Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Charlot rival d’amour (Those love pangs) – de Charles Chaplin – 1914

Classé dans : 1895-1919,CHAPLIN Charles,COURTS MÉTRAGES,FILMS MUETS — 14 février, 2011 @ 10:58

Charlot rival d'amour

• Titre alternatif (VO) : The Rival Mashers, Busted Hearts, Oh you girls !

• Titres alternatifs (VF) : Charlot supplanté par Joseph, Joseph rival de Charlot, Charlot et Joseph rivaux d’amour, Bonnes fortunes

On sent que ce film d’une bobine fait partie des comédies largement improvisées de Chaplin. Contrairement à sa précédente réalisation, le très construit (et très réussi) Charlot concierge, Chaplin se base ici sur une trame très mince : Charlot et Chester Conklin rivalisent d’imagination pour séduire des jeunes femmes. Et contre toute attente, c’est Chester qui emporte la mise.

C’est en grande partie un film de parc de plus, pour Chaplin. Mais contrairement à Charlot et Fatty font la bombe, qui fonctionnait parfaitement sur le couple Chaplin-Arbuckle, ce Charlot rival d’amour se révèle assez décevant. Chaplin lui-même est excellent, d’autant plus que ces « petits riens » qui font du personnage de Charlot le plus mémorable de l’histoire du cinéma (l’utilisation de la canne, notamment), gagnent ici en finesse. Mais le duo qu’il forme avec Chester Conklin, un acteur qu’il retrouvera souvent au cours de sa carrière, est inégal : Chaplin est génial ; Conklin est juste bon. Le déséquilibre est flagrant.

Les Experts : Jusqu’au dernier souffle 1 & 2 (CSI : Grave Danger 1 & 2) – de Quentin Tarantino – 2005

Classé dans : 2000-2009,CURTIS Tony,TARANTINO Quentin,TÉLÉVISION — 14 février, 2011 @ 10:44

Les Experts : Jusqu’au dernier souffle 1 & 2 (CSI : Grave Danger 1 & 2) – de Quentin Tarantino – 2005 dans 2000-2009 les-experts-jusquau-dernier-souffle

Grand fan de la série, Tarantino accepte de passer derrière la caméra pour clore la cinquième saison, avec ce double épisode particulièrement tendu. On a vu des cinéastes perdre leur personnalité en se mettant au service d’un show bien installé. Pas Tarantino : il respecte bel et bien tous les codes de la série, mais y ajoute une touche très personnelle, qui n’est pas sans surprendre, surtout au début de la première partie. On y retrouve le goût du réalisateur pour les conversations un peu vaines autour de la contre-culture, un ton décalé, et un penchant pour les longues loghorées verbales… Voir des personnages que l’on connaît par cœur, comme Gil Grisson (génial William Petersen) évoquer le cow-boy Roy Rogers peut étonner, mais on est rapidement séduit par cette Tarantino’s touch dans un univers aussi familier.

Le cinéaste de Kill Bill nous refait le coup de l’enterré vivant. Et c’est une nouvelle fois très réussi. Il faut dire que George Eads, l’interprète de Nick Stokes, révèle une puissance insoupçonnée jusqu’à présent. Tous les acteurs, d’ailleurs, sont à leur avantage : ils prennent visiblement un immense plaisir à se faire diriger par Tarantino himself. Et franchement, on les comprend.

Fidèle à son habitude, aussi Tarantino ressuscite quelques gloires passées, pour des apparitions tantôt anecdotiques (Tony Curtis en vieil ami de Sam Brown, pour un clin d’œil assez jubilatoire à Certains l’aiment chaud, sans aucun rapport avec l’intrigue), tantôt cruciales (John Saxon en père colère explosif).

Ce double épisode n’ajoute rien à la gloire de Tarantino, et ne révolutionne pas non plus le déroulement du show. Mais il marque indéniablement l’histoire de cette décidément excellente série.

