Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Cantique d’Amour (Song of Songs) – de Rouben Mamoulian – 1933

Classé dans : 1930-1939,DIETRICH Marlene,MAMOULIAN Rouben — 7 octobre, 2011 @ 10:31

Cantique d'amour

Entre 1930 et 1935, Marlene Dietrich a tourné huit films (et rien à jeter), dont sept avec Josef Von sternberg. La seule exception ? Ce Cantique d’amour, un titre assez repoussant qui cache un très beau film de Mamoulian. Marlene y interprète une jeune femme très simple qui, après la mort de son père, part vivre « à la ville » avec sa tante acariâtre. Elle tombe bientôt sous le charme d’un sculpteur qui refuse de s’engager avec celle dont il est pourtant amoureux. Abandonnée par son amant, mise à la porte par sa tante, elle finit par se marier avec un riche officier qu’elle n’aime pas. Elle prendra aussi un amant, sèmera pas mal de malheur derrière elle, avant de… mais ne comptez pas sur moi pour dévoiler la fin.

Rouben Mamoulian est un très grand cinéaste, dont la caméra ne se contente pas d’illustrer l’histoire. La toute première séquence symbolise, en une poignée de plans magnifiques, la « naissance » d’une jeune femme qui, après la mort de son père, commence sa propre vie de femme. La symbolique n’est pas d’une grande légèreté (Marlene Dietrich, abattue, marche d’un pas de plus en plus alerte le long d’une allée plantée d’arbres en fleurs… C’est le printemps, la vie qui reprend). Mais qu’importe, tout le film sera un exercice de style sur le même modèle. La caméra fera bien plus qu’illustrer le scénario : elle en soulignera tous les éléments forts, exacerbant les sentiments des personnages… et du spectateur.

Il y a, surtout, une scène d’une sensualité incroyable. Dans son atelier, le sculpteur Waldo a convaincu la prude Lily de poser nue pour lui, lui assurant qu’elle n’est rien de plus qu’un modèle asexué. Sauf qu’au fur et à mesure que la sculpture prend forme, on voit bien que le regard de Waldo (excellent Brian Aherne) change, que sa main est moins sûre, qu’un trouble s’est posé sur sa voix. Bien sûr, on ne voit rien de plus que les épaules de Marlene. Mais la main de Waldo effleurant le sein de sa sculpture dépasse le simple pouvoir de suggestion. C’est l’une des scènes les plus sensuelles qu’il m’ait été donné de voir (et je suis prêt à casser la gueule au premier qui me dit que c’est comme dans Ghost !).

Tout est excessif dans Cantique d’amour, y compris l’impression de déjà-vu créé par un scénar bourré de rebondissements attendus (on pense parfois à Blonde Vénus, que Marlene a tourné juste avant avec Von Sternberg). Y compris les personnages masculins stéréotypés, incarnés par des acteurs parfaits (Aherne, donc, mais aussi Lionel Atwill en richard un brin libidineux). Mais l’intelligence de la mise en scène tire continuellement le film vers le haut, exacerbant le moindre sentiment. Quand Marlene est en colère, ça fait très mal. Quand elle désire, ça fait très envie. Et quand elle est triste, c’est bouleversant. Et puis il y a sa beauté, à la fois presque irréelle et pourtant d’une troublante humanité. Derrière le masque du mythe se cache une actrice d’une sensibilité extrême.

Le film est habité par sa présence, mais il est aussi hanté par sa sculpture, symbole presque abstrait de l’histoire de désir, d’amour, de haine et de désespoir qui unit l’artiste et son modèle. C’est original, délicat et profondément émouvant. De là à dire qu’il s’agit d’un chef d’œuvre à redécouvrir absolument, il n’y a qu’un pas que je franchis allégrement…

La Cigogne en papier (Orizuru Osen) – de Kenji Mizoguchi – 1934

Classé dans : 1930-1939,FILMS MUETS,MIZOGUCHI Kenji — 6 octobre, 2011 @ 1:54

La Cigogne en papier

Le dernier film muet de Mizoguchi est paradoxalement l’un de ses plus bavards ! Entrecoupés de (trop) nombreux cartons, l’histoire tragique de la pauvre Osen, jeune femme sacrifiée par ses bourreaux, puis sacrifiée volontaire, est un peu plombée par ses dialogues trop nombreux qui la plupart du temps n’apportent pas grand-chose à la compréhension, et ne permettent pas d’apprécier la force des images.

