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Archive pour la catégorie 'TOURNEUR Maurice'

Pauvre petite fille riche (Poor little rich girl) – de Maurice Tourneur – 1917

Posté : 21 novembre, 2014 @ 4:12 dans 1895-1919, FILMS MUETS, PICKFORD Mary, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Pauvre petite fille riche

Après Pride of the Clan, Mary Pickford retrouve Maurice Tourneur, signe que cette première collaboration a apporté toute satisfaction à la jeune star, dont on sait qu’elle aimait avoir la décision finale sur le film… ce qui l’a sans doute privée de nombreuses grandes œuvres : rares sont les cinéastes de la trempe de Tourneur à avoir travaillé avec Pickford.

Et la présence derrière la caméra de Maurice Tourneur change absolument tout : le cinéaste parvient à tirer une oeuvre personnelle d’un scénario (de Frances Marion, « star » des scénaristes, dont la carrière est intimement liée à celle de Pickford) absolument taillé pour l’actrice, une histoire pleine de clichés et d’effets faciles qui ressemble à des tas d’autres films de la « petite fiancée de l’Amérique ».

L’actrice – 24 ans à l’époque – interprète une gamine de… 11 ans avec un naturel troublant. Une enfant élevée dans le luxe mais sans amour. Le genre de thème que Frances Marion adorait, et qui semble au mieux très désuet aujourd’hui. Un peu niais, même, pour être précis.

Et c’est vrai que pendant toute la première moitié, on peine à trouver la patte de Tourneur, qui semble étouffé par le duo Pickford/Marion. Sauf quand même quelques jeux sur les reflets dans les miroirs, ou les vitres qui coupent la jeune héroïne du vrai monde… Quelques images, comme ça, qui nous rappellent la présence d’un grand cinéaste derrière la caméra.

Mais c’est surtout dans la dernière partie que celui-ci s’exprime vraiment. En réservant une large part aux rêves et aux illusions, comme il l’avait fait dans L’Oiseau bleu, Tourneur sort Pauvre petite fille riche de l’anonymat, et signe une oeuvre forte, d’une grande richesse formelle.

Tirer un petit classique inventif et audacieux d’une histoire aussi facile et niaiseuse… Il fallait bien un cinéaste de la trempe de Tourneur père pour parvenir à cet exploit.

• Le film figure sur le coffret consacré à la période muette de Tourneur, édité il y a quelques mois par Bach Films. Avec des copies non restaurées, avec une qualité d’image très inégale, et globalement très médiocre.

Fille d’Ecosse (The Pride of the Clan) – Maurice Tourneur – 1917

Posté : 20 août, 2014 @ 3:03 dans 1895-1919, FILMS MUETS, PICKFORD Mary, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Fille d’Ecosse

Maurice Tourneur a été l’un des réalisateurs les plus importants dans la carrière de Mary Pickford, l’un des rares à avoir su tirer le meilleur du talent incontestable de la star : trop habituée à être le seul maître à bord, Pickford s’est trop souvent complu dans le rôle de fillette un peu fofolle qu’elle a tenu un nombre incalculable de fois, bien après ses 30 ans.

Dans Fille d’Ecosse, on sent que Mary Pickford s’est laissée diriger par ce cinéaste exigeant et perfectionniste, qu’elle retrouvera d’ailleurs dès l’année suivant pour Pauvre petite fille riche, une autre réussite. Solaire, mais plus grave qu’à l’accoutumée, la « petite fille de l’Amérique » reste romantique avant tout, mais sur un mode nettement plus adulte et profond que dans la plupart de ses films.