Charlot concierge (The New Janitor) – de Charles Chaplin – 1914

Classé dans : 1895-1919,CHAPLIN Charles,COURTS MÉTRAGES,FILMS MUETS — 14 février, 2011 @ 10:21

Charlot concierge

• Titre alternatif (VO) : The New Porter, The Blundering Boob, The Porter

• Titre alternatif (VF) : Charlot portier

Après Charlot et Fatty en bombe, déjà une belle réussite, malgré son extrême simplicité, Chaplin fait un nouveau pas en avant dans son évolution. Et un pas de géant : The New Janitor est un petit film d’une bobine seulement, mais c’est sans doute le mieux construit de tous ses courts métrages à la Keystone. Celui où l’intrigue tient la plus grande place. Celui, aussi, où l’émotion commence à pointer le bout de son nez. Timidement, c’est vrai, mais quand même…

Ce film, dont Chaplin signera un remake à la Essanay (The Bank), est basé sur une histoire qui aurait pu constituer la trame d’un long métrage dramatique : Charlot est l’homme à tout faire d’une banque. Un soir, il surprend un employé menaçant une secrétaire, qui l’avait surpris forçant le coffre du patron de la banque. Charlot, qui venait d’être renvoyé par ce même patron, sauve à la fois l’argent, la secrétaire et son emploi, et gagne sans doute le cœur de la belle.

C’est la première fois que Chaplin accorde un tel soin au montage d’un film. Visiblement inspiré par les courtes bandes de Griffith du début des années 10, il opte pour un montage alterné très efficace. C’est aussi dans ce film que Chaplin signe l’un des premiers plans spectaculaires du cinéma burlesque (un aspect que d’autres, et notamment Keaton, développeront par la suite) : Charlot, sur le rebord d’une fenêtre au sommet d’un gratte-ciel, manque de tomber. C’est simple, filmé sans fioriture, mais c’est à la fois très drôle, et vraiment impressionnant…

Charlot et Fatty en bombe (The Rounders) – de Charles Chaplin – 1914

Classé dans : 1895-1919,CHAPLIN Charles,COURTS MÉTRAGES,FILMS MUETS — 10 février, 2011 @ 11:00

Charlot et Fatty en bombe

• Titres alternatifs (VO) : Oh ! What a night !, Two of a kind, Reverly, Going down, The Love Thief, Tip Tap Toe

• Titres alternatifs (VF) : Charlot et Fatty font la bombe, Charlot et Fatty au café, Oh ! Quelle nuit !

Depuis des mois, ils se croisaient sans jamais réellement partager la vedette. Tantôt, Chaplin faisait une apparition (très remarquée) dans un film de Fatty (Charlot et Fatty sur le ring) ; la plupart du temps, c’est Fatty qu’on voyait apparaître dans les films de Chaplin (Charlot danseur, Charlot est trop galant, Charlot grande coquette). Mais on attendait encore la vraie rencontre entre les deux vedettes de la Keystone. The Rounders est une première… et une dernière : c’est le seul film dans lequel le comique de ces deux-là interagit pleinement.

Le résultat est très, très drôle. D’une trame très classique, Chaplin tire un petit bijou de comédie. Encore une fois, il nous fait le coup de l’ivrogne, son emploi de prédilection à la Keystone. Mais il faut bien le dire : il atteint ici des sommets dans le genre. Sa manière d’appréhender la moindre marche d’escalier est franchement à hurler de rire.

La trame est on ne peut plus banale : alcool, femmes acariâtres, fuite dans le parc, conclusion dans l’eau… Mais avec Fatty Arbuckle, Chaplin trouve un partenaire idéal (on regrette même un peu qu’il n’y ait pas eu de lendemain, dans le genre Fatty-Keaton, trois ans plus tard) et très inspirant pour décliner son éternel personnage de pochard.

Et puis à ce stade de son contrat à la Keystone (on est à la fin de l’été 1914), Chaplin peaufine les contours de Charlot film après film, utilisant de mieux en mieux ses accessoires, pantalon trop large et canne à la main. The Rounders est de fait de minuscules petits riens. Mais des petits riens d’une finesse et d’une drôlerie irrésistibles.

