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Archive pour la catégorie 'WALSH Raoul'

Le Monde lui appartient / Capitaine courageux (The World in his arms) – de Raoul Walsh – 1952

Posté : 24 mai, 2012 @ 10:53 dans 1950-1959, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Le Monde lui appartient

Après Capitaine sans peur, chef d’œuvre et triomphe en salles, Walsh retrouve la mer, Gregory Peck, et un grand souffle épique pour un nouveau grand film d’aventures au moins aussi passionnant que le précédent.

Il y a évidemment des points communs entre les deux films, mais Capitaine courageux (un titre français un peu pourri qui n’a pour but que d’attirer des spectateurs conquis par avance) n’est pas un Capitaine sans peur au rabais. Il y a dans ce film une euphorie, une ambition mêlée de simplicité, et un ton original qui en font l’une des très grandes réussites de Walsh.

Un grand film maritime ? Oui, sans conteste. Pourtant, il faut attendre près d’une heure pour que les personnages embarquent vraiment, et pour que le souffle du grand large souffle sur le film. Dans toute la première partie, Walsh installe son action dans les rues d’un San Francisco encore jeune, symbole d’un pays qui se construit et se « civilise », et dans lequel la comtesse russe (jouée par Anne Blythe) voit un pays idéal, loin de cette Russie tsariste vieillissante et étouffante où un mariage de raison et une vie sans joie ni liberté lui sont promis.

A San Francisco, la belle tombe évidemment sous le charme d’un Gregory Peck au sommet de sa gloire. Bel aventurier à la réputation sulfureuse, chasseur de phoques (mais un gentil, hein : pas comme ces salauds de Russes qui tuent toutes les pauvres bêtes qui se retrouvent sur leur chemin), et visionnaire qui rêve d’acheter aux Russes l’Alaska qui ne deviendra américain que quelques années plus tard, et dont le gouverneur n’est autre que le tonton de la belle comtesse. Est-ce nécessaire de préciser que notre aventurier va tomber lui aussi raide dingue de la belle ?

Choc des deux mondes que tout oppose (la rigidité d’un vieil empire guindé, la folie d’un jeune pays avide de liberté), la première partie est à la limite de la comédie : un tourbillon irrésistible peuplé de seconds rôles hauts en couleurs (Anthony Quinn en capitaine sans morale mais attachant, qui n’aime rien tant qu’une bonne bagarre avec Peck, son adversaire favori ; John McIntire en vieux briscard qui cite la bible et les grands auteurs à la moindre occasion…), d’une liberté totale.

Et puis soudain, le ton se fait plus grave. L’aventurier séducteur se transforme en amoureux transi, et l’heure n’est plus à la rigolade. En quelques secondes, finies les rues foisonnantes de San Francisco… Nos héros se retrouvent en pleine mer. L’atmosphère devient plus pesante, Walsh renoue avec le grand air, avec le large, avec la grande aventure qui nous conduit dans des contrées peu connues : les terres sauvages du Labrador, et les ports d’Alaska encore sous domination russe.

En même temps que ces découvertes, c’est le grand Hollywood de l’Âge d’Or que Walsh nous offre : cet univers romanesque en technicolor dont les jours étaient comptés. Humour et amour, aventures et sentiments, bagarres dantesques et suspense oppressant… C’était quand même quelque chose !

Une Corde pour te pendre / Le Désert de la peur (Along the great divide) – de Raoul Walsh – 1951

Posté : 24 avril, 2012 @ 12:29 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

Une corde pour te pendre

« Si seulement mon père n’était pas entre nous »

Walsh ne s’embarrasse pas de superflu avec ce western âpre et tendu, qui plonge le spectateur directement au cœur de l’action. Dès les premières images, dans un beau noir et blanc baigné de soleil, on est dans les grandes étendues qu’on ne quittera pas avant la séquence finale. Un marshall est là, avec ses deux adjoints. Que font-ils là ? On n’en sait rien et ça n’a aucun intérêt. Mais ils sont au bon endroit, au bon moment pour empêcher un lynchage. Ils convoient alors le « condamné » vers une ville où il pourra être jugé, mais sont pistés par les lyncheurs qui ont juré de l’abattre à tout prix.

