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Docteur T et les femmes (Dr T and the Women) – de Robert Altman – 2000

Classé dans : 2000-2009,ALTMAN Robert — 23 août, 2010 @ 7:03

Docteur T et les femmes (Dr T and the Women) - de Robert Altman - 2000 dans 2000-2009 docteur-t-et-les-femmes-300x198

C’est un Altman d’un excellent cru que ce Docteur T… Le réalisateur de Short Cuts aime explorer des univers très particuliers dans ses films, que ce soit pour le meilleur (un show radiophonique dans The Last Show, son ultime et plus beau film) ou le pire (la haute couture dans Prêt-à-porter, décidément inregardable). Un cabinet de gynécologie n’était a priori pas le plus cinématographique, ni le plus passionnant des décors… et pourtant, ce film bien plus complexe qu’on ne pouvait l’attendre est l’une des grandes réussites du monsieur.

Pourtant, les premières minutes font peur : dans la salle d’attente du cabinet du docteur T (Richard Gere), clientes et secrétaires piaillent dans un brouhaha assourdissant, dans un long plan séquence comme les aime Altman (presque un passage obligé pour lui !), dont on sort éreinté, vidé, et légèrement agacé. Après cinq minutes de film seulement. Altman aurait-il une dent contre les femmes ? L’image qu’il en donne dès les premières images n’est guère réjouissante pour la gente féminine. Mais rapidement, on comprend clairement que le discours du cinéaste est bien plus nuancé, ce dont on se doutait, connaissant sa filmo pas vraiment marquée par la misogynie. Ce que Altman critique (très violemment) dans ce film, ce sont les conventions et l’hypocrisie constante qui régissent la bourgeoisie américaine. Dans ces belles familles aisées, tout le monde se fiche plus ou moins de l’autre : tant que le sourire est affiché, et ultra bright, tout va bien. Mais ce vernis clinquant cache très mal les fêlures et le mal-être.

La phrase de la fille cadette du gynéco, qui revient comme un gimmick tout au long du film (« ne te fais pas de souci pour moi, papa ») est à la fois hilarante, déconcertante et un peu glauque. Comme l’état d’ébriété constant qu’alimente consciencieusement la belle sœur du doc (Laura Dern, épatante et très loin de Lula !) pour faire passer ce mal-être dont tout le monde se fout. Les nombreuses scènes 100% féminines sont de grands moments de mesquineries, de sourires de façades, et de petites langues de putes… Finalement, la plus humaine dans cette famille insupportable, c’est la femme du docteur (Farraw Fawcett, parfaite), devenue folle d’avoir été trop aimée ! Le docteur T a une belle phrase pour résumer l’hystérie collective des femmes entre elles, évoquant la naissance de jumeaux : « Lorsqu’il y a au moins un garçon, tout se passe bien ; c’est comme si l’ordre de sortie avait été planifié. Lorsque ce sont deux filles, alors là, c’est la lutte pour savoir qui va sortir en premier… »

Dans cette hystérie ambiante, les apparitions de Richard Gere sont comme de grosses bulles d’air frais. Il se dégage de son personnage une patience et une bonté absolue. Mais la folie de sa femme et son attirance pour une professeur de golf (Helen Hunt) révèlent petit à petit ses fêlures. Et le choix de Richard Gere (qui livre l’une de ses plus belles interprétations, toujours dans la note juste) pour ce rôle est l’une des plus belles idées du film : en apparence, le gynéco est la perfection faite homme. Beau, toujours attentif, d’un calme à toute épreuve, réconfortant et rassurant… il ne comprend en effet strictement rien aux femmes (« qu’il observe toujours par le mauvais goût », comme le dit si bien Robert Altman dans une interview en bonus du DVD), qu’il étouffe littéralement.

N’y a-t-il donc personne qui trouve grâce aux yeux d’Altman ? Si : Maryline (Liv Tyler), la demoiselle d’honneur choisie par la fille aînée du bon docteur T pour son mariage, qui ne dissimule pas son homosexualité, ni son amour pour la future mariée. Cette dernière finira, au dernier moment, par envoyer promener les conventions dans lesquelles elle a grandi, et à crier ouvertement son amour pour Maryline. Ouf !, ce monde d’apparence et de mensonges n’est pas inéluctable. Finalement, Altman est un optimiste…

Victime du Destin (The Lawless Breed) – de Raoul Walsh – 1953

Classé dans : 1950-1959,WALSH Raoul,WESTERNS — 23 août, 2010 @ 1:38

Victime du destin

La lecture du formidable roman de James Carlos Blake, L’Homme aux pistolets, m’a donné envie de revoir ce western du grand Walsh, lui aussi inspiré de la vie de John Wesley Hardin, l’un de ces grands hors-la-loi qui ont fait la mythologie de l’Ouest américain. La comparaison est un peu déroutante… Le roman (écrit en 2002) est un portrait tout en nuances de Hardin, qui multiplie les points de vue, et laisse délibérément des zones d’ombre. C’est aussi une peinture particulièrement réaliste de l’Amérique de la deuxième moitié du XIXème siècle, cadre de vie hors norme pour une vie hors du commun.

