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Archive pour la catégorie 'TRIET Justine'

Anatomie d’une chute – de Justine Triet – 2023

Posté : 16 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, Palmes d'Or, TRIET Justine | Pas de commentaires »

Anatomie d'une chute

Même avec trois premiers films formidables, Justine Triet ne nous avait pas préparé à ce chef d’œuvre qui semble d’une profondeur infinie, et d’une précision implacable. Son grand œuvre en quelque sorte, dont l’ambition est affichée dès le titre, qui évoque bien sûr le chef d’œuvre d’Otto Preminger Autopsie d’un meurtre, autre film où l’enquête et le procès servent à décortiquer les méandres mentales et relationnelles d’un accusé.

Avec cette complexité supplémentaire qu’il ne s’agit plus d’un meurtre, mais d’une chute, celle d’un homme dans un chalet isolé des Alpes. Est-ce un accident ? Un suicide ? Ou sa femme l’a-t-elle poussé ? De ce doute naît le récit, qui s’éloigne bien vite de la simple enquête de police. Justine Triet nous y introduit par le point de vue du fils du couple, un enfant malvoyant qui n’est témoin de la scène que par des sons, des sensations, et des certitudes. Belle idée qui permet au spectateur de s’immerger dans cette atmosphère pleine d’incertitudes en se reconnaissant dans la douleur de ce garçon (Milo Machado-Graner, d’une justesse et d’une profondeur parfaites, qui évite toute la mièvrerie des enfants acteurs).

Parce qu’il est difficile de s’attacher au personnage de la mère, géniale Sandra Hüller, qui semble si froide, si détachée, si à côté de sa douleur. Elle est pourtant, dans tous les sens du terme, le cœur du film : c’est autour d’elle, de cette froideur apparente, mais aussi de sa dignité et de sa liberté revendiquée, que Justine Triet construit son film avec intelligence.

Le récit, et le procès, représentent une sorte de cheminement vers la vérité intime de cette femme, et du couple qu’elle formait avec la « victime ». Et toutes les velléité de résumer le film à un thriller finissent par s’effondrer, comme l’argumentation d’un procureur qui cherche constamment à enfermer le drame dans une notion de Bien ou de Mal.

Justine Triet va bien au-delà. Elle dessine le portrait fascinant, émouvant et puissant d’un couple toxique au-delà de tous les clichés. Difficile d’en dire trop sans déflorer les surprises, belles et nombreuses. Mettons juste que Justine Triet plonge au plus profond de l’âme humaine pour en tirer la vérité la plus intime.

C’est aussi le portrait féministe d’une femme libre, celui d’une enfance bousculée, celui d’une justice défaillante, d’une police limitée, et d’un système médiatique qui s’emballe. C’est encore une histoire d’accomplissement, de déracinement. C’est enfin une grande leçon de cinéma, qui ne la ramène jamais avec des effets facile. C’est aussi la consécration d’une très grande directrice d’acteurs. C’est bien simple : même le chien est juste, et vrai.

La Bataille de Solférino – de Justine Triet – 2013

Posté : 5 septembre, 2023 @ 8:00 dans 2010-2019, TRIET Justine | Pas de commentaires »

La Bataille de Solférino

« C’est la troisième fois que je me fais humilier aujourd’hui, j’en ai ras le cul », lance un Vincent Maicagne faussement débonnaire et réellement au bout du rouleau au flic qui l’interroge rudement. Jusqu’alors on aurait vite fait de le cataloguer comme le cool rigolo ou comme le psychopathe de service, tant son jeu lunaire peut semer de fausses pistes. Mais cette réplique livre une vérité brutale et sèche qui cingle comme une gifle.

Et ça me semble une bonne manière de résumer le cinéma de Justine Triet, dès ce premier long métrage libre et envoûtant. Tout s’y mélange : l’absurde et le profond, le très léger et le très grave, les dialogues très écrits et les images volées dans une actualité bien réelle. Et de ce chaos apparent, Justine Triet tire une vérité qui secoue d’autant plus qu’on ne la voit jamais vraiment venir.

La cinéaste mêle intimement destins personnels et événements d’actualité avec une évidence totale. Parce que l’histoire contemporaine n’existe en fait que par le regard qu’on lui portes, elle fait de son héroïne non seulement une mère dépassée, mais aussi une journaliste de la chaîne d’info continue i-Télé en mai 2012, le soir de l’élection de François Hollande. Comme un espoir de jours meilleurs pour une jeune femme qui semble passer à côté de tout.

Même son rôle de mère, Justine Triet le filme d’emblée comme une épreuve à peine humaine, ouvrant son film avec une longue scène faite de petits riens, d’une mère qui peine à faire face à ses deux filles en bas âge qui pleurent beaucoup et très fort. A ce chaos initial, Justine Triet en ajoute bien d’autres : un ex-mari angoissé et encombrant (Macaigne, formidable), un baby-sitter dépassé, et d’autres rencontres plus ou moins déstabilisantes.

Entre les moments intimes et intenses, et les impressionnantes séquences filmées durant cette fameuse soirée d’élection et de liesse populaire, la réalisatrice trouve un élan commun, un mouvement faussement continue qui semble mener vers un paroxysme inévitable, mais qui privilégie les moments de calmes entre les tempêtes. Ce pourrait être bordélique, mais ce sentiment de toucher à la vérité la plus intime nous rattrape constamment.

Donner le sentiment d’un cinéma tellement libre qu’il en paraît improvisé, tout en maîtrisant totalement et absolument sa narration… Justine Triet dévoile dès ce premier long métrage une vision personnelle et un langage qui lui est propre, qui passe autant par l’image que par le son (l’utilisation des chansons, déjà…). Grand premier film d’une grande cinéaste.

Victoria – de Justine Triet – 2016

Posté : 4 septembre, 2023 @ 8:00 dans 2010-2019, EFIRA Virginie, TRIET Justine | Pas de commentaires »

Victoria

En attendant de découvrir la Palme d’Or 2023, il est bon de se replonger dans les premiers films de Justine Triet, cinéaste qui, dès ce deuxième long métrage, dévoile à la fois un univers très personnel, et une maîtrise assez impressionnante.

L’histoire de cette jeune avocate dont toute la vie semble être une fuite en avant absolument pas maîtrisée ressemble sur le papier à beaucoup d’autres films français récents. Mais le résultat est un film qui ne ressemble à aucun autre, par sa manière de toucher la vérité en flirtant avec la comédie, par la distance que la cinéaste place avec les emmerdes de son héroïne, par son utilisation formidable de chansons rares et fascinantes, ou encore par ce qu’elle révèle de son actrice principale.

Virginie Efira, dont les habitués de ce blog savent à quel point je la considère comme très grande, et qui prend ici une toute nouvelle dimension. Plutôt habituée aux comédies romantiques, la voilà qui s’empare d’un grand rôle complexe où son sens de la nuance éclate littéralement. Touchante et drôle dans la même scène, dans le même instant, elle est formidable en femme libre mais totalement enfermée dans une course dont elle a perdu toute maîtrise.

Dès les premières minutes, Justine Triet crée une ambiance atypique, faisant se côtoyer le grotesque, l’ironie et le tragique. Dans ce mariage qui ouvre le film, et qui semble si parfait au premier coup d’œil, avec ces invités bien habillés et ces belles tablées dans l’orangerie, Justine Triet multiplie les détails qui tranchent avec la perfection affichée : ce voisin de table assommant, la présence d’un singe, la témoin à la robe gênante… Et cet incident qu’elle met en scène (sans le filmer) sans le moindre effet dramatique.

Mine de rien, Justine Triet joue avec les clichés, renverse les situations attendues, confronte des réalités inconciliables. Victoria répète ad nauseum à tous ceux à qui elle se livre que le sexe ne l’intéresse plus, mais multiplie les plans culs (foireux et irrésistibles). Ses amis ont tous quelque chose de dérangeant (dont Melvil Poupaud, certes marqué a posteriori par sa prestation en mari violent dans le récent L’Amour et les forêts)… Finalement, c’est d’un ex-dealer, joué par le parfait Vincent Lacoste, que viennent les vrais moments de calme et de liberté.

Et c’est beau de voir les visages de ces personnages qui ne cherchent qu’à afficher l’image de l’épanouissement, et d’où les fêlures et défauts ne surgissent que par petits éclats. Ces éclats de vérité qui font la beauté de ce film, et du cinéma de Justine Triet. Vivement la Palme d’Or…

Sibyl – de Justine Triet – 2019

Posté : 26 février, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, EFIRA Virginie, TRIET Justine | Pas de commentaires »

Sybil

Une psychanalyste décide de se séparer de la plupart de ses patients pour se consacrer à son autre vocation : l’écriture. Elle accepte toutefois d’accompagner une jeune actrice totalement paumée, vivant une aventure destructrice avec l’acteur principal du film qu’ils sont en train de tourner. Fascinée, la psy-romancière s’inspire des souffrances de la comédienne pour l’écriture de son livre…

Raconté comme ça, le film ressemble à une histoire perverse mais assez convenue de manipulation et de faux semblant. C’est beaucoup plus que ça. Justine Triet, grande scénariste et grande réalisatrice, en fait le portrait d’une femme qui se refuse à laisser sortir les souffrances qu’elle porte en elle, sans doute parce que son métier est d’écouter et d’aider les autres.

Virginie Efira, décidément la plus grande actrice du moment, apporte une intensité folle à cette femme constamment à la recherche de la maîtrise totale, qui se construit une espèce de carapace mais n’en est que plus déchirante lorsqu’elle baisse la garde. Face à elle : Adele Exarchopoulos et Gaspar Ulliel (dans son dernier rôle au cinéma), dont les déchirements seront de puissants révélateurs.

Justine Triet fait de son film un voyage mental fascinant et troublant, avec une force incroyable. Avec un montage au cordeau, des sauts temporels, des images réminiscentes, elle nous plonge dans les affres de cette psy dont les propres failles se font de plus en plus douloureuses au fil des séances qu’elle mène, des conseils qu’elle prodigue, ou des confessions qu’elle entend. La réalisatrice sait créer des moments forts de cinéma (le tournage sur le bateau, la scène du karaoké…). Mais loin d’avoir un effet patchwork, ces beaux moments parfois si disparates relèvent tous du même mouvement, dirigé vers une libération attendue.

Si le film est si puissant, c’est pour sa manière de mettre à nu les douleurs enfouis de son héroïne. C’est aussi pour son aspect cathartique, qui plonge le spectateur dans un état assez terrible. Sibyl est un film fort, l’œuvre d’une cinéaste importante, portée par une grande Virginie Efira. Mais on n’en sort pas vraiment le sourire aux lèvres, ni le cœur léger.

 

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