Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'VON STERNBERG Josef'

Les Chasseurs de Salut (The Salvation Hunters) – de Josef Von Sternberg – 1925

Posté : 9 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Les Chasseurs de Salut

Il faut rentrer dans ce premier long métrage de Josef Von Sternberg, dont la toute première partie est plombée par d’innombrables cartons explicatifs qui soulignent lourdement les ambitions du cinéaste (filmer « l’idée » plutôt que « le corps »), qui en font un muet excessivement bavard…

Il faut y rentrer, parce qu’après cette ouverture assez pénible, Sternberg s’affirme très vite, déjà, comme un cinéaste exceptionnel. De cette histoire qu’on a l’impression d’avoir vue mille fois de trois laissés-pour-compte qui affrontent les difficultés de l’existence (un jeune homme, une jeune femme et un orphelin, sans avenir), le réalisateur tire un film d’une puissance sidérante, bouleversant et visuellement impressionnant.

Tourné en décors naturels, The Salvation Hunters marque par son réalisme. Par le poids du destin sur les épaules de ces paumés aussi, que Sternberg fait ressentir par la seule force de ses images. Il faut voir George Arthur et Georgia Hall, couple vaincu, errer et végéter sur un quai quasi-désert tandis qu’une pelle géante ramasse la boue au fond du port, incessant balai de ces mâchoires d’acier qui semblent écraser les personnages.

Le même poids pèse sur le couple confronté à la même absence d’avenir dans cette ville où ils se sont réfugiés, où les ombres se font menaçantes, et où ils ont trouvé la même misère, retrouvant une apathie à peine bousculée par ce gamin qui maintient tant bien que mal le rêve d’une vraie vie de famille. Filmer l’apathie : faire de son héros un jeune homme qui n’a pas même le courage d’empêcher celle qu’il aime de se tourner vers la prostitution… Avec ce film, Josef Von Sternberg bouscule les codes déjà bien installés d’Hollywood et ose aller très loin.

Tout en restant très moral, tout de même, et en faisant de ses personnages des êtres attachants, qu’on a envie de bousculer, d’encourager, d’embrasser. Il y a dans ce premier film de Sternberg la même empathie pour les laissés-pour-compte que dans le cinéma de Chaplin, auquel on pense furieusement et souvent : l’ombre du « Tramp » plane sur cette peinture de l’Amérique des oubliés, avec ces vieux bâtiments en ruines qui rappellent ceux de tant de courts métrages, cette relation avec le gamin qui évoque Le Kid, jusqu’à la dernière image, éminemment chaplinesque.

Bien sûr, le ton est très différent, et l’humour laisse ici la place à une extrême noirceur. Mais la comparaison entre le film de Sternberg et le cinéma de Chaplin est incontournable. D’ailleurs, est-ce un hasard ? la même année, Georgia Hall est aussi l’héroïne de La Ruée vers l’Or… En tout cas, ce n’est certainement pas un hasard si Chaplin s’est intéressé à lui, lui confiant aussitôt la réalisation de The Sea Gull (1926), l’un des films les plus mythiques du cinéma… que personne n’a jamais vu.

La légende veut que le producteur Chaplin, mécontent en voyant ce film qui devait relancer la carrière de sa muse Edna Purviance, ait brûlé l’unique négatif. Aujourd’hui, c’est l’un des fantasmes des cinéphiles : voir le deuxième film de Josef Von Sternberg, jugé irrémédiablement perdu. La beauté de son premier film ne fait que renforcer ce désir…

Duel au soleil (Duel in the sun) – de King Vidor (et William Dieterle, Otto Brower, B. Reeves Eason, Chester Franklin, Josef Von Sternberg, Hal Kern et William Cameron Menzies) – 1946

Posté : 22 mai, 2014 @ 2:07 dans 1940-1949, BROWER Otto, DIETERLE William, EASON B. Reeves, FRANKLIN Chester M., KERN Hal, MENZIES William Cameron, VIDOR King, VON STERNBERG Josef, WESTERNS | Pas de commentaires »

