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Archive pour la catégorie 'ULMER Edgar G.'

Moon over Harlem (id.) – de Edgar G. Ulmer – 1939

Posté : 2 juin, 2011 @ 11:03 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Moon over Harlem

Le triomphe de Black Cat, cinq ans plus tôt, a profité à ses deux stars, Bela Lugosi et surtout Boris Karloff, mais curieusement pas à son réalisateur, qui sera cantonné dans les années à venir, et jusqu’au succès de Barbe-Bleue et Détour, à la réalisation de films « communautaires ». Ulmer enchaîne ainsi des films tournés en ukrainien ou en yiddish, et des documentaires à vocation sanitaire (notamment Goodbye Mr. Germ, court métrage pour sensibiliser le public contre la tuberculose).

C’est dans ce contexte qu’il signe ce Moon over Harlem, petite production par, pour et avec des noirs. A l’époque, la ségrégation raciale est encore bien installée, et le public noir n’est pas admis dans certains cinémas, au Sud. Il existe alors (et bien avant la fameuse blaxploitation des années 70) une production spécialement conçue pour le public noir. Moon over Harlem fait partie de cette production qui peut nous sembler totalement hallucinante.

La stature du réalisateur fait même du film l’un des plus prestigieux de cette production, tombée dans sa grande majorité dans un oubli total. Le film, d’ailleurs, ne manque pas de qualité. La première d’entre elles est sans doute d’être un film comme un autre : le fait que la quasi-totalité de la distribution soit noire ne change en effet rien à l’histoire. Ulmer évite soigneusement tous les stéréotypes, et le film n’est pas plus « communautaire » que si tous les acteurs étaient blancs.

L’histoire est assez sordide. Elle commence pendant un mariage, alors qu’une femme de ménage épouse un homme qu’elle croit honnête, mais qui est en fait l’un des gangsters qui tiennent le quartier (Harlem, donc) sous leur coupe. Pire : le gangster n’épouse cette femme pleine de courage que pour être proche de la fille de cette dernière, une charmante jeune femme amoureuse d’un leader, qui rêve de faire de Harlem un quartier égalitaire où il ferait bon vivre. Autant dire que l’affrontement entre le beau-père et le fiancé s’annonce tendu, et violent.

Mais Moon over Harlem est un film de caractères, et pas un thriller : Ulmer évite soigneusement le face-à-face, pourtant inévitable, entre les deux hommes. Il évite aussi, dans une séquence d’une grande cruauté, à la mère, qui a pris position pour son mari contre sa fille, de réaliser sa terrible erreur. C’est une autre des grandes forces du film : priver le spectateur des scènes qu’il attend avec le plus d’évidence. Ce pourrait être frustrant, mais non : ces scènes qui n’existent pas contribuent à la force du film.

Strange Illusion (id.) – de Edgar G. Ulmer – 1945

Posté : 24 mai, 2011 @ 1:47 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Strange Illusion

Depuis la mort de son père, dans d’étranges circonstances, Paul Cartwright fait des cauchemars dont il est persuadé qu’ils sont prémonitoires. Bientôt certains éléments de son rêve trouvent un écho dans la vraie vie… Troublé, l’adolescent se persuade que son père a été assassiné, et voit d’un mauvais œil sa mère flirter avec un bellâtre à la mauvaise réputation…

Une histoire qui semble sortie d’un mauvais roman de gare ; des acteurs pas franchement convaincants ; une séquence de cauchemar aux ficelles énormes, qui surfe de toute évidence sur La Maison du Docteur Edwardes d’Hitchcock… Et malgré tous ces handicaps, Ulmer réussit là un bien beau film d’angoisse, où l’influence d’Hitch est évidente : entre …Docteur Edwardes et Rebecca, avec même une petite pincée de Soupçons, les influences sont nombreuses.

On pourrait qualifier Ulmer de Hitchcock du pauvre, mais on serait bien injuste. Parce que la qualité de Ulmer, c’est justement de ne pas avoir l’ambition et le génie de Hitchcock. Lui est un réalisateur de séries B qui s’assume pleinement. Et au lieu de chercher à nous épater et à nous surprendre, Ulmer tire jusqu’au bout les ficelles de son petit truc bien foutu. Résultat : rien ne nous surprend vraiment (et certainement pas la nature maléfique du bellâtre), les rebondissements sont aussi énormes qu’improbables, mais il y a dans ce Strange Illusion une honnêteté, une fraîcheur et une innocence qui font plaisir.

