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Archive pour la catégorie 'SIEGEL Don'

L’Invasion des profanateurs de sépulture (Invasion of the Body Snatchers) – de Don Siegel – 1956

Posté : 17 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

L'Invasion des profanateurs de sépulture

Dans le genre « fantastique paranoïaque », ce Siegel est définitivement un grand cru, bien supérieur à tous les remakes qu’il a engrangé. Une sorte de modèle souvent copié, donc, mais dont le caractère flippant n’a pas pris une ride.

Le genre est souvent associé à une évocation à peine cachée de la société américaine, alors en pleine Chasse aux sorcières. En l’occurrence, le message politique est très nuancé, dénonçant tout à la fois le système en place qui traque les individus « déviants », mais aussi une forme de pensée globale. Bref, ce sont des valeurs telles que l’Amérique les revendique depuis toujours qui sont mises en valeurs, et en danger.

On en viendrait même à soupçonner Siegel (ou les producteurs) de n’avoir choisi l’acteur principal que pour son patronyme : Kevin McCarthy, qu’il s’appelle. McCarthy ? Sérieusement ? C’est en tout cas le rôle le plus marquant de l’acteur, au charisme discutable, mais qui joue plutôt bien le monsieur tout le monde qui refuse d’abandonner sa part d’humanité.

C’est donc un médecin qui revient dans sa petite ville après quelques jours de vacances, et qui découvre que certains habitants semblent avoir changé. Avant de réaliser que des doubles presque parfaits, sortis de mystérieuses cosses, prennent la place des vrais habitants dans leur sommeil.

Oui, l’histoire est assez improbable, et on a même un petit moment de déconcertation quand les personnages principaux comprennent la situation, sans avoir l’air plus surpris que ça. Une période de flottement qui dure… 30 secondes, max. Parce que peu importe les raccourcis scénaristiques, les zones d’ombre qui demeurent, Siegel réussit à nous filer une peur bleue à peu près dès la première minute du film.

L’angoisse monte, la peur s’installe, sans cesse réactivée par des images glaçantes (une mère qui enlace son enfant), des moments de pure suspense (cette course poursuite d’anthologie jusque dans la mine), ou des effets de surprise qui reposent sur trois fois rien : un simple baiser peut ainsi vous glacer le sang durablement.

Chef d’œuvre de la série B horrifique, Invasion of the Body Snatchers fait figure d’OVNI dans la carrière de Don Siegel. De quoi faire regretter que le cinéaste ne se soit pas penché d’avantage sur le genre.

Le dernier des géants (The Shootist) – de Don Siegel – 1976

Posté : 8 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, CARRADINE John, SIEGEL Don, STEWART James, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Dernier des Géants

Comment voulez-vous juger objectivement un tel film ? Franchement ? OK, ce n’est ni le meilleur Siegel, ni le meilleur Wayne. Il y a certes un petit quelque chose qui cloche dans le rythme, visuellement on ne peut pas dire que ce soit enthousiasmant. Ok pour tout ça. Mais quand même : this is history. Ou plutôt, c’est à un enterrement déchirant que l’on assiste, un double enterrement, même : celui du western classique, et celui du grand Duke lui-même.

C’est donc l’ultime film de John Wayne, qui se savait condamné par cette saloperie de cancer. Et qui accepte de jouer un vieux cow-boy condamné par le cancer. Pas besoin d’aller chercher loin pour comprendre la portée du truc. Y a-t-il, dans toute l’histoire du cinéma, l’équivalent ? Et avec une légende (encore) vivante de la stature de Wayne ? Sans doute pas. De toute façon, des légendes de cette stature, il n’y en a pas eu cinquante depuis l’invention du cinéma.

Forcément, le film est émouvant. Et beau, parce que ni la mise en scène de Siegel, ni l’interprétation de Wayne n’en rajoutent dans le pathos. Le film n’est pas parfait, mais il est digne. Magnifiquement digne. En se faisant diriger par le réalisateur fétiche de Clint Eastwood, l’une des figures du nouveau western, John Wayne sait qu’il fait désormais figure de vestige d’un temps révolu. Mais un vestige qui a de la gueule, quand même, et qui n’a pas l’intention d’abdiquer avant la fin.

Il y a bien quelques regrets qui pointent dans l’histoire d’amour qui aurait pu arriver entre Wayne et Lauren Bacall, mais c’est surtout le portrait d’un homme qui aura su rester fidèle à lui-même de bout en bout. Parle-t-on de John Wayne ou de son personnage ? Il n’y a plus vraiment de différence, comme le confirme la belle ouverture du film, suite d’extraits de westerns portés par le Duke à différents âges, de Stagecoach à El Dorado en passant par Hondo ou Rio Bravo.