Le film, prétendument adapté de l’autobiographie écrite par Hardin lors de son long séjour en prison, n’a quant à lui qu’un très lointain rapport avec la réalité. Le hors-la-loi est devenu un jeune homme (interprété par Rock Hudson, qui porte pour la première fois un film important sur ses épaules) qui n’aspire qu’à vivre une existence tranquille dans une ferme, mais qu’un concours de circonstances transforme en ennemi public. Comme il le clame à longueur de film, « je n’ai jamais tiré sur quiconque n’avait pas essayé de me tuer d’abord ». Une « victime du destin », quoi, pour reprendre le titre français.

Toute la première partie, qui retrace la longue « carrière » de hors-la-loi de Hardin, prend énormément de liberté avec la vérité historique, ne reprenant que quelques éléments véridiques (la cohabitation difficile avec un père pasteur qui désapprouve le goût du jeune Wes pour le jeu), parfois en les sortant de leur contexte (comme la séquence, plutôt rare dans un western, des courses de chevaux). L’emprisonnement de Hardin (qui représente pourtant près de la moitié de sa vie !) est même totalement éclipsé : on ne verra pas une image de l’intérieur de la prison, et pas un mot ne sera dit sur les conditions dans lesquelles il a purgé sa longue peine. Quant à la partie finale, dans laquelle il retrouve sa femme et son jeune fils dans la ferme, elle est en opposition totale avec l’existence réelle du hors-la-loi.

En fait, Walsh et ses scénaristes (Bernard Gordon et William Alland, le producteur de L’Etrange créature du Lac Noir) n’ont retenu de John Wesley Hardin que le mythe qu’il représente, et l’aura qu’il dégageait, et faisait de lui la cible idéale des jeunes « gunfighters » en quête de gloire (comme Gregory Peck dans le magnifique film d’Henry King, La Cible humaine). En fait, Walsh est moins intéressé par le long chemin criminel de son héros que par la rencontre entre ce personnage vieillissant et assagi, et son fils aussi bouillant que lui au même âge. C’est, et de loin, la partie la plus passionnante du film : cette magnifique séquence au cours de laquelle Hardin arrive chez lui, et voit pour la première fois son fils, désormais un jeune homme, vous noue la gorge à tous les coups. Rock Hudson la joue avec un mélange d’intensité et de retenue assez remarquable. Je pense qu’on a tendance à sous-évaluer les qualités de cet acteur, qui a signé quelques prestations remarquables, chez Walsh notamment, et surtout dans les films de Sirk, dont il n’allait pas tarder à devenir le comédien fétiche.

Le film tout entier semble ne se diriger que vers la scène suivant ce retour : le premier face à face entre l’homme et son fils, la sensation qu’a l’ancien hors-la-loi de se revoir lui-même (avec un effet de surimpression très réussi, sur le visage affolé de Hudson), et cette certitude, alors, que son fils va suivre le même chemin que lui, faire les mêmes erreurs que lui… Certitude qui le pousse à agir envers son fils comme l’avait fait son propre père avec lui. Cette séquence est sans doute la plus importante du film, et elle est parfaitement maîtrisée. Bien sûr, on peut penser que l’histoire aurait eu plus d’impact sans l’incroyable happy-end purement hollywoodien, mais qu’importe : Walsh a signé un western certes mineur dans sa carrière, mais original et passionnant.

Narc (id.) – de Joe Carnahan – 2002

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),2000-2009,CARNAHAN Joe — 20 août, 2010 @ 12:46

Narc

Avec L’Agence tous risques, Joe Carnahan a signé l’un des blockbusters les plus attendus de 2010. Pour ceux qui ont découvert le réalisateur en 2002 avec son deuxième film, c’était loin d’être une évidence : l’image que Carnahan a laissé auprès des admirateurs de Narc n’a pas grand-chose à voir avec le show culte des années 80. Plus sombre que Narc, tu meurs, et on imaginait plus facilement le réalisateur adapter les œuvres de James Ellroy que porter sur grand écran les aventures de Hannibal, Futé, Looping et Barracuda… Un grand écart assez impressionnant qui permettra peut-être à certains de découvrir les premiers films de Carnahan, et surtout Narc, devenu au fil des ans un petit film culte.

Narc est une perle noire comme on en voit que deux ou trois par décennie. Glauque, violent, et sans illusion, le film évoque les grands films noirs des années 40, la crudité et l’âpre réalisme en plus. Bref, on est loin de Starsky et Hutch, et Carnahan nous propose une plongée (en apnée) dans le quotidien de flics qui ne vivent que pour leur boulot, incapables de faire face à une vie « normale ». Lorsque le film commence, le héros, joué (avec une intensité inattendue chez lui) par Jason Patric (le beauf bouffi de Speed 2) se reconstruit auprès de sa femme et de leur enfant, quelques mois après une intervention qui a mal tourné, et au cours de laquelle il a causé la mort d’un bébé. Rien ne le pousse vraiment à accepter la mission qu’on lui propose : enquêter sur le meurtre d’un flic en duo avec l’ancien partenaire de la victime. Rien ne l’oblige à redescendre dans la rue et de renouer avec la violence et la mort. Mais il a ça dans la peau : être flic, c’est plus qu’un boulot, c’est une mission.

