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Dans la nuit – de Charles Vanel – 1929

Posté : 22 août, 2012 @ 10:59 dans 1920-1929, FILMS MUETS, VANEL Charles | Pas de commentaires »

Dans la nuit

Celui qui fut le grand vétéran du cinéma français jusque dans les années 80 a eu une carrière longue de plus de sept décennies. On se souvient surtout de ses rôles dans Le Salaire de la peur de Clouzot, et dans La Main au collet d’Hitchcock. Mais l’histoire a un peu oublié que Charles Vanel a entamé une très prometteuse carrière de réalisateur à la toute fin du muet, carrière avortée après deux films seulement, et l’échec total de Dans la nuit, film magnifique tourné alors que le cinéma parlant se généralisait, et (à peine) sorti dans l’indifférence générale.

Rétrospectivement, on réalise à quel point Vanel aurait pu devenir un réalisateur majeur du cinéma français : son mélodrame est d’une richesse et d’une virtuosité impressionnantes. Derrière la caméra, Vanel se permet des ruptures de ton parfaitement maîtrisées, passant du naturalisme à l’expressionnisme sans jamais casser le rythme impeccable de son film.

Dans la nuit commence par la peinture presque documentaire, mais passionnante, du quotidien des mineurs du Nord de la France, belles gueules abîmées filmées longuement dans leur labeur dangereux et pénible, autant que dans leurs loisirs. Dans une séquence qui préfigure cinquante ans avant le début de Voyage au bout de l’enfer, Vanel montre les mineurs quittant leur travail pour se rendre à une noce, sublime, filmée par une caméra virevoltante, symbole de l’insouciance et du bonheur simple. Sans avoir recours aux intertitres, Vanel filme la journée qui passe dans la joie, avec les ombres qui s’allongent de plus en plus, et les visages qui se fatiguent.

Dans cette noce insouciante, Vanel annonce subrepticement le drame qui se prépare : un malaise soudain de la jeune épouse, des masques hideux qui apparaissent derrière une fenêtre, l’écran qui se couvre d’une pluie annonciatrice, cette sirène qui n’en finit pas de ramener les jeunes amoureux à la réalité, et Vanel lui-même (qui joue le mineur marié) se recouvrant le visage de savon…

Autant de signes qui annoncent l’accident de mine (filmé avec un suspense hyper efficace) qui vaudra à Vanel d’être défiguré. La seconde partie du film commence alors, plus sombre (dans tous les sens du terme), plus douloureuse, plus violente aussi. Mais toujours aussi virtuose. La peinture sociale laisse la place à un triangle amoureux tragique, et à un cruel suspense. Vanel signe un film d’une grande richesse, et quasiment un sans-faute. On lui pardonne même le rebondissement final, qui pouvait sembler original en 1929, mais qui paraît aujourd’hui bien téléphoné.

 

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