Des dialogues qui apparaissent sur des cartons, comme dans n’importe quel film muet, mais qui sont dits en voix off par un « benshi ». Le benshi, c’est en quelque sore l’équivalent monolithique du pansori coréen, le chant et le côté fascinant en moins. Ce narrateur était indispensable dans le Japon rural du début du XXème siècle, où beaucoup de spectateurs étaient incapables de lire les cartons. Planté au pied de l’écran, il jouait les dialogues en direct. Une véritable institution qui explique en partie pourquoi le cinéma japonais a mis autant de temps à passer au parlant (nous sommes en 1934, là). La Cigogne en papier est un film de transition pour Mizoguchi, qui inclut le benshi dans la bande sonore du film.

Peut-être est-ce pour le mettre en valeur qu’il a multiplié à ce point les cartons. Mais décidément, cela n’apporte rien, bien au contraire. Dans la première partie, en tout cas, confuse et basée sur les activités illicites d’une bande de malfaiteurs qui utilisent la jeune femme comme appât pour monter des arnaques. Difficile à suivre précisément, cette intrigue policière est maladroite et ennuyeuse. Mais il faut passer le cap de cette première partie : dans la seconde moitié, le film devient beaucoup plus passionnant, lorsqu’il se concentre exclusivement sur les rapports entre Osen et son « petit frère » Sokichi.

On a franchement envie de le baffer, ce Sokichi, étudiant en médecine sans envergure et complètement soumis, qui passe la première partie du film à pleurnicher (incapable de se rebeller ou de se prendre en main pour débarrasser sa « grande sœur » de l’emprise de ses maîtres), et la seconde à se voiler la face avec hypocrisie : mais d’où vient l’argent que la petite Osen récolte pour financer ses études à lui ? Mieux vaut pas se demander, il sera toujours temps d’avoir l’air surpris lorsque la jeune femme sera arrêtée pour avoir fait la putain… Osen, d’abord victime malgré elle, se transforme en victime consentante, sacrifiant sa vie, son honneur, et finalement sa santé mentale, pour permettre à ce p’tit con à peine reconnaissant de vivre la vie qu’il doit vivre.

L’histoire est racontée à grand renforts de flash-backs (et de flash-backs dans les flash-backs). Une construction audacieuse et complexe, rare chez Mizoguchi, qui ne fait que renforcer le sentiment de tragédie inéluctable. Le film commence par une scène de nuit, sur le quai de gare d’une ville privée d’électricité. Dans l’anonymat de la foule, deux silhouettes ressortent : celle d’un notable visiblement hermétique à l’impatience du petit peuple ; et celle d’une femme aux épaules tombantes, qui semble attendre avec résignation son dernier souffle… Ce sont ces deux êtres qui semblent ne pas se connaître, mais qui évoquent intérieurement leur jeunesse commune. Lui se souvient qu’il se serait suicidé, s’il n’avait pas été sauvé par Osen, et qu’il se serait sans doute laissé entraîner dans une vie de misère. Elle se souvient qu’elle a tout sacrifié pour le bien de Sokichi, en secret et sans rien attendre en retour. Et « rien », c’est justement ce qu’elle a eu…