C’est le premier western de Kirk Douglas qui, cinq ans après ses débuts sur grand écran, s’était particulièrement illustré dans le film noir jusqu’à présent (notamment avec ses deux premiers films, L’Emprise du crime et La Griffe du passé, deux chef d’œuvre absolus). Il apporte à son personnage de marshall obstiné jusqu’à l’extrême une modernité et une noirceur plutôt rare dans le genre.

Le personnage féminin est tout aussi réussi : c’est la très belle Virginia Mayo, que Walsh avait déjà dirigée dans La Fille du désert et surtout L’Enfer est à lui, et qu’il retrouvera pour Capitaine sans peur. Dans le rôle de la fille du lynché (joué lui par l’incontournable Walter Brennan), garçon manqué et incroyablement féminine, elle apporte au film une séduction trouble. Et qu’importe si elle sort du désert avec un brushing impeccable et une chemise immaculée…

Along the great divide (un titre original bien plus beau et poétique que l’un ou l’autre des titres français) n’est pas qu’un western de plus se déroulant dans le désert. Walsh, ici, ne parle ni d’héroïsme, ni de vengeance, ni d’amour : il ne s’intéresse qu’aux relations père-fils, au cœur de tout le film jusque dans ses moindres recoins.

L’obstination de Kirk Douglas est motivée par le souvenir douloureux de ses rapports avec son père décédé ; Walter Brennan se met en scène auprès de son « geôlier » comme un père de substitution sournois et manipulateur ; Virginia Mayo est prête à sacrifier son amour naissant et son propre sens de l’honneur pour soutenir son père ; le riche propriétaire qui piste le convoi est bien décidé à venger la mort de son fils préféré ; le frère aîné de ce dernier n’est motivé que par la volonté d’exister aux yeux de son père…

On pourrait encore continuer comme ça : il n’est question que des relations père-fils (ou fille) dans ce très beau western tendu et passionnant, réalisé par un Walsh en grande forme. Et ce ne sont pas les deux ou trois zooms grossiers (j’aime pas les zooms), qui tranchent avec la fluidité habituelle des films de Walsh, qui gâchent le plaisir. Même si ces effets pas terribles font un peu tâche chez le réalisateur qui a élevé le travelling au rang de grand art trente-cinq ans plus tôt, avec Régénération.

Une femme dangereuse (They drive by night) – de Raoul Walsh – 1940

Posté : 19 avril, 2012 @ 5:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, LUPINO Ida (actrice), WALSH Raoul | 2 commentaires »

Une femme dangereuse (They drive by night) – de Raoul Walsh – 1940 dans * Films noirs (1935-1959) une-femme-dangereuse

Voir deux grands films en l’espace de 90 minutes, c’est possible ? Oui, grâce à Raoul Walsh et cet opus plutôt méconnu de sa filmographie, pourtant un véritable bijou. Peinture sociale, film noir, Walsh passe d’un genre à l’autre avec une aisance confondante, et une brusque rupture de ton qui ne nuit en rien à la fluidité du film ou au rythme légendaire du cinéaste.

La première partie est une esquisse fascinante du quotidien des petits routiers américains : ces chauffeurs de poids lourds qui traversent les immenses étendues du pays-continent au détriment de leur vie privée (et de leur couple), et souvent au péril de leur vie.

Sur ces routes qu’ils arpentent durant d’interminables journées, parfois sans dormir, le risque est omniprésent. Et les restaurants pour routiers qui jalonnent le parcours sont autant de havres où les chauffeurs retrouvent ce qui ressemblent le plus à un cocon familial, mais totalement masculin… le genre d’atmosphères que Walsh aime particulièrement.

Dans cet univers, George Raft et Humphrey Bogart interprètent deux frères qui partagent le même camion. Bogart¸ dans sa période pré-monstre sacré, est le petit frère un peu en retrait, qui n’aspire qu’à une vie rangée avec sa femme, et qui suit aveuglement les rêves de son grand frère George Raft, qui était alors « la » star. Lui a une ambition grande comme ça, et une volonté farouche d’indépendance : prêt à travailler des jours entiers sans s’arrêter, pour pouvoir monter sa propre affaire.

