Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'WILDER Billy'

Certains l’aiment chaud (Some like it hot) – de Billy Wilder – 1959

Posté : 25 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIS Tony, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Certains l'aiment chaud

Il y a comme ça des films tellement définitifs qu’on sait bien qu’on n’aura rien de plus à dire que tous les éloges qui lui ont été faits depuis des décennies. Some like it hot est donc un monument, et franchement je ne vois pas ce qu’on peut rajouter…

On pourrait à la rigueur souligner que le triomphe du film a en quelque sorte conditionné la fin de carrière de Billy Wilder. Lui qui alternait les genres d’un film à l’autre (ses trois films précédents : une épopée historique, une comédie romantique, et un film de procès) va désormais se concentrer sur la comédie (à de rares exceptions). Wilder sera désormais inséparable de Jack Lemmon (qui jouera dans six de ses dix derniers films), et surtout de son coscénariste I.A.L. Diamond.

Il y a dans ce film une liberté de ton exceptionnelle, un humour ravageur, une envie gourmande de rendre hommage aux films de gangsters, mais aussi une audace rare pour l’époque : filmer des hommes (dont Tony Curtis, grande star à l’époque) travestis en femme, aborder ainsi l’homosexualité… Quel autre film américain avait déjà osé ça auparavant ?

Curtis et Lemmon sont irrésistibles en « Daphne » et « Josephine », vraiment très drôles sans jamais être graveleux. Wilder trouve cet équilibre juste, constamment, entre le gag immédiat et une certaine élégance, qui franchit admirablement l’épreuve du temps. Voyez donc ce film avec de jeunes enfants, des ados et des adultes dans la même pièce : l’enthousiasme partagé est aussi flagrant que rare.

« Nobody’s perfect », l’interminable tango, Tony Curtis qui tente de garder son sang froid malgré ses lunettes embuées face à une Maryline Monroe sensuelle en diable (ou plutôt en ange, tant elle est d’une innocence désarmante)… Les moments cultes et inoubliables se succèdent, en même temps que les éclats de rire.

Mais Wilder réussit aussi à ancrer son film dans une vieille tradition de cinéma de genre, tirant de la naphtaline un George Raft comme sorti de Scarface. Cet aspect policier flirte constamment avec la parodie, mais Wilder crée de belles scènes noires et tendues, notamment dans la première partie.

Rythme imparable, trio d’acteurs au top, intelligence de la mise en scène… C’est culte, c’est drôle, c’est génial. Un chef-d’œuvre, oui.

Fedora (id.) – de Billy Wilder – 1978

Posté : 21 juin, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, POLARS/NOIRS, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Fedora

Wilder, qui avait passé les dernières années à enchaîner les comédies (souvent très réussies) revient sur le tard au film noir, nostalgique et cruel. Résultat : une variation sur le thème de Sunset Boulevard, et un ultime chef-d’œuvre.

Pour l’occasion, il renoue avec son acteur fétiche d’autrefois, William Holden, vingt-quatre ans après Sabrina. Et ce n’est pas anodin. Vieilli, lui aussi en fin de carrière, Holden incarne parfaitement ce Hollywood disparu dont Fedora est le symbole.

Pas la survivante. Enfin si. Mais non. Sans dévoiler le secret qui entoure Fedora, disons juste que, contrairement à la Norma de Sunset Boulevard, elle ne se contente pas de revoir ses vieux films enfermée derrière les murs de sa villa. Sa vérité à elle est tout aussi cruelle, mais plus cynique, plus violente même.

Superbe film, où les longs flash-back s’enchevêtrent, dans une sorte de spirale vertigineuse et glaçante. Wilder et I.A.L. Diamond, son fidèle co-scénariste (d’après une histoire de Tom Tryon), ne sont pas tendres avec Hollywood : ni le nouveau Hollywood « avec ses caméras légères et la laideur des images », ni avec l’âge d’or et ses stars capricieuses et odieuses.

Tout n’est que vanité, mais à un niveau hallucinant. Rien ne compte plus que l’image que Fedora laissera à la fin, qu’importe si cette image est un mensonge. Et le « héros » joué par Holden n’est finalement guère différent. Lui qui se montre révulsé en apprenant la vérité, baisse finalement la garde quand il comprend que l’ancien amant qu’il fut n’a pas été oublié. Vanité, vanité…

Ariane (Love in the Afternoon) – de Billy Wilder – 1957

Posté : 18 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, COOPER Gary, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Ariane

Encore une merveille à mettre au crédit de Billy Wilder, Ariane marque aussi un tournant dans sa filmographie : sa première collaboration avec le scénariste I.A.L. Diamond, qui sera le complice attitré des décennies à venir.