Forfaiture (The Cheat) – de Cecil B. De Mille – 1915

Classé dans : 1895-1919,De MILLE Cecil B.,FILMS MUETS — 4 octobre, 2011 @ 10:43

Forfaiture

Décidément, Cecil B. De Mille vaut (parfois) bien mieux que sa pauvre réputation de spécialiste de la grosse production hollywoodienne tendance réac. Pour preuve deux chef d’œuvre du western (Une aventure de Buffalo Bill et Pacific Express), et la qualité souvent exceptionnelle de ses films muets. Et De Mille n’a pas attendu la grande décennie 1920 pour maîtriser parfaitement l’outil cinématographique : dès 1915, il s’impose comme l’un des premiers très grands cinéastes, l’égal d’un Griffith. Forfaiture est bien plus modeste sur le fond que Intolérance, tourné la même année. Mais dans la forme, on est dans un cinéma d’une modernité époustouflante…

Et pourtant, le film est d’une sobriété exemplaire : la plupart du temps, les décors sont réduits au strict minimum. En particulier dans la maison de style japonais, où les personnages semblent sortir directement de la nuit. Ce dépouillement extrême permet à De Mille de se concentrer sur les visages expressifs de ses acteurs, et sur des jeux d’ombre qui touchent parfois au génie, et tout particulièrement dans le « climax » du film : la célèbre scène du fer rouge…
L’histoire est relativement connue (Marcel L’Herbier réalisera un remake en 1937) : une jeune femme mariée à un homme d’affaire perd les 10 000 euros que lui a confié un organisme de charité, en les jouant en bourse. Elle demande l’aide d’un riche Japonais qui refuse ensuite de lui laisser sa liberté, cherchant à abuser d’elle et la marquant de son sceau brûlant comme du bétail…

Il y a dans cette histoire cruelle des thèmes qui reviendront souvent dans les films « matrimoniaux » que De Mille enchaînera dans les années 20 : un couple menacé par les relations extra-conjugales, un entourage bourgeois à la frivolité parfois mesquine… Mais ce film de jeunesse possède en plus une immense cruauté, qui trouve son point culminant lorsque le Japonais marque de son sceau chauffé au fer rouge l’épaule gracile de Fanny Ward. Une scène de viol figurée que n’aurait sans doute pas reniée Hitchcock…

Cette séquence d’une grande violence psychologique et physique fait entrer Sessue Hayakawa dans l’histoire. L’acteur deviendra même l’un des acteurs les mieux payés d’Hollywood au milieu des années 10, et restera le plus célèbre acteur japonais (jusqu’à Toshiru Mifune, en tout cas). Malgré quelques apparitions dans d’autres films marquants (en particulier Le Pont de la Rivière Kwai), il restera profondément marqué par son rôle dans Forfaiture, rôle qu’il retrouvera plus de vingt ans plus tard dans le film de L’Herbier.

Yogi l’Ours (Yogi Bear) – d’Eric Brevig – 2010

Classé dans : 2010-2019,BREVIG Eric,FANTASTIQUE/SF — 4 octobre, 2011 @ 10:41

Yogi l'ours

Je me suis promis d’évoquer sur ce blog tous les films que je voyais, sans faire d’impasse. Alors pas question d’oublier cette adaptation « live » d’un dessin animé créé par Hanna et Barbera. Même si, franchement, je ne sais pas ce que je vais bien pouvoir trouver à dire, à part que c’est rigolo.

Dans la lignée des productions Disney des années 60 et 70, le film raconte les aventures de l’ours Yogi et de son copain Boubou, deux plantigrades pas comme les autres : ils parlent (et pas seulement entre eux, hein : avec les humains, aussi), et se nourrissent non pas en chassant comme tous les ours, mais en volant les paniers de pique-nique aux visiteurs du parc où ils vivent. Mais ce parc est menacé par le maire sans scrupule qui a décidé d’en tirer profit en coupant les arbres. Evidemment, les deux ours et leur ami le ranger Smith (qui tombera amoureux d’une jolie réalisatrice de documentaire) vont tout faire pour sauver le parc. Et comme j’ai un mauvais fond, j’m’en va vous dévoiler la fin : ils vont réussir !