Cette première partie est fascinante, portrait très humain et passionnant d’une Amérique populaire qui peine à se relever de la grande dépression. Ces petites gens qui se battent au quotidien pour gagner leur croûte sont autant de personnages de tragédies en puissance. Et la tragédie intervient bel et bien : par un virage dangereux qui coûte un bras à Bogie, et par la femme du patron, personnage-type de la vamp de film noir, interprétée par Ida Lupino. Ambitieuse prête à tout, romantique contrariée qui a sacrifié sa vie d’amoureuse au profit d’une fortune toute faite, intrigante au bord de la folie, elle fait totalement basculer le film vers autre chose…

La seconde moitié du film vire en effet vers le noir le plus obscur. Il y a un meurtre, un chantage, des destins tragiques, des arrestations, un procès, de l’amour, de l’amitié et de la fraternité… Bref, du grand cinéma populaire d’où émergent de solides seconds rôles qui n’allaient pas tarder à incarner à eux seuls le grand film noir. Raft est excellent, mais son étoile n’allait pas tarder à vaciller face à ceux qui sont encore derrière lui au générique. Ida Lupino, géniale de bout en bout mais qui devient une star grâce à une seule scène : celle où sa folie éclate lors du procès (qu’elle interprète avec un rien d’excès pourtant). Et Bogart, en retrait mais d’une grande intensité.

Il n’y a pas de hasard : quelques mois plus tard, Walsh allait donner à Ida Lupino et Humphrey Bogart les rôles principaux de High Sierra, le film qui ferait de l’actrice une star incontournable, et de Bogie le mythe qu’il est toujours…

Régénération (Regeneration) – de Raoul Walsh – 1915

Posté : 9 avril, 2012 @ 4:56 dans * Films de gangsters, 1895-1919, FILMS MUETS, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Regeneration

Bon sang, quel rythme ! On est en 1915, et Raoul Walsh est un jeune cinéaste qui n’a à son actif qu’une poignée de courts métrages (tous perdus), lorsqu’il signe ce petit miracle, considéré comme le premier film de gangster de long métrage. Régénératon peut en effet être vu comme la matrice de nombreux films du genre, qui se tourneront dans les décennies à venir (et dont Walsh sera d’ailleurs l’un des spécialistes, notamment avec James Cagney), et jusqu’à Il était une fois en Amérique.

Le film de Walsh, comme beaucoup plus tard celui de Leone, suit le destin d’un gangster de son enfance à sa vie d’adulte. Le héros est un orphelin qui grandit dans les bas-fonds, devient chef de gang, et trouve la rédemption grâce à sa rencontre avec une jeune femme de bonne famille qui consacre son temps et son argent pour aider les laissés-pour-compte.

C’est le premier long métrage de Walsh, mais son extraordinaire sens du rythme, qui sera sa marque tout au long de sa carrière, est déjà là. Le film est une espèce de chef-d’œuvre d’une modernité incroyable. Sans doute plus que n’importe quel autre cinéaste de son époque, Walsh maîtrise l’art de la mise en scène et le tourne tout entier vers le public.

L’utilisation du montage alterné met en valeur le contraste entre la haute société et la lie de l’humanité, et avec quelle efficacité ! Il sert aussi à accélérer toujours plus le rythme, jusqu’à une longue séquence finale d’une brutalité extrême, et d’une virtuosité totale.

Entre temps, on aura eu droit à quelques bagarres mémorables, à des voitures lancées à pleine vitesse, et surtout à l’incendie d’un bateau qui, près d’un siècle plus tard, reste l’un des plus impressionnants qu’on ait pu voir.

Les moments « en creux » sont tout aussi réussis, en partie grâce à l’acteur principal, l’incroyable Rockcliffe Fellowes, sorte de Brando avant l’heure dont le jeu détaché est lui aussi d’une troublante modernité. Autour de lui, quelques gueules improbables qui semblent avoir inspiré Chester Gould pour son « bestiaire » de Dick Tracy.

