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Archive pour la catégorie 'SPIELBERG Steven'

Le BGG, le Bon Gros Géant (The BFG, The Big Friendly Giant) – de Steven Spielberg – 2016

Posté : 20 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Le BGG

Finalement, Spielberg n’aime rien tant que le grand écart. Après le très sombre Minority Report, il avait enchaîné avec le lumineux Arrête-moi si tu peux. Entre deux Jurassic Park, il avait tourné La Liste de Schindler. Après le très adulte et très intense Le Pont des Espions, voilà qu’il revient à un cinéma ouvertement tourné vers l’enfance : l’adaptation d’un classique de la littérature jeunesse, dont le personnage principal est une fillette.

Inattendu à ce stade de sa carrière ? Pas tant que ça. Certes, Spielberg est devenu avec le temps le plus grand des grands cinéastes classiques du moment. Mais son il a aussi une tendance de plus en plus marquée depuis une dizaine d’années à se retourner vers la genèse de son œuvre et vers ses rêves de jeunesse : les concrétisations de Lincoln et Tintin, deux projets de très longue date, en sont une forme. Ready Player One et le retour annoncé d’Indiana Jones en sont d’autres.

Reste qu’on n’attendait pas forcément Spielberg dans l’univers de Roald Dahl, qui semblait d’avantage taillé pour un Tim Burton (Charlie et la chocolaterie). Et qu’on se demandait un peu comment il allait s’en tirer. Techniquement et artistiquement, on lui faisait confiance, mais le roman est court, et direct. Comment donc en avait-il tiré un film de près de deux heures ?

Eh bien en rajoutant une foule de détails qui, loin de délayer inutilement l’histoire, renforcent joliment l’histoire et l’émotion, en restant fidèles à l’esprit de Roald Dahl. Le film est donc un beau récit sur l’enfance, un rien naïf : l’histoire d’une orpheline enlevée par un gentil géant, et confrontée à d’autres géants nettement moins sympathiques.

Dans la filmographie de Spielberg, et particulièrement dans sa filmo récente, Le BGG est une petite chose bien mineure. Mais visuellement, c’est une grande réussite, grâce en partie à la superbe photo de Janusz Kamiński, le chef op attitré de Spielberg depuis … Schindler, qui donne une chaleur et un aspect proche du rêve éveillé à ce film.

Mais le meilleur dans ce film, c’est peut-être Mark Rylance. Déjà à l’affiche du Pont des Espions, l’acteur est méconnaissable, transformé par la technique de la motion capture en géant disproportionné. Mais ses mouvements indéfinissables, à la fois lourds et aériens, et sa manière de prononcer les mots imaginés par Dahl représentent la meilleure des plus-valus du film par rapport au livre. Voir le film en VF serait, pour le coup, une erreur.

Le Terminal (The Terminal) – de Steven Spielberg – 2004

Posté : 5 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2000-2009, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Le Terminal

Deux ans après le très aérien Arrête-moi si tu peux, et avant d’enchaîner avec deux films très amples et très sombres (La Guerre des Mondes et Munich), Spielberg s’offre une petite récréation pas si anodine que cela.

Ne nous racontons pas d’histoire : dans le fond et dans la forme, Le Terminal fait figure de bluette mineure dans la filmographie de Spielberg, qui n’a pas l’éclat des trois films (majeurs, ceux-là) qui l’entourent. Pourtant, cette histoire d’un voyageur de l’Est qui se retrouve coincé durant des mois dans un aéroport de New York est l’un des films les plus ouvertement politiques du cinéaste.

Comme Capra, auquel on pense forcément, Spielberg écorne l’image de l’American Dream tout en en célébrant les plus beaux côtés. Le personnage principal, joué par un Tom Hanks très à son aise dans son rôle de quasi-apatride à l’accent à couper au couteau, est victime d’une administration totalement inhumaine, symbolisée par un Stanley Tucci réjouissant en responsable de l’aéroport froid et totalement dénué d’affect. Mais s’il est là, c’est aussi pour rendre hommage à l’une des formes les plus purement américaines de la culture (le jazz, enfermé dans une boîte mystérieuse).

Comédie douce-amère, franchement drôle, mais aussi sincèrement touchante, Le Terminal est un film simple et sincère. Gentiment naïf parfois, dans la manière dont Viktor (Hanks) fait naître la bonté tout autour de lui, faisant ressortir le meilleur côté de tous ceux qui le croisent ou l’entourent, de l’hôtesse de l’air interprétée par Catherine Zeta-Jones au bagagiste joué par Diego Luna. A la manière d’un certain Monsieur Smith.

La Liste de Schindler (Schindler’s List) – de Steven Spielberg – 1993

Posté : 13 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

La Liste de Schindler

Bien sûr, La Liste de Schindler est un film imparfait. OK, il n’est pas non plus exempt de fautes de goûts : la scène de la douche, en particulier, faux suspense qui semble n’être là que pour rassurer les producteurs hollywoodiens, est déplacée et même gênante.

Mais quand même, Spielberg signe un film d’une remarquable dignité. Parfois étouffé par l’immense respect et la sincérité indéniable du cinéaste (la scène où Schindler revient à pied entouré de toutes ces femmes qu’il a tirées d’Auschwitz est assez peu crédible, et frôle le ridicule), mais d’une force indéniable, et souvent très juste.

Même la très décriée robe rouge de la fillette juive, unique touche de couleur du film, s’avère un parti-pris délicat et simplement beau. Ou comment souligner sans en rajouter que toutes ces victimes dont on met souvent le nombre gigantesque en avant sont autant d’individus et de destins brisés.

Il y a en fait deux films, dans La Liste de Schindler. D’abord, celui consacré aux destins des Juifs, que Spielberg filme comme pris dans une spirale infernale dans laquelle ils perdent peu à peu tout ce qu’ils ont : leur liberté, leur maison, leurs biens, leur dignité…

Là, Spielberg enchaîne les moments très forts, frôlant par moments l’effet catalogue. Mais la sincérité et la force du propos sont telles qu’on ne peut que s’incliner devant la démarche qui tient autant du film de cinéma que de l’hommage pur, comme le confirme la fin.

L’autre film, c’est le portrait de Schindler lui-même, ordure banale que l’on voit prendre conscience peu à peu de l’horreur dont il est le complice malgré lui. Liam Neeson, dans le rôle de sa vie (ben oui, s’il ne s’était pas vautré dans le cinéma d’action cheap ces dernières années, il l’aurait peut-être eu, le rôle de Lincoln qui lui a longtemps été promis), est formidable.

Et c’est peut-être ce qu’il y a de plus fort dans le film : ce personnage dont Spielberg n’atténue pas les tares, mais dont l’humanité finit par faire la différence au milieu des bourreaux malades dont le terrible Amon Goeth, rôle qui a révélé Ralph Fiennes.

Il y a la musique aussi, déchirante comme un râle qui aurait traversé le temps et qui renforce magnifiquement l’émotion. Et puis cette ironie, cruelle, qui vient refermer le film : l’armée soviétique vient « libérer » les camps par un unique cavalier, et qui a cette réplique définitive : « Vous ne pouvez pas aller à l’est, ils vous détestent. Si j’étais vous, je n’irais pas non plus à l’ouest. »

Hook ou la revanche du capitaine Crochet (Hook) – de Steven Spielberg – 1991

Posté : 12 février, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Hook

Hook marque une date importante pour Spielberg. A 45 ans, l’ancien golden boy referme ici toute une partie de sa carrière, où l’enfance tient une place prépondérante. Dire qu’il devient adulte en 1991 serait sans doute abusif : Spielberg a alors déjà signé des films qui témoignent de sa maturité, comme La Couleur pourpre. Mais c’est une période particulièrement riche et passionnante qui s’ouvre pour lui. Les deux films qui suivront lui vaudront ainsi son plus grand triomphe public (Jurassic Park) et sa plus grande reconnaissance critique (La Liste de Schindler).

Quant à Hook, il reste plus de vingt-cinq ans après un film mal aimé et sans doute mésestimé, qui mériterait d’être réévalué. Le film n’est certes pas un chef d’œuvre : Neverland a un aspect franchement kitsch, et on sent que Spielberg n’est plus tout à fait en phase avec ses « enfants maudits », dont il fait une sorte de version new age des Goonies (film qu’il avait produit) sans trop y croire. Mais dans l’affrontement entre ce Peter Pan qui a rompu avec son enfance, et son ennemi de toujours le capitaine Crochet, c’est toute la difficulté de devenir adulte qui semble résumée.

Le film est quand même basé sur une idée assez formidable : Peter Pan a décidé de quitter Neverland et de vieillir parce qu’il est tombé amoureux de la petite-fille de Wendy, son amour d’autrefois étant devenue une vieille dame. Devenu père à son tour, il a tout oublié de son passé, pour devenir la caricature de l’homme d’affaire qui n’a rien gardé de son esprit d’enfant. Hook respecte en cela parfaitement les thèmes abordés par J.M. Barrie dans son roman, qu’il prolonge même assez habilement.

Il y a certes une grande limite : en faisant de Peter un homme d’affaire à la fortune visiblement conséquente, le film simplifie et caricature le thème de la responsabilité paternelle, en évacuant toute notion financière. Mais Robin Williams fait un Peter très convaincant, et Dustin Hoffman est particulièrement réjouissant en Crochet dont la superbe dissimule mal l’aspect pathétique. Le duo qu’il forme avec Mouche (Bob Hoskins) est assez irrésistible.

Pas que du bon, donc, dans ce Hook qui occupe pourtant une place centrale dans la filmographie de Spielberg, et qui ne vaut pas le mépris amusé qu’on lui réserve le plus souvent.

Amistad (id.) – de Steven Spielberg – 1997

Posté : 31 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Amistad

L’un des Spielberg les plus mal aimés mérite bien une petite réhabilitation. Non pas que Amistad soit l’un des chefs d’œuvres du monsieur, dont on peut citer une douzaine de films plus aboutis que celui-ci : sans doute trop long, Amistad peine à garder jusqu’au bout la puissance de ses premières scènes.

Parce que, comme souvent chez Spielberg, y compris dans ses films les moins réussis (le quatrième Indiana Jones, pour ne citer que celui-ci), le début est éclatant. Par une succession de très gros plans, viscéraux et impressionnants, il nous emmène au plus près d’esclaves enfermés à fond de cale, comme il le fera avec les GIs sur les plages de Normandie dans son film suivant, plus acclamé mais pas moins imparfait.

Spielberg est un grand humaniste, lorsqu’il n’est pas un entertainer de génie. Avec Amistad, il filme les noirs victimes de l’esclavage un peu comme il filmait les Juifs victimes de l’Holocauste dans La Liste de Schindler. C’est en tout cas la sensation qui se dégage des quelques flash-backs qui éclairent l’histoire de ces Africains-là : raflés dans leur village, parqués par esclavagistes qui les traitent comme des marchandises, jetés à la mer comme du lest… Le parallèle entre les deux films, entre ces deux horreurs absolus, est clairement assumés.

Pourtant, c’est quand il s’éloigne de cette comparaison peut-être trop évidente que le film devient le plus fort. L’histoire s’inspire de faits authentiques : la mutinerie d’Africains enlevés chez eux pour devenir esclaves en Espagne, dans les années 1830, et jugés aux Etats-Unis. Là où Spielberg est le plus inspiré, c’est dans la relation qui se noue entre l’un des Africains (joué avec une extraordinaire intensité, mais aussi sobriété, par Djimon Hounsou, révélation du film) et l’avocat qui décide de les aider (Mathew McConaughey, dans sa période pré-comédies romantiques torse-poil).

Les premières scènes surtout, sont magnifiques, lorsque les deux hommes tentent de communiquer par-delà la barrière de la langue. Audacieux, Spielberg choisit en effet de faire parler les Africains dans leur propre langue, parfois sans sous-titre. Un choix qui rend notamment tout le début du film purement sensoriel, et qui donne plus tard lieu à quelques très jolies scènes pleines d’émotions.

La relation qui se noue entre cet homme né libre en Afrique et l’ancien esclave devenu libre et respecté qu’incarne magnifiquement Morgan Freeman est également magnifique. Freeman, d’une sobriété exemplaire, incarne parfaitement, par son simple regard incrédule et par sa gêne manifeste, toute l’horreur de l’esclavage.

La seconde moitié du métrage se dirige vers un film de procès un peu plus convenu, malgré l’enjeu de l’histoire (qui annonce Lincoln, le grand-œuvre dont Spielberg parlait déjà à l’époque) et la sincérité évidente, mais presque trop étouffante du propos. Surtout, dans la dernière partie, Mathew McConaughey, très bien, s’efface au profit d’Anthony Hopkins, qui a décidément tendance à en faire beaucoup dès lors qu’il a un rôle fort (en l’occurrence celui de l’ancien président John Quincy Adams).

Mais le film, malgré ses 2h30, est passionnant de bout en bout. Et même s’il joue un peu la carte de l’émotion facile, Spielberg le fait en teintant son film d’une profonde amertume, et d’un certain cynisme. Après tout, l’issue du film ouvre peut-être un certain espoir, mais il faudra encore trente ans et des dizaines de milliers de morts pour que l’esclavage soit aboli aux Etats-Unis…

Jurassic Park – Le Monde perdu (The Lost World – Jurassic Park) – 1997

Posté : 24 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Jurassic Park - Le Monde perdu

Après 1993, année exceptionnelle pour lui (un triomphe populaire avec Jurassic Park, et un sacre critique avec La Liste de Schindler), il a fallu du temps à Spielberg pour retrouver le chemin des plateaux. Après quatre ans d’absence, il retourne au charbon en terrain connu, avec une suite au succès attendu qu’il donne à son grand film de dinosaures.

Le premier film était un hommage aux grands films de monstres, King Kong en tête ? Celui-ci encore plus : ce Monde perdu (dont le titre évoque d’ailleurs un livre de Conan Doyle qui avait déjà inspiré le plus célèbre des singes géants) reprend une trame qui multiplie les clins d’œil au roi Kong, jusqu’au final dans les rues d’une ville américaine. On s’attendrait presque à voir le T-Rex grimper sur la façade de l’Empire Stade Building…

Cette partie urbaine arrive tardivement. Trop, sans doute : le film, sur ce point, laisse un petit sentiment d’inachevé, comme si Spielberg n’avait pas trop su quoi faire de cette rencontre exceptionnelle entre un dinosaure et le décor d’une grande ville. Sur ce point seulement, parce que cette suite, qui joue forcément moins sur la surprise que le premier, est d’une inventivité et d’une intensité dignes des meilleurs Spielberg.

Premier point positif : on n’a pas à se taper la longue séquence explicative qui plombait le début du premier film. Et en confrontant l’équipe de scientifiques (toujours menée par Jeff Goldblum, accompagné cette fois de Julianne Moore) à des mercenaires sans scrupules (menés par un Pete Postlethwaite intense en grand chasseur à sang froid) dans un environnement forcément hostile, peuplé de dinosaures, Spielberg s’offre un terrain de jeu réjouissant.

Pas de grande réflexion métaphysique, pas de message profond : Spielberg signe un pur spectacle de cinéma, et il multiplie les morceaux de bravoure, superbement réalisés. Un plan en plongée qui dévoile les traînées que laissent des dinosaures en traversant un champs pour se diriger vers une colonne de mercenaires. Une caravane accrochée dans le vide sous une pluie battante… Spielberg nous embarque dans une véritable attraction, pleine de sensations.

Columbo : Le Livre témoin (Columbo : Murder by the book) – de Steven Spielberg – 1971

Posté : 19 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Columbo Le Livre témoin

On pourrait essayer de voir des signes, tenter de détecter le génie du futur réalisateur de Duel ou Jaws, se dire que, quand même, le jeune Spielberg a fait sien l’univers de Columbo. On pourrait. On aurait d’ailleurs toutes les raisons de le faire : ce premier “vrai” épisode de la série (après un téléfilm réalisé en 1967 et un pilote officiel réalisé par un autre), est mené sans la moindre baisse de régime, et réserve un suspense remarquable.

Mais il s’agit bien d’un film de commande pour Spielberg, réalisateur plein de promesses qui a encore tout à démontrer. Et son talent est entièrement au service d’une machine hyper-efficace et déjà bien rodée. Le montage, la musique, l’interprétation suave de Jack Cassidy, et bien sûr le scénario qui réserve la première demi-heure à la mécanique d’un meurtre que le célèbre inspecteur devra décortiquer par la suite… Reconnaissons que rien n’annonce l’univers de Spielberg dans ce bon épisode d’une série très datée 70s mais toujours fort sympathique.

Finalement, le fait que Spielberg, dans ses débuts, ait apporté sa pierre à cet édifice, est surtout l’occasion de renouer avec cette série culte qui a bercé l’enfance de plus d’une génération.

Jurassic Park (id.) – de Steven Spielberg – 1993

Posté : 24 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Jurassic Park

Comme avec Les Dents de la Mer ou Les Aventuriers de l’Arche perdue, Spielberg a durablement inspiré le cinéma hollywoodien avec ce premier Jurassic Park, ne serait-ce que pour l’utilisation, extraordinaire pour l’époque, d’effets spéciaux qui continuent, plus de vingt ans plus tard, à impressionner. A vrai dire, si le film reste aussi convaincant aujourd’hui, c’est parce qu’il mélange très habilement les effets spéciaux à proprement parler et les « animatronix ». Un aspect que les blockbusters à venir auront de plus en plus tendance à ignorer, privilégiant de plus en plus les tournages sur fond vert.

Jurassic Park, aussi révolutionnaire soit-il, est donc presque un film d’un autre temps. C’est d’ailleurs tout le paradoxe de Steven Spielberg, quasiment depuis ses débuts : s’il a réinventé à lui seul, ou presque, les règles du grand cinéma populaire, il s’est toujours inscrit dans la lignée des grands cinéastes classiques. Et cette fois, c’est du côté des vieux films de monstres qu’il s’est tourné. King Kong en tête bien sûr, avec cette gigantesque porte, cette île qui ressemble tant à Skull Island, et le combat final du T-Rex et des velociraptors, comme un hommage au film de 1933.

On retrouve en tout cas dans Jurassic Park le pur plaisir du cinéma d’aventures à l’ancienne, dont Spielberg avait déjà fait le cœur de ses trois premiers Indiana Jones. Il y a d’ailleurs une vraie parenté entre ces films : dans la personnalité, le chapeau… et jusqu’aux mimiques du personnage de paléontologue (presque un archéologue) joué par Sam Neill. On se demanderait presque si, à un moment ou un autre, Spielberg n’aurait pas pensé à intégrer Indy dans le film. Sans doute pas, mais la ressemblance est par moments troublante.

La séquence d’ouverture est formidable, comme souvent chez Spielberg : un grand moment terrifiant où le cinéaste pose les bases du drame, avec un art consommé de filmer les choses (et les dinosaures) sans rien vraiment montrer.

Après cette ouverture percutante, on a hélas droit à une longue partie explicative, sans doute indispensable à l’époque (il fallait bien explique comment on avait réussi à clôner tous ces animaux disparus depuis des millénaires), mais dont l’effet de surprise, et même l’intérêt, sont aujourd’hui très émoussés. Un ventre creux qui permet quand même de faire connaissance avec les personnages : Sam Neill excellent, Jeff Goldblum cabot sympathique, Laura Dern cabote agaçante, deux gamins pas du tout tête à claque, et Richard Attenborough que le fait d’avoir vu 10 Rillington Place il y a peu rend glaçant…

Bref, on se contrefout de tout l’aspect scientifique de l’histoire, créée par Michael Crichton (une sorte de variation sur le thème de son Mondwest). Et la fascination qu’exerçaient les dinosaures à la sortie du film n’est plus aussi forte. Mais quand tout part en couille, quand les garde-fous de ce parc d’attraction sautent les uns après les autres, quand ces braves scientifiques émerveillés se transforment en gibier potentiel, alors là le génie de Spielberg prend toute sa dimension.

La vraie attraction, le vrai trip, les vraies sensations, c’est le pur cinéma qui les offre. Spectateurs et personnages se retrouvent alors sur le même plan, embarqués par un maître du spectacle qui se permet même de jouer avec sa propre image, en mettant en scène le merchandising qu’il a lui-même développé avec ses films événements, et tout particulièrement celui-ci. Un grand spectacle, doublé d’une mise en abyme. Une nouvelle leçon de cinéma.

Always, pour toujours (Always) – de Steven Spielberg – 1989

Posté : 11 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Always

Un plan, fugace et magnifique : juste après la mort de Pete, sa fiancée et son meilleur ami se retrouvent pour la première fois. Pas un mot, pas une larme, juste leurs mains qui s’agrippent derrière une porte qui se referme sur leur douleur. Tout n’est pas aussi beau dans ce film méconnu et mal aimé, mais ce simple plan résume à lui seul l’immense sensibilité de Spielberg, sensibilité qui, non, n’est pas de la sensiblerie.

D’ailleurs, de ce pur mélodrame inspiré d’un petit classique de l’âge d’or d’Hollywood (Un nommé Joe de Victor Fleming), Spielberg aurait pu faire un tire-larmes dans la lignée de Ghost, autre histoire d’amour qui se prolonge après la mort, sortie (est-ce un hasard ?) quelques mois plus tard. Mais non : l’émotion est constamment contrebalancée par l’humour, le second degré et cet optimisme qui est encore la marque de Spielberg à la fin des années 80.

C’est d’ailleurs la fin d’une époque pour Spielberg, dont le cinéma deviendra bientôt beaucoup plus sombre : avec Hook, son film suivant, Always symbolise la fin d’une certaine innocence de la jeunesse. Comme Peter Pan, Pete Sandich doit lui aussi accepter d’aller de l’avant, d’accepter cette mort qui l’a privé d’une belle histoire d’amour.

Elle, c’est Holly Hunter, formidable en « vraie » femme aux allures de garçon manqué (« C’est pas la robe, c’est la manière dont tu me vois » est quand même une très jolie réplique). Lui, c’est Richard Dreyfuss, l’acteur fétiche des premières années, qui tourne justement pour la dernière fois sous la direction de Spielberg, pilote de canadair qui se brûle les ailes (littéralement) à trop jouer avec le feu (re-littéralement).

La première demi-heure est euphorisante, dominée par la présence irrésistible de John Goodman, en pleine forme dans son éternel rôle de meilleur ami rigolo, et marquée par une multitude de signes avant-coureurs de la mort : cette vision glaçante de Dreyfuss éclairé par la lumière bleutée d’un frigo ouvert, ou d’autres jeux de lumière qui semblent annoncer l’inéluctable.

La suite alterne le très beau et le moins convaincant, « l’ange » Dreyfuss devenant la conscience de celui dont on devine qu’il prendra sa place dans le cœur de sa belle (Brad Johnson, pataud et attachant). Là, Spielberg multiplie les ruptures de ton, passant du rire aux larmes, souvent avec bonheur, mais aussi en cassant parfois l’émotion, comme s’il refusait de se laisser aller au pur mélo.

Et au milieu, il y a deux scènes étonnantes et déroutantes : les apparitions de l’ange Hap, dont je ne saurais trop quoi penser si elles n’étaient habitées par la présence lumineuse d’Audrey Hepburn. Ce pourrait être kitsch et un peu ridicule. C’est juste beau et emprunt d’une douce nostalgique. Ce sera d’ailleurs la toute dernière apparition de l’actrice à l’écran.

Duel (id.) – de Steven Spielberg – 1971

Posté : 3 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1970-1979, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Duel

Quand Spielberg a découvert le scénario des Dents de la Mer (Jaws), il y a vu un signe du destin : un titre en quatre lettres et une menace déshumanisée dans un environnement quotidien. Exactement comme le film qui l’a révélé. Un téléfilm en fait, tourné pour la télévision mais tellement enthousiasmant que la Universal a décidé de le sortir en salles, lançant la carrière du cinéaste le plus emblématique de sa génération.

Il faut dire qu’il y a déjà là, et plus qu’en germes, le génie narratif et la puissance visuelle de Spielberg, qui transcende le script malin mais simplissime de Richard Matheson pour en faire une oeuvre terrifiante et édifiante. Ou quand un contexte quotidien (un parcours en voiture) se transforme en cauchemar éveillé.

L’histoire, donc, tient en quelques mots : un automobiliste se retrouve aux prises avec un mystérieux camion qui le traquent et menacent de le tuer. Il y a dans ce principe (que l’on doit donc à Matheson, pas à Spielberg) une approche très hitchcockienne, héritière des Oiseaux. Ce n’est sans doute pas un hasard si quelques notes de musique rappellent subrepticement le thème de la douche de Psychose

Le film est proche de l’abstraction, tant le personnage et l’action sont ramenés à ce qu’ils ont de plus simples. Sans doute, d’ailleurs, Spielberg aurait-il gagné à éviter les rares digressions comme le coup de téléphone passé à la femme du « héros », scène inutile qui ne semble là que pour rallonger le métrage, et qui coupe un peu l’atmosphère oppressante du film.

Car le vrai héros du film, ce n’est pas le personnage (interprété par un très bon Dennis Weaver, seul à l’écran la plupart du temps), mais ce camion mystérieux et menaçant. De face, il a presque allure humaine, ce camion dont jamais on ne verra le conducteur (là aussi, une idée de Matheson).

Mais, et c’est là que le génie de Spielberg est déjà éclatant, la manière dont il est filmé souligne constamment sa puissance et son potentiel meurtrier. Jusqu’à l’hallucinante fin, qui ne libère en rien, mais renforce le caractère angoissant de cette machine qui semble douée d’une vie propre.

Avec Duel, Spielberg gagnait son droit d’entrée pour le grand écran. C’est rien de dire qu’il a tenu ses promesses…

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