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NEWS : la période « Keystone » de Chaplin enfin en DVD

Classé dans : 1895-1919,CHAPLIN Charles,NEWS — 24 août, 2010 @ 2:25

NEWS : la période

Voilà une nouvelle que j’attendais depuis… wouf… huit ans : depuis la sortie chez Arte Video des courts métrages réalisés par Chaplin durant ses périodes Essanay et Mutual. Depuis, MK2 nous a sorti toute la période First National et ses longs métrages tournés notamment pour la United Artists, dans de très belles éditions. Bref, si on ajoute à cela la sortie de La Comtesse de Hong-Kong chez Universal (dans une édition simple, sans le moindre bonus), ce que je me suis empressé de faire, la collection dédiée au créateur de Charlot était presque complète. Presque, mais pas tout à fait : il restait un grand trou dans la DVDthèque de tous les admirateurs de Chaplin, les quelque trente-cinq courts métrages de ses débuts pour la Keystone, la firme de Mack Sennett qui lui a fait faire ses premiers pas au cinéma, en 1914.

Depuis des années, l’édition de ces courts métrages (pour certains très rares, voire invisibles depuis des décennies) étaient programmée. Mais la plupart d’entre eux étaient dans un état de préservation très approximatif, et ont nécessité un long, très long travail de restauration pour arriver à un résultat que l’on nous promet satisfaisant. Mais l’attente arrive à son terme : Arte Video annonce la sortie d’un coffret « La naissance de Chaplin, Keystone 1914″, pour le 17 novembre prochain. Et ça, c’est la meilleure nouvelle de cette fin d’année…

Au menu de ce coffret de quatre DVD : tous les courts métrages de Chaplin depuis son premier rôle Making a living (avec une élégante redingote et de longues moustaches tombantes) jusqu’à son ultime film pour la Keystone, His prehistoric Past. On y retrouve donc la toute première apparition du personnage du vagabond (dans Kid Auto Races at Venice, le deuxième film de Chaplin), et le premier film réalisé par l’acteur (Twenty minutes of love). On retrouve également le premier long métrage dans lequel apparaît Chaplin, cinq ans avant The Kid : Tillie’s Punctured Romance (rebaptisé Le Roman comique de Charlot et Lolotte, pour mettre en valeur la star que Chaplin était devenue), réalisé par Mack Sennett, avec Marie Dressler en vedette.

Ce coffret sera mis en vente pour 39,99 euros.

Dick Tracy contre Cueball (Dick Tracy vs Cueball) – de Gordon Douglas – 1946

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,DOUGLAS Gordon — 24 août, 2010 @ 1:58

Dick Tracy contre Cueball (Dick Tracy vs Cueball) - de Gordon Douglas - 1946 dans * Films noirs (1935-1959) dick-tracy-contre-cueball

Les quatre films de série B que la RKO consacre au personnage créé par Chester Gould entre 1945 et 1947 ne sont pas des œuvres impérissables, loin de là. Mais s’il faut n’en voir qu’un seul, alors que ce soit celui-là. Dick Tracy vs Cueball est le deuxième de la série (après Dick Tracy, détective), et le dernier interprété par Morgan Conway, qui remplaçait celui qui était considéré alors comme l’incarnation vivante de Dick Tracy à l’écran : Ralph Byrd. Byrd avait déjà joué le policier dans plusieurs serials à la fin des années 30, s’apprêtait à reprendre son rôle dans les deux films suivants, et interpréterait encore le détective dans une série télévisée au tout début des années 1950. Pourquoi lui ? Mystère : Byrd m’a toujours paru totalement antipathique, au contraire de Morgan Conway, acteur certes limité, mais bénéficiant d’un certain charisme, et apportant une petite aura de danger à ce flic très populaire.

On est loin du film que Warren Beatty réalisera en 1990, et qui réussira le miracle de donner une vraie forme cinématographique à la bande de Gould. Mais ce Dick Tracy vs Cueball est sans aucun doute le meilleur des quatre films (je ne me prononcerai pas sur les serials, que je n’ai encore jamais vus). Gordon Douglas, qui connaîtra son heure de gloire dans les années 60 en réalisant une série de polars avec Frank Sinatra (dont le fameux Tony Rome est dangereux), parvient même par moments à installer une belle atmosphère, et notamment autour du Dripping Dagger, bar louche tenu par une vieille femme peu recommandable mais haute en couleurs (Esther Howard). Deux (courts) passages semblent même sortir tout droit du crayon de Gould : l’apparition de Cueball au tout début du film, avec ce fondu enchaîné entre le dessin du générique et le visage de l’acteur Dick Wessel ; et un geste très fugace de « Vitamine » (Ian Keith, qu’on avait vu en Saladin dans Les Croisades de De Mille, et en Moray dans le Mary Stuart de Ford) qui avale ses incontournables pilules en cassant son poignet d’un mouvement très « cartoonesque ».

