un peu régressif cette fois. La vie privée de Rocky passe un peu plus au second plan, ici, en particulier cet enfant, visiblement encombrant pour Stallone, que le scénariste s’arrangera pour éclipser jusqu’à ce qu’il le mette enfin au centre de l’histoire dans Rocky 5.

Cela dit, la boxe aussi passe au second plan. Les deux grands combats contre Mister T. n’ont pas le suspense des deux précédents films : on sait dès le début du premier que Rocky va se prendre une pignée ; et l’issue du second ne fait aucun doute. D’ailleurs, alors que les combats contre Appolo Creed allaient jusqu’au dernier round, ceux-là sont dégagés en deux ou trois reprises. Stallone ne s’intéresse qu’au destin de son personnage : son embourgeoisement, et sa renaissance qui passe par les bas-fonds les plus miteux. Pas très léger, mais efficace.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 4 ; Rocky 5 ; Rocky Balboa Creed, l’héritage de Rocky Balboa

Rocky 2, la revanche (Rocky II) – de Sylvester Stallone – 1979

Classé dans : 1970-1979,STALLONE Sylvester,STALLONE Sylvester (réal.) — 10 mai, 2012 @ 1:58

Rocky 2

Trois ans après le formidable premier volet, Stallone a eu tout juste le temps de prouver qu’il était un vrai comédien (avec F.I.S.T. de Norman Jewison), et de s’essayer à la mise en scène (avec La Taverne de l’Enfer). Et le voilà qui revient avec une vraie suite. « Vraie », parce que ce Rocky 2 se contente, d’une certaine manière, de prolonger l’univers et les recettes du premier.

Le résultat est tout à fait honorable, d’autant plus que les scènes de boxe sont encore plus spectaculaires et percutantes que dans le précédent film. Mais à quoi bon ? Pour sympathique qu’elle soit, cette première suite est un peu vaine. Bien sûr, on est heureux de retrouver ce personnage si touchant, et de le voir affronter une nouvelle fois le champion Appolo Creed. On est heureux aussi de revoir ce vieux Burgess Meredith, dans le rôle qui a éclipsé aux yeux du public d’aujourd’hui un demi-siècle d’une carrière prestigieuse. On est heureux, aussi, de revoir Adrian (l’autre rôle de sa vie avec celui de Connie Corleone du Parrain 1, 2 et 3, pour Talia Shire), que Rocky finit par épouse, et à qui elle donne un fils.

Le cocktail est le même que pour le premier film, mais le contexte a changé. Stallone, comme Rocky, n’est plus ce looser qui ne peut compter que sur son étoile et sa volonté pour sortir de l’anonymat. L’enjeu est radicalement différent, et ça fait toute la différence. Pas de quoi bouder son plaisir, d’autant plus qu’il se termine par un combat d’anthologie.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 3, l’œil du tigre ; Rocky 4 ; Rocky 5 ; Rocky Balboa ; Creed, l’héritage de Rocky Balboa

Rocky (id.) – de John G. Avildsen – 1976

Classé dans : 1970-1979,AVILDSEN John G.,STALLONE Sylvester — 9 mai, 2012 @ 1:54


Rocky (id.) - de John G. Avildsen - 1976 dans 1970-1979 rocky

Stallone est un acteur profondément attachant. Bien sûr, il a fait des nanars, et plus souvent qu’à son tour. Mais il y a Rocky, ce personnage qu’il a créé de toutes pièces, seul dans sa petite piaule d’apprenti comédien sans le sous, qui a fait de lui un vrai acteur, puis une grande star, et qu’il a retrouvé tout au long de sa carrière. Un refuge pour l’acteur, un double idéal de lui-même. Rocky est l’un des personnages récurrents les plus attachants de toute l’histoire du cinéma, et ce seul personnage fait de Stallone un acteur profondément attachant. Oui, on peut avoir une passion pour Ford, Walsh, Hitchcock, Lang et Borzage, et aimer Stallone. Grâce à Rocky.

Rocky, premier du nom, c’est l’histoire d’un tocard qui, à 30 ans, enchaîne les petits boulots et les combats de boxe de quatrième zone. Un raté. La frontière entre le personnage et l’acteur-scénariste est évidemment très ténue. Stallone lui-même est cantonné aux apparitions furtives et aux rôles alimentaires. Il bouffe sa vache maigre, et c’est ce régime forcé qui lui inspire ce qui sera le personnage de sa vie.