The Pride of the Clan se passe en Ecosse, mais l’histoire n’aurait pas été très différente dans les bas-fonds de New-York ou dans n’importe quel village du monde. Dans un petit village de pêcheur, sur une île aride des Highlands, Mary Pickford y est la fille du chef de clan, forcée de reprendre le flambeau après que son père a péri en mer. Ce pourrait être le cœur du film, mais ces débuts contraints en tant que chef de clan n’en occupent qu’une infirme partie : une scène, surtout, dans laquelle Mary Pickford, le fouet à la main, remet les villageois sur le chemin de la foi…

Il y a bien une intrigue: le fiancé de la jeune femme apprend que celle qui l’a élevé n’est pas sa mère, et que sa véritable génitrice est une riche dame du grand monde. Mais le film est surtout fait de petits riens que Tourneur fait durer, créant une atmosphère chaleureuse et authentique, comme lors de ce ceilidh (ces soirées dansantes traditionnelles en Ecosse) où, même dans un film muet, on sent la cornemuse et la bière réchauffer les cœurs.

Visuellement, et on le voit même dans une copie très abîmée, le film est une splendeur. Tourneur joue merveilleusement avec la lumière : celle de la lune, celle plus crue du jour, ou celle des bougies qui éclairent les intérieurs. Avec les contre-jours aussi, qui donnent lieu à quelques images magnifiques. Surtout, Tourneur filme la mer et les éléments qui se déchaînent avec une inspiration impressionnante.

De l’Ecosse elle-même, on ne voit pas grand-chose, dans ce film sans doute pas tourné sur place : quelques pierres surtout, et une rangée de maisons traditionnelles. Mais lorsqu’il est sur terre, Tourneur privilégie les gros plans, le paysage ne se dévoilant que lorsque la caméra est tournée vers la mer. Là, l’intime laisse place au spectaculaire. Un naufrage vu de la plage, un sauvetage en pleine mer… Les morceaux de bravoure sont filmés avec une incroyable modernité, dans ce film majeur de Mary Pickford, et de l’ère muette de Tourneur.

• Le film fait partie du coffret « Hommage à Maurice Tourneur » édité par Bach Films. Avec une qualité d’image loin d’être parfaite, mais franchement acceptable au regard de la qualité du film. En bonus, une présentation très enthousiaste de Patrick Brion.

L’Oiseau Bleu (The Blue Bird) – de Maurice Tourneur – 1918

Posté : 13 mai, 2014 @ 1:31 dans 1895-1919, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

L'Oiseau bleu

C’est le plus connu, et l’un des plus singuliers des films muets de Maurice Tourneur. Adaptant une pièce de Maurice Maetterlinck très connue au début du siècle, le cinéaste signe une sorte de fable pleine de bons sentiments visiblement destinée à un jeune public, ode aux plaisirs simples de la vie, à la bonté, à la générosité, et à la famille, dans ce qui ressemble à une variation sur le thème d’Alice au pays des merveilles.

Le premier quart d’heure est très beau. Posant les bases de l’histoire (très simple), Tourneur invoque de nombreuses références. S’y côtoient les contes des frères Grimm (avec la pauvre cabane et l’apparition de la « sorcière » qui n’en est pas une), la culture russe, l’univers sombre de Dickens, mais aussi le théâtre d’ombres chinois auquel Tourneur rend un magnifique hommage, lorsque les enfants observent la fête qu’on devine luxueuse à travers les grandes fenêtres de la maison voisine (un procédé que Tourneur reprendra des années plus tard dans La Main du Diable).

Ces deux enfants ont tout de héros de contes : un frère et une sœur qui vivent avec leurs parents (leur père est bûcheron, bien sûr) dans une cabane isolée. Pauvres, mais heureux. Mais lorsqu’ils refusent de donner leur oiseau à la fille de la voisine, très malade, la culpabilité les ronge, et prend la forme d’une apparition nocturne : une fée qui les conduit dans un voyage merveilleux à la recherche de l’oiseau bleu qui redonnera la santé à la petite fille.