C’est sans prétention et amusant. Le mélange de personnages réels et d’images de synthèse est plutôt réussi, et on passe un bon moment à observer ses enfants (en l’occurrence, deux p’tits gars de 3 et 6 ans) partir en grands éclats de rire devant les catastrophes qu’entraîne la balourdise de Yogi. C’est peu, certes, mais c’est aussi beaucoup pour un papa…

Les Yeux de Laura Mars (Eyes of Laura Mars) – d’Irvin Kershner – 1978

Classé dans : * Polars US (1960-1979),1970-1979,FANTASTIQUE/SF,KERSHNER Irvin — 3 octobre, 2011 @ 9:37

Les Yeux de Laura Mars

Aucun doute possible : voici, et de loin, le meilleur film d’Irvin Kershner, réalisateur sans grande personnalité qui a derrière lui une longue carrière à la télévision, et qui ne réalisera plus que trois films, tous des suites (L’Empire contre-attaque, Jamais plus jamais et RoboCop 2). Tiré d’un scénario très fort de John Carpenter, Eyes of Laura Mars est une petite merveille qui, malgré le milieu dans lequel l’histoire se déroule (la mode, qui est pourtant par définition ce qui se démode le plus) a étonnamment bien passé l’épreuve du temps. Plus de trente ans après, malgré quelques effets de caméra un peu datés, et malgré un rebondissement final aussi attendu que difficile à avaler, le film reste très efficace.

Sans rien enlever aux évidentes qualités de mise en scène, le film doit quand même beaucoup au scénario, effrayant et malin, signé par un jeune gars qui allait exploser la même année en réalisant Halloween. Une grande photographe de mode est sujette à des visions macabres de meurtre. Elle réalise bientôt que ces visions ne sortent pas de son imagination, mais qu’elle voit réellement ce qu’un mystérieux voit lorsqu’il se prépare à commettre des crimes. Pire encore : toutes les victimes de ce tueur sont des proches de la photographe. C’est évidemment un sujet en or pour un film à suspense. On imagine bien toutes les possibilités que ce postulat offre, et on n’est pas déçu : Kershner nous livre quelques séquences vraiment flippantes, en particulier celle où la jeune femme, dans une vision soudaine, se voit elle-même de dos, et comprend que le tueur est derrière elle. L’utilisation de la caméra subjective est ici parfaitement intégrée dans l’histoire, et totalement efficace. John Carpenter fera lui-même une utilisation inoubliable et traumatisante de la caméra subjective dans la séquence d’ouverture de son Halloween.

Faye Dunaway, qui venait d’obtenir un Oscar pour Network, est sublime en victime continuellement au bord de la rupture. Son personnage est pourtant une femme forte, photographe controversé bousculant l’image de la femme dans des mises en scène macabres et étonnantes, et avec un style à la fois agressif et très sexy (l’utilisation des fringues dans le film est fort joliment analysée dans un autre blog vers lequel je ne peux que conseiller de se rendre, en cliquant ici). Et Dieu qu’elle est belle Faye Dunaway. La scène mythique du « shooting » dans les rues de New York, dans laquelle, en robe fendue, elle photographie ses modèles comme ferait un reporter de guerre, est inoubliable.

Le film n’est pas parfait, cela dit : Tommy Lee Jones n’a pas encore le charisme qu’il aura dix bonnes années plus tard. Il est irréprochable, mais il manque d’épaisseur, et son personnage n’est pas facile à défendre. Le couple qu’il forme avec Faye Dunaway est un peu difficile à avaler, aussi. Dommage, parce que le flic qu’il interprète semble tout droit sorti de l’un de ces films policiers réalistes à la mode dans les années 70, et que l’irruption du fantastique dans cet univers si banal des commissariats miteux et des enquêtes routinières était plein de promesses. Cette promesse, au moins, n’est pas tout à fait tenue. Reste une grande actrice, quelques scènes formidables, un scénario malin et un suspense imparable. On aurait tort de bouder son plaisir…