Pour le reste, le film ne fait pas toujours dans la dentelle, et la mise en scène manque parfois cruellement d’imagination. Mais ce métrage qui n’excède pas une heure a l’avantage de la concision et de la rapidité.

The Devil and Daniel Webster / Tout l’argent de la Terre (The Devil and Daniel Webster / All that money can buy) – de William Dieterle – 1941

Classé dans : 1940-1949,DIETERLE William,FANTASTIQUE/SF — 24 août, 2010 @ 1:14

The Devil and Daniel Webster / Tout l'argent de la Terre (The Devil and Daniel Webster / All that money can buy) - de William Dieterle - 1941 dans 1940-1949 the-devil-and-daniel-webster

C’est étonnant de voir à quel point le mythe de Faust a inspiré le meilleur aux plus grands cinéastes : le Faust de Murnau, La Main du Diable de Tourneur (Maurice), Le Portrait de Dorian Gray d’Albert Lewin… Autant de chef-d’œuvre absolus auxquels il faut désormais ajouter ce film longtemps « maudit » de William Dieterle, que l’éditeur Carlotta (dont je ne louerais jamais assez les mérites) permet enfin de découvrir dans de bonnes conditions : depuis les années 40, il n’existait plus de copie complète de The Devil and Daniel Webster, que les producteurs avaient décidé de charcuter consciencieusement après son échec sans appel lors de sa sortie. On ne faisait pas vraiment de sentiment, à l’époque des Studios… Longtemps jugé irrécupérable, la version complète du film serait sans doute restée perdue à jamais pour le grand public, sans le DVD et la volonté de quelques éditeurs cinéphiles.

Et la perte aurait été immense : le film est une pure merveille, dont les images sont comme autant de tableaux magnifiquement composés, qui illustrent parfaitement toutes les étapes de ce film étonnamment riche. Aucune fausse note dans l’inspiration de Dieterle, qui réussit aussi bien les nombreuses séquences bucoliques (de jolies scènes qui montrent à quel point il est bon, mais difficile, de travailler la terre) que cette lente plongée du héros vers la folie, et même les scènes finales du procès avec un jury de damnés. Ces scènes étaient franchement casse-gueules, et menaçaient à la moindre maladresse de tomber dans le grand-guignol ; mais non, en tenant tout du long la note juste, Dieterle réussit de grands moments de cinéma. Sur un plan purement esthétique, The Devil… n’a rien à envier au film de Murnau (d’autant plus que la construction dramatique est un modèle de cinéma, avec une montée du suspense particulièrement efficace). Sur le fond non plus.

L’histoire en elle-même n’a rien de révolutionnaire. Dans la Nouvelle Angleterre de 1840, un brave fermier, Jabez Stone, peine à faire vivre convenablement sa femme et sa mère. Il accepte alors de vendre son âme au Diable (interprété avec jubilation par un Walter Huston décidément capable de tout jouer) en échange de sept années de chance et de fortune. Mais plus il s’enrichit, plus son cœur se durcit… jusqu’au point de non retour.

Pourtant, le film de William Dieterle ne ressemble à aucun autre. Le cinéaste y mêle avec bonheur deux thèmes très forts et a priori sans rapport l’un avec l’autre : le mythe de Faust et une valorisation de l’Amérique rurale et des grandes valeurs sur lesquelles le pays s’est construit. The Devil… c’est la rencontre entre Goethe et le Capra de Monsieur Smith au Sénat. Rencontre improbable, mais qui apparaît comme une évidence devant la caméra de Dieterle. Le réalisateur dresse un parallèle audacieux, mais d’une sincérité qui pousse au respect, entre la damnation et la trahison de ces valeurs américaines.

Le film rappelle que les cinéastes d’origine européenne ont souvent été les plus Américains des réalisateurs américains. Comme Fritz Lang, Robert Siodmak, Michael Curtiz ou Billy Wilder, William Dieterle a fuit la montée du nazisme dans les années 30. Et comme eux, il s’est souvent approprié les genres hollywoodiens, brandissant avec une foi inébranlable les grandes valeurs américaines. Souvent avec un discours critique, mais avec une sincérité qu’on ne peut pas remettre en question. Pour Dieterle, l’Amérique représentait l’ouverture et la vertu, contrepoint absolu à la montée de la haine et de l’intolérance dans cette Europe qu’il a fui… Humaniste engagé, le cinéaste n’allait pas tarder à connaître un cruel retour de bâton : il sera l’une des principales victimes de la Chasse aux Sorcières, son engagement étant jugé suspect.

