Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Downhill / La Pente (Downhill) – d’Alfred Hitchcock – 1927

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,HITCHCOCK Alfred — 13 avril, 2011 @ 7:39

Downhill

Après The Lodger, son premier chef d’œuvre, le jeune Hitchcock retrouve la star Ivor Novello pour ce drame social, mélo aux effets bien appuyés, mais qui porte indéniablement la marque du réalisateur. Même s’il ne s’agit pas d’un thriller, on trouve déjà dans ce film le thème du faux coupable, que Hitchcock ne cessera de décliner jusqu’à ses dernières années. Mais ici, c’est un faux coupable qui n’essaye pas de prouver son innocence, et c’est même tout le sujet du film.

Ivor Novello est un brillant étudiant, fils de grande famille, promis à un bel avenir. Intelligent, sage, sportif (reconnaissance ultime pour lui, il vient d’être nommé capitaine de l’équipe de foot de son campus). Autant dire que tout va bien pour lui. Mais le gars est tellement parfait que, lors d’une soirée avec un ami nettement moins sage que lui, il refuse les avances d’une jeune femme délurée. Celle-ci ne tarde pas à se venger en l’accusant d’avoir abusé d’elle. Pour ne pas mettre son ami dans une situation délicate, qui pourrait lui coûter la bourse dont il a besoin, il garde le silence. Et c’est l’engrenage fatal.

Viré du campus, il devient figurant dans un music hall et finit par épouser la vedette, qui s’avère être une belle garce, et le met à la porte sans un sou. Devenu gigolo à Paris, au Moulin-Rouge, il continue sa descente dans les bas-fonds de l’humanité, et se retrouve bientôt paumé au tréfonds du port de Marseille, survivant comme un fantôme dans un univers qui n’est décidément pas le sien, sombrant peu à peu dans la folie et la maladie, voyant partout le visage de ce père qui, en ne le croyant pas, à précipité sa chute…

Hitchcok est particulièrement inspiré lorsqu’il filme littéralement la descente de son héros. Descente physique, puisque par une série de plans magnifiques et très sombres, il le fait descendre dans le métro, puis en ascenseur, par des escaliers… Tout au long du film, Novello, qui était porté en triomphe vers le ciel par ses camarades d’université, n’en finit pas de descendre, toujours plus bas. Et lorsqu’il revient finalement à Londres, c’est les yeux au raz du quai qu’on le retrouve, totalement hagard.

Dans sa représentation de la descente de classe, Downhill présente bien des points communs avec Le Dernier des Hommes. Ce n’est sans doute pas un hasard : à ses tout débuts, lorsqu’il travaillait pour la société de production UFA en Allemagne, Hitchcock avait eu l’occasion d’assister au tournage du chef d’œuvre de Murnau, en 1924. Devenu réalisateur à son tour, Hitchcock s’est sans doute souvenu du travail de Murnau.

La fin de Downhill paraît un peu artificielle, surtout venant après une série de scènes particulièrement glauques et oppressantes, se déroulant dans des bas-fonds marseillais transcendés par un expressionnisme lui aussi très inspiré du cinéma allemand de l’époque. Mais Downhill est bel et bien l’œuvre d’un cinéaste déjà solide, inspiré, et passionnant.

L’Introuvable rentre chez lui (The Thin Man goes home) – de Richard Thorpe – 1944

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,THORPE Richard — 11 avril, 2011 @ 3:22

L'Introuvable rentre chez lui

Cinquième volet, déjà, d’une série inaugurée par un chef d’œuvre (ici), qui avait donné une première suite franchement réussie (), mais qui tournait un peu en rond avec les films suivants (le n°3 et le n°4). En succédant à W.S. Van Dyke, aux commandes des quatre premiers films, Richard Thorpe, réalisateur généralement poussif, redonne un peu de vigueur à la saga, en confrontant notre couple de détectives préféré, Nick et Nora Charles, aux souvenirs d’enfance de Nick : les époux Charles partent pour quelques jours de vacances chez les parents de Nick, dans une petite ville tranquille.

