Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

La Femme infidèle – de Claude Chabrol – 1968

Classé dans : 1960-1969,CHABROL Claude — 19 août, 2010 @ 4:43

La Femme infidèle - de Claude Chabrol - 1968 dans 1960-1969 la-femme-infidele

Etrange… Ce bon vieux Chabrol m’avait laissé le souvenir d’une atmosphère un peu langoureuse, voire sulfureuse. Il n’en est rien. Stéphane Audran est belle à damner (comme toujours devant la caméra de son compagnon d’alors, qui la filme comme s’il la caressait), mais elle est bien le seul élément de séduction de ce film ostensiblement froid et austère. De cette époque-là, celle de ses grands classiques (il enchaîne avec Que la bête meure et Le Boucher), La Femme infidèle est sans doute le film qui rappelle le plus que Chabrol fut l’un des pères-fondateurs de la Nouvelle Vague. Il filme ses personnages avec beaucoup de distance et une absence totale de passion, ce qui peut paraître un peu déroutant pour une histoire qui tourne autour d’un crime passionnel.

Mais c’est cette austérité qui rend le film si troublant, et la critique de cette fameuse bourgeoisie de province (la grande obsession du cinéaste, avec la bouffe, de A double tour à La Fille coupée en deux) si puissante. En évitant consciencieusement tous les effets cinématographiques qui auraient pu rendre sa critique trop évidente, Chabrol nous montre une famille parfaite, qui mène une vie parfaite et sans histoire, dans une maison de campagne baignée de soleil et agréablement ombragée. Une famille modèle, quoi, mais qui fait froid dans le dos, comme font froid dans le dos les relations du père avec son fils, ou les déclarations d’amour de Michel Bouquet à Stéphane Audran. Rarement on aura entendu un « Je t’aime » déclamé avec une aussi flagrante absence de passion.

Parce qu’il est rapidement évident que ce qu’aime le personnage de Bouquet, c’est l’image qu’ils donnent du bonheur, plutôt que le bonheur lui-même. Incapable de passion, il voit dans le personnage de Maurice Ronet une menace qui pèse sur l’équilibre si parfait de sa vie, plutôt qu’un rival dans le cœur de sa belle épouse. La longue séquence du meurtre, et surtout de l’après-meurtre, montre bien le sang-froid naturel de cet homme incapable d’éprouver le moindre  sentiment, ou le moindre remords.

Bouquet est formidable. Mais Stéphane Audran l’est tout autant. Contrairement à son mari dans le film, elle laisse transparaître quelques bribes d’émotion tout au long du film. De pulsions de femme, aussi. Les larmes qu’elle se laisse aller à verser après avoir appris la mort de son amant relèvent d’ailleurs sans doute plus de la frustration de voir sa « soupape » disparaître, plutôt que de la douleur de perdre son amour. Au fond, son personnage tient tout autant à cette vie d’apparence que le couple a sans doute mis des années à construire. Lorsqu’elle comprend que son mari a tué son amant (mais ne l’a-t-elle pas su tout de suite ?), sa décision est naturellement prise : pas question de le dénoncer à la police. Cette histoire ancienne qu’elle a déjà oubliée n’a aucun poids face au vernis qui recouvre sa vie, et qui s’apprête pourtant à craquer.

Chabrol fera encore mieux (notamment avec Juste avant la Nuit, qui reformera trois ans plus tard le même couple Stéphane Audran-Michel Bouquet), mais en signant un film totalement dépassionné, il plonge le spectateur dans l’état d’esprit de ses personnages, et signe avec La Femme infidèle l’un de ses films les plus dérangeants.

Tempête sur l’Asie (Potomok Chingis-Khana) – de Vsevolod Poudovkine – 1928

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,POUDOVKINE Vsevolod — 19 août, 2010 @ 1:55

Tempête sur l'Asie (Potomok Chingis-Khana) - de Vsevolod Poudovkine - 1928 dans 1920-1929 tempete-sur-lasie

Son visage et son regard sont opaques, presque imperméables, mais on n’est pas prêt d’oublier la prestation de Valery Inkijinoff, extraordinaire bloc de fureur retenue, qui habite ce film fascinant de Poudovkine, sans doute le chef d’œuvre du (grand) réalisateur de La Fin de Saint-Petersbourg. Dans le rôle d’un trappeur modeste, venu des steppes les plus reculées de Mongolie, que les Anglais voudront placer à la tête du pays lorsqu’ils le prendront pour « le descendant de Genghis Khan » (c’est la traduction littérale du  titre original), Inkishanov symbolise tout le peuple mongol opprimé de ces années 1920.

