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Archive pour la catégorie 'TOURNEUR Maurice'

Volpone – de Maurice Tourneur – 1940

Posté : 25 août, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Volpone

A Venise, un riche armateur humilié par trois hommes mesquins décide de se venger. Pour cela, il se fait passer pour moribond avec l’aide d’un parasite rencontré en prison… La pièce de Ben Johnson inspirera bien plus tard à Mankiewicz un Guêpier pour trois abeilles au titre évocateur. En 1940, c’est Maurice Tourneur qui est aux manettes pour une adaptation signée Jules Romains. Belle affiche, donc, très prometteuse, d’autant plus que les deux rôles principaux sont tenus par Harry Baur et Louis Jouvet.

Prometteur, oui. Mais l’exubérance très théâtrale d’Harry Baur, une fois n’est pas coutume, agace dès les premières minutes. A ce niveau là, ce n’est plus du cabotinage, ni du sur-jeu. C’est une sorte d’extravagance jusqu’au-boutiste qui sonne constamment faux. Harry Baur est un grand acteur, à la présence généralement incroyable. Là, on ne voit que Louis Jouvet, d’un naturel et d’une discrétion pourtant exemplaires qui éclipse tous les seconds rôles, de Fernand Ledoux à Charles Dullin, le déjà vieux complice de Jouvet de l’époque du Vieux Colombier.

Volpone est donc une comédie agaçante, plus que grinçante. C’est surtout un film très discutable quand on se souvient qu’on est en 1940, et que même si le personnage est présenté comme un « levantin », il arbore les artifices les plus répugnants que l’antisémitisme d’alors réserve aux Juifs, à commencer par un faux nez démesuré, digne du tristement fameux Juif Süss, sorti la même année.

La comparaison s’arrête là : Volpone est avant tout une comédie cynique, avec une intrigue joliment retorse et quelques beaux moments. Une fable dont personne ne sort grandi, grand jeu de massacre dont le personnage d’Harry Baur, si caricatural et manipulateur soit-il, apparaît au final comme le plus humain peut-être, le plus attachant de tous. Mais entre le cabotinage des uns et la caricature parfois gênante, le talent de Maurice Tourneur ne suffit pas. Celui de Jouvet si, par moments.

Le Papillon meurtri / Le Papillon brisé (Broken Butterfly) – de Maurice Tourneur – 1919

Posté : 19 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Le Papillon meurtri

Dans la prolifique carrière américaine de Maurice Tourneur, qui fit de lui l’un des cinéastes les plus importants du muet à Hollywood, Broken Butterfly n’est pas le film le plus réputé, mais il est l’un de ceux qui nous sont parvenus, un siècle plus tard, dans une belle copie. Ajoutez à ça une restauration par la fondation Jérôme Seydoux en 2019, et vous obtiendrez l’une des meilleures occasions de découvrir à quel point Tourneur était grand, dès cette première partie de carrière, qui reste encore méconnue par rapport à ses années françaises.

Tourneur est, avant tout, un grand formaliste, un grand compositeur d’images, qui sait avant tout le monde (ou presque) jouer avec la lumière, avec la force symbolique des images, et tirer le meilleur tout aussi bien des décors naturels que du travail en studio. Dans Broken Butterfly, c’est la manière dont extérieurs et séquences en studio se marient qui frappe le plus.

Tourneur ne privilégie ni l’un ni l’autre a priori. Son film est une merveille formelle qui tire des émotions immenses d’un paysage canadien baigné de lumière, aussi bien que du contraste entre un intérieur sombre et un ciel immaculé à l’arrière-plan, ou des errances d’un personnage paumé d’un décor exotique à l’autre dans une succession de plans de plus en plus artificiels et dépouillés, soudain coupés du réel.

Grande réussite formelle, qui fait d’une histoire assez convenue un sommet d’émotion. Convenue, parce qu’on a le sentiment d’avoir vu cent fois, surtout à cette époque, de tels destins brisés, des jeunes femmes pleines d’illusions dont les vies sont brisées lorsqu’elles se retrouvent seules avec un enfant né de l’amour, mais dont le père les a abandonnés sans vraiment réaliser le mal qu’il fait.

Des histoires qui peuvent être juste plombantes, ou être magnifiées lorsqu’elles sont traitées par de grands cinéastes : John Ford pour Mother Machree, Frank Borzage pour The Lady… ou Maurice Tourneur, qui fait de ce pur mélodrame un film beau, sensible, et déchirant.

