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Archive pour la catégorie 'VERHOEVEN Paul'

Black Book (Zwartboek) – de Paul Verhoeven – 2006

Posté : 19 juin, 2017 @ 8:00 dans 2000-2009, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Black Book

L’échec de Hollow Man a confirmé le désamour entre Paul Verhoeven et Hollywood. Plus de vingt ans après Le Quatrième Homme, le cinéaste revient donc au Pays Bas, avec un sujet où on ne l’attendait pas forcément : un film de guerre presque à l’ancienne, ample et ambitieux, évoquant le destin d’une jeune femme juive sous l’occupation allemande.

Verhoeven signe une grande fresque historique et intime à la fois, où les soubresauts de l’Histoire et son extrême violence sont racontés du strict point de vue de l’héroïne, Rachel : une femme forte comme les aime le réalisateur certes, mais que le destin a rendu forte. Il faut dire que rien n’est épargnée à la pauvre Rachel (Carice Van Houten, formidable) : seul survivante d’un massacre dans lequel périt toute sa famille, contrainte d’approcher l’ennemi en offrant son corps, amoureuse d’un officier nazi…

Impossible de raconter tous les rebondissements de cette histoire haletante sans en gâcher le plaisir. Mais Verhoeven y fait preuve d’une extrême générosité de raconteur d’histoire. C’est passionnant et mené à 100 à l’heure, et les moyens considérables dont bénéficie le cinéaste pour son retour au pays sont clairement à l’écran. Mais si le film est si fort, si beau, c’est aussi parce que Verhoeven refuse de tomber dans le manichéisme souvent inhérent au genre. Il y a des héros (encore que, le terme reste peut-être à définir), et il y a des salauds. Mais il y a surtout des victimes de l’histoire, des personnages troubles, des sacrifices cruels, des destins brisés…

En quittant Hollywood, Verhoeven semble avoir abandonné l’ironie cynique qui marquait ses blockbusters américains. On ne s’en plaindra pas. Splendide à tous points de vue, émouvant, violent et d’une puissance rare, Black Book est tout simplement le meilleur film de guerre depuis des siècles (à peu près). A l’exception d’un moyen métrage (Tricked), il faudra pourtant attendre dix ans avant que Verhoeven retrouve les chemins des plateaux : ce sera en France, avec Elle.

Total Recall (id.) – de Paul Verhoeven – 1990

Posté : 17 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Total Recall 1990

Qu’est-ce qui arrive quand on confie le plus gros budget de l’année à un cinéaste venu d’Europe ? Avec Total Recall, Paul Verhoeven signe une date dans l’histoire de la science fiction, et dynamite le cinéma d’action hollywoodien, en l’abordant avec une ironie et un second degré pour le moins inhabituel dans la tradition du blockbuster. Une ironie dont Schwarzenegger (avec Last Action Hero, peu après) deviendra le principal héraut.

On l’avait déjà vu avec RoboCop, tourné juste avant : Verhoeven n’est pas un réalisateur de film d’action comme les autres. Tout en remplissant le cahier des charges des producteurs (et il le fait mieux que personne), l’hyperviolence qu’il met en scène et le cynisme de ses personnages disent beaucoup sur la vision qu’a le cinéaste de la société de l’entertainment.

On retrouve dans Total Recall le même ton que dans son précédent film, une violence graphique très crue et parfois gore, une omniprésence des écrans et de la publicité « qui conditionne », mais aussi un côté volontairement too much, qui flirte par moments avec la parodie. Une logique que Verhoeven poussera à son paroxysme avec son autre film de SF, Starship Troopers, et qui prend ici une dimension particulière.

On peut se demander si Verhoeven prend au sérieux la violence qu’il filme. Dans Total Recall, cette question devient le sujet même du film : Quaid, l’ouvrier qui découvre en se rendant chez un « marchand de souvenir » qu’on lui a effacé la mémoire, a-t-il vraiment été un agent secret ? Ou tout ce qui lui arrive n’est-il qu’une vision de son esprit abîmé ?

Le doute est constamment là. Et plus que la vision de l’avenir, qui a pris un sacré coup de vieux avec ses écrans d’un autre temps et ses voitures aux lignes très 80s (Minority Report, autre adaptation de Philip K. Dick, sera nettement plus clairvoyant), c’est ce doute qui fait le poids du film et le rend si troublant. Un trouble dont s’amuse constamment Verhoeven, et qui valent à Schwarzenegger quelques répliques mémorables : « Mais si je suis pas moi, bordel, qui je suis ? »

Il y a Sharon Stone aussi, révélation du film, dont le cinéaste fera une star deux ans plus tard avec Basic Instinct. N’est-elle pas une garce trop parfaite pour être réelle ? Schwarzenegger ne décide-t-il pas de tourner définitivement le dos à la réalité lorsqu’il lui lance le mythique « Considère ça comme un divorce ? »

Ironique et rigolard, Verhoeven sème le trouble et s’amuse, en faisant dire dès les premières minutes à ce commercial qui s’apprête à vendre à Schwarzie ses souvenirs d’agent secret en voyage sur Mars : « Avant que tout soit fini, vous aurez emballé la fille, tué les méchants et sauvé la planète »

Basic Instinct (id.) – de Paul Verhoeven – 1992

Posté : 3 novembre, 2015 @ 3:08 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Basic Instinct

Le pic à glace, la beauté impériale de Sharon Stone, ses jambes qui se décroisent, Michael Douglas qui n’y tient plus en jean trop moulant, l’apparition intrigante de Dorothy Malone, les rues chargées de références de San Francisco…

A revoir Basic Instinct plus de vingt ans après sa sortie, on est frappé de réaliser à quel point les images marquantes de ce film ont été nombreuses. Et parmi elles, bizarrement, pas vraiment les scènes de sexe, certes nombreuses et assez osées pour l’époque, mais qui semblent presque sages aujourd’hui.

Il faut dire que le film a ouvert tellement de portes (et en tellement grand) que ces scènes de sexe n’ont plus la même puissance et ne procurent plus le même trouble en soi. Mais ce qui reste particulièrement troublant, et d’une manière rarement égalée, c’est l’atmosphère du film, et la manière dont Paul Verhoeven a réussi à mettre en image le trouble de ses personnages.

Le film est clairement une variation sur le thème de Sueurs froides. Une séquence de filature dans les rues de San Francisco (un décor pas choisi par hasard) évoque d’ailleurs ouvertement le film d’Hitchcock. Le vrai thème du film, c’est l’obsession mortifère de Michael Douglas, qui ressemble à s’y méprendre à celle de James Stewart dans le film d’Hitchcock. Avec une différence, quand même : le sexe justement, nettement plus explicite.

Mais on le regretterait presque. Pas que l’idée de voir Sharon Stone ou Jeanne Triplehorn nues soit particulièrement insupportable, remarquez ! Mais ces scènes qui ont fait le succès du film viennent souvent désamorcer la tension sexuelle incroyable qui habite les personnages. Pire, elles sont parfois un peu maladroites, voire franchement lourdingues, comme ce faux suspense tout pourri avec le pic à glace, que Verhoeven nous sort tout au long du film.

Reste que Basic Instinct est un thriller remarquablement construit et d’une efficacité redoutable, l’un des meilleurs de ces années-là.

RoboCop (id.) – de Paul Verhoeven – 1987

Posté : 26 mars, 2014 @ 2:50 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Robocop

Plus de vingt-cinq ans après, et après deux suites indignes, une série télé grotesque, et un tout récent remake pas vu, ce RoboCop premier du nom a formidablement bien passé l’épreuve du temps. OK, l’aspect technologique a vieilli, forcément : ordinateurs et écrans appartiennent à un futur qui appartient au passé. Mais à part ces détails inhérents au genre, le premier grand succès américain du Hollandais Paul Verhoeven a gardé toute sa force et tout son impact.

Le cinéaste inaugure avec RoboCop une recette qu’il reprendra, en allant plus loin encore, dans Total Recall et surtout Starship Troopers, ses deux autres films de SF : un mélange de satire, de violence et de critique sociale ; et une manière unique d’utiliser les codes de la science fiction, d’y insuffler un étrange second degré, et d’en faire une charge contre le totalitarisme, le capitalisme et toutes les dérives des sociétés modernes.

Les films dérivés de ce petit classique n’en reprendront généralement que la trame : ce flic laissé pour mort qu’une société privée utilise pour le transformer en superflic, mi-homme, mi-machine, censé être dépourvu de toute émotion humaine et de tout souvenir de sa vie d’avant. Et surtout les possibilités spectaculaires d’un tel personnage.

Verhoeven, lui, privilégie la satire donc, en livrant une vision particulièrement sombre d’un Detroit qui n’a pourtant rien d’une cité du futur : une ville familière, glauque et rongée par la violence, mais sans les atours habituels de la SF. L’anticipation repose plus sur le modèle de société : la police a été confiée à une société privée qui brasse des sommes gigantesques qui lui donnent un pouvoir infini.

La satire est parfois proche de la caricature : les dirigeants de la société sont eux-mêmes des stéréotypes illustrant la dérive capitalise, et les extraits de journaux télévisés que l’on voit régulièrement (comme dans les deux autres films de SF de Verhoeven) ne font pas vraiment dans la dentelle.

Mais Verhoeven signe aussi un film intime : à la surenchère (le film est plutôt économe en rebondissements, et en action superflue), le cinéaste privilégie le portrait intime de ce flic normal à qui on a effacé toute identité, et qui se rebelle peu à peu contre cette hyper autorité aliénante. Il y a comme ça de beaux passages très émouvants : celle, surtout, où RoboCop tombe le masque et redevient Alex Murphy.

Mais la grande force du film, c’est cette manière d’associer l’intime, le spectaculaire et la grande violence. La mise en scène souligne constamment l’environnement menaçant dans lequel les personnages évoluent. Et la fameuse scène de l’exécution de Murphy est un passage traumatisant qui n’a rien perdu de sa force.

• A l’occasion de la sortie du remake, le RoboCop de Verhoeven vient d’être édité chez Fox dans un beau blue ray en coffret métal, riche en suppléments.

 

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