Je disais que le film n’avait rien de surprenant, mais j’exagérai un peu : la toute fin du film est aussi inattendue qu’incroyable. On ne la dévoilera pas, mais même après le mot « fin », cette conclusion brutale et onirique laisse un drôle de goût dans la bouche…

L’Incroyable homme invisible (The Amazing Transparent Man) – de Edgar G. Ulmer – 1960

Posté : 21 mai, 2011 @ 7:52 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

L'Incroyable homme invisible

Un homme mystérieux organise l’évasion d’un braqueur de banque qu’il ne connaît pas. Il souhaite en faire le cobaye d’une machine inventée par un scientifique ayant travaillé malgré lui pour les nazis, et qui peut rendre invisible n’importe qui. Le commanditaire espère bien profiter de cette invention pour vider toutes les banques du pays…

Des histoires d’hommes invisibles, on en a vu des tonnes depuis le classique de James Whale (L’Homme invisible, 1933). Et celle-ci commence plutôt bien par une scène d’évasion à la fois classique, mais dépouillée et dense, qui laisse augurer du meilleur pour ce film à petit budget, dans lequel Ulmer semble alors retrouver l’inspiration visuelle qui était la sienne une quinzaine d’années plus tôt, à l’époque de Barbe-Bleue, ainsi que son goût pour la nuit, ses mystères et sa poésie morbide.

ais autant le dire tout de suite : le désenchantement n’est pas loin. Dès que le jour se lève sur le film (au sens propre), c’est-à-dire au bout d’à peine plus de cinq minutes, les illusions s’envolent. Mise en scène plan-plan, décors minimalistes jamais mis en valeurs, acteurs dénués de talent et de charisme, personnages mal dessinés (entre un génie du crime aux allures de promeneur du dimanche, et une brute mal dégrossie qui en rajoute des tonnes), et on en passe… Ulmer signe un film paresseux, qui devait déjà être ringard en 1960…

A la décharge du réalisateur, on peut arguer que le film a été tourné en une dizaine de jours seulement, et en même temps que Le Voyageur du Temps ; mais on rappellera que Schoedsack a tourné King Kong et La Chasse du Comte Zaroff en même temps, et que ça ne l’a pas empêché de signer deux chef d’œuvre intemporels. Ce qui, de toute évidence, est loin d’être le cas ici. On peut aussi ajouter que Ulmer a dû faire avec un budget ridicule ; mais on rappellera cette fois que ce genre de contraintes ne l’a pas empêché de réaliser Barbe-Bleue ou Détour… Bref, pas d’excuse pour le p’tit gars vieillissant qui, en fin de carrière, semble bien avoir perdu le cap.

Rien à sauver dans ce petit film fantastique ? Si, bien sûr : des trucages rigolos, et des scènes de laboratoire (dominées par des motifs triangulaires omniprésents, très futuristes à l’époque) qui peuvent amuser à condition d’accepter l’hypothèse d’un troisième ou d’un quatrième degré. Mais là, franchement, il faut y mettre du sien… On peut quand même reconnaître une vraie qualité au film : celle de ne durer que 58 minutes…

Barbe-Bleue (Bluebeard) – de Edgar G. Ulmer – 1944

Posté : 18 mai, 2011 @ 5:20 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, CARRADINE John, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Barbe-Bleue (Bluebeard) - de Edgar G. Ulmer - 1944 dans * Films noirs (1935-1959) barbe-bleue

C’est la période la plus glorieuse d’Ulmer, celle où il enchaîne quelques-uns de ses meilleurs films : Détour, Strange Illusion et Le Démon de la Chair sont tournés en l’espace de deux ans seulement. Dans cette série prestigieuse, Barbe-Bleue trouve sa place sans discussion possible : dans un Paris fantasmé, qui évoque les ruelles sombres et humides de White Chapel, Ulmer signe ce qui, s’il avait choisi de placer son intrigue à Londres, aurait été sa version du mythe « Jack l’Eventreur ». L’une des meilleures versions, même.

On est d’ailleurs vraisemblablement vers la même période. A Paris, les femmes n’osent plus sortir seules depuis qu’un mystérieux tueur, que la vox populi a vite fait de surnommer « Barbe-Bleue », assassine les jeunes femmes blondes et belles, que l’on retrouve quelques jours plus tard flottant dans la Seine. Déjà vu ? Oui, mais qu’importe, Ulmer assume et transcende tous les poncifs.

Le décor de carte postale, pour commencer. Ulmer l’assume tellement bien qu’il en est le seul responsable : homme à tout faire de ses minuscules productions, le réalisateur a peint lui-même les tableaux qui servent de décor au film. C’est évidemment du bricolage, mais le talent d’Ulmer rend le résultat fascinant et presque poétique. Paris devient un endroit inquiétant, mais attirant, où les habitants aiment se retrouver dans les parcs, peuplé d’artistes qui vivent dans leurs vastes ateliers en mansardes avec vue sur les toits et la Seine.