Cinéaste déjà maître d’un art dont il sera l’un des meilleurs représentants pendant un demi siècle, Walsh est aussi convaincant dans les séquences spectaculaires que dans la direction d’acteur ou dans les scènes de transition. Son utilisation de la caméra est merveilleuse. Le film contient notamment quelques travellings à montrer aujourd’hui encore dans les écoles de cinéma : la caméra qui s’approche d’un enfant, passant entre les gueules déformés d’un couple d’adultes qui se déchire ; ou encore ce travelling arrière qui part d’un groupe de musiciens pour dévoiler peu à peu l’effervescence qui règne au sein d’un music-hall mal fâmé…

Régénération, spectaculaire, humain et émouvant, est une suite presque ininterrompue de grands moments de cinéma. Un chef d’œuvre ? Oui. Et l’un des tout premiers, encore…

La Rivière d’Argent (Silver River) – de Raoul Walsh – 1948

Posté : 27 mars, 2012 @ 6:54 dans 1940-1949, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Rivière d'argent

L’argent est partout, dans ce western qui ne respecte quasiment aucune règle du genre. L’argent est le moteur de tous les rebondissements, la cause de tous les changements, il est au cœur de toutes les motivations. Et il est le révélateur des instincts humains les plus sombres…

Soldat yankee héroïque durant la guerre civile, Errol Flynn aurait pu être l’un des héros de Gettysburg. Il en avait la carrure, le sens du devoir, l’héroïsme, le charisme, l’intégrité. Tout pour faire un vrai et grand héros de western, donc, sauf que son grand acte de bravoure lui est renvoyé dans les dents avec une violence inattendue : poursuivi par les Sudistes alors qu’on lui a confié la paye de l’armée de Grant, et qu’il croie la bataille perdue, il décide de brûler l’argent pour éviter qu’il ne tombe aux mains de l’ennemi. Quelques minutes seulement avant l’annonce de la retraite de Lee et de ses hommes…

Pas de bol, vraiment, et la descente de mine de Flynn lorsqu’il réalise que la médaille qu’il attendait va se transformer en procès, est assez impressionnante. Il ne sera pas un héros, mais un traître aux yeux de ses supérieurs, qui le mettent à la porte de l’armée sans ménagement. Largement de quoi motiver un changement de mentalité, et notre Flynn ne va pas s’en priver.

Mis au ban de la société à cause de l’argent, il se fait désormais un point d’honneur à ne vivre que pour cet argent qu’il a jadis brûlé avec une innocence qui a totalement disparu. Quant à la société, il la méprise de toute sa hauteur. Une philosophie qui l’amène effectivement très haut, mais très seul. Devenu maître absolu d’une région minière, il fait et défait l’économie locale, les mineurs n’étant plus que des pions dans ses manœuvres financières. Nettement plus percutant et actuel que les derniers films d’Oliver Stone…

Mais Raoul Walsh est un vrai Américain. Et en Amérique, rien n’est vraiment irréparable. Le cynisme du personnage pourrait être excusée par sa réussite impressionnante. Son manque de moral aurait pu être pardonné. Jusqu’à ce que l’impardonnable soit commis : envoyer volontairement son rival amoureux dans une région qu’il sait infestée d’Indiens belliqueux. Et ses remords tardifs n’y font rien : le rival meurt, Flynn épouse Anne Baxter, et se construit un palais impérial sur la tombe de son rival… Une ordure.

Même l’avocat alcoolique, formidable personnage interprété par Thomas Mitchell, est révolté par l’absence de limite de Flynn. Complice passif et vaguement bienveillant dans un premier temps, il se transforme en mauvaise conscience personnifiée lors d’une scène absolument sublime : totalement ivre, Mitchell condamne enfin les actions de Flynn, ce dernier laissant alors furtivement apparaître l’homme derrière la façade (lorsqu’il couvre d’un drap son ancien ami endormi). Une lueur d’espoir, mais trop tard…

Thomas Mitchell, c’est la personnification même de l’Amérique, capable de construire le plus beau projet d’avenir sur des bases faites de sang, de mensonge et de cruauté. Il sera l’instrument de la rédemption de ce film qui est à la fois la plus cruelle critique et le plus grand cri d’amour à l’Amérique que l’immense Raoul Walsh ait filmé…

