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Archive pour la catégorie 'WULSCHLEGER Henry'

L’Affaire Blaireau – d’Henry Wulschleger – 1932

Posté : 22 avril, 2024 @ 8:00 dans 1930-1939, WULSCHLEGER Henry | Pas de commentaires »

L'Affaire Blaireau

Le braconnier Blaireau a-t-il, ou non, botter les fesses du garde-chasse (qui porte le même nom que le chien dudit braconnier) ? Question épineuse à laquelle on peut en ajouter une autre : quel crédit accorder à un film qui fait rimer « Dans mon beau château je vais rentrer bien vite » avec « Vive la liberté et les pommes de terre-frites » ?

Le Cinéma de Minuit de Patrick Brion, créé deux mois avant ma naissance (autant dire que c’est pas jeunes), racle les fonds de tiroir avec cette comédie tirée d’un roman d’Alphonse Allais et réalisée par Henry Wulschleger, réalisateur inconnu de ma personne, mais qui a eu semble-t-il une petite réputation auprès de certains cinéphiles pointus. Qui ont sans doute vu ses premiers films muets, plutôt que les innombrables comédies, comme celle-ci, tournées avec Bach.

Bach ? Une autre découverte : un comique-troupier qui eut son heure de gloire, et fut la vedette d’une bonne douzaine de films de Wulschleger, trimballant son sourire débonnaire, incarnation d’un bonheur attaché à la simplicité, à la liberté, et au beaujolais, riant des malheurs et de tout possible sujet sociétal.

On échouerait à chercher le moindre intérêt sur le fond à cette comédie qui n’a au fond qu’une raison d’être présentée dans un programme aussi essentiel que le Cinéma de Minuit : celle de dévoiler un cinéma qui eut ses adeptes il y a quatre-vingt-dix ans. Bref, on découvre L’Affaire Blaireau avec un regard moins cinéphile qu’anthropologue…

Avant, ce n’était donc pas forcément mieux. Le film se contente de creuser le sillon de la bonhomie forcée, avec chansons très datées, acteurs en route libre, dialogues approximatifs, humour grivois… Sur la forme, on retiendra quand même quelques beaux cadrages et des mouvements de caméra étonnamment modernes (dont la toute première scène, pleine de promesses non tenues), gâchés par un montage hasardeux. Suffisant, en tout cas, pour donner envie de découvrir Wulschleger dans un autre contexte.

Le Manoir de la peur / L’Homme en noir – d’Alfred Machin et Henry Wulschleger – 1927

Posté : 24 octobre, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1920-1929, FILMS MUETS, MACHIN Alfred, WULSCHLEGER Henry | Pas de commentaires »

Le manoir de la peur

Machin ? C’est son nom, celui d’un réalisateur qui totalement méconnu et pourtant très prolifique entre 1910 et les derniers feux du cinéma muet. C’est en tout cas un cinéaste qui m’avait complètement échappé jusque là, et c’est bien dommage : son Manoir de la peur, coréalisé avec Henry Wulschleger, mérite qu’on s’y attarde.

Le titre et les premières séquences annoncent clairement une variation sur le thème de la maison hanté, très en vogue en cette année 1927 marquée par la sortie de La Volonté du mort, film ouvertement expressionniste dont l’influence va beaucoup compter sur un certain cinéma de genre à cette période. La quiétude d’un petit village est troublée par l’arrivée d’un mystérieux homme en noir qui décide de s’installer dans un manoir réputé hanté surplombant le cimetière. Les faits troublants qui suivent son arrivée ne peuvent qu’être l’œuvre du diable…

On frôle même la caricature, tant l’intrigue semble d’abord convenue. Il y a, quand même, quelques aspects qui frappent d’emblée la rétine. La manière dont Machin filme la vie quotidienne dans ce petit village de province, en privilégiant les décors réels et une lumière que l’on sent (ou imagine) largement naturelle. Pour le coup, on est loin de l’expressionnisme allemand, plutôt dans une sorte de naturalisme très stylisée : beaucoup de scènes nocturnes fort bien photographiées, une belle profondeur de champ. Ne serait-ce qu’esthétiquement, le film est une réussite.

Il l’est aussi dans la jubilation manifeste de Machin à déjouer les attentes, coupant court très vite aux tentations fantastiques, en dévoilant très tôt la vérité. Recentrant par la même occasion le récit sur un duo très inattendu : une espèce de détournement de l’assistant monstrueux du savant fou, associé à… un chimpanzé, qui vole bientôt la vedette à tous les autres personnages.

Là, il faut revenir sur la personnalité d’Alfred Machin, cinéaste animalier, dresseur à ses heures, qui a fait du chimpanzé qu’il a adopté le héros de ses films, après lui avoir appris pas mal de trucs très cinégéniques. A l’angoisse liée à un manoir pseudo-hanté dont on ne voit finalement pas grand-chose, il préfère largement l’étonnante prestation de son singe, effectivement étonnant, renvoyant le Clyde de Doux, dur et dingue à l’état d’aimable curiosité.

Reconnaissons-le, voir ce chimpanzé fouiller une maison de fond en comble procure une sorte de plaisir régressif assez intense. Un plaisir qui est d’ailleurs loin de se limiter à ces charmantes singeries. Rythme impeccable, suspense très efficace, personnages attachants, Le Manoir de la peur s’amuse du genre et séduit. Un vrai plaisir.

 

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