Le film est basé sur une idée pleine de promesses : l’arrivée du célèbre détective va réveiller les mauvaises consciences de certains habitants. Personne n’imagine que Nick Charles n’est là que pour se reposer, et certains se persuadent qu’il est là pour eux. Le film aurait sans doute gagné à se concentrer uniquement sur cet aspect, qui promettait une belle comédie un peu cynique, ce qu’il est effectivement durant toute la première partie. D’autant plus qu’à cela s’ajoute les rapports tendres mais complexes entre Nick et son père, grand médecin qui aurait préféré que son fils fasse un métier « sérieux ».

Comme dans les précédents films, on se contrefiche de l’intrigue policière, tirée par les cheveux et inutilement complexe : tout ça pour en arriver à la grande réunion finale de tous les personnages, et à la divulgation de l’identité du coupable, qui est forcément le plus insoupçonnable, que du coup on soupçonne dès les premières minutes. Mais la comédie fonctionne plutôt bien. Bien sûr, on regrette toujours le cynisme et le politiquement incorrect du premier film, et Nick Charles en plein sevrage d’alcool est définitivement moins drôle que quand il enchaînait verre sur verre. Mais le couple que William Powell forme avec Mirna Loy fonctionne toujours aussi bien.

Ce couple se suffit à lui seul. Les scénaristes l’ont bien compris, zappant totalement le fils que les Charles ont eu à la fin du troisième film, et qui passait déjà au second plan dans le film suivant. Ici, le voyage des Charles permet d’évacuer ce gamin encombrant, qui n’a pas vraiment sa place dans ces comédies policières dont on attendait un peu plus avec le premier film, mais qui restent bien sympathiques.

Judge Priest (id.) – de John Ford – 1934

Classé dans : 1930-1939,FORD John — 9 avril, 2011 @ 5:57

Judge Priest

Dans les années 30, plus sans doute que dans aucune autre décennie, John Ford a abordé des univers radicalement différents. Pourtant, ses thèmes de prédilection sont bien là, dans la majorité de ses films. C’est particulièrement évident dans les trois films qu’il a tourné avec Will Rogers entre 1933 et 1935 (sans doute y en aurait-il eu davantage si l’acteur n’était pas mort dans un accident d’avion, avant la sortie de Seamboat round the bend, leur dernier film en commun), qui constituent une espèce de trilogie très cohérente, ode aux gens simples et à la douceur de vivre dans les petites villes traditionnelles.

Après Doctor Bull, l’année précédente, où Will Rogers interprétait le médecin de l’une de ces petites villes, Ford donne à son acteur un autre rôle de « notable » : le juge bonhomme d’une cour où les crimes les plus graves sont des vols de poulet, juge plus intéressé par les secrets de pêche de l’accusé (Stepin’ Fetchit, un acteur noir complétement dégingandé, et à la voix chevrotante, qui était la première vedette noire dans les années 30, au point d’être caricaturé dans les dessins animés de Tex Avery, et d’être accusé de représenter le stéréotype raciste du bon nègre). Quant à la ville dans laquelle se déroule le film, elle présente la même douceur de vivre que celle de Doctor Bull, et de nombreux films de Ford.

Même si le cinéaste ne dédouane pas la petitesse de nombre de ses habitants, il magnifie une fois de plus cette vie « à l’ancienne », où la modernité n’a pas encore dissolu cette communauté des pionniers, où la ville américaine ressemble encore au village irlandais dont Ford aime tant les amitiés viriles, les bonheurs simples et les soirées arrosées. Le plus grand plaisir du juge Priest, d’ailleurs, est de s’asseoir sur le porche de sa maison en sirotant paisiblement un whisky à la menthe (jamais goûté, ça…), se détachant des mesquineries qu’il côtoie tous les jours (entre sa cour de justice et sa mégère de sœur), et se plongeant dans des souvenirs personnels dont on ne saura pas grand-chose.