Toute une vie – de Claude Lelouch – 1974

Classé dans : 1970-1979,LELOUCH Claude — 10 février, 2011 @ 10:54

Toute une vie - de Claude Lelouch - 1974 dans 1970-1979 toute-une-vie

Les obsessions de Lelouch ne datent pas d’hier, décidément… Toute une vie n’est pas une grande réussite, c’est sûr. Mais ce film hyper ambitieux est fascinant, parce qu’il est la matrice de quasiment tous les grands films à venir de Lelouch. Le thème central, pour commencer : comment les vies de trois générations de personnages convergent toutes vers une rencontre entre un homme et une femme, des années, voire des décennies plus tard. On voit bien où Lelouch veut en venir, parce qu’on sait qu’il approfondira ce thème, jusqu’au vertige, dans La Belle Histoire. Mais dans ce dernier film, les époques se répondaient, et le poids des vies passées était tangible, et particulièrement émouvant, dans ce long chemin que suivaient Béatrice Dalle et Gérard Lanvin vers leur propre destin. Ici, l’impact d’une génération sur l’autre est plus discutable (sauf l’amour que portait Charles Denner à sa femme, et qu’il reporte sur sa fille, ce qui aurait fait le sujet d’un film en soi…). Et sans l’éclairage qu’apportent rétrospectivement les films que Lelouch tournera par la suite, on peut imaginer que Toute une vie a dû sembler bien vain, lors de sa sortie.

L’ambition est là, et bien là : Lelouch retrace tout le XXème siècle, y compris les années futures, dans une séquence fantasmée absolument insupportable, à l’esthétique new age qui en a pris un sacré coup dans l’aile. Mais voilà, si le cinéaste a les envies, il n’en a pas encore les moyens. Les moyens artistiques, s’entend, parce que les moyens financiers crèvent l’écran. Mais ce fameux style-Lelouch que j’aime tant, pure forme cinématographique à la fois intime et grandiose, romanesque et personnelle, ne se devine qu’à l’état embryonnaire.

Tout l’univers de Lelouch est là, déjà, mais en devenir. Le réalisateur essaye, tâtonne, fait parfois mouche (le ballet des valises, figure que n’aurait pas reniée Hitchcock), dessine à gros traits des esquisses qu’il peaufinera par la suite. Si on prend un certain plaisir à regarder le film, c’est parce qu’on découvre des scènes, ou des situations, qu’on reverra dans d’autres films de Lelouch, en mieux : dans La Belle Histoire, donc, mais aussi dans Itinéraire d’un enfant gâté, Les Misérables, Hasards ou coïncidences, et d’autres encore. Toute une vie est le laboratoire d’où sont sortis quelques chef d’œuvre, et c’est déjà pas mal…

Premier amour (Pierwsza milosc) – de Krzysztof Kieslowski – 1974

Classé dans : 1970-1979,DOCUMENTAIRE,KIESLOWSKI Krzysztof,TÉLÉVISION — 8 février, 2011 @ 4:43

Premier amour

Documentaire ou fiction ? Premier amour n’est ni vraiment l’un, ni vraiment l’autre. C’est en tout cas un parfait film de transition pour le jeune Kieslowski, entre son passé de documentariste et ses films de fiction à venir. La narration est clairement celle d’une fiction, mais il n’y a dans ce moyen métrage d’à peine une heure aucun ressort dramatique marqué. Les deux personnages principaux vivent, simplement, les débuts de leur vie d’adulte devant une caméra qui les filme au plus près. A travers eux, c’est toute la société polonaise de l’avant-Solidarnosc qui apparaît avec toutes ses difficultés, tout son mal de vivre.

Le mariage des deux tourtereaux n’a ainsi rien d’une grande fête où la musique et l’alcool coulent à flots. C’est plutôt une triste cérémonie rituelle qui marque le passage à l’âge adulte, le début d’un parcours personnel dont peu de personnes sortent comblés : durant ce mariage, les parents du jeune couple lui souhaitent « une meilleure vie que celle que j’ai eue ». Visiblement sans trop y croire. L’avenir n’est pas rose dans la Pologne des années 70.