Et bien sûr, la descente aux enfers est totale. Plus profonde encore que ce qu’on redoute dès les premières minutes de l’enquête. Jason Patric n’est pas un héros hollywoodien, et son jugement est faillible. Celui du spectateur aussi, d’ailleurs, qui se laisse surprendre par l’immense claque finale, que je ne raconterai pas ici.

L’autre flic du film, c’est Ray Liotta, qui retrouve enfin un rôle à la hauteur de son immense talent, douze ans après Les Affranchis. Avec son visage buriné, ses yeux hallucinés, et sa moue rageuse, Liotta dévore la pellicule, évoquant, l’ironie mordante en moins, mais avec la même détermination à toute épreuve, le Popeye Doyle de French Connection. Friedkin lui-même ne tarit d’ailleurs pas d’éloges sur Narc, dont il affirme qu’il serait même supérieur à son propre film (dans un bonus de l’édition DVD). Je n’irais peut-être pas jusqu’à lui donner raison, mais le film de Carnahan n’a pas à rougir de la comparaison.

La Femme infidèle – de Claude Chabrol – 1968

Classé dans : 1960-1969,CHABROL Claude — 19 août, 2010 @ 4:43

La Femme infidèle - de Claude Chabrol - 1968 dans 1960-1969 la-femme-infidele

Etrange… Ce bon vieux Chabrol m’avait laissé le souvenir d’une atmosphère un peu langoureuse, voire sulfureuse. Il n’en est rien. Stéphane Audran est belle à damner (comme toujours devant la caméra de son compagnon d’alors, qui la filme comme s’il la caressait), mais elle est bien le seul élément de séduction de ce film ostensiblement froid et austère. De cette époque-là, celle de ses grands classiques (il enchaîne avec Que la bête meure et Le Boucher), La Femme infidèle est sans doute le film qui rappelle le plus que Chabrol fut l’un des pères-fondateurs de la Nouvelle Vague. Il filme ses personnages avec beaucoup de distance et une absence totale de passion, ce qui peut paraître un peu déroutant pour une histoire qui tourne autour d’un crime passionnel.

Mais c’est cette austérité qui rend le film si troublant, et la critique de cette fameuse bourgeoisie de province (la grande obsession du cinéaste, avec la bouffe, de A double tour à La Fille coupée en deux) si puissante. En évitant consciencieusement tous les effets cinématographiques qui auraient pu rendre sa critique trop évidente, Chabrol nous montre une famille parfaite, qui mène une vie parfaite et sans histoire, dans une maison de campagne baignée de soleil et agréablement ombragée. Une famille modèle, quoi, mais qui fait froid dans le dos, comme font froid dans le dos les relations du père avec son fils, ou les déclarations d’amour de Michel Bouquet à Stéphane Audran. Rarement on aura entendu un « Je t’aime » déclamé avec une aussi flagrante absence de passion.

Parce qu’il est rapidement évident que ce qu’aime le personnage de Bouquet, c’est l’image qu’ils donnent du bonheur, plutôt que le bonheur lui-même. Incapable de passion, il voit dans le personnage de Maurice Ronet une menace qui pèse sur l’équilibre si parfait de sa vie, plutôt qu’un rival dans le cœur de sa belle épouse. La longue séquence du meurtre, et surtout de l’après-meurtre, montre bien le sang-froid naturel de cet homme incapable d’éprouver le moindre  sentiment, ou le moindre remords.

Bouquet est formidable. Mais Stéphane Audran l’est tout autant. Contrairement à son mari dans le film, elle laisse transparaître quelques bribes d’émotion tout au long du film. De pulsions de femme, aussi. Les larmes qu’elle se laisse aller à verser après avoir appris la mort de son amant relèvent d’ailleurs sans doute plus de la frustration de voir sa « soupape » disparaître, plutôt que de la douleur de perdre son amour. Au fond, son personnage tient tout autant à cette vie d’apparence que le couple a sans doute mis des années à construire. Lorsqu’elle comprend que son mari a tué son amant (mais ne l’a-t-elle pas su tout de suite ?), sa décision est naturellement prise : pas question de le dénoncer à la police. Cette histoire ancienne qu’elle a déjà oubliée n’a aucun poids face au vernis qui recouvre sa vie, et qui s’apprête pourtant à craquer.

Chabrol fera encore mieux (notamment avec Juste avant la Nuit, qui reformera trois ans plus tard le même couple Stéphane Audran-Michel Bouquet), mais en signant un film totalement dépassionné, il plonge le spectateur dans l’état d’esprit de ses personnages, et signe avec La Femme infidèle l’un de ses films les plus dérangeants.