Cécile est morte – de Maurice Tourneur – 1944

Posté : 27 novembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, Maigret, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Cécile est morte

Entre deux Richard Pottier (Picpus et Les Caves du Majestic), c’est le grand Maurice Tourneur qui signe l’autre Maigret interprété par Albert Préjean. Et une fois qu’on a rappelé que l’acteur n’est pas le plus fidèle au personnage de Simenon, il faut souligner que le cinéaste s’empare du roman avec quelques libertés (notamment dans la construction du récit) pour en faire un excellent polar.

Peut-être pas très simenonien, certes : on ne retrouve ni la silhouette massive et traînante du commissaire, ni ce fameux sens de l’atmosphère. Mais un film policier plein de rythme, un whodunnit efficace et enlevé, auquel Préjean apporte son dynamisme. Dynamisme en contrepoint avec le « Je vais me coucher » qu’il lance tout au long du film, et auquel on a bien du mal à croire.

Alors oui, Gabin fera un Maigret fatigué nettement plus convaincant, mais Tourneur réussit son pari, en prenant ses distances avec l’œuvre originale. Pas dans l’intrigue, relativement fidèle, mais dans la manière de la traiter, avant tout comme un vrai suspense, avec des détails étonnamment brutaux : cette tête coupée que retrouvent les gamins dans la rue

Il s’approprie l’intrigue par une mise en scène très inspirée, qui joue constamment des limites floues entre l’ombre et la lumière, dans de belles compositions d’images. Ce chouette polar, très stylisé, doit aussi beaucoup à son casting, impeccable comme souvent à l’époque, belle galerie de seconds rôles, notamment Gabriello et son débit impossible, un gag à lui seul. « C’est imp-pressionnant ! »

Avec le sourire – de Maurice Tourneur – 1936

Posté : 11 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Avec le sourire

Un arriviste sans le sou débarque à Paris, se fait embaucher dans un music-hall, et gravit les échelons les uns après les autres en faisant quelques « victimes » au passage. Mais avec le sourire, toujours.

Normal : c’est Maurice Chevalier, dont le sourire plus grand que nature a rarement été aussi bien utilité, et avec autant de lucidité : oui, son sourire est trop grand pour être sincère. Mais c’est ça que les gens veulent, et qui fait de lui une star, un homme que tout le monde aime, quels que soient les actes que cache ce sourire. C’est un fait, c’est aussi le sujet du film.

A l’inverse, le directeur bougon qui lui met le pied à l’étrier a beau avoir un cœur énorme, on ne retient de lui que la gueule d’enterrement qu’il tire en toutes circonstances.

C’est un film d’une étonnante lucidité que signe l’autre Maurice (Tourneur), qu’on n’attendait pas forcément dans le registre du film « Chevalier-ien ». Une comédie, forcément, et avec quelques passages chantés qui plus est. Loin, donc, de Justin de Marseille ou Samson, deux de ses récents films, nettement plus ancrés dans un réalisme assumé.

Ces quelques passages chantés valent ce qu’ils valent. La plupart ont un peu vieilli, certes. L’un, surtout, donne l’occasion à Chevalier de faire son numéro : lorsqu’il chante « Le chapeau de Zozo », en mimant les attitudes des différentes classes sociales. Un vrai show, comme la star en a le secret.

Le film vaut autant pour cette fausse légèreté affichée que pour son cynisme profond, les deux aspects étant si étroitement liés qu’ils créent un sentiment de malaise totalement inattendu dans ce genre. Une comédie, oui, mais joyeusement méchante, à la fois dans les situations et les dialogues.

Brillants, par moments, les dialogues, comme celui-ci, lancé par le directeur trop honnête à son horrible femme : « Puisque, malgré ton âge, tu as encore ta mère, va donc la voir. » Avant d’ajouter, en aparté : « Et dire que je ne l’ai jamais trompée… C’est inimaginable ! »

Le Val d’enfer – de Maurice Tourneur – 1943

Posté : 29 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Le Val d'enfer

Ah ! le travail ! Ah ! la famille ! Ah ! la patrie ! Et Dieu le bordel que peut amener une jeune étrangère ivre de liberté, dans une société masculine si bien ordonnée…

Le Val d’enfer est sans doute le plus discutable moralement de tous les films de la Continental, pour parler avec des termes mesurés. La firme allemande a donné naissance à une poignée de chefs d’oeuvre indiscutables, durant l’Occupation, évitant soigneusement de faire de ces films des armes de propagande. Là, pour une fois, ce constat est mis à mal.