Mais cet humanisme fait toute la force du film, notamment par le personnage de Daniel Webster, grand homme politique qui n’hésite pas à sacrifier ses ambitions personnelles pour défendre ce en quoi il croit. Simple hasard, ou clin d’œil volontaire ? Daniel Webster est interprété par Edward Arnold, un habitué des comédies humanistes de Capra. Le choix des acteurs fait aussi partie de la grande réussite du film. Et là non plus, pas la moindre fausse note : autour du méconnu James Craig dans le rôle de Jabez Stone, et de la craquante Anne Shirley dans celui de sa douce épouse, on retrouve quelques visages familiers du cinéma américain de cette époque : Arnold et Huston, donc, mais aussi Simone Simon (La Féline, bien sûr), et surtout deux acteurs « fordiens » inoubliables : Jane Darwell (la Ma Joad des Raisins de la Colère) et John Qualen (second rôle incontournable des films de Ford pendant plus de trente ans, de Arrowsmith aux Cheyennes), génial dans le rôle de l’usurier.

Ces seconds rôles contribuent eux aussi à faire de The Devil and Daniel Webster un moment rare de cinéma. Du pur bonheur à recommander sans la moindre retenue…

• Fidèle à son habitude, Carlotta présente le film dans une très belle édition, qui ne propose que des bonus passionnants, notamment un épisode de la série anthologique Screen Directors Playhouse qui, au milieu des années 50, proposait à d’importants réalisateurs hollywoodiens, de réaliser un court métrage d’une trentaine de minutes. L’éditeur avait déjà proposé deux épisodes signés Allan Dwan dans le très beau coffret réunissant sept de ses films (dont je reparlerai immanquablement dans ces colonnes), sorti il y a quelques mois. L’épisode signé Dieterle n’est certes pas un moment inoubliable de l’histoire de la télévision, mais on le découvre tout de même avec une vraie curiosité.

Docteur T et les femmes (Dr T and the Women) – de Robert Altman – 2000

Classé dans : 2000-2009,ALTMAN Robert — 23 août, 2010 @ 7:03

Docteur T et les femmes (Dr T and the Women) - de Robert Altman - 2000 dans 2000-2009 docteur-t-et-les-femmes-300x198

C’est un Altman d’un excellent cru que ce Docteur T… Le réalisateur de Short Cuts aime explorer des univers très particuliers dans ses films, que ce soit pour le meilleur (un show radiophonique dans The Last Show, son ultime et plus beau film) ou le pire (la haute couture dans Prêt-à-porter, décidément inregardable). Un cabinet de gynécologie n’était a priori pas le plus cinématographique, ni le plus passionnant des décors… et pourtant, ce film bien plus complexe qu’on ne pouvait l’attendre est l’une des grandes réussites du monsieur.

Pourtant, les premières minutes font peur : dans la salle d’attente du cabinet du docteur T (Richard Gere), clientes et secrétaires piaillent dans un brouhaha assourdissant, dans un long plan séquence comme les aime Altman (presque un passage obligé pour lui !), dont on sort éreinté, vidé, et légèrement agacé. Après cinq minutes de film seulement. Altman aurait-il une dent contre les femmes ? L’image qu’il en donne dès les premières images n’est guère réjouissante pour la gente féminine. Mais rapidement, on comprend clairement que le discours du cinéaste est bien plus nuancé, ce dont on se doutait, connaissant sa filmo pas vraiment marquée par la misogynie. Ce que Altman critique (très violemment) dans ce film, ce sont les conventions et l’hypocrisie constante qui régissent la bourgeoisie américaine. Dans ces belles familles aisées, tout le monde se fiche plus ou moins de l’autre : tant que le sourire est affiché, et ultra bright, tout va bien. Mais ce vernis clinquant cache très mal les fêlures et le mal-être.

