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Archive pour la catégorie 'WALSH Raoul'

Saboteur sans gloire (Uncertain glory) – de Raoul Walsh – 1944

Posté : 5 mai, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

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Encore une merveille signée Walsh, qui boucle une sorte de triptyque officieux de films de propagandes dont Errol Flynn est la vedette. Après le très léger Sabotage à Berlin et le très mouvementé Du sang sur la neige, Saboteur sans gloire surprend par sa tonalité et par son personnage principal, un authentique salaud pour une fois, voleur, meurtrier, égoïste, profiteur de guerre… Bref, un rôle inattendu pour Flynn.

Le film commence, curieusement, de la même manière que L’Imposteur, le film de Duvivier, sorti à peine deux mois plus tôt aux Etats-Unis. Le personnage de Flynn, comme celui de Gabin, y échappe miraculeusement à l’exécution par la guillotine lorsque la prison où il se trouve se retrouve détruite par un bombardement qui coûte la vie à ses bourreaux. La comparaison entre les deux films s’arrête à peu près là, même s’il sera évidemment question de rédemption, de sens du sacrifice, et de l’esprit français, que Hollywood ne cessait de mettre en avant ces années-là.

Flynn, plus charmeur et souriant que jamais, reste un sale type quasiment jusqu’au bout. Un homme préoccupé par son seul sort, qui semble traverser la guerre et l’occupation comme un simple visiteur en villégiature. Walsh le flanque de son exact opposé, un super flic qui le traque et ne tarde pas à l’arrêter, qu’interprète l’excellent Paul Lukas, acteur aussi à l’aise pour jouer les ordures que, comme c’est le cas ici, l’image même de l’honnêteté et de la générosité.

Leur duo fonctionne parfaitement, et se retrouve au cœur des passages les plus forts. C’est le cas lors de la scène-clé de l’histoire. Arrêté dans une petite ville où cent habitants s’apprêtent à être exécutés par les Allemands en guise de représailles après un attentat meurtrier commis par un mystérieux résistant, Flynn propose à Lukas de le laisser se dénoncer comme l’auteur de l’attentat, afin de sauver les otages, et surtout d’échapper à la guillotine, qui lui semble nettement plus barbare qu’un peloton d’exécution. Troublé par cette proposition, le policier est perdu dans ses pensées face à son prisonnier qui attend sa décision, tandis que les ombres des otages se profilent sur le mur derrière eux…

Ce plan est tout simplement renversant. Tout le film, d’ailleurs, est visuellement splendide, avec un noir et blanc sublime (signé Sidney Hickox, chef of de Walsh sur une quinzaine de films parmi ses meilleurs), de merveilleux décors (dus à Robert Haas) et l’extraordinaire sens du cadre du cinéaste. En plus d’offrir à Errol Flynn l’un de ses meilleurs rôles, Uncertain glory transcende les codes du film de propagande, pour offrir à la fois un spectacle profondément réjouissant, et une plongée passionnante dans les tourments mentaux d’un criminel.

La Belle Espionne (Sea Devils) – de Raoul Walsh – 1953

Posté : 2 mai, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, DE CARLO Yvonne, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

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De l’aventure, de la romance, du suspense… Bref, un pur plaisir de cinéma que nous offre Walsh, une vraie gourmandise qui pousse jusqu’à sa forme la plus épurée le film de genre. Le cinéaste ne s’embarrasse ni du contexte historique (la France napoléonienne en guerre), ni de complexité psychologique, ni même de vraisemblance : tout le mouvement du film est entièrement tourné vers le plaisir pur.

Et il y en a du mouvement, avec ces allers-retours incessants entre l’île de Guernesey et les côtes françaises, et avec ces personnages qui s’avancent avec aplomb et sans hésitation face au danger. C’est totalement invraisemblable? L’histoire d’amour entre la « belle espionne » Yvonne De Carlo et le rude contrebandier Rock Hudson est hautement improbable? Qu’importe: on y croit avec délectation, et on applaudit devant ce spectacle jubilatoire.