Le « val d’enfer », c’est une vallée poussiéreuse et brûlante coupée du monde, où un homme entre deux âges a installé une mine à ciel ouvert. Il y vit avec ses vieux parents, et ses ouvriers réunis dans un même baraquement, pour la plupart sans femmes. Taiseux et rude, l’homme est aussi droit et fier. Juste, d’après tous ses proches, mais aussi intraitable avec son propre fils, qui a eu l’outrecuidance de sortir du droit de chemin, et qu’il refuse de pardonner.

La rencontre entre cet homme et cette jeune femme au passé difficile, fille d’un ami qui vient de mourir et qu’il recueille chez lui, et qui aspire simplement à vivre, pourrait être le point de départ d’un film noir à l’américaine. Le scénario en fait un contraste entre une vie droite de labeur et de devoirs, et une aspiration à la liberté qui tourne à la débauche. Douteux, pour le moins.

Pourtant. Est-ce la manière dont Tourneur filme les personnages dans leur environnement, hostile et marquant ? Est-ce l’interprétation de Ginette Leclerc, de Gabriel Gabrio (dans son tout dernier rôle, avant sa disparition prématurée), de Gabrielle Fontan et Edouard Delmont (magnifique couple de vieux) et de l’ensemble de la distribution, formidable ? En tout cas Le Val d’enfer est un film passionnant… et finalement assez beau. Humainement, le drame est d’une grande justesse, en partie parce que l’interprétation elle-même évite soigneusement les clichés et les types les plus courants du cinéma de cette époque.

Et puis il y a cette étrange figure d’ange vengeur, le mystérieux « Sauvage » (Georges Patrix), encore un taiseux, dont la distance sympathique finit par prendre une tournure presque démoniaque. Et c’est lui qui propulse le drame vers un revirement heureux pour (presque) tous les personnages. Mais à quel prix…

Au nom de la loi – de Maurice Tourneur – 1931

Posté : 9 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Au nom de la loi

Revenu en France depuis l’avènement du parlant, Tourneur père s’est plutôt bien acclimaté aux méthodes de son pays natal. Comme Justin de Marseille, autre grande réussite de cette époque, Au nom de la loi, adaptation d’un roman policier, est un film dont l’audace et la splendeur visuelle rappellent les grandes heures de son œuvre muette.

Tourneur y filme des images sidérantes des bas-fonds de Paris et de lieux « interlopes » comme on disait alors, où la pègre se livre à ses basses besognes. Des lieux plein de dangers où on sent que la violence peut surgir de n’importe où. Une vision réaliste, mais pleine de belles idées de cinéma : ces chaussures qui bougent derrière un rideau, font froid dans le dos avant de révéler qu’elles sont en fait mues par… des chatons.

Il y a là une vision étonnante aussi des relations entre policiers et truands, d’une dureté qui frappe les esprits (les scènes de fusillades et d’empoignades sont d’une brutalité étonnante pour l’époque). Mais après un interrogatoire musclé et tendu, le flic Charles Vanel offre au suspect qu’il a durement cuisiné un verre de vin… Il y a une sorte de respect entre les uns et les autres, tous fréquentant les mêmes lieux, connaissant les mêmes personnes, et naviguant dans les mêmes eaux.

On ne trouvera d’ailleurs pas grand monde pour accuser ce jeune policier qui flirte avec la principale suspecte, quitte à oublier son devoir… Passionnant « polar », Au nom de la loi est aussi une formidable galerie de portraits souvent troubles. Un chef d’œuvre à redécouvrir.

LIVRE : Maurice Tourneur, réalisateur sans frontières – de Christine Leteux – 2015

Posté : 4 décembre, 2015 @ 3:11 dans LIVRES, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Maurice Tourneur LIVRE

Maurice Tourneur a été l’un des cinéastes les plus importants d’Hollywood, au tournant de 1920. Maurice Tourneur est aussi l’un des grands cinéastes français les plus méconnus aujourd’hui. Un double-constat qui méritait bien une biographie, que signe avec passion et érudition Christine Leteux, déjà traductrice de La Parade est passée (le bel hommage de Kevin Brownlow au cinéma muet) et créatrice d’un blog passionnant consacré au muet et au début du parlant (Ann Harding’s treasures).

La forme est classique : de l’enfance parisienne de Maurice Tourneur à ses dernières années, le récit est strictement chronologique, et tourne majoritairement autour de la filmographie du cinéaste. Mais à travers ce parcours hors du commun, c’est tout un pan de l’histoire du cinéma qui revit au fil des pages (plus de 500, qui se dévorent avec passion et gourmandise).

La jeunesse de Maurice à Paris où, apprenti peintre, il pose pour Puvis de Chavanne. Ses débuts sur scène où il se fait un nom comme metteur en scène. Son départ pour Hollywood en 1914, les critiques qui ont suivi en France où certains lui ont violemment reproché de s’enrichir pendant que ses compatriotes se font tuer au front. Ses années de gloire où il dirige Mary Pickford et devient l’un des cinéastes les plus admirés d’Hollywood. Son retour en France au début du parlant, son parcours chaotique, son implication au sein de la firme Continental durant l’Occupation où il réalisera l’un des grands classiques du fantastique français (La Main du Diable)…

C’est l’homme aussi qui se dessine : ses comportement discutés durant les deux guerres, les femmes de sa vie, les frustrations du cinéaste privé de caméra à son retour en France puis dans ses dernières années, ou encore ses rapports tendres avec son fils Jacques. Devenu lui-même un grand cinéaste à Hollywood, sa réussite ravivera les regrets de Maurice, qui gardera jusqu’à la fin la nostalgie de ses années américaines, celles de la flamboyance et de la liberté.

* Maurice Tourneur, réalisateur sans frontières, de Christine Leteux, est publié dans la collection La Muse Celluloïd de La Tour Verte.

Les Gaités de l’Escadron – de Maurice Tourneur – 1932

Posté : 20 novembre, 2015 @ 5:51 dans 1930-1939, GABIN Jean, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Les Gaités de l'Escadron

Maurice Tourneur, immense cinéaste oublié et en passe d’être réhabilité (grâce en particulier au beau livre de Christine Leteux, et à de récentes éditions DVD), considérait cette pochade adaptée d’une pièce de Courteline comme l’un de ses films préférés. Ah bon…

Peut-être à l’époque cette vision de l’armée était-elle audacieuse, et novatrice ? Aujourd’hui en tout cas, cette tranche de vie est au mieux amusante, mais surtout très anecdotique.

Réalisé gentiment, sans grande inspiration (on est loin de ses grands films muets ou de Justin de Marseille, tourné quelques années plus tard), le film est une succession de gags gentils et pas vraiment irrévérencieux, la chronique d’une caserne où l’ambition première semble être le bien-être.

Avec des intrigues à couper le souffle : qui a volé le pain laissé à refroidir sur le rebord de la fenêtre ? qui a mis ces tas de crottins dans le bureau de l’officier ? machin trouvera-t-il un moment pour se reposer ? Quitte à paraître d’une autre époque, l’intrigue ressemble plus à une BD de Pim, Pam, Poum qu’aux chefs d’oeuvre comme La Bandera que Gabin ne tardera pas à enchaîner.

Gabin justement : tout jeune, pas encore dans son emploi, il trouve ici l’un de ses premiers rôles marquants, celui d’un tire-au-flanc qui fait tout pour être chargé des corvées du camp, plus reposantes que les marches et exercices quotidiens des soldats…

Il y a Fernandel aussi, tout jeune également, amusant dans le rôle d’un soldat volontaire et courageux, mais poissard comme c’est pas permis. Et Raimu en figure paternelle et bienveillante, finalement très touchant. Plus que le semblant d’intrigue, plus que l’irrévérence d’une autre époque, plus que la comédie pas vraiment convaincante, ce sont eux, les comédiens, qui assurent l’intérêt du film.

La Main du Diable – de Maurice Tourneur – 1943

Posté : 26 février, 2015 @ 6:06 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

La Main du Diable

Sans doute le plus connu de tous les films parlants de Tourneur père, et l’un des sommets de la mythique Continental, cette firme française financée par les Allemands durant l’Occupation. Le tournage de La Main du Diable est d’ailleurs largement évoqué dans l’excellent Laissez-passer de Bertrand Tavernier, dont l’un des personnages principaux est Jean Devaivre, assistant de Tourneur sur ce film.