C’est aussi l’une des forces du film, qui fait de ce judge Priest un personnage plus complexe, plus profond que ceux auxquels Will Rogers est habitué. En apparence, c’est un homme tranquille, bon et simple, dont la vie s’écoule doucement et sans accroc, son but principal étant d’aider son neveu à séduire la jeune voisine. Mais la réalité est bien plus sombre. On sait que le juge a perdu sa femme il y a des années, et on comprend aussi bientôt qu’il a aussi perdu un enfant en bas âge, qui aurait eu l’âge aujourd’hui de ce neveu dont il se sent si proche. Ford aborde le deuil que continue de porter cet homme d’âge mur d’une manière particulièrement délicate et sensible. A sa manière : dans une très belle scène, Will Rogers se met à discuter au portrait de ses proches, comme si sa femme était physiquement là. Mais cette représentation ne lui suffit pas, et il part continuer sa discussion sur la tombe de sa femme, dans un décor de studio magnifique, et dans une nuit baignée d’une légère brume.

C’est l’un des motifs récurrents du cinéma de Ford : les personnages qui s’adressent aux êtres chers par-delà la tombe. Le cinéaste a signé quelques séquences sublimes sur ce motif, toujours en se renouvelant (Fonda-Wyatt Earp parlant à son jeune frère dans La Poursuite infernale, ou le même Fonda-Lincoln retrouvant son premier amour dans Vers sa destinée, et il y en a bien d’autres). Mais celle-ci est à placer dans les très, très grands moments du cinéma de Ford. D’autant plus qu’elle permet de faire avancer l’intrigue (en nous faisant comprendre qui est le père de cette jeune femme dont personne ne veut), et de faire planer sur le film une profonde, mais douce nostalgie.

La Castagne (Slap Shot) – de George Roy Hill – 1977

Classé dans : 1970-1979,HILL George Roy,NEWMAN Paul — 8 avril, 2011 @ 9:36

La Castagne (Slap Shot) - de George Roy Hill - 1977 dans 1970-1979 la-castagne

Sur la jaquette du DVD, on peut lire « l’un des dix meilleurs films jamais réalisés sur le sport ». Il est vrai que cette citation est tirée d’un magazine américain de sport, et non pas d’une revue consacrée au cinéma : le jugement porte sans doute davantage sur la représentation du sport que sur les qualités intrinsèques du film. Mes connaissances sur le hockey-sur-glace se limitant à un (mauvais) film des années 80 avec Kevin Bacon, Rob Lowe et Patrick Swayze (dont j’ai oublié le titre, honte sur moi), et aux souvenirs d’adolescence que racontait Roch Voisine à la fin des mêmes années 80 (j’étais jeune, et je lisais Star Club), et ce blog étant consacré au cinéma, et non au sport, je me contenterais de prendre pour acquis que, côté sports, La Castagne fait sérieux.

Ce postulat est d’autant plus crédible que les trois frères Hanson, au cœur de l’histoire, sont d’authentiques hockeyeurs, et qu’ils jouent leurs propres rôles dans ce film à leur gloire. Il faut d’ailleurs le savoir pour le croire : ces hockeyeurs binoclards adeptes du coup de poing et du coup de cross, plus que du beau jeu, ressemblent à des caricatures tout droit sorties d’un dessin animé de Tex Avery, qui ne font rien, mais vraiment rien, pour la beauté du sport. Une chose est sûre : La Castagne (qui est pour pendre celui qui a pondu le titre français ?) est loin, bien loin, des films de sport plus classiques comme Rocky, sorti quelques mois plus tôt seulement.

Le film a pris un sale coup de vieux, avec des images franchement laides, un mélange d’humour lourdingue, de fond social, d’amours contrariés et d’amitiés vaches qui ne tient pas toujours la route, et des fringues pas possibles portées par Paul Newman. Pourtant, il y a quelque chose d’original et de touchant dans ce film plus cynique qu’il n’y paraît. Le personnage de Newman, pour commencer, est le prototype même du sale type. Derrière la belle gueule de la star se cache un looser complet, sportif professionnel (largement) atteint par la limite d’âge, vaguement reconverti en (mauvais) entraîneur, dont l’équipe va être dissoute pour cause de résultats calamiteux et de chômage galopant dans leur petite ville ouvrière, et dont la femme est partie depuis longtemps.