Le film donne vraiment l’impression de s’immerger dans cette société qui n’a rien de séduisante. Pourtant, on ne voit quasiment rien de la Pologne de cette époque. Ni les rues, ni les maisons, ni les passants, ou presque… Les très gros plans dévorent l’écran, à l’exclusion de tout véritable décors, ou presque. Une façade par ci, un parc pour enfants par là, guère plus… Kieslowski sait que c’est à travers les personnages et leur vérité qu’il décrira le mieux les réalités de la Pologne. Le cinéaste se tourne déjà vers la fiction pure.

Avec des non-acteurs qui jouent leurs propres rôles devant la caméra, Kieslowski signe un film visuellement très laid (y’a pas, je préfère quand même nettement La double vie de Véronique), mais étrangement fascinant, qui crée une atmosphère à la fois triste et désespérée (où est le salut ? où sont les rêves dans ce pays rongé par une administration à la Kafka, et d’énormes problèmes de logement ?), et ouvertement tourné vers l’avenir. Les enfants, les bébés même, sont omniprésents dans le film. L’avenir du pays, ce sont eux. Kieslowski ne se fait pas d’illusion sur la société dans laquelle il vit. Mais il croit visiblement en la possibilité d’un nouveau départ…

La Maison des otages (Desperates Hours) – de Michael Cimino – 1990

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),1990-1999,CIMINO Michael — 7 février, 2011 @ 2:12

La Maison des otages

Un remake d’un polar des années 50 (de Wyler, avec Bogart), réalisé par un cinéaste certes génial, mais au fond du trou… On pouvait avoir peur. Et les premières scènes ne rassurent pas vraiment. Bien sûr, il y a un métier évident, et on retrouve la patte du réalisateur de Voyage au bout de l’enfer dans sa manière de filmer l’homme (enfin, la femme ici) dans les immenses étendues sauvages d’Amérique… Alors le film sent bon la bonne série B efficace et distrayante, mais on ne s’attend pas vraiment à grand-chose d’autre.

Desperate Hours, d’ailleurs, est un pur film de genres, qui reprend des recettes vieilles comme le film noir ou comme le film de gangster. Et avec des personnages qui ne sont pas loin d’être des stéréotypes : la femme fatale blonde aux jambes interminables (qui montre ses seins dans une scène sur deux, allez savoir pourquoi…), le méchant sans pitié qui se rêve en homme du monde (Cagney ou Robinson n’auraient pas craché sur un tel rôle), le flic plus malin que les autres prêt à enfreindre les règles, la pure famille américaine.

Sauf que ces stéréotypes cachent des fêlures profondes comme le Grand Canyon. La femme fatale, jouée par Kelly Lynch, est d’une complexité immense, et ressemble plus à une victime, terrorisée par son gangster de mec. Le gangster, donc (Mickey Rourke, encore beau, qui s’apprêtait à chuter tout au fond du trou au niveau personnel et professionnel), est un dur qui tue de sang froid, certes, mais c’est aussi un type bien moins malin qu’il ne l’imagine, et aussi bien moins courageux (il n’y a qu’à voir cette scène mémorable où il s’accroche à la jambe de son ancienne victime pour ne pas voir ce qui l’attend). Et entouré de deux crétins assez gratinés (Elias Koteas, et surtout David Morse, qui se lance en solo dans une cavale qui durera deux secondes et demi, juste à cause de sa bêtise, et qui s’achèvera dans une sorte de communion très belle avec la nature…).

Quant à la pure famille américaine, elle prend un sacré coup dans son image. Ce n’est d’ailleurs plus vraiment une famille puisque monsieur (Anthony Hopkins) a quitté femme (Mimi Rogers) et enfants pour une jeunette à peine plus vieille que sa fille. Et s’il tente de retrouver grâce aux yeux de sa femme, c’est parce que sa maîtresse l’a quitté à son tour. On ne croit pas une seconde à sa sincérité quand il lance à sa femme des grandes déclarations style « je me suis rendu compte que je ne pouvais pas vivre sans toi ». Sans « toit », oui…