Du roman de Victor Hugo Les Travailleurs de la Mer, le scénariste Borden Chase n’a gardé que quelques bribes. Normal: l’intrigue elle-même n’est qu’un prétexte. Walsh est moins intéressé par son histoire que par la manière de la mettre en mouvement et en images, dans un Technicolor qui a rarement été à ce point flamboyant. Il faut dire que la décidément très belle Yvonne De Carlo multiplie les tenues différentes, et que ces dernières ont une constante : elles tranchent de fort belle manière avec ce crépuscule que Walsh filme si bien.

La Belle Espionne est d’une simplicité absolue. Cette histoire d’espionnage et de contre-espionnage autour de la figure de Napoléon (interprété par Gérard Oury !) aurait pu être complexe. Le film la résume à une série d’enjeux simplissimes : Rock Hudson doit conduire Yvonne De Carlo en France ; Rock Hudson veut ramener Yvonne De Carlo à Guernesey ; Yvonne De Carlo veut retourner en France…

Le cinéma est l’art du mouvement ? La Belle Espionne est la quintessence du cinéma d’aventure, dépouillé de toute fioriture et de tout ce qui n’est pas l’essentiel. Simple, jubilatoire, magnifique.

Les Aventures du Capitaine Wyatt (Distant Drums) – de Raoul Walsh – 1951

Posté : 2 avril, 2017 @ 12:52 dans 1950-1959, COOPER Gary, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Ah, les Everglades et leurs labyrinthes de végétations et de marécages. Leur décor fascinant n’ont pas été si souvent utilisés au cinéma, malgré leur potentiel évident. Ce Distant Drums est d’ailleurs l’un des tout premiers à faire de cette région de Floride un élément central de l’action, quelques années avant le beau La Forêt interdite de Nicholas Ray. C’est en tout cas le premier « western » majeur à avoir ce décor (et la guerre contre les Indiens Seminoles) comme toile de fond.

Le film est aussi l’unique collaboration, aussi surprenant que cela puisse paraître, entre Raoul Walsh et Gary Cooper. La rencontre entre ces deux géants du cinéma d’aventure semblait pourtant évidente. Et elle tient plutôt bien ses promesses avec ce film certes imparfait, mais passionnant et admirablement tendu. Oui, comme toujours chez Walsh.

Imparfait, tout de même, parce que l’introduction est pour le moins maladroite, avec une utilisation approximative de transparence, qui donne la curieuse impression d’un film un peu figé. Surtout que la toute première apparition de Gary Cooper a tout de la caricature guère crédible. Heureusement, cette première impression disparaît au bout de quelques minutes seulement, avec l’extraordinaire attaque du fort, moment de bravoure merveilleusement filmée dans une nuit profonde et fascinante.

Tout l’art de Walsh se révèle enfin dans cette séquence d’anthologie, quasi-muette. La suite est à l’avenant, avec cette plongée au cœur des Everglades. Certes, Walsh échoue à rendre le décor réellement menaçant. La moiteur et les dangers de cet entrelacs de végétation et d’humidité ne sont pas toujours perceptibles, contrairement au film de Nicholas Ray qui, lui, privilégiera le tournage en décors naturels. Walsh, lui, use et abuse des transparences, avec plus ou moins d’efficacité.

Mais le rythme ne retombe jamais. Et Walsh, dans ce pur film d’aventures, s’offre une dernière partie tragique, violente et bouleversante originale et inattendue. Sans snober le happy end de rigueur, il s’autorise un ton assez radical, qui clôt joliment ce « eastern » passionnant.

Un lion dans les rues (A Lion in the streets) – de Raoul Walsh – 1953

Posté : 22 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, CAGNEY James, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

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Les premières séquences ne trompent pas : c’est une bluette joyeuse et légère que nous offre Walsh avec cette curiosité, reconstitution en studios d’un Sud pauvre mais optimiste et chantant, où l’entraide et la solidarité sont omniprésents. A l’image de James Cagney, colporteur sans le sou qui séduit au premier regard une belle institutrice (Anne Francis) qu’il épouse aussi sec, et qui accepte avec le sourire de partager sa vie dans une masure où se croisent tous les paysans miséreux et leur chaleur exceptionnelle.