Avec Tempête sur l’Asie, Poudovkine a bel et bien signé un film symbolique. Le destin de ce jeune trappeur semble difficile à croire sur le papier ; mais à l’écran, il représente le destin d’un pays à la botte des Anglais (représentés d’une manière particulièrement odieuse), humilié et presque anéanti, jusqu’à ce que la fierté du peuple et sa volonté de rester libre ne finisse par entraîner une réaction qu’il semblait incapable d’avoir. C’est vrai du peuple mongol, et c’est vrai du personnage principal qui, après une première réaction violente (pour s’être fait volé une magnifique peau de renard), et après un bref passage au sein d’un groupe de résistant, se laisse juger, se laisse exécuter, ne doit la vie sauve qu’à ses ennemis (et à un concours de circonstance incroyable), et se laisse manipuler comme un objet, jusqu’à être travesti en « respectable » occidental… Mais derrière le masque de l’acteur, on devine la rage qui s’emmagasine. Et lorsqu’elle se libère, enfin, c’est une véritable explosion de colère et de rancœur, que rien ni personne ne peut arrêter. Le trappeur détruit tout autour de lui, la réaction du peuple mongol est lancée…

Tempête sur l’Asie n’a rien d’un documentaire, mais il décrit pourtant magnifiquement bien l’état d’esprit d’un peuple, rongé par l’humiliation et avide de liberté. Tourné dans d’impressionnants décors naturels (des steppes infinies et glaçantes aux verdoyantes montagnes, en passant par les villages de trappeurs très « westerniennes »), ce film rappelle qu’il n’y a pas qu’Eisenstein dans le cinéma muet russe. Loin de là.

Le monde entier a découvert Valery Inkijinoff grâce à ce film. L’acteur connaîtra à partir du début des années 30, et jusqu’à sa mort en 1973, une belle carrière internationale, apparaissant notamment dans Les Pirates du Rail et Les Pétroleuses de Christian-Jacque, Michel Strogoff de Carmine Gallone, Le Tigre du Bengale et Le Tombeau Hindou de Fritz Lang, La Tête d’un homme de Julien Duvivier, ou encore Les Tribulations d’un Chinois en Chine : le fameux Mr. Goh, c’était lui.

Stalag 17 (id.) – de Billy Wilder – 1953

Classé dans : 1950-1959,WILDER Billy — 15 août, 2010 @ 5:59

Stalag 17 (id.) - de Billy Wilder - 1953 dans 1950-1959 stalag-17

Le film d’évasion est un genre en soi, qui donne parfois des œuvres très belles. Stalag 17 fait partie de ces réussites, sans doute plus proche de La Grande Illusion que de La Grande Evasion : le film de Wilder est bien davantage la chronique d’un groupe d’hommes condamnés à vivre entre eux en vase clos, que l’histoire héroïque de soldats prêts à tout pour s’évader. En guise de héros, on n’a que des hommes « normaux », dont les moindres relents d’héroïsmes sont torpillés par un comportement désespérément commun. Si l’officier est torturé, c’est parce que son compagnon n’a pu s’empêcher de se vanter de ses exploits ; si les évasions échouent, c’est parce que les prisonniers ne savent pas garder leur langue ; si le personnage de William Holden manque de se faire lyncher, c’est à cause d’un jugement « au faciès », on ne peut plus courant.

Stalag 17 est l’unique film de guerre de Wilder (avec Les Cinq Secrets du Désert, une charmante œuvre de jeunesse tombée dans l’oubli), mais la guerre n’y a que peu d’importance (on n’en verra rien, d’ailleurs) : le film, quasiment dénué de tout humour (ce qui est plutôt rare dans l’œuvre de Wilder), est bien plus une étude de mœurs, d’une grande justesse et parfois terriblement émouvante. Le bref sursaut de lucidité de ce jeune prisonnier, plongé dans une sorte de catatonie permanente, est bouleversant. Tout comme cette grosse brute qui ne rêve que d’obtenir un rancard avec Betty Page, et qui s’imagine un instant dansant avec elle.

Le suspense est également très réussi. Parce que, même si un doute persiste pendant une grande partie du film, on imagine bien que William Holden n’est pas le traitre que ses co-détenus pensent. On se doute bien, aussi, que c’est lui qui finira par démasquer le vrai coupable. Holden a obtenu un Oscar pour sa prestation, et il faut bien reconnaître qu’il est bluffant. Totalement en retrait pendant le premier tiers du film, il subit simplement les événements dans réagir, affichant parfois une suffisance et un mépris qui le rendent même assez antipathique. Mais au fur et à mesure que le ressentiment grandit autour de lui, son visage et son attitude trahissent toutes sortes d’état : la colère, la méfiance, la peur, la panique même. C’est un grand numéro que nous livre l’acteur.

Face à lui, tous les comédiens sont excellents. On retrouve avec plaisir un tout jeune Peter Graves, qui n’est pas encore devenu le Jim Phelps de la série Mission : Impossible. On est aussi surpris de voir le cinéaste Otto Preminger interpréter avec sadisme (et beaucoup de conviction) le chef de camp. On est affligé, enfin, de se souvenir que ce film sombre et sérieux a inspiré une série télévisée plus proche de Benny Hill que du drame de guerre : Papa Schultz. Pas sûr que Wilder ait apprécié outre mesure…

La Taverne de l’Irlandais (Donovan’s Reef) – de John Ford – 1963

Classé dans : 1960-1969,FORD John,WAYNE John — 15 août, 2010 @ 10:47

La Taverne de l'Irlandais (Donovan's Reef) - de John Ford - 1963 dans 1960-1969 la-taverne-de-lirlandais

C’est une comédie gentiment désuète que Ford nous offre là. Visiblement décidé à ne rien prendre au sérieux dans ce film, le réalisateur tente de retrouver la légèreté et le charme de L’Homme tranquille. On n’ira pas jusqu’à dire qu’il y parvient totalement, mais après un premier quart d’heure un peu poussif, on finit par plonger avec une certaine délectation dans cet univers typiquement fordien, où les hommes aiment boire et se battre, même s’ils ne savent plus pourquoi ils s’opposent. Les bagarres constantes entre John Wayne et Lee Marvin (qui se retrouvent un an après L’Homme qui tua Liberty Valance) forment une sorte de fil conducteur assez réjouissant au film.