Quant à l’apparition de James Stewart, dans le rôle du médecin qui diagnostique le cancer, voulue par Wayne lui-même, elle semble n’être là que pour souligner encore d’avantage le poids du temps qui passe, Stewart soulignant qu’ils ne s’étaient plus vus depuis quinze ans. Quinze ans : pile la durée qui sépare The Shootish de Liberty Valance… Le regard que porte James Stewart sur son vieil ami est en tout cas bouleversant.

Avec John Wayne, c’est la mythologie de l’Ouest sauvage qui disparaît. Ce vieil homme qui chevauche difficilement à travers le pays, obligé de glisser un coussin entre sa selle et son cul fatigué, arrive dans la ville comme un intrus. Lui a vieilli, mais n’a pas vraiment changé. Mais la ville se peuple de voitures automobiles et les rues sont en voie d’être pavées. La violence qu’il amène dans cette société qui se modernise est d’autant plus frappante qu’elle n’a plus rien de naturelle.

John Wayne est formidable dans ce rôle qui aurait pu tourner à l’autocaricature larmoyante. Constamment juste, émouvant mais droit, il fait là de bien beaux adieux.

Les Rôdeurs de la plaine (Flaming Star) – de Don Siegel – 1960

Posté : 6 février, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Rôdeurs de la plaine

On ne peut pas dire que la filmographie d’Elvis soit la plus brillante du monde. Dans la grande majorité de ses films, les producteurs se contentent de jouer sur son image de star à la belle gueule. Autant dire que ce Flaming Star fait figure de brillante exception. Parce qu’Elvis s’y révèle d’une grande intensité, et très crédible en métis, fils des amours d’un blanc (John McIntire, toujours impeccable) et d’une Indienne (Dolores Del Rio, toujours très belle, trente-cinq ans après ses débuts). Et parce que le film est excellent, tout simplement.

Siegel, cinéaste qui sait mieux que quiconque filmer la violence sèche, est fidèle à sa réputation avec cette histoire de conflit naissant entre des colons qui vivaient en paix jusque là, et les Kiowas qui se sentent à juste titre lésés de leurs terres. Mais le réalisateur dévoile aussi un vrai sens du tragique, rare dans son oeuvre. Car le ton n’est pas à la rigolade dans ce western crépusculaire : pour le personnage d’Elvis, symbole de l’harmonie impossible entre ces peuples, le destin est pavé de sang et de mort.

Le film est beau, notamment parce que Siegel ne surinterprète pas les événements tragiques qu’il filme. Il commence son film par une scène d’insouciance autour d’un anniversaire, et cela suffit pour faire ressentir le sentiment de gâchis, presque de paradis perdu. La belle harmonie qui règne entre tous ne tient en fait qu’à un fil. Et Elvis, qui pousse gentiment la chansonnette lors de ce moment d’insouciance, n’aura plus l’occasion de mettre en avant son organe, ce qui était pourtant un passage obligé sur tous ses films.

Même dans cette scène d’ailleurs, l’insouciance est toute relative, et la chanson qu’entonne Elvis est loin de son registre habituel. Les fans du chanteur ont toutefois pu se consoler avec la très belle chanson du générique… et en réalisant à quel point Elvis est un acteur convaincant, et subtil, qui sait donner à son personnage un mélange de force et de fragilité.

Déchirant, le film est parsemé de scènes de violence et de morts qui, toutes, frappent juste et fort. Celle de l’ami Indien d’Elvis, celle du père, celle de la mère surtout, visuellement somptueuse avec ce vent qui balaye tout. Siegel signe là son meilleur western, utilisant les grands espaces comme il le fait de ses décors urbains habituels.

L’Enfer est pour les héros (Hell is for heroes) – de Don Siegel – 1962

Posté : 20 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

L'Enfer est pour les héros

On ne peut pas dire que le film de guerre soit le genre de prédilection de Don Siegel : à l’époque surtout, le cinéaste oscille entre le western et le polar. L’Enfer est pour les héros est d’ailleurs tourné entre Les Rôdeurs de la plaine, sans doute le meilleur Elvis, et A bout portant, l’un des chefs d’œuvre de Siegel. Pourtant, avec ce film intense et sombre (dans tous les sens du terme), il marque le genre de son empreinte.