Et on la comprend. Ce dragueur invétéré n’hésite pas à profiter que son meilleur joueur traverse une crise personnelle pour séduire la femme éplorée de celui-ci. Il ment à ses joueurs quant à leur avenir professionnel. Et il n’hésite pas à bafouer toutes les valeurs du sport, en imposant un jeu « sale » à son équipe, pour engranger des points et s’attirer les faveurs d’un public avide de batailles rangées. Quand, enfin, il semble retrouver le goût du beau jeu et des vraies valeurs sportives, c’est un regain de fierté qui ne dure pas plus longtemps qu’un feu de paille…

Cynique, le film est aussi particulièrement réussi dans sa peinture froide et miteuse des coulisses du sport professionnel  « underground », des tournées interminables en bus, des soirées de beuverie dans les mauvais bars, des blagues de potache… Ce n’est pas vraiment nouveau (dans le style, Rocky, encore, était aussi une vraie réussite), mais ça mérite qu’on voit ce Slap Shot resté culte dans le milieu du hockey. A tel point que les frères Hanson reviendront avec quelques rides en plus et quelques cheveux en moins dans une suite que je ne suis pas bien pressé de voir.

 

Le Testament du Docteur Mabuse (Das Testament des Dr. Mabuse) – de Fritz Lang – 1933

Classé dans : * Polars européens,1930-1939,LANG Fritz — 6 avril, 2011 @ 6:01

Le Testament du Dr Mabuse

Dix ans après Le Docteur Mabuse, chef d’œuvre du muet, Lang signe une première « suite » qui n’en est pas vraiment une, même si on retrouve bel et bien le personnage maléfique du premier opus, toujours interprété par Rudolf Kleine-Rogge, qui n’apparaît cependant que dans quelques courtes scènes. Pour Lang, Mabuse représente surtout l’essence même du mal qui ronge la société. Dans le premier film, le personnage était une manière pour le cinéaste de donner une forme humaine à la crise économique (entre autre) qui rongeait l’Allemagne de l’après Grande-Guerre. Ici, Mabuse est de retour pour symboliser un mal plus insidieux encore, un Mal absolu, que ne vient même pas justifier l’appât du gain ou du pouvoir : c’est le mal pour le mal que Lang met en scène dans ce qui sera son dernier film allemand avant son exil américain (via la France). Et ce qu’il représente n’est pas difficile à deviner : nous sommes en 1933, l’année où Hitler prend le pouvoir…

Film politique ? Evidemment, et d’une force inouïe. Pourtant, le contexte historique de l’Allemagne n’est jamais abordé frontalement : tout passe par le langage du « serial », que le cinéaste porte à un niveau exceptionnel. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de ce chef d’œuvre, et aussi son côté intemporel et indémodable : la charge politique n’est portée que par sous-entendus, par des voies détournées et des dialogues à double-tranchants. Jamais directement. Le Testament… se regarde aussi comme un pur spectacle de divertissement. Et là aussi, la réussite est absolue.

Même si le côté « serial » est un peu tempéré par rapport au premier film, qui profitait de sa durée (plus de 4 heures) pour multiplier à l’envi les scènes à suspenses, les rebondissements ne manquent pas ici : ni les meurtres, ni les situations désespérées desquelles les héros doivent se sortir malgré tout, ni le méchant insaisissable, ni les guet-apens machiavéliques… Du pur cinéma de genre, mais filmé par un pur génie.

Dès la scène d’ouverture, le génie de Lang est éclatant : une pure scène de suspense, sans le moindre dialogue (qui permet de faire le lien avec le premier film, muet), dans une cave inquiétante, avec un homme dont on ne sait encore rien, mais qu’on comprend être littéralement dans la gueule du loup. Il ne faut que quelques secondes à Lang pour nous prendre aux tripes, et nous plonger au cœur d’un nouveau gang de malfaiteurs.

Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Qui les dirigent ? Quel lien ont-ils avec le docteur Mabuse, enfermé en hôpital psychiatrique (et dans sa bulle) depuis dix ans, mais qui semble dicter leurs agissements à distance ? C’est ce que tentent de découvrir une poignée de personnages passionnants : le super flic Lohmann, déjà vu dans M le maudit du même Lang, l’ex flic Fofmeister devenu fou de terreur, et le petit truand Thomas Kent, le lien le plus tangible avec le contexte historique de l’Allemagne : c’est parce qu’il est victime de la crise économique qu’il a rejoint les rangs du gang, comme de nombreux Allemands se sont laissés séduire par le parti nazi. Mais les méthodes expéditives du mystérieux leader le mettent face à ses principes et sa conscience d’être humain.

Comme Lang, sans doute, qui quittera le pays sitôt le film terminé. Un film qui restera invisible jusque dans les années 50, allez savoir pourquoi…

L’Aventure, c’est l’aventure – de Claude Lelouch – 1972

Classé dans : 1970-1979,LELOUCH Claude — 6 avril, 2011 @ 10:03

L'Aventure, c'est l'aventure - de Claude Lelouch - 1972 dans 1970-1979 laventure-cest-laventure

Ce film de bande fait figure de modèle indépassable pour beaucoup de cinéphiles (en tout cas, pour ceux qui ne sont pas allergiques à Lelouch). A le revoir, je dois me montrer beaucoup plus tempéré : oui, c’est un film très sympathique, dominé par un sentiment de liberté bienvenu. Mais le film est surtout la matrice imparfaite de tout un pan de la filmographie du cinéaste. Comme Toute une vie est l’ébauche du côté romanesque de Lelouch (qui sera perfectionné jusqu’à La Belle Histoire), L’Aventure c’est l’aventure est une ébauche du côté « gentil voyou » du réalisateur, déjà abordé dans l’indigeste Une fille et des fusils, et qui trouvera son apothéose avec Tout ça pour ça

Tout ça pour dire que L’Aventure, c’est l’aventure est loin d’être le plus enthousiasmant des Lelouch. Les thèmes sont là, mais de style point, ou si peu. A vrai dire, les images sont même d’une platitude étonnante, au regard de quelques films précédents (Un homme et une femme, pour ne citer que celui-là) et des grandes œuvres à venir. Bref, sur la forme, rien de bien excitant, à part quelques scènes inspirées, et particulièrement les séquences se situant en Amérique du Sud.

Du film, on retient généralement la bande de copains, et c’est bien là le principal intérêt : Lelouch a réuni une bande de pieds nickelés inédite, improbable et réjouissante. Autour de Lino Ventura, parfait dans son numéro d’autodérision, il rassemble Jacques Brel (sans doute le rôle le plus ingrat des cinq), Aldo Maccione (c’est dans ce film qu’il apprend à ses comparses sa fameuse démarche de dragueur), et surtout le fidèle Charles Gérard et Charles Denner, irrésistible.

L’ombre de ces cinq petits truands qui enchaînent les arnaques et braquages autant pour le plaisir que pour l’argent, et qui se retrouvent plongés plus ou moins malgré eux dans l’Histoire (avec un grand H) en marche, hantera une grande partie de la filmographie à venir de Lelouch, de Le Bon et les Méchants à Une pour toutes, en passant bien sûr par Tout ça pour ça.

