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Archive pour la catégorie 'WISE Robert'

Le Récupérateur de cadavres (The Body Snatcher) – de Robert Wise – 1945

Posté : 13 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Le Récupérateur de cadavres

Les débuts de Wise à la RKO, où il est lancé par le producteur Val Lewton, sont originaux et pleins de surprises, toujours intéressants, parfois enthousiasmants. Et ce Body Snatcher apparaît clairement comme son chef d’œuvre de jeunesse.

Une petite merveille, à vrai dire, adaptée par Philip McDonald d’une nouvelle de Robert Louis Stevenson (auteur à la mode à Hollywood, après le succès du Docteur Jekyll et Mr Hyde de Fleming), à l’atmosphère parfaitement angoissante. Dans le Edinbourgh de 1831, un médecin respecté fait travailler discrètement un homme inquiétant qui le fournit, pour ses recherches, en cadavres volés dans des cimetières. Jusqu’au jour où, les cimetières étant désormais trop bien gardés, il doit trouver ses cadavres ailleurs…

Wise, en bon élève de Lewton, privilégie les ambiances nocturnes dans ce film fort bien écrit, et porté par quelques acteurs remarquables. En tête d’affiche : Boris Karloff, à qui les ombres de la nuit vont particulièrement bien, qui lui renforcent les reliefs inquiétants d’un visage passionnant. Il est parfait, Karloff, dans un rôle mystérieux et plein de nuances, bien plus bavard que ceux auxquels il est habitué.

Karloff n’est pas vraiment le personnage principal du film, mais il est une sorte d’ange noir, ou de double négatif du médecin interprété par Henry Daniell, les deux hommes étant liés par un passé qui ne sera dévoilé que tardivement, et par une sorte de trajectoire inversée. Karloff, que l’on découvre affable et bienveillant, prenant soin de son cheval et d’une fillette handicapée, révélera douloureusement sa part d’ombre. Henry Daniell, homme hautain assez détestable, révélera lui une humanité trouble mais pleine de sensibilité. Deux destins inverses mais inexorablement liés.

Il en est deux autres qui sont inexorablement liés, dans l’histoire du cinéma d’épouvante, c’est Karloff et son ancien rival Bela Lugosi, deuxième dans l’ordre d’apparition au générique mais qui doit se contenter (comme souvent à cette époque) d’un petit rôle. Marquant, cela dit, en particulier grâce à un face-à-face mémorable et effrayant avec Karloff.

A l’image de cette séquence brutale, le film marque par la dureté de son atmosphère : ce premier meurtre hors-champs mais terrifiant, la mort du chien filmée en ombres chinoises, ou cette traumatisante chevauchée macabre et hallucinatoire qui vient clore le film. The Body Snatcher, film malin et efficace, est une réussite à tous les niveaux.

Mademoiselle Fifi (id.) – de Robert Wise – 1944

Posté : 12 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Mademoiselle Fifi

Après lui avoir permis de faire ses débuts derrière la caméra avec La Malédiction des Hommes-Chats, déjà à la RKO, le producteur Val Lewton confie cette adaptation d’une nouvelle de Maupassant au jeune Robert Wise, pour ce qui est donc son premier vrai film. Un film d’époque, certes, mais qui s’inscrit aussi dans l’effort de guerre auquel participe Hollywood en cette année 1944.

L’histoire se déroule en 1870, dans une France occupée par les Prusses. Point de départ idéal pour écrire des dialogues qui résonnent singulièrement aux oreilles d’occidentaux particulièrement attentifs à tout ce qui évoque la France occupée par les Prusses de 1944. Bref : toute ressemblance avec des faits qui se produiront 70 ans après l’époque de l’intrigue n’aurait rien de fortuite.

Il n’est donc question que du comportement de la France, et de tous les peuples opprimés du moment face à l’envahisseur germain. De courage et de fierté, symbolisés à la fois par le refus des prêtres de faire sonner la cloche du village tant que le pays ne se sera pas soulevé, et par la liberté totale et inspiratrice de la jeune Simone Simon (une autre protégée de Lewton, depuis La Féline).