On connaît l’histoire, digne d’un scénario de film. Stallone, depuis des années, se contente d’apparitions furtives (notamment dans le Bananas de Woody Allen), ou de productions peu reluisantes (un film érotique, qui ressortira le succès venu sous le titre racoleur L’Etalon italien). Candidat malheureux lors d’une audition pour un rôle important, il réussit à glisser aux producteurs qu’il a quelques scénarios dans un tiroir. L’un de ces manuscrits est celui de Rocky, qui porte à la fois l’influence des grands films de boxe (Sang et Or, en particulier), et de sa propre vie. Les producteurs sont enthousiastes, et offrent une fortune à l’apprenti comédien, qui refuse pourtant de céder son scénario si on ne lui confie par le rôle principal.

Stallone a conscience que c’est la chance de sa vie, et que ce personnage lui appartient. Tenace, il finit par emporter le morceau. Le genre de destins qui n’existe que dans les films. Résultat : le film, réalisé par un vétéran qui signe là sa réalisation la plus inspirée, décroche l’Oscar du meilleur film devant Taxi Driver (mais pas celui du meilleur réalisateur, obtenu par Scorsese), et Stallone celui du meilleur scénario. C’est la naissance d’un acteur qui tournera quelques films ambitieux, avant de se concentrer sur sa carrière de star. C’est aussi la naissance de l’un des personnages les plus attachants de l’histoire du cinéma.

Petit loubard, gentille brute un peu balourd, Rocky Balboa est un boxeur raté cantonné dans les combats de bas d’affiche qui n’intéressent pas grand monde et qui ne lui rapportent que quelques billets. Pas suffisamment pour vivre : il doit jouer les gros bras pour un recouvreur de fond qui lui confie les sales besognes tout en le considérant comme son fils. Rocky a 30 ans, et n’a plus guère d’illusion. Il se contente de boire des bières avec son pote Paulie, un lourdaud vulgaire et aigri, en espérant séduire à grands coups de vannes foireuses sa sœur Adrian, vendeuse gourde et gauche dans une animalerie.

Ce sont les bas-fonds de Philadelphie qu’Avildsen filme. Sans complaisance, et sans misérabilisme. Juste avec un réalisme un rien sordide : il n’y a pas vraiment d’avenir, ici. Sauf si le destin s’en mêle. Et le destin, c’est le pari du champion du monde poids lourds, Appolo Creed, qui décide d’affronter un boxeur inconnu, pour convoquer le « rêve américain ». Le choix se porte sur Rocky.

Les combats de boxe sont d’un réalisme rarement vu à l’époque. Mais c’est le ton du film qui marque les esprits : Rocky est un personnage parfaitement émouvant. Une brute au grand cœur d’enfant qui évolue dans un monde aux règles cruelles, qui le dépassent. Rocky, comme Stallone, finira par jouer avec ces règles, et à en devenir l’un des symboles. Mais il ne cessera jamais, régulièrement, de revenir à ce qu’il est vraiment : un grand naïf aux muscles saillants, et au vague à l’âme.

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Au bonheur des dames – de Julien Duvivier – 1930

Classé dans : 1930-1939,DUVIVIER Julien,FILMS MUETS — 30 avril, 2012 @ 6:35

Au bonheur des dames Duvivier

C’est l’un des derniers films français muets, alors que le parlant s’était déjà généralisé. Et il fallait du courage à Duvivier, pour imposer cette technique considérée alors comme archaïque, pour un film aussi ambitieux que cette adaptation du roman de Zola. Un roman où la foule et le bruit jouent un rôle primordial. Et pourtant, le muet restitue parfaitement ce vacarme d’un nouveau monde : celui des grands magasins qui se développent en condamnant les petites boutiques d’antan. Une époque qui disparaît, une autre qui commence… Un peu comme le cinéma muet, à qui Duvivier offre un dernier soubresaut, mais qui disparaissait déjà au profit du parlant qui remisait les artisans d’hier, aussi talentueux soient-ils, au rang de dinosaures inutiles. Un bel adieu en signe de chant d’amour.

Car cette année-là, l’immense majorité des films français n’étaient rien d’autre que du théâtre filmé (souvent platement), et mal dialogués. Qu’importe la forme pourvu qu’on ait le son. Ici, la caméra de Duvivier se substitue parfaitement au style de Zola pour transcrire ce monde grouillant. Le cinéaste filme remarquablement la foule et son mouvement perpétuel : le bruit omniprésent est clairement tangible, par la seule force des images… Un art narratif qui atteint une sorte de perfection.

Paradoxalement, le son (le bruit, plutôt) est au cœur de ce film muet, qui se fait de plus en plus assourdissant, jusqu’à l’apogée du film, avec un montage alterné ahurissant qui souligne d’une manière incroyable la folie et la rage grandissantes du petit commerçant, Baudu, qui voit son magasin courir à sa perte, sa fille malade mourir de chagrin, et sa nièce (Denise, jeune orpheline jouée par Dita Parlo) tomber amoureuse du patron du grand magasin installé jusqu’en face de chez lui (Pierre de Guingand apporte son charme et son élégance à Mouret, le faux méchant de l’histoire).

Et curieusement, le moment le plus calme du film, ce film où cette cohue semble enfin s’effacer le temps d’un court instant, comme si le monde retenait son souffle, est aussi celui où Dita Parlo prononce l’unique réplique parlée du film : après avoir giflé gentiment un Mouret un peu trop entreprenant, elle s’exclame : « Pardon, je ne l’ai pas fait exprès », réplique douce et désuète qui souligne joliment cette parenthèse enchantée. C’est aussi dans cette scène que Dita Parlo parvient enfin à s’extirper de la ville tentaculaire : son visage se dessine pour la première fois sur un ciel ensoleillé et pur, que ne vient pas perturber le bitume, la foule ou les immeubles. Seule, enfin.

Au bonheur des dames est l’une des plus belles adaptations d’un roman de Zola, bien plus passionnante, par exemple, que le Nana de Renoir. Duvivier, s’il prend quelques libertés, retrouve l’esprit du roman, en évitant tout manichéisme, et en soulignant la mesquinerie des hommes et leur vision étriquée. Du patron du grand magasin ou du petit commerçant de quartier, lequel est le plus coupable ? « Le seul responsable, c’est le progrès », conclut finalement Dita Parlo (et Duvivier), avec une pointe d’amertume, mais en regardant enfin vers l’avenir. Non sans de cruels sacrifices : le progrès est incontournable, mais il a un prix.

Pandora (Pandora and the Flying Dutchman) – d’Albert Lewin – 1951

Classé dans : 1950-1959,FANTASTIQUE/SF,LEWIN Albert — 30 avril, 2012 @ 10:38

Pandora

Dans la brève carrière de cineaste d’Albert Lewin (six longs métrages entre 1942 et 1957), ce Pandora constitue le point d’orgue. Après deux magnifiques adaptations de classiques de la littérature (Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde et Bel-Ami de Maupassant), Lewin s’inspire d’un mythe qu’il met au goût du jour : celui du « Hollandais volant », noble condamné à errer éternellement sur les mers après avoir tué la femme qu’il aimait. Il en tire une sorte de miracle de film, qui ne ressemble à aucun autre (si ce n’est, visuellement, avec Le Narcisse noir, dont il partage le chef opérateur, Jack Cardiff).

Le moindre plan est un chef d’œuvre : le cinéaste, qui s’était taillé une réputation de grande culture en tant que scénariste comme derrière la caméra, semble avoir travaillé chaque détail de ses images. Pas uniquement en filmant son couple vedette : dès la séquence d’introduction, le miracle s’installe. Dans un plan aussi discret qu’envoûtant, la caméra enveloppe Geoffrey, le narrateur du film, et semble le prendre dans ses filets pour l’envoyer vers cette fenêtre derrière laquelle tout un pan de son passé va ressurgir.

C’est ce passé qui nous est raconté : quelque temps plus tôt, dans ce port espagnol, le narrateur menait une vie de farniente avec une bande d’oisifs dont la belle Pandora représentait une sorte de phare. Langoureuse et passive, Pandora avait les hommes à ses pieds. Mais elle traversait la vie avec une sorte d’ennui et de dépression que le suicide de l’un de ses prétendants avait à peine fait vaciller. Car Pandora rêvait de l’amour ultime, celui pour lequel on est prêt à sacrifier ce qu’on a de plus cher. Ce que les hommes prenaient au mot : fou de voiture, un autre prétendant a ainsi fait faire à la voiture qu’il construisait depuis deux ans le grand plongeon du haut d’une falaise…

C’est alors que Pandora (Ava Gardner) a mis le pied sur ce mystérieux yacht, et qu’elle a fait la rencontre de l’étrange Hendrick van der Zee (James Mason), un Hollandais au secret incroyable. A son contact, la belle se met à nu pour la première fois. Au sens propre : jusqu’alors, Lewin a filmé Ava Gardner drapée des tenues les plus incroyables, tel le véritable mythe hollywoodien qu’elle est devenue cette année-là. Tellement belle, mais tellement inaccessible. Mais là, sur ce pont de bateau où elle met le pied dans son plus simple appareil, c’est l’émotion de la femme qui l’emporte pour la première fois sur la beauté de la star.