Duel au soleil

Signé King Vidor, ce monument du western est sans doute, avant tout, l’œuvre du producteur David O. Selznick, comme Autant en emporte le vent quelques années plus tôt. Duel au soleil est en tout cas un exemple extrême mais passionnant de ce qu’était la paternité d’un film durant la grande époque des studios hollywoodiens. Vidor, qui a fini par quitter le tournage (au très long cours) suite à ses innombrables désaccords avec Selznick, a certes réalisé la plus grande partie du film. Mais il n’est pas le seul réalisateur à y avoir travaillé : William Dieterle en a probablement réalisé une partie non négligeable, tout comme Otto Bower. Et d’autres ont réalisés quelques scènes, ou quelques plans : William Cameron Menzies, Chester Franklin, Hal Kern, B. Reeves Eason, et même Josef Von Sternberg.

Mais les décisions, c’était bien Selznick qui les prenait, transformant peu à peu ce qui devait être un petit western tragique et romanesque en une immense fresque démesurée, que le producteur voyait comme le pendant westernien de Gone with the wind. Une œuvre marquée par la fascination que le producteur avait pour son actrice – et fiancée – Jennifer Jones, magnifiée et d’une sensualité torride tout au long d’un film gorgé de soleil, de désir et de sang.

C’est la quintessence du grand spectacle. Avec ce film, Selznik et Vidor (même s’il ne peut être considéré comme l’auteur du film, le réalisateur a donné une forme aux visions du producteur) ont pris le parti de ne pas tourner le dos aux poncifs hollywoodiens, mais au contraire de les prendre à bras le corps et de les élever au rang de grand art. On a ainsi droit à des couchers de soleil d’un rouge éclatant, à une musique tonitruante et romantique (partition impressionnante de Dimitri Tiomkin), à des histoires d’amour à mort…

A la vraisemblance, producteur et réalisateurs préfèrent le spectaculaire, transformant la moindre scène en ce qui pourrait être l’apothéose du film. Une séquence aussi anodine que l’arrivée de Pearl (Jennifer Jones) dans le ranch devient un passage grandiose à la Rebecca (une autre production Selznick). Un simple gros plan de Joseph Cotten et sa fiancée (Joan Tetzel) devient un grand moment de cinéma : la caméra ne bouge pas, mais le train sur lequel ils se trouvent se met en route et s’éloigne, transformant le gros plan en un beau plan large…

Tout est exagéré dans le film : chaque éclairage, chaque plan, les vastes mouvements de caméras qui soulignent l’ampleur de l’entreprise (la scène du saloon au début du film, l’arrivée du chemin de fer, la grande fête dans le domaine…), la présence de centaines de figurants dans certaines scènes, les émotions, les situations, les sentiments, et même ce final mythique qui flirte constamment avec le ridicule.

Sauf que rien n’est ridicule bien sûr, et tout est sublime, déchirant. Bouleversante, l’histoire de cette métisse, Pearl, tiraillée entre sa volonté de mener une vie honnête auprès du gentil frère (Cotten) et son désir presque animal pour cet autre frère rustre et brutal (Gregory Peck), luttant entre le modèle de ce père droit et aimant mort pour sauver son honneur (Herbert Marshall) et l’héritage de cette mère aux mœurs légères qui couchait avec le premier venu.

De ce western à l’histoire finalement assez classique, Selznick & co tirent une sorte de tragédie shakespearienne bouleversante qui est aussi un condensé magnifié de ce que sait faire l’usine à rêve hollywoodienne. Ce n’est pas un hasard si le casting réunit à la fois de jeunes stars en vogue des années 40 (Jennifer Jones, Gregory Peck, Joseph Cotten), et des mythes des premières années d’Hollywood (Lillian Gish, Harry Carey, Lionel Barrymore). Une somme, et un chef d’œuvre…

Macao (id.) – de Josef Von Sternberg et Nicholas Ray – 1952

Posté : 12 septembre, 2013 @ 1:51 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MITCHUM Robert, RAY Nicholas, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Macao (id.) – de Josef Von Sternberg et Nicholas Ray – 1952 dans * Films noirs (1935-1959) macao

L’avant-dernier film réalisé par le grand Von Sternberg marque à la fois le retour aux sources et le début de la fin pour le cinéaste de Morocco, le pygmalion de Marlene Dietrich, réalisateur qui semble courir après ses années perdues depuis l’émancipation de sa muse. Au fil des ans, Sternberg a enchaîné par mal de déceptions professionnelles, et son inspiration s’est révélée en dent de scie. Sa réputation est celle d’un cinéaste difficile, souvent en conflit avec ses comédiennes et ses producteurs.