Inquiétant, mais attirant, c’est aussi ce qui caractérise le marionnettiste interprété par John Carradine, dont l’héroïne tombe amoureuse, mais que la caméra d’Ulmer a tôt fait de nous présenter comme le tueur en série qui ensanglante la capitale. Un Barbe-Bleue du XIXème siècle qui tue les femmes qu’il aime et qu’il peint. Oui, parce que c’est l’acte de peindre ces femmes qui fait naître chez lui cette pulsion meurtrière. L’art, l’amour et la mort, liés de manière tragique.

Mais notre héroïne est différente, et le marionnettiste a bien l’intention de l’aimer pour de bon, totalement et surtout pour longtemps. Alors il décide de ne plus peindre, jusqu’à ce qu’il y soit contraint de nouveau. Et pas de chance, son nouveau modèle n’est autre que la sœur de l’élue de son cœur… « Paris est tout petit pour ceux qui, comme nous, s’aiment d’un si grand amour », clamerait Garance…

Au-delà du suspense, d’une efficacité absolue ; au-delà de ce Paris fascinant et oppressant ; il y a une grande audace dans ce film à petit budget. Ulmer fait de son tueur un homme certes dangereux, mais presque enfantin, qui confesse ses crimes avec un tel naturel qu’il ne comprend pas que son aimée lui en tienne rigueur. Devant sa caméra, le personnage le plus léger du film (la sœur de l’héroïne), jeune femme bravache au sourire conquérant, plonge en un dixième de seconde dans le tragique. Le cinéaste n’hésite pas à arrêter l’action de longues minutes pour filmer le spectacle de marionnettes du tueur…

Formellement, Barbe-Bleue est l’un des meilleurs Ulmer, aussi. Dans une nuit qui semble permanente (les budgets ridicules poussent décidément à débrider l’imagination), le réalisateur crée une atmosphère de cauchemar qui nous hante durablement…

La Fille du Dr. Jekyll (Daughter of Dr. Jekyll) – de Edgar G. Ulmer – 1957

Posté : 2 mai, 2011 @ 1:39 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, ULMER Edgar G. | 1 commentaire »

La Fille du Dr Jekyll

Ainsi donc, le docteur Jekyll avait une fille. Vous l’ignoriez ? Eh bien elle aussi, mais elle l’apprend dans ce petit film de série signé par le culte Ulmer. Et en voyant cette petite production fauchée mais inventive, conne mais prenante, on comprend pleinement pourquoi le cinéaste, totalement méconnu du grand public, garde aujourd’hui encore une réputation presque unique dans l’histoire du cinéma. Réalisateur de quelques chef d’œuvre reconnus (Détour, Barbe-Bleue ou Strange Woman, surtout), UImer a surtout à son actif quelques films de genres absolument incroyables, comme ce film d’horreur dont les extérieurs sont baignés dans la brume (signe que la production n’avait pas assez d’argent pour construire de vrais décors), et au scénario totalement improbable.

Une jeune femme revient dans le château où elle a grandi, pour présenter à l’homme qui l’a élevée son futur mari. Mais le percepteur révèle à sa fille adoptive la vérité sur sa naissance : elle est en fait la fille du docteur Jekyll, de sinistre mémoire, et pourrait être touchée à son tour par le dédoublement monstrueux de personnalité. Evidemment, la jeune femme tombe des nues, d’autant plus que des meurtres mystérieux sont commis dès que la nuit tombe.

Difficile à croire, certes, mais Ulmer transcende ce scénario qui ne vaut pas plus que la majorité des productions cheap de l’époque (dont la plupart sont à peine regardables), et signe un film oppressant et franchement flippant, avec quelques scènes mémorables, comme le dernier meurtre, étonnante séquence nocturne qui semble sortie de L’Homme Léopard de Tourneur. Le suspense fonctionne parfaitement, même si on devine le rebondissement final dès les premières minutes, et même si le film semble constamment flotter, indécis, entre le mythe imaginé par Stevenson et celui des loups-garous….

Qu’importe : c’est l’ambiance du film qui emporte l’adhésion, et on prend un plaisir coupable, mais gourmant, à se laisser entraîner dans le cauchemar éveillé de la belle Gloria Talbott, excellente actrice de série B, qui contribue à la réussite de ce film de série. Par respect pour un acteur qui s’est illustré chez John Ford (notamment Le Massacre de Fort Apache), on ne s’étendra pas sur la veste rayée et l’air peu concerné de John Agar, visiblement là pour arrondir ses fins de mois.

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