Visuellement, Tourneur est particulièrement inspiré. Les scènes « réalistes » sont exceptionnelles, utilisant merveilleusement les ombres et les contre-jours, ou les cadres dans le cadre. Pour le « voyage », il laisse libre court à son imagination. C’est parfois un peu indigeste (les âmes des objets qui prennent figure presque humaine), parfois émouvant (la visite chez les grands-parents morts où les enfants retrouvent leurs petits frères et petites sœurs qui n’ont pas survécu), parfois poétique (les enfants à naître, notamment ces deux-là qui s’aiment d’un amour total, sans savoir s’ils se trouveront l’un l’autre lorsqu’ils seront nés).

Le film est un peu donneur de leçon, naïf, et les multiples décors que découvrent les voyageurs finissent par lasser. Mais il y a une telle maîtrise dans la mise en scène de Tourneur, une telle manière d’utiliser tous les outils du cinéma (la lumière, le montage, les trucages) avec une inventivité de chaque plan, une telle vivacité, que L’Oiseau Bleu impressionne, même si le sujet ne nous touche pas vraiment.

• Le film fait partie du coffret « Hommage à Maurice Tourneur » consacré à la période muette hollywoodienne du cinéaste, et édité par Bach Films. Pour ce film, la qualité d’image est franchement discutable, les nombreux défauts cachant même les personnages par moments. En bonus : une présentation par Patrick Brion.

Le Dernier des Mohicans (The Last of the Mohicans) – de Maurice Tourneur et Clarence Brown – 1920

Posté : 30 avril, 2014 @ 1:51 dans 1920-1929, BROWN Clarence, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le dernier des Mohicans Tourneur

De toutes les adaptations du roman de Fenimore Cooper, celle-ci est sans doute la plus belle (avec celle de Michael Mann peut-être), un chef d’œuvre du muet que Tourneur co-réalise avec son associé de longue date Clarence Brown, sans doute chargé de la deuxième équipe. Deux grands noms au service d’une grande histoire de la culture populaire…

Sur fond de guerre entre les Anglais et les Français, dans l’Amérique de 1757, c’est une histoire d’amour impossible entre une blanche et un Indien. Trente ans avant la révolution de La Flèche brisée. La fille d’un officier britannique et le fils d’un chef Mohican se découvrent et tombent amoureux malgré le monde qui les sépare, et la violence qui les entoure.

Tourné en 1920, le film surprend aujourd’hui encore par sa modernité et son audace. Pour l’histoire d’amour bien sûr, mais aussi pour la manière d’appréhender la violence, filmée sans l’habituel fard hollywoodien. Tourneur filme notamment une longue séquence de massacre sans rien nous épargner : ni la sauvagerie des assaillants, ni les femmes tuées à coup de hache, ni même un bébé jeté comme un vulgaire sac… Plus inconcevable encore, dans un film américain (d’aujourd’hui en tout cas) : la violence touche même les animaux, avec un cheval tombé sous les flèches…

Tourneur signe aussi l’une des plus belles mises en scène de sa carrière. Jouant constamment de la profondeur de champ, il souligne l’inquiétante beauté de ses magnifiques décors naturels, qui semblent peser comme une sourde menace sur les personnages, parfois filmés comme de simples silhouettes au loin, cernées par le danger.

L’exceptionnel sens du cadre de Tourneur est éclatant, tout comme le soin qu’il apporte à l’éclairage, qui a fait sa réputation à Hollywood, où il était alors considéré comme l’un des plus grands cinéastes en activité (ce qu’on a un peu vite oublié en France). La lumière est ici tamisée par les arbres, la pluie ou les nuages. Elle met en valeur les visages, et surtout les regards, des personnages, notamment dans de belles scènes d’attente, entre deux accès de violence.

Dans le rôle du grand méchant, l’Indien traître par qui le malheur arrivera, Wallace Beery est assez formidable. Loin, très loin, de son habituel emploi de costaud au grand cœur, notamment dans d’innombrables films de catch (Flesh de John Ford, pour ne citer que le plus recommandable), il est effrayant, figure inoubliable de ce chef d’œuvre dur et inspiré.