Mademoiselle Fifi (le surnom donné au « méchant » du film, un sous-officier tyrannique au physique délicat qui a l’habitude d’utiliser la locution française « fi » par mépris) révèle le talent de Wise, qui sait installer une belle tension dans les scènes à huis-clos, les plus belles du film : en particulier celles se déroulant dans la voiture. Pour filmer les décors aussi, belle peinture de la province occupée qui privilégie l’évocation au réalisme.

Des décors qui peuvent d’ailleurs donner une impression de déjà vu. Parce qu’ils représentent assez bien la vision très cliché de la France d’alors vue d’Hollywood. Mais aussi parce que ce sont ceux du Quasimodo de Dieterle qui ont été recyclés : pour ce film, première tentative de s’affranchir de l’image de prince de l’épouvante que le triptyque magnifique de Tourneur (La Féline, Vaudou et L’Homme léopard) lui a collé, Lewton ne bénéficiait que d’un petit budget. Lui qui rêvait sans doute d’un nouveau Autant en emporte le vent a dû se contenter d’une série B pleine de charmes.

Criminal Court (id.) – de Robert Wise – 1946

Posté : 2 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Criminal Court

Robert Wise ne force pas son talent dans ce petit noir de jeunesse, assez anonyme dans sa forme, avec des images plutôt ternes. Dans le genre, Wise fera nettement mieux après ça (Le Coup de l’escalier)… mais pas que (La Ville enchaînée).

Cela étant dit, il y a quand même un rythme impeccable dans ce film court (une heure, à peine), basé sur un scénario original et particulièrement réussi : l’histoire d’un avocat habitué des effets de manche théâtraux, qui a tué accidentellement un caïd de la pègre, crime dont sa fiancée est accusée. Alors quand l’avocat se dénonce pour blanchir sa belle, personne ne le croit, tous observant avec un sourire narquois ce qu’ils pensent être un nouvel effet alambiqué de l’avocat.

Dans le rôle, Tom Conway est parfait. Son air contrit quand il comprend que c’est peine perdue, que son honnêteté et sa théâtralité lui reviennent comme un boomerang, et que même sa fiancée le regarde avec tendresse en pensant qu’il se sacrifie pour elle, est franchement réjouissant.

On peut regretter que cette petite production RKO n’ait pas choisi la voie du pur suspense : il y avait là un potentiel évident, qui n’est jamais vraiment exploité, même dans la scène du tribunal où le témoin manque de se faire dessouder, pur suspense trop rapidement expédié. Mais cette légèreté que le film choisit ne manque pas de charme, elle non plus.

Né pour tuer (Born to kill) – de Robert Wise – 1947

Posté : 16 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Né pour tuer

Une jeune femme découvre les cadavres d’un couple qui vient d’être assassiné, et décide de quitter la ville plutôt que d’alerter la police. Le même soir, elle a rencontré un homme étrange, inquiétant mais séduisant qu’elle retrouve bientôt, sans savoir que c’est lui le meurtrier…

Voilà une intrigue pleine de promesses pour ce petit film noir tourné pour la RKO par le jeunot Robert Wise, qui enchaînait alors les petites productions sympathiques à défaut d’être géniales. Ce noir-ci n’est pas plus génial que les autres: pas toujours tout à fait convainquant, le scénario enchaîne les approximations et les facilités.

Voir les deux personnages principaux contraints de se croiser et de se retrouver immanquablement pour la seule raison qu’ils sont dans la même ville (Reno d’abord, puis San Francisco, déjà de belles bourgades, pourtant) a quand même un petit côté foutage de gueule à peine dissimulé…

Mais il y a aussi une vraie originalité, voire une authentique méchanceté qui surprend et séduit, dans ce polar qui commence comme un suspense assez classique, pour se diriger vers quelque chose d’un peu différent, plus audacieux, moins correct, plus hargneux : une sorte de fascination du Mal qu’incarne parfaitement Claire Trevor, actrice décidément géniale, elle.