Le Mystérieux Mister Wong (The Mysterious Mr. Wong) – de William Nigh – 1934

Classé dans : * Pre-code,1930-1939,NIGH William — 30 septembre, 2011 @ 4:09

Le Mystérieux Mister Wong.jpg - Galerie de photos

William Nigh restera (un peu) célèbre pour avoir réalisé toute une série de petites productions consacrées au détective Mister Wong, souvent joué par Boris Karloff. Ce Mystérieux Mister Wong, interprété par le grand rival de Karloff, Bela Lugosi, n’a cependant pas grand-chose à voir avec la série à venir : le Mr. Wong du titre n’est pas un détective, mais un dangereux criminel qui symbolise à lui seul la « phobie de l’Asiatique », alors plutôt répandue en Amérique. Le film est donc nauséabond ? Ben… Disons plutôt que, comme Tintin au Congo, il est à remettre dans son contexte !

D’ailleurs, le débat n’a pas vraiment de raison d’être, puisque le film est avant tout sans grand intérêt. A vrai dire, on a l’impression d’assister à deux films différents : d’un côté un film légèrement fantastique, dans lequel un grand méchant (Lugosi, donc, aussi crédible en Chinois que Johnny en jeune mulâtre) cherche à réunir douze pièces en or distribuées il y a bien longtemps par Confucius lui-même, et qui paraît-il donnent un pouvoir énorme à celui qui les possède toutes (mais on se désintéresse bien vite de ce pseudo pouvoir, même le réalisateur, qui expédie le grand méchant ad patres en un dixième de seconde…) ; et de l’autre un film d’aventure plein de légèreté porté par Wallace Ford, acteur sympathique cantonné à un seul type de personnage : les anti-héros qui n’aspirent qu’à profiter d’une vie facile, mais qui se retrouvent entraînés malgré eux dans des péripéties pleines de dangers (son film le plus célèbre restera le méconnu O.H.M.S. de Raoul Walsh, en 1937).

Le problème, c’est que confronter des personnalités aussi différentes que Ford et Lugosi ne fait pas un film, loin s’en faut. Maladroit et un peu ennuyeux, Mysterious Mr. Wong fait partie de ces films qui ne méritaient pas de ne pas tomber dans l’oubli…

Les Moineaux (Sparrows) – de William Beaudine – 1926

Classé dans : 1920-1929,BEAUDINE William,FILMS MUETS,PICKFORD Mary — 30 septembre, 2011 @ 8:45

Sparrows

Voilà l’un des grands chef d’œuvre du muet, un film terrifiant et d’une grande cruauté, que Charles Laughton avait sans aucun doute en tête lorsqu’il a réalisé La Nuit du Chasseur. La comparaison est facile, mais il est difficile de ne pas la faire, tant on sent l’influence que Sparrows a eu sur le classique de Laughton. Mary Pickford, qui joue une adolescente alors qu’elle a déjà 33 ans, trouve là sans doute le rôle le plus fort de toute sa carrière, dans ce qui est peut-être son meilleur film.

L’histoire se passe dans un marais perdu du Sud des Etats-Unis, présenté comme un Enfer sur Terre. Au milieu de marécages impossibles à traverser, un couple de fermiers odieux tout droit sorti d’un conte horrifique des frères Grimm exploite des orphelins qui lui ont été confiés, mais qu’il fait travailler durement toute la journée, les faisant dormir dans une grange sans le moindre confort, et sans soin. Le portrait semble horrible… C’est pire encore : le film ne fait l’impasse sur aucun sévices, et aucun drame. On assiste même à la mort d’un bébé, dans une scène un peu trop mystique, mais bouleversante…

Toute la première partie repose sur cette peinture d’une jeunesse brisée, et aux efforts faits par Mary Pickford et ses petits protégés (les « moineaux » du titre) pour survivre et améliorer leur quotidien, pour échapper aux brimades de leurs bourreaux ou de l’affreux fils (vraiment très laid, ce pauvre garçon) de ces derniers, aussi méchant que ses parents. La charge est d’autant plus forte que le film de William Beaudine est une charge qui était alors d’actualité : dans les années 20, ces « fermes de bébés » existaient bel et bien, et recueillaient des orphelins, aussi bien que des enfants dont les parents ne pouvaient pas s’occuper eux-mêmes. Reste juste à espérer que la cruauté présentée dans le film dépasse la réalité d’alors…