Il y a un vrai côté cynique dans ce film, qui raconte en fait la renaissance de cette famille qui, incapable de parler sincèrement et sans masque, ne peut se reformer que par un événement extrême et extérieur. Catalyseur malgré lui de cette réconciliation, Mickey Rourke impose à Mimi Rogers et Anthony Hopkins une cohabitation qu’ils n’étaient plus capables d’envisager par eux-mêmes. Mieux encore : il tue de sang froid, et sans raison apparente, le brave agent immobilier chargé de la vente de cette maison, symbole de la désunion du couple… Il y a des conseillers matrimoniaux un brin moins expéditifs…

Cimino fait de son film une satire, mais il n’oublie ni le récit, ni le rythme : son film est aussi, et surtout, un suspense hyper efficace, où la tension monte constamment jusqu’à l’explosion finale, et la libération (dans tous les sens du mot). Et Anthony Hopkins qui referme la porte criblée de balles sur le cadavre du geôlier (et sauveur) de sa famille…

* Le film est sorti en DVD dans une édition simple chez Carlotta, au printemps 2016.

A nous deux – de Claude Lelouch – 1979

Classé dans : * Polars/noirs France,1970-1979,LELOUCH Claude — 7 février, 2011 @ 2:06

A nous deux - de Claude Lelouch - 1979 dans * Polars/noirs France a-nous-deux

Dès le générique, très beau comme toujours chez Lelouch, le réalisateur nous met de son côté : il a décidément un don presque infaillible pour nous faire glisser directement dans son univers si marqué, dès les toutes premières images, les toutes premières notes de ses films. Et ici, c’est encore le cas, surtout qu’on est en terrain connu : le prologue peut même nous faire croire qu’on est dans une sorte de suite de Le Bon et les Méchants, qu’il avait tourné, déjà avec Jacques Dutronc, en 1975. Même époque (l’après-guerre), mêmes personnages (deux gangsters, Dutronc et Villeret), même couleur sépia…

Mais le sépia laisse vite la place à la couleur, le passé (qui restera très présent tout au long de ce film inhabituellement nostalgique) au présent, et le grand gangster Dutronc à son fils, toujours joué par Dutronc, qui a suivi la même voie que son père, et qui s’apprête à purger une longue peine de prison. Les chats ne font pas des chiens, donc, et un fils de voleur, selon Lelouch, a toutes les chances de suivre la même voie. Je ne commenterai pas cette hypothèse sur ce blog purement cinématographique…

Il y a en tout cas une filiation évidente entre Le Bon et les Méchants et ce A nous deux, qui n’est pas un remake, mais au contraire une sorte de double négatif : après l’entrée difficile dans le banditisme, c’est l’entrée encore plus difficile dans l’honnêteté qui est le sujet principal du film. Parce que c’est ce chemin que suivront Simon (Drutronc) et Françoise (Catherine Deneuve), deux jeunes gens réunis dans une même cavale, tous deux victimes à leur manière de la société : lui par son hérédité, elle parce qu’elle a été violée alors qu’elle menait une vie bourgeoise.

Le poids du passé, le poids de l’hérédité, le poids des préjugés, son omniprésents. Et Lelouch dévoile une facette qu’il cache le plus souvent : un profond pessimisme. Pour ses deux compagnons de route, il n’y a pas de réhabilitation possible. Pas dans cette société en tout cas, pas dans ce pays, pas dans cet environnement qui est le leur. Pour avoir une chance, aussi infime soit-elle, de pouvoir vivre honnêtement, il leur faudra traverser l’Atlantique, et vivre leur rêve américain, dont on ne verra rien qu’une vue lointaine de New York, entourée d’un no man’s land franchement glauque.

Le film est aussi l’un des plus linéaires de Lelouch (et donc celui que je recommanderais en priorité à ses si nombreux et excessifs détracteurs), qui ne sort quasiment pas de son scénario. Peu de digressions, pas d’envolées lyriques… On est pourtant bel et bien dans l’univers du cinéaste, dont le style est bien là. Lelouch (dans un excellent entretien présenté en bonus du DVD) raconte lui-même que son film l’a frustré, que la rencontre entre Catherine Deneuve et Jacques Dutronc n’a pas été à la hauteur de ses attentes. « Il y avait trop de respects entre eux », explique-t-il, regrettant de ne pas avoir réussi à créer ces petits moments de magie « en marge » qui peuplent ses films.