Ce qui frappe surtout dans ce film à l’histoire relativement classique, c’est l’incroyable économie de moyen. Si on fait excepte la dernière partie, bataille spectaculaire avec explosions et figurants en nombre, tout le film repose sur l’attente, le vide, et le noir qui entoure les personnages. La violence est là, omniprésente, mais comme une menace palpable mais invisible, la plupart du temps.

L’action se déroule en 1944, dans les Ardennes belges. Et c’est dans les ruines d’un village loin du front que l’on fait connaissance avec les personnages, soldats confrontés à l’attente et à l’ennui, et persuadés qu’ils en ont fini avec les combats. Et ça se poursuit quelques kilomètres plus loin, dans un paysage dénué de tout charme, une espèce de no man’s land où un minuscule groupe de soldats est chargé de garder la ligne face aux Allemands postés quelques centaines de mètres plus loin.

Mais quelle ligne ? Les restes d’un blockhaus, quelques trous creusés dans la terre, de rares arbres encore debout… Rien, ou presque, comme pour mieux souligner l’absurdité de cette violence qui, on le sait, finira par exploser. Un bunker quasiment vide d’un côté, un bunker lourdement armé de l’autre. Et entre deux : un espace d’autant plus inquiétant qu’il ne s’y passe strictement rien la plupart du temps.

Et quand il s’y passe quelque chose, on ne distingue que quelques ombres : celles de soldats allemands tapis là, celles des Américains qui rampent lentement et sans bruit… Parmi ces Américains : quelques figures habituelles du film de guerre, presque caricaturales. Et Steve McQueen, héros de guerre au regard sec et profond, comme âbimé par trop de visions d’horreur. Un homme que l’on découvre d’abord incapable de faire face aux simples moments de vie et de paix.

Deux ans seulement après Les 7 Mercenaires, McQueen est formidable dans un rôle aux antipodes de celui qui a fait de lui une star. Il retrouve d’ailleurs James Coburn, lui aussi excellent, et étonnamment sobre dans un rôle également très différent du « mercenaire » qu’il incarnait dans le film de Sturges.

Par la simplicité de sa narration, par son économie de moyen, par la modestie de ses enjeux dramatiques (quelques vies humaines, simplement…), L’Enfer est pour les héros dit beaucoup plus sur la guerre et ce qu’elle représente que la plupart des grosses productions du genre.

Le Lion sort ses griffes (Rough Cut) – de Don Siegel – 1980

Posté : 31 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

Le Lion sort ses griffes

Suis-je fatigué (pas impossible, en ce moment) ? Ou est-ce Don Siegel qui accuse le coup en cette fin de carrière ? Difficile en tout cas de reconnaître la patte du réalisateur de Madigan, Dirty Harry ou Charley Varrick dans cette petite chose tournée après Escape from Alcatraz, et qui sera son avant-dernière réalisation.

Pas désagréable cela dit, et on prend même un petit plaisir intermittent devant ce film de braquage alambiqué et ouvertement léger : Siegel flirte ici avec la comédie, ce qui n’est pas loin d’être une première dans sa brillante filmographie, plutôt teintée de noir et de toutes ses nuances.

C’est léger, avec un Burt Reynolds qui se rêve en dandy décontracté, façon le Saint : un cambrioleur de génie doublé d’un séducteur, qu’un flic au bord de la retraite (David Niven, dans son emploi habituel) veut faire tomber en utilisant une belle cleptomane (Lesley Ann Down, charmante), qui bien sûr tombera amoureuse de sa cible.

Ce n’est pas désagréable, donc, mais rien ne fonctionne vraiment totalement. Le scénario inutilement tarabiscoté finit par lasser, et jamais on ne ressent la tension sexuelle qui devrait attirer Burt et Lesley l’un vers l’autre.

Résultat : une petite bluette pas vraiment mémorable.

La Ronde du crime (The Lineup) – de Don Siegel – 1958

Posté : 15 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

La ronde du Crime

Adapté d’une série télé à succès (dont Siegel avait lui-même réalisé le pilote), The Lineup est un polar dont la sécheresse et la violence annonce, avec des années d’avance, les thrillers hollywoodiens des années 60 et 70, dont Siegel sera d’ailleurs lui-même l’un des grands spécialistes.