Il fallait une actrice comme elle pour que ça fonctionne, une actrice capable d’être douce et dure à la fois, romantique et dangereuse, victime et coupable. Une grande actrice, donc, à qui un grand réalisateur aurait pu réserver un écrin encore plus troublant et fascinant avec ce beau personnage.

Ciel rouge (Blood on the moon) – de Robert Wise – 1948

Posté : 17 avril, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, MITCHUM Robert, WESTERNS, WISE Robert | Pas de commentaires »

Ciel rouge

Mitchum dans un western, l’opposition de deux anciens amis, un bad guy qui se rachète… On est clairement en terrain connu dans ce film de Wise, première incursion du jeune cinéaste dans un genre qu’il ne revisitera que rarement (Les Rebelles de Fort Thorn en 1950, La Loi de la prairie en 1956).

Rien de révolutionnaire, donc, d’autant que le film manque un peu de rythme parfois. Mais Wise compense cette faiblesse par une psychologie très développée et assez complexe de ses personnages. Les doutes de Robert Mitchum, ses rapports avec son frère ennemi Robert Preston, ou la trahison familiale de « l’autre » sœur… Le film, sur ce point, renouvelle plutôt habilement une situation maintes fois déclinée dans le western.

Et puis quelques scènes tirent le film vers le haut. La belle séquence d’ouverture notamment, où l’on découvre Mitchum en cavalier solitaire voyageant sous une pluie battante, et dont la fatigue se lit sur le visage et les épaules tombantes. Les scènes d’action sont aussi particulièrement efficaces : une bagarre sèche et brutale dans un bal, ou le très original duel final.

Le film séduit aussi par sa distribution impeccable. Barbara Bel Geddes, Walter Brennan, Charles McGraw… Que des gueules qui ont ce don pour rendre chacune de leurs scènes marquantes. Le film leur doit beaucoup.

La Malédiction des hommes-chats (The Curse of the Cat People) – de Robert Wise et Gunther von Fritsch – 1944

Posté : 9 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, VON FRITSCH Gunther, WISE Robert | Pas de commentaires »

La Malediction des hommes-chats

La Féline avait été un film très rentable pour la RKO. En bon producteur, Val Lewton a donc l’idée d’en proposer une suite. Et qu’importe si le personnage de Simone Simon est mort à la fin du film, on va bien trouver un moyen de la faire revenir… Et puis il y a quelques autres personnages qui, eux, sont toujours bien vivants.

Cette Malédiction… a tout de la vraie mauvaise idée, mais le résultat est assez étonnant. D’abord, la peur n’est ici qu’un faux-semblant. Seules quelques plans ébauchent un début de suspense rapidement désamorcé : sans doute fallait-il une poignée d’images qui puissent permettre de boucler une bande annonce promettant de grands moments de trouille.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a tromperie sur la marchandise. The Curse… n’est pas un film sur la peur, si ce n’est la peur d’être seul. C’est un film sur l’enfance qui se cherche, sur la relation entre une enfant trop seule et son amie invisible. Et devinez qui est cette amie invisible !! Eh oui, Simone Simon, alias Irena, revenue des morts grâce à une bague magique, et surtout grâce à l’imagination de la fillette.

Deuxième tromperie sur la marchandise : annoncée en tête d’affiche, Simone Simon n’apparaît qu’à la mi-film, pour disparaître un petit quart d’heure plus tard. Entre-temps, on aura eu droit à une ébauche de maison-fantôme, à l’ébauche d’une femme vengeresse (incarnée par Elizabeth Russell, la fascinante « femme panthère » dans La Féline), à l’ébauche d’une fuite pleine de danger à travers les bois.

Il y a quelques pistes plutôt excitantes qui auraient pu faire de ce film une belle oeuvre sur l’enfance dans la lignée de La Nuit du Chasseur ou de Moonfleet : cette vision un peu triste d’une enfant qui se raccroche aux contes que son père lui racontait, la présence en filigrane de l’inquiétante légende de Sleepy Hollow… Mais outre les rapports père-fille très discutables d’un point de vue éducationnel, le film a le grand tort d’être la suite de La Féline, avec lequel il n’a décidément pas grand-chose en commun.

La Ville enchaînée (The Captive City) – de Robert Wise – 1952

Posté : 20 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, WISE Robert | Pas de commentaires »

La Ville enchaînée

Avec The Set-up puis Odds against tomorrow, Robert Wise a signé des chefs d’œuvre du film noir, totalement ancrés dans une réalité sociale d’un réalisme poignant. The Captive City s’inscrit clairement dans cette lignée. Mais pas avec la même réussite, même si le film commence plutôt très bien.

Toute la première partie est passionnante, avec un récit parfaitement mené qui permet d’oublier l’esthétique très télévisuelle, avec ce noir et blanc lisse et sans aspérité, loin du grain fascinant de The Set-up.

Le film est même enthousiasmant lorsqu’il suit le héros interprété par John Forsythe, rédacteur en chef d’un journal local, entre ses reportages et les rotatives où il met la dernière main aux articles déjà prêts sur les plaques de plomb (oui, c’est une autre époque).

Surtout, ce début introduit un ton plein de promesses : en enquêtant sur la mort d’un homme, le journaliste découvre peu à peu la corruption qui règne dans la ville. Et en même temps, c’est toute la vie qu’il s’est construite dans cette ville dont il est devenu un membre éminent, qui est remise en cause.

Ces certitudes qui se fissurent, cette vie parfaite qui vole en éclat… Cela aurait pu donner lieu à un grand film tragique, ambigu et paranoïaque. Et par moments, c’est vrai que le film annonce les grands films parano qui auront la côte vingt ans plus tard. Mais cette belle idée n’est pas totalement exploitée, et le film se résume au final à un efficace thriller.

Efficace, mais plombé par deux personnes: John Forsythe d’abord, acteur à peu près aussi expressif qu’un bol de rillettes; et le sénateur anti-corruption Kefauver, qui apparaît dans son propre rôle pour conclure le film par un édifiant plaidoyer contre le jeu et les gangsters. Histoire de plomber totalement le thriller.

Nous avons gagné ce soir (The Set-Up) – de Robert Wise – 1949

Posté : 4 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, RYAN Robert, WISE Robert | Pas de commentaires »

Nous avons gagné ce soir

Superbe film au noir et blanc somptueux, peinture glauque et sans concession d’un monde qui semble sans grand espoir : celui de la boxe et de ses petits combats minables qui se succèdent sans passion.

Robert Ryan, une nouvelle fois formidable, incarne l’un de ces boxeurs, un « vieux » de 35 ans qui enchaîne les défaites et qui ne parvient pas à raccrocher les gants. Un homme fatigué qui trimbale sa carcasse usée en rêvant vaguement d’une autre vie avec la femme qu’il aime.

Celle qu’il aime… Le film ne sort que rarement du gymnase où les boxeurs s’affrontent, et où elle n’a pas voulu se rendre ce soir-là. Pourtant, elle semble omniprésente, dans le regard angoissé de Ryan.

Pour parler de boxe, Robert Wise filme les gens : les boxeurs qui attendent dans « l’antichambre » où ils se préparent, et où certains rêvent de seconde chance ; mais aussi les spectateurs dans le public, habités par une rage insoupçonnable à première vue, comme cette dame digne qui se met à hurler « tue-le, tue-le », ou ce jeune homme qui n’a plus le moindre regard pour sa petite amie, ou cet autre qui avale toutes les cochonneries du monde au fil des combats.

Une véritable faune interlope, dont le « spécimen » le plus étonnant est un aveugle qui assiste au combat, accompagné par un ami qui lui décrit les coups, et qui vit les affrontements comme s’il était sur le ring. Qui est-il ? Wise laisse libre court à l’imagination du spectateur… Ici, le passé ne peut être qu’imaginé, et l’avenir semble bien incertain.

Non, ce n’est pas un chant d’amour pour la boxe. Rien de glorieux dans ce combat montré in extenso: quatre rounds de trois minutes âpres et d’une violence qui n’a rien de romantique. Et les regards désabusés des habitués ne laisse guère de place aux espoirs démesurés.

Mais Wise signe un pur film d’amour. Il y a quelque chose de tragique dans l’absence de cette jeune femme (Audrey Totter) qui n’assiste pas au combat de cet homme, et dans son errance nocturne. Comme il y a quelque chose de déchirant dans la manière dont lui, Ryan, scrute la salle pour tenter de la retrouver. Quant au suspense final, dans une poignée de séquences qui flirtent avec le film noir, il ne conduit que vers une violence libératrice, l’un des happy ends les plus douloureux et les plus émouvants qui soient…

Le Coup de l’escalier (Odds against tomorrow) – de Robert Wise – 1959

Posté : 4 février, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, RYAN Robert, WISE Robert | Pas de commentaires »

Le Coup de l'escalier

Revoir l’un après l’autre La Chevauchée des bannis et Le Coup de l’escalier est une bonne manière de réaliser une bonne fois pour toute à quel point Robert Ryan est grand. Les deux films sont tournés la même année, marquent chacun à leur manière l’histoire du genre qu’ils représentent, et révèlent l’immense talent d’un acteur qui, en toute humilité et sans jamais tirer la couverture à lui, apporte à ses personnages une profondeur et une complexité à peu près infinis.

Après le western, le film noir donc. Et plus précisément le film de braquage, genre en soi dont Robert Wise, pas encore spécialiste du film musical mais déjà grand cinéaste au rythme très musical, s’empare en le malmenant comme peu d’autres avant lui. C’est bel et bien un film de braquage, construit comme tel : la formation de l’équipe, la préparation et l’attente, et le braquage lui-même. Sauf que ce braquage, minable et foireux, se résume à une dizaine de minutes montre en main, admirablement tendues et tragiques, et que l’essentiel est ailleurs.

Dans la préparation ? Elle-même se limite à une poignée de plans vite expédiés. Wise ne s’intéresse en fait qu’à ses trois bras cassés : Ryan donc, ainsi que Ed Begley et Harry Belafonte, à l’origine du projet, qui s’offre au passage une formidable séquence chantée dans un club enfumé, absolument fascinante. C’est tout le talent de Wise, qui prend le contre-pied des grands cinéastes du noir, et qui s’autorise de longues pauses et d’innombrables digressions.

A l’action pure, Wise préfère plonger dans les affres de ses personnages, qui n’en manquent pas. Ed Begley, ancien flic défroqué qui monte un « coup » pour se venger de la bonne société plus que pour se permettre un nouveau départ. Harry Belafonte, joueur invétéré et père divorcé, qui s’est attiré les foudres d’un créancier qu’il ne peut pas payer. Et Robert Ryan, vétéran fatigué de vivre aux crochets de son amie (Shelley Winters, terriblement émouvante), qui veut retrouver son statut « d’homme ».

Trois paumés que le noir et blanc éthéré assez impressionnant renvoie à leur triste banalité. Rien d’héroïque ou d’extraordinaire chez eux, ou dans ce qui les entoure. Ça sent déjà le plan foireux à plein nez, mais on pourrait leur rêver une nouvelle chance, finalement, à ces trois minables plutôt touchants.

Sauf que le personnage de Ryan est raciste jusqu’à la racine de ses cheveux. Il n’y peut rien : il a été élevé comme ça, et ça ne l’a jamais empêché de vivre. Et sauf que, pour ceux qui l’ignorent, Harry Belafonte est noir. Le film de braquage devient alors une charge contre le racisme et ses aspects destructeurs, jusqu’à un final chargé de symbole qui cite le White Heat de Walsh, et qui s’offre une conclusion cynique et définitive : face à la mort, il n’y a plus de différence entre les blancs et les noirs.

 

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