Cher monsieur Lelouch, sachez que vous êtes bien sévère avec vous-même : votre film est un pur moment de cinéma, beau, triste, et en même temps plein d’espoir…

John McCabe (McCabe and Mrs Miller) – de Robert Altman – 1971

Classé dans : 1970-1979,ALTMAN Robert,WESTERNS — 7 février, 2011 @ 11:45

John McCabe

Un western signé Altman ? Je demandais à voir… Dès les premières images, on se rend compte que la mythologie de l’Ouest américain va en prendre un coup. Bon, pour être précis, il ne s’agit pas de l’Ouest sauvage, ici, puisqu’on est au nord-est de l’Amérique, qu’on est au début du XXème siècle, et qu’il n’y a pas trace d’Indien. Pourtant, on est bel et bien dans un western. Altman en respecte scrupuleusement tous les codes : l’étranger solitaire qui arrive en ville, les saloons poisseux, les putes, le whisky et le poker, les villes-champignons, et l’éternelle guerre entre les petits propriétaires et les grands industriels…

Tout est là, donc. Et pourtant, le film s’évertue à démystifier cette époque, lui enlevant toute trace d’héroïsme. Les glorieux pionniers que l’on voit depuis les premiers temps du cinéma sont ici des hommes et des femmes d’une banalité totale. Des bouseux, mais sans excès. Des grandes gueules, mais qui préfèrent s’occuper de leurs petites affaires plutôt que de chercher la bagarre.

Quant à l’étranger, il arrive précédé d’une réputation de tueur, mais il ne faut pas bien longtemps pour comprendre (comme le tueur qui sera envoyé plus tard dans le film pour l’abattre) qu’il n’a jamais eu à tirer sur un homme. Et s’il n’est pas un lâche, il est littéralement habité par la peur, ce qu’on voit quand même rarement dans un western… Warren Beatty, dans le rôle de cet étranger nommé John McCabe, est formidable : il apporte mine de rien beaucoup de nuances à son personnage, miné par sa frustration de ne pas être assez intelligent, et par son incapacité à déclarer son amour pour cette femme dont il est visiblement dingue.

Cette femme, c’est donc Julie Christie, alias Mrs Miller, pute de luxe venue dans cette petite ville perdue de mineurs proposer à McCabe de gérer pour lui un bordel. Femme dure, bute, mais heureuse de faire son métier. Leur partenariat va faire des étincelles, mais on est pas bête, on sait bien que ces deux-là s’aiment déjà. C’est par bravade, pour faire le beau, que McCabe refuse ‘‘l’offre qu’il ne pouvait pas refuser’’ que lui fait une grande compagnie aux méthodes expéditives pour acheter son établissement. Un refus qui lui vaudra d’être condamné à mort.

Ce qui est beau, dans ce film, c’est la manière dont Altman s’évertue à rendre son western réaliste. Mieux : à plonger le spectateur au cœur de cet environnement certes beau, mais hostile. La nature est palpable, comme le froid, la solitude, la puanteur des gens, et la peur qui s’installe. Et puis il y a les chansons de Leonard Cohen, sublimes et lancinantes, qui illustrent à merveille le film (ou est-ce le contraire ?), ponctuant l’histoire de bout en bout.

Il y a aussi cette magnifique déclaration d’amour d’un McCabe qui se sait condamné, et qui se décide enfin à parler à Mrs. Miller, tournant le dos à la belle (et à la caméra), et parvenant simplement à s’excuser…

A cette scène d’une infinie délicatesse succède un autre passage obligé du western : le duel dans les rues de la ville. C’est presque un film dans le film. Cette longue séquence dans la neige, sans la moindre note de musique, utilise parfaitement le très beau décor : chaque maison, chaque rue, chaque recoin est mis à profit pour cette partie de cache-cache mortel entre McCabe et les trois tueurs venus pour lui.