Beaudine, qui fera l’essentiel de sa carrière « parlante » en dirigeant de petites productions parfois très limites (dont le Voodoo Man déjà chroniqué sur ce blog), rappelle qu’il est l’un des grands cinéastes du muet. C’est d’une caméra virtuose qu’il filme cette histoire, bénéficiant il est vrai d’un décor extraordinaire : la reconstitution de cette ferme et du marais qui l’entoure, gothique et inquiétante, fait beaucoup pour le film. Et puis au milieu du film viennent deux rebondissements tragiques : la mort du bébé, et l’enlèvement de la fillette d’un milliardaire. Le fermier se voit confier la garde de la petite fille, pendant que ses kidnappeurs récupèrent la rançon. Mais effrayé par l’arrivée possible de la police, le fermier décide de tuer l’enfant… Ce qui décide Mollie (Mary Pickford) à s’enfuir avec sa bande de gamins, tentant leur chance à travers les marais et leurs dangers…

Et c’est un autre film qui commence, plus fort encore : Beaudine tire le meilleur de son effrayant décor, utilisant la pénombre et les puits de lumière de ces sous-bois, la profondeur de champs (magnifique plan avec les enfants en file indienne à l’arrière plan, tandis qu’on découvre d’inquiétants crocodiles au premier plan) ou le montage alterné (le course du chien qui se rapproche dangereusement et rapidement des enfants) comme les plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma. Toute cette deuxième partie se regarde presque sans respirer, tant la tension est palpable.

C’est du très, très grand cinéma. Le happy end est un peu convenu, c’est vrai, mais qu’importe. Les horreurs de la première partie, et le suspense terrible de la seconde partie risquent de ne pas vous sortir de la tête avant longtemps. Promis…

Wonder boys (id.) – de Curtis Hanson – 2000

Classé dans : 2000-2009,HANSON Curtis — 29 septembre, 2011 @ 9:19

Wonder boys

Après L.A. Confidential, adaptation réussie d’un grand Ellroy jugé inadaptable, Curtis Hanson était attendu au tournant. Comme le Grady Tipp de ce Wonder Boys, écrivain salué unanimement pour son premier roman, il aurait pu tourner en rond pendant des années avant de boucler autre chose. Mais il n’en est rien, heureusement : si son film parle des affres de la création, lui n’en a visiblement pas été victime. Trois ans après son précédent film, le cinéaste n’a visiblement aucun mal à rebondir, signant un film loin du noir rétro de son film précédent, mais tout aussi passionnant.

Grady Tipp, lui, a beaucoup plus de difficultés : ce prof d’université un rien loser (on croirait un anti-héros de film noir) s’enlise depuis sept ans dans un nouveau roman qu’il semble incapable de terminer. Rien à voir avec le syndrome de la page blanche, mille fois rabâché au cinéma ou dans la littérature. Lui est même à l’opposé de ce syndrome : Tipp ne manque pas d’inspiration, et ne reste pas des heures à fixer une feuille qui restera blanche. Non, il écrit depuis des années sans pouvoir s’arrêter. Un véritable « Forrest Gump de l’écriture » qui était parti pour un petit livre de deux ou trois cents pages, et qui en est déjà à plus de dix mille, pour un roman dont la fin s’éloigne de plus en plus à mesure qu’il écrit. « Le premier travail d’un écrivain est de faire des choix », clame Grady Tipp à ses étudiants. Mais lui-même est incapable de faire ces choix, et son livre est devenu un bordel pas possible, sans la moindre ellipse, sans la moindre impasse : il va jusqu’à évoquer les origines d’un cheval qui apparaît au détour d’une page.