Avec Macao, le réalisateur renoue avec l’Extrême Orient, qui lui a particulièrement réussi par le passé. L’atmosphère de Macao, comme celle de Shanghaï dans d’autres de ses films (Shanghai Express, Shanghai Gesture), est pour beaucoup dans la réussite du film. Sternberg y filme des hommes et des femmes perdus loin de chez eux, des aventuriers qui cachent un passé dont on ne saura rien, mais qui errent comme des âmes en peine à la recherche désespérée d’une seconde chance. Des personnages totalement sternbergien, donc.

Ce qui compte ici, c’est l’atmosphère, et ces moments de grâce que Sternberg arrive à faire surgir comme par miracles : une extraordinaire intimité entre Jane Russell et Robert Mitchum à bord d’un bateau ; des ruelles qui se confondent avec la mer et qui rappellent constamment à ces exilés qu’ils sont loin de chez eux ; un cabaret qui permet de noyer son spleen dans des volutes de fumée et des verres d’alcool.

Quant à l’intrigue policière, haletante, elle reste constamment au stade du concept. D’où viennent les personnages de Russell et Mitchum ? Pourquoi le flic interprété par William Bendix (dans un rôle étonnamment « normal » pour l’immense acteur du Dahlia bleu) est-il à ce point obnubilé par le riche criminel joué par Brad Dexter ? Et de quoi ce dernier est-il accusé ? On ne le saura pas, et on ne se pose jamais vraiment la question.

Qu’importe d’ailleurs : ce que ressentent les personnages, perclus de peur et de mal-être, est flagrant. Aussi chaleureux soient-ils, les décors de cette ville si loin de New York (le port d’attache évoqué constamment par tous) leur rappellent qu’ils sont des parias, condamnés à errer loin de chez eux.

La réputation de Sternberg, ainsi que ses relations avec Jane Russell (la protéger de la RKO) et Gloria Grahame (sublime actrice trop méconnue, dans un rôle en retrait mais auquel elle apporte une profondeur qu’aucune autre n’aurait su lui donner), ont incité les producteurs à déposséder le cinéaste de son film, et à le confier à Nicholas Ray, qui a tourné certaines scènes et supervisé le montage. La meilleure manière de condamner un film…

Pourtant, il y a quelque chose de magique dans ce Macao, qui, même si on est loin de ses glorieuses réussites des années 30, porte malgré tout la patte de Sternberg. Impossible de dire ce qu’aurait été le film si le cinéaste en avait eu le contrôle total. Mais en l’état, ce film d’aventure étonnamment intime est un bijou.

• Le film existe en DVD, dans la collection bleue consacrée à la RKO par les Editions Montparnasse, avec une introduction par le toujours passionné Serge Bromberg.

Cœurs brûlés (Morocco) – de Josef Von Sternberg – 1930

Posté : 8 février, 2013 @ 2:34 dans 1930-1939, COOPER Gary, DIETRICH Marlene, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Cœurs brûlés

Le plus beau des films de légionnaires, deuxième collaboration de Marlene Dietrich et Von Sternberg après L’Ange Bleu.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’audace du film. Les deux personnages principaux, couple de légende joué par Marlene et Gary Cooper (faut-il une raison de plus pour se précipiter ?) ne sont pas seulement deux paumés, deux solitaires qui fuient un passé dont on ne connaît rien, et qui se croisent au Maroc, où elle est embauchée comme chanteuse de cabaret, et lui s’est engagé dans la Légion. Ce sont aussi deux êtres très libres, qui n’ont pas froid aux yeux.