La phrase de la fille cadette du gynéco, qui revient comme un gimmick tout au long du film (« ne te fais pas de souci pour moi, papa ») est à la fois hilarante, déconcertante et un peu glauque. Comme l’état d’ébriété constant qu’alimente consciencieusement la belle sœur du doc (Laura Dern, épatante et très loin de Lula !) pour faire passer ce mal-être dont tout le monde se fout. Les nombreuses scènes 100% féminines sont de grands moments de mesquineries, de sourires de façades, et de petites langues de putes… Finalement, la plus humaine dans cette famille insupportable, c’est la femme du docteur (Farraw Fawcett, parfaite), devenue folle d’avoir été trop aimée ! Le docteur T a une belle phrase pour résumer l’hystérie collective des femmes entre elles, évoquant la naissance de jumeaux : « Lorsqu’il y a au moins un garçon, tout se passe bien ; c’est comme si l’ordre de sortie avait été planifié. Lorsque ce sont deux filles, alors là, c’est la lutte pour savoir qui va sortir en premier… »

Dans cette hystérie ambiante, les apparitions de Richard Gere sont comme de grosses bulles d’air frais. Il se dégage de son personnage une patience et une bonté absolue. Mais la folie de sa femme et son attirance pour une professeur de golf (Helen Hunt) révèlent petit à petit ses fêlures. Et le choix de Richard Gere (qui livre l’une de ses plus belles interprétations, toujours dans la note juste) pour ce rôle est l’une des plus belles idées du film : en apparence, le gynéco est la perfection faite homme. Beau, toujours attentif, d’un calme à toute épreuve, réconfortant et rassurant… il ne comprend en effet strictement rien aux femmes (« qu’il observe toujours par le mauvais goût », comme le dit si bien Robert Altman dans une interview en bonus du DVD), qu’il étouffe littéralement.

N’y a-t-il donc personne qui trouve grâce aux yeux d’Altman ? Si : Maryline (Liv Tyler), la demoiselle d’honneur choisie par la fille aînée du bon docteur T pour son mariage, qui ne dissimule pas son homosexualité, ni son amour pour la future mariée. Cette dernière finira, au dernier moment, par envoyer promener les conventions dans lesquelles elle a grandi, et à crier ouvertement son amour pour Maryline. Ouf !, ce monde d’apparence et de mensonges n’est pas inéluctable. Finalement, Altman est un optimiste…

Victime du Destin (The Lawless Breed) – de Raoul Walsh – 1953

Classé dans : 1950-1959,WALSH Raoul,WESTERNS — 23 août, 2010 @ 1:38

Victime du Destin (The Lawless Breed) - de Raoul Walsh - 1953 dans 1950-1959 Victime%20du%20destin_zpscux1qv0k

La lecture du formidable roman de James Carlos Blake, L’Homme aux pistolets, m’a donné envie de revoir ce western du grand Walsh, lui aussi inspiré de la vie de John Wesley Hardin, l’un de ces grands hors-la-loi qui ont fait la mythologie de l’Ouest américain. La comparaison est un peu déroutante… Le roman (écrit en 2002) est un portrait tout en nuances de Hardin, qui multiplie les points de vue, et laisse délibérément des zones d’ombre. C’est aussi une peinture particulièrement réaliste de l’Amérique de la deuxième moitié du XIXème siècle, cadre de vie hors norme pour une vie hors du commun.

Le film, prétendument adapté de l’autobiographie écrite par Hardin lors de son long séjour en prison, n’a quant à lui qu’un très lointain rapport avec la réalité. Le hors-la-loi est devenu un jeune homme (interprété par Rock Hudson, qui porte pour la première fois un film important sur ses épaules) qui n’aspire qu’à vivre une existence tranquille dans une ferme, mais qu’un concours de circonstances transforme en ennemi public. Comme il le clame à longueur de film, « je n’ai jamais tiré sur quiconque n’avait pas essayé de me tuer d’abord ». Une « victime du destin », quoi, pour reprendre le titre français.

Toute la première partie, qui retrace la longue « carrière » de hors-la-loi de Hardin, prend énormément de liberté avec la vérité historique, ne reprenant que quelques éléments véridiques (la cohabitation difficile avec un père pasteur qui désapprouve le goût du jeune Wes pour le jeu), parfois en les sortant de leur contexte (comme la séquence, plutôt rare dans un western, des courses de chevaux). L’emprisonnement de Hardin (qui représente pourtant près de la moitié de sa vie !) est même totalement éclipsé : on ne verra pas une image de l’intérieur de la prison, et pas un mot ne sera dit sur les conditions dans lesquelles il a purgé sa longue peine. Quant à la partie finale, dans laquelle il retrouve sa femme et son jeune fils dans la ferme, elle est en opposition totale avec l’existence réelle du hors-la-loi.