Tempête sur l’Asie (Potomok Chingis-Khana) – de Vsevolod Poudovkine – 1928

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,POUDOVKINE Vsevolod — 19 août, 2010 @ 1:55

Tempête sur l'Asie (Potomok Chingis-Khana) - de Vsevolod Poudovkine - 1928 dans 1920-1929 tempete-sur-lasie

Son visage et son regard sont opaques, presque imperméables, mais on n’est pas prêt d’oublier la prestation de Valery Inkijinoff, extraordinaire bloc de fureur retenue, qui habite ce film fascinant de Poudovkine, sans doute le chef d’œuvre du (grand) réalisateur de La Fin de Saint-Petersbourg. Dans le rôle d’un trappeur modeste, venu des steppes les plus reculées de Mongolie, que les Anglais voudront placer à la tête du pays lorsqu’ils le prendront pour « le descendant de Genghis Khan » (c’est la traduction littérale du  titre original), Inkishanov symbolise tout le peuple mongol opprimé de ces années 1920.

Avec Tempête sur l’Asie, Poudovkine a bel et bien signé un film symbolique. Le destin de ce jeune trappeur semble difficile à croire sur le papier ; mais à l’écran, il représente le destin d’un pays à la botte des Anglais (représentés d’une manière particulièrement odieuse), humilié et presque anéanti, jusqu’à ce que la fierté du peuple et sa volonté de rester libre ne finisse par entraîner une réaction qu’il semblait incapable d’avoir. C’est vrai du peuple mongol, et c’est vrai du personnage principal qui, après une première réaction violente (pour s’être fait volé une magnifique peau de renard), et après un bref passage au sein d’un groupe de résistant, se laisse juger, se laisse exécuter, ne doit la vie sauve qu’à ses ennemis (et à un concours de circonstance incroyable), et se laisse manipuler comme un objet, jusqu’à être travesti en « respectable » occidental… Mais derrière le masque de l’acteur, on devine la rage qui s’emmagasine. Et lorsqu’elle se libère, enfin, c’est une véritable explosion de colère et de rancœur, que rien ni personne ne peut arrêter. Le trappeur détruit tout autour de lui, la réaction du peuple mongol est lancée…

Tempête sur l’Asie n’a rien d’un documentaire, mais il décrit pourtant magnifiquement bien l’état d’esprit d’un peuple, rongé par l’humiliation et avide de liberté. Tourné dans d’impressionnants décors naturels (des steppes infinies et glaçantes aux verdoyantes montagnes, en passant par les villages de trappeurs très « westerniennes »), ce film rappelle qu’il n’y a pas qu’Eisenstein dans le cinéma muet russe. Loin de là.

Le monde entier a découvert Valery Inkijinoff grâce à ce film. L’acteur connaîtra à partir du début des années 30, et jusqu’à sa mort en 1973, une belle carrière internationale, apparaissant notamment dans Les Pirates du Rail et Les Pétroleuses de Christian-Jacque, Michel Strogoff de Carmine Gallone, Le Tigre du Bengale et Le Tombeau Hindou de Fritz Lang, La Tête d’un homme de Julien Duvivier, ou encore Les Tribulations d’un Chinois en Chine : le fameux Mr. Goh, c’était lui.

Stalag 17 (id.) – de Billy Wilder – 1953

Classé dans : 1950-1959,WILDER Billy — 15 août, 2010 @ 5:59

Stalag 17 (id.) - de Billy Wilder - 1953 dans 1950-1959 stalag-17

Le film d’évasion est un genre en soi, qui donne parfois des œuvres très belles. Stalag 17 fait partie de ces réussites, sans doute plus proche de La Grande Illusion que de La Grande Evasion : le film de Wilder est bien davantage la chronique d’un groupe d’hommes condamnés à vivre entre eux en vase clos, que l’histoire héroïque de soldats prêts à tout pour s’évader. En guise de héros, on n’a que des hommes « normaux », dont les moindres relents d’héroïsmes sont torpillés par un comportement désespérément commun. Si l’officier est torturé, c’est parce que son compagnon n’a pu s’empêcher de se vanter de ses exploits ; si les évasions échouent, c’est parce que les prisonniers ne savent pas garder leur langue ; si le personnage de William Holden manque de se faire lyncher, c’est à cause d’un jugement « au faciès », on ne peut plus courant.

Stalag 17 est l’unique film de guerre de Wilder (avec Les Cinq Secrets du Désert, une charmante œuvre de jeunesse tombée dans l’oubli), mais la guerre n’y a que peu d’importance (on n’en verra rien, d’ailleurs) : le film, quasiment dénué de tout humour (ce qui est plutôt rare dans l’œuvre de Wilder), est bien plus une étude de mœurs, d’une grande justesse et parfois terriblement émouvante. Le bref sursaut de lucidité de ce jeune prisonnier, plongé dans une sorte de catatonie permanente, est bouleversant. Tout comme cette grosse brute qui ne rêve que d’obtenir un rancard avec Betty Page, et qui s’imagine un instant dansant avec elle.

Le suspense est également très réussi. Parce que, même si un doute persiste pendant une grande partie du film, on imagine bien que William Holden n’est pas le traitre que ses co-détenus pensent. On se doute bien, aussi, que c’est lui qui finira par démasquer le vrai coupable. Holden a obtenu un Oscar pour sa prestation, et il faut bien reconnaître qu’il est bluffant. Totalement en retrait pendant le premier tiers du film, il subit simplement les événements dans réagir, affichant parfois une suffisance et un mépris qui le rendent même assez antipathique. Mais au fur et à mesure que le ressentiment grandit autour de lui, son visage et son attitude trahissent toutes sortes d’état : la colère, la méfiance, la peur, la panique même. C’est un grand numéro que nous livre l’acteur.

Face à lui, tous les comédiens sont excellents. On retrouve avec plaisir un tout jeune Peter Graves, qui n’est pas encore devenu le Jim Phelps de la série Mission : Impossible. On est aussi surpris de voir le cinéaste Otto Preminger interpréter avec sadisme (et beaucoup de conviction) le chef de camp. On est affligé, enfin, de se souvenir que ce film sombre et sérieux a inspiré une série télévisée plus proche de Benny Hill que du drame de guerre : Papa Schultz. Pas sûr que Wilder ait apprécié outre mesure…

La Taverne de l’Irlandais (Donovan’s Reef) – de John Ford – 1963

Classé dans : 1960-1969,FORD John,WAYNE John — 15 août, 2010 @ 10:47

La Taverne de l'Irlandais (Donovan's Reef) - de John Ford - 1963 dans 1960-1969 la-taverne-de-lirlandais

C’est une comédie gentiment désuète que Ford nous offre là. Visiblement décidé à ne rien prendre au sérieux dans ce film, le réalisateur tente de retrouver la légèreté et le charme de L’Homme tranquille. On n’ira pas jusqu’à dire qu’il y parvient totalement, mais après un premier quart d’heure un peu poussif, on finit par plonger avec une certaine délectation dans cet univers typiquement fordien, où les hommes aiment boire et se battre, même s’ils ne savent plus pourquoi ils s’opposent. Les bagarres constantes entre John Wayne et Lee Marvin (qui se retrouvent un an après L’Homme qui tua Liberty Valance) forment une sorte de fil conducteur assez réjouissant au film.

Ford, d’ailleurs, s’est intéressé bien d’avantage aux rapports entre les personnages qu’à l’histoire, à laquelle on ne croit pas une seconde : une jeune femme de Boston arrive sur une île paradisiaque pour tenter de prouver que son père, qui vit là et qu’elle n’a jamais vu, ne mène pas une vie « conforme aux bonnes mœurs de Boston ». Bien sûr, il lui suffira de rencontrer ses demi-frères et demi-sœurs, et surtout John Wayne, ancien soldat installé sur l’île depuis la fin de la guerre, pour tomber sous le charme des lieux et de ce mode de vie si différent du sien. Dès les premières minutes, on devine que la jeune femme (interprétée par Elizabeth Allen, charmante mais loin, très loin de la flamboyante Maureen O’Hara) succombera au charme de Wayne (qui reconnaissait lui-même qu’il était trop vieux pour le rôle, mais sa présence était indispensable pour convaincre les décideurs de produire le film).

On n’y croit pas vraiment, mais cela n’a pas d’importance. Ce joli film à l’ancienne permet à Ford de clamer qu’il est toujours le même, et qu’il a toujours cette âme d’Irlandais qui aime les amitiés viriles, les bagarres de saloon, et les hommes qui savent imposer leur force aux femmes. La fin du film est d’ailleurs curieusement proche de celle de L’Homme tranquille, et serait inimaginable aujourd’hui. Fatigué de la répartie et de l’aplomb d’Elizabeth Allen, John Wayne l’empoigne, la fesse vigoureusement, puis l’embrasse avec fougue. Tout Ford et tout Wayne, quoi…

John Ford a toujours aimé revisité ses propres films : Le Fils du Désert citait Trois Sublimes canailles ; Les deux Cavaliers était une relecture de La Prisonnière du Désert ; What Price Glory ? était le remake d’un muet de Walsh auquel il avait participé… Avec La Taverne de l’Irlandais, il reprend de nombreux éléments de Hurricane, un film un peu oublié qu’il a tourné en 1937 : mêmes décors, mêmes personnages, même déchaînement des éléments… Vingt-six ans plus tard, on retrouve même Dorothy Lamour, qui jouait l’héroïne de Hurricane, et qui interprète ici le rôle secondaire mais haut en couleurs de Miss Lafleur. Autre « guest » présent dans les deux films : l’Araner, le voilier adoré de Ford. Les deux films ont bien des points communs, mais sont aussi très différents : La Taverne de l’Irlandais est une pure comédie, qui présente une vision idyllique de l’île.

Visiblement, Ford avait envie de renouer avec un cinéma plus léger, et de retrouver l’atmosphère détendue de ses tournages passés. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé : tous les participants ont raconté à quel point le tournage a été heureux. C’est en tout cas une parenthèse colorée entre deux films majeurs (et sombres) : L’Homme qui tua Liberty Valance et Les Cheyennes. C’est aussi un ultime sursaut d’insouciance et de jeunesse pour un cinéaste vieillissant, qui ne tournera plus que deux films, et qui fait ici ses adieux cinématographiques à John Wayne, son complice depuis près de quarante ans.

Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal (Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull) – de Steven Spielberg – 2008

Classé dans : 2000-2009,FORD Harrison,SPIELBERG Steven — 14 août, 2010 @ 3:42

Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal

Dire qu’on attendait ce film avec impatience serait un euphémisme absolu. Depuis quinze ans, Harrison Ford, George Lucas et Steven Spielberg nous annonçaient que le scénario était prêt, que le tournage était imminent… Et puis rien… Alors forcément, quand on l’a annoncé une dernière fois, on attendait de voir pour y croire. Et puis on a vu. On a vu des images de tournage, forcément excitantes. On a vu une première image d’Harrison Ford en Indiana Jones, et là on s’est dit que, vingt ans après, il avait encore la classe, papy… Et puis on a appris que Karen Allen revenait dans le rôle de Marion, et là on s’est dit que waouh… Et puis on a vu la bande annonce, avec cet immense hangar qui nous replongeait d’un coup dans l’atmosphère des Aventuriers de l’Arche Perdue. Alors forcément, on avait hâte, et on avait conscience. Restait une épreuve, forcément risquée : voir le film.

Et on l’a vu. Trois fois déjà, pour être sûr de l’apprécier à sa juste valeur. Et alors ? Alors il y a deux films dans Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal : il y a la première demi-heure, et il y a le reste. Le reste, d’abord, est franchement décevant. Spielberg n’y est pour rien, d’ailleurs : très inventif sur le plan visuel (Spielberg n’est jamais aussi inspiré que quand il s’attaque au vrai cinéma populaire), il donne un rythme fou à un film qui, forcément, rempli son cahier des charges formidablement bien. Quelques séquences sont un peu molles du genou (le passage obligé du serpent, par exemple, ne restera pas dans les mémoires), mais c’est du vrai bon divertissement, avec des scènes d’action extraordinaires. Le principal problème, alors ? Il a un nom : George Lucas. Le producteur, qui n’a plus rien du génial artisan qu’il était au moment des Aventuriers de l’Arche perdue, a déjà plombé en partie son « autre » saga, Star Wars, avec une débauche d’effets numériques… Il n’est pas loin de recommencer avec Indiana Jones, ce qui est évidemment une erreur grossière, et en opposition avec l’esprit-même de cette série, qui rend hommage aux serials « bricolés » des années 30 et 40. Trop de numérique dans Indiana Jones, c’est aussi con qu’un exposé géopolitique dans James Bond. Et le problème, c’est que ça se voit très nettement dans quelques scènes d’action qui, du coup, ne dégagent pas cette impression de fraîcheur et de folie qui caractérisait les trois premiers volets.

Au rayon des (petites) déceptions, notons aussi le personnage incarné par Shia LaBeouf (qui n’y est pour rien d’ailleurs), dont l’alchimie avec Indy/Harrison Ford est loin d’être aussi enthousiasmante que celle entre Indy et son père (génial Sean Connery) dans La Dernière Croisade. Mais là, franchement, on chipote.

Je chipote d’autant plus que, avant cette heure et demie plutôt très sympathique, il y a la première demi-heure, qui est à classer dans le panthéon du cinéma spielbergien. Dès la première image (là aussi, un passage obligé : comme dans tous les volets de la franchise, le logo Paramount se fond dans un élément du décor ; ici : le monticule d’une taupe), Spielberg nous replonge dans une époque où il donnait ses lettres de noblesse au « pop corn movie ». A grands renforts de panoramiques magnifiques, de plongées-contre plongées étonnantes, avec une inventivité de chaque plan et un rythme ébouriffant, il nous ressuscite Indiana Jones, comme si les années n’avaient pas eu d’impact sur Harrison Ford, qui redevient celui qu’il était dans les années 80 dès qu’il enfile son fameux chapeau (dans un plan à montrer dans toutes les écoles de cinéma).

Face à lui, plus de Nazis, bien sûr : les années ont quand même passé, et on est désormais dans les années 50, en pleine guerre froide. Les méchants sont donc les Russes, et en particulier une femme officier droite dans ses bottes, incarnée avec un réjouissant second degré par Cate Blanchett, que l’on découvre dès cette première séquence. Mais que ce soit les Nazis ou les Russes, rien n’arrête Indy, qui finit par fausser compagnie à ses ennemis dans une poursuite en trois dimensions. Pas la 3D à la mode, avec des-lunettes-et-une-technique-géniale-qui-fait-qu’on-peut-oublier-d’avoir-un-scénario-on-s’en-fout-puisque-les-gens-viendront-quand-même-pour-voir-les-images-sortir-de-l’écran, mais une séquence au cours de laquelle Indy se déplace avec une aisance incroyable dans tous les sens : vers la gauche, la droite, le haut, le bas. Indy vole littéralement grâce à son fouet ; il chute de quinze mètres à travers une verrière ; court à dix mètres au-dessus du sol ; se balance en avant avant d’être propulsé en arrière ; il slalome, grimpe, saute… avant d’être éjecté à trois cents kilomètres-heure. Fin de la première séquence ? Pas tout à fait : il lui reste à être soufflé par une explosion nucléaire, et à admirer le champignon radioactif qui s’élève, dans un plan à couper le souffle.

Et là, c’est un autre film qui commence. Sympa et bien foutu certes, mais loin, très loin du vertige de cette première demi-heure d’anthologie.

* Voir aussi : Les Aventuriers de l’Arche perdueIndiana Jones et le Temple maudit, et Indiana Jones et la Dernière Croisade.

Impitoyable (Unforgiven) – de Clint Eastwood – 1992

Classé dans : 1990-1999,EASTWOOD Clint (acteur),EASTWOOD Clint (réal.),WESTERNS — 14 août, 2010 @ 2:03

Impitoyable (Unforgiven) - de Clint Eastwood - 1992 dans 1990-1999 impitoyable

En cette bonne année 1992, cela faisait chaud au cœur de voir enfin les Oscars récompenser un grand film. Ce n’est pas si courant, l’Académie ayant recours au mauvais goût plus souvent qu’à son tour (pas besoin de chercher loin : cette même année, la statuette du meilleur acteur a échappé à Clint au profit d’Al Pacino pour Le Temps d’un week-end, qui n’est ni son meilleur film, ni sa meilleure prestation… mais il joue un aveugle, ce qui est le genre de trucs qui plaît bien aux votants). Bref, un grand film, signé par un cinéaste majeur enfin reconnu comme tel par son propre pays (Josey Wales, Honkytonk Man, Bronco Billy, Breezy, Chasseur blanc, cœur noir, Bird, les signes ne manquaient pas, pourtant, pour indiquer qu’Eastwood était un grand réalisateur dès les années 70)…

Mais oublions les Oscars, et replongeons-nous dans ce western crépusculaire dont on nous a dit et redit qu’il mettait un point final à la longue tradition du western. A vrai dire, le succès du film a surtout donné des idées à de nombreux cinéastes, et le genre, certes moribond depuis plusieurs décennies, a connu un nouveau souffle parfois enthousiasmant tout au long des années 90. Ce qui est vrai, c’est que Impitoyable est totalement dépouillé des ornements et du romantisme qui marquent le western depuis le temps du muet. Plus encore que John Ford avec L’Homme qui tua Liberty Valance, Eastwood démonte les mythes de l’Ouest sauvage un à un, avec une sorte de force tranquille impressionnante, et sans jamais forcer le trait.

Les images sont superbes, sans doute les plus belles qu’on ait pu voir dans le cinéma d’Eastwood. Mais elles sont aussi crues et froides, les gros plans mettant cruellement en valeur les rides des acteurs (à commencer par celles de Clint lui-même, dont le visage à lui seul porte toute la violence et la dureté de son passé). La manière dont le personnage de William Munny apparaît, père de famille vieillissant humilié par ses cochons, et incapable de monter à cheval ou d’utiliser son revolver, donne le ton : Eastwood ne se donne pas le beau rôle, pas plus qu’il ne va magnifier les autres personnages ou les situations. Quand Munny est au milieu des cochons, la boue n’a rien de glamour ; quand il tombe de cheval, c’est durement qu’il touche le sol. Plus tard, malade après avoir passé une nuit sous la pluie, c’est sans gloire et sans fierté qu’il rampera jusqu’à la sortie du saloon où Little Bill Daggett (Gene Hackman) se sera consciencieusement évertué à l’humilier.

Daggett est sans doute celui qui s’en sort mieux, dans le lot, même si sa fin n’a rien de glorieuse, et qu’il prend un plaisir visible à se défouler sur des hommes désarmés. Il est toutefois bien mieux traité que English Bob (Richard Harris), légendaire tueur d’Indien flanqué de son biographe officiel, et qui, après être apparu comme un pur héros de l’Ouest, est vite ramené (physiquement) au niveau du sol : battu et humilié, c’est piteusement qu’il quittera la ville. Le personnage de l’écrivain est particulièrement intéressant, car il symbolise mieux que quiconque le mythe de l’Ouest qui s’effondre, alors qu’il découvre que tout ce qu’il a écrit sur Bob est bien loin de la vérité, qui s’avère… moins héroïque. Dans l’Ouest sauvage, les duels à la John Wayne étaient visiblement plus rares que les exécutions dans le dos. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’Eastwood tient ce langage dans ses westerns, mais jamais il ne l’avait fait avec une telle force, et avec autant de dépouillement.

Dans Impitoyable, la violence n’a rien d’esthétique, et la mort ne vient pas facilement. Cette fois, c’est le Kid de Schofield (Jaimz Woolvett) qui en fera les frais. Lui qui s’inventait un passé de tueur sans pitié se rendra compte que tuer n’est ni facile à faire, ni encore moins facile à encaisser. Qu’il faut du temps pour se vider de son sang, et que ceux qu’on est amené à tuer ne sont pas des monstres sans visage humain. L’un au moins des deux cow-boys que Munny et ses comparses doivent exécuter n’est qu’un gamin qui s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Sa mort derrière les rochers est une longue séquence particulièrement traumatisante.

Rien d’héroïque, donc, dans ce film constamment juste. Sans la froide exécution de son ami Ned (Morgan Freeman), Munny ne serait sans doute jamais revenu tuer Daggett. Ce n’est que par soif de vengeance (à moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’une froide colère), et pas porté par un sens de l’honneur qui lui serait personnel, que Munny réapparaît alors, comme revenant des enfers, et qu’il redevient le tueur sans pitié qu’il était dans sa jeunesse. Et sa vengeance est une explosion de violence et de rage qui fait froid dans le dos.

Son ami et biographe Richard Schiekel raconte qu’Eastwood gardait le scénario d’Impitoyable depuis une dizaine d’années, pas seulement parce qu’il attendait d’avoir le bon âge pour le rôle (il a acheté les droits du script écrit par David Webb Peoples, scénariste de Blade Runner, au début des années 80, alors que l’option de Francis Ford Coppola avait posée venait d’expirer), mais aussi parce qu’il savait que le film lui assurerait succès et reconnaissance, si sa carrière venait à tourner en rond. Et au début des années 90, c’est exactement ce qui arrive. Bird et Chasseur blanc, cœur noir, ont été des échecs populaires « logiques », mais les films d’action qu’il a tourné à la même époque n’ont pas non plus rencontré leur public. Pink Cadillac, et c’est un cas unique dans sa filmographie, n’est même pas sorti dans les salles françaises. Quant à La Relève, qu’il tourne juste avant Impitoyable, c’est sans doute son plus mauvais film derrière la caméra.

Considéré comme fini par beaucoup, Eastwood connaît une véritable résurrection grâce à Impitoyable, qui marque le début de la partie la plus passionnante de sa carrière. Désormais, il sera totalement libre de faire ce qu’il veut, et les deux décennies qui suivent seront magnifiques.

• La Warner a édité un DVD collector très recommandable, dans lequel on retrouve un portrait de Clint filmé par Richard Schiekel, un très beau making of, et surtout un épisode de la série télévisée Maverick, datant de 1959, et dans lequel Clint Eastwood (qui s’apprêtait à commencer le tournage d’une autre série de western, Rawhide, dont il tiendra la vedette pendant sept ans) joue le méchant de service. Cet épisode marque sa première collaboration avec James Garner, la star du show, qu’il retrouvera quarante-et-un ans plus tard pour Space Cow-Boys.

Cœurs en lutte / Quatre hommes pour une femme (Kämpfende Herzen / Die Vier um die Frau) – de Fritz Lang – 1921

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,LANG Fritz — 14 août, 2010 @ 9:35

Cœurs en lutte / Quatre hommes pour une femme (Kämpfende Herzen / Die Vier um die Frau) - de Fritz Lang - 1921 dans 1920-1929 curs-en-lutte

C’est une nouvelle fois à Patrick Brion et à son indispensable Cinéma de Minuit que l’on doit la toute première diffusion télévisée de ce film qui a longtemps été réputé perdu, et dont une copie a été retrouvée par hasard au Brésil. Les intertitres originaux, en allemands, n’existent d’ailleurs plus : ils ont été reconstitués à partir des intertitres en portugais, tandis que la pellicule a été (très joliment) restaurée.

Lorsqu’il réalise Die Vier um die Frau (ou quel que soit le titre qui lui sera donné par la suite), Lang n’est pas encore considéré comme un cinéaste majeure, même s’il a déjà à son actif Les Araignées, qui avait connu un très gros succès. Il enchaînera avec Les Trois Lumières et Dr. Mabuse, qui assoiront définitivement sa réputation. Mais ce film, son septième, révèle déjà un immense talent pour le cadrage et la mise en scène (il est passionnant d’observer le moindre figurant : aucun ne reste sans rien faire à l’écran ; il est évident que Lang prête une grande attention au moindre détail, pour que chacun de ses plans soit dynamique et vivant), et davantage encore pour la narration.

Car Lang a toujours été un grand cinéaste de la narration. Un vrai cinéaste « populaire », qui s’est emparé tout au long de sa carrière des « genres » cinématographiques (le film noir, le film d’aventures, le western, la science fiction, le serial…) en se les appropriant sans jamais niveler par le bas. Car Lang fait confiance en l’intelligence du spectateur, ce qui est particulièrement frappant dans ce Cœurs en lutte. Difficile en effet de comprendre où nous conduit le réalisateur durant la première demi-heure du film, tant il multiplie les pistes et les personnages.

On a donc un notable berlinois, marié à la femme la plus courtisée de la ville, courtier à la bourse, qui s’encanaille la nuit venue en se livrant au trafic de bijoux. Lors d’une réunion clandestine, il rencontre par hasard un homme qu’il reconnaît pour l’avoir vu sur une photo envoyée à sa femme. Il décide de le suivre et de lui tendre un piège, persuadé qu’il est l’amant de sa femme. Mais l’homme en question est le frère jumeau de l’homme de la photo, qui était effectivement l’amant de la jeune femme avant son mariage avec le courtier… Vous suivez ?

Le scénario, complexe et malin (il est écrit par Lang avec son épouse The Von Harbou) joue avec les codes du théâtre de boulevard (il est d’ailleurs tiré d’une pièce à succès), avec le mari jaloux, les quiproquos, la femme finalement fidèle. Dans l’esprit, on est pourtant très loin du marivaudage habituel, et l’ambiance est plutôt au drame. Cette œuvre de jeunesse est en tout cas passionnante et particulièrement vive. Et c’est fascinant de voir un grand cinéaste naître sous nos yeux…

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