L’Ombre d’un doute (Shadow of a doubt) – d’Alfred Hitchcock – 1943

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,HITCHCOCK Alfred — 5 avril, 2011 @ 12:54

L'Ombre d'un doute

Il y a souvent derrière les films d’Hitchcock une envie précise, voire un défi. Dans L’Ombre d’un doute, le défi est d’instiller la terreur dans une parfaite famille américaine (présentée comme telle), vivant dans une maison idéale, au cœur d’une petite ville typiquement américaine elle aussi, où il fait bon vivre, où le policier municipal connaît tout le monde personnellement, où les magasins font crédits sans problème, où les clients n’ont pas besoin de demander ce qu’ils veulent au barman, qui les connaît par cœur… Bref, l’une de ces petites villes qui participent au rêve américain depuis la création d’Hollywood.

ien sûr, Hitchcock parvient parfaitement à ses fins, dans ce film qu’il affirmait être son préféré de toute sa riche filmographie. Et il y parvient à instillant la terreur par petites touches, par le point de vue de l’innocente Charlie, qui découvre peu à peu que son oncle Charlie, le bon tonton adoré qu’elle a toujours considéré comme… (comme quoi ? son double ? son amour ? une espèce de jumeau ?), n’est pas exactement ce qu’il prétend être. La terreur domestique ? Hitchcock nous avait déjà fait le coup avec Soupçons, mais il va plus loin avec L’Ombre d’un doute, où il enferme sa jeune héroïne (excellente Teresa Wright) dans un cadre parfaitement quotidien (la famille, la maison, les voisins, la ville) qui se transforme peu à peu en prison dorée oppressante à ses yeux, en même temps que l’oncle Charlie se révèle à ses yeux tel qu’il est vraiment, et alors que lui s’intègre de plus en plus dans cette ville où il était étranger.

L’Ombre d’un doute fonctionne sur un ressort différent, d’ailleurs : alors que Soupçons repose sur le doute (on ne sait qu’à la toute fin du film si Cary Grant est ou non un tueur), Hitchcock ne laisse planer aucun doute sur la culpabilité de l’oncle Charlie (Joseph Cotten, très inquiétant), présenté dès la première séquence comme un criminel (un tueur de veuves) acculé par la police, qui le pousse à se « mettre au vert » quelque temps dans la famille de sa sœur aînée, où il est accueilli comme le messie. Au sens propre, d’ailleurs : l’annonce de son arrivée coïncide avec une prière faite par la jeune Charlie, qui rêvait de le voir arriver pour rompre la monotonie du quotidien.

Tout sonne juste dans ce film au très beau noir et blanc, même et surtout les stéréotypes, qu’Hitchock parvient à rendre terriblement vivants : le plus petit des seconds rôles participe à la fois au bon-vivre de la ville, et au sentiment d’oppression qui grandit tout au long du film. C’est, comme souvent dans le cinéma d’Hitchcock, dans les petits détails que le film trouve sa grandeur. C’est d’ailleurs par minuscules touches que la jeune Charlie prend conscience de l’horreur de la situation : une petite phrase innocente, un silence à peine souligné, un regard silencieux, un escalier plus lourd à gravir, un autre qui se dérobe, une embrasure de porte qui devient menaçante…

Le paradis terrestre se transforme en menace absolue. Rien de bien étonnant dans l’Amérique post-Pearl Harbor. Mais Hitchcock s’attaque ici aux valeurs rassurantes de l’Américain moyen (comme Joe Dante quarante ans plus tard avec Gremlins, dans un tout autre genre). Ils ne sont pas si nombreux à avoir oser ce sacrilège absolu. Surtout avec une réussite aussi absolue.

Le Survivant des Monts lointains (Night Passage) – de James Neilson – 1957

Classé dans : 1950-1959,MURPHY Audie,NEILSON James,STEWART James,WESTERNS — 4 avril, 2011 @ 9:28

Le Survivant des Monts lointains (Night Passage) - de James Neilson - 1957 dans 1950-1959 le-survivant-des-monts-lointains

Pour un peu, lorsque le mot « fin » apparaît sur l’écran large (très, très large), on s’attendrait à voir Eddy Mitchell se retourner vers la caméra, dans une salle de cinéma très fifties… C’est du pur cinoche que ce western à grand spectacle auquel ne manque qu’un véritable auteur derrière la caméra, pour en faire l’une des réussites majeures du genre. La réalisation de l’obscur James Neilson est soignée (très appliquée, même), et totalement au service du grand spectacle. C’est un artisan dénué d’une personnalité affirmée, mais très à l’aise pour remplir, et bien, le cahier des charges.