La scène pré-générique, est en elle même un petit chef d’oeuvre, une ouverture brutale et coup de poing qui fait entrer de manière magistrale la violence dans un décor quotidien où on ne l’attend pas. Jusqu’à la fin, sèche et muette, Siegel gardera la même ligne : une manière unique et glaçante de filmer la violence et ses conséquences, comme dans cette scène hallucinante où Eli Wallach, tueur psychopathe, explose littéralement face à une mère et à son enfant, terrorisées.

Si le film est à ce point marquant, c’est d’ailleurs en partie grâce au « couple » de gangsters que forment Wallach (fabuleux, avec cette folie dangereuse constamment au coin de l’œil) et Robert Keith, glaçant en « mentor » qui lui apprend les règles de la grammaire comme celles du bon tueur (« Si tu veux être gangster, il faut éliminer la malhonnêteté »), et « collectionne » les dernières paroles prononcées par les victimes de son complice avant de passer de vie à trépas.

Aux antipodes de ce « couple » hallucinant, le duo de flics (Warner Anderson et Emile Meyer) est filmé avec un réalisme quasi-documentaire qui rappelle la série originale, mais aussi les polars des années 40 d’Anthony Mann ou Richard Fleischer. Des policiers loin des stéréotypes hollywoodiens, toujours très posés et respectant constamment les règles. Moins spectaculaires que les tueurs qu’ils traquent, mais tout aussi passionnants.

Une traque qui se déroule à travers San Francisco. Et la ville joue un rôle important, comme ce sera le cas pour d’autres films de Siegel (Dirty Harry, pour ne citer que le plus connu). Il y a dans ce film une utilisation formidable des extérieurs (le rendez-vous sur le port devant un gigantesque bateau qui s’en va, la poursuite sur la bretelle d’autoroute en construction…) comme des décors intérieurs (souvent réels : les larges couloirs des services de la douane, l’aquarium, et surtout la patinoire…), qui finissent de donner au film un ton unique.

* DVD chez Sidonis/Calysta, avec des présentations passionnées par Bertrand Tavernier et François Guérif.

A bout portant (The Killers) – de Don Siegel – 1964

Posté : 2 avril, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

A bout portant

Pour Don Siegel, The Killers marque en quelque sorte le début de l’âge d’or: une quinzaine d’années au cours desquelles le cinéaste s’imposera pour de bon comme un auteur à part entière, avec des polars violents au réalisme souvent presque documentaire, où la frontière entre le bien et le mal prendra des allures nettement plus troubles que dans le cinéma hollywoodien classique.

Ce nouveau départ a quelque chose d’ironique pour Siegel, qui fut pressenti en 1946 pour réaliser la première adaptation de la nouvelle d’Hemingway. Cette année-là, le réalisateur signe son premier long métrage, The Verdict. Quant à la première version de The Killers, finalement réalisée par Robert Siodmak, elle fait partie de la légende du film noir. Passer après un tel classique avait tout de la fausse bonne idée. Surtout que A bout portant s’apparente finalement moins à une nouvelle adaptation de la nouvelle que d’un remake des Tueurs, dont il reprend la trame générale.

Et pour cause : la nouvelle, un court texte de dix pages, ne racontait que le meurtre par deux tueurs d’un homme résigné à mourir, et la discussion qui s’en suit dans son entourage. Un texte génial, mais qui au cinéma se résume à une simple séquence… Le film de Siodmak s’ouvrait avec cette séquence, un enquêteur remontant ensuite le cours des événements pour comprendre qui était la victime, et ce qui a conduit à ce meurtre. Presque vingt ans plus tard, le film de Siegel reprend la même construction sous forme d’enquête avec flash-backs, avec braquage qui tourne au drame et femme fatale autour de laquelle rôde la mort. Mais la comparaison s’arrête à peu près là.

The Killers version 64 regorge d’idées géniales. Dès la première séquence de meurtre : loin du bar nocturne à la Edward Hopper de 46, Siegel ouvre le rideau sur un institut pour aveugles où tout se passe en pleine lumière. Et avec des tueurs aux antipodes des figures archétypales du premier film : Lee Marvin et Clu Galager, dans une curieuse relation maître-élève pleine de tendresse, n’ont pas d’état d’âme, pratiquant la violence avec un sadisme d’autant plus dérangeant qu’elle s’appelle souvent à des êtres en situation d’infériorité. Mais ils ont une profondeur inattendue, et des interrogations existentielles.

Pourquoi cet homme s’est-il laissé tuer au lieu de chercher à fuir ? C’est la question que se pose Charlie, le tueur vieillissant qu’incarne Lee Marvin avec une sobriété exemplaire. Et c’est peut-être la plus grande idée du film : avoir fait de cette question le moteur de l’action. Désormais, ce n’est plus un enquêteur, mais les tueurs eux-mêmes qui remontent le fil de l’histoire…

Cette histoire est celle de Johnny North (John Cassavetes, parfait), coureur automobile entraîné dans un braquage avec la belle Angie Dickinson, dont on se demande si elle est juste trop belle et trop faible ou si c’est la reine des salopes, et son riche « protecteur » Ronald Reagan, dans son dernier rôle au cinéma (son seul méchant, et quel méchant !). Mais on connaît le destin du Suédois, incarné par Burt Lancaster en 46. Celui-ci est de la même veine. Non, ce qui fascine surtout, c’est l’obsession de Lee Marvin, de ce tueur entouré par la mort et taraudé par l’idée qu’on puisse l’accepter si facilement…

Loin des cabotinages dans lesquels il est parfois tombés, Marvin a rarement été aussi intense et troublant que dans The Killers. Siegel, il est vrai, soigne particulièrement ses acteurs ici, offrant à chacun, jusqu’au plus petit second rôle, des moments mémorables. Seymour Cassel réussit ainsi à exister en une unique scène anodine et sans dialogue. Et Claude Akins surtout, trouve l’un de ses plus beaux rôles, très émouvant en mécano brut de coffrage qui fend l’armure, peut-être le seul personnage à ne jamais perdre son humanité.

Et visuellement, le film est aussi une splendeur. Il y a le rythme absolument parfait que donne Siegel, et il y a la rupture radicale avec l’esthétique néo-expressionniste du film de Siodmak, ce noir et blanc contrasté et fascinant qui tirait le film vers le mythe. Ici, la lumière est vive et les couleurs chaudes. Pas de zones d’ombres, mais des plans soudains désaxés pour annoncer la violence, une violence crue et brutale, qui n’a plus rien de romantique.

En avance sur le Nouvel Hollywood, ce noir-là va influencer plus d’un polar dans les quinze ans à venir. Malgré tout, il reste l’une des plus grandes réussites du genre, qui n’a rien perdu de sa puissance et de son pouvoir de fascination. Un chef d’œuvre, oui, qui n’a rien à envier au classique de Siodmak.

Un shérif à New York (Coogan’s Bluff) – de Don Siegel – 1968

Posté : 1 juillet, 2015 @ 1:27 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Un shérif à New York

Premier film tourné par Clint Eastwood avec Don Siegel (quatre autres suivront), et clairement le plus faible, même s’il ne manque pas d’intérêt. Ne serait-ce que pour le rôle qu’il joue dans l’oeuvre eastwoodienne, malin trait d’union entre le western dont il était alors la vedette la plus en vue, et le polar urbain dont il deviendra l’incarnation absolue sous la direction du même Siegel.

Les premières images jouent de cette transition. Dans un décor typique de western, désert de sable et de poussière, un Indien est en fuite. A sa poursuite : un shérif qui ne tarde pas à apparaître… au volant d’une jeep. Nous sommes dans l’Amérique la plus profonde, en Arizona. Et le shérif en question est un type coriace, qui a la dégaine de Clint, et a le sens du devoir chevillé au corps, jusqu’à ce qu’il croise la première jolie fille venue.

Pas un grand flic, donc. Un plouc queutard que son supérieur envoie à New York pour extrader un détenu, détenu qui se fait la malle dès que le shérif Clint lui met la main dessus. Mine de rien, ce film permet à Eastwood de donner un premier coup de griffe à son image de héros infaillible. Léger, le coup de griffe : il reste le héros pur et brave.

Mais Coogan arrive « à la ville » avec ses gros sabots de macho. Un plouc à qui tout le monde demande « Vous êtes du Texas ? », à commencer par le flic joué par l’impeccable Lee J. Cobb, atterré par ses méthodes d’un autre temps. Et le moteur du film, ce sont les erreurs de Coogan, causées uniquement par ses faiblesses et son manque de sérieux dès qu’une belle femme pointe le bout… du nez.

La manière dont Siegel filme la ville n’a pas la force de Dirty Harry. Et les personnages de méchant ont un aspect franchement très daté. Mais la virée de Coogan/Eastwood dans cette ville aux antipodes de son univers ne manque pas de sel. Et les scènes d’action sont particulièrement réussies : une baston assez mémorable dans un billard, et surtout une course poursuite à motos presque irréelles dans un parc tout en escaliers.