La Femme à abattre (The Enforcer) – de Bretaigne Windust et Raoul Walsh – 1951

Posté : 30 janvier, 2012 @ 11:46 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, WALSH Raoul, WINDUST Bretaigne | 2 commentaires »

La Femme à abattre

Comment un réalisateur aussi obscur que Bretaigne Windust, qui n’a à son actif qu’une série de comédies à la pauvre réputation, a-t-il pu signer un polar aussi efficace et moderne que The Enforcer ? L’immense Raoul Walsh a apporté la réponse en en revendiquant la paternité, ce qu’on n’a aucun mal à croire, tant on sent derrière ce chef d’œuvre tendu et violent la patte du cinéaste de White Heat, autre polar qui, deux ans plus tôt, modernisait radicalement le genre.

La construction du film est formidable, avec une habile superposition de flash-backs qui permettent de concentrer l’action en une seule nuit, tout en résumant une très longue enquête criminelle. Et quelle enquête : le procureur Humphrey Bogart (d’une puissance inégalable) enquête sur d’étranges meurtres, et découvre peu à peu l’existence d’une véritable entreprise basée sur le crime, et dirigée par un mystérieux patron.

Le film commence en pleine nuit, avec l’arrivée sous bonne garde dans les locaux du tribunal de Rico, un gangster qui, le lendemain matin, doit témoigner à la barre et faire condamner son ancien patron. La première partie du film nous montre un Rico terrorisé par un chef à l’aura diabolique, qui préfigure avec près d’un demi-siècle d’avance le Keyser Soeze de Usual Suspects : il finira par se tuer (involontairement, certes) plutôt que d’affronter une vengeance bien pire que tout ce que la justice peut lui faire…

On ne sait alors rien des crimes commis auparavant. Et c’est en replongeant dans son dossier pour tenter d’en sortir le détail qui fera condamner le prisonnier, que le proc Bogart revit les grandes étapes de cette enquête hallucinante. Tranchant avec les grands films de gangster des années 30, ou avec le film noir des années 40, The Enforcer adopte un rythme et une surenchère de violence d’une incroyable modernité. Les meurtres se succèdent, la violence va crescendo, et la tension est hallucinante.

La construction en flash backs permet de doser parfaitement ces moments de tension et ces accès de violence, avec une brutalité constante et une absence totale de bons sentiments. Si les méchants sont vraiment méchants, ou totalement pathétiques, les « héros » n’ont rien de chevaliers blancs non plus. Pour obtenir ce qu’il veut, Bogie n’hésite pas à menacer de placer l’enfant d’un complice, ou à acculer un autre à se tuer, tandis que son bras droit menace de faire sauter la tête d’un prévenu… Elle est belle, la police !

Pas la moindre trace d’humour à l’horizon, et c’est une bonne chose : on sort du film haletant et les muscles noués. Même si la résolution de l’enquête est un peu tirée par les cheveux, la séquence finale tournée en extérieurs dans des rues bondées est un sommet de suspense et d’efficacité, grâce à un scénario malin, et surtout à une mise en scène et un montage hyper percutants…

La Grande Evasion (High Sierra) – de Raoul Walsh – 1941

Posté : 5 juillet, 2011 @ 10:15 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, LUPINO Ida (actrice), WALSH Raoul | Pas de commentaires »

La Grande Evasion (High Sierra) - de Raoul Walsh - 1941 dans * Films noirs (1935-1959) la-grande-evasion

C’est comme ça qu’un acteur habitué depuis dix ans aux seconds rôles et aux séries B entre dans la légende. Bogart avait déjà tourné avec de grands cinéastes auparavant (Ford, Curtiz, Walsh lui-même), mais sa carrière se bornait aux rôles de faire-valoir ou de méchant de service. Le rôle de Roy Earle, le gangster de High Sierra, ne lui était d’ailleurs pas destiné : c’est George Raft qui était pressenti, mais la star souhaitait changer de registre, et a refusé le rôle… comme il refusera celui de Sam Spade dans Le Faucon Maltais, et celui de Rick Baines dans Casablanca. Oui, on peut dire que Bogart doit beaucoup au manque de discernement de Raft.

Il doit aussi beaucoup à John Huston, qui réalisera Le Faucon Maltais (son premier film) la même année, et qui signe le scénario de ce High Sierra qui vaut, largement, tout le bien qui en a été dit depuis soixante-dix ans. Déjà spécialiste du film de gangster (il avait déjà signé l’un des premiers du genre, Regeneration, en 1915 ; ainsi que l’un des plus grands des années 30, Les Fantastiques années 20), Walsh s’amuse ici à casser les codes du genre.

Roy Earle n’est pas un jeune gangster qui monte, mais un caïd vieillissant qui sort de prison. Il ne cherche pas à changer de vie, mais prépare un nouveau coup dès qu’il a recouvré la liberté. L’histoire ne se déroule pas dans les ruelles humides d’une grande ville américaine, mais dans de grands espaces naturels. Le coup lui-même a un côté branquignol inattendu (les complices du gangster n’ont pas l’étoffe de gros durs, et la cible n’est pas une banque, mais un hôtel)…

La personnalité de Roy Earle, et jeu très nuancé de Bogart, font beaucoup pour le film. Le gangster tue sans hésiter, mais il se prend d’affection pour un chien perdu. Il est attiré par une jeune femme qui traîne avec ses complices (Ida Lupino, émouvante comme le sont toutes les grandes héroïnes de film noir), mais tombe amoureux de la petite-fille handicapée d’un vieux couple de fermiers tout droit sortis des Raisins de la Colère.

High Sierra, c’est le parcours qu’on devine fatal d’un homme taillé pour vivre seul, mais qui s’entoure de tout ce que l’Amérique de l’après-grande dépression a fait de laissé-pour-compte : un gardien noir, un bâtard, une orpheline sans attache, une handicapée, de vieux chômeurs…. Comment ce parcours pourrait-il se terminer autrement qu’en drame ?

La dernière séquence est la plus connue : ce sont les derniers instants d’un homme épris de liberté, qui prolonge ces derniers instants de liberté sans rien attendre d’autre, dans le décor sauvage et abrupt de la « high sierra ». C’est immense, et c’est beau.

La Blonde et le Shérif (The Sheriff of Fractured Jaw) – de Raoul Walsh – 1958

Posté : 10 mars, 2011 @ 10:28 dans 1950-1959, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Blonde et le shérif

Ça sent la fin de carrière pour Raoul Walsh, qui n’a visiblement plus rien à prouver (il ne tournera plus que quatre films, jusqu’en 1964). Après quelques films très inspirés (en particulier le trop méconnu Bungalow pour femmes), le cinéaste signe là l’unique western parodique de sa carrière. Lui qui est pourtant l’un des plus grands spécialistes du « vrai » western, depuis plus de trente ans, ose aller jusqu’au bout de la parodie, et signe un OVNI cinématographique qui semble tout droit sorti de l’imagination de Gosciny (période Lucky Luke, of course).

On a donc un western avec tous les personnages incontournables du genre : les Indiens, les deux clans qui s’opposent, la tenancière de bar sexy et gouailleuse, le croque-mort à l’affût de son prochain client, les fines gâchettes prêtes à en découdre… Bref, tout ce qui a fait la gloire de l’Ouest encore sauvage depuis les premiers pas du cinéma. Sauf que le héros est une espèce de lord anglais flegmatique qui débarque dans l’Ouest américain persuadé que le bon sens et la discussion peuvent avoir raison de tous les conflits. Et là on se dit qu’il va vite déchanter, mais non.

Au cours de son voyage en diligence à travers les grandes étendues désertes, il est confronté à une attaque d’Indiens, dont il se sort en allant crânement serrer la main du chef belliqueux. Au point d’être adopté par la tribu, et de devenir une sore d’icône auprès de la population locale. Une icône qui ne tarde pas à être nommée shérif, et à séduire la tenancière du saloon, qui a les formes très, très généreuse de Jayne Mansfield.

On ne peut pas dire que le couple que la belle forme avec Kenneth More soit particulièrement convaincant, cela dit. Mais le fossé qui sépare la bombe bécasse et le falot british a un certain attrait, faut reconnaître.

Cela dit, la charge parodique est un brin lourdingue, d’autant que l’effet comique est lui plutôt limité. Ce qui fait qu’on s’intéresse peu à l’histoire, et qu’on se contente de sourire, alors qu’on aurait préféré se lâcher dans quelques éclats de rire. Heureusement, il y a le métier de Walsh, qui est quand même (l’ai-je déjà écrit dans ce blog ?) l’un des plus grands cinéastes de toute l’histoire du 7ème art. Ce métier qui, quel que soit le scénario, permet à Walsh d’éviter le ratage. La Blonde et le Shérif, réalisé par un autre, aurait sans doute été un nanar assez imbuvable. Sous l’œil unique mais génial de Walsh, il devient une comédie bancale, mais élégante, et au final plutôt séduisante.

Les Fantastiques années 20 (The Roaring Twenties) – de Raoul Walsh – 1939

Posté : 25 février, 2011 @ 9:57 dans * Films de gangsters, * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, BOGART Humphrey, CAGNEY James, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Les Fanfastiques années 20

1939 est souvent considéré comme la plus grande année qu’a connue Hollywood. Ce n’est sans doute pas un hasard : les grands cinéastes classiques ne sont jamais aussi inspirés que quand ils plongent dans les racines de l’Amérique. Et la menace nazie qui plane sur le monde cette année-là pousse les hommes de cinéma à revisiter le passé. C’est le cas pour John Ford, cette même année, avec Vers sa destinée ou Sur la Piste des Mohawks ; c’est le cas, bien sûr, pour Zanuck et Fleming avec Autant en emporte le vent ; et c’est aussi le cas pour Walsh, qui, sans remonter aussi loin dans le temps que Ford et Fleming, signe en cette fin de décennie l’un des plus beaux films sur la décennie précédente.

La première séquence, qui présente un monde à l’aube de la deuxième guerre mondiale, n’est pas anodine. Cette guerre marque la fin d’une période faite de hauts et de bas, et qui avait commencé avec la fin de la Grande Guerre. Comme un signe que l’évolution du pays est immanquablement marquée par les guerres. Comme un signe, aussi, que l’histoire est un éternel recommencement, et que le héros qu’on s’apprête à rencontrer alors qu’il est au plus bas, est condamné, à la toute fin, à retourner d’où il vient.

The Roaring Twenties est un film de gangsters, c’est même peut-être le plus beau de tous. Mais c’est aussi bien plus que cela. Parce qu’à travers le destin d’Eddie Bartlett, ancien soldat de la Grande Guerre devenu un laissé-pour-compte, qui devient l’un des rois de la Ville grâce à la Prohibition, et qui perdra tout après le krach boursier de 1929, c’est l’histoire de l’Amérique qui se dessine.

C’est aussi l’histoire récente de Hollywood qui clôt symboliquement un chapitre. La dernière scène, sublimissime chute sur les marches enneigées d’une église, marque doublement la fin d’une époque. Dans l’intrigue du film, c’est la fin des années 20 et de l’âge d’or des bootleggers que l’on voit ; mais c’est aussi à celle des années 30, et de l’époque bénie des grands films de gangsters, que l’on assiste. D’ailleurs, le petit et immense James Cagney restera dix ans sans interpréter un gangster : il fera son retour dans le genre avec le sublime-itou L’Enfer est à lui, du même Raoul Walsh.

Les deux films, d’ailleurs, n’ont pas grand-chose en commun (à part d’être géniaux). L’Enfer est à lui sera le portrait pathétique d’un malade mental ; Les Fantastiques années 20 raconte le parcours profondément humain d’un Américain moyen, qui symbolise toutes les vraies valeurs américaines.

Eddie Bartlett possède un sens de l’amitié et une vraie intégrité morale, qui séduit, d’ailleurs, le très beau personnage de Gladys George. A l’inverse, celui d’Humphrey Bogart (encore cantonné aux seconds rôles, mais qui accédera à la gloire éternelle dès l’année suivante) représente la face sombre de l’Amérique, sans valeur morale, comme un méchant de western. Les Fantastiques années 20 présente ainsi une fascinante galerie de personnages très marqués, et tous magnifiquement interprétés. Le film présente aussi, presque à la manière d’un documentaire, cette époque bénie pour les gangsters de la Prohibition, présentée sans doute possible comme une aberration par un Walsh qui a lui-même dû fréquenter assidûment les speak-easy. Y’a pas à dire, il n’y a rien de mieux que l’expérience pour donner de la vie à un film… Et celui-ci, chef d’œuvre absolu, n’en manque pas.

