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Archive pour la catégorie 'TO Johnnie'

Drug War (Du Zhan) – de Johnnie To – 2012

Posté : 4 août, 2014 @ 6:18 dans * Polars asiatiques, 2010-2019, TO Johnnie | Pas de commentaires »

Drug War

Drug War serait-il le film le plus radical de Johnnie To ? Difficile à dire, tant la production du grand maître hong-kongais est prolifique. Mais avec ce film, le réalisateur des formidables The Mission et PTU signe une sorte de polar qui pousse à un stade extrême l’abstraction.

La séquence d’ouverture nous plonge dans une simple filature, dans le cadre d’une enquête sur un trafic de drogue à grande échelle. Pas un instant on ne sortira de l’enquête, ni du point de vue forcément parcellaire des policiers. Le film ne laisse guère de chance de s’attacher à l’un ou l’autre de ces personnages, totalement privés de vie sociale. On est en plein cœur de l’action, et rien ne nous attache à la « vraie vie ». L’univers du film se résume à cette traque, à cette enquête qui, d’une étape à l’autre, va plonger les policiers au cœur du chaos.

Désincarné, privé de tout romantisme et de toute identification possible, Drug War déroute dans un premier temps. D’autant que la mise en scène au cordeau de To, qui s’attache généralement à restituer les différentes dimensions des lieux de l’action, semble ici plus préoccupée par le temps et son enchaînement. Le film est une plongée au cœur de l’enfer, lente mais assurée, une succession de moments dont on pressent immédiatement l’issue morbide.

C’est un pur film de cinéaste, qui ne se base pas sur des personnages dont on ne saura strictement rien. Pas plus que sur l’histoire, qui se résume à un enchaînement presque clinique de séquences. Tout le film repose sur la mise en scène, sur le mouvement inéluctable. Et Johnnie To est un maître en la matière. Passée la première partie, déroutante, le film fascine et nous laisse exsangue, à l’issue d’une dernière partie qui pousse le radicalisme de To à son extrême. Une épreuve, un monument de cinéma.

• Le film est édité chez Metropolitan, avec un petit making of et une série de bandes annonces.

PTU (id.) – de Johnnie To – 2003

Posté : 6 novembre, 2013 @ 2:33 dans * Polars asiatiques, 2000-2009, TO Johnnie | Pas de commentaires »

PTU (id.) – de Johnnie To – 2003 dans * Polars asiatiques ptu

Les 15 premières minutes sont hallucinantes, mélange de violence extrême, d’absurde et de sentiment de menace. Une plongée radicale dans ce qui est parenthèse irréelle à Hong Kong : une nuit où l’effervescence perpétuelle de la ville disparaît soudain. Johnnie To nous plonge dans cette nuit de solitude d’une manière ahurissante : en suivant un chef de gang constamment entouré, dont le moindre mouvement est suivi de près par tous ses hommes, qui finira par mourir totalement esseulé, après une longue agonie à laquelle personne n’assistera…

Dès lors, la vie grouillante de Hong Kong a disparu, et le film ne sera plus qu’une longue virée nocturne et fascinante dans les rues désertes, vastes artères dominées par des façades froides et pesantes. Une virée dont la perte de son arme de fonction par un policier sera l’absurde prétexte.

Avec ses cadrages légèrement désaxés et l’utilisation du grand angle, Johnnie To filme un Hong Kong quasi irréel, désert et habité par un sentiment d’insécurité et de menace permanente. Une plongée quasi-irréelle dans cette nuit pleine de dangers, où les êtres se déplacent comme des spectres. Où la parole est rare, et où le moindre geste laisse penser que l’explosion de violence est imminente. Il faudra pourtant attendre les dernières minutes, et se laisser envoûter par la musique exceptionnelle, hallucinogène. Entre-temps, la violence n’est que latente, et les flics déambulent lentement, arpentant les rues à pied. L’atmosphère évoque celle qui précède les règlements de compte dans certains westerns.

