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Archive pour la catégorie 'ULMER Edgar G.'

L’Île des péchés oubliés (Isle of forgotten sins) – de Edgar G. Ulmer – 1943

Posté : 22 février, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, CARRADINE John, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

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Fort sympathique, ce petit nanar fauché et plutôt rigolo, une rareté que Ulmer tourne juste avant deux de ses films les plus connus, Barbe Bleue et Détour. On retrouve d’ailleurs l’acteur du premier, John Carradine, qui tient pour une fois le rôle du héros de service, un marin bagarreur qui se lance sur la piste d’un trésor enfoui au fond d’un lagon, avec son comparse et éternel adversaire.

Une chasse aux trésors, des bagarres bien viriles, des tas de jolis femmes, des îles paradisiaques… Le film est clairement à ne pas prendre au sérieux. Seul objectif de ce pur divertissement : le dépaysement. Et malgré son manque de moyens, qui limite l’effet-choc des grands moments de bravoure (comme cette séquence finale de tempête), Ulmer atteint plutôt son but.

Elles ont de la gueule, ces maquettes balottées par le vent. Et le cinéaste filme joliement ces scènes de nuit noire, dont la raison d’être est d’économiser sur les décors, mais qui créent une ambiance bien sympathique. Ulmer, qui a dû se contenter de budgets ridicules pour la majorité de ses films, en a toujours tiré le meilleur. C’est une nouvelle fois le cas ici…

A deux ou trois réserves près, quand même. Les effets caléidoscopiques des nuages sont assez étranges. Et la marionnette qui remplace John Carradine lors de ses descentes de scaphandrier a l’air… eh bien d’une marionnette vaguement articulée dont les mouvements de bras rappellent le Guignol de notre enfance. C’est charmant et assez drôle. Pas exactement l’effet voulu…

* Le film, très rare, est édité chez Artus Films, avec une qualité d’image pour le moins inégale: quelques plans semblent tirés d’une vieille VHS, tandis que d’autres ne sont disponibles qu’en VF. Quelques répliques en français viennent ainsi se glisser dans les dialogues originaux. Aucun bonus, si ce n’est des extraits ou bandes annonces des quatre films de la collection « Grands Classiques Hollywoodiens » (un titre un peu exagéré).

Le Pirate de Capri (The Pirates of Capri / I Pirati di Capri) – d’Edgar G. Ulmer – 1949

Posté : 14 février, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Le Pirate de Capri (The Pirates of Capri / I Pirati di Capri) - d'Edgar G. Ulmer - 1949 dans 1940-1949 Le%20Pirate%20de%20Capri_zpsiqvrycdh

Quelque part entre Le Signe de Zorro de Rouben Mamoulian et Le Livre noir d’Anthony Mann (sorti cette même année 1949)… Toujours inattendu, Edgar Ulmer signe un film d’aventures sur fond de révolution (italienne cette fois), avec pour personnage principal l’un de ces héros masqués vengeurs et justiciers (joué par Louis Hayward). Curieux cocktail qui, sur le fond n’apporte pas grand-chose : à part quelques belles idées de scénario (la reine obnubilée par le destin tragique de sa sœur Marie-Antoinette), rien de très original dans ce portrait d’un homme qui dissimule sa vraie nature (celle du héros masqué) sous des faux-semblants grotesques.

Mais dans la forme, cette relativement grosse production (énorme, même, si on la compare à la grande majorité des films d’Ulmer) est particulièrement riche et passionnante. Le réalisateur met à profit les moyens qu’il a à sa disposition, ses décors impressionnants, ses nombreux figurants, pour signer une suite de tableaux saisissants, grouillants de vie et lourds de menace.

Toutes les séquences dans le village des pirates sont ainsi exceptionnelles, avec ces gueules mises en valeurs par la lumière des torches, les vieux murs qui se dessinent dans la nuit et dont sortent femmes et enfants… On sent qu’Ulmer apporte une attention toute particulière au quotidien de ces petites gens qu’il a toujours affectionné. C’est peut-être ça qui définit le mieux ce cinéaste à la carrière incroyable et totalement inclassable: cette empathie pour les petits, les opprimés.