En fait, Walsh et ses scénaristes (Bernard Gordon et William Alland, le producteur de L’Etrange créature du Lac Noir) n’ont retenu de John Wesley Hardin que le mythe qu’il représente, et l’aura qu’il dégageait, et faisait de lui la cible idéale des jeunes « gunfighters » en quête de gloire (comme Gregory Peck dans le magnifique film d’Henry King, La Cible humaine). En fait, Walsh est moins intéressé par le long chemin criminel de son héros que par la rencontre entre ce personnage vieillissant et assagi, et son fils aussi bouillant que lui au même âge. C’est, et de loin, la partie la plus passionnante du film : cette magnifique séquence au cours de laquelle Hardin arrive chez lui, et voit pour la première fois son fils, désormais un jeune homme, vous noue la gorge à tous les coups. Rock Hudson la joue avec un mélange d’intensité et de retenue assez remarquable. Je pense qu’on a tendance à sous-évaluer les qualités de cet acteur, qui a signé quelques prestations remarquables, chez Walsh notamment, et surtout dans les films de Sirk, dont il n’allait pas tarder à devenir le comédien fétiche.

Le film tout entier semble ne se diriger que vers la scène suivant ce retour : le premier face à face entre l’homme et son fils, la sensation qu’a l’ancien hors-la-loi de se revoir lui-même (avec un effet de surimpression très réussi, sur le visage affolé de Hudson), et cette certitude, alors, que son fils va suivre le même chemin que lui, faire les mêmes erreurs que lui… Certitude qui le pousse à agir envers son fils comme l’avait fait son propre père avec lui. Cette séquence est sans doute la plus importante du film, et elle est parfaitement maîtrisée. Bien sûr, on peut penser que l’histoire aurait eu plus d’impact sans l’incroyable happy-end purement hollywoodien, mais qu’importe : Walsh a signé un western certes mineur dans sa carrière, mais original et passionnant.

Narc (id.) – de Joe Carnahan – 2002

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),2000-2009,CARNAHAN Joe — 20 août, 2010 @ 12:46

Narc (id.) - de Joe Carnahan - 2002 dans * Thrillers US (1980-…) Narc_zpsp3a8gis6

Avec L’Agence tous risques, Joe Carnahan a signé l’un des blockbusters les plus attendus de 2010. Pour ceux qui ont découvert le réalisateur en 2002 avec son deuxième film, c’était loin d’être une évidence : l’image que Carnahan a laissé auprès des admirateurs de Narc n’a pas grand-chose à voir avec le show culte des années 80. Plus sombre que Narc, tu meurs, et on imaginait plus facilement le réalisateur adapter les œuvres de James Ellroy que porter sur grand écran les aventures de Hannibal, Futé, Looping et Barracuda… Un grand écart assez impressionnant qui permettra peut-être à certains de découvrir les premiers films de Carnahan, et surtout Narc, devenu au fil des ans un petit film culte.

Narc est une perle noire comme on en voit que deux ou trois par décennie. Glauque, violent, et sans illusion, le film évoque les grands films noirs des années 40, la crudité et l’âpre réalisme en plus. Bref, on est loin de Starsky et Hutch, et Carnahan nous propose une plongée (en apnée) dans le quotidien de flics qui ne vivent que pour leur boulot, incapables de faire face à une vie « normale ». Lorsque le film commence, le héros, joué (avec une intensité inattendue chez lui) par Jason Patric (le beauf bouffi de Speed 2) se reconstruit auprès de sa femme et de leur enfant, quelques mois après une intervention qui a mal tourné, et au cours de laquelle il a causé la mort d’un bébé. Rien ne le pousse vraiment à accepter la mission qu’on lui propose : enquêter sur le meurtre d’un flic en duo avec l’ancien partenaire de la victime. Rien ne l’oblige à redescendre dans la rue et de renouer avec la violence et la mort. Mais il a ça dans la peau : être flic, c’est plus qu’un boulot, c’est une mission.

Et bien sûr, la descente aux enfers est totale. Plus profonde encore que ce qu’on redoute dès les premières minutes de l’enquête. Jason Patric n’est pas un héros hollywoodien, et son jugement est faillible. Celui du spectateur aussi, d’ailleurs, qui se laisse surprendre par l’immense claque finale, que je ne raconterai pas ici.

L’autre flic du film, c’est Ray Liotta, qui retrouve enfin un rôle à la hauteur de son immense talent, douze ans après Les Affranchis. Avec son visage buriné, ses yeux hallucinés, et sa moue rageuse, Liotta dévore la pellicule, évoquant, l’ironie mordante en moins, mais avec la même détermination à toute épreuve, le Popeye Doyle de French Connection. Friedkin lui-même ne tarit d’ailleurs pas d’éloges sur Narc, dont il affirme qu’il serait même supérieur à son propre film (dans un bonus de l’édition DVD). Je n’irais peut-être pas jusqu’à lui donner raison, mais le film de Carnahan n’a pas à rougir de la comparaison.