Un tour de chauffe plein de promesses, pour le tandem Siegel-Eastwood.

Duel sans merci (Duel at Silver Creek) – de Don Siegel – 1952

Posté : 6 janvier, 2015 @ 2:27 dans 1950-1959, MURPHY Audie, SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Duel sans merci

Ce qu’il y a de vraiment beau dans ces westerns de série des années 50, en tout cas dans les meilleurs d’entre eux, ce sont les petits accrocs, ces détails plus ou moins flagrants qui éveillent l’attention, surprennent, bousculent… alors que tout nous fait croire qu’on est en terrain connu.

Les décors sont souvent les mêmes, le Technicolor est souvent flamboyant, les personnages sont souvent caricaturaux. Et ici, la logique est même poussée à l’extrême, avec des surnoms qui sonnent comme ces cartes de visite : Lighting, Dusty, Silver Kid… On se croirait dans un inventaire du folklore westernien.

Mais dans ce western de jeunesse, loin de ses incursions dans le genre dans les années 60 et 70 comme Sierra Torride (comme Ça commence à Vera Cruz est loin de ses polars à venir), Siegel ne s’empare des stéréotypes que pour mieux s’en amuser.

Première surprise : le « héros » interprété par la star Audie Murphy, fils d’un chercheur d’or assassiné froidement, disparaît complément de l’écran après cinq minutes, et pour un bon quart d’heure, pour revenir en simple bras droit du vrai personnage central, un shérif qui tente de cacher son handicap campé par l’impeccable Stephen MacNally.

C’est ce dernier aussi qui narre l’histoire, dans une voix off très peu westernienne qui évoque bien plus les grands films noirs des années 40, dont Siegel semble s’être beaucoup inspiré. Jusqu’au personnage très inattendu de Faith Domergue, véritable femme fatale, manipulatrice meurtrière comme on en a très rarement vu dans le genre.

Le film est aussi l’un des premiers à offrir un beau rôle secondaire à Lee Marvin, dix ans avant … Liberty Valance, et déjà très à l’aise pour jouer les sales types (même si celui-ci n’est pas un « méchant » à proprement parler).

Dans les scènes d’action, sèches et brutales, Siegel annonce aussi le cinéma américain des décennies à venir, tout en s’inscrivant dans la longue tradition d’un genre parfaitement balisé. Trait d’union parfait entre deux époques…

Police sur la ville (Madigan) – de Don Siegel – 1968

Posté : 31 décembre, 2014 @ 12:12 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

Police sur la ville

Trois ans avant Dirty Harry, Siegel marque déjà le polar urbain de son empreinte, avec cette virée tragique dans les bas-fonds de NY, jalon important (et trop souvent oublié) de l’histoire du genre, annonçant les grandes oeuvres réalistes et violentes des années 70.

C’est la chronique d’un gâchis annoncé. Parce qu’il s’est laissé aller une fraction de seconde à une petite faiblesse humaine, le flic joué par Richard Widmark est condamné. Condamné à errer jour et nuit à la recherche d’un criminel, condamné à s’éloigner de celle qu’il aime (Inger Stevens), condamné à suivre un chemin que l’on devine sans retour…

Une autre histoire, qui n’a d’intérêt que parce qu’elle est racontée en parallèle : les tourments du chef de la police (Henry Fonda), qui doit décider ce qu’il va faire de son bras droit, son meilleur ami (James Whitmore), qui s’est lui aussi laissé aller à une faiblesse humaine (soutenir son fils, flic moins intègre que lui).

Mine de rien, Madigan est un grand film politique, un plaidoyer pour ces petits flics qui ont fait de leur métier une mission, et dont le moindre faux pas peut être fatal. C’est aussi la confrontation des petits et des grands. L’unique scène où Widmark et Fonda se croisent est éloquente, le premier, qui affiche sa superbe dans les mauvais quartiers, perdant soudain toute confiance, balbutiant comme un enfant devant cette figure paternelle et autoritaire aussi raide qu’on peut l’imaginer.

Le film est aussi l’un de ceux qui ont livré la vision la plus édifiante de New York, dans une virée (nocturne et diurne) au coeur des bas-fonds, en passant par les quartiers plus huppés. Dans sa manière de filmer la ville comme une entité verticale oppressante et sans horizon, Siegel s’inscrit clairement dans la lignée d’Anthony Mann et de sa Rue de la Mort. Et signe l’un de ses chefs d’œuvre.

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