Altman souligne la solitude extrême dans laquelle se retrouve alors son héros, en rassemblant tout le reste de la population autour d’un autre problème : tous se mobilisent pour éteindre un incendie qui s’est déclenché dans l’église, à peine terminée, dans un grand élan de fraternité et d’enthousiasme. McCabe, lui, est à quelques mètres, défendant sa peau sans que personne ne le remarque. Julie Christie, elle, est déjà partie…

Le Bûcher des Vanités (The Bonfire of the Vanities) – de Brian De Palma – 1990

Classé dans : 1990-1999,DE PALMA Brian — 3 février, 2011 @ 10:45

Le Bûcher des vanités

Il serait peut-être temps de réhabiliter ce De Palma très grand cru, descendu en flèche à sa sortie il y a vingt ans. Du roman foisonnant et monumental de Tom Wolfe, Brian De Palma signe un film curieusement modeste, au ton très inhabituel. C’est drôle, parfois excessif, mais surtout très cynique. Et c’est aussi un film purement De Palmesque qui commence, tiens, par un long plan-séquence virtuose comme le réalisateur les affectionne. Avec une fluidité sidérante, la caméra suit un Bruce Willis totalement ivre, légèrement lubrique, et franchement goguenard, dans les couloirs, les ascenseurs et les coulisses d’un grand building où il est attendu pour… pour raconter le film, en fait. Et tout ce qu’on verra par la suite sera non pas une illustration de la stricte réalité, mais la version des faits telle les raconte le journaliste Peter Fallow. Et quand on voit où se situent la morale et l’honnêteté intellectuelle des personnages de ce film, on peut sérieusement douter de leur véracité absolue.

Il y a d’ailleurs des moments étonnants, « too much », comme s’ils étaient fantasmés par la plume du journaliste en quête d’une bonne histoire à raconter. Sherman McCoy, le héros de cette histoire, trader caricatural qui vit dans un appartement caricatural, avec une femme caricaturale, un chien caricatural, des voisins caricaturaux, et une maîtresse caricaturale, n’a ainsi rien de réel. Il ne devient vraiment humain, et touchant, que dans l’unique scène où il rencontre le narrateur, dans le métro.

Exceptée cette scène, simple et belle, Sherman McCoy est un symbole, plus qu’un personnage. Tous les personnages sont ainsi, excessifs et proches de la caricature, entièrement au service du message que Peter Fallow veut faire passer dans son article, puis dans son livre. Cette histoire tristement banale – un golden boy en goguette avec sa riche maîtresse renverse un jeune noir dans le Bronx et prend la fuite – révèle les dérives inhumaines de la société américaine de ces années-là (c’est-y mieux aujourd’hui ?), où ne compte que l’argent facile et l’image que l’on donne, deux valeurs pour lesquelles toutes les compromissions sont possibles.

Le Bûcher des Vanités est un film malin et gonflé, où De Palma évite consciencieusement tous les jugements faciles. Le golden boy a une vie d’une vacuité hallucinante ? Oui, mais la mère du jeune noir fauché, malgré sa douceur apparente, n’est pas beaucoup plus recommandable. Pas plus que le pasteur, leader de la communauté noire. Pas plus que le procureur juif, qui se rêve en maire de New York. Pas plus que Peter Fallow lui-même, pourtant le plus humain de tous, mais qui consent à vendre son âme au diable. « Après tout, il y a quelques compensations… »

La caméra de De Palma est virtuose, mais pourtant très discrète, comme elle l’est dans les meilleurs films du maître. Et devant cette caméra, il y a quelques acteurs assez époustouflants. Tom Hanks, bien sûr, constamment dans le juste ton avec ce personnage pas facile, égotiste insupportable qui révèle peu à peu une complexité et une humanité inattendues. Melanie Griffith, bécasse réjouissante qui ne semble vivre que pour le sexe et l’argent (dans quel ordre ?). Morgan Freeman en juge humaniste, réaliste et grande gueule qui se lance, dans une salle comme figée, dans un grand discours qui évoque le James Stewart de Monsieur Smith au Sénat. Kim Catrall en riche quadra obnubilée par sa silhouette, sa place dans la société, et son chien. Et Bruce Willis, génial en loser magnifique, fil rouge de cette histoire édifiante, et si bien racontée…

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