La Femme infidèle – de Claude Chabrol – 1968

Classé dans : 1960-1969,CHABROL Claude — 19 août, 2010 @ 4:43

La Femme infidèle - de Claude Chabrol - 1968 dans 1960-1969 la-femme-infidele

Etrange… Ce bon vieux Chabrol m’avait laissé le souvenir d’une atmosphère un peu langoureuse, voire sulfureuse. Il n’en est rien. Stéphane Audran est belle à damner (comme toujours devant la caméra de son compagnon d’alors, qui la filme comme s’il la caressait), mais elle est bien le seul élément de séduction de ce film ostensiblement froid et austère. De cette époque-là, celle de ses grands classiques (il enchaîne avec Que la bête meure et Le Boucher), La Femme infidèle est sans doute le film qui rappelle le plus que Chabrol fut l’un des pères-fondateurs de la Nouvelle Vague. Il filme ses personnages avec beaucoup de distance et une absence totale de passion, ce qui peut paraître un peu déroutant pour une histoire qui tourne autour d’un crime passionnel.

Mais c’est cette austérité qui rend le film si troublant, et la critique de cette fameuse bourgeoisie de province (la grande obsession du cinéaste, avec la bouffe, de A double tour à La Fille coupée en deux) si puissante. En évitant consciencieusement tous les effets cinématographiques qui auraient pu rendre sa critique trop évidente, Chabrol nous montre une famille parfaite, qui mène une vie parfaite et sans histoire, dans une maison de campagne baignée de soleil et agréablement ombragée. Une famille modèle, quoi, mais qui fait froid dans le dos, comme font froid dans le dos les relations du père avec son fils, ou les déclarations d’amour de Michel Bouquet à Stéphane Audran. Rarement on aura entendu un « Je t’aime » déclamé avec une aussi flagrante absence de passion.

Parce qu’il est rapidement évident que ce qu’aime le personnage de Bouquet, c’est l’image qu’ils donnent du bonheur, plutôt que le bonheur lui-même. Incapable de passion, il voit dans le personnage de Maurice Ronet une menace qui pèse sur l’équilibre si parfait de sa vie, plutôt qu’un rival dans le cœur de sa belle épouse. La longue séquence du meurtre, et surtout de l’après-meurtre, montre bien le sang-froid naturel de cet homme incapable d’éprouver le moindre  sentiment, ou le moindre remords.

Bouquet est formidable. Mais Stéphane Audran l’est tout autant. Contrairement à son mari dans le film, elle laisse transparaître quelques bribes d’émotion tout au long du film. De pulsions de femme, aussi. Les larmes qu’elle se laisse aller à verser après avoir appris la mort de son amant relèvent d’ailleurs sans doute plus de la frustration de voir sa « soupape » disparaître, plutôt que de la douleur de perdre son amour. Au fond, son personnage tient tout autant à cette vie d’apparence que le couple a sans doute mis des années à construire. Lorsqu’elle comprend que son mari a tué son amant (mais ne l’a-t-elle pas su tout de suite ?), sa décision est naturellement prise : pas question de le dénoncer à la police. Cette histoire ancienne qu’elle a déjà oubliée n’a aucun poids face au vernis qui recouvre sa vie, et qui s’apprête pourtant à craquer.

Chabrol fera encore mieux (notamment avec Juste avant la Nuit, qui reformera trois ans plus tard le même couple Stéphane Audran-Michel Bouquet), mais en signant un film totalement dépassionné, il plonge le spectateur dans l’état d’esprit de ses personnages, et signe avec La Femme infidèle l’un de ses films les plus dérangeants.

Tempête sur l’Asie (Potomok Chingis-Khana) – de Vsevolod Poudovkine – 1928

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,POUDOVKINE Vsevolod — 19 août, 2010 @ 1:55

Tempête sur l'Asie (Potomok Chingis-Khana) - de Vsevolod Poudovkine - 1928 dans 1920-1929 tempete-sur-lasie

Son visage et son regard sont opaques, presque imperméables, mais on n’est pas prêt d’oublier la prestation de Valery Inkijinoff, extraordinaire bloc de fureur retenue, qui habite ce film fascinant de Poudovkine, sans doute le chef d’œuvre du (grand) réalisateur de La Fin de Saint-Petersbourg. Dans le rôle d’un trappeur modeste, venu des steppes les plus reculées de Mongolie, que les Anglais voudront placer à la tête du pays lorsqu’ils le prendront pour « le descendant de Genghis Khan » (c’est la traduction littérale du  titre original), Inkishanov symbolise tout le peuple mongol opprimé de ces années 1920.