Lewin oppose constamment les excès et la vacuité de ce microcosme de bord de mer, à la profondeur des sentiments qui unissent Ava Gardner et James Mason, Sur terre, hommes et femmes tuent le temps ; sur ce yacht, le couple se place hors du temps. Ces deux-là ont plus qu’une attirance commune : ils ne font qu’un. En se rencontrant, la belle qui tuait le temps et le maudit qui voulait mettre un terme à son éternité ont trouvé l’âme sœur : deux fantômes qui se sont enfin débarrassés du temps…

Pandora vient de sortir en DVD, dans un beau coffret chez les Editions Montparnasse.

Rédemption (The Claim) – de Michael Winterbottom – 2000

Classé dans : 2000-2009,WESTERNS,WINTERBOTTOM Michael — 30 avril, 2012 @ 9:14

Rédemption

Il y a de la vie dans ce « western » enneigé et mélancolique, signé par un Michael Winterbottom particulièrement inspiré. Capable du meilleur (Jude) comme du beaucoup moins bon (Code 46), le cinéaste réussit là l’un de ses plus beaux films, à la fois spectaculaire, d’une justesse incroyable, et profondément émouvant.

Le décor évoque celui de John McCabe, le film de Robert Altman : même ville de pionniers isolée du monde par une nature d’un blanc immaculé, et régie par sa propre loi ; même réalisme dans la peinture du quotidien de ses habitants… Mais la comparaison s’arrête là, et The Claim a sa propre vie. C’est d’ailleurs ce qui frappe, dans ce film : l’impression de vie et de quotidien qui s’en dégage.

Loin des poncifs du genre, et délaissant toute figure imposée, Winterbottom place sa caméra au cœur de la population de cette petite ville. Il filme les visages comme autant de parties d’une foule et met en scène un joyeux (ou pas) bordel qui ne donne pas l’impression d’être maîtrisé. Résultat : le moindre figurant donne le sentiment d’être dans son élément, filmé à un moment impromptu de son existence.

La lumière, chaude dans les intérieurs éclairés à la bougie, immaculée dans les extérieurs couverts de neige, ne fait que renforcer ce réalisme si frappant.

Mais The Claim est aussi un beau film romanesque, fort et poignant. C’est le portrait d’une ville créée de toute pièce par un pionnier (Peter Mullan, extraordinaire), et qui attend de savoir si elle va prospérer, ou si elle va mourir. Pas d’entre-deux : tout dépend d’un seul homme, Wes Bentley, ingénieur des chemins de fer qui doit décider si le premier train transcontinental (celui-là même au cœur de grands westerns comme Le Cheval de Fer ou Pacific Express) passera ou non par la ville de Kingdome Come.

C’est l’histoire tous ces personnages qui se rencontrent à une époque charnière de la construction d’un pays. Ce jeune ingénieur en perpétuel mouvement, qui tombe amoureux d’une jeune femme (Sarah Polley), qui arrive à Kingdome Come avec sa mère mourante (Nastassja Kinski) pour découvrir ce père (Mullan) qui les a vendus il y a si longtemps contre un filon d’or, et qui vit désormais avec une tenancière de saloon, jouée par Milla Jovovich à une époque où elle était actrice (et plutôt bonne, qui plus est).

C’est l’histoire de ces êtres qui illustre ce monde qui disparaît, et cet autre qui apparaît. La construction de l’Amérique s’est faite par des actes de bravoure incroyables, mais aussi par une cruauté parfois inimaginable. Le personnage de Peter Mullan représente tout cela à la fois. A la fois monstrueux et charismatique, repoussant et attachant. Dans tous les cas, profondément émouvant. Un pur personnage de tragédie, bouleversant.

L’Evadée (The Chase) – d’Arthur D. Ripley – 1946

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,RIPLEY Arthur D. — 29 avril, 2012 @ 11:28

L'Evadée

Curieux film noir, qui commence dans la plus grande tradition du genre, avec un ancien G.I. (Robert Cummings) qui tombe amoureux de la femme d’un gangster (Michèle Morgan) et décide de s’échapper avec elle. Mais un twist inattendu amène le film au bord de l’onirisme, avec une atmosphère très particulière : quand est-on dans la réalité, quand est-on dans le rêve ? Pas facile de répondre à cette question.

Cette atmosphère si particulière, cette volonté d’être toujours sur le fil, jamais vraiment là où on l’attend, c’est la grande force d’un film par ailleurs un peu bancal : un scénario approximatif (pourtant signé Philip Yordan, d’après un roman de William Irish, romancier souvent visité par le cinéma, de L’Homme Léopard à La Mariée était en noir, en passant par Les Mains qui tuent ou La Sirène du Mississipi), une mise en scène sans éclat, et des acteurs pas vraiment en valeur.