Le roman en cours de Tipp est à l’image de sa vie : un capharnaüm où rien n’est terminé, où rien n’est vraiment dit. Wonder Boys, c’est le portrait d’un homme qui passe à côté de sa vie, à côté de son œuvre, à côté de l’amour, parce qu’il est incapable de dire « stop » ou « non », ou de simplement reconnaître qu’il est dans une impasse. Ce roman interminable (dans tous les sens du terme), c’est le symbole de cette (non) vie qu’il traverse comme un zombie, et qui trouve son apogée lors d’un week-end de cataclysme… Il faudra que ce roman disparaisse pour qu’il puisse espérer un nouveau départ.

Il faut dire que Tipp a une sacrée galerie de paumés autour de lui : une maîtresse (Frances McDormand) tiraillée entre sa confortable vie de femme mariée, un éditeur (génial Robert Downey Jr.) à l’homosexualité vaguement assumée, un étudiant (Tobey Maguire) vivant dans un mensonge permanent, une jeune locataire (Katie Holmes) peut-être amoureuse de lui… Avec un tel entourage, le pire peut arriver, et on n’est jamais loin de la rupture, avec des rebondissements qui, encore une fois, pourraient être ceux d’un vrai film noir. Hanson, pourtant, choisit le registre de la comédie grinçante. Et pour cela, il dispose d’une star à qui il offre peut-être son meilleur rôle : Michael Douglas, absolument formidable en loser magnifique. Ni héros, ni victime, il traîne (littéralement) la patte pendant tout le film, tentant de démêler les fils d’une vie pour le moins bordélique, tout en assumant les problèmes de tous ceux qui l’entourent et qui rejaillissent sur lui.

Le résultat est un petit bijou sombre et drôle, d’une humanité grinçante et pourtant tendre.

A l’abordage ! (Against all Flags) – de George Sherman – 1952

Classé dans : 1950-1959,O'HARA Maureen,SHERMAN George — 25 septembre, 2011 @ 5:08

A l'abordage

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on entre vite dans le vif du sujet (et du dos d’Errol Flynn), avec ce film de pirates, dont les premières images nous montre l’éternel Capitaine Blood attaché au mât d’un navire, fouetté jusqu’au sang sous le regard de l’équipage. Mais pas de panique, Errol ne va pas être jeté aux requins : cette punition est en fait une couverture pour qu’il puisse infiltrer le repaire des pirates qui écument les mers et menacent le commerce des Indes. Il arrive dans une cité fortifiée sur la côte de Madagascar, où il est finalement accepté malgré les soupçons d’un méchant pirate, joué par un Anthony Quinn débordant de vie et de jeunesse. Il tombe aussi sous le charme d’une jolie pirate toute rousse, qui a les traits irrésistibles de Maureen O’Hara.

Un film de pirates de plus pour Errol Flynn ? Oui et non. C’est vrai que quand il se prend un peu trop au sérieux, le film s’apparente à une énième resucée de L’Aigle des Mers ou du Capitaine Blood. En forcément moins bien, parce que George Sherman n’est pas Michael Curtiz, parce que les deux films que je viens de citer sont sans doute insurpassables dans le genre « film de pirates », et aussi parce que Flynn, dans son éternel rôle de jeune premier bondissant, a pris un petit coup de vieux : il a 43 ans, et en fait 50 facile. Alors oui, on a un peu de mal, cette fois, à croire au prouesses physiques du héros, et à son charme absolu (même s’il a de beaux restes, faut reconnaître). Comme on a un peu de mal à comprendre pourquoi la sublime Maureen O’Hara, dans un rôle de gonzesse « qui en a », et qui fait jeu égal avec les plus terribles pirates, se transforme en flaque d’eau dès qu’elle pose le regard sur Flynn…