Gary a visiblement couché avec la moitié des femmes de la ville, Marocaines et épouses d’officiers. Quant à Marlene, elle donne sa clé au beau soldat qu’elle vient juste de rencontrer, avec une idée on ne peut plus claire derrière la tête. Toute la première partie, comme ça, est d’une sensualité faite de non-dits, mais clairement perceptible. Le désir, la chair offerte… ont ici un arrière goût d’amertume, comme si le sexe était le dernier refuge d’êtres qui n’ont plus rien à attendre de la vie.

Sauf que, bien sûr, l’amour s’en mêle. Et si Morocco repose sur une histoire on ne peut plus classique, la manière dont Von Stroheim raconte cette romance est hors du commun. Attente, frustration, solitude, amertume… Ces deux-là semblent avoir tellement souffert par le passé qu’ils refusent de se laisser aller à leurs sentiments.

Le décor, superbe reconstitution d’un Maroc envoûtant et exotique, renforce ce sentiment de solitude. D’autant plus que chaque plan souligne le fait que nos personnages sont en terre étrangère, au milieu d’étrangers. Le scénario de Jules Furthman, et la mise en scène d’une infinie délicatesse, soulignent constamment le fait que ces deux amants incapables de se trouver, sont loin de leurs racines.

Von Stroheim filme par petites touches bouleversantes la naissance du trouble, puis de la passion. L’ultime scène, muette, est d’une beauté sidérante.

L’Impératrice rouge (The Scarlett Empress) – de Josef Von Sternberg – 1934

Posté : 17 novembre, 2011 @ 10:25 dans 1930-1939, DIETRICH Marlene, VON STERNBERG Josef | 1 commentaire »

L'Impératrice rouge

Sixième des sept films tournés par Marlene Dietrich sous la direction de son pygmalion, cette adaptation des mémoires de Catherine II de Russie a connu un échec public et critique cinglant à sa sortie, avant d’être réhabilitée par la postérité. Mais la postérité a-t-elle vraiment raison ? Pas sûr : L’Impératrice rouge est, de tous les films tournés en commun par l’actrice et le cinéaste, le plus compassé et le moins vivant. Dépassé par l’ampleur de son sujet, Sternberg ne parvient pas à mener de front le double-but de son film : réaliser le portrait sensible d’une femme-enfant qui se transforme peu à peu en intrigante, femme de pouvoir ; et faire vibrer le souffle de l’Histoire avec un grand H.

Le film est parsemé de très belles scènes et d’images forcément magnifiques, qui subliment Marlene par la grâce d’un noir et blanc délicat, et de voiles qui donnent au visage de la star un aspect presque irréel. Une œuvre typique de Sternberg, donc, qui donne à sa muse un rôle en or, lui permettant de dévoiler une très large palette de ses talents d’actrices. Entre les grands yeux enfantins et innocents du début du film, et le sourire narquois et rageur de la fin, il y a un monde…

Mais le problème, c’est justement pour aller d’un monde à l’autre. Accumuler les (très) belles scènes ne suffit pas à faire un beau film : il manque à ce gros machin en costumes et aux mille acteurs ou figurants ce petit supplément d’âme, cette magie qui fait qu’on s’attache aux personnages, et qu’on vit en même temps qu’eux leurs évolutions. Il manque aussi un rythme à cette suite de séquences entrecoupées par d’innombrables cartons qui replacent constamment l’intrigue dans son contexte historique.

Le sujet était clairement fait pour Sternberg : ce portrait d’une jeune femme romantique confrontée à la dureté d’un monde auquel elle n’était pas préparée, est un pur thème sternergien. Mais son style intime se prête mal à l’ampleur des décors, de la distribution, et tout simplement de l’histoire qu’il veut raconter. Résultat : il manque au film ce charme vénéneux qui faisait le prix de Shanghai Express, la précédente collaboration de Marlene Dietrich et Josef Von Sternberg, autre portrait d’une romantique contrariée, avec en toile de fond l’Histoire en marche.