Une pure comédie hollywoodienne, donc. Vraiment ? A peine le couple est-il marié qu’un détail nous chiffonne : une simple phrase prononcée par un James Cagney plus entreprenant et plus chaleureux que jamais. Surpris par l’émotion de sa jeune épouse, qui trouve ses nouveaux amis merveilleux, il a cette réponse : « Tout le monde est merveilleux. Il suffit de savoir appuyer au bon endroit. C’est comme des instruments de musique, le tout est de savoir en jouer… »

Une réplique qui dérange dans cet optimisme béat, et qui sème les germes d’un trouble qui ne fera que croître. James Cagney n’est pas un salaud. C’est un homme plein d’amour et de conviction. Plein d’ambition aussi, et c’est l’ascension de cet homme que raconte le film. L’ascension d’un homme qui utilise l’exceptionnel don qu’il a de communiquer sa passion, d’entraîner les foules derrière lui.

Bien sûr, il va se perdre en route. Mais le film de Walsh va au-delà de ce thème assez classique de l’homme qui perd son âme sur le chemin de la réussite. En recréant en studio cet univers trop parfait, en faisant de son « héros » un tribun qui rassemble les foules et se fonde une sorte de culte sur le terreau de la religion, très présente, il signe mine de rien une critique d’une cruauté inattendue d’une certaine société américaine.

Les notions de religion, d’ambition politique et de sectarisme se mélangent. Avec son extraordinaire sens du récit, et avec une poignée de comédiens formidables (dont l’indispensable John McIntire) Walsh crée de toutes pièces un monde de rêve pour mieux en démonter les rouages, jusqu’à un final déchirant. Voilà une rareté à redécouvrir.

Sabotage à Berlin (Desperate Journey) – de Raoul Walsh – 1942

Posté : 23 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

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Entre deux classiques (La Charge fantastique et Gentleman Jim), Raoul Walsh et Errol Flynn s’offrent une réjouissante récréation en forme d’effort de guerre.
Faut-il prendre au sérieux cette histoire d’aviateurs alliés qui se retrouvent derrière les lignes ennemis et multiplient les pieds de nez aux Allemands ? A l’occasion d’une scène, Walsh prouve que lui-même s’en amusait : en fuites, nos héros tombent en panne ; juste à ce moment, un camion de carburant passe devant eux…

La plupart des rebondissements sont aussi improbables que ceux-là. A commencer par la première évasion, pas plus sérieuse que les aventures de La 7e Compagnie. Ou le vol des uniformes allemands, les militaires passant à portée de main étant au bon nombre… et de la bonne corpulence. Ou encore la manière dont nos héros s’emparent d’un avion bombardier gardé par des dizaines d’hommes.

D’ailleurs, avec le personnage rigolard d’Alan Hale, ou même celui très décontracté joué par Ronald Reagan, Walsh donne le ton. Flynn lui-même affiche la plupart du temps un enthousiasme rafraîchissant. Mais le film n’est pas d’un seul bloc. Pour preuve, un autre personnage, plus complexe et plus sombre : celui joué par l’excellent Arthur Kennedy, le plus intense de tous, qui refuse de voir la guerre comme un terrain de jeu.

Il y a d’ailleurs dans ce Desperate Journey quelques moments d’une grande noirceur : la mort de plusieurs personnages importants, ou encore le dur destin de cette jeune Allemande qui lutte contre les Nazis, symbole pas si courant dans le cinéma hollywoodien de l’époque de cette population allemande qui n’a pas choisi la barbarie.

Mais avant tout, Desperate Journey est un film d’action et d’aventure. L’intrigue, finalement, semble ne servir que de liant entre les nombreuses scènes d’action : le crash de l’avion, la fuite par les toits, l’attaque de l’usine, ou encore l’extraordinaire course poursuite en voiture… Autant de séquences d’anthologie auxquelles Walsh donne un rythme et une intensité incroyables.

Desperate Journey est un voyage réjouissant qui ose toutes les ruptures de ton. Un pur plaisir de cinéma.