Ford, d’ailleurs, s’est intéressé bien d’avantage aux rapports entre les personnages qu’à l’histoire, à laquelle on ne croit pas une seconde : une jeune femme de Boston arrive sur une île paradisiaque pour tenter de prouver que son père, qui vit là et qu’elle n’a jamais vu, ne mène pas une vie « conforme aux bonnes mœurs de Boston ». Bien sûr, il lui suffira de rencontrer ses demi-frères et demi-sœurs, et surtout John Wayne, ancien soldat installé sur l’île depuis la fin de la guerre, pour tomber sous le charme des lieux et de ce mode de vie si différent du sien. Dès les premières minutes, on devine que la jeune femme (interprétée par Elizabeth Allen, charmante mais loin, très loin de la flamboyante Maureen O’Hara) succombera au charme de Wayne (qui reconnaissait lui-même qu’il était trop vieux pour le rôle, mais sa présence était indispensable pour convaincre les décideurs de produire le film).

On n’y croit pas vraiment, mais cela n’a pas d’importance. Ce joli film à l’ancienne permet à Ford de clamer qu’il est toujours le même, et qu’il a toujours cette âme d’Irlandais qui aime les amitiés viriles, les bagarres de saloon, et les hommes qui savent imposer leur force aux femmes. La fin du film est d’ailleurs curieusement proche de celle de L’Homme tranquille, et serait inimaginable aujourd’hui. Fatigué de la répartie et de l’aplomb d’Elizabeth Allen, John Wayne l’empoigne, la fesse vigoureusement, puis l’embrasse avec fougue. Tout Ford et tout Wayne, quoi…

John Ford a toujours aimé revisité ses propres films : Le Fils du Désert citait Trois Sublimes canailles ; Les deux Cavaliers était une relecture de La Prisonnière du Désert ; What Price Glory ? était le remake d’un muet de Walsh auquel il avait participé… Avec La Taverne de l’Irlandais, il reprend de nombreux éléments de Hurricane, un film un peu oublié qu’il a tourné en 1937 : mêmes décors, mêmes personnages, même déchaînement des éléments… Vingt-six ans plus tard, on retrouve même Dorothy Lamour, qui jouait l’héroïne de Hurricane, et qui interprète ici le rôle secondaire mais haut en couleurs de Miss Lafleur. Autre « guest » présent dans les deux films : l’Araner, le voilier adoré de Ford. Les deux films ont bien des points communs, mais sont aussi très différents : La Taverne de l’Irlandais est une pure comédie, qui présente une vision idyllique de l’île.

Visiblement, Ford avait envie de renouer avec un cinéma plus léger, et de retrouver l’atmosphère détendue de ses tournages passés. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé : tous les participants ont raconté à quel point le tournage a été heureux. C’est en tout cas une parenthèse colorée entre deux films majeurs (et sombres) : L’Homme qui tua Liberty Valance et Les Cheyennes. C’est aussi un ultime sursaut d’insouciance et de jeunesse pour un cinéaste vieillissant, qui ne tournera plus que deux films, et qui fait ici ses adieux cinématographiques à John Wayne, son complice depuis près de quarante ans.

Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal (Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull) – de Steven Spielberg – 2008

Classé dans : 2000-2009,FORD Harrison,SPIELBERG Steven — 14 août, 2010 @ 3:42

Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal

Dire qu’on attendait ce film avec impatience serait un euphémisme absolu. Depuis quinze ans, Harrison Ford, George Lucas et Steven Spielberg nous annonçaient que le scénario était prêt, que le tournage était imminent… Et puis rien… Alors forcément, quand on l’a annoncé une dernière fois, on attendait de voir pour y croire. Et puis on a vu. On a vu des images de tournage, forcément excitantes. On a vu une première image d’Harrison Ford en Indiana Jones, et là on s’est dit que, vingt ans après, il avait encore la classe, papy… Et puis on a appris que Karen Allen revenait dans le rôle de Marion, et là on s’est dit que waouh… Et puis on a vu la bande annonce, avec cet immense hangar qui nous replongeait d’un coup dans l’atmosphère des Aventuriers de l’Arche Perdue. Alors forcément, on avait hâte, et on avait conscience. Restait une épreuve, forcément risquée : voir le film.