Il y a dans les chefs d’œuvre de la Continental (Le Corbeau en tête) plusieurs traits communs : la présence de Pierre Fresnay et de formidables seconds rôles pour commencer (Pierre Larquey, Noël Roquevert, et beaucoup d’autres). Mais aussi une approche esthétique qui s’inspire ouvertement de l’expressionnisme dans les séquences les plus marquantes. Et surtout l’évocation, troublante vu le contexte de la production, du Mal qui fait son apparition dans un décor familier.

Avec La Main du Diable, adaptation libre d’une nouvelle de Nerval, et variation sur le thème de l’âme damnée, et du Portrait de Dorian Gray, Tourneur renoue avec la richesse visuelle de ses années américaines, dans les années 10 et 20, avec cette incursion, rarissime dans le cinéma français d’alors, dans le fantastique.
Remarquablement écrit par Jean-Paul Le Chanois (les dialogues sont formidables), mis en scène avec une inspiration de chaque instant, le film est une réussite absolue, aussi passionnant lorsqu’il décrit le quotidien du peintre pauvre mais heureux de Montparnasse, que lorsqu’il nous plonge au coeur de son cauchemar, hanté par un Diable aux allures de huissier débonnaire. Avec en point d’orgue la fameuse chaîne des damnés, fascinante séquence hallucinée et épurée.

Omniprésent (excepté dans les séquences d’ouverture et de clôture, dans cet hôtel perdu qui évoque étrangement la pension de L’Assassin habite au 21), Pierre Fresnay est le fil conducteur absolument parfait de cette virée aux portes de la damnation. Le film suit ses humeurs : guilleret et insouciant, grave et désespéré, terrifié ou abattu. Constamment juste, sur tous les tons…

La Casaque verte (The Whip) – de Maurice Tourneur – 1917

Posté : 16 février, 2015 @ 4:52 dans 1895-1919, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

La Casaque verte

Difficile de donner un avis tranché sur cette Casaque verte, après avoir découvert la version du film figurant dans le coffret consacré à la période muette de Tourneur (chez Bach Films). Pas tant parce que la qualité de l’image est pour le moins approximative que parce qu’il s’agit là d’une version visiblement énormément tronquée.

Il manque des images dans à peu près chaque plan, des morceaux de scène, et même, sans doute, des séquences entières. Dans ces conditions, il est à peu près possible de suivre les grandes lignes de l’intrigue (un bookmaker et un intriguant font tout pour nuire à la romance entre un dandy et la fille d’un propriétaire de chevaux, ainsi que pour empêcher le cheval vedette de ce dernier de gagner une course), mais on se perd dans les détails, et dans la psychologie de personnages qu’on a souvent bien du mal à suivre.

Même chose pour la qualité de l’image, qui ne permet pas d’affirmer que The Whip est un Tourneur grand cru. Les premières scènes, d’ailleurs, laissent planer le doute : la mise en scène a encore quelque chose d’étonnamment statique, qui évoque le cinéma primitif (celui d’avant 1914 en tout cas), avec plans larges, personnages face caméra, et peu de travail sur le montage.

Cette impression persiste durant les séquences d’exposition, mais disparaît dès que Tourneur doit filmer l’action, ou souligner le caractère inquiétant de certains personnages. Là, le cinéaste révèle ce qu’il a de plus grand : un sens incroyable de la composition, et une intelligence rare de la mise en scène.

C’est particulièrement flagrand lors du grand moment de bravoure du film : une course poursuite entre une voiture et un train lancé à toute vitesse, grand moment de cinéma au suspense toujours très efficace, grâce à une utilisation parfaitement maîtrisée du montage alterné et du cadre.

Même en ayant la désagréable impression de passer à côté de ce que fut le film, The Whip recèle comme ça plusieurs moments d’anthologie qui méritent d’être découverts, et qui rappellent que Tourneur, avant de tomber dans un relatif oubli, fut l’un des cinéastes majeurs de cette période.

• Le film figure donc dans le coffret 4 DVD « Hommage à Maurice Tourneur » édité chez Bach Films et regroupant huit longs métrages muets du cinéaste. En bonus : une présentation par Patrick Brion.

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