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Archive pour la catégorie 'TOURNEUR Jacques'

Tombouctou (Timbuktu) – de Jacques Tourneur – 1958

Posté : 19 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, DE CARLO Yvonne, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

Tombouctou

Tout petit cru pour Tourneur fils, avec un film d’aventures colonialiste à la gloire de « sa » France natale. C’est même l’une des rares occasions qu’a le fils de Maurice de rappeler ses origines, tant sa filmographie est par ailleurs typiquement hollywoodienne.

La vision qu’il a de cette France de 1940 est d’ailleurs très américaine, avec cette Marseillaise ébauchée au bon moment, ces drapeaux tricolores qui volent au vent… Une déclaration d’amour à une France en péril que l’on jurerait être faite dans les années 40, lorsque Hollywood glorifiait les Alliés de l’Amérique dans ses films de propagande.

On est pourtant bien en 1958, l’année même de l’indépendance du Soudan. Le film, sorti quelques mois après cette indépendance, est dans ce contexte une glorification de la colonisation qui sonne étrangement déplacée. Les indigènes sont au choix des monstres sanguinaires ou des moutons facilement manipulés, les Français sont de braves pacificateurs totalement désintéressés… et l’Américain Victor Mature est un aventurier guidé uniquement par l’amour.

On le comprend : la belle dont il s’éprend, c’est Yvonne De Carlo, coiffure impeccable même au milieu du désert, tiraillée entre l’aventurier et son officier de mari. Forcément, l’un des deux est de trop dans l’histoire. La conclusion du film permettra bien entendu à la belle de ne pas avoir à choisir…

Cette conclusion est loin d’être l’unique facilité d’un scénario bourré d’incohérences et d’approximations, et aux dialogues improbables. Difficile alors de s’attacher aux personnages, mais Tourneur assure l’essentiel. Les séquences d’action sont impeccables, particulièrement l’ultime assaut sur le minaret de Tombouctou, grand moment de suspense admirablement filmé.

Un jeu risqué (Wichita) – de Jacques Tourneur – 1955

Posté : 15 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, MILES Vera, TOURNEUR Jacques, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

Un jeu risqué

Un écran large, de grands espaces désertiques, un soleil écrasant… Wichita est à peu près aux antipodes des films d’épouvante à petits budgets qui ont fait la réputation de Tourneur. Mais même avec de gros moyens, et avec le (superbe) Technicolor, Tourneur est un cinéaste immense, que l’on retrouve comme on l’aime : capable de faire naître la peur des scènes les plus anodines.

Ici, il lui suffit de filmer la douce Vera Miles sortir d’un hôtel au bras de Joel McCrea pour que l’on ressente instantanément le danger que rien d’autre ne vient appuyer. Plus tôt dans le film, une série de plans fixes sur un enfant, dont la chemise d’un blanc immaculé se découpe dans le nuit, devient insoutenable tant Tourneur suggère et repousse l’irruption implacable de la violence.

On le connaissait grand réalisateur de films d’épouvante, grand réalisateur de films noirs… Voilà qu’on le découvre aussi grand réalisateur de western, signant un modèle du genre, et ce dès la remarquable séquence d’ouverture autour du feu de camp. En tête d’affiche, une double-figure du genre : McCrea donc, dont la carrière est jalonnée de rôles mémorables d’hommes de l’Ouest ; et le plus célèbre de tous : Wyatt Earp, qu’il interprète dans le film.

Mais pas le Earp de O.K. Corrall, déjà entré dans la légende, que tant d’autres films immortaliseront. Wichita s’intéresse aux jeunes années du futur shérif de Tombstone : ses débuts d’homme de loi, après sa carrière de chasseur de bison. La chronologie de la vie de Earp est respectée, mais c’est à peu près tout : le film prend d’immenses libertés avec la réalité historique, pour jouer avec l’image légendaire que son simple nom véhicule.

Et ça fonctionne parfaitement, même si McCrea est sans doute un peu trop vieux pour jouer Earp à ce stade de sa vie. Mais l’acteur est parfait pour donner corps à cette volonté sans faille, qui ne demande qu’à rester en dehors des violences du monde, tout en refusant d’échapper à ses responsabilités. La vérité historique était sans doute nettement plus complexe, mais ce Earp-là est de ces figures qui ont fait la grandeur du western.

Berlin Express (id.) – de Jacques Tourneur – 1949

Posté : 20 mars, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, RYAN Robert, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

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C’est le premier film tourné dans l’Allemagne d’après la guerre, et ce n’est pas anodin. La vision des ruines de Francfort et Berlin est impressionnante et apporte une dimension dramatique fascinante à ce film noir qui ne ressemble à aucun autre.

L’intrigue est pourtant assez classique, sorte de variation autour d’Une femme disparaît, l’un des derniers films anglais d’Hitchcock. Un train qui entre en pays (plus tout à fait) ennemi, un homme qui disparaît, et des passagers qui semblent les seuls à s’inquiéter de cette disparition. Un brillant mélange de suspense et d’espionnage, intensément divertissant mais qui en dit long sur son époque.

Jacques Tourneur ne sacrifie aucun de ces aspects. Son film est une passionnante enquête pleine de rebondissements feuilletonnants, et le cinéaste de La Féline sait y faire lorsqu’il s’agit de faire naître la peur d’un décor. Mais c’est le contexte, inédit, qui donne une grande partie de sa force au film: les ruines fantomatiques d’une Allemagne vaincue peuplée d’êtres en errance, de familles à la recherche de leurs proches, de gens que la folie de leurs dirigeants et l’humiliation de la défaite ont obligé à vivre dans la marge, privés pour certains de leur humanité.

Berlin Express est un portrait d’une force sidérante de cette Allemagne-là, dans laquelle il est difficile de tirer un trait sur ces années de Nazisme : à la fois pour les étrangers encore habités par la guerre, et pour ces Allemands confrontés au manque. C’est aussi un film qui oscille entre cynisme et espoir : autour de la jeune Allemande interprétée par Merle Oberon, le groupe qui se forme pour enquêter est constitué d’un Américain (Robert Ryan, formidable comme toujours), d’un Français, d’un Anglais et d’un Soviétique.

Les quatre vainqueurs, qui se sont partagés l’Allemagne dans cet immédiat après-guerre, poussés à unir leurs forces et à fraterniser… Le conflit mondial à peine terminé, et alors que la guerre froide n’en était pas encore une, Berlin Express est un film d’une grande lucidité, qui se permet une (petite) note d’optimisme. Nouveau chef d’œuvre, pour Tourneur.

La Flèche et le flambeau (The Flame and the Arrow) – de Jacques Tourneur – 1950

Posté : 26 mai, 2015 @ 4:43 dans 1950-1959, LANCASTER Burt, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

La Flèche et le flambeau (The Flame and the Arrow) - de Jacques Tourneur - 1950 dans 1950-1959 La%20Flegraveche%20et%20le%20flambeau_zpslipkr0oo

Les qualités athlétiques de Burt Lancaster et son passé de trapéziste n’ont jamais été si bien utilisés que dans ce superbe film d’aventures en Technicolor. Décidément à l’aise dans tous les genres, Jacques Tourneur signe un film dans la droite lignée des Aventures de Robin des Bois (dont le film utilise d’ailleurs une partie des décors), mais dont l’arrière-plan historique (la Lombardie du Moyen-Âge) semble n’être qu’un prétexte pour multiplier les scènes de bravoure dans lesquelles il s’ingénue à placer les arts du cirque au centre de l’action…

Un parti pris radical et joyeusement décalé que l’on sent guidé par le passé d’athlète circassien de Burt Lancaster, dans son premier grand rôle physique. Souriant et bondissant, il est tout à la fois l’âme, le cœur et le corps de ce grand spectacle romanesque et ouvertement excessif, dans lequel il saute, court, voltige, et utilise toutes les ficelles des arts du cirque les plus spectaculaires.

Au passage, Tourneur réussit quelques très belles scènes dramatiques, à commencer par un duel à l’épée entre Burt Lancaster et le traître. Banal, dans le cinéma d’aventure ? A cela près que Tourneur, après avoir fait monter la pression, plonge l’action dans l’obscurité la plus complète, rendant la violence de l’échange totalement invisible, et d’autant plus foudroyante.

Tourné en Technicolor, avec de magnifiques clairs-obscurs, La Flèche et le flambeau est un film d’aventure archétypal sur le papier. Mais ses partis-pris, et les nombreuses idées de mise en scène, en font une oeuvre visuelle totalement à part. Un pur spectacle cinématographique, pour un pur plaisir de spectateur.

* Le film existe en DVD chez Warner dans sa collection « Légendes du cinéma », avec en bonus deux courts métrages Warner Bros de 1950 : So you’re going to have an operation (avec George O’Hanlon dans le rôle de Joe McDoakes, héros d’une série de courts métrages), et le dessin animé Strife with Father.

Rendez-vous avec la peur (Night of the Demon) – de Jacques Tourneur – 1958

Posté : 27 février, 2015 @ 4:12 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

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Quinze ans après son triptyque produit par Val Lewton à la RKO, Jacques Tourneur, qui a entre-temps touché à tous les genres et souvent avec une grande réussite, revient au thème de la peur avec cette production anglaise qui prend le contre-pied des films d’horreurs de la Hammer alors en vogue (comme La Féline prenait le contre-pied des films d’épouvante de la Universal).

Mais si Rendez-vous avec la peur reprend le thème central de La Féline, Vaudou et L’Homme Léopard, les recettes utilisées sont assez radicalement différentes. Dans ses classiques des années 40, Tourneur jouait essentiellement sur l’invisible, sur la suggestion, sur les ombres… Ici, la peur est souvent marquée par l’irruption d’éléments troublants dans le quotidien. Une main sur une balustre, un clown qui entre soudainement dans le cadre, une fenêtre qui s’ouvre à grands bruits.

Des effets faciles ? Sur le papier, cela y ressemble, mais à l’écran, ces « éclats de peur » imparables servent surtout à installer un trouble de plus en plus tenace dans l’esprit du spectateur, et dans celui très cartésien du personnage central. Dans le rôle, Dana Andrews est fabuleux. Parce qu’il incarne une sorte de certitude simple et virile, et que sa fausse impassibilité laisse transparaître des fêlures et des doutes qui vont s’agrandissant.

Scientifique lancé dans une croisade contre l’ésotérisme et autres sciences occultes qu’il considère comme de la charlatanerie, il évolue dans un monde d’autant plus familier et quotidien qu’il est la plupart du temps filmé en plein jour, loin des zones d’ombre inquiétantes que la nuit procurait dans la trilogie RKO de Tourneur. C’est dans ce contexte qu’il est plongé dans un monde de cauchemar qui prend aux tripes et dont on ne sort pas intact.

Reste une question à laquelle je suis incapable de répondre clairement : avoir montré le monstre plutôt que le suggérer était-il une bonne idée ? D’un côté, le monstre (imposé par la production à un Tourneur très réticent), qui apparaît dès les premières minutes, paraît bien kitsh, et sa démarche n’est pas loin de faire sourire. Mais le fait d’afficher clairement la réalité de ce monde a priori invisible contribue à renforcer le malaise qui accompagne les certitudes de Dana Andrews. Avec ou sans monstre, Rendez-vous avec la peur est un chef d’œuvre.

La Féline (Cat People) – de Jacques Tourneur – 1942

Posté : 27 février, 2015 @ 4:04 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

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C’est un peu le maître étalon du film d’épouvante des années 40, le film qui a réinventé l’esthétique du genre, et représente le mieux la « marque » de la RKO. Suggérer plutôt que montrer… Prenant le contre-pied des films de monstre de la Universal, Jacques Tourneur et le producteur Val Lewton imaginent une autre forme de peur, basée sur l’imagination du spectateur.

La Féline est un film imparfait, qui n’évite pas certaines longueurs, et n’a pas la profondeur de Vaudou, autre film du tandem Lewton-Tourneur. Les personnages, d’ailleurs, manquent un peu de profondeur, à l’exception de celui de Simone Simon, dans le rôle de sa vie, qui la marquera à jamais. Fascinante, l’actrice trouve l’équilibre parfait entre l’innocence la plus pure et la hantise d’un mystérieux héritage.

Immigrée venue d’un pays de l’Est, son personnage est marqué par une vieille malédiction qui prive les jeunes femmes de vivre leurs histoires d’amour. Après une introduction pas vraiment palpitante, le film prend une autre dimension lorsque cet héritage mystérieux prend forme, avec l’apparition d’une femme au physique très félin dont l’unique mot prononcé dans une langue étrangère glace le sang…

C’est évidemment quand il s’agit d’évoquer la peur que le film touche au génie, dans une série de séquences étirées à l’extrême et absolument formidables. Celle de la piscine, surtout, est un véritable chef d’œuvre, jouant merveilleusement sur les ombres, les reflets de l’eau sur le plafond, et le son pour souligner la peur de la jeune femme menacée par une forme féline que l’on ne fera qu’entrapercevoir… et faire naître celle du spectateur.

Le choix de suggérer plutôt que de montrer fut sans doute dicté par les contraintes budgétaires du film (comme Minnelli le montrera dans Les Ensorcelés, clin d’œil à peine masqué au tournage de La Féline). Mais c’est bien ce choix qui fait de La Féline un monument du genre, malgré ses quelques faiblesses. Devant la caméra de Tourneur, un simple trottoir filmé de nuit devient le lieu le plus angoissant du monde ; un bureau familier se transforme en théâtre dont le moindre recoin devient menaçant…

Pour leur troisième film en commun, L’Homme Léopard (la référence féline est évidente) Tourneur et Lewton s’inscritont ouvertement dans la droite lignée de La Féline. Mais en ne gardant que l’approche presque théorique : en simplifiant l’intrigue à l’extrême, Tourneur proposera différentes manières de mettre en scène la peur. Le grand sujet de ce pan passionnant de sa carrière si riche.

•Un beau coffret collector deux DVD réunit les trois films RKO du duo Jacques Tourneur – Val Lawton (La Féline, Vaudou et L’Homme Léopard), avec un livret un peu léger et une poignée de documentaires et d’entretiens assez passionnants. Aux Editions Montparnasse.

Angoisse (Experiment Perilous) – de Jacques Tourneur – 1944

Posté : 22 septembre, 2013 @ 9:13 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

Angoisse (Experiment Perilous) – de Jacques Tourneur – 1944 dans * Films noirs (1935-1959) angoisse

Moins connu que ses trois grands classiques du film d’épouvante que sont La Féline, L’Homme léopard, et Vaudou, Angoisse est pourtant l’une des œuvres les plus fascinantes de Tourneur fils, une sorte de lien parfait entre le film d’angoisse et le film noir, autre genre auquel il a donné l’une des plus grandes réussites (Out of the past).

Ni vraiment film d’épouvante, ni vraiment film noir, Angoisse s’inscrit dans une lignée de films qui rencontrent un franc succès au milieu des années 40 : comme le Laura d’Otto Preminger, tourné la même année, le narrateur (ici George Brent, dans le rôle d’un médecin psychanalyste) est fasciné par une femme au cœur d’un mystère qu’il tente de résoudre. Comme dans Le Secret derrière la porte de Fritz Lang (1948), la folie est là, cachée derrière une apparence de normalité, instillant une angoisse sourde au quotidien…

Cette folie est au cœur du film, sans que l’on sache vraiment d’où elle vient. C’est tout le sel de ce film : Tourneur installe une atmosphère dérangeante tout en nous laissant dans l’ombre jusqu’à la dernière partie, et en laissant planer le doute. La jeune et belle Allida est-elle folle, comme son riche mari l’explique au docteur Bailey (Brent) ? Ou la réalité est-elle plus complexe, plus inquiétante ?

La démarche de Tourneur est très loin de celle de ses précédents films d’angoisse, exercices de style d’où émergeaient de purs moments de terreur. Ici, la peur est plus insidieuse, plus discrète, mais tout aussi forte et dérangeante. Elle s’installe par de petites touches discrètes, par de petits détails sans incidences que Tourneur filme sans en avoir l’air. Des rails qui font mine de s’effondrer sous un train lors d’un violent orage, une silhouette qui apparaît dans une rue déserte par une nuit neigeuse, le rideau d’un box de restaurant qui s’agite…

Dans une mise en scène élégante et romanesque, qui évoque les grands films hollywoodiens en costumes (l’histoire se passe en 1903), ces petits détails créent le malaise et soulignent le sentiment d’insécurité. L’interprétation totalement décalée d’Heddy Lamar, tranchant avec le jeu beaucoup plus direct et convenu des autres comédiens, fait également merveille, avec le même effet : renforcer le malaise.

A première vue, tout semble normal dans ce beau film. Mais Tourneur sème des tas de petits signes qui nous réaliser que rien n’est vraiment évident, et que tout peut arriver. A l’image de ce final spectaculaire, qui tranche brutalement avec l’angoisse sourde du film, plongeant littéralement George Brent au cœur de l’explosion d’un immeuble. Les trucages sont simples, mais l’effet est bluffant.

Et qu’importe si la toute dernière scène n’est pas à la hauteur : Angoisse est un film qui porte parfaitement son titre français.

• Encore une merveille à découvrir en DVD dans la collection bleue RKO des éditions Montparnasse, avec une présentation par Serge Bromberg.

Vaudou (I walked with a zombie) – de Jacques Tourneur – 1943

Posté : 12 janvier, 2013 @ 10:23 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

Vaudou (I walked with a zombie) – de Jacques Tourneur – 1943 dans 1940-1949 vaudou

De tous les films de zombies tournés avant ou depuis, le Vaudou de Tourneur reste sans doute le plus marquant, le plus fascinant, le plus effrayant aussi, le temps de quelques séquences minimalistes et géniales, typiques du réalisateur de La Féline. Si Vaudou est à ce point marquant, c’est d’ailleurs parce qu’il prend le contre-pied des grands films de morts-vivants à la Romero, violents et morbides. Ici, Tourneur signe un film délicat, élégant et mystérieux. Sans méchant, ni hémoglobine, et pourtant terrifiant.

Terrifiant, parce qu’il fait du Vaudou, cette pratique des Antilles entre sorcelleries et religion, davantage que le sujet du film : son décor. La jeune héroïne, qui arrive du Canada pour servir d’infirmière à une femme ayant perdu l’esprit, découvre un monde fascinant où le romantisme apparent (un décor idyllique, un hôte plein de charme, une matriarche totalement dévouée aux autres) dissimule une espèce de no man’s land entre la vie et la mort.

La courte séquence, très belle, de la traversée en bateau, donne le ton. Lorsqu’elle admire, émerveillée, la beauté de la mer et du ciel, son compagnon de voyage lui dit que cette beauté est issue de la mort et de la putréfaction : les étoiles meurent, et les reflets de l’eau ne sont que des milliers de petites créatures mortes pourrissant au clair de lune. Charmant…

Sur l’île, les habitants eux-mêmes semblent être dans une non-vie permanente, hantés par leurs fantômes. La mort, la vie… la frontière entre les deux est ténue, et ne répond plus aux mêmes règles, comme l’explique l’un des personnages : le pays est hanté par le malheur, depuis l’époque de l’esclavage. La vie est un fardeau perpétuel, c’est pourquoi on pleure à une naissance, et on fait la fête aux funérailles.

Tourneur filme merveilleusement bien cette atmosphère inquiétante et irréelle. Et puis bien sûr, il sait mieux que quiconque créer l’effroi à partir de pas grand-chose. L’héroïne et la « zombie » traversent un champ de cannes à sucre balayé par le vent dans la nuit, l’apparition d’un « géant » immobile, des bruits de tam-tam au loin… Il n’a pas son pareil pour filmer une bonne suée.

Dans Vaudou, il remplit largement son quota d’effroi. Mais il le fait dans une atmosphère lancinante et fascinante, qui nous plonge dans une torpeur impressionnante.

La Griffe du Passé / Pendez-moi haut et court (Out of the Past) – de Jacques Tourneur – 1947

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:14 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DOUGLAS Kirk, MITCHUM Robert, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

La Griffe du Passé / Pendez-moi haut et court (Out of the Past) - de Jacques Tourneur - 1947 dans * Films noirs (1935-1959) LaGriffedupasseacute_zpsfa507d75

Après avoir réalisé quelques-uns des plus grands films d’angoisse de l’histoire (de La Féline à Vaudou), Tourneur junior aurait-il signé le plus grand des films noirs ? Out of the Past peut sans rougir prétendre à ce titre, malgré (ou en raison de) son apparent classicisme. Sur le papier, le film ne se démarque pas des dizaines d’autres qui sortaient sur les écrans depuis le début des années 40. On retrouve, sans en oublier aucun, tous les ingrédients du parfait film noir : la femme fatale, le détective intègre, une machination machiavélique, la petite bourgade tranquille, et même la voix off, qui rythme une partie du film.

Tourneur respecte à la lettre le cahier des charges, et ne raconte même pas son histoire au deuxième degré. Et pourtant, Out of the Past se démarque nettement de la plupart des autres films noirs de l’époque, par la beauté des images, par la qualité de ses dialogues et de l’interprétation, et par une construction plutôt originale, qui scinde le film en deux parties. La première est un flash-back dans lequel le héros, Jeff Bailey (Robert Mitchum) raconte à sa fiancée les événements qui l’ont poussé à se retirer, sous un faux nom, dans une petite ville. La seconde se déroule « en direct » sous nos yeux. L’une des grandes forces du film réside dans la rupture de ton très brutale entre ces deux parties : la première est d’une simplicité absolue, totalement linéaire, presque simpliste ; la seconde est nettement plus machiavélique et complexe, chaque personnage déployant des trésors d’imagination pour être le plus malin. La question n’est plus « à qui peut-on faire confiance ? », mais « qui sera le plus retors ? ».

Pas d’issue heureuse possible dans ce panier de crabes, où la douceur de la blonde Rhonda Fleming, seul élément d’innocence, s’apparente à un eden inaccessible, une sorte de fantasme irréaliste, auquel se raccroche un héros en quête de rédemption (comme Penelope Ann Miller pour Al Pacino dans L’Impasse, de Brian De Palma).

Quant à Jane Greer, à la fois sublime et inquiétante, elle est une femme fatale idéale : pas difficile d’imaginer qu’un homme puisse se laisser envoûter par une femme qui sait à ce point jouer avec les sentiments des autres. Le grand « méchant » du film apparaît à ses côtés presque comme une victime. Ce méchant, c’est Kirk Douglas, tout jeunôt, dans son deuxième rôle (après L’Emprise du Crime, de Lewis Milestone… pas mal, pour un début de carrière), dont les scènes avec Mitchum fonctionnent formidablement bien : une étrange complicité semble se lier entre les deux hommes, pourtant ennemis mortels.

Et puis il y a Mitchum, plus impassible que jamais, qui élève l’art de ne rien faire au rang de pratique géniale. Est-ce le plus nonchalant ou le plus sensible des acteurs ? Soixante ans après, le mystère demeure…

L’Homme léopard (The Leopard Man) – de Jacques Tourneur – 1943

Posté : 7 octobre, 2010 @ 5:54 dans 1940-1949, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

L'Homme léopard (The Leopard Man) - de Jacques Tourneur - 1943 dans 1940-1949 lhomme-leopard-300x226

Dernier des trois films réalisés par Tourneur et produits par Val Lewton pour la RKO, The Leopard Man est le plus méconnu de la série, et aussi le seul à ne pas reposer sur un ressors fantastique. Le film n’est pourtant pas moins intéressant que La Féline et Vaudou, les deux précédents chef d’œuvre. Plus encore que dans les deux précédents films, Tourneur semble n’être intéressé que par la création d’une atmosphère angoissante. L’histoire, d’ailleurs, se résume en quelques lignes à peine : un léopard se sauve dans une petite ville, et peu après, des femmes commencent à se faire tuer. L’animal est-il le seul responsable ? L’intrigue n’est pas plus complexe que cela, et le film comprend relativement peu de personnages. L’Homme Leopard est un pur exercice de style, qui démontre une nouvelle fois l’immense talent de Tourneur.

Le film est surtout marqué par les trois séquences au cours desquelles des femmes se font tuer. Trois moments mémorables autours desquelles tout le récit est construit, même si les séquences de « transition » sont loin d’être inintéressantes. Même si, visuellement, elles sont moins impressionnantes que les trois scènes de mort, elles sont brillamment construites, avec toute la concision, la simplicité et l’efficacité dont le cinéaste sait faire preuve.

On est toutefois essentiellement marqué par la manière dont Tourneur filme, à chaque fois différemment, les morts des trois jeunes femmes. Loin de se répéter, ces moments sont d’une inventivité extrême, et reposent uniquement sur le génie du cinéaste : dans les trois cas, on ne voit qu’une jeune femme à l’écran. Dans un vaste terrain vague pour la première, dans un cimetière pour la deuxième, et dans les rues désertes de la ville pour la dernière. La manière dont Tourneur joue avec les ombres, les regards, et surtout l’invisible, est exceptionnelle. Comme dans La Féline, le cinéaste ne montre strictement rien des morts. Il étire le temps à l’extrême pour faire monter l’angoisse, puis la terreur, mais l’acte final se passe toujours hors champs (derrière une porte, ou derrière un mur)… Et le fait de ne rien voir (si ce n’est deux yeux qui brillent dans la nuit) renforce, évidemment, la trouille qu’inspire le film, et qui nous hante longtemps après.

Le titre le prouve : L’Homme léopard est à l’origine une opération commerciale, qui tente de surfer sur le succès de La Féline. Mais Tourneur a su en tirer une œuvre hypnotique et brillante, visuellement exceptionnelle. Le film se conclut d’ailleurs par une séquence étonnante et fascinante, étrange course poursuite autour d’un cortège funeste qui avance lentement dans le désert, dans une nuit où les nuages sont percés par la lumière du soleil levant. Ces images splendides restent gravées dans les esprits, et installent durablement un délicieux malaise. C’est du grand art…

 

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