Et on l’a vu. Trois fois déjà, pour être sûr de l’apprécier à sa juste valeur. Et alors ? Alors il y a deux films dans Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal : il y a la première demi-heure, et il y a le reste. Le reste, d’abord, est franchement décevant. Spielberg n’y est pour rien, d’ailleurs : très inventif sur le plan visuel (Spielberg n’est jamais aussi inspiré que quand il s’attaque au vrai cinéma populaire), il donne un rythme fou à un film qui, forcément, rempli son cahier des charges formidablement bien. Quelques séquences sont un peu molles du genou (le passage obligé du serpent, par exemple, ne restera pas dans les mémoires), mais c’est du vrai bon divertissement, avec des scènes d’action extraordinaires. Le principal problème, alors ? Il a un nom : George Lucas. Le producteur, qui n’a plus rien du génial artisan qu’il était au moment des Aventuriers de l’Arche perdue, a déjà plombé en partie son « autre » saga, Star Wars, avec une débauche d’effets numériques… Il n’est pas loin de recommencer avec Indiana Jones, ce qui est évidemment une erreur grossière, et en opposition avec l’esprit-même de cette série, qui rend hommage aux serials « bricolés » des années 30 et 40. Trop de numérique dans Indiana Jones, c’est aussi con qu’un exposé géopolitique dans James Bond. Et le problème, c’est que ça se voit très nettement dans quelques scènes d’action qui, du coup, ne dégagent pas cette impression de fraîcheur et de folie qui caractérisait les trois premiers volets.

Au rayon des (petites) déceptions, notons aussi le personnage incarné par Shia LaBeouf (qui n’y est pour rien d’ailleurs), dont l’alchimie avec Indy/Harrison Ford est loin d’être aussi enthousiasmante que celle entre Indy et son père (génial Sean Connery) dans La Dernière Croisade. Mais là, franchement, on chipote.

Je chipote d’autant plus que, avant cette heure et demie plutôt très sympathique, il y a la première demi-heure, qui est à classer dans le panthéon du cinéma spielbergien. Dès la première image (là aussi, un passage obligé : comme dans tous les volets de la franchise, le logo Paramount se fond dans un élément du décor ; ici : le monticule d’une taupe), Spielberg nous replonge dans une époque où il donnait ses lettres de noblesse au « pop corn movie ». A grands renforts de panoramiques magnifiques, de plongées-contre plongées étonnantes, avec une inventivité de chaque plan et un rythme ébouriffant, il nous ressuscite Indiana Jones, comme si les années n’avaient pas eu d’impact sur Harrison Ford, qui redevient celui qu’il était dans les années 80 dès qu’il enfile son fameux chapeau (dans un plan à montrer dans toutes les écoles de cinéma).

Face à lui, plus de Nazis, bien sûr : les années ont quand même passé, et on est désormais dans les années 50, en pleine guerre froide. Les méchants sont donc les Russes, et en particulier une femme officier droite dans ses bottes, incarnée avec un réjouissant second degré par Cate Blanchett, que l’on découvre dès cette première séquence. Mais que ce soit les Nazis ou les Russes, rien n’arrête Indy, qui finit par fausser compagnie à ses ennemis dans une poursuite en trois dimensions. Pas la 3D à la mode, avec des-lunettes-et-une-technique-géniale-qui-fait-qu’on-peut-oublier-d’avoir-un-scénario-on-s’en-fout-puisque-les-gens-viendront-quand-même-pour-voir-les-images-sortir-de-l’écran, mais une séquence au cours de laquelle Indy se déplace avec une aisance incroyable dans tous les sens : vers la gauche, la droite, le haut, le bas. Indy vole littéralement grâce à son fouet ; il chute de quinze mètres à travers une verrière ; court à dix mètres au-dessus du sol ; se balance en avant avant d’être propulsé en arrière ; il slalome, grimpe, saute… avant d’être éjecté à trois cents kilomètres-heure. Fin de la première séquence ? Pas tout à fait : il lui reste à être soufflé par une explosion nucléaire, et à admirer le champignon radioactif qui s’élève, dans un plan à couper le souffle.

Et là, c’est un autre film qui commence. Sympa et bien foutu certes, mais loin, très loin du vertige de cette première demi-heure d’anthologie.

* Voir aussi : Les Aventuriers de l’Arche perdueIndiana Jones et le Temple maudit, et Indiana Jones et la Dernière Croisade.

Impitoyable (Unforgiven) – de Clint Eastwood – 1992

Classé dans : 1990-1999,EASTWOOD Clint (acteur),EASTWOOD Clint (réal.),WESTERNS — 14 août, 2010 @ 2:03

Impitoyable (Unforgiven) - de Clint Eastwood - 1992 dans 1990-1999 impitoyable

En cette bonne année 1992, cela faisait chaud au cœur de voir enfin les Oscars récompenser un grand film. Ce n’est pas si courant, l’Académie ayant recours au mauvais goût plus souvent qu’à son tour (pas besoin de chercher loin : cette même année, la statuette du meilleur acteur a échappé à Clint au profit d’Al Pacino pour Le Temps d’un week-end, qui n’est ni son meilleur film, ni sa meilleure prestation… mais il joue un aveugle, ce qui est le genre de trucs qui plaît bien aux votants). Bref, un grand film, signé par un cinéaste majeur enfin reconnu comme tel par son propre pays (Josey Wales, Honkytonk Man, Bronco Billy, Breezy, Chasseur blanc, cœur noir, Bird, les signes ne manquaient pas, pourtant, pour indiquer qu’Eastwood était un grand réalisateur dès les années 70)…