Du sang sur la neige (Northern Pursuit) – de Raoul Walsh – 1943

Posté : 8 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

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Walsh est en pleine Flynn-mania lorsqu’il tourne ce thriller neigeux, nerveux et bourré d’action : de La Charge fantastique à Aventure en Birmanie, ce sont six films qu’ils tournent quasiment coup sur coup en à peine quatre ans (et sans compter La Rivière d’argent, qu’ils tourneront quelques années plus tard).

Celui-ci n’est pas le plus connu. Il n’est pas non plus le moins intéressant. Dès les premières images, on sent qu’il y a ici quelque chose de très familier, et en même temps de très atypique. L’histoire en rappelle d’autres (celle de Griffes jaunes par exemple), avec ce policier convaincu de sympathie pour l’ennemi, qui prend la fuite avec un officier nazi en passant aux yeux de tous pour un traître. Sauf que, bien sûr, il n’en est pas un…

Rien de très original de ce côté là, donc. Mais le décor, lui, change radicalement la donne : on n’est ni dans un western, ni dans un suspense urbain, ni même dans un film d’aventure traditionnel. Non, c’est dans la neige du grand Nord canadien que Walsh pose ses caméras. Enfin, plutôt dans un grand Nord reconstitué en studio : à l’exception de quelques séquences de ski qui n’ont rien à envier aux futurs James Bond, tout semble avoir été tourné bien au chaud en studios.

Ce qui, d’ailleurs, ne pose pas vraiment problème. Que ce soit pour la scène de l’avalanche ou celle du sous-marin brisant la glace, le film fait plutôt bien illusion. Et même si on a un peu de mal à voir un homme qui vient de marcher des jours dans la neige, derrière l’élégance très dandy de Flynn, cet environnement immense et plein de dangers donne un ton très original au film.

Il y a bien quelques rebondissements hautement improbables, comme l’irruption soudaine de la fiancée de notre héros, arrivée on ne sait trop comment dans la gueule du loup. Mais Walsh oscille efficacement entre l’humour (avec le personnage du beau-père écossais), la menace (beau personnage de traître interprété par l’excellent Gene Lockhart), la violence la plus sèche avec quelques exécutions sommaires qui font froid dans le dos, et même de l’action pure assez impressionnante, comme cette étonnante séquence finale dans l’avion.

Du sang sur la piste s’inscrit dans la grande tradition hollywoodienne du film de propagande anti-nazi. Sans grande délicatesse sans doute, mais avec un vrai sens du spectacle et une efficacité imparable.

Le Roi et quatre reines (The King and four queens) – de Raoul Walsh – 1956

Posté : 1 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Walsh n’est décidément pas un cinéaste comique. Loin d’être déshonorant, ce western tardif avec Clark Gable contient de biens beaux moments, mais l’humour qui tourne autour de cet homme enfermé dans une propriété habitée par quatre belles veuves tombe le plus souvent un peu à plat.

C’est d’ailleurs une idée assez géniale qui est au cœur de ce film : placer un aventurier séducteur dans une demeure isolée au cœur du désert où vivent les veuves de quatre bandits et leur belle-mère, qui attend désespérément le retour de l’un de ses fils, et où un « trésor de guerre » est censé être caché.

Avec cette histoire pleine de promesses, Walsh souffle le chaud et le froid, en changeant constamment de ton. Tantôt léger, en filmant un Clark Gable minaudant au milieu de son harem. Tantôt grave et bouleversant lorsqu’il s’intéresse au personnage de la mère, rongée par l’incertitude relative au sort de ses fils, et à sa culpabilité de ne pas avoir su en faire des hommes honnêtes.

C’est, et de loin, le plus beau personnage du film, le seul à rester constamment en dehors de la comédie. Jo Van Fleet, actrice oscarisée pour A l’Est d’Eden, lui apporte une belle et sombre gravité, sa présence pesant constamment sur l’atmosphère du film.

Le personnage de Gable, lui, est nettement plus léger, comme hermétique même à toute gravité. La première partie, pourtant, laisse imaginer un destin tragique. Faisant même penser que le Clint Eastwood des Proies, le beau film cruel de Siegel, s’en inspirerait directement. C’est peut-être le cas d’ailleurs, mais dans une version nettement plus pessimiste.

Le Roi et quatre reines aurait pu être un grand film cruel, mais se contente d’être un fort sympathique divertissement. Tourné entre l’excellent Les Implacables et le magnifique L’Esclave libre, il est en tout cas le plus anecdotique des trois films que Clark Gable et Raoul Walsh ont enchaînés ensemble.

La Brigade héroïque (Saskatchewan) – de Raoul Walsh – 1954

Posté : 5 juin, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Alan Ladd dans un western de Raoul Walsh… Une valeur sûre ça, à tous les coups. Mais ce Walsh là ne fait pas partie des grands crus, loin s’en faut. La première demi-heure, même, mettrait presque mal à l’aise, tant les rapports humains sonnent constamment un peu faux. Le plus raté : les rapports entre l’officier de la police montée canadienne joué par Ladd, et son frère l’Indien Cajou, qui auraient dû être au cœur du film, mais dont on sent bien que Walsh ne sait pas trop quoi faire.

Comme il ne sait pas quoi faire de l’argument féminin du film, l’unique rescapée d’un massacre perpétré par les Sioux, interprétée par Shelley Winters. Une actrice toujours impeccable, mais qui n’a ici pas grand-chose de consistant à jouer. Un peu gênant…

Il y a pourtant de belles idées dans ce scénario (écrit par Gil Doud), qui campe son histoire au Sud du Canada, près de la frontière américaine, et près de l’endroit où Custer et ses hommes viennent d’être massacrés par les Sioux du Chef Crazy Horse. Une tuerie mentionnée à plusieurs reprises, et dont l’aura suffit à donner une impression de danger, rappelant la responsabilité du comportement oppressant des Tuniques Bleues sur les Indiens, dérives que les Tuniques Rouges sont tentées de réitérer, avec les mêmes conséquences attendues.

L’autre belle idée : c’est le décor du film, tourné en paysages naturels dans le parc naturel de Banff. La nature, ici, est omniprésente et majestueuse, dominant constamment l’action. Durant toute la première partie, on se dit même que c’est cette nature seule qui a attiré Walsh dans cette entreprise, tant il semble se désintéresser de l’histoire.

Et puis il y a un déclic : une formidable scène nocturne durant laquelle Ladd et un éclaireur affrontent une poignée d’Indiens qui surgissent de l’ombre et de la végétation comme des ombres. Une scène silencieuse absolument brillante, qui lance une longue séquence de poursuite à travers les grandes étendues, d’abord à cheval puis en bateau sur de vastes lacs qui donnent une ambiance étonnante et fascinante.

La fin sera plus convenue, mais cette longue poursuite aux images superbes et au rythme parfait, est le vrai cœur du film, rappelant que c’est le grand Walsh qui est aux commandes, et faisant oublier un scénario au mieux très convenu.

Intrigues en Orient (Background to Danger) – de Raoul Walsh – 1943

Posté : 10 avril, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

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Un Américain en terre étrangère, pas si loin des ravages de la guerre, de la romance dans l’air, des agents au service des Nazis et des résistants, Sydney Greenstreet et Peter Lorre… Difficile de faire plus explicite, côté références : ce Background to Danger réalisé juste après la sortie de Casablanca est clairement pour la Warner un moyen de surfer sur le triomphe du film de Michael Curtiz.

Pour George Raft, qui avait refusé le rôle principal de Casablanca, c’est aussi une sorte de seconde chance. Et pour le spectateur, c’est surtout l’occasion de saluer son légendaire flair (il avait aussi dit non à High Sierra et Le Faucon maltais) : il y a un gouffre entre Bogart et Raft, et ce dernier plombe de sa présence sans relief ce film d’aventure par ailleurs plein de rythme et de rebondissement. Et le simple fait d’imaginer Bogart regardant Ingrid Bergman s’envoler relève du supplice…

Plus que l’intrigue tarabiscotée (il était temps que ce mot soit utilisé sur ce blog), c’est bien la présence de Raft qui fait de ce Walh mineur un Walsh… si mineur. Presque désagréable par moments, lorsque l’acteur se retrouve au cœur de l’écran.

Mais Walsh reste Walsh. Et même en mode mineur, son film regorge d’images mémorables, comme cette course-poursuite nocturne, ou ce brillant chassé-croisé autour d’un cadavre inattendu.

Et il y a les acteurs (les autres) : Brenda Marshall qui arrive à faire exister un personnage constamment dans l’ombre, ou Sydney Greenstreet toujours formidable, même si la suavité de son accent anglais ne fait pas de lui le candidat le plus naturel au rôle de Nazi en titre. Pas plus que Peter Lorre en agent russe, d’ailleurs. Mais c’est aussi tout le mérite de ce film, qui s’amuse à brouiller les pistes en se fichant royalement de la vraisemblance.

Les Implacables (The Tall Men) – de Raoul Walsh – 1955

Posté : 28 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, RYAN Robert, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Un western imposant par l’ampleur de ses moyens, mais une véritable ode à la simplicité : c’est ce que réussit Walsh avec ce film formidable, qui utilise à merveille le Cinemascope pour des images d’une beauté… implacable.

Le scénario est d’une simplicité absolue (on va chercher un troupeau, on le convoie à travers le pays, et en route on affronte quelques bandits et des Indiens, et on tombe amoureux de la belle), les enjeux dramatiques sont étonnamment simples, et les rêves mêmes du héros sont modestes. « I dream small », lance Clark Gable à une Jane Russell qui, elle, rêve de grandeur.

Entre ces deux-là, les rapports sont explosifs. Et tant mieux : leur relation est la colonne vertébrale de ce très beau film qui sait prendre son temps pour s’intéresser d’abord à ses personnages. En étirant le temps, en se permettant de longues scènes dépourvues d’action, en filmant un convoi dans sa routine, et en immergeant ses sujets dans la splendeur immense de la nature américaine (magnifiée encore par l’écran large)… Raoul Walsh fait baigner son film dans une espèce de douce mélancolie joliment émouvante.

Alors qu’ils sont menacés par les Indiens, Jane Russell fait à Clark Gable cette belle réflexion sur leurs rêves incompatibles qui les ont éloignés l’un de l’autre. Un rêve de simplicité et un rêve de grandeurs qui vont se heurter ensemble à un Indien nommé Red Cloud… Bouleversante fatalité.

On sait Walsh attaché aux valeurs traditionnelles, à une vie simple proche de la nature, on lui connaît aussi plus de sympathie pour les Sudistes que pour les Yankees. Tout cela, on le retrouve dans Les Implacables, mais la mélancolie a clairement pris le pas sur la rage : pas de haine ou de vengeance dans ce western, même l’intriguant Robert Ryan se révèle un grand homme raté, plutôt qu’une ordure accomplie.

Il y a bien quelques défauts, qui tiennent essentiellement à l’écriture un peu approximative de certains personnages: celui du frère de Gable surtout (joué par Cameron Mitchell ), mais aussi celui de Robert Ryan, qui semble sacrifié au profit du formidable couple central. Mais Ryan, acteur décidément génial, parvient à le faire exister et lui donne une complexité qui doit tout à son interprétation toute en nuances.

Surtout, Les Implacables est un voyage fascinant dans une nature que l’on croit connaître par cœur : de vastes plaines enneigées ou poussiéreuses. Une nature qu’on a pourtant l’impression de découvrir devant la caméra généreuse de Walsh, qui nous offre des images à couper le souffle, qui saisissent par leur simplicité. Comme ces chevaux qui traversent la rivière et dont on ne voit que les têtes. Superbe… et simple.

* DVD chez Sidonis/Calysta dans la collection Westerns de Légende, avec une présentation passionnée par Bertrand Tavernier, une courte évocation de Walsh par George Henri Wilson, et un documentaire consacré à Walsh et Errol Flynn (qui, non, ne joue pas dans le film).

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