Ici aussi, comme chez Sergio Leone, toute notion de bien ou de mal est illusoire : toutes les trajectoires personnelles convergent vers un règlement de compte final que l’on pressent dès le départ, et qui se conclue sur une pirouette scénaristique qui enfonce définitivement le clou.

Inutile de chercher une quelconque morale, ou même un sens à cette nuit de violence : avec la dernière scène, To confirme que cette arme disparue n’était qu’un prétexte. Rien de plus.

Le résultat est un grand exercice de style, peut-être le film le plus radical de To, dont le scénario se résume à une seule nuit, une nuit au cours de laquelle la ville semble totalement endormie (To a d’ailleurs mis trois ans à tourner son film, ne pouvant profiter des rues désertes que le dimanche soir). En quelque sorte, le pendant hong-kongais du After Hours de Scorsese.

Vengeance (Fuk sau) – de Johnnie To – 2009

Posté : 22 mars, 2013 @ 1:52 dans * Polars asiatiques, 2000-2009, TO Johnnie | Pas de commentaires »

Vengeance (Fuk sau) - de Johnnie To - 2009 dans * Polars asiatiques vengeance

Il y a deux postures possibles face à Vengeance : on peut au choix saluer l’élégance et l’intelligence de la mise en scène, digne du cinéaste de The Mission ; ou se tordre de rire (ou de douleur) face à un scénario débile et un Johnny Hallyday grotesque.

Ce n’est pas tant que Johnny est un mauvais acteur. C’est surtout qu’il tient plus de la momie que de l’être humain. Difficile d’imaginer autre chose que la star hors du temps de la chanson française, voire même que sa vieille marionnette des guignols, à laquelle, quand même, il ressemble de plus en plus.

Avoir choisi Johnny pour ce rôle d’un ancien tueur à gages qui débarque à Macao pour venger les assassins de la famille de sa fille (Sylvie Testud, étrange apparition qui n’a rien à jouer, mais le fait plutôt bien) est, bien sûr, la pire erreur du film. A l’origine, Johnnie To voulait Alain Delon, et on voit bien pourquoi : le personnage de Francis Costello est clairement inspiré par celui du Samouraï (Jeff Costello), le film-culte de tout un tas de cinéastes de Hong Kong (le John Woo de The Killer, déjà…). Même mutisme, même chapeau vissé sur la tête, même dégaine.

Delon, qui a un flair incroyable pour éviter soigneusement tout ce qui pourrait ajouter une ligne glorieuse à son CV (on rappelle qu’il venait alors de tourner Astérix aux Jeux Olympiques ?), refuse le projet, et Johnnie To se tourne alors vers une autre icône. Et notre Johnny devient le seul acteur du monde à avoir tourné un western spaghetti avec Sergio Corbucci (Le Spécialiste) et un polar avec Johnny To. Et peu importe s’il s’agit, dans les deux cas, des plus faibles de leur auteur…

Quant à l’histoire de vengeance, elle n’est ni pire, ni meilleure que les arguments habituels des polars hong-kongais. Mais quelques choix curieux plombent le film : pourquoi avoir fait du personnage principal un type à la mémoire qui flanche ? Un enjeu « bis » qui n’apporte qu’une touche de ridicule dont on aurait pu se passer. A propos de ridicule, la séquence où Johnny prie à genoux face à la mer est pas mal : une prière si longue qu’il laisse la marée lui monter jusqu’au cou sans broncher !

Pourtant, Vengeance reste un film hautement recommandable. Même en roue libre, Johnnie To est un prince, et sa mise en scène est d’une intelligence et d’une efficacité remarquables. Entourés de ses acteurs habituels (Anthony Wong et Lam Suet en tête), il signe quelques grandes scènes formidablement tendus. La meilleure : une fusillade dans un bois plongé dans la nuit, où les coups de feu s’arrêtent lorsque les nuages couvrent la pleine lune. Là, le génie de To, sa science de l’espace et du temps, réapparaissent comme dans ses meilleurs films. Et ça, ça vaut bien quelques éclats de rire involontaires…

 

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