La Piste des Géants (The Big Trail) – de Raoul Walsh – 1930

Posté : 14 février, 2011 @ 11:19 dans 1930-1939, BOND Ward, WALSH Raoul, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Piste des géants

Encore un Walsh de très haute tenue, que ce western hyper ambitieux, l’une des plus grosses productions des premières années du parlant. L’autre grand pionnier borgne de Hollywood (il a perdu son œil quelques mois seulement avant de tourner cette Piste des Géants, sur le tournage de In old Arizona) semble ici répondre à son confrère John Ford, qui avait dirigé un western tout aussi ambitieux et sur un thème comparable, à l’époque du muet : l’excellent Cheval de Fer. On pense souvent au film de Ford en voyant cet autre film consacré aux pionniers de l’Ouest américain. Ford lui-même signera avec Le Convoi des Braves un film très comparable à cette Piste des Géants. Et la boucle sera bouclée…

Toujours dans la filiation Walsh/Ford, il ne faut pas oublier que c’est dans ce film de Walsh que John Wayne, à qui Ford avait déjà confié quelques petits rôles, trouve son premier grand rôle. Rien que pour ça, le film a une valeur évidente. Mais il faut bien reconnaître : il est un peu jeunôt, le Duke, et il n’a pas encore la carrure qu’il gagnera au cours des années 40. Après ce coup d’éclat, la carrière de Wayne se résumera d’ailleurs à des westerns de série B (au mieux) très oubliables, qu’il enchaînera jusqu’à ce que Ford le lance pour de bon dans La Chevauchée fantastique, en 1939.

Ici, Wayne, manque un peu de profondeur, et même de charisme, ce qui est quand même un comble. Il n’y a pas grand-chose à lui reprocher cela dit, mais c’est vrai qu’il se laisse porter par le film, plus qu’il ne le porte vers le haut, comme il le fera au moment de sa grandeur, dans ses chef d’œuvre comme dans ses nanars…

Walsh, en tout cas, est très inspiré par cette grande épopée, cette histoire d’un groupe de colons qui traverse une bonne partie de l’Amérique encore vierge, dans le but de s’installer dans une vallée verdoyante qui apparaît comme un paradis presque inatteignable. Le cinéaste, comme Ford avant lui, signe une grande fresque vantant le pur esprit de l’Amérique : avec des hommes et des femmes prêts à laisser derrière eux leur petite vie pour participer à la construction du pays, et trouver leur place dans l’histoire.

La Piste des Géants, dans le fond, n’a rien de très original. Mais la forme, elle, est assez étonnante : après un début plutôt classique, la caravane se met en marche (et cela donne des images absolument magnifiques, plus calmes, mais tout aussi spectaculaires que la fameuse course de Trois Sublimes Canailles, de Ford). Et le film se transforme alors en une espèce de recueil qui, chapitre après chapitre, illustre tous les dangers rencontrés par la caravane, chaque chapitre étant introduit par un carton explicatif, comme au temps du muet.Tout y passe : l’attaque des Indiens, la longue marche dans le désert, la tempête de neige, la traversée d’un fleuve, le déluge… Mais le plus impressionnant est peut-être cette séquence au cours de laquelle les colons doivent faire descendre leurs chariots le long d’une falaise abrupte.

Il y a bien sûr un fil conducteur : personnage de Wayne recherche les assassins de son ami, dont on devine tout de suite qu’il s’agit du conducteur de la caravane et de son aide mexicain. Mais le suspense tourne court : ces deux « méchants » sont des lâches qui font tout pour ne pas affronter Wayne. Ils font d’ailleurs appel à un troisième larron, qui sera le rival de Wayne auprès de la belle du film (Marguerite Churchill). Mais là encore, Walsh se débarrassera vite de ce rival encombrant, pour se concentrer sur la belle aventure humaine, qui l’intéresse bien davantage. Et nous aussi, ça tombe bien…

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