Il y a d’ailleurs dans Ariane un ton singulier, que l’on retrouvera dans son œuvre à venir, mélange d’élégance et de cynisme. Et un thème, celui de la jeune femme innocente qui vient troubler la vie bien égocentrée d’un sale type, qui sera aussi celui d’Avanti !, autre réussite bien plus tardive du tandem.

Entre ces deux films, énormément de points communs, notamment dans le ton et dans ce que le film raconte. Beaucoup de différences aussi, qui viennent essentiellement de l’époque à laquelle ils ont été tournés : ce qui sera explicite en 1972 n’est que sous-entendus ici. C’est habillés que l’on retrouve les deux amants au matin, mais le sourire éclatant d’Audrey Hepburn est, lui, très explicite.

Audrey Hepburn… superbe actrice dont le regard si innocent n’est jamais dupe. Avec ce regard, la bienséance américaine en prend un sacré coup. Avec Gary Cooper, Audrey Hepburn forme l’un de ces couples si improbables qui peuplent le cinéma de Wilder. Et entre les deux : le père de la jeune femme, un détective privé si parisien, Maurice Chevalier dans son dernier grand rôle.

Le film est très drôle, avec le goût de Wilder pour les gags récurrents : le chien constamment puni à tort (gag joyeusement sadique), ou le quatuor de musiciens qui suit Cooper partout, du hammam à la promenade en canot.

Comme son maître Lubitsch, et plus que jamais, les portes (fermées en l’occurrence) sont omniprésentes dans ce Wilder-là : du mari cocu qui attend le bon moment, à Ariane qui espionne le client de son père, elles sont toujours au premier plan pour faire avancer l’intrigue et être source d’un gag bien senti.

Irma la douce (id.) – de Billy Wilder – 1963

Posté : 2 juin, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Irma la Douce

Il y a Jack Lemmon, irrésistible en agent de police parisien qui perd sa naïveté en même temps que son pucelage. Il y a Shirley MacLaine, craquante en prostituée fleur bleue. Il y a les décors d’Alexandre Trauner, joyeusement clichés.

Il y a aussi quelques belles idées de mise en scène comme cette rangée de têtes de veaux au milieu de laquelle sort celle de Lemmon. Et quelques chouettes répliques : « It’s a hard way to make an easy living »

Mais Irma la douce représente quand même ce que Billy Wilder a fait de moins enthousiasmant, de toute sa belle carrière. L’un de ses grands succès, qui a conforté la relation privilégiée qu’il a eue avec Lemmon dans les années qui ont suivi, et avec son scénariste I.A.L. Diamond, avec Certains l’aiment chaud et La Garçonnière. Mais l’un des rares (le seul ?) dont on peut dire qu’il est long, trop long, et globalement ni fin, ni très drôle, ni même vraiment rythmé.

Il me reste quelques films avant de boucler l’intégrale Wilder, mais Irma la douce se place confortablement en queue de peloton pour le moment, tant la comédie semble tourner en rond au bout de quelques scènes seulement. Même un atout comme le quartier parisien reconstitué par Trauner est un peu gâché par l’utilisation en parallèle de décors réels, avec un contraste franchement pas heureux.

Bien sûr, les acteurs sont formidables (Lemmon surtout, même si le personnage de Moustache est particulièrement réussi). Mais Wilder et Diamond réussissent l’exploit de faire de ce sujet joyeusement casse-gueule une comédie bon enfant jamais dérangeante, toujours confortable. Très loin de Spéciale Première par exemple, film auquel on fait souvent, et injustement, le même reproche de la comédie facile.

L’Odyssée de Charles Lindbergh (The Spirit of St. Louis) – de Billy Wilder – 1957

Posté : 21 mai, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, STEWART James, WILDER Billy | Pas de commentaires »

L'Odyssée de Charles Lindbergh

On n’attendait pas Wilder dans un tel projet, relativement hagiographique : l’histoire de la mythique traversée de l’Atlantique par Charles Lindbergh, d’après les mémoires de ce dernier. Le film occulte complètement tout ce qui n’a pas trait à l’aviation, tous les aspects détestables du personnage. Le choix est radical, et payant : qu’importe finalement la personnalité de Lindbergh, ce n’est pas l’homme qui intéresse Wilder, mais la grandeur de l’épopée.

On n’attendait pas Wilder sur ce terrain. Pourtant, le film est une grande réussite, et un film qui porte très clairement la patte de son auteur. Dans les quelques moments de comédie bien sûr, en particulier une irrésistible et courte séquence sur un aérodrome militaire, avec Carleton Young en officier exaspéré. Mais aussi dans quelques détails typiquement wilderiens, qui rattachent Lindbergh, seul dans son cockpit, à l’humanité qu’il a quittée en décollant: ce miroir si important, ou cette mouche avec laquelle se noue un dialogue inattendu.

Wilder est un auteur complet. Son film est aussi remarquable pour l’intelligence de son scénario que pour la précision de sa mise en scène, y compris dans les longs passages où Lindbergh est seul dans son avion, où l’intérêt est constamment relancé par un incident, un sourire, un plan inattendu.

James Stewart fait aisément oublier qu’il a vingt-cinq ans de trop pour son rôle. Les cheveux peroxydés, l’œil toujours aux aguets, cette moue qui passe si aisément du sourire à l’inquiétude… Il est (forcément) formidable dans ce rôle iconique, dont il ne retient justement que cet aspect d’icône, avec une humanité magnifique. Et un beau mélange de gravité et de légèreté, comme lorsqu’il lance aux pêcheurs qu’il survole : « Which way to Ireland ? » et se demande pourquoi ils ne lui répondent pas…

On connaît la fin. Sans vouloir spoiler outre-mesure : il va le traverser, cet océan atlantique. Pourtant, on vit l’incertitude, les angoisses, les rêveries de ce personnage confronté à lui-même, qui se remémore les événements qui l’ont amené à traverser cette immensité d’eau enfermé dans un espace si petit. On tremble avec lui, on piquerait presque du nez avec lui, et on ressent une émotion immense lorsqu’on découvre les paysages (si caricaturaux) d’Irlande, où qu’on survole enfin Paris (si caricaturale).

Cette année-là, Wilder touche à tous les genres : la comédie (Ariane), le drame judiciaire (Témoin à charge) et l’odyssée humaine. Avec la même intelligence, la même intensité, et la même réussite. Un grand, définitivement.

La Scandaleuse de Berlin (A foreign Affair) – de Billy Wilder – 1948

Posté : 16 mai, 2020 @ 8:00 dans 1940-1949, DIETRICH Marlene, WILDER Billy | Pas de commentaires »

La Scandaleuse de Berlin

Treize ans avant Un, deux, trois, Wilder posait déjà ses caméras dans le Berlin de l’après-guerre. Mais cette fois-là, dans l’immédiat après-guerre. Pas encore celui de la reconstruction, ni même des deux Allemagnes : celui d’un Berlin en ruines, occupé par les troupes des différentes armées vainqueurs.

Ce n’est pas le premier film effectivement tourné dans les ruines de Berlin. Mais ce Wilder est l’un des plus impressionnants. Ne serait-ce que pour son aspect documentaire, la vision qu’il offre de cette capitale ravagée et de sa population dépendante du marché noir, le film est important.

Il l’est aussi, tout simplement, parce que c’est une grande réussite où l’humour léger, le cynisme et la gravité de Wilder se retrouvent autour d’un triangle amoureux décapant : la chanteuse de cabaret au passé trouble (Marlene Dietrich, qui d’autre), l’officier américain un peu magouilleur et beau parleur (John Lund, très bien), et la congresswoman trop guindée, venue explorer le oral des troupes américaines.

Jean Arthur, dans un rôle qu’on image comme un clin d’œil à M. Smith au Sénat, est une grande actrice comique. Irrésistible quand elle met trois plombes à plier ses lunettes avant de daigner jeter un œil aux ruines que son avion survole. Hilarante quand elle se fait passer pour une « Gretchen » écervelée. Touchante quand, totalement bourrée, elle s’abandonne à celui qu’elle aime. Et puis tragique et superbement filmée, profil sombre couvert d’ombre, lorsqu’elle réalise la tromperie…

C’est avant tout à travers son regard qu’on découvre la vie de ce Berlin exsangue. Wilder sait lui donner de la vie et de la gravité dans le même mouvement. Les scènes dans le cabaret, surtout, sont absolument magnifiques, caves sombres toutes en ombres et en recoins, dont Wilder fait un écrin sur mesure pour Marlene, fascinante comme toujours. Fascinante et troublante, parce que le scénario (co-écrit avec le fidèle Charles Brackett) ne l’épargne pas, et n’atténue pas la responsabilité individuelle au nom de la responsabilité collective.

Une comédie, oui, mais grave et profonde. Un grand cru de Wilder.

Uniformes et jupons courts (The Major and the Minor) – de Billy Wilder – 1942

Posté : 11 mai, 2020 @ 8:00 dans 1940-1949, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Uniforme et jupons courts

Ray Milland troublé devant le charme d’une ado de 12 ans… Pour son premier film américain (huit ans après son très réussi coup d’essai français, Mauvaise Graine), Wilder signe une comédie pleine de rythme, mais aussi très politiquement incorrecte.

Certes, l’adolescente en question n’en est pas vraiment une, mais une jeune femme qui se retrouve prisonnière de son déguisement (qu’elle a choisie pour économiser sur le prix de son billet de train). Mais quand même… Derrière l’irrésistible regard de son œil paresseux, Milland se surprend peu à peu à voir celle qu’il prend pour une gamine comme si elle était une vraie femme. Et son trouble est communicatif.

Brillante comédie, qui repose sur le rythme bien sûr, mais aussi sur la sa prestation de son actrice principale, Ginger Roger, décidément très grande actrice de comédie, capable de singer les manières adolescentes tout en restant une vraie femme, jusqu’au bout des ongles, et sans jamais en faire trop.

Qu’elle écrase un œuf sur la tête d’un New Yorkais trop insistant (Robert Benchley), qu’elle passe des bras d’un très jeune cadet à ceux d’un autre, ou qu’elle tente d’échapper aux suspicions de deux contrôleurs de train, elle est d’un naturel formidable, à la fois pleine de vie et lasse du regard des autres.

Face à Ray Milland, cet « oncle Philip » qui la prend sous son aile en toute innocence (du moins s’en convainc-t-il), elle fait des étincelles. Son regard s’agrandit, son sourire s’élargit. Entre eux, l’histoire d’amour est amorale, indéfendable (du moins d’un côté). Wilder s’en amuse, se moque de la morale comme il le fait souvent. The Major and the Minor porte en germes tout ce qui fait la réussite de ses grands films à venir. Réjouissant.

Sept ans de réflexion (The Seven Year Itch) – de Billy Wilder – 1955

Posté : 6 mai, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Sept ans de réflexion

C’est sans doute l’image la plus célèbre de Marylin Monroe, le symbole du glamour : l’actrice dont la spectaculaire robe blanche vole sur ses jambes largement dénudées, en passant au-dessus d’une grille de métro… Une image sexy en diable, autour de laquelle toute la promotion du film était (et est toujours) axée…

Sexy ? Glamour ? Innocente, surtout… Cette scène, mieux peut-être que toute autre, illustre le personnage purement innocent de Marylin, inconsciente de l’effet que provoque sa beauté et son corps si plein sur les hommes.

Véritable fantasme malgré elle… Le contraste entre l’innocence de la dame et l’image qu’elle dégage donne, comme souvent dans sa carrière, les plus beaux moments de 7 ans de réflexion. La manière dont elle évoque ses sous-vêtements gardés au frigo, ou sa mésaventure dans la baignoire, et le visage de Tom Ewell qui se décompose au fur et à mesure que des images mentales se forment…

Tom Ewell, homme marié dont la femme et le fils sont partis passer l’été à la campagne (belle scène d’au-revoir, avec ces baisers contrariés), le laissant seul dans un New York surchauffé, seul avec ses fantasmes masculins. Le film est tiré d’une pièce triomphale dont Ewell fut la star. D’où, sans doute, l’aspect très bavard du film, Ewell passant l’essentiel de ses scènes solo à parler seul, comme une voix off, mais pas off. C’est assez drôle, souvent, mais le procédé est aussi un peu lourd, et rappelle bien plus l’origine théâtrale que l’unité de lieu, presque respectée.

Assez magique quand Marylin Monroe est à l’écran, le film manque un peu d’allant quand Tom Ewell est seul. Pas grand-chose à lui reprocher, mais sans doute n’a-t-il simplement pas l’aura d’un grand acteur de cinéma…

Le film est en tout cas un bon exemple qui prouve que Wilder est aussi un grand cinéaste, et pas juste un grand scénariste. Il y a dans son film une vivacité, une richesse formelle remarquable, avec quelques trucages (simples) et surimpressions plutôt rares dans sa filmographie, qui donnent réellement forme aux fantasmes d’Ewell. Irrésistibles fantasmes…

Mauvaise graine – de Billy Wilder (et Alexander Esway) – 1934

Posté : 5 mai, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DARRIEUX Danielle, ESWAY Alexander, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Mauvaise graine

Comme Lang, Wilder est passé par la France en fuyant le nazisme. C’est même là qu’il réalise son premier film, avant de partir pour Hollywood, où ses talents de scénaristes ont déjà été remarqués. Il mettra en revanche huit ans avant de repasser derrière la caméra…

Ce coup d’essai est pourtant, déjà, l’œuvre d’un grand cinéaste, un film plein de vivacité, à la maîtrise formelle impressionnante. Qu’il utilise les surimpressions pour souligner le trouble de son héros marchants dans les rues de Paris, ou le montage alterné pour faire monter le suspense lors d’une belle séquence de poursuite automobile… Wilder maîtrise parfaitement son sujet.

On peut même déjà parler d’une vraie signature. Pas encore celle de ses grands chefs d’œuvre : l’influence de Lubitsch n’est pas encore passée par là. Mais dans sa manière d’utiliser le montage et les ellipses courtes, Wilder donne un ton singulier à son film, l’art de ne pas filmer cet instant précis où les décisions sont prises… Des choix de mise en scène qui rythment constamment l’action.

Beau scénario, aussi, qui flirte à la fois avec la comédie et le film d’action, avec cette histoire d’un jeune homme trop gâté que son père veut remettre dans le droit chemin, mais qui se perd avec une bande de voleurs de voitures. Il y rencontre une toute jeune femme, dont le visage accroche déjà la caméra : Danielle Darrieux, 16 ans à peine, le visage encore un peu poupin.

Wilder a donc commencé sa carrière de réalisateur en dirigeant Darrieux, en France. Et dire que ce film reste une curiosité largement oubliée…

Spéciale Première (The Front Page) – de Billy Wilder – 1974

Posté : 2 mai, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Spéciale Première

Un succès facile, le film le moins ambitieux de son auteur… The Front Page n’a pas vraiment bonne réputation. Tournée par Wilder après deux échecs (injustes : ceux de The Private life of Sherlock Holmes et de Avanti !, deux réussites), cette comédie n’apparaît, c’est vrai, pas comme un risque énorme, nouvelle adaptation d’une pièce très populaire qui a déjà donné un classique, La Dame du Vendredi.

Facile ou pas facile, le film a toutes les qualités de la veine comique de Wilder : un sens du rythme extraordinaire, une manière de filmer des répliques qui fusent, digne de son maître Lubitsch, tout comme cette capacité qu’il a de mêler le rire et l’émotion, ou de faire émerger une gravité inattendue des pures situations comiques.

Une manière aussi de suspendre le rire sur une gêne soudaine, qui se transforme bientôt en sentiment de révolte, puis en dégoût… C’est le cas dans la salle de presse de la prison, où se déroule l’essentiel de l’intrigue, et où d’un coup, le personnage de la brave pute à deux dollars (pour reprendre sa propre expression) prend une gravité déchirante…

La pièce, co-écrite par Ben Hecht (à qui un dialogue rend un hommage grinçant) raconte l’histoire d’un journaliste décidé à raccrocher pour se marier (avec la jeune Susan Sarandon) mais que son rédacteur en chef a bien l’intention de retenir en utilisant les stratagèmes les plus retors. Deux rôles en or pour Jack Lemmon (le journaliste) et Walter Matthau (le rédac chef), grand duo comique que Wilder avait créé avec La Grande Combine, et qu’il retrouvera pour son ultime film, Buddy Buddy.

L’enthousiasme de l’un, le cynisme de l’autre… Deux facettes exacerbées du journalisme. Le métier en prend un sacré coup devant la caméra de Wilder. Comme toujours, pourrait-on dire : Kirk Douglas dans Le Gouffre aux chimères était déjà une vision franchement détestable du journalisme. Au moins ici sont-ils sympathiques, malgré tout. Parce que Wilder les filme avec un regard amusé. Cynique, oui, terriblement même. Mais amusé malgré tout, quelles que soient les horreurs qu’ils débitent (et Matthau n’est pas avare en horreurs).

Le film est en tout cas une merveille de comédie, portée par de grands acteurs, au rythme impeccable, sorte de bilan de l’œuvre wilderienne. Succès facile ? Pas tant que ça. La preuve : le film a été un bide.

123
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr