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Archive pour la catégorie 'SPIELBERG Steven'

Night Gallery : make me laugh (id.) – série créée par Rod Serling – épisode réalisé par Steven Spielberg – 1971

Posté : 27 septembre, 2022 @ 8:00 dans 1970-1979, COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, SERLING Rod, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Night Gallery Make me laugh

Spielberg avait déjà réalisé l’un des segments de l’épisode pilote de cette nouvelle série anthologique de Rod Serling, le créateur de La Quatrième Dimension. C’était même le premier engagement professionnel du jeune réalisateur, et l’occasion pour lui de diriger Joan Crawford. Pas de nouvelle grande star de l’âge d’or d’Hollywood dans Make me laugh, sa seconde participation au show.

En revanche, on retrouve Tom Bosley, acteur sympathique qui incarne ici l’agent d’un humoriste raté, joué par Godfrey Cambridge, dont la vie change radicalement lorsqu’il croise la route d’un authentique magicien, capable de réaliser n’importe lequel de ses vœux. C’est vite trouvé : il veut faire rire tout le monde, tout le temps…

On imagine bien que ce vœu à l’emporte-pièce va déclencher des catastrophes, et ce n’est pas côté scénario que cet épisode marque des points. En revanche, la maîtrise du jeune cinéaste semble déjà s’être affirmée depuis l’épisode précédent. Le regard de Spielberg rompt radicalement avec le tout venant de la télévision globalement assez peu révolutionnaire à cette époque.

Sa manière de filmer en très gros plans le visage ruisselant d’un Godfrey Cambridge superbement dramatique, ou un face-à-face étonnant avec le magicien au turban indien qu’incarne le très américain Jacky Vernon (choix discutable), suffit à donner du corps à cette histoire par ailleurs très anecdotique. Une curiosité, simplement, comme une étape dans la formation d’un cinéaste de génie.

« Cannibal » de Marcus Mumford – clip de Steven Spielberg – 2022

Posté : 16 septembre, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, COURTS MÉTRAGES, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Cannibal clip

Steven Spielberg assis sur une chaise de bureau à roulettes que tire sa femme Kate Capshaw… C’est en postant cette photo sur Instagram que le chanteur Marcus Mumford a annoncé que son nouveau clip a été réalisé par le cinéaste. Une première pour ce dernier, qui n’avait encore jamais signé le moindre clip.

La chanson, Cannibal, est sympa. Mais le clip n’a pas dû prendre un temps démesuré à un Spielberg il est vrai sans doute très occupé par son prochain film. En un seul plan filmé au téléphone portable, Spielberg ne fait pas de miracle côté lumière, et se contente grosso modo d’un aller-retour travelling arrière-travelling avant, dans un gymnase sans grand intérêt.

Voilà, voilà. C’est l’occasion de découvrir Marcus Mumford (jamais entendu parler jusqu’à présent). C’est l’occasion aussi d’avoir des nouvelles de Kate Capshaw, qui passe donc ses dimanches à jouer au fauteuil à roulettes avec son mari. C’est enfin l’occasion d’ajouter une ligne à la filmographie de Spielberg qui, musicalement, avait quand même fait nettement plus fort avec West Side Story.

A.I. Intelligence Artificielle (Artificial Intelligence : AI) – de Steven Spielberg – 2001

Posté : 15 septembre, 2022 @ 8:00 dans 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

AI intelligence artificielle

Quel est le point commun entre Rencontres du 3e type, The Fabelmans (son prochain film) et ce AI ? Ce sont les trois seuls longs métrages de Spielberg dont le cinéaste a lui-même signé le scénario. Autant dire qu’il a mis beaucoup de lui dans AI, projet initié par Stanley Kubrick que le réalisateur de Eyes Wide Shut a longtemps voulu confier à Spielberg. Ce dernier a pourtant toujours refusé, jusqu’à ce que la veuve de Kubrick revienne à la charge après la mort de son mari.

Bien sûr, il y a du Kubrick dans cette histoire parfois presque métaphysique qui nous plonge au cœur des sentiments humains, mais aussi du difficile rapport à l’autre, au temps qui passe, et à ce qu’est au fond l’humanité. Il y a aussi beaucoup de Spielberg, qui trouve là une belle occasion d’apporter un éclairage nouveau sur un thème qui l’inspire depuis toujours : l’héritage, l’amour filial.

Difficile de savoir ce qu’en aurait fait Kubrick s’il l’avait finalement réalisé lui-même. Spielberg, lui, en fait une fable profonde et émouvante, un film sensible et délicat. C’est aussi son hommage à Kubrick, avec une dernière scène très belle qui évoque celle de 2001, mais dont la simplicité presque enfantine et la voix off portent la marque de Spielberg, éternel conteur qui ne cesse de nous émerveiller avec son art de raconter des histoires.

Plus que Blade Runner (il y a des thèmes similaires) ou d’autres classiques de la SF (il faudra attendre Minority Report pour ça), c’est Pinocchio que AI évoque, d’une manière d’ailleurs tout à fait revendiquée, et avec un regard d’enfant qu’on imaginerait mal à Kubrick. Spielberg, lui, l’a toujours bel et bien, et il n’a aucun mal à adopter le point de vue de David, enfant-robot conçu pour palier l’absence d’un « vrai » enfant.

David, qui a été conçu pour aimer sa maman d’adoption quoi qu’il arrive, et que cette dernière finit par abandonner dans la forêt. Au-delà de la figure de Pinocchio, qui revient tout au long du film, c’est toute la cruauté des contes de Grimm ou Perrault que Spielberg met en scène, fée, ogre, mauvais garçon et bonne conscience compris.

Spielberg flirte avec le sentimentalisme le plus facile, mais signe un film bouleversant et finalement délicat. Bien sûr, la réflexion sur la folie créatrice de l’homme qui se prend pour dieu n’a rien de bien neuf : il y a du Frankenstein là dessous. Mais AI séduit par sa vision d’un monde au bord de l’implosion, et d’une humanité à la fois géniale et abjecte. Une curiosité dans le parcours du cinéaste.

West Side Story (id.) – de Steven Spielberg – 2021

Posté : 4 février, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

West Side Story

Je dois confesser ne jamais avoir été un grand fan du film de Robert Wise, pas vu depuis bien longtemps. Mais découvrir ce que Spielberg a fait de la comédie musicale de Broadway était quand même bien plus qu’intriguant. Spielberg s’attaquant à un genre phare du cinéma hollywoodien ? Carrément excitant…

Eh bien il ne faut pas longtemps pour être complément séduit par l’entreprise, totalement happé par l’ambiance esthétique et sonore de ce film, à la fois très fidèle à la comédie musicale originale, et qui porte sans le moindre doute possible la signature du cinéaste. Quelle ouverture ! Une caméra qui surplombe un quartier en pleine démolition, plongeant littéralement dans des décors de studio, parfaits jusque dans les tas de gravas, et dont se dégage pourtant un étrange et puissant parfum de réalité.

Tout le film, d’ailleurs, est basé sur cette équation a priori impossible. Spielberg signe un pur film de studio, où tout est à sa place, chaque élément de décor est fonctionnel, et les personnages (comme l’intrigue) se résument à une opposition hyper-schématique : d’un côté les descendants d’Irlandais sur le point de se voir déloger leur paradis américain ; de l’autre les nouveaux venus tiraillés entre l’envie de conquérir leur terre d’accueil et leur attachement pour leur Puerto Rico d’origine. Schématique, donc, mais d’une justesse absolue : le film prend les allures d’une fable, cruelle et constamment en prise avec la réalité.

Et puis il y a la manière de Spielberg, ce style si éclatant qui rend évident le mouvement de caméra le plus complexe. Il n’y a qu’à voir comment il filme le tout premier numéro musical, la formation de cette bande de jeunes dans ce quartier moribond, avec des travellings et mouvements de grue d’une virtuosité folle, mais qui n’ont jamais d’autre but que de nous plonger dans l’action, dans l’émotion, jamais tape-à-l’œil. Comme Les Aventuriers de l’arche perdue et d’autres réussites, son West Side Story est le triomphe d’un cinéma tourné vers le mouvement.

Il y a aussi ce mélange de modestie et d’assurance qui caractérise ses meilleurs films. Spielberg n’est pas du genre à survendre son talent, ou à se défaire de ses sources d’inspirations. On sent dans son film une admiration profonde pour celui de Wise, et la volonté d’en garder l’essence… tout en signant une œuvre personnelle. On retrouve ainsi toutes les chansons inoubliables de la comédie musicale, tous les moments qu’on attend… et même l’apparition de Rita Moreno, rescapée du premier film, à qui Spielberg fait bien mieux qu’offrir une apparition clin d’œil : il lui confie l’un des plus beaux personnages du film, celui d’une vieille commerçante qui, en quelque sorte, fait le pont entre les deux communautés.

Le West Side Story de Spielberg surpasse de loin celui de Wise par la virtuosité du cinéaste, qui nous offre quelques immenses moments de pur cinéma : une extraordinaire fausse bagarre dans un commissariat, un vrai affrontement dont des ombres vertigineuses renforcent l’aspect dramatique, un numéro chanté et dansé (« America ») irrésistible dans des rues bondées… Il fait aussi le choix gagnant de l’honnêteté et de l’authenticité : en confiant les rôles des Puerto Ricains à des hispaniques, et en choisissant des comédiens qui sont avant tout des chanteurs. D’où ce sentiment de redécouvrir des chansons pourtant bien connues, et cette certitude qu’on ne pourra plus jamais apprécier le film original comme avant.

Me voilà totalement séduit, et sans la moindre réserve, par ces premiers pas d’un grand cinéaste dans un genre qui semble, désormais, fait pour lui. On en sort la gorge nouée, bien sûr (faut-il rappeler que West Side Story est une adaptation libre de Roméo et Juliette?), mais surtout galvanisé, plus que jamais amoureux du cinéma. Et ça fait plus de quarante ans que Spielberg nous fait régulièrement cet effet là !

La Couleur Pourpre (The Color Purple) – de Steven Spielberg – 1985

Posté : 31 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1980-1989, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

La Couleur Pourpre

Il faut avoir un cœur rudement dur pour ne pas verser au moins un litre de larmes devant La Couleur pourpre. Un film important dans la carrière de Steven Spielberg : celui où, pour la première fois, il assume pleinement ses velléités à être autre chose qu’un (génial) cinéaste de divertissement. On a bien le droit, d’ailleurs, de préférer Les Dents de la Mer, Les Aventuriers de l’Arche perdue à ce drame terrible. On a bien le droit aussi de trouver que sa manière de créer l’émotion dans E.T. est plus nuancée, plus élégante.

Mais il y a quelque chose de très beau dans l’application de Spielberg à ne pas édulcorer son histoire, frôlant pour cela le trop-plein. Mais le résultat est, franchement bouleversant. Beau et généreux. Parfois un peu grandiloquent. Parfois un peu maladroit. On retrouve en fait les (grandes) qualités et les (troublants) défauts qui marqueront La Liste de Schindler, quelques années plus tard, en particulier cette propension de Spielberg à glisser du suspense là où ce n’est pas nécessaire : la scène du rasage, comme celle de la douche dans son classique de 1993.

Finalement, c’est dans les détails que l’émotion se fait la plus forte. Dans un geste de la main de Celia, dans une leçon de sourire qui se fige en torrent d’émotion. Et puis le film révèle le talent de la toute jeune Whoopy Goldberg, absolument magnifique dans le rôle de cette jeune fille noire confrontée à la cruauté de ce Sud de l’Amérique encore marqué par le poids du ségrégationnisme (Oprah Winfreh est également très bien en femme forte, puis femme brisée, étonnante). L’histoire est d’autant plus forte qu’elle ne met en scène, quasiment, que des noirs, évitant ainsi tout manichéisme trop facile.