Avec Tempête sur l’Asie, Poudovkine a bel et bien signé un film symbolique. Le destin de ce jeune trappeur semble difficile à croire sur le papier ; mais à l’écran, il représente le destin d’un pays à la botte des Anglais (représentés d’une manière particulièrement odieuse), humilié et presque anéanti, jusqu’à ce que la fierté du peuple et sa volonté de rester libre ne finisse par entraîner une réaction qu’il semblait incapable d’avoir. C’est vrai du peuple mongol, et c’est vrai du personnage principal qui, après une première réaction violente (pour s’être fait volé une magnifique peau de renard), et après un bref passage au sein d’un groupe de résistant, se laisse juger, se laisse exécuter, ne doit la vie sauve qu’à ses ennemis (et à un concours de circonstance incroyable), et se laisse manipuler comme un objet, jusqu’à être travesti en « respectable » occidental… Mais derrière le masque de l’acteur, on devine la rage qui s’emmagasine. Et lorsqu’elle se libère, enfin, c’est une véritable explosion de colère et de rancœur, que rien ni personne ne peut arrêter. Le trappeur détruit tout autour de lui, la réaction du peuple mongol est lancée…

Tempête sur l’Asie n’a rien d’un documentaire, mais il décrit pourtant magnifiquement bien l’état d’esprit d’un peuple, rongé par l’humiliation et avide de liberté. Tourné dans d’impressionnants décors naturels (des steppes infinies et glaçantes aux verdoyantes montagnes, en passant par les villages de trappeurs très « westerniennes »), ce film rappelle qu’il n’y a pas qu’Eisenstein dans le cinéma muet russe. Loin de là.

Le monde entier a découvert Valery Inkijinoff grâce à ce film. L’acteur connaîtra à partir du début des années 30, et jusqu’à sa mort en 1973, une belle carrière internationale, apparaissant notamment dans Les Pirates du Rail et Les Pétroleuses de Christian-Jacque, Michel Strogoff de Carmine Gallone, Le Tigre du Bengale et Le Tombeau Hindou de Fritz Lang, La Tête d’un homme de Julien Duvivier, ou encore Les Tribulations d’un Chinois en Chine : le fameux Mr. Goh, c’était lui.

Stalag 17 (id.) – de Billy Wilder – 1953

Classé dans : 1950-1959,WILDER Billy — 15 août, 2010 @ 5:59

Stalag 17 (id.) - de Billy Wilder - 1953 dans 1950-1959 stalag-17

Le film d’évasion est un genre en soi, qui donne parfois des œuvres très belles. Stalag 17 fait partie de ces réussites, sans doute plus proche de La Grande Illusion que de La Grande Evasion : le film de Wilder est bien davantage la chronique d’un groupe d’hommes condamnés à vivre entre eux en vase clos, que l’histoire héroïque de soldats prêts à tout pour s’évader. En guise de héros, on n’a que des hommes « normaux », dont les moindres relents d’héroïsmes sont torpillés par un comportement désespérément commun. Si l’officier est torturé, c’est parce que son compagnon n’a pu s’empêcher de se vanter de ses exploits ; si les évasions échouent, c’est parce que les prisonniers ne savent pas garder leur langue ; si le personnage de William Holden manque de se faire lyncher, c’est à cause d’un jugement « au faciès », on ne peut plus courant.

Stalag 17 est l’unique film de guerre de Wilder (avec Les Cinq Secrets du Désert, une charmante œuvre de jeunesse tombée dans l’oubli), mais la guerre n’y a que peu d’importance (on n’en verra rien, d’ailleurs) : le film, quasiment dénué de tout humour (ce qui est plutôt rare dans l’œuvre de Wilder), est bien plus une étude de mœurs, d’une grande justesse et parfois terriblement émouvante. Le bref sursaut de lucidité de ce jeune prisonnier, plongé dans une sorte de catatonie permanente, est bouleversant. Tout comme cette grosse brute qui ne rêve que d’obtenir un rancard avec Betty Page, et qui s’imagine un instant dansant avec elle.

Le suspense est également très réussi. Parce que, même si un doute persiste pendant une grande partie du film, on imagine bien que William Holden n’est pas le traitre que ses co-détenus pensent. On se doute bien, aussi, que c’est lui qui finira par démasquer le vrai coupable. Holden a obtenu un Oscar pour sa prestation, et il faut bien reconnaître qu’il est bluffant. Totalement en retrait pendant le premier tiers du film, il subit simplement les événements dans réagir, affichant parfois une suffisance et un mépris qui le rendent même assez antipathique. Mais au fur et à mesure que le ressentiment grandit autour de lui, son visage et son attitude trahissent toutes sortes d’état : la colère, la méfiance, la peur, la panique même. C’est un grand numéro que nous livre l’acteur.