Ici, il se révèle aussi un excellent cinéaste d’action, avec une poignée de duels à l’épée magnifiquement filmées, l’impressionnante séquence du soulèvement populaire, et surtout une course-poursuite hallucinante sur les toits de Naples, avec ces silhouettes qui semblent volet à travers la ville. Malgré son histoire un rien convenue, voire maladroite par moments, Le Pirate des Capri est une grande réussite, formellement impressionnante, et à la tension remarquablement tenue.

* Une rareté que Artus Films, éditeur plus habitué à exhumer le cinéma bis européen, vient de sortir de l’oubli, tout comme un autre film d’Ulmer : L’Île des péchés oubliés.

L’Impitoyable (Ruthless) – de Edgar G. Ulmer – 1948

Posté : 5 janvier, 2015 @ 12:27 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

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De Edgar G. Ulmer, on connaît surtout sa capacité à tirer le meilleur de budgets ridicules (Détour, Barbe Bleue, et quelques autres perles dont on ne finit pas de redécouvrir les richesses). Mais dans une carrière longue et étonnante, le cinéaste a aussi eu l’occasion, à deux ou trois reprises (notamment Strange Woman, film culte porté par Heddy Lamar), de se voir confier d’importantes productions.

C’est le cas de ce Ruthless, tout aussi remarquable que le fauché Détour dans un autre genre, qui confirme qu’Ulmer aurait sans doute fait une toute aussi grande carrière si on lui avait confié plus de « gros » films.
D’une modernité étonnante, le film est une charge puissante contre le monde de la finance et son cynisme, incarné par Zachary Scott, formidable en homme décidé à tout sacrifier, y compris son propre bonheur, pour atteindre le sommet et amasser une fortune.

Le film ne fait pas de ce personnage un monstre d’un seul bloc. En lui donnant une enfance sans amour (le temps d’un long flash back avec quelques très belles scènes, notamment celle avec son père, joué par Raymond Burr, excellent), Ulmer souligne l’humanité blessée de ce jeune homme qui décide ouvertement de taire ses sentiments et toute considération humaine pour atteindre le but qu’il s’est fixé.

Le cynisme de la finance est abordé d’une manière étonnamment moderne. Les face-à-face entre Scott et Sydney Greenstreet, terribles jeux de dupe, sont des sommets de tension et de cruauté.

En contrepoint du personnage central, Louis Hayward est lui aussi formidable, dans un rôle pas si facile à faire exister : il se contente le plus souvent d’être observateur. Mais il parvient admirablement à faire resentir la complexité de leurs rapports : le mélange d’attirance et de haine, et le poids de leur amitié.

Subtil, glaçant et émouvant, le film est remarquablement réalisé, utilisant formidablement les décors pour souligner l’ascension sociale et la chute morale du « héros ». L’une des grandes forces, aussi, réside, dans les seconds rôles, tous admirablement écrits. Les personnages de femmes, surtout, sont assez exceptionnels, même s’ils semblent n’être qu’accessoires : un beau double rôle central pour Diana Lynn, Martha Vickers magnifique, Lucille Bremer pathétique et bouleversante…

On peut regretter la fin, concession un peu forcée aux codes du film noir. Mais Ruthless est une merveille aux richesses formelles et narratives qui paraissent inépuisables.

• Cette rareté est exhumée par Sidonis/Arcadès dans sa collection dédiée aux films noirs, avec des présentations par Bertrand Tavernier, François Guérif et Patrick Brion.

Girls in Chains (id.) – de Edgar G. Ulmer – 1943

Posté : 7 février, 2012 @ 5:27 dans 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

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La filmographie d’Ulmer est décidément passionnante, autant que déstabilisante… Sur un thème quasiment similaire à celui de So young so bad, réalisation de Bernard Vorhaus à laquelle Ulmer participera en 1950, ce Girls in Chains est une curiosité qui aurait pu être un petit film sympathique et bien troussé (ce qu’il est en partie), mais qui marque surtout les esprits par l’utilisation qu’il fait de la musique : l’une des plus idiotes (et bizarres) de l’histoire du cinéma.