Et si on doit rappeler le cahier des charges des films hollywoodiens de l’époque, précisons que la télévision faisait son apparition dans les foyers ricains, et que les producteurs rivalisaient d’imagination pour faire venir les spectateurs en masse dans les salles obscures. C’est donc la décennie où les écrans s’élargissent considérablement (celui-ci est tourné en « technirama », pour ceux que ça intéresse), où les couleurs se font plus vives, et où les décors spectaculaires font leur retour.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Night Passage remplit parfaitement son contrat. Dès le générique, lorsque le nom de James Stewart dévore l’écran (on imagine l’effet que ça devait faire dans les salles immenses aujourd’hui disparues), et que des dizaines de figurants apparaissent dans des décors (naturels) grandioses et magnifiques, on sait qu’on va être transporté dans un cinéma hollywoodien de haute volée. Et on n’est pas déçu…

Les ingrédients de l’histoire sont hyper-rabachés dans l’histoire du cinéma, et plus particulièrement du western : c’est l’éternel affrontement de deux frères ayant choisi chacun un côté différent de la loi, et qui vont devoir choisir à nouveau entre leur famille d’adoption et leur famille de sang ; un affrontement qui se déroule sur fond de construction de chemin de fer, thème lui aussi éculé dans le western, qui symbolise à merveille la confrontation entre deux mondes, les terres encore sauvages et la civilisation en marche.

L’histoire elle-même passe rapidement au second plan, même si les rebondissements sont suffisamment nombreux pour nous tenir en haleine. James Stewart est excellent en ancien agent des chemins de fer contraint à gagner sa vie en jouant de l’accordéon, et qui ne rêve que de reprendre du service. Mais le tandem qu’il forme avec son très jeune frère Audie Murphy ne fonctionne pas tout à fait : à aucun moment on ne se dit que ces deux-là vont s’entre-déchirer, ce qui enlève beaucoup du suspense qui aurait dû planer sur le film.

Mais les séquences impressionnantes se succèdent : des scènes de bagarres ou de gunfights bien sûr, mais ce sont curieusement les moments plus calmes qui se révèlent les plus magistraux. Cette scène muette où, après avoir rencontré un personnage à la Calamity Jane (interprété par Olive Carey), James Stewart traverse la montagne par un tunnel de mineurs ; celle encore où Stewart calme (temporairement) les esprits des ouvriers en improvisant un bal en plein air ; et surtout celle où le même Stewart voyage avec son jeune protégé (Brandon de Wilde, le p’tit gars de L’Homme des Vallées perdues) sur le wagon ouvert d’un train, surplombant un paysage de montagne absolument sublime. C’est cette image qui reste en tête bien longtemps après le mot fin…

L’Engrenage fatal (Railroaded) – de Anthony Mann – 1947

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,MANN Anthony — 26 mars, 2011 @ 7:48

L'Engrenage fatal

Anthony Mann est en plein dans sa grande période noire (grosso modo, entre La Cible vivante en 1945, et Incident de frontière en 1949), lorsqu’il signe ce bijou sombre aussi sec qu’un coup de feu dans la nuit. Et dans ce film proche de l’épure, les coups de feu dans la nuit sont de ceux dont on se souvient : dans la scène d’ouverture comme dans celle qui clos l’enquête, la nuit est profonde, à peine trouée par quelques rais de lumière, et la violence fait mal.

Dès cette scène d’ouverture, extraordinaire braquage d’un salon de beauté cachant une activité de paris illégaux, on est frappé par l’économie de moyen et par la force de ces images dont on ne voit pourtant pas grand-chose. Le méchant, dont on ne voit que les yeux inquiétants de John Ireland (dans l’un de ses premiers rôles importants), abat froidement un flic caché par une porte vitrée. De ce flic, on ne saura rien ; on ne le verra même pas, son « exécution » se faisant à travers une porte vitrée. Pourtant, sa mort hantera le film, le gentil flic, et aussi la « garce », comme souvent dans ce genre de films le personnage le plus complexe et passionnant (deux exemples : Gloria Grahame dans Règlement de comptes de Fritz Lang ; et Claire Trevor dans Key Largo de John Huston).

Le couple vedette, lui, n’est guère intéressant. Il y a le flic, interprété par un Hugh Beaumont guère expressif ; et la jeune femme dont il tombe forcément amoureux. C’est Sheila Ryan, charmante mais pas à la hauteur de son rôle, celui d’une fille sans histoire prête à tout pour innocenter son frère, accusé à tort d’avoir tué le policier. On s’intéresse bien davantage au couple un brin sado-masochiste formé par Jane Randolph (pour le côté maso) et John Ireland (évidemment sado).

Mann a surtout un talent fou pour créer une atmosphère, une impression de danger permanent, que ce soit dans les rares scènes très éclairées (celles du club de John Ireland, notamment) ou dans les rues quasi-désertes de la rue, où seuls les visages semblent sortir de la pénombre. D’ailleurs, on sent bien que Mann est bien plus intéressé par l’atmosphère que par l’enquête à proprement parler, qui avance miraculeusement grâce à une découverte énorme (une photo encadrée du méchant dans le sac du témoin du hold-up), le genre de rebondissement que plus personne n’ose plus filmer depuis les années 40. A part Eastwood dans Jugé coupable, peut-être.

Charlot débute (His New Job) – de Charles Chaplin – 1915

Classé dans : 1895-1919,CHAPLIN Charles,COURTS MÉTRAGES,FILMS MUETS — 26 mars, 2011 @ 10:19

Charlot débute

• Titres alternatifs (VO) : Charlie’s new job

• Titres alternatifs (VF) : Charlot débute au cinéma, Charlot dans les coulisses, Charlot auteur dramatique

Voilà un film qui porte bien son titre, puisque His new job marque les débuts de Chaplin à la Essanay (la compagnie de Spoor et Anderson), pour laquelle il venait de quitter la Keystone de Mack Sennett, où il avait fait ses débuts exactement un an plus tôt. Pour ses nouveaux débuts, Chaplin est en terrain connu : il choisit de situer son film dans les coulisses d’un studio, comme il l’avait déjà fait à la Keystone avec Charlot fait du cinéma et Charlot grande coquette (il le refera encore dans Charlot machiniste).

On sent que ses ambitions sont à la hausse à la Essanay : plus long, plus riche, plus inventif que ses bandes à la Keystone, His new job est un peu foutraque, certes (il n’y a pas encore le soucis de la construction qu’on verra dans ses chef d’œuvre à venir), mais le film fourmille de gags et d’idées géniales, qui seront pour certaines réutilisées dans d’autres films. C’est notamment dans ce court métrage que Chaplin utilise pour la première fois sa manière inimitable de faire sauter son chapeau alors qu’il fait mine de le remettre sur sa tête.

C’est aussi dans ce film que, malgré le manque visible de scénario, Chaplin devient un vrai cinéaste, qui sort enfin su strict plan fixe théâtral, pour s’essayer à quelques subtilités (discrètes, mais tout de même) de réalisation. On y trouve notamment son premier travelling.

Chaplin a visiblement voulu explorer au maximum les coulisses du cinéma : du figurant qui cherche un emploi à la vedette en tournage, en passant par le machiniste dans l’ombre, son personnage de Charlot passe par toutes les étapes en une demi-heure à peine.

Le meilleur gag ? Sans doute le passage où Charlot, improvisé vedette d’un tournage en costume, prend appui sur une colonne de marbre… en carton-pâte. Chaplin est un pitre génial, et il le prouve une nouvelle fois.

Le film est aussi célèbre pour être le premier dans lequel apparaît Gloria Swanson. D’après les historiens et les dictionnaires de cinéma, parce que j’avoue que je ne l’ai toujours pas reconnue…

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