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Archive pour la catégorie 'SIODMAK Robert'

La Femme à l’écharpe pailletée (The File on Thelma Jordon) – de Robert Siodmak – 1950

Posté : 17 avril, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, SIODMAK Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

La Femme à l'écharpe pailletée

Robert Siodmak est décidément l’un des très grands lorsqu’il s’agit de créer une ambiance de film noir, de faire résonner mine de rien ces petits sons du destin en marche. Le cinéaste est alors au sommet : il vient de tourner le sublime Criss Cross. Pourtant, Thelma Jordon sera l’un de ses derniers films à Hollywood, avant son retour en Allemagne.

Le film n’est peut-être pas tout à fait à la hauteur de ses grands chefs d’œuvre (Les Tueurs ou La Proie, aussi) : il y a un côté un peu convenu à cette enième histoire du bon gars qui se fait manipuler par la femme fatale de service pour l’aider à accomplir ses sombres desseins. Dans le rôle de la poire, Wendell Corey (qui sera le flic, pote de James Stewart, dans Fenêtre sur cour). Dans celui de la belle vénéneuse, Barbara Stanwyck offre une variation plus nuancée et plus émouvante de son rôle de vamp absolu dans Double Indemnity.

Le film n’est peut-être pas le plus surprenant de la carrière de Siodmak, mais il confirme son talent exceptionnel, en particulier lors de la première partie, qui privilégie les scènes de nuit avec un travail remarquable sur les ombres et l’obscurité. La séquence du meurtre, surtout, est un modèle de tension, admirablement construite, d’autant plus impressionnante que la suite ne cessera d’y faire référence.

Suivent de longues scènes évoquant l’enquête, puis le procès. Une construction plutôt classique, donc, mais la beauté du film tient alors aux détails, à cette attention extrême que Siodmak semble porter au travail des enquêteurs, de la police scientifique, du procureur ou des avocats. Des petits riens parfois, comme ce flic occupé à relever une empreinte de pas dans la terre, ou une rangée de chapeaux accrochée près du box des jurés. Mais ces détails inhabituels donnent un certain réalisme qui renforce la dramaturgie de l’histoire.

Et puis si on n’est pas surpris de la prestation formidable de Barbara Stanwyck, jamais décevante, celle de Wendell Corey est nettement plus inattendue. Pour une fois premier rôle, il révèle de belles nuances. Son personnage, homme marié qui ne supporte plus l’omniprésence de son beau-père, est l’une des grandes réussites du film.

Mister Flow / Les Amants traqués – de Robert Siodmak – 1936

Posté : 6 novembre, 2015 @ 11:34 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

Mister Flow

Dans les années 40, à Hollywood, Siodmak allait devenir l’un des très grands spécialistes du film noir, enchaînant les chefs d’œuvre intemporels aux atmosphères si fortes. En attendant, c’est en France que Siodmak s’est installé après avoir fui l’Allemagne d’Hitler et Goebels. Durant cette courte période (entre 1933 et 1940), Siodmak signe sept films dont ce Mister Flow adapté d’un roman de Gaston Leroux.

Je ne connais rien des films allemands de Siodmak, pas plus que de sa période française. Mais avec ce petit polar ouvertement humoristique, on peine à reconnaître la patte du futur réalisateur de Criss Cross ou des Tueurs. De l’intrigue improbable, le cinéaste semble ne pas trop savoir quoi faire, mal à l’aise qu’il est avec les aspects comiques de son film.

C’est l’histoire d’un petit avocat sans le sou (Fernand Gravey), dont un gangster international (Louis Jouvet) utilise la naïveté grâce à l’aide de sa maîtresse (Edwige Feuillère). Mais à ce niveau-là, ce n’est plus de la naïveté: cet avocaillon tombe avec gourmandise dans tous les pièges qui lui sont tendus, devient cambrioleur en l’espace d’une soirée, finit par devenir lui-même un fugitif…

Le scénario est franchement outrancier, et pourquoi pas. D’ailleurs, la première partie se laisse voir avec un certain plaisir. Mais à force de filmer ses acteurs en roue libre, Siodmak finit par ennuyer pour une fois. Jouvet en fait des tonnes en se faisant passer pour un demeuré, et Gravey joue l’alcoolique avec la délicatesse d’une baleine dans une écluse. Seule Edwige Feuillère apporte une véritable énergie à ce film à l’humour un rien poussif.

Heureusement, l’intérêt de Siodmak semble renaître dans la dernière partie, séquence de tribunal au second degré au rythme impeccable, qui associe enfin avec bonheur suspense et humour.

Pour toi j’ai tué (Criss Cross) – de Robert Siodmak – 1949

Posté : 6 novembre, 2014 @ 2:15 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DE CARLO Yvonne, LANCASTER Burt, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

Pour toi j'ai tué

Trois ans après Les Tueurs, son tout premier film, Burt Lancaster retrouve Siodmak pour ce « film jumeau » qui permet au duo d’explorer des thèmes similaires, sur une histoire aux multiples points communs. Dans les deux cas, un homme sans histoire est amené à participer à un braquage avec des gangsters « professionnels », parce qu’il est tombé amoureux de la mauvaise femme…

Dans les deux cas aussi, Siodmak réserve une large part aux flash-backs. Avec une différence de taille quand même : dans Criss Cross, contrairement au précédent film où les allers-retours entre passé et présent étaient nombreux, il n’y a qu’un long flash-back (avec un flash-back dans le flash-back). Cela peut sembler anodin, mais le ton du film s’en trouve chamboulé : ce choix fait du film une spirale infernale vers les abîmes, pour le personnage joué par Lancaster.

Cette spirale, c’est celle de la fascination et de la dépendance qu’il ressent pour la « femme fatale », nettement plus complexe et fascinante que la Ava Gardner des Tueurs. Actrice sublime trop souvent oubliée, Yvonne de Carlo trouve l’un de ses plus beaux rôles, jeune femme marquée par le destin et par le désir trop grand de garder la tête hors de l’eau…

Dès les premières images, on sait que l’amour que ces deux-là se portent, si sincère et complexe soit-il, est voué à l’échec et à la tragédie. Car il y a un troisième personnage dans cette histoire d’amour, de passion et de désir sexuel : le gangster, joué par le toujours formidable Dan Duryea, bouffé par la jalousie et la dépendance pour cette femme trop belle…

Moins célébré que Les Tueurs, Criss Cross est un chef d’œuvre pourtant aussi réussi, et peut-être plus riche encore. Et la dernière image, sublime et déchirante vision d’une « pieta », presque fugitive mais inoubliable.

Les Mains qui tuent (Phantom Lady) – de Robert Siodmak – 1944

Posté : 26 octobre, 2014 @ 8:03 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

Les Mains qui tuent

Deux ans avant Les Tueurs, Robert Siodmak fait ses débuts dans le film noir avec cette merveille adaptée d’un roman de William Irish (pseudo de Cornell Woolrich, dont les romans seront souvent brillamment adaptés au cinéma, de Fenêtre sur cour à La Sirène de Mississipi), tournée avec un petit budget et sans grande vedette.

Il y a bien quelques seconds rôles marquants : Elisha Cook Jr. en batteur extatique, et le formidable Thomas Gomez en flic déterminé et fatigué. Mais les rôles principaux : celui de l’homme condamné pour un meurtre qu’il n’a pas connu, et celui de la jeune femme qui l’aime en secret et mène une contre-enquête pour l’innocenter, sont tenus par des comédiens nettement moins connus : Ella Raines et Alan Curtis, tous deux parfaits.

Mais c’est Franchot Tone la tête d’affiche, de loin celui des acteurs qui a le background le plus marquant, qui interprète ici le meilleur ami du condamné, dont le spectateur sait dès sa première apparition (tardive : dans la seconde moitié du film) qu’il est le mystérieux assassin. Cette manière de mettre le spectateur dans la confidence, et de lui donner ainsi une longueur d’avance sur les spectateurs, c’est une méthode qu’Hitchcock utilise très souvent, et qui est la base même du formidable suspense de la dernière partie du film, quasi huis-clos qui joue habilement sur le contraste entre l’euphorie de l’héroïne et le danger que l’on sait qu’elle court.

Ce premier film noir de Siodmak, qui signera une poignée de classiques du genre, impressionne dès la première séquence, étonnante et passionnante, rencontre improbable entre deux solitudes dans un bar quasi-désert. Une longue scène qui servira de colonne vertébrale à l’ensemble du film…

Il y a aussi une séquence de tribunal que Hitchcock, toujours lui, n’aurait pas reniée. Du procès, on ne verra rien d’autre que des gros plans sur les notes de la dactylo, égrenant les jours qui passent. Et sur les visages de la jeune femme et du flic dont le trouble et la détermination grandissent visiblement au fur et à mesure que le procès avance.

Et puis il y a cette admirable séquence de filature en pleine nuit, entre Ella Raines et le vieux barman joué par Andrew Tombes, où la tension ne naît que des ombres et des sons, jusque sur le quai d’un métro dont on ne verra rien d’autre que les lumières des fenêtres se reflétant sur les murs, procédé emprunté au Chaplin de L’Opinion publique.

Annonciateur de ses grandes œuvres à venir, ce film sous influence est déjà un petit chef d’œuvre au noir.

• Le film figure dans le magnifique coffret DVD que Carlotta a consacré à Siodmak il y a quelques années, et sur lequel figure Les Tueurs (accompagné de nombreux bonus), le film d’aventures Cobra Woman (une curiosité), et ce Phantom Lady avec, en bonus, une longue présentation du film par Bruno Dumont, le directeur de la cinémathèque suisse, et une conversation avec Robert Siodmak filmée en 1971, ainsi que la bande annonce originale.

 

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