Michèle Morgan trouve pourtant là l’un de ses rares rôles de premier plan à Hollywood. Mais son personnage n’existe pas vraiment, et n’est pas mis en valeur par la caméra de l’obscur réalisateur. Morgan qui rêvasse devant un fond d’écran représentant la mer, cela fait… eh bien Morgan qui rêvasse devant un fond d’écran ! Quand la magie n’opère pas, il n’y a rien à faire. Quant à Peter Lorre, il fait du Peter Lorre, avec son talent habituel, mais sans en rajouter.

Il y a pourtant quelques beaux moments furtifs, comme la mort d’un homme dans une cave d’excellents vins, avec ce Cognac Napoléon de 1815 qui se répand dans un égoût d’évacuation, tel la vie qui s’échappe par une mare de sang. Réussie aussi : la peinture de La Havane des années 40, gorgée de vie, où la débauche et les excès côtoient la misère. Là, lorsqu’il s’écarte un peu de son intrigue, Ripley semble être particulièrement inspiré.

Et il y a la fin, hallucinante. La montée dramatique, qui nous amène inexorablement vers l’incontournable affrontement entre Robert Cummings et ses ennemis, est évité par un rebondissement aussi subit qu’inattendu, à cause d’un inutile gadget, pour une fin absolument incroyable, sans doute sans équivalent dans l’histoire du film noir. Mine de rien, ce petit film bancal et au rythme trop lent se joue plutôt habilement de tous les codes du film noir. A défaut d’être un chef d’œuvre, c’est une vraie curiosité.

Le Rachat suprême (The Whispering Chorus) – de Cecil B. De Mille – 1918

Classé dans : 1895-1919,De MILLE Cecil B.,FILMS MUETS — 28 avril, 2012 @ 11:01

Le Rachat suprême

Voler, c’est mal. John Tremble, le « héros » de ce mélodrame muet particulièrement cruel signé De Mille va s’en rendre compte bien amèrement, et en payer le prix fort…

Petit comptable sans le sou, tiraillé entre son mauvais ange et sa bonne conscience (qui apparaissent tout au long du film en surimpression : un visage d’homme pour le mal ; une douce femme pour le bien… De Mille ne fait pas exactement dans la légèreté, ici), il hésite entre mener une existence miséreuse mais honnête, vie dans laquelle il ne peut offrir ce qu’il souhaite à sa femme (Kathlyn Williams) et sa mère (la très digne Edythe Chapman) ; ou céder à la tentation en jouant au jeu d’argent et en volant de l’argent à son riche patron.

L’homme est faible, et souvent dominé par ses basses pulsions, dans la filmographie muette de De Mille. Tremble passe donc du côté obscur, et le piège ne tarde pas à se refermer sur lui. Acculé, il décide de disparaître, ce qui n’est pas le rebondissement le plus réussi du film : le départ semble bien précipité, alors qu’on ne ressent pas vraiment une pression énorme peser sur les épaules de notre pauvre héros.

Ce n’est pas non plus le rebondissement le plus spectaculaire, car la suite est tout bonnement incroyable. Réfugié dans les bois, Tremble découvre un cadavre qu’il « pêche » au bout de sa ligne, et qu’il décide de rendre méconnaissable pour le faire passer pour lui. Considéré comme mort, il refait sa vie dans les docks, devient estropié, et finit par être accusé de son propre meurtre, pendant que sa femme se remarie avec l’homme qui l’a fait arrêter (le très charismatique Elliot Dexter, un habitué du cinéma de De Mille). Et ce n’est pas fini…

Trop, c’est trop ? Non : De Mille signe un film hyper sombre, mais extrêmement poignant. Si le couple formé par Kathlyn Williams et Elliot Dexter est touchant, on sent De Mille bien plus ému par les rapports filiaux que par les relations maritales : il n’y guère de passion au sein du couple Tremble, et jamais le fuyard ne donne l’impression de regretter sa vie d’homme marié. C’est par contre le souvenir douloureux de sa mère qui le pousse à revenir.

L’un des deux plus beaux moments du film est d’ailleurs les retrouvailles entre la vieille mère et ce fils qu’elle ne reconnaît pas, un passage déchirant. L’autre, c’est cette scène où Jane Tremble, remariée, envisage de sacrifier cette vie de famille qui s’annonce, par fidélité pour son ancien mari. La caresse qu’elle esquisse au fantôme de son enfant pas encore né est bouleversante.

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