Face à lui, tous les comédiens sont excellents. On retrouve avec plaisir un tout jeune Peter Graves, qui n’est pas encore devenu le Jim Phelps de la série Mission : Impossible. On est aussi surpris de voir le cinéaste Otto Preminger interpréter avec sadisme (et beaucoup de conviction) le chef de camp. On est affligé, enfin, de se souvenir que ce film sombre et sérieux a inspiré une série télévisée plus proche de Benny Hill que du drame de guerre : Papa Schultz. Pas sûr que Wilder ait apprécié outre mesure…

La Taverne de l’Irlandais (Donovan’s Reef) – de John Ford – 1963

Classé dans : 1960-1969,FORD John,WAYNE John — 15 août, 2010 @ 10:47

La Taverne de l'Irlandais (Donovan's Reef) - de John Ford - 1963 dans 1960-1969 la-taverne-de-lirlandais

C’est une comédie gentiment désuète que Ford nous offre là. Visiblement décidé à ne rien prendre au sérieux dans ce film, le réalisateur tente de retrouver la légèreté et le charme de L’Homme tranquille. On n’ira pas jusqu’à dire qu’il y parvient totalement, mais après un premier quart d’heure un peu poussif, on finit par plonger avec une certaine délectation dans cet univers typiquement fordien, où les hommes aiment boire et se battre, même s’ils ne savent plus pourquoi ils s’opposent. Les bagarres constantes entre John Wayne et Lee Marvin (qui se retrouvent un an après L’Homme qui tua Liberty Valance) forment une sorte de fil conducteur assez réjouissant au film.

Ford, d’ailleurs, s’est intéressé bien d’avantage aux rapports entre les personnages qu’à l’histoire, à laquelle on ne croit pas une seconde : une jeune femme de Boston arrive sur une île paradisiaque pour tenter de prouver que son père, qui vit là et qu’elle n’a jamais vu, ne mène pas une vie « conforme aux bonnes mœurs de Boston ». Bien sûr, il lui suffira de rencontrer ses demi-frères et demi-sœurs, et surtout John Wayne, ancien soldat installé sur l’île depuis la fin de la guerre, pour tomber sous le charme des lieux et de ce mode de vie si différent du sien. Dès les premières minutes, on devine que la jeune femme (interprétée par Elizabeth Allen, charmante mais loin, très loin de la flamboyante Maureen O’Hara) succombera au charme de Wayne (qui reconnaissait lui-même qu’il était trop vieux pour le rôle, mais sa présence était indispensable pour convaincre les décideurs de produire le film).

On n’y croit pas vraiment, mais cela n’a pas d’importance. Ce joli film à l’ancienne permet à Ford de clamer qu’il est toujours le même, et qu’il a toujours cette âme d’Irlandais qui aime les amitiés viriles, les bagarres de saloon, et les hommes qui savent imposer leur force aux femmes. La fin du film est d’ailleurs curieusement proche de celle de L’Homme tranquille, et serait inimaginable aujourd’hui. Fatigué de la répartie et de l’aplomb d’Elizabeth Allen, John Wayne l’empoigne, la fesse vigoureusement, puis l’embrasse avec fougue. Tout Ford et tout Wayne, quoi…

John Ford a toujours aimé revisité ses propres films : Le Fils du Désert citait Trois Sublimes canailles ; Les deux Cavaliers était une relecture de La Prisonnière du Désert ; What Price Glory ? était le remake d’un muet de Walsh auquel il avait participé… Avec La Taverne de l’Irlandais, il reprend de nombreux éléments de Hurricane, un film un peu oublié qu’il a tourné en 1937 : mêmes décors, mêmes personnages, même déchaînement des éléments… Vingt-six ans plus tard, on retrouve même Dorothy Lamour, qui jouait l’héroïne de Hurricane, et qui interprète ici le rôle secondaire mais haut en couleurs de Miss Lafleur. Autre « guest » présent dans les deux films : l’Araner, le voilier adoré de Ford. Les deux films ont bien des points communs, mais sont aussi très différents : La Taverne de l’Irlandais est une pure comédie, qui présente une vision idyllique de l’île.

Visiblement, Ford avait envie de renouer avec un cinéma plus léger, et de retrouver l’atmosphère détendue de ses tournages passés. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé : tous les participants ont raconté à quel point le tournage a été heureux. C’est en tout cas une parenthèse colorée entre deux films majeurs (et sombres) : L’Homme qui tua Liberty Valance et Les Cheyennes. C’est aussi un ultime sursaut d’insouciance et de jeunesse pour un cinéaste vieillissant, qui ne tournera plus que deux films, et qui fait ici ses adieux cinématographiques à John Wayne, son complice depuis près de quarante ans.

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