Pourtant signée Leo Erdody qui, à défaut d’être un immense compositeur, est un artisan solide et très aguerri, cette musique n’est pas ratée en soi. C’est son utilisation qui est totalement incompréhensible, totalement à contre-courant. Totalement absente d’une scène d’exposition ou d’une autre pleine de suspense, elle apparaît soudain, romantique alors qu’elle devrait être oppressante, ou à l’inverse festive lorsque deux êtres se déclarent leur flamme. Et plus le film avance, plus elle devient insistante, rendant l’intrigue parfois inutilement obscure. Gênante, et incompréhensible, cette utilisation de la musique démontre par la négative toute la force que peut avoir une bande originale de film. J’en suis en tout cas toujours à me demander s’il y a derrière ce décalage total une justification qui m’aurait échappée… Pas sûr. En tout cas, Ulmer et Erdody travailleront de nouveau ensemble, notamment sur les excellents Barbe-Bleue, Détour et Strange Illusion, les trois films suivants du cinéaste.

Pour le reste, Girls in Chains est une petite production honnête et efficace, qui aborde un thème plutôt fort et original : celui des centres de redressement pour jeunes filles. Jeunes filles d’ailleurs toutes interprétées par des actrices pas terribles qui ne semblent pas avoir moins de 35 ans chacune… C’est le même thème qui sera au cœur de So young so bad, et qui sera alors traité de manière beaucoup plus engagée et frontale.

Ici, on sent bien que Ulmer se désintéresse assez vite de la condition de ces jeunes laissées pour compte. Son film s’attache bien davantage à l’histoire policière parallèle, avec un grand gangster urbain bien machiavélique, dans la tradition des grands films de gangster. On en est loin ici, mais rien de honteux non plus : Girls in chains se regarde comme un petit plaisir de fin de soirée…

Goodbye, Mr. Germ (id.) – de Edgar G. Ulmer – 1940

Posté : 7 février, 2012 @ 5:17 dans 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

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Quand je dis que la filmographie de Ulmer est passionnante… Des films en yiddish, en ukrainien ou en espagnols, un autre joué uniquement par des acteurs noirs (Moon over Harlem), d’autres encore commanditée par le Ministère de la Santé… et parmi eux ce court métrage rigolo à visée documentaire : un scientifique y explique à ses enfants les dangers de la tuberculose.

Ce pourrait n’être qu’une commande anonyme tournée à la va-vite, une simple curiosité dont on ne se souviendrait que parce qu’elle est réalisée par Ulmer. Mais Goodbye Mr Germ vaut franchement le coup d’œil : car figurez-vous que la tuberculose apparaît sous les traits d’un petit démon animé, avec lequel le scientifique discute aimablement.

Mélange de dessin animé et de prises de vue réelles, ce petit film n’est pas une œuvre révolutionnaire, mais la démarche pédagogique est assumée avec une jovialité un peu naïve, et très attachante. Ulmer, rappelons-le, avait déjà œuvré pour la santé publique quelques années plus tôt : en 1933, l’un de ses premiers très bons films, Damaged Lives (un long métrage, cette fois), mettait en garde les spectateurs de l’époque contre les dangers de la syphilis…

Détour (Detour) – de Edgar G. Ulmer – 1945

Posté : 20 janvier, 2012 @ 3:04 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Détour (Detour) – de Edgar G. Ulmer – 1945 dans * Films noirs (1935-1959) detour

C’est le film le plus célèbre d’Ulmer, mais aussi la quintessence du film noir. Qui mieux que l’anti-héros de Détour incarne mieux le poissard absolu qui, de Fred MacMurray dans Assurance sur la mort à Nicolas Cage dans Red Rock West, est au cœur de nombreux films du genre ? Pas de suspense : dès les premières images, montrant notre héros le visage hagard, visiblement résigné, battu, déjà mort… on sait que l’histoire se termine mal, et que ce personnage de pianiste fauché mais plein d’avenir, que l’on découvre alors dans un long flash-back, se dirige vers un destin fatal.

Le périple qu’il entreprend à travers le pays pour rejoindre sa fiancée à Los Angeles, lui sera fatal.
Cette Amérique qui ressemble à celle des Raisins de la Colère, c’est en stop que le personnage (interprété par Tom Neal, déjà vu dans un épisode de la série L’Introuvable : Nick joue et gagne) veut la traverser. Et aller de New York à L.A. en autostop quand on est un homme, cela peut être très, très long. Et quand la chance semble enfin tourner pour lui, lorsqu’il tombe sur un automobiliste prêt à l’emmener jusqu’à la Côte Ouest, c’est en fait pour lui le début d’une série de malchances comme on en a rarement vu au cinéma…

L’automobiliste providentiel se transforme en ange maudit, lorsqu’il meurt pour une raison mystérieuse. En plein milieu de nulle part, Tom Neal prend la pire des décisions. Convaincu que personne ne croira la vérité, et qu’il sera inévitablement accusé de meurtre, il cache le cadavre et prend l’identité de son bienfaiteur, avant de reprendre la route… L’histoire aurait pu s’arrêter là, s’il ne proposait pas à une autostoppeuse de monter à ses côtés. Destin, encore… cette jeune femme reconnaît la voiture qui l’avait prise en stop quelque temps avant, et accuse aussitôt Tom Neal d’avoir tué le chauffeur, avant de le faire chanter… Et le coup de grâce, pour le personnage, n’est pas encore arrivé…

Allure de monsieur tout le monde, version un peu cheap de John Garfield (même colère renfermée, même propension à enchaîner les mauvaises décisions, que le héros du Facteur sonne toujours deux fois), Tom Neal trouve évidemment le rôle le plus marquant de sa vie. Il est excellent en pauvre type un peu lâche, victime idéale tyrannisée par une « vamp » incroyable, jouée par Ann Savage, la révélation du film. Visage ingrat, regard méchant, Ann Savage n’a rien en commun avec les Lana Turner ou Barbara Stanwyck qui peuplent les films noirs. Elle est une femme détestable que l’on prend plaisir à détester (comme on prend plaisir à la voir martyriser ce pauvre Tom Neal), mais qui cache une détresse et une solitude insondables. Son humanité effleure par moments, dans les rares moments où une issue heureuse paraît possible.

Mais l’illusion ne dure jamais bien longtemps. On est dans le noir absolu, et même le « héros » en a conscience dès les premiers instants. Pas d’issue possible à ce détour fatal, et génial.

So young, so bad (id.) – de Bernard Vorhaus (et Edgar G. Ulmer) – 1950

Posté : 20 janvier, 2012 @ 10:37 dans 1950-1959, ULMER Edgar G., VORHAUS Bernard | Pas de commentaires »

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Edgar Ulmer a tourné quelques scènes de ce film signé Bernard Vorhaus, solide artisan qui a consacré sa carrière (brisée par le MacCarthysme) à la série B, voire Z. Difficile de déterminer ce que l’on doit à l’un et à l’autre, mais le résultat est une production certes fauchée et imparfaite, mais qui dégage une force inattendue pour l’époque, malgré des personnages parfois stéréotypés.

Encore auréolé de son rôle inoubliable dans Casablanca, Paul Henreid interprète ainsi un psychiatre idéaliste qui arrive dans un établissement fermé pour jeune femme difficile, et entreprend de régler les problèmes de chacune d’entre elles, l’une après l’autre. Il se heurte à des supérieurs qui gèrent l’établissement avec le seul souci de rentabilité, traitant les patientes avec brutalité et n’hésitant pas à les battre et à les humilier.

C’est un peu Le Cercle des poètes disparus avant l’heure, mais le film ne fait pas dans la dentelle : le psychiatre est très gentil, la doctoresse qui tombe sous son charme est très jolie, le chef d’établissement est très fourbe (jusqu’à l’extrême dans une séquence de procès tellement caricaturale qu’elle en devient pénible), et l’infirmière en chef est une matrone sadique qu’on croirait sortie d’un camp de concentration nazie…

Malgré ces personnages sans grand relief, le film est une vraie réussite, et va au fond de son sujet : condamner les conditions qui règnent dans ce type d’institution. Le film est ainsi émaillé de moments particulièrement durs et cruels : des séquences d’humiliation (hallucinante scène de punition à grand renfort de jets d’eau qui manquent de tuer l’une des patientes), qui conduisent parfois à la tragédie. Les personnages de jeunes femmes, jamais loin de la caricature elles non plus, mais curieusement très émouvantes.

C’est visiblement elles qui inspirent le plus les réalisateurs : leurs lourds passés dévoilés par bribes, leurs dépendances, leurs peurs, leurs colères sont au cœur du film. Les non-dits, aussi, comme ce lesbianisme qui tait son nom mais qui n’en est pas moins flagrant entre deux des patientes, ou l’attirance trouble entre une jolie jeune femme sans doute pas majeure et le psychiatre. Le film, allez savoir comment, a franchi le barrage de la censure en abordant tous ces thèmes, en montrant des scènes particulièrement osées, notamment un suicide d’une cruauté extrême.

Dur, troublant, le film devient aussi terriblement émouvant lorsque l’une des jeunes femmes laisse soudain tomber son masque de colère en prenant dans ses bras ce bébé dont elle ne voulait pas, l’accusant jusqu’à présent de tous ses problèmes… Malgré tous ses défauts (et ils sont nombreux), So young, so bad est un film passionnant et d’une puissance indéniable.

Le Voyageur de l’Espace / Le Voyageur du Temps (Beyond the Time Barrier) – de Edgar G. Ulmer – 1960

Posté : 5 septembre, 2011 @ 1:37 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

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La carrière d’Edgar Ulmer est décidément passionnante. Tour à tour prince de la série B (Détour), réalisateur solide à qui on confie de gros budgets (Le Démon de la chair), ou homme à tout faire cantonné dans de minuscules productions, il a aussi bien tourné à Hollywood qu’en Europe, et s’est un temps cantonné dans le « cinéma communautaire », dont il reste le représentant le plus passionnant, tournant notamment en yiddish (Green Fields) ou en ukrainien (Cossacks in exile), ou dirigeant une distribution totalement noire (Moon over Harlem). Lui qui a su faire des merveilles en tirant le meilleur de terribles contraintes budgétaires avec Barbe-Bleue, a aussi tourné quelques nanars intergalactiques dans lesquels rien, ou presque, n’est à sauver.

C’est incontestablement le cas de ce Beyond the Time Barrier, qui dès le titre et l’affiche fleure bon le kitsch. Il faut bien admettre qu’on n’est pas déçu. L’histoire n’est pas si con, et évoque d’ailleurs un classique à venir : alors qu’il est en vol d’essai, un pilote américain est projeté quelques décennies dans le futur, et découvre que la société telle qu’on la connaît a disparu. On n’est pas si loin de La Planète des Singes. Ici, les derniers survivants se terrent dans une ville souterraine, la plupart étant privés de la parole. Et comme si ça ne suffisait pas, l’espèce humaine est condamnée à disparaître, les femmes étant devenues stériles.

Heureusement (et là, le scénario se gâte franchement), notre pilote rencontre d’autres Américains qui viennent comme lui du passé. Mais d’un passé plus récent, ce qui lui permet d’en apprendre plus sur les raisons qui ont conduit au cataclysme. C’est bien pratique, mais on s’en contrefout, comme on se fiche de savoir s’il va réussir à revenir dans les années 60 pour empêcher la tragédie de survenir.

Le seul intérêt que l’on puisse trouver au film nécessite qu’on le prenne au 456ème degré. Là, seulement, on peut s’amuser des décors triangulaires très laids, des costumes-pyjamas moulants, des acteurs approximatifs (heureusement que la majorité d’entre eux ne parle pas), des dialogues édifiants et du final dont on ne dira rien, histoire de ne pas gâcher le plaisir des rares curieux qui découvriront ce « trésor » d’un autre temps, dont l’atout principal est de durer à peine plus d’une heure.

Un trésor unique dans son genre ? Pas tout à fait : Ulmer a tourné simultanément Le Voyageur de l’espace et L’Incroyable homme invisible, en l’espace de quelques jours seulement. Entre les deux « chef d’œuvre », mon cœur balance…

Damaged Lives (id.) – de Edgar G. Ulmer – 1933

Posté : 23 juillet, 2011 @ 10:41 dans 1930-1939, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

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Film de jeunesse pour Ulmer (il est tourné avant The Black Cat), Damaged Lives est une commande destinée à sensibiliser un public tenté par une vie dissolue sur le danger des maladies sexuellement transmissibles : on est dans l’avant Code-Hayes, et on peut encore aborder frontalement le sexe à l’écran, et filmer un homme clairement infidèle à sa femme. On est aussi dans l’avant-télévision, et le cinéma est encore le médium le plus efficace pour faire passer un message de santé publique.

Le film a un côté démonstratif et moralisateur (c’est même sa raison d’être), et on n’échappe pas à une visite édifiante d’un hôpital, où on découvre dans une série de plans cliniques et froids l’état de (vrais ?) malades, filmés dans des salles blanches aseptisées… Pourtant, il tient remarquablement bien la route, et se regarde avec un vrai plaisir.

Il révèle le savoir-faire évident d’Ulmer, son sens de la narration, son talent pour tirer le meilleur des pires contraintes (qu’elles soient budgétaires ou scénaristiques), et sa capacité à filmer des personnages en les débarrassant de tous les stéréotypes auxquels on est en droit de s’attendre. C’est d’ailleurs ce qui fera la force de ses films « de minorités » qu’il tournera durant toute la seconde moitié de la décennie (Moon over Harlem, par exemple) : ses personnages ont beau être des « types » d’individus, censés être représentatifs, il les fait vivre réellement, en leur donnant une personnalité propre.

C’est particulièrement vrai ici, avec un couple bouleversant confronté tous deux à une « erreur de jeunesse » du jeune homme, tenté par une aventure sans lendemain avec une jeune femme, avec laquelle il a une relation sexuelle. Quelque temps plus tard, il apprend que sa maîtresse avait une « maladie honteuse », qu’il a lui-même attrapé et refilé à sa future femme. C’est moche…

Cette situation donne lieu à quelques très belles scènes : celle où la maîtresse (qui n’est pas fille de petite vertue sans scrupule qu’on pourrait imaginer) révèle son secret à son amant d’un soir ; où celle où la fiancé tente de mettre fin à ses jours et à ceux de son amoureux. C’est bien sûr énorme et un brin larmoyant, mais Ulmer filme ça avec beaucoup de sensibilité. Le résultat est une curiosité très, très recommandable.

De manière plus anecdotique, on découvre aussi dans un second rôle Jason Robards Sr, le père du futur acteur de Il était une fois dans l’Ouest, Les Hommes du Président ou Magnolia.

Le Démon de la Chair (The Strange Woman) – de Edgar G. Ulmer – 1946

Posté : 4 juillet, 2011 @ 8:34 dans 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

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Si on s’arrête au seul budget, The Strange Woman représente le sommet de la carrière d’Ulmer, carrière largement dominée par les séries B, voire Z. Ce serait injuste pour des productions nettement plus modestes, mais formidables (Barbe-Bleue, Détour, ou même Strange Illusion et Damages lives), mais cette adaptation littéraire dont l’action se situe en Nouvelle Angleterre, entre les années 1820 et 1840, est une petite perle. C’était l’un des films que Ulmer préférait, et il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas grand-chose à jeter dans ce film angoissant et émouvant, inquiétant et romantique, épique et tragique.

A première vue, on est en terrain connu : une petite ville américaine en pleine expansion, une communauté qui s’aime et se déchire, des hommes qui s’entretuent pour l’amour d’une femme… On a déjà vu ça mille fois, si ce n’est que le personnage principal, la jeune femme qui conduira tous les hommes du film à leur perte, est plus qu’une peste : une incarnation du Mal, cachée derrière un visage d’ange.

Le film commence alors qu’elle n’est qu’une enfant, élevée par un père aimant mais alcoolique, et qu’elle manque de tuer un garçon en le noyant. Mais au lieu d’être vue comme une apprentie meurtrière sans état d’âme, elle est considérée comme une héroïne au grand cœur. Les années passent, et rien n’a changé. L’enfant est devenue une jeune femme belle et plantureuse, qui séduit l’homme le plus riche de la ville, tout en faisant tourner la tête des hommes plus jeunes et plus beau, et même du fils de celui qu’elle finit par épouser.

Le Mal n’est jamais aussi puissant que lorsqu’il a un visage (et un corps) comme celui d’Hedy Lamarr, dans ce qui est peut-être le rôle le plus marquant de sa carrière. Totalement fermée aux conséquences de ses actes, elle manipule son entourage, causant la mort de son propre père, poussant son amant à tuer son père à lui… La pire des garces que le cinéma nous ait donné à voir…

Vraiment ? La plus grande force du film, ce n’est pas de faire d’une véritable salope irrattrapable, responsable des pires horreurs, le personnage central de l’histoire. Non, le film devient vraiment essentiel lorsque l’amour (pour le très mâle George Sanders) ouvre une brèche dans le cœur jusqu’alors fermé de la belle. La rédemption est donc possible pour n’importe qui ? Dans un sens, oui, selon Ulmer. Mais le prix à payer est élevé.

Dans le fond et dans la forme, The Strange Woman est un chef d’œuvre. Et pour une fois, Ulmer a les moyens de ses ambitions. En dépit de scènes d’émeutes un peu cheap (trois pelés qui picolent en faisant du bruit), la reconstitution du Maine du XIXème siècle est superbe.

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