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Archive pour la catégorie 'ULMER Edgar G.'

Le Chat noir (The Black Cat) – d’Edgar G. Ulmer – 1934

Posté : 12 avril, 2026 @ 8:00 dans 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

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Suite de notre redécouverte d’Ulmer, avec un classique du sieur, cette fois. Une série B, toujours, et portée par deux princes du genre : Boris Karloff et Bela Lugosi, soit la créature de Frankenstein et Dracula en personnes, loin pourtant de leurs personnages iconiques.

Le Chat noir est une merveille, aussi parce que les deux icônes y dévoilent un peu d’humanité. Lugosi surtout, acteur pour le moins limité, souvent même franchement grotesque, qui révèle ici entre deux roulements d’yeux et deux expressions outrageusement inquiétantes des fêlures et une douleur renfermée. Karloff, lui, est plus ou moins cantonné à une silhouette extraordinaire, comme sculpté dans une matière étrange.

Le Chat noir est une merveille, surtout, parce qu’Ulmer tire le meilleur de ses petits moyens, de ses décors exigus, de ses acteurs limités (je ne mentionne même pas les autres acteurs, obscurs et sans grand intérêt), et de son scénario une nouvelle fois pas loin d’être inepte. Classique et peu crédible, en tout cas : un jeune couple en voyage de noces en Hongrie, qui arrive dans une étrange bâtisse appartenant à un homme au moins aussi étrange.

Oui, l’ombre de Dracula plane sur ce film, mais comme sur tant d’autres films de l’époque. Et qu’importe, au fond, le secret qui se cache derrière cette intrigue improbable. Ce qui compte, c’est la pure efficacité de la mise en scène, l’angoisse qui s’installe, et le jeu réjouissant autour des petits signes qui stimulent la trouille : les ombres omniprésentes, les éléments de décors inquiétants, les silences…

Le Chat noir tient son titre des apparitions régulières d’un félin (oui, aussi du récit original d’Edgar Allan Poe, dont le film est une adaptation très libre), qui résument parfaitement le film : des apparitions qui n’ont au fond aucune importance, aucun sens profond : juste l’incarnation d’une menace impalpable. C’est tout le propos du film, dont l’unique objet consiste à mettre en scène la peur et l’angoisse. C’est totalement réussi, et c’est absolument réjouissant.

L’Homme de la planète X (The Man from Planet X) – d’Edgar G. Ulmer – 1951

Posté : 11 avril, 2026 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

L’Homme de la planète X (The Man from Planet X) – d’Edgar G. Ulmer – 1951 dans 1950-1959 55183856596_46aff2742a

Les réalisateurs dont l’intégrale est en cours sur ce blog ont au moins un point commun : ce sont de grands réalisateurs. Soyons honnête : un doute subsistait concernant Edgar G. Ulmer, cinéaste souvent inspiré, auteur de quelques séries B remarquables, mais aussi très souvent aux commandes de films de compléments de programme très dispensables.

Alors, Ulmer est-il un grand réalisateur ? Ce nanar intergalactique est peut-être le meilleur exemple pour trancher, tant l’ambition première du projet semble limitée. C’est une pure fantaisie qui joue avec le fantasme alors très en vogue de l’existence d’une autre civilisation dans l’espace, prête à visiter, voire à envahir la Terre.

Un scénario inepte : alors qu’une planète jusqu’ici inconnue s’approche de notre planète, un petit groupe de scientifique découvre dans une lande brumeuse et inquiétante un étrange aéronef, et un visiteur inquiétant. Des acteurs de cinquante-troisième zone (Robert Clarke, Margaret Field, Raymond Bond… des noms qui ne gagnent pas vraiment à être connus). Des décors de carton pâte…

Oui, ça fait beaucoup. Mais il y aussi la brume qui baigne ces décors de carton pâte, habillent ces acteurs de cinquante-troisième zone, et font oublier ce scénario inepte. Cette brume dont Ulmer fait le personnage principal de son film, et qui donne une lumière si singulière à ce récit si improbable.

Bien sûr, ce n’est pas nouveau : des dizaines de séries B ont compensé leur manque de moyen par des plans brumeux. Mais Ulmer en fait le cœur de son film, qui devient une pure leçon d’efficacité. Pas dupe, Ulmer sait que son récit est inepte. Mais qu’importe : il fait de son film un exercice de style dépouillé et d’une efficacité imparable, transformant l’improbable en moments de grande tension. Inepte et réjouissant… Je serais bien tenté de conclure définitivement : Ulmer est grand.

L’Atlantide (Antinea, l’amante della città sepolta) – d’Edgar G. Ulmer (et Giuseppe Masini, et Frank Borzage) – 1961

Posté : 22 décembre, 2024 @ 8:00 dans 1960-1969, BORZAGE Frank, MASINI Giuseppe, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

L'Atlantide 1961

Frank Borzage est tombé malade quelques jours seulement après le début du tournage, remplacé par le pas manchot Edgar G. Ulmer (seul crédité au générique) et par l’inconnu de mes services Giuseppe Masini. Et je ne sais pas trop ce qu’il faut en penser : regretter qu’il n’y ait pas derrière la caméra un cinéaste à l’univers aussi fortement romanesque que Borzage, ou se réjouir que son immense carrière ne se termine pas officiellement par ce film d’aventure que j’aurais sans doute trouvé trépidant à 11 ans, devant la télé familiale ?

Ne refaisons pas l’histoire… Cette énième adaptation du roman de Pierre Benoît (après celle de Feyder et celle de Pabst quand même, comment rivaliser…), modernisée et mise au goût du jour atomique de ce début des années 1960, est un film d’aventure comme on en tournait alors des dizaines, une espèce de grosse production fauchée pas si mal fichue, mais au scénario vraiment impossible.

Un exemple de dialogue, juste pour le plaisir. « Je ne veux pas mourir », lance une jeune femme avec beaucoup d’esprit. « Ce serait une injustice… tu es trop jolie », rétorque le jeune premier dont elle est tombée amoureuse. Autrement dit : si tu avais été moche ma grande, tu n’aurais qu’à prendre sur toi et te laisser mourir bien gentiment. Et sachant que l’élégant jeune homme qui lance cette réplique s’appelle Jean-Louis Trintignant, voilà une bonne raison de voir le film. Au second degré.

L’histoire, on la connaît : des Européens perdus dans le désert se retrouvent par hasard dans la cité perdue mythique de l’Atlantide, faux paradis et vraie dictature dont ils réalisent bientôt qu’ils sont prisonniers. Seule nouveauté : l’explosion imminente d’une bombe atomique, ce coin paumé du désert ayant été choisir pour un essai qui promet d’éradiquer pour de bon cette cité disparue.

Pas si mal fichue, donc, parce qu’on ne s’ennuie pas vraiment : le rythme est impeccable, et la séquence de la tempête est même franchement tendue, et très joliment éclairée (par Enzo Serafin, chef op de Rossellini pour Voyage à Rome ou d’Antonioni pour Chronique d’un amour), baignée d’un bleu profond et dramatique.

Mais que le scénario est poussif, bourré de détails très cons. Un exemple, encore : pour sauver un homme en train de se noyer dans 10 centimètres d’eau cinq mètres plus bas, Trintignant, courageux, demande à son pote de le suspendre en le tenant par les chevilles. Si. La mise en scène, visiblement très partagée entre les trois réalisateurs qui se sont succédé, ne sauve pas toujours la situation. On parle de ce plan cadrant un tout jeune Gian Maria Volonte à travers les jambes de son adversaire ?

Reste le plaisir de découvrir une authentique curiosité, dont Trintignant n’a pas dû beaucoup se vanter dans les décennies qui ont suivi. Et d’ajouter une pierre, certes mineure, à la découverte des filmographies de Borzage (qui avance) et d’Ulmer (qui piétine).

L’Île des péchés oubliés (Isle of forgotten sins) – de Edgar G. Ulmer – 1943

Posté : 22 février, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, CARRADINE John, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

L'Île des péchés oubliés

Fort sympathique, ce petit nanar fauché et plutôt rigolo, une rareté que Ulmer tourne juste avant deux de ses films les plus connus, Barbe Bleue et Détour. On retrouve d’ailleurs l’acteur du premier, John Carradine, qui tient pour une fois le rôle du héros de service, un marin bagarreur qui se lance sur la piste d’un trésor enfoui au fond d’un lagon, avec son comparse et éternel adversaire.

Une chasse aux trésors, des bagarres bien viriles, des tas de jolis femmes, des îles paradisiaques… Le film est clairement à ne pas prendre au sérieux. Seul objectif de ce pur divertissement : le dépaysement. Et malgré son manque de moyens, qui limite l’effet-choc des grands moments de bravoure (comme cette séquence finale de tempête), Ulmer atteint plutôt son but.

Elles ont de la gueule, ces maquettes balottées par le vent. Et le cinéaste filme joliement ces scènes de nuit noire, dont la raison d’être est d’économiser sur les décors, mais qui créent une ambiance bien sympathique. Ulmer, qui a dû se contenter de budgets ridicules pour la majorité de ses films, en a toujours tiré le meilleur. C’est une nouvelle fois le cas ici…

A deux ou trois réserves près, quand même. Les effets caléidoscopiques des nuages sont assez étranges. Et la marionnette qui remplace John Carradine lors de ses descentes de scaphandrier a l’air… eh bien d’une marionnette vaguement articulée dont les mouvements de bras rappellent le Guignol de notre enfance. C’est charmant et assez drôle. Pas exactement l’effet voulu…

* Le film, très rare, est édité chez Artus Films, avec une qualité d’image pour le moins inégale: quelques plans semblent tirés d’une vieille VHS, tandis que d’autres ne sont disponibles qu’en VF. Quelques répliques en français viennent ainsi se glisser dans les dialogues originaux. Aucun bonus, si ce n’est des extraits ou bandes annonces des quatre films de la collection « Grands Classiques Hollywoodiens » (un titre un peu exagéré).

Le Pirate de Capri (The Pirates of Capri / I Pirati di Capri) – d’Edgar G. Ulmer – 1949

Posté : 14 février, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Le Pirate de Capri

Quelque part entre Le Signe de Zorro de Rouben Mamoulian et Le Livre noir d’Anthony Mann (sorti cette même année 1949)… Toujours inattendu, Edgar Ulmer signe un film d’aventures sur fond de révolution (italienne cette fois), avec pour personnage principal l’un de ces héros masqués vengeurs et justiciers (joué par Louis Hayward). Curieux cocktail qui, sur le fond n’apporte pas grand-chose : à part quelques belles idées de scénario (la reine obnubilée par le destin tragique de sa sœur Marie-Antoinette), rien de très original dans ce portrait d’un homme qui dissimule sa vraie nature (celle du héros masqué) sous des faux-semblants grotesques.

Mais dans la forme, cette relativement grosse production (énorme, même, si on la compare à la grande majorité des films d’Ulmer) est particulièrement riche et passionnante. Le réalisateur met à profit les moyens qu’il a à sa disposition, ses décors impressionnants, ses nombreux figurants, pour signer une suite de tableaux saisissants, grouillants de vie et lourds de menace.

Toutes les séquences dans le village des pirates sont ainsi exceptionnelles, avec ces gueules mises en valeurs par la lumière des torches, les vieux murs qui se dessinent dans la nuit et dont sortent femmes et enfants… On sent qu’Ulmer apporte une attention toute particulière au quotidien de ces petites gens qu’il a toujours affectionné. C’est peut-être ça qui définit le mieux ce cinéaste à la carrière incroyable et totalement inclassable: cette empathie pour les petits, les opprimés.

Ici, il se révèle aussi un excellent cinéaste d’action, avec une poignée de duels à l’épée magnifiquement filmées, l’impressionnante séquence du soulèvement populaire, et surtout une course-poursuite hallucinante sur les toits de Naples, avec ces silhouettes qui semblent volet à travers la ville. Malgré son histoire un rien convenue, voire maladroite par moments, Le Pirate des Capri est une grande réussite, formellement impressionnante, et à la tension remarquablement tenue.

* Une rareté que Artus Films, éditeur plus habitué à exhumer le cinéma bis européen, vient de sortir de l’oubli, tout comme un autre film d’Ulmer : L’Île des péchés oubliés.

L’Impitoyable (Ruthless) – de Edgar G. Ulmer – 1948

Posté : 5 janvier, 2015 @ 12:27 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

L'Impitoyable

De Edgar G. Ulmer, on connaît surtout sa capacité à tirer le meilleur de budgets ridicules (Détour, Barbe Bleue, et quelques autres perles dont on ne finit pas de redécouvrir les richesses). Mais dans une carrière longue et étonnante, le cinéaste a aussi eu l’occasion, à deux ou trois reprises (notamment Strange Woman, film culte porté par Heddy Lamar), de se voir confier d’importantes productions.

C’est le cas de ce Ruthless, tout aussi remarquable que le fauché Détour dans un autre genre, qui confirme qu’Ulmer aurait sans doute fait une toute aussi grande carrière si on lui avait confié plus de « gros » films.
D’une modernité étonnante, le film est une charge puissante contre le monde de la finance et son cynisme, incarné par Zachary Scott, formidable en homme décidé à tout sacrifier, y compris son propre bonheur, pour atteindre le sommet et amasser une fortune.

Le film ne fait pas de ce personnage un monstre d’un seul bloc. En lui donnant une enfance sans amour (le temps d’un long flash back avec quelques très belles scènes, notamment celle avec son père, joué par Raymond Burr, excellent), Ulmer souligne l’humanité blessée de ce jeune homme qui décide ouvertement de taire ses sentiments et toute considération humaine pour atteindre le but qu’il s’est fixé.

Le cynisme de la finance est abordé d’une manière étonnamment moderne. Les face-à-face entre Scott et Sydney Greenstreet, terribles jeux de dupe, sont des sommets de tension et de cruauté.

En contrepoint du personnage central, Louis Hayward est lui aussi formidable, dans un rôle pas si facile à faire exister : il se contente le plus souvent d’être observateur. Mais il parvient admirablement à faire resentir la complexité de leurs rapports : le mélange d’attirance et de haine, et le poids de leur amitié.

Subtil, glaçant et émouvant, le film est remarquablement réalisé, utilisant formidablement les décors pour souligner l’ascension sociale et la chute morale du « héros ». L’une des grandes forces, aussi, réside, dans les seconds rôles, tous admirablement écrits. Les personnages de femmes, surtout, sont assez exceptionnels, même s’ils semblent n’être qu’accessoires : un beau double rôle central pour Diana Lynn, Martha Vickers magnifique, Lucille Bremer pathétique et bouleversante…

On peut regretter la fin, concession un peu forcée aux codes du film noir. Mais Ruthless est une merveille aux richesses formelles et narratives qui paraissent inépuisables.

• Cette rareté est exhumée par Sidonis/Arcadès dans sa collection dédiée aux films noirs, avec des présentations par Bertrand Tavernier, François Guérif et Patrick Brion.

Girls in Chains (id.) – de Edgar G. Ulmer – 1943

Posté : 7 février, 2012 @ 5:27 dans 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Girls in chains

La filmographie d’Ulmer est décidément passionnante, autant que déstabilisante… Sur un thème quasiment similaire à celui de So young so bad, réalisation de Bernard Vorhaus à laquelle Ulmer participera en 1950, ce Girls in Chains est une curiosité qui aurait pu être un petit film sympathique et bien troussé (ce qu’il est en partie), mais qui marque surtout les esprits par l’utilisation qu’il fait de la musique : l’une des plus idiotes (et bizarres) de l’histoire du cinéma.

Pourtant signée Leo Erdody qui, à défaut d’être un immense compositeur, est un artisan solide et très aguerri, cette musique n’est pas ratée en soi. C’est son utilisation qui est totalement incompréhensible, totalement à contre-courant. Totalement absente d’une scène d’exposition ou d’une autre pleine de suspense, elle apparaît soudain, romantique alors qu’elle devrait être oppressante, ou à l’inverse festive lorsque deux êtres se déclarent leur flamme. Et plus le film avance, plus elle devient insistante, rendant l’intrigue parfois inutilement obscure. Gênante, et incompréhensible, cette utilisation de la musique démontre par la négative toute la force que peut avoir une bande originale de film. J’en suis en tout cas toujours à me demander s’il y a derrière ce décalage total une justification qui m’aurait échappée… Pas sûr. En tout cas, Ulmer et Erdody travailleront de nouveau ensemble, notamment sur les excellents Barbe-Bleue, Détour et Strange Illusion, les trois films suivants du cinéaste.

Pour le reste, Girls in Chains est une petite production honnête et efficace, qui aborde un thème plutôt fort et original : celui des centres de redressement pour jeunes filles. Jeunes filles d’ailleurs toutes interprétées par des actrices pas terribles qui ne semblent pas avoir moins de 35 ans chacune… C’est le même thème qui sera au cœur de So young so bad, et qui sera alors traité de manière beaucoup plus engagée et frontale.

Ici, on sent bien que Ulmer se désintéresse assez vite de la condition de ces jeunes laissées pour compte. Son film s’attache bien davantage à l’histoire policière parallèle, avec un grand gangster urbain bien machiavélique, dans la tradition des grands films de gangster. On en est loin ici, mais rien de honteux non plus : Girls in chains se regarde comme un petit plaisir de fin de soirée…

Goodbye, Mr. Germ (id.) – de Edgar G. Ulmer – 1940

Posté : 7 février, 2012 @ 5:17 dans 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Goodbye Mr Germ

Quand je dis que la filmographie de Ulmer est passionnante… Des films en yiddish, en ukrainien ou en espagnols, un autre joué uniquement par des acteurs noirs (Moon over Harlem), d’autres encore commanditée par le Ministère de la Santé… et parmi eux ce court métrage rigolo à visée documentaire : un scientifique y explique à ses enfants les dangers de la tuberculose.

Ce pourrait n’être qu’une commande anonyme tournée à la va-vite, une simple curiosité dont on ne se souviendrait que parce qu’elle est réalisée par Ulmer. Mais Goodbye Mr Germ vaut franchement le coup d’œil : car figurez-vous que la tuberculose apparaît sous les traits d’un petit démon animé, avec lequel le scientifique discute aimablement.

Mélange de dessin animé et de prises de vue réelles, ce petit film n’est pas une œuvre révolutionnaire, mais la démarche pédagogique est assumée avec une jovialité un peu naïve, et très attachante. Ulmer, rappelons-le, avait déjà œuvré pour la santé publique quelques années plus tôt : en 1933, l’un de ses premiers très bons films, Damaged Lives (un long métrage, cette fois), mettait en garde les spectateurs de l’époque contre les dangers de la syphilis…

Détour (Detour) – de Edgar G. Ulmer – 1945

Posté : 20 janvier, 2012 @ 3:04 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Détour (Detour) – de Edgar G. Ulmer – 1945 dans * Films noirs (1935-1959) detour

C’est le film le plus célèbre d’Ulmer, mais aussi la quintessence du film noir. Qui mieux que l’anti-héros de Détour incarne mieux le poissard absolu qui, de Fred MacMurray dans Assurance sur la mort à Nicolas Cage dans Red Rock West, est au cœur de nombreux films du genre ? Pas de suspense : dès les premières images, montrant notre héros le visage hagard, visiblement résigné, battu, déjà mort… on sait que l’histoire se termine mal, et que ce personnage de pianiste fauché mais plein d’avenir, que l’on découvre alors dans un long flash-back, se dirige vers un destin fatal.

Le périple qu’il entreprend à travers le pays pour rejoindre sa fiancée à Los Angeles, lui sera fatal.
Cette Amérique qui ressemble à celle des Raisins de la Colère, c’est en stop que le personnage (interprété par Tom Neal, déjà vu dans un épisode de la série L’Introuvable : Nick joue et gagne) veut la traverser. Et aller de New York à L.A. en autostop quand on est un homme, cela peut être très, très long. Et quand la chance semble enfin tourner pour lui, lorsqu’il tombe sur un automobiliste prêt à l’emmener jusqu’à la Côte Ouest, c’est en fait pour lui le début d’une série de malchances comme on en a rarement vu au cinéma…

L’automobiliste providentiel se transforme en ange maudit, lorsqu’il meurt pour une raison mystérieuse. En plein milieu de nulle part, Tom Neal prend la pire des décisions. Convaincu que personne ne croira la vérité, et qu’il sera inévitablement accusé de meurtre, il cache le cadavre et prend l’identité de son bienfaiteur, avant de reprendre la route… L’histoire aurait pu s’arrêter là, s’il ne proposait pas à une autostoppeuse de monter à ses côtés. Destin, encore… cette jeune femme reconnaît la voiture qui l’avait prise en stop quelque temps avant, et accuse aussitôt Tom Neal d’avoir tué le chauffeur, avant de le faire chanter… Et le coup de grâce, pour le personnage, n’est pas encore arrivé…

Allure de monsieur tout le monde, version un peu cheap de John Garfield (même colère renfermée, même propension à enchaîner les mauvaises décisions, que le héros du Facteur sonne toujours deux fois), Tom Neal trouve évidemment le rôle le plus marquant de sa vie. Il est excellent en pauvre type un peu lâche, victime idéale tyrannisée par une « vamp » incroyable, jouée par Ann Savage, la révélation du film. Visage ingrat, regard méchant, Ann Savage n’a rien en commun avec les Lana Turner ou Barbara Stanwyck qui peuplent les films noirs. Elle est une femme détestable que l’on prend plaisir à détester (comme on prend plaisir à la voir martyriser ce pauvre Tom Neal), mais qui cache une détresse et une solitude insondables. Son humanité effleure par moments, dans les rares moments où une issue heureuse paraît possible.

Mais l’illusion ne dure jamais bien longtemps. On est dans le noir absolu, et même le « héros » en a conscience dès les premiers instants. Pas d’issue possible à ce détour fatal, et génial.

So young, so bad (id.) – de Bernard Vorhaus (et Edgar G. Ulmer) – 1950

Posté : 20 janvier, 2012 @ 10:37 dans 1950-1959, ULMER Edgar G., VORHAUS Bernard | Pas de commentaires »

So young so bad

Edgar Ulmer a tourné quelques scènes de ce film signé Bernard Vorhaus, solide artisan qui a consacré sa carrière (brisée par le MacCarthysme) à la série B, voire Z. Difficile de déterminer ce que l’on doit à l’un et à l’autre, mais le résultat est une production certes fauchée et imparfaite, mais qui dégage une force inattendue pour l’époque, malgré des personnages parfois stéréotypés.

Encore auréolé de son rôle inoubliable dans Casablanca, Paul Henreid interprète ainsi un psychiatre idéaliste qui arrive dans un établissement fermé pour jeune femme difficile, et entreprend de régler les problèmes de chacune d’entre elles, l’une après l’autre. Il se heurte à des supérieurs qui gèrent l’établissement avec le seul souci de rentabilité, traitant les patientes avec brutalité et n’hésitant pas à les battre et à les humilier.

C’est un peu Le Cercle des poètes disparus avant l’heure, mais le film ne fait pas dans la dentelle : le psychiatre est très gentil, la doctoresse qui tombe sous son charme est très jolie, le chef d’établissement est très fourbe (jusqu’à l’extrême dans une séquence de procès tellement caricaturale qu’elle en devient pénible), et l’infirmière en chef est une matrone sadique qu’on croirait sortie d’un camp de concentration nazie…

Malgré ces personnages sans grand relief, le film est une vraie réussite, et va au fond de son sujet : condamner les conditions qui règnent dans ce type d’institution. Le film est ainsi émaillé de moments particulièrement durs et cruels : des séquences d’humiliation (hallucinante scène de punition à grand renfort de jets d’eau qui manquent de tuer l’une des patientes), qui conduisent parfois à la tragédie. Les personnages de jeunes femmes, jamais loin de la caricature elles non plus, mais curieusement très émouvantes.

C’est visiblement elles qui inspirent le plus les réalisateurs : leurs lourds passés dévoilés par bribes, leurs dépendances, leurs peurs, leurs colères sont au cœur du film. Les non-dits, aussi, comme ce lesbianisme qui tait son nom mais qui n’en est pas moins flagrant entre deux des patientes, ou l’attirance trouble entre une jolie jeune femme sans doute pas majeure et le psychiatre. Le film, allez savoir comment, a franchi le barrage de la censure en abordant tous ces thèmes, en montrant des scènes particulièrement osées, notamment un suicide d’une cruauté extrême.

Dur, troublant, le film devient aussi terriblement émouvant lorsque l’une des jeunes femmes laisse soudain tomber son masque de colère en prenant dans ses bras ce bébé dont elle ne voulait pas, l’accusant jusqu’à présent de tous ses problèmes… Malgré tous ses défauts (et ils sont nombreux), So young, so bad est un film passionnant et d’une puissance indéniable.

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