• Le film fait partie du coffret « Hommage à Maurice Tourneur », consacré à la période muette du cinéaste, édité par Bach Films. Avec une belle image qui permet de réaliser la beauté des images de Tourneur. Fait plutôt rare chez cet éditeur, la musique d’accompagnement est une partition qui suit et souligne véritablement l’action du film, et pas une simple bande son collée au hasard sur l’image. Avec, en bonus, une présentation passionnée par Patrick Brion.

Le Secret du bonheur / Victoire (Victory) – de Maurice Tourneur – 1919

Posté : 11 avril, 2014 @ 1:49 dans 1895-1919, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Le Secret du bonheur

Victory est l’unique adaptation d’un roman de Joseph Conrad que le romancier ait pu voir. Tous les autres films inspirés de son œuvre, de Agent secret à Apocalypse Now en passant par Lord Jim et pas mal d’autres, ont été tournés des années après sa mort. La première rencontre entre le romancier et le cinéma est un coup de maître. Un peu naïf sur le papier, un peu improbable dans son propos, le film est constamment tiré vers le haut par le talent de Maurice Tourneur, et la force de sa mise en scène.

C’est l’histoire d’un oisif solitaire, qui vit en reclus (avec un serviteur quand même, on a un standing ou on n’en a pas…) dans une île déserte et paradisiaque, désireux de vivre selon les préceptes d’un père qui a écrit dans un livre qu’il lit et relit à longueur de journée que le secret du bonheur était de vivre en évitant tout contact avec la société, sans aimer qui que ce soit, et sans avoir à tuer qui que ce soit… Bien sûr, à l’occasion d’un séjour dans la société, c’est l’amour et la mort qu’il rencontrera.

Ce qui frappe surtout dans ce film, c’est la violence avec laquelle le personnage principal d’Axel Heyst (Jack Holt) découvre les rapports humains dans ce qu’ils ont de plus extrêmes. L’histoire d’amour est charmante, mais elle n’existe qu’en réaction aux accès de violence, dont certains sont franchement glaçants. Une petite musicienne ballottée entre des employeurs  tyranniques et un logeur libidineux, un trio de louches aventuriers vivant de meurtres et de vols… et deux scènes d’exécution (dont une en flash-back) qui se répondent avec une brutalité rare, les visages des victimes étant plongés dans des brasiers…

Dans le rôle, secondaire, de l’un de ces bandits, Lon Chaney vampe la caméra. Dans le rôle de Ricardo, un second couteau (au sens propre), il vole sans peine la vedette à des acteurs principaux que, d’ailleurs, l’histoire a plongé dans l’anonymat. En 1919, Lon Chaney n’est pas encore une star, mais il a déjà une solide réputation de second rôle capable d’adopter n’importe quel maquillage. Ici, il n’aborde qu’une petite moustache et un look hispanique, mais il a une présence réellement magnétique qui est le signe d’un immense acteur de cinéma.

• Le film fait partie du coffret « Hommage à Maurice Tourneur » consacré à la période muette hollywoodienne du cinéaste, et édité par Bach Films. Avec une qualité d’image disons acceptable, et une présentation érudite de Roland Lacourbe.

Impasse des Deux-Anges – de Maurice Tourneur – 1948

Posté : 11 avril, 2014 @ 1:33 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Impasse des Deux-Anges

Le grand Maurice Tourneur termine sa carrière sur une petite merveille totalement oubliée. Les images du générique créent une ambiance qui évoque immédiatement La Main du Diable, peut-être le plus renommé de tous ses chefs d’œuvres français. Mais si on reconnaît bien la patte du cinéaste, son sens de l’image, du cadrage et de l’éclairage, Impasse des Deux-Anges est une œuvre profondément originale et atypique, dans laquelle Tourneur laisse libre court à son imagination, avec un plaisir gourmant et communicatif.

Ça commence comme un film de gangster assez classique : Paul Meurisse, as du cambriolage chargé de voler un collier de diamants hors de prix qui doit être porté par une comédienne sur le point de se marier. Mais très vite, Tourneur brouille les pistes : la fiancée, pétulante et irrésistible Simone Signoret, a eu une grande histoire d’amour avec ce cambrioleur qu’elle n’avait plus vu depuis sept ans. Leurs retrouvailles remettent en cause le mariage annoncé…

Polar, romance, comédie de mœurs… Tourneur s’amuse à mélanger les genres, pour un pur plaisir de cinéma. Tantôt acerbe, lors d’une réception, brillante, qui constitue le baptême de la comédienne Signoret dans le grand monde. Tantôt impressionnant, lors d’une course-poursuite suivie d’une fusillade filmés en ombres chinoises dans des décors presque abstraits. Tantôt romantique lorsqu’il emmène ses deux personnages principaux dans une virée nocturne sur les traces de leur passé.

Cette séquence nocturne est la meilleure du film. Dans un Paris de carte postale, Simone Signoret et Paul Meurisse invoquent les fantômes de leur passé commun (magnifiques flash backs avec des apparitions fantômatiques de leurs souvenirs), qu’ils tentent de retrouver, le temps d’une soirée. Mais de ce passé, qu’ils croient retrouver dans un hôtel où ils ont vécu les plus belles heures de leur passion, ils ne retrouvent que des ruines, un quartier qui n’est plus qu’un chantier laissé à l’abandon, et où on croise des jeunes gens (dont la gamine Danièle Delorme) sans avenir. Tout un symbole…

The County Fair (id.) – de Maurice Tourneur – 1920

Posté : 10 avril, 2014 @ 1:46 dans 1920-1929, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

The County Fair 1

Charmante romance adaptée d’une pièce à succès de Neil Burgess, visiblement très en vogue au début du 20ème siècle, ce muet de Maurice Tourneur se situe dans une petite ville de l’Amérique profonde où la modernité arrive doucement, mais qui ressemble encore énormément aux petites villes du 19ème. Une Amérique déjà d’un autre temps, mais que Tourneur filme comme un paradis sur le point d’être perdu : les rares signes de modernité, en l’occurrence l’apparition d’automobiles entre les mains des riches notables détestables, sont montrés comme des menaces.

C’est un feel-good movie que signe Tourneur, avec cette double histoire d’amours menacées, mais on imagine dès le départ qu’elles finiront bien : une jeune femme et sa tante vieillissante, qui attendent désespérément qu’un petit ouvrier agricole et un petit homme jovial et timide les demandent en mariage, mais qu’un riche propriétaire et son fils convoitent, menaçant de les expulser de leur ferme si elles n’acceptent pas de les épouser.

Il y a quelque chose de la lutte des classes que met en scène Tourneur avec ces deux triangles amoureux. Trois, même, si l’on compte la romance contrariée de ce gamin qui tente de séduire une jeune fille, qui le laisse en plan pour roucouler avec un autre gosse qui, lui, peut lui payer la limonade dont elle a envie. Pas d’angélisme ni de naïveté, d’ailleurs : si les couples heureux finissent par se former, c’est grâce à cet argent qui leur manquait tant, et qui finit par arriver grâce au jeu.

Outre le rythme du film, sans le moindre temps mort, Tourneur excelle à rendre vivante cette communauté, en multipliant les petites détails, souvent anodins, qui donnent une matière incroyable au moindre second rôle. Les gestes quotidiens de Sally à la ferme, les rêveries d’un gamin à l’église, les paroissiens qui déposent leurs cigares sur une barrière pour les retrouver après l’office… Ce film en apparence très léger trouve toute sa valeur dans ces détails qui en font une œuvre plutôt délicate et sensible.

• Le film fait partie du coffre « Hommage à Maurice Tourneur » édité chez Bach Films, avec une image d’une qualité hélas très discutable.

Lorna Doone (id.) – de Maurice Tourneur – 1922

Posté : 22 janvier, 2013 @ 1:23 dans 1920-1929, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Lorna Doone (id.) – de Maurice Tourneur – 1922 dans 1920-1929 lorna-doone

Production prestigieuse pour une adaptation prestigieuse d’un roman visiblement prestigieux, en tout cas au début des années 20. Je ne connais pas le roman dont est tiré ce muet signé Tourneur père, mais il semble bien qu’il était très en vogue à cette époque. La First National, en tout cas, met les moyens dans cette grosse production aux décors somptueux, aux dizaines (centaines ?) de figurants, et aux scènes d’action assez spectaculaires.

Principal défaut du film : il survole en à peine une heure vingt une histoire qui s’étale sur plusieurs années, et qui compte bon nombre de rebondissements spectaculaires. Un grand mélo qui perd sans doute de sa force émotionnelle, en voulant trop dire, trop montrer, trop vite.

Alors non, on n’est pas bouleversé comme on devrait l’être avec cette histoire d’amour impossible, entre deux êtres de mondes différents, qui surmontent tout (l’absence, la distance, la captivité, la différence… et même la mort) grâce à leur amour. Le film commence avec nos deux amoureux enfants. Lui, John, est un garçon sans le sou ; et elle, Lorna, la fille d’un noble. Ils se rencontrent et bientôt, elle est enlevée par une bande de bandits, les Doones, qui l’élèvent.

Des années plus tard, ils se retrouvent. Lorna est protégée par le chef des Doones, qui l’aime comme sa fille, mais dont la santé est fragile. C’est alors que John la retrouve par hasard. Il la sauvera, mais juste pour la voir appelée à la cour du Roi, à Londres, où John tentera de la retrouver, mais ne réussira qu’à se ridiculiser par ses manières frustes. Et le plus tragique reste à venir…

Malgré ce trop plein, et cette émotion qu’on voudrait plus forte, il y a de très beaux moments, dans Lorna Doone. Tourneur réussit particulièrement ses scènes d’action, réalisées avec un dynamisme imparable, et les séquences d’intérieur, avec un jeu subtil et impressionnant sur l’ombre (souvent au premier plan) et la lumière (en profondeur de champs).

Le film ne manque pas de rythme non plus. Et même s’il est assez inégal, avec des passages en creux souvent plan-plan et plats, le film est parsemé d’éclairs de génie, de plans soudains magnifiquement composés, avec une utilisation merveilleuse de la nature et de la lumière naturelle pour les extérieurs, et des décors et des zones d’ombres pour les intérieurs.

Pas un film majeur, mais du bel ouvrage, plein de rebondissement et passionnant.

Justin de Marseille – de Maurice Tourneur – 1935

Posté : 7 janvier, 2013 @ 6:20 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Justin de Marseille – de Maurice Tourneur – 1935 dans * Polars/noirs France justin-de-marseille

Paraît qu’il fut un temps où il y avait des règlements de comptes entre voyous à Marseille. C’était il y a tout juste huit décennies, difficile d’imaginer ça aujourd’hui… Surtout qu’à l’époque, les gangsters étaient bien sapés, portaient chapeaux, et avaient le sens de l’honneur. Les gangsters de cinéma dignes de ce nom en tout cas, parce que les autres, les petites frappes sans honneur, le milieu s’arrangeait pour les faire disparaître….

C’est donc le Marseille de la pègre que filme Maurice Tourneur, et on sent bien que le cinéaste est encore marqué par sa longue expérience hollywoodienne (qu’il me reste à découvrir), avec ces clans ennemis qui s’habillent et agissent « à l’américaine », comme les gangsters de Chicago qui crevaient l’écran au cours de cette décennie. Des durs qui impressionnent (et qui inspirent à Tourneur l’un des plus beaux plans de sa carrière française : un long travelling qui suit un gangster en fuite qui se fond dans la foule), mais qui n’ont pas le cœur des Marseillais.

Parce que le personnage principal de ce film, c’est Marseille, son âme, ses valeurs, tout ça symbolisé par Justin (Antonin Berval), caïd au grand cœur qui, à en croire le scénario de Carlo Rim et la caméra de Tourneur, n’agit que par sens de l’honneur, jamais pour l’appât du gain. Et la guerre des gangs qu’il livre à son principal concurrent n’a qu’une raison d’être : l’absence de valeur de ce dernier.

Un Marseille fantasmé ? Bien sûr, mais ce chant d’amour à la cité phocéenne (qui s’ouvre et se referme effectivement sur des déclarations d’amour à la ville) n’est léger qu’en apparence. Si on prête attention aux détails de la mise en scène, on réalise que l’approche de Tourneur est loin d’être naïve. Son film est parsemé de petits indices qui illustrent avec délicatesse la dureté, et la cruauté, de cette ville qui broie les plus faibles.

Cet Hôtel de L’Etoile, par exemple, tenu par un patron bonhomme, n’est qu’un hôtel de passe où la jeune femme amoureuse et innocente est entraînée malgré elle, alors qu’elle n’aspire qu’à prolonger ses années de pureté… Ce personnage secondaire de jeune femme échouée à Marseille on ne sait pour quelle raison, mais dont on devine qu’elle a un lourd passé, inspire à Tourneur quelques-uns des plus beaux moments de son film, comme cette tentative de suicide en pleine nuit, et alors que les éclats de rires résonnent un peu partout. Une séquence d’une beauté terrifiante et frappante.

L’accent marseillais omniprésent fait ressembler le film à ce qu’il n’est pas : une chronique haute en couleurs et inoffensive de canailles fort sympathiques. Justin de Marseille est bien plus riche que ça. Très inspiré, Tourneur y fait germer le glauque et le désespoir d’un décor de cartes postales.

Obsession – de Maurice Tourneur – 1933

Posté : 21 décembre, 2012 @ 2:29 dans 1930-1939, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Obsession tourneur

Après son retour en France, à l’avènement du parlant, Tourneur père touche à tous les genres, avec un bonheur assez variable. Cet Obsession fait figure de curiosité dans sa filmographie abondante. Moyen métrage d’une quarantaine de minutes, le film est un film de caractères, très théâtral dans sa construction : trois actes avec pour chacun l’unité de lieu et de temps, et un nombre de personnages très restreint.

Acte 1 : Charles Vanel débarque chez sa belle-sœur pour la convaincre de faire libérer son mari (Yonnel, de l’Académie française), enfermé dans un hôpital psychiatrique après avoir menacé de la tuer. Vanel a besoin de son frère pour financer un projet qui peut lui rapporter beaucoup d’argent, et c’est bien la seule raison qui le pousse à vouloir « l’aider »…

Acte 2 : A l’hôpital, le procureur doit trancher, et décider si le frangin est bien malade comme l’affirme son médecin, ou s’il doit être libéré.

Acte 3 : Libéré, le « malade » arrive chez lui, avec une épouse terrifiée. Le délire de persécution ne tarde pas à reprendre le dessus…

D’abord très bavard, Obsession est bientôt porté par une tension dramatique assez imparable. Tourneur, pourtant, se contente la plupart du temps de filmer ses acteurs dans une mise en scène très classique. Des acteurs exceptionnels, d’ailleurs, à commencer par Vanel, qui joue parfaitement les types odieux et médiocres. Mais c’est surtout le personnage du frère qui intéresse Tourneur.

Tout en en faisant des tonnes, Yonnel se révèle aussi inquiétant que profondément émouvant dans son rôle de paranoïaque chronique. Son jeu très théâtral inspire Tourneur, qui met son rôle en valeur par des jeux de lumière qui laissent penser que la réputation qui était la sienne à l’apogée du muet hollywoodien n’était pas usurpée. Une courte séquence de flash back surtout, seule entorse faite à la construction théâtrale, est particulièrement virtuose.

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