Heureusement, le film se prend rarement au sérieux : il y a un petit côté parodique qui est franchement ravissant, et qui finit par emporter l’adhésion. Le charme désuet qui se dégage du film, la sympathie qu’on ressent même pour le grand méchant interprété avec dérision par Anthony Quinn, la présence de cette princesse des Indes qui découvre les hommes et ne pense, elle aussi, qu’à embrasser notre Errol (« again »… lance-t-elle, les lèvres tendues, dès qu’elle apparaît à l’écran)… Tout ça fait qu’on ne prend pas cette histoire au sérieux, mais qu’on se laisse transporter sur les mers avec un vrai plaisir, en se disant que, même si on est loin des grands chef d’œuvre que la Warner a produit dans le genre, on est devant un film bien sympa, et bien rigolo. C’est déjà pas mal…

Un Crime – de Jacques Deray – 1992

Classé dans : * Polars/noirs France,1990-1999,DERAY Jacques — 24 septembre, 2011 @ 3:37

Un crime

Le tandem Delon/Deray, c’est sept films tournés entre 1968 (La Piscine) et 1980 (Trois hommes à abattre) ; et dans le lot, pas grand-chose à jeter. C’est aussi un retour raté, tenté au début des années 90, alors que les deux hommes cherchaient un nouveau souffle : ni cette adaptation d’un roman de Gilles Perrault, ni celle d’un Simenon (L’Ours en peluche) tournée l’année suivante ne rencontreront le succès escompté. Et en quelques sorte, on peut dire que ces deux films constituent la fin de leurs carrières à tous les deux. Parce que Deray ne tournera plus rien après 1993, et parce que Delon n’apparaîtra plus que dans des films qu’il préférera oublier (Le Jour et la nuit, de BHL, vous vous souvenez ?) ou dans d’autres dans lesquels il se parodiera (1 chance sur 2 ou le troisième Astérix).

Beaucoup se réjouissent de cette fin de carrière prématurée, mais j’ai tendance à y voir un petit gâchis. Après avoir perdu quasiment toutes les années 80 avec des films d’action qui étaient de simples merdes à l’époque, mais qui sont devenues des merdes datées aujourd’hui, Delon devenait soudain plus intéressant, le visage marqué par le temps, plus sobre qu’autrefois. C’est un peu le syndrome Eastwood qui, en tant qu’acteur, est devenu plus fascinant à peu près à la même époque. Sauf que Delon, lui, était allé bien trop loin dans la suffisance et l’auto-parodie involontaire, que le public s’était lassé, et que logiquement il n’a pas suivi. Dommage.

Non pas, d’ailleurs, que Un crime soit un grand film. Il a un côté statique et ne décolle vraiment que dans le dernier tiers, durant lequel la tension monte vite et haut, mais trop tardivement. Et le personnage interprété par Manuel Blanc est trop mal défini, caricatural, et jamais vraiment crédible (jusqu’au dernier tiers, du moins). Mais celui de Delon, lui, est fort et intéressant : ce grand avocat gouverné par de grandes valeurs, qui obtient l’acquittement de son client, convaincu qu’il n’a pas tué ses parents « parce que je l’aurais vu dans ses yeux. On ne peut pas être aussi sensible et commettre un crime aussi odieux » clame-t-il. Mais la stature de l’avocat va trembler lorsque son client (Blanc, donc), aussitôt acquitté, lui affirme qu’il a bel et bien tué ses parents. S’ensuit un long huis-clos, face à face tantôt tendu, tantôt déroutant, entre l’avocat et son ancien client.

Le meilleur dans le film, ce n’est ni ce mystère dont on devine assez tôt les grandes lignes, ni la mise en scène élégante de Deray. Non, c’est Delon lui-même, passionnant lorsqu’il laisse transparaître ses fêlures et ses doutes. A ces moments-là, il rappelle quel grand acteur il peut être, lorsqu’il est bien dirigé. Lorsque Deray le laisse aller à sa grandiloquence, lorsqu’il le laisse défaire son nœud de cravate pour le refaire aussitôt après (si, si), lorsqu’il arpente l’appartement avec de grands gestes, une voix qui porte, et l’air d’avoir inventé le métier d’acteur, là, par contre…

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