Mais oublions les Oscars, et replongeons-nous dans ce western crépusculaire dont on nous a dit et redit qu’il mettait un point final à la longue tradition du western. A vrai dire, le succès du film a surtout donné des idées à de nombreux cinéastes, et le genre, certes moribond depuis plusieurs décennies, a connu un nouveau souffle parfois enthousiasmant tout au long des années 90. Ce qui est vrai, c’est que Impitoyable est totalement dépouillé des ornements et du romantisme qui marquent le western depuis le temps du muet. Plus encore que John Ford avec L’Homme qui tua Liberty Valance, Eastwood démonte les mythes de l’Ouest sauvage un à un, avec une sorte de force tranquille impressionnante, et sans jamais forcer le trait.

Les images sont superbes, sans doute les plus belles qu’on ait pu voir dans le cinéma d’Eastwood. Mais elles sont aussi crues et froides, les gros plans mettant cruellement en valeur les rides des acteurs (à commencer par celles de Clint lui-même, dont le visage à lui seul porte toute la violence et la dureté de son passé). La manière dont le personnage de William Munny apparaît, père de famille vieillissant humilié par ses cochons, et incapable de monter à cheval ou d’utiliser son revolver, donne le ton : Eastwood ne se donne pas le beau rôle, pas plus qu’il ne va magnifier les autres personnages ou les situations. Quand Munny est au milieu des cochons, la boue n’a rien de glamour ; quand il tombe de cheval, c’est durement qu’il touche le sol. Plus tard, malade après avoir passé une nuit sous la pluie, c’est sans gloire et sans fierté qu’il rampera jusqu’à la sortie du saloon où Little Bill Daggett (Gene Hackman) se sera consciencieusement évertué à l’humilier.

Daggett est sans doute celui qui s’en sort mieux, dans le lot, même si sa fin n’a rien de glorieuse, et qu’il prend un plaisir visible à se défouler sur des hommes désarmés. Il est toutefois bien mieux traité que English Bob (Richard Harris), légendaire tueur d’Indien flanqué de son biographe officiel, et qui, après être apparu comme un pur héros de l’Ouest, est vite ramené (physiquement) au niveau du sol : battu et humilié, c’est piteusement qu’il quittera la ville. Le personnage de l’écrivain est particulièrement intéressant, car il symbolise mieux que quiconque le mythe de l’Ouest qui s’effondre, alors qu’il découvre que tout ce qu’il a écrit sur Bob est bien loin de la vérité, qui s’avère… moins héroïque. Dans l’Ouest sauvage, les duels à la John Wayne étaient visiblement plus rares que les exécutions dans le dos. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’Eastwood tient ce langage dans ses westerns, mais jamais il ne l’avait fait avec une telle force, et avec autant de dépouillement.

Dans Impitoyable, la violence n’a rien d’esthétique, et la mort ne vient pas facilement. Cette fois, c’est le Kid de Schofield (Jaimz Woolvett) qui en fera les frais. Lui qui s’inventait un passé de tueur sans pitié se rendra compte que tuer n’est ni facile à faire, ni encore moins facile à encaisser. Qu’il faut du temps pour se vider de son sang, et que ceux qu’on est amené à tuer ne sont pas des monstres sans visage humain. L’un au moins des deux cow-boys que Munny et ses comparses doivent exécuter n’est qu’un gamin qui s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Sa mort derrière les rochers est une longue séquence particulièrement traumatisante.

Rien d’héroïque, donc, dans ce film constamment juste. Sans la froide exécution de son ami Ned (Morgan Freeman), Munny ne serait sans doute jamais revenu tuer Daggett. Ce n’est que par soif de vengeance (à moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’une froide colère), et pas porté par un sens de l’honneur qui lui serait personnel, que Munny réapparaît alors, comme revenant des enfers, et qu’il redevient le tueur sans pitié qu’il était dans sa jeunesse. Et sa vengeance est une explosion de violence et de rage qui fait froid dans le dos.

Son ami et biographe Richard Schiekel raconte qu’Eastwood gardait le scénario d’Impitoyable depuis une dizaine d’années, pas seulement parce qu’il attendait d’avoir le bon âge pour le rôle (il a acheté les droits du script écrit par David Webb Peoples, scénariste de Blade Runner, au début des années 80, alors que l’option de Francis Ford Coppola avait posée venait d’expirer), mais aussi parce qu’il savait que le film lui assurerait succès et reconnaissance, si sa carrière venait à tourner en rond. Et au début des années 90, c’est exactement ce qui arrive. Bird et Chasseur blanc, cœur noir, ont été des échecs populaires « logiques », mais les films d’action qu’il a tourné à la même époque n’ont pas non plus rencontré leur public. Pink Cadillac, et c’est un cas unique dans sa filmographie, n’est même pas sorti dans les salles françaises. Quant à La Relève, qu’il tourne juste avant Impitoyable, c’est sans doute son plus mauvais film derrière la caméra.

Considéré comme fini par beaucoup, Eastwood connaît une véritable résurrection grâce à Impitoyable, qui marque le début de la partie la plus passionnante de sa carrière. Désormais, il sera totalement libre de faire ce qu’il veut, et les deux décennies qui suivent seront magnifiques.

• La Warner a édité un DVD collector très recommandable, dans lequel on retrouve un portrait de Clint filmé par Richard Schiekel, un très beau making of, et surtout un épisode de la série télévisée Maverick, datant de 1959, et dans lequel Clint Eastwood (qui s’apprêtait à commencer le tournage d’une autre série de western, Rawhide, dont il tiendra la vedette pendant sept ans) joue le méchant de service. Cet épisode marque sa première collaboration avec James Garner, la star du show, qu’il retrouvera quarante-et-un ans plus tard pour Space Cow-Boys.

Cœurs en lutte / Quatre hommes pour une femme (Kämpfende Herzen / Die Vier um die Frau) – de Fritz Lang – 1921

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,LANG Fritz — 14 août, 2010 @ 9:35

Cœurs en lutte / Quatre hommes pour une femme (Kämpfende Herzen / Die Vier um die Frau) - de Fritz Lang - 1921 dans 1920-1929 curs-en-lutte

C’est une nouvelle fois à Patrick Brion et à son indispensable Cinéma de Minuit que l’on doit la toute première diffusion télévisée de ce film qui a longtemps été réputé perdu, et dont une copie a été retrouvée par hasard au Brésil. Les intertitres originaux, en allemands, n’existent d’ailleurs plus : ils ont été reconstitués à partir des intertitres en portugais, tandis que la pellicule a été (très joliment) restaurée.

Lorsqu’il réalise Die Vier um die Frau (ou quel que soit le titre qui lui sera donné par la suite), Lang n’est pas encore considéré comme un cinéaste majeure, même s’il a déjà à son actif Les Araignées, qui avait connu un très gros succès. Il enchaînera avec Les Trois Lumières et Dr. Mabuse, qui assoiront définitivement sa réputation. Mais ce film, son septième, révèle déjà un immense talent pour le cadrage et la mise en scène (il est passionnant d’observer le moindre figurant : aucun ne reste sans rien faire à l’écran ; il est évident que Lang prête une grande attention au moindre détail, pour que chacun de ses plans soit dynamique et vivant), et davantage encore pour la narration.

Car Lang a toujours été un grand cinéaste de la narration. Un vrai cinéaste « populaire », qui s’est emparé tout au long de sa carrière des « genres » cinématographiques (le film noir, le film d’aventures, le western, la science fiction, le serial…) en se les appropriant sans jamais niveler par le bas. Car Lang fait confiance en l’intelligence du spectateur, ce qui est particulièrement frappant dans ce Cœurs en lutte. Difficile en effet de comprendre où nous conduit le réalisateur durant la première demi-heure du film, tant il multiplie les pistes et les personnages.

On a donc un notable berlinois, marié à la femme la plus courtisée de la ville, courtier à la bourse, qui s’encanaille la nuit venue en se livrant au trafic de bijoux. Lors d’une réunion clandestine, il rencontre par hasard un homme qu’il reconnaît pour l’avoir vu sur une photo envoyée à sa femme. Il décide de le suivre et de lui tendre un piège, persuadé qu’il est l’amant de sa femme. Mais l’homme en question est le frère jumeau de l’homme de la photo, qui était effectivement l’amant de la jeune femme avant son mariage avec le courtier… Vous suivez ?

Le scénario, complexe et malin (il est écrit par Lang avec son épouse The Von Harbou) joue avec les codes du théâtre de boulevard (il est d’ailleurs tiré d’une pièce à succès), avec le mari jaloux, les quiproquos, la femme finalement fidèle. Dans l’esprit, on est pourtant très loin du marivaudage habituel, et l’ambiance est plutôt au drame. Cette œuvre de jeunesse est en tout cas passionnante et particulièrement vive. Et c’est fascinant de voir un grand cinéaste naître sous nos yeux…

Les Cavaliers (The Horse Soldiers) – de John Ford – 1959

Classé dans : 1950-1959,FORD John,WAYNE John,WESTERNS — 13 août, 2010 @ 6:30

Les Cavaliers (The Horse Soldiers) - de John Ford - 1959 dans 1950-1959 les-cavaliers

Les Cavaliers a été, au moins pendant un temps (celui de mon adolescence), l’un des Ford les plus diffusés à la télévision. Et pourtant, j’ai l’impression que c’est l’un des plus mal compris. Parfois méprisé, souvent traité avec indifférence, ce western tardif, le premier tourné par Ford après La Prisonnière du Désert, souffre sans doute de la comparaison avec ce qui reste l’un des films les plus riches et aboutis du cinéaste. Mais il n’est définitivement pas le film va-t-en-guerre sans imagination qu’on nous présente trop souvent. Et non, John Wayne n’interprète pas comme on l’a un peu trop vite décrété un héros sans faille toujours prêt à faire le coup de feu. A vrai dire, la vérité me semble être totalement opposée avec ces jugements…

Bien sûr, The Horse Soldiers est avant tout un film d’aventures, avec ce qu’il faut de cavalcades, de fusillades, de suspense, de rebondissements et d’humour. Bref, un vrai film grand public qui n’a rien perdu de son efficacité, un demi siècle après sa sortie. Mais le film, qui marque aussi les retrouvailles de Ford avec la cavalerie après sa fameuse trilogie (Le Massacre de Fort Apache, La Charge héroïque et Rio Grande), possède aussi un sous-texte qui apparaît clairement dans de nombreuses séquences : c’est une charge contre l’idiotie et l’aveuglement de nombreux chefs de guerre. A bien des égards, le film apparaît comme une œuvre antimilitariste, ce qui en fait un film atypique de la part d’un cinéaste qui s’est personnellement engagé sur le front, durant la Seconde Guerre Mondiale et la guerre de Corée.

Et le personnage de Wayne lui-même ne cache pas son écœurement face aux sacrifices inutiles dus à des batailles imbéciles imposées par des stratèges planqués loin du front. La grande scène de bataille dans les rues de la ville est particulièrement marquante. John  Wayne est à l’opposée de tout ce qu’on a dit de lui pour ce film, et apparaît comme un spectateur impuissant dans ce qui est pourtant le moment fort du film. Il serait peut-être temps de réévaluer ce film qui n’est sans doute pas un Ford mineur.

Le film possède une gravité assez inattendue dans ce genre de production, et le sentiment étrange qu’il laisse à la fin n’est sans doute pas une volonté pure du cinéaste. C’est sur le tournage des Cavaliers qu’un des cascadeurs a trouvé la mort, plongeant Ford dans la dépression et l’alcool, et le poussant à ne pas tourner la grande bataille qui devait clore le film. Cet incident tragique est à l’origine de cette fin abrupte que l’on connaît, qui en a laissé plus d’un sur sa fin, mais qui me semble convenir parfaitement à ce que dit le film.

N’oublions pas, tout de même, que Les Cavaliers est aussi un vrai film de divertissement, avec un face à face assez musclé entre Wayne et William Holden, et un atout charme qui n’en manque pas : Constance Towers, en sympathisante sudiste, apporte une grande énergie et beaucoup d’humour au film. Mais l’innocence et l’insouciance qu’elle incarne pendant la majeure partie du film ne survivront pas aux horreurs de la guerre. Non, Les Cavaliers n’est pas le petit western sans ambition que l’on croit…

L’Aurore (Sunrise) – de F.W. Murnau – 1927

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,MURNAU Friedrich W. — 13 août, 2010 @ 5:48

L'Aurore (Sunrise) - de F.W. Murnau - 1927 dans 1920-1929 laurore

Il avait sans doute raison, François Truffaut, lorsqu’il disait de L’Aurore que c’était le plus beau film du monde… Il aurait aussi pu ajouter que Murnau est le plus grand réalisateur du monde. Si Griffith a inventé le langage cinématographique, Murnau a inventé la poésie cinématographique. En Allemagne, il avait déjà réalisé des monuments : Nosferatu, Tartuffe, Faust et surtout Le Dernier des Hommes. Mais pour ses premiers pas à Hollywood, où on lui a fait un pont d’or pour qu’il vienne travailler, il signe un film au-delà de tous les superlatifs.

L’histoire est assez simple : un homme, tenté par les charmes d’une séductrice, pense à tuer sa fiancée, avant d’avoir des regrets et de vouloir la reconquérir. Mais il y a dans L’Aurore une richesse infinie qui permet de l’aimer toujours plus à chaque nouvelle vision. Impossible, aussi, de classer le film dans une catégorie précise : film noir, histoire d’amour, suspense, comédie, drame… le film aborde tous ces genre, dans des ruptures de ton parfois brutales, qui représentent parfaitement l’état d’esprit du jeune héros, interprété par l’un des acteurs fétiches de John Ford, George O’Brien : le désir, la pulsion de mort, le regret, la tendresse, le bonheur, la culpabilité…

Les premières séquences évoquent ce qui sera appelé une dizaine d’années plus tard « le film noir ». On en retrouve toutes les caractéristiques : la petite ville de province un peu paumée, le jeune héros naïf, fasciné par la vamp venue de la ville et dont l’extrême liberté l’attire, et la douce fiancée prête à mourir pour son amour. Même visuellement, tous les codes du genre sont déjà là : les ombres menaçantes, les paysages de marais baignés dans la brume, le héros manipulé qui marche lourdement vers son destin (O’Brien avait les pieds lestés de plombs pour lui donner cette démarche inoubliable lorsqu’il pense tuer l’innocente Janet Gaynor)… Toute cette première séquence, oppressante et visuellement époustouflante, cite avant l’heure les grands films noirs qui seront tournés quinze ans plus tard, de La Griffe du Passé à Pêché mortel en passant même par La Nuit du Chasseur. Murnau serait-il le vrai inventeur du film noir ?

Mais si le cinéaste pose les bases d’un pur thriller, c’est pour mieux s’en détacher. Et il le fait par une longue séquence d’une beauté à couper le souffle, un long mouvement ininterrompu qui part du cœur des marais pour se terminer au cœur de la ville, une course en avant désespérée et silencieuse (et pas seulement parce qu’on est dans un film muet) au cours de laquelle l’homme, pétri de remord et d’amour cherchera avec l’ardeur du désespoir à trouver le regard de la femme dont il se rend enfin compte qu’elle vaut mieux que toutes les séductrices trop fardées de la ville. Dans cette course, la civilisation qu’ils vont devoir affronter pour se retrouver apparaît comme par miracle, par le biais d’un tramway qui serpente dans les bois, apparition surréaliste qui conduit les deux jeunes gens dans l’effervescence de la ville, décor oppressant et plein de dangers, qui finira par rapprocher le couple qui se retrouvera dans une étreinte  magnifique qui les coupera de leur environnement (sensation renforcée par une technique de surimpression restée célèbre). Seuls au monde, les deux amoureux font enfin la paix sur les bancs d’une église…

Car le film est, comme ça, moraliste et bourré de bons sentiments. Les femmes fardées de la ville représentent le pêché, alors que la simplicité de la vie à la campagne est érigée en modèle. Naïf, peut-être, mais beau à pleurer.

Et encore, on n’en est alors qu’à la moitié de l’histoire. Là où les autres cinéastes auraient trouvé une conclusion parfaite à un film déjà riche en rebondissements, Murnau rebondit encore. Ce qui l’intéresse, toujours, c’est de montrer à l’image ce qui se passe dans la tête de ses deux héros. Heureux ils sont, heureux le spectateur doit être : les séquences qui suivent sont un grand tourbillon festif. Et ce n’est pas tout encore, car pêché il y a eu, et châtiment il doit y avoir…

Trop pour un seul film ? Non, car l’inspiration de Murnau n’est jamais prise en défaut. Constamment inventif, il ne tombe jamais dans la surenchère gratuite. Chacun de ses plans est sublime, mais le moindre détail a un sens. En 1927, alors que le muet vivait ses dernières heures, Murnau signait le film ultime, une œuvre qui résume à elle seule tout ce que le cinéma a de plus beau.

• Une édition collector indispensable a été éditée chez Carlotta, dont on ne dira jamais assez de bien.  Cette très belle édition contient notamment un documentaire qui recrée, grâce au scénario et à de nombreuses photo, croquis et documents de tournage, Four Devils, le film que Murnau a tourné après L’Aurore et qui est réputé perdu. Le film est l’un des plus grands fantasmes des cinéphiles, qui rêvent de le voir réapparaître un jour…

She’s so lovely (id.) – de Nick Cassavetes – 1997

Classé dans : 1990-1999,CASSAVETES Nick — 13 août, 2010 @ 3:51

She's so lovely (id.) - de Nick Cassavetes - 1997 dans 1990-1999 shes-so-lovely

Sean Penn qui déclare son amour à Robin Wright sous la pluie battante : cette scène reste pour moi l’une des plus sublimes tournées dans les années 90. Il y a dans She’s so lovely une simplicité, une honnêté, voire une naïveté qui m’ont toujours bouleversé.

Eddie est un type un peu paumé, bouffé par l’alcool des accès de violences qu’il ne contrôle pas, mais qui vit une histoire d’amour passionnée avec Maureen, qui attend un bébé. Un soir, Maureen s’ennuie alors qu’Eddie enchaîne les verres dans les bars. Elle accepte l’invitation d’un voisin (James Gandolfini, avant sa période Soprano), qui tente de la violer. Lorsqu’il l’apprend, Eddie pête les plombs… Il passera les dix années suivantes dans un centre de détention. Lorsqu’il en sort, Maureen est devenue l’épouse rangée de Joy (John Travolta), et vit dans une grande maison bourgeoise.

Le film est clairement divisé en deux parties : avant et après. D’une époque à l’autre, tout a l’air d’avoir changé : les rêves de jeunesse se sont envolés, la vie dissolue et les galères d’hier se sont transformés en souvenirs chargés de nostalgie… Et puis finalement, on se rend compte que rien n’a changé. Le désespoir des deux amants était déjà présent AVANT. Il l’est toujours APRÈS. Simplement, il se dissimule d’une autre manière. Finis les drogues, l’alcool et les excès, la maturié impose de la retenue, des sacrifices, et un certain contrôle de soi… C’est en tout cas ce que semble incarner John Travolta, dans un rôle aussi court que marquant. Maureen et Eddie essayent de se plier, de rentrer dans le moule, mais à quoi bon… Ils ne sont pas faits pour notre société. Ce ne sont pas des rebelles, non, leur monde est simplement ailleurs, et ils sont seuls à y vivre. Pas « contre » la société, mais en marge.

L’amour que ces deux-là se porte est d’une pureté absolue, et c’est magnifique.

John  Cassavetes, qui a écrit le scénario, devait le porter à l’écran, déjà avec Sean Penn, dans les années 80. Après sa mort, le comédien a également pensé à le réaliser lui-même. Finalement, c’est le fils de Cassavetes qui s’y colle, offrant à Penn l’un de ses plus beaux rôles, qui lui valut d’ailleurs le Prix d’interprétation au festival de Cannes.

1...170171172173174
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr