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Archive pour la catégorie 'WALSH Raoul'

La Blonde et le Shérif (The Sheriff of Fractured Jaw) – de Raoul Walsh – 1958

Posté : 10 mars, 2011 @ 10:28 dans 1950-1959, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Blonde et le shérif

Ça sent la fin de carrière pour Raoul Walsh, qui n’a visiblement plus rien à prouver (il ne tournera plus que quatre films, jusqu’en 1964). Après quelques films très inspirés (en particulier le trop méconnu Bungalow pour femmes), le cinéaste signe là l’unique western parodique de sa carrière. Lui qui est pourtant l’un des plus grands spécialistes du « vrai » western, depuis plus de trente ans, ose aller jusqu’au bout de la parodie, et signe un OVNI cinématographique qui semble tout droit sorti de l’imagination de Gosciny (période Lucky Luke, of course).

On a donc un western avec tous les personnages incontournables du genre : les Indiens, les deux clans qui s’opposent, la tenancière de bar sexy et gouailleuse, le croque-mort à l’affût de son prochain client, les fines gâchettes prêtes à en découdre… Bref, tout ce qui a fait la gloire de l’Ouest encore sauvage depuis les premiers pas du cinéma. Sauf que le héros est une espèce de lord anglais flegmatique qui débarque dans l’Ouest américain persuadé que le bon sens et la discussion peuvent avoir raison de tous les conflits. Et là on se dit qu’il va vite déchanter, mais non.

Au cours de son voyage en diligence à travers les grandes étendues désertes, il est confronté à une attaque d’Indiens, dont il se sort en allant crânement serrer la main du chef belliqueux. Au point d’être adopté par la tribu, et de devenir une sore d’icône auprès de la population locale. Une icône qui ne tarde pas à être nommée shérif, et à séduire la tenancière du saloon, qui a les formes très, très généreuse de Jayne Mansfield.

On ne peut pas dire que le couple que la belle forme avec Kenneth More soit particulièrement convaincant, cela dit. Mais le fossé qui sépare la bombe bécasse et le falot british a un certain attrait, faut reconnaître.

Cela dit, la charge parodique est un brin lourdingue, d’autant que l’effet comique est lui plutôt limité. Ce qui fait qu’on s’intéresse peu à l’histoire, et qu’on se contente de sourire, alors qu’on aurait préféré se lâcher dans quelques éclats de rire. Heureusement, il y a le métier de Walsh, qui est quand même (l’ai-je déjà écrit dans ce blog ?) l’un des plus grands cinéastes de toute l’histoire du 7ème art. Ce métier qui, quel que soit le scénario, permet à Walsh d’éviter le ratage. La Blonde et le Shérif, réalisé par un autre, aurait sans doute été un nanar assez imbuvable. Sous l’œil unique mais génial de Walsh, il devient une comédie bancale, mais élégante, et au final plutôt séduisante.

Les Fantastiques années 20 (The Roaring Twenties) – de Raoul Walsh – 1939

Posté : 25 février, 2011 @ 9:57 dans * Films de gangsters, * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, BOGART Humphrey, CAGNEY James, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Les Fanfastiques années 20

1939 est souvent considéré comme la plus grande année qu’a connue Hollywood. Ce n’est sans doute pas un hasard : les grands cinéastes classiques ne sont jamais aussi inspirés que quand ils plongent dans les racines de l’Amérique. Et la menace nazie qui plane sur le monde cette année-là pousse les hommes de cinéma à revisiter le passé. C’est le cas pour John Ford, cette même année, avec Vers sa destinée ou Sur la Piste des Mohawks ; c’est le cas, bien sûr, pour Zanuck et Fleming avec Autant en emporte le vent ; et c’est aussi le cas pour Walsh, qui, sans remonter aussi loin dans le temps que Ford et Fleming, signe en cette fin de décennie l’un des plus beaux films sur la décennie précédente.

La première séquence, qui présente un monde à l’aube de la deuxième guerre mondiale, n’est pas anodine. Cette guerre marque la fin d’une période faite de hauts et de bas, et qui avait commencé avec la fin de la Grande Guerre. Comme un signe que l’évolution du pays est immanquablement marquée par les guerres. Comme un signe, aussi, que l’histoire est un éternel recommencement, et que le héros qu’on s’apprête à rencontrer alors qu’il est au plus bas, est condamné, à la toute fin, à retourner d’où il vient.

The Roaring Twenties est un film de gangsters, c’est même peut-être le plus beau de tous. Mais c’est aussi bien plus que cela. Parce qu’à travers le destin d’Eddie Bartlett, ancien soldat de la Grande Guerre devenu un laissé-pour-compte, qui devient l’un des rois de la Ville grâce à la Prohibition, et qui perdra tout après le krach boursier de 1929, c’est l’histoire de l’Amérique qui se dessine.

C’est aussi l’histoire récente de Hollywood qui clôt symboliquement un chapitre. La dernière scène, sublimissime chute sur les marches enneigées d’une église, marque doublement la fin d’une époque. Dans l’intrigue du film, c’est la fin des années 20 et de l’âge d’or des bootleggers que l’on voit ; mais c’est aussi à celle des années 30, et de l’époque bénie des grands films de gangsters, que l’on assiste. D’ailleurs, le petit et immense James Cagney restera dix ans sans interpréter un gangster : il fera son retour dans le genre avec le sublime-itou L’Enfer est à lui, du même Raoul Walsh.

Les deux films, d’ailleurs, n’ont pas grand-chose en commun (à part d’être géniaux). L’Enfer est à lui sera le portrait pathétique d’un malade mental ; Les Fantastiques années 20 raconte le parcours profondément humain d’un Américain moyen, qui symbolise toutes les vraies valeurs américaines.

Eddie Bartlett possède un sens de l’amitié et une vraie intégrité morale, qui séduit, d’ailleurs, le très beau personnage de Gladys George. A l’inverse, celui d’Humphrey Bogart (encore cantonné aux seconds rôles, mais qui accédera à la gloire éternelle dès l’année suivante) représente la face sombre de l’Amérique, sans valeur morale, comme un méchant de western. Les Fantastiques années 20 présente ainsi une fascinante galerie de personnages très marqués, et tous magnifiquement interprétés. Le film présente aussi, presque à la manière d’un documentaire, cette époque bénie pour les gangsters de la Prohibition, présentée sans doute possible comme une aberration par un Walsh qui a lui-même dû fréquenter assidûment les speak-easy. Y’a pas à dire, il n’y a rien de mieux que l’expérience pour donner de la vie à un film… Et celui-ci, chef d’œuvre absolu, n’en manque pas.

La Piste des Géants (The Big Trail) – de Raoul Walsh – 1930

Posté : 14 février, 2011 @ 11:19 dans 1930-1939, BOND Ward, WALSH Raoul, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Piste des géants

Encore un Walsh de très haute tenue, que ce western hyper ambitieux, l’une des plus grosses productions des premières années du parlant. L’autre grand pionnier borgne de Hollywood (il a perdu son œil quelques mois seulement avant de tourner cette Piste des Géants, sur le tournage de In old Arizona) semble ici répondre à son confrère John Ford, qui avait dirigé un western tout aussi ambitieux et sur un thème comparable, à l’époque du muet : l’excellent Cheval de Fer. On pense souvent au film de Ford en voyant cet autre film consacré aux pionniers de l’Ouest américain. Ford lui-même signera avec Le Convoi des Braves un film très comparable à cette Piste des Géants. Et la boucle sera bouclée…

Toujours dans la filiation Walsh/Ford, il ne faut pas oublier que c’est dans ce film de Walsh que John Wayne, à qui Ford avait déjà confié quelques petits rôles, trouve son premier grand rôle. Rien que pour ça, le film a une valeur évidente. Mais il faut bien reconnaître : il est un peu jeunôt, le Duke, et il n’a pas encore la carrure qu’il gagnera au cours des années 40. Après ce coup d’éclat, la carrière de Wayne se résumera d’ailleurs à des westerns de série B (au mieux) très oubliables, qu’il enchaînera jusqu’à ce que Ford le lance pour de bon dans La Chevauchée fantastique, en 1939.

Ici, Wayne, manque un peu de profondeur, et même de charisme, ce qui est quand même un comble. Il n’y a pas grand-chose à lui reprocher cela dit, mais c’est vrai qu’il se laisse porter par le film, plus qu’il ne le porte vers le haut, comme il le fera au moment de sa grandeur, dans ses chef d’œuvre comme dans ses nanars…

Walsh, en tout cas, est très inspiré par cette grande épopée, cette histoire d’un groupe de colons qui traverse une bonne partie de l’Amérique encore vierge, dans le but de s’installer dans une vallée verdoyante qui apparaît comme un paradis presque inatteignable. Le cinéaste, comme Ford avant lui, signe une grande fresque vantant le pur esprit de l’Amérique : avec des hommes et des femmes prêts à laisser derrière eux leur petite vie pour participer à la construction du pays, et trouver leur place dans l’histoire.

La Piste des Géants, dans le fond, n’a rien de très original. Mais la forme, elle, est assez étonnante : après un début plutôt classique, la caravane se met en marche (et cela donne des images absolument magnifiques, plus calmes, mais tout aussi spectaculaires que la fameuse course de Trois Sublimes Canailles, de Ford). Et le film se transforme alors en une espèce de recueil qui, chapitre après chapitre, illustre tous les dangers rencontrés par la caravane, chaque chapitre étant introduit par un carton explicatif, comme au temps du muet.Tout y passe : l’attaque des Indiens, la longue marche dans le désert, la tempête de neige, la traversée d’un fleuve, le déluge… Mais le plus impressionnant est peut-être cette séquence au cours de laquelle les colons doivent faire descendre leurs chariots le long d’une falaise abrupte.

Il y a bien sûr un fil conducteur : personnage de Wayne recherche les assassins de son ami, dont on devine tout de suite qu’il s’agit du conducteur de la caravane et de son aide mexicain. Mais le suspense tourne court : ces deux « méchants » sont des lâches qui font tout pour ne pas affronter Wayne. Ils font d’ailleurs appel à un troisième larron, qui sera le rival de Wayne auprès de la belle du film (Marguerite Churchill). Mais là encore, Walsh se débarrassera vite de ce rival encombrant, pour se concentrer sur la belle aventure humaine, qui l’intéresse bien davantage. Et nous aussi, ça tombe bien…

L’Enfer est à lui (White heat) – de Raoul Walsh – 1949

Posté : 31 janvier, 2011 @ 11:30 dans * Films de gangsters, * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, CAGNEY James, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

L'Enfer est à lui

Made it ma ! Top of the world !

« Made it, ma ! Top of the world ! » lance un James Cagney halluciné, définitivement tombé dans la folie la plus (auto)destructrice, les flammes de l’enfer se déchaînant autour de lui. Cette image inoubliable est entrée dans l’histoire comme l’une des plus fameuses de l’histoire des films de gangsters. Une image comme sortie de l’esprit torturé de Cody, peut-être le plus terrible de tous les personnages de Cagney (et il en a interprété quelques-uns, des sales types !), mais paradoxalement incapable de couper le cordon avec sa mère, possessive et acariâtre : Ma Dalton, à côté, c’est mamie Tartine…

White Heat, chef d’œuvre absolu de plus à mettre au crédit de Walsh, est à l’image de ce personnage si complexe : à la fois brut et brutal, et d’une profondeur inattendue. Ne comptez pas sur moi pour me lancer dans une psychanalyse sur les rapports entre Cagney et sa mère de cinéma, Margaret Wycherly. Mais cette union diabolique fait froid dans le dos : dérangeant de voir cette boule de fureur qui peut donner la mort sans une hésitation, débordant d’un amour exclusif pour sa mère. Lorsque ce cordon est finalement coupé donne lieu à l’une des scènes les plus puissantes du film : en prison, dans un silence quasi monacal, une chaîne humaine apporte la nouvelle de la mort de sa mère à Cody, qui l’accueille dans une explosion de douleur qui fait froid dans le dos.

La grande force du film, c’est d’allier une narration d’une fluidité et d’une efficacité  absolues, avec ce personnage hors du monde, pour qui tout ce qui se trouve en dehors de cette bulle minuscule qu’il forme avec sa mère, peut bien disparaître dans les flammes de l’enfer. Ce dingue absolu est pourtant marié avec Virginia Mayo. Et même si elle est prête à toutes les duplicités, elle est quand même rudement belle, Virginia…

Cody est un personnage hors du monde, mais c’est aussi un personnage hors du temps, totalement fermé aux évolutions de la société, et même de la police, qu’il considère comme des ploucs qui ne représentent pas la moindre menace. Malin, Walsh joue avec le long passé de gangster de Cagney (y compris sous sa propre direction dans Les Fantastiques années 20, dix ans plus tôt) : lui n’a guère changé, dans ses méthodes. Mais le monde a avancé, sans lui.

C’est un autre thème du film, inhabituel dans les films de gangsters : l’affrontement entre la tradition (celle du gangster né pendant la Prohibition) et la modernité. Walsh s’est visiblement passionné pour ce sujet, qu’il traite admirablement bien, sans jamais en rajouter, et sans que cela tombe dans la surenchère de gadgets. Cette police que Cagney et Mayo considèrent comme des ploucs est non seulement capable de se montrer plus maligne (avec l’excellent Edmond O’Brien, flic infiltré), mais elle utilise aussi des méthodes révolutionnaires pour l’époque : filatures à trois voitures, utilisation du radar, sans oublier les empreintes digitales dont l’utilisation a bien progressé… Sans s’en rendre compte, Cody Jarrett est un dinosaure, dont la disparition est inéluctable.

C’est d’ailleurs le dernier grand rôle de gangster de Cagney, qui effectuait là un retour très remarqué après quelques années de purgatoire. C’est aussi sans doute son rôle le plus marquant. Cagney est grand, et Walsh est immense.

O.H.M.S. / Au service de sa majesté (O.H.M.S. / You’re in the army now / On her majesty service) – de Raoul Walsh – 1937

Posté : 10 janvier, 2011 @ 5:53 dans 1930-1939, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

OHMS

Bon, je serais un peu fou de dire que O.H.M.S. fait partie des (quelques dizaines de) chef d’œuvre de Walsh, mais je serais tout aussi fou de gâcher mon plaisir. Ce tout petit film pas bien ambitieux, visiblement vite torché, parfois même un peu maladroit, est le parfait exemple pour l’affirmer haut et fort : un Walsh très mineur vaut mieux que les films majeurs de la plupart des cinéastes. Film de gangster, film de guerre, film d’aventures, romance, comédie… O.H.M.S. joue sur tous les registres à la fois, dans un joyeux bazar à peine organisé. C’est l’époque qui veut ça : au milieu des années 30, John Ford signait des films aussi bordéliques et charmants (Born reckless, Quatre hommes et une prière…).

« Charmant » : c’est sans doute ce qui caractérise le mieux ce film bancal et inégal, plombé parfois par des images de manœuvres militaires qui sont probablement tirées des archives de l’armée, mais parsemé de jolis moments de comédie, en particulier grâce au triangle amoureux, aussi convenu qu’attachant.

Pourtant, le personnage le plus passionnant est celui qui passe le plus rapidement à la trappe : c’est la chanteuse de cabaret qu’abandonne un peu lâchement le personnage de Jimmy au début du film, lorsque, accusé à tort d’un meurtre, il doit fuir New York. Plus tard, alors qu’il sera devenu un soldat presque modèle, Jimmy retrouvera par hasard son ancienne fiancée, lors d’un spectacle destiné aux soldats. Leurs retrouvailles seront aussi drôles que touchantes, et boosteront le film qui commençait à tourner un peu en rond.

Tout le début du film (la partie new-yorkaise) est en tout cas brillant. Dès la toute première image (Jimmy, petite frappe, arnaqueur et bon à rien, arrivant devant le cabaret où il a ses habitudes, et sur la façade duquel figure l’affiche de sa petite amie), Walsh se montre très inspiré, et la manière dont il présente son personnage, peu recommandable, et met l’action en place, est formidable. Tout le problème dans un film comme ça est d’amener de manière crédible un personnage totalement libre et en dehors des lois, à s’engager dans l’armée. Ici, il suffit d’une bagarre qui tourne mal dans une arrière salle du quartier chinois, d’un coupable désigné, d’un échange d’identité, et d’un quiproquos bien à propos. Tout ça est fait en quelques scènes courtes et précises, très joliment photographiées.

Le rythme baisse quelque peu par la suite, mais qu’importe : ne serait-ce que pour ces premières scènes, O.H.M.S. est une curiosité à découvrir.

Barbe Noire le pirate (Blackbeard the Pirate) – De Raoul Walsh – 1952

Posté : 22 septembre, 2010 @ 3:33 dans 1950-1959, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Barbe Noire le pirate

Raoul Walsh a déjà fait des films de pirates plus passionnants que ce Barbe Noire le pirate pas toujours très convaincant : on est quand même un peu loin de ce chef d’œuvre absolu qu’est Capitaine Sans Peur, tourné l’année précédente. Mais bon, il a beau y faire, Raoul, il a toujours été totalement incapable de faire un mauvais film… Il est comme ça, Walsh, même quand il passe son temps à changer de pied, à hésiter entre le premier et le second degré, il s’en sort avec les honneurs. C’est exactement ce qui se passe ici, et malgré un scénario inutilement alambiqué : on a plutôt intérêt à ne pas manquer une ligne des panneaux d’explication, au tout début du film, si on veut comprendre ce que le héros recherche…

Le héros, d’ailleurs, n’est pas la plus grande réussite du film. Son interprète, le fadasse Keith Andes, n’a pas le charisme nécessaire pour faire le poids face à Barbe Noire, joué avec délectation par Robert Newton, qui fait de ce grand méchant mythique un personnage de dessin animé dont le rire tonitruant est hallucinant. Ses excès jubilatoires dévorent littéralement le film, qui repose largement sur ses larges épaules. Et aussi, il faut reconnaître, sur le joli minois de Linda Darnell qui, à 29 ans, et après une décennie magnifique, commençait déjà là son inexorable et fulgurant déclin.

Il y a dans Barbe Noire le pirate quelques belles scènes, comme celle très spectaculaire de l’abordage, réalisée avec beaucoup de moyens et le sens du rythme de Walsh ; ou encore la fin de Barbe Noire, qui semble là aussi tirée d’une bande dessinée… Mais la scène la plus étrange, la plus mémorable aussi, est celle du sosie de Barbe Noire, qui vient d’on ne sait où, et n’apparaît dans l’histoire que pour permettre un rebondissement inattendu. Vingt ou trente ans plus tôt, ce scénario surabondant et ces changements de ton incessants auraient fait un splendide serial. Walsh en tire un film très mineur dans sa filmographie. Mais un Walsh mineur, c’est quand même bien mieux qu’un Michael Bay majeur…

Victime du Destin (The Lawless Breed) – de Raoul Walsh – 1953

Posté : 23 août, 2010 @ 1:38 dans 1950-1959, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

Victime du destin

La lecture du formidable roman de James Carlos Blake, L’Homme aux pistolets, m’a donné envie de revoir ce western du grand Walsh, lui aussi inspiré de la vie de John Wesley Hardin, l’un de ces grands hors-la-loi qui ont fait la mythologie de l’Ouest américain. La comparaison est un peu déroutante… Le roman (écrit en 2002) est un portrait tout en nuances de Hardin, qui multiplie les points de vue, et laisse délibérément des zones d’ombre. C’est aussi une peinture particulièrement réaliste de l’Amérique de la deuxième moitié du XIXème siècle, cadre de vie hors norme pour une vie hors du commun.

Le film, prétendument adapté de l’autobiographie écrite par Hardin lors de son long séjour en prison, n’a quant à lui qu’un très lointain rapport avec la réalité. Le hors-la-loi est devenu un jeune homme (interprété par Rock Hudson, qui porte pour la première fois un film important sur ses épaules) qui n’aspire qu’à vivre une existence tranquille dans une ferme, mais qu’un concours de circonstances transforme en ennemi public. Comme il le clame à longueur de film, « je n’ai jamais tiré sur quiconque n’avait pas essayé de me tuer d’abord ». Une « victime du destin », quoi, pour reprendre le titre français.

Toute la première partie, qui retrace la longue « carrière » de hors-la-loi de Hardin, prend énormément de liberté avec la vérité historique, ne reprenant que quelques éléments véridiques (la cohabitation difficile avec un père pasteur qui désapprouve le goût du jeune Wes pour le jeu), parfois en les sortant de leur contexte (comme la séquence, plutôt rare dans un western, des courses de chevaux). L’emprisonnement de Hardin (qui représente pourtant près de la moitié de sa vie !) est même totalement éclipsé : on ne verra pas une image de l’intérieur de la prison, et pas un mot ne sera dit sur les conditions dans lesquelles il a purgé sa longue peine. Quant à la partie finale, dans laquelle il retrouve sa femme et son jeune fils dans la ferme, elle est en opposition totale avec l’existence réelle du hors-la-loi.

En fait, Walsh et ses scénaristes (Bernard Gordon et William Alland, le producteur de L’Etrange créature du Lac Noir) n’ont retenu de John Wesley Hardin que le mythe qu’il représente, et l’aura qu’il dégageait, et faisait de lui la cible idéale des jeunes « gunfighters » en quête de gloire (comme Gregory Peck dans le magnifique film d’Henry King, La Cible humaine). En fait, Walsh est moins intéressé par le long chemin criminel de son héros que par la rencontre entre ce personnage vieillissant et assagi, et son fils aussi bouillant que lui au même âge. C’est, et de loin, la partie la plus passionnante du film : cette magnifique séquence au cours de laquelle Hardin arrive chez lui, et voit pour la première fois son fils, désormais un jeune homme, vous noue la gorge à tous les coups. Rock Hudson la joue avec un mélange d’intensité et de retenue assez remarquable. Je pense qu’on a tendance à sous-évaluer les qualités de cet acteur, qui a signé quelques prestations remarquables, chez Walsh notamment, et surtout dans les films de Sirk, dont il n’allait pas tarder à devenir le comédien fétiche.

Le film tout entier semble ne se diriger que vers la scène suivant ce retour : le premier face à face entre l’homme et son fils, la sensation qu’a l’ancien hors-la-loi de se revoir lui-même (avec un effet de surimpression très réussi, sur le visage affolé de Hudson), et cette certitude, alors, que son fils va suivre le même chemin que lui, faire les mêmes erreurs que lui… Certitude qui le pousse à agir envers son fils comme l’avait fait son propre père avec lui. Cette séquence est sans doute la plus importante du film, et elle est parfaitement maîtrisée. Bien sûr, on peut penser que l’histoire aurait eu plus d’impact sans l’incroyable happy-end purement hollywoodien, mais qu’importe : Walsh a signé un western certes mineur dans sa carrière, mais original et passionnant.

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