Celia, donc, gamine enceinte de son propre père, que ce dernier refile à un type violent (Danny Glover, glaçant et curieusement touchant en fils brisé devenu adulte castrateur) qui aurait préféré la grande sœur, mais bon. Forcément, on lui retire ses bébés, on la sépare de sa sœur et les années passent, implacables, plombantes, dépourvues d’espoir. Il est question de domination, d’aliénation, de femmes sacrifiées, et de la figure du père, omniprésente et terrifiante. Spielberg a fait des films plus nuancés, plus maîtrisés. Mais comment échapper à l’émotion que suscite le film. Émotion attendue, c’est vrai, mais ça marche. Les larmes jaillissent, et on met deux plombes à se relever de son fauteuil…

Ready Pleayer One (id.) – de Steven Spielberg – 2018

Posté : 2 octobre, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Ready Player One

Roi du pop-corn movie ou grand auteur… Spielberg ne choisit pas. Sa filmographie témoigne même d’une envie folle de passer d’un extrême à l’autre, particulièrement ses dernières années : Le BGG succède au Pont des EspionsReady Player One succède à Pentagon Papers. Deux cinémas qui semblent aux opposés l’un de l’autre : le premier renvoyant vers les rêves et la folie de l’enfance, le second s’ancrant dans une réalité plus rude, plus amère même.

Avec Ready Player One, quand même, Spielberg semble franchir un nouveau pas. Visuellement d’abord, ce film de science-fiction bourré d’effets spéciaux et de furie s’inscrit dans la lignée esthétique des grands films « adultes » de Spielberg. Cette image comme saturée, presque monochrome, évoque aussi bien Pentagon Papers… que Minority Report, autre film de SF au ton pourtant bien différent.

Ready Player One, adaptation d’un roman que Spielberg voulait porter à l’écran depuis des années, multiplie les clins d’œil au pop-corn movie qu’il a en grande partie inventé. On ne va pas se lancer dans un listing des références qui défilent à l’écran : de la DeLorean de Retour vers le Futur aux dinosaures de Jurassic Park, en passant par King Kong, Alien, Terminator (et j’arrête là), il y en a des dizaines… des centaines peut-être. Mais c’est un peu plus qu’une simple ode aux années 80, ou à un certain cinéma dont Spielberg fut le meilleur ambassadeur.

Il est question de réalité virtuelle, d’un univers numérique dont les humains, dans un avenir relativement proche, sont des captifs volontaires. C’est dans ce monde de jeux vidéos où chacun se réfugie que l’univers pop devient une sorte de réalité de substitution, et où toutes les références sont possibles. Spielberg en dénonce les dangers sans cracher dans la soupe. L’homme est un grand amoureux des jeux vidéos. C’est aussi un vrai lucide qui, derrière le gigantisme de l’entreprise, semble se livrer comme rarement.

Le personnage de Mark Rylance, inventeur de « l’OASIS », le fameux monde virtuel, est un homme dépassé par sa création, qui regrette le temps d’avant, quand tout était… comme avant. En gros quand l’univers des jeux vidéos servait à jouer, pas à se réfugier. Un homme qui tente de revenir à l’essence essentiellement légère de sa création… Et on jurerait qu’il s’agit de Spielberg lui-même, créateur d’un cinéma de pur divertissement qui n’a cessé depuis quarante ans de s’asphyxier, Spielberg lui-même devenant paradoxalement une exception dans un cinéma formaté autour de ses propres films.

Ready Player One claironne son message un peu naïvement au final : rien ne vaut la réalité, parce qu’elle est réelle. La virtuosité de Spielberg, si spectaculaire soit-elle, trouve ses limites dans un cinéma où les effets numériques rendent possibles tous les excès. Mais il y a ce supplément d’âme que l’on attend dans tout bon Spielberg, une manière de renouveler le genre, de jouer avec les allers-retours entre virtualité et vraie vie, avec une dextérité folle, et surtout de réinventer les grandes figures du cinéma pop pour un trip plein de surprises. La virée dans l’Overlook de Shining mérite à elle seule le voyage…

Night Gallery, l’envers du tableau (Night Gallery) – créée par Rod Serling – pilote réalisé par Boris Sagal, Steven Spielberg et Barry Shear (1969)

Posté : 29 mars, 2021 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, SAGAL Boris, SERLING Rod, SHEAR Barry, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Night Gallery Eyes

Bien avant de co-réaliser l’adaptation cinéma de La Quatrième Dimension, Steven Spielberg avait déjà un lien avec son créateur Rod Serling : c’est pour lui qu’il a fait ses vrais débuts de réalisateur professionnel, en signant l’un des segments du pilote de Night Gallery, la nouvelle série anthologique de Serling. Ce dernier y confirme son goût pour l’angoisse et le surnaturel, dans de courts récits (en couleurs, cette fois) dont lui-même écrira près d’un tiers des scénarios.

Cette nouvelle série se distingue de La Quatrième Dimension en proposant des programmes plus long : chaque épisode est constitué de trois petits films, que Rod Serling introduit en se mettant en scène dans une galerie plongée dans l’obscurité, où il dévoile l’un après l’autre trois tableaux en rapport avec l’histoire à venir. Des tableaux qui, dans ce pilote au moins, joueront un rôle majeur dans les intrigues.

The cemetery – réalisé par Boris Sagal

Le premier segment est le plus faible des trois, parce qu’il donne un sentiment de déjà vu, et que les personnages sont particulièrement outrés. Roddy McDowall surtout, qui en fait des tonnes en neveu oisif et machiavélique bien décidé à faire crever son vieil oncle impotent et richissime pour rafler l’héritage. Sa méchanceté si affichée et si dénuée de nuance rappelle une quantité de méchants caricaturaux qu’on retrouvait dans les séries télé des années 70…

Face à lui, un George Macready en fin de course qui joue les vieillards cloué sur un fauteuil et privé de la parole, et Ossie Davis en serviteur pas si passif que ça. Ambiance anxiogène avec un tableau qui semble s’animer et annoncer le drame final. Pas neuf, pas désagréable, plutôt efficace malgré tout.

Eyes – réalisé par Steven Spielberg

La raison d’être de ce « pilote » sur ce blog : un petit film historique, puisqu’il marque le premier engagement professionnel d’un tout jeune Steven Spielberg, 21 ans seulement, et chargé de mettre en scène une légende d’Hollywood : Joan Crawford. Rencontre forcément importante, entre une icône de l’âge d’or et celui qui incarnera le mieux l’ère moderne d’Hollywood. Spielberg n’en est pas là, il fait ses gammes, son film est imparfait, parfois maladroit. Mais il a déjà de l’ambition.

C’est particulièrement visiblement dans toutes les scènes impliquant Joan Crawford, femme riche, aveugle et odieuse. La mise en scène de Spielberg est toute en symbole, jouant avec la lumière, le reflet, l’image, pour mieux faire ressentir la cécité du personnage, mais aussi l’ironique tragédie à venir. Travellings, plans naissant dans le reflet d’un diamant… Spielberg est débutant, mais déjà inspiré.

On sent bien le jeune homme encore rempli d’influences européennes et des théories apprises à l’école de cinéma. On sent qu’il a encore du chemin pour s’approprier pleinement ces théories et influences. Mais l’ambition est là, et Spielberg se tire avec les honneurs d’un scénario particulièrement lourd : la riche aveugle s’offre douze heures de vue en achetant les nerfs optiques d’un pauvre bougre acculé (Tom Bosley), pour une opération qu’un brave chirurgien quand même pas trop regardant accepte de réaliser (Barry Sullivan le pote trahi de Kirk Douglas dans Les Ensorcelés).

Escape Route – réalisé par Barry Shear

Tout aussi intéressant, et imparfait, le troisième et dernier segment met en scène un ancien responsable nazi réfugié en Amérique du Sud, hanté par ses victimes, moins par culpabilité que parce qu’il se sent constamment traqué. Les premières minutes sont particulièrement réussies : on le découvre dans sa chambre miteuse plongée dans une quasi-obscurité, incapable de trouver le sommeil.

Beau travail de Barry Shear, dans cette première scène. La suite sera plus aléatoire, avec quelques séquences un peu branlantes, mais globalement une belle manière de filmer la nuit, comme le lieu de tous les dangers, et de tous les fantômes. Une belle idée : confronter le criminel à deux tableaux, l’un rappelant ses crimes, l’autre évoquant un refuge qu’il cherchera à rejoindre (pour de bon). Un plaisir aussi de retrouver Sam Jaffe (Quand la ville dort) en rescapé des camps.

Pentagon Papers (The Post) – de Steven Spielberg – 2017

Posté : 12 mars, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Pentagon Papers

La maturité de Spielberg, sa vision si américaine de l’Amérique, sa naïveté aussi, et son sens incroyable de la caméra et de la narration, surtout. Pentagon Papers s’inscrit, comme Le Pont des Espions deux ans plus tôt, dans la veine « adulte » du cinéaste, si on veut résumer un peu vite. Adulte et ancrée dans la réalité : les deux films, comme Lincoln avant eux, sont plus que des histoires vraies : des pans de l’histoire américaine.

A l’heure du bilan, on finira bien par réaliser à quel point Spielberg, en variant les tons et les époques, dresse film après film une sorte de panorama de l’histoire moderne de l’Amérique. Pentagon Papers se situe à une époque charnière, que Spielberg aborde finalement pour la première fois : le début des années 70 (qui furent aussi les siens), les Etats-Unis embourbés au VietNam, le fossé qui se creuse entre le peuple et les dirigeants après l’assassinat de Kennedy, et qui culminera avec le scandale du Watergate.

Ce n’est pas anodin : Pentagon Papers parle d’un autre scandale, qui donnera au Washington Post la légitimité populaire nécessaire pour révéler les agissements de Nixon en 1974. On est trois ans plus tôt, et il s’agit de documents classifiés révélant que le gouvernement a délibérément laissé l’armée américaine s’embourber au VietNam en sachant que la guerre était ingagnable.

Le point de vue adopté par Spielberg est aussi original que captivant : c’est celui de la propriétaire du Washington Post et de son rédacteur en chef, qui découvrent ces révélations… dans la presse, dépassés qu’ils sont par le New York Times alors plus établi, plus respecté. Le film parle d’un scandale d’état, il raconte aussi et surtout le sursaut d’un journal, ce moment décisif où une poignée d’hommes et de femmes décident de rompre avec une certaine complaisance, de refuser les injonctions venant de la Maison Blanche, et de publier.

Toute l’action se passe au téléphone, lors de réunions, ou autour de milliers de documents imprimés… Rien de spectaculaire, donc, le film est aux antipodes du BGG ou de Ready Player One que Steven Spielberg a tourné juste avant et juste après, et c’est passionnant. Meryl Streep est très bien, sur le fil du cabotinage. Tom Hanks est formidable en vieux briscard du journalisme… Et Spielberg, magicien, donne un rythme fou à ce suspense d’antichambres, et fait naître une émotion dingue de ces rotatives qui se mettent en branle.

Pentagon Papers trouve d’emblée sa place parmi les grandes réussites de Spielberg, et parmi les grands films sur la presse, comme un préambule aux Hommes du Président, largement à la hauteur de ce dernier.

1941 (id.) – de Steven Spielberg – 1979

Posté : 19 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

1941

Après Les Dents de la mer et Rencontre du 3e type, deux triomphes, Spielberg peut évidemment faire tout ce qu’il veut, de la manière qu’il veut, avec les moyens qu’il réclame. Le gars a des ailes, de l’ambition, et aucune limite. Ce qui donne… un OVNI démesuré et hallucinant, une folie au budget visiblement énorme, et à la ligne directrice très fine.

1941 est une curiosité dans l’œuvre de Spielberg. Certains seraient même tentés de dire une aberration : une accumulation de séquences de bravoure dont chacune pourrait être le point culminant d’un film lambda, une sorte de parodie démentielle de la notion même de blockbuster, ce principe que Spielberg a inventé avec Jaws.

Sans doute pas un hasard si 1941 commence par un copié-collé de son premier triomphe : une femme nue qui court sur la plage et se précipite dans l’océan où se cache… non, pas un requin : un sous-marin japonais, perdu le long de la côte californienne.

1941 joue sur la peur qui a soufflé sur la côte ouest américaine après l’attaque de Pearl Harbor : l’action du film se déroule six jours plus tard, près d’Hollywood. L’atmosphère paranoïaque y est, disons, très loin du Perfidia de James Ellroy, pour ceux qui connaissent…

Spielberg se sent pousser des ailes, donc. Chacun de ses plans semble démesuré. C’est vif, fou, généreux, mais ce n’est enthousiasmant que par bribes. Quand John Belushi apparaît notamment, hilarant en pilote d’avion déjanté et répugnant, et irrésistible. Ou Robert Stack, en officier qui pleure devant Dumbo

Beaucoup de gags ou de répliques énormes (« What’s that ? – It appears to be a large negro, sir. »… Ça m’a fait ma soirée, ça), une ampleur rare dans la folie… On aimerait l’adorer ce film, avec ce rythme incroyable et ce casting qui ne ressemble à rien (Christopher Lee, Toshiro Mifune, Treat William, Dan Aykroyd, Ned Beatty…). Mais le plaisir qu’on y prend est aussi immense que distendu, et le film manque d’un liant.

Trop de moyens, trop de personnages, trop de folie finalement. 1941 a un côté attraction foraine, revendiqué, un trip dont on finit quand même par se demander s’il n’a pas quelque chose du caprice d’enfant trop gâté. Une telle débauche de moyens à l’écran, ce n’est pas si courant.

Munich (id.) – de Steven Spielberg – 2005

Posté : 3 avril, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Munich

Spielberg est un sprinter. Depuis les années 90, il a cette drôle de tendance à enchaîner les projets très différents à un rythme effréné, avant de reprendre son souffle pendant deux ou trois ans. Comme de spectaculaires à-coups qui lui permettent de livrer toute la complexité de son inspiration.

En l’espace d’un an seulement, Spielberg a signé une comédie (Le Terminal), un film apocalyptique grandiose (La Guerre des mondes), et une plongée austère et réaliste dans le monde troublé des années 70, marqué par la violence qui déchire (encore et déjà) Juifs et Palestiniens.

Il y a des points communs entre ces trois films (trois réussites, chacun à leur manière), à commencer par le thème de l’innocence perdue, et celui de l’homme de plus en plus seul dans un monde qu’il ne comprend plus et qui lui devient hostile. Soit. Mais ces films résument bien le champ d’inspiration de Spielberg, la facilité qu’il a de passer d’un genre à l’autre, d’un ton à l’autre, d’une époque à l’autre.

Ardent défenseur de la cause juive avec Schindler, Spielberg a un premier grand mérite avec Munich : il ose prendre ses distances, et signe un film beaucoup plus nuancé, qui par conséquent déplaira autant aux Israéliens qu’aux Palestiniens. Partant d’une tragédie, la prise d’otage et l’assassinat de onze représentants de la délégation israélienne aux JO de Munich en 1972, Spielberg ne signe ni un film historique, ni un vrai suspense, mais un film sur la violence et ses conséquences. Personne n’en sort vainqueur.

Après cet attentat meurtrier, la première ministre Golda Meir a décidé la mise à mort des onze responsables de cet attentat. C’est leur traque par un jeune agent inexpérimenté du Mossad et ses hommes tout aussi novices en matière de tueries que le film raconte. Rien d’héroïque, rien de spectaculaire, des exécutions sales et violentes, filmées avec une lumière pisseuse et blafarde. Rien de romantique, vraiment…

Sans doute le film est-il discutable d’un point de vue historique. On peut aussi trouver ici et là quelques effets faciles comme Spielberg, parfois, ne peut s’empêcher d’en glisser : la voiture mystérieuse et menaçante dans la dernière partie, aussi inutile et gênante que la scène de la douche dans La Liste de Schindler. Mais Munich est surtout un film admirablement construit, l’œuvre d’un cinéaste qui maîtrise son art avec une extrême modestie.

C’est un monde de mensonge et de violence larvée que raconte Munich, avec ses personnages qui semblent se débattre pour ne pas s’y noyer. Eric Bana est très bien, avec son physique falot, ballotté par l’Histoire. Et puis Kassovitz, Ciarán Hinds…, et Daniel Craig, dans son dernier rôle pré-Bond, que l’on voit très curieusement se transformer au fil de l’histoire, gagnant une carrure et une intensité qui sont déjà, in fine, celles de 007.

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