Par moments, le film semble même se transformer en une série de tableaux joliment composés, mais incapables de prendre vie, comme le montre cette incroyable scène de banquet, où la caméra commence par planer au-dessus de la table, avant de s’écarter et de dévoiler les convives attablés, comme privés de vie. Virtuose, curieux, et froid.

Dommage, parce qu’il y a de très beaux moments dans le film, comme cette (rare) scène d’extérieure, et de nuit, où la future impératrice perd définitivement ses inhibitions de jeune fille ; ou cette séquence en deux temps de l’escalier, où l’amante contrariée se venge de cet homme qu’elle aime peut-être en lui faisant vivre la frustration qu’elle avait elle-même connue par sa faute quelques mois plus tôt… Il y aussi la relation particulièrement cruelle entre la future Catherine II et sa mère, monstre de cruauté froide et calculatrice.

Le film ne manque pas d’attraits, mais c’est sans doute, des sept films du tandem, celui qui s’éloigne le plus d’un chef d’œuvre…

La Vénus blonde (Blonde Venus) – de Josef Von Sternberg – 1932

Posté : 8 septembre, 2011 @ 6:54 dans 1930-1939, DIETRICH Marlene, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

La Vénus blonde

La cinquième collaboration de Marlene Dietrich et de Josef Von Sternberg est, à première vue, le plus purement mélodramatique de leurs films : c’est l’histoire d’un couple qui se déchire pour la garde de leur enfant. Mais c’est aussi, peut-être, l’œuvre la plus complexe de leur filmographie commune, un film moins « aimable » que leurs œuvres précédentes (tous les personnages sont mus par des préoccupations égoïstes, à part l’enfant, victime de ce cruel jeu d’adultes), plus âpre, plus adulte aussi…

C’est d’ailleurs le vrai sujet du film : la difficulté de vivre en adulte, après avoir connu l’insouciance de la jeunesse. La scène bucolique qui ouvre le film, et le brusque changement de ton et d’époque qui suit, est particulièrement importante. Tout commence donc par une séquence primesautière dans la campagne allemande de l’après-guerre : un groupe de jeunes étudiants américains en balade rencontre une troupe d’actrices se baignant nues dans un lac.

Fondu au noir… et on retrouve quelques années plus tard l’une d’entre elles (Dietrich) mariée à l’un d’entre eux (Herbert Marshall), le couple vivant avec son fils de 6 ans dans un modeste appartement new-yorkais. L’ancien étudiant tente de joindre les deux bouts en réalisant des expériences scientifiques ; elle a laissé tomber sa carrière pour s’occuper de sa famille.

Ce n’est que le début d’une véritable tragédie familiale : pour soigner son mari irradié par du radium, la belle reprend son ancien boulot, et accepte l’argent offert par un riche séducteur (le tout jeune Cary Grant), qui l’attire dans son lit pendant que le mari est en Europe pour se faire soigner. Au retour de ce dernier, la vérité éclate, le mari chasse la femme, qui prend la fuite avec son fils, bientôt poursuivie par toutes les polices. Le temps passe, et Marlene s’installe dans une vie de misère, avant de se résoudre à laisser son fils à son père…

Le côté mélodramatique est excessivement poussé, et tourne même à la cruauté la plus extrême : ballotté entre ces deux parents qui se déchirent, ce gamin tellement attachant est l’enjeu presque déshumanisé de cette « guerre » à laquelle se livre l’ancien couple. Le voir condamné à faire un choix entre son père et sa mère est un déchirement…

Au-delà de l’histoire à proprement parler, le film parle surtout de la difficulté de vivre en couple, d’accepter les compromis, d’assumer sa responsabilité d’adulte, de donner un sens à sa vie… Derrière le mélo très dur, c’est un thème pas facile que Sternberg aborde. Et il le fait sans caresser le spectateur dans le sens du poil, en allant au bout de la cruauté, en montrant les faiblesses et les mesquineries de ces personnages, et sans jamais chercher à magnifier ses acteurs. Cary Grant est un riche oisif pas méchant, mais inconsistant ; Herbert Marshall est un homme droit et honnête, mais fier jusqu’à l’injustice ; quant à Marlene, elle finit par entraîner son enfant dans sa déchéance…

Contrairement à leur précédent film commun (Shanghai Express), où chaque plan la sublimait, Sternberg ne l’épargne pas ici, lui faisant chanter des numéros particulièrement ineptes, l’affublant d’une horrible « choucroute » sur la tête, ou la déguisant en grand singe !

La Femme et le Pantin (The Devil is a woman) – de Josef Von Sternberg – 1935

Posté : 31 janvier, 2011 @ 2:30 dans 1930-1939, DIETRICH Marlene, VON STERNBERG Josef | 1 commentaire »

La Femme et le pantin

C’est le dernier des sept films tournés par Marlene Dietrich sous la direction de son pygmalion Von Sternberg, et le plus étrange, aussi. Ça commence un peu comme dans un roman d’Hemingway : il ne manque que l’alcool dans cette magnifique séquence tournée au cœur d’une grande fête populaire, séquence filmée du point de vue d’un personnage masqué que l’on ne connaît pas encore, interprété par Cesar Romero. Sans dialogue, cette séquence est un modèle de mise en scène : elle montre d’une manière magistrale l’attirance qui naît entre un homme et une femme, simplement à travers les regards échangés au cœur de la foule. Au niveau de l’intention, c’est d’une simplicité totale. Au niveau de la réalisation, c’est sublime.

Curieusement, Von Sternberg enchaîne avec une scène de retrouvailles entre deux amis (Romero et Lionel Atwill) filmée assez platement, comme si seule la beauté de Marlene l’inspirait, et par un récit qui alterne les flash-backs et le temps présent. Cela donne un rythme déroutant, mais séduisant au film.

C’est aussi un film sur les faux-semblants, sur le mensonge, sur la tromperie, sur le désir. Où est la vérité, où est le mensonge de ce film, dont les deux tiers sont basés sur le récit du personnage de Lionel Atwill, qui présente la belle Marlene comme la pire des traînées, prête à jouer avec les sentiments qu’elle inspire pour son seul profit. La mère possessive existe-t-elle seulement ? Ce que le personnage nous raconte a-t-il une base de réalité ? On ne le saura pas, ce qui n’aide pas à cerner la personnalité de Marlene, certes belle à damner, mais aussi réelle qu’une illustration dans un beau livre. Son humanité, qui éclate à la fin du film, va à l’encontre de tout ce qu’on a appris sur elle jusqu’à présent.

Ce parti-pris est à la fois la force et la faiblesse du film. La force, parce qu’il exacerbe ce triangle amoureux par ailleurs assez banal, faisant du film un exercice de style manipulateur et mémorable. La faiblesse, parce qu’il est difficile de s’attacher aux personnages. Sauf peut-être à celui de Lionel Atwill, qui aurait pu être l’homme de trop de ce trio, le troisième larron qui contrarie l’idylle qui doit éclater entre les deux vrais héros, mais qui se révèle le personnage le plus profond, le plus émouvant, et le plus intéressant de ce film.

Shanghaï Express (id.) – de Josef Von Sternberg – 1932

Posté : 8 septembre, 2010 @ 1:35 dans 1930-1939, DIETRICH Marlene, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Shanghaï Express (id.) - de Josef Von Sternberg - 1932 dans 1930-1939 shanghai-express

De la longue et fructueuse collaboration entre le pygmalion Von Sternberg et sa découverte Marlène Dietrich, Shanghai Express fait figure de mal aimé, au milieu d’une liste de films prestigieuse, qui comprend des classiques comme L’Ange Bleu, Morocco ou L’Impératrice rouge. Et pourtant, le film est un chef d’œuvre, à mon avis bien supérieur à L’Ange Bleu (que j’ai toujours trouvé très bon, mais surévalué), Agent X27, ou même à Morocco.

L’histoire, mélange d’aventures exotiques, de romance contrariée, le tout sur fond de bouleversement historique, ressemble à celle de nombreux autres films de cette époque (on pense à Quatre hommes pour une prière, de Ford, qui procède du même mélange des genres). Ici, l’action se déroule presque exclusivement dans un train qui relie Pékin à Shanghaï, dans une Chine bouleversée par la guerre civile. A bord de ce train, une jeune femme à la réputation sulfureuse, connue sous le surnom de « Shanghai Lily », et qui retrouve par hasard celui qui fut son grand amour avant une rupture difficile, six ans auparavant : un médecin militaire. Egalement à bord de ce train : un Chinois qui se révèle rapidement être un chef des rebelles, cruel et violent.

Le fond historique est important dans ce film, mais Sternberg prend le parti d’éviter d’être trop démonstratif, ou de se lancer dans des explications géopolitiques qui auraient sans doute dévier le film de son vrai sujet. Au contraire, il plonge le spectateur au cœur des événements, sans lui donner d’avantage d’explications qu’aux personnages. La séquence de l’attaque du train est particulièrement frappante : filmée de nuit, par une série de plans rapides et très sombres, elle fait l’effet d’un immense désordre, dont on met du temps à comprendre le sens exact. C’est très réussi et assez effrayant. Ce fonds de bouleversements historiques plonge d’ailleurs le film dans une atmosphère d’insécurité qui accentue sa force et crée une impression d’angoisse constante.

Visuellement aussi, le film est sublime : un nouveau sommet baroque pour Von Stroheim, qui soigne le moindre de ses cadrages, y compris pour des plans de train sans grande importance. Le départ du Shanghai Express dans les petites rues étroites de Pékin est une vision étonnante. La manière dont le cinéaste filme ses (très beaux) décors, et surtout comment il utilise les ombres et la lumière… Tout cela relève du grand art.

On pourrait dire aussi beaucoup de biens des seconds rôles, en particulier de la troublante Anna May Wong ou du sympathique et bonhomme Eugene Pallette et de sa voix inimitable de baryton, qui apporte un peu de légèreté à ce film assez grave. On pourrait aussi regretter le manque de charisme de l’acteur principal, Clive Brook. Mais ce petit bémol est bien vite oublié devant ce qui est l’atout essentiel du film : Marlene Dietrich. Bien sûr, Sternberg a filmé l’actrice mieux que quiconque après lui, et cela dès L’Ange Bleu. Mais Marlene n’a sans doute jamais été aussi belle, envoûtante et émouvante que dans ce Shanghai Express qui, malgré toutes ses immenses qualités, semble n’avoir été produit que pour servir d’écrin somptueux à l’actrice.

Pourtant, son rôle n’est pas facile : la belle interprète une jeune femme prisonnière de sa fierté et de ses principes, qui se réfugie continuellement derrière une façade de froideur et de frivolité. Comme son médecin d’amoureux, d’ailleurs. Mais cette façade se fissure par brefs moments tout au long du film, à commencer par une séquence à tomber par terre. Sur la passerelle arrière du train, Marlene Dietrich vient rejoindre Clive Brook pour la première fois et, après un dialogue où les non-dits sont plus frappants que les paroles réelles, elle s’abandonne furtivement dans les bras de son aimé. Cette vision du visage de la belle, enfin débarrassé de sa dureté de façade, nous plonge dans un sommet d’émotion, qui marque de son empreinte tout le film.

Josef Von Sternberg aime Marlene, et cela se voit : sa caméra caresse son visage et ses courbes et la magnifie. Les gros plans sur l’actrice sont tous (absolument tous) magnifiques, et le visage de l’actrice, alors trentenaire, frappe par son naturel et ses quelques petites rides naissantes qui lui donnent un supplément d’âme. Il y a d’ailleurs dans Shanghai Express un plan qui est devenu par la suite l’image la plus célèbre de Marlene Dietrich : seule dans son compartiment plongé dans l’obscurité, Lily laisse transparaître son émotion et son visage, douloureux, sort de l’ombre lentement, comme s’il recherchait la lumière. Josef Von Sternberg aime Marlene Dietrich ? Moi aussi…

 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr