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Archive pour la catégorie 'SIEGEL Don'

La Dernière minute (Count the hours !) – de Don Siegel – 1953

Posté : 3 février, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

La dernière minute

Un innocent condamné à mort… Sa femme et son avocat qui se battent jusqu’au bout pour trouver le vrai coupable… Rien de bien neuf sous le soleil, sur le papier : Count the hours ! fait partie de ces innombrables polars qui jouent la montre, basant son suspense sur l’imminence de l’exécution.

On en a vu d’autres, on en verra d’autres, et c’est au Jugé coupable de Clint Eastwood que le film fait penser, parce qu’on retrouve la même nonchalance scénaristique dans la résolution de l’intrigue. Et pour faire court : l’avocat joué par MacDonald Carey est aussi crédible en homme de loi qu’Eastwood en journaliste dans son propre film.

Mais le ton est bien différent. Siegel est derrière la caméra, et ça se sent dès la toute première scène, celle du crime, toute en ombres et en images subjectives, où l’importance du hors-champs n’enlève rien à la sécheresse de la violence. Une brutalité que l’on retrouve tout au long du film.

Cette série B tournée en quelques jours avec une économie de moyens bien visible fait de cette économie de moyens sa colonne vertébrale. Pas de gras, pas de digression, des séquences dures et fortes qui se suivent et par lesquelles Siegel fait grandir la tension.

Il met en scène des personnages obsessionnels (Teresa Wright qui plonge obstinément dans un lac pour retrouver l’arme qui innocenterait son mari), amoraux (Adele Mara plus intéressée par ses rôles que par toute question d’innocence ou de culpabilité) ou dangereusement malade (Jack Elam, idéalement répugnant).

Siegel fera bien mieux par la suite : plus habité, mieux construit, plus intense. Mais ce petit thriller de jeunesse a le charme des grandes séries B, et bénéficie de l’intensité des images de John Alton avec d’impressionnantes profondeurs de champs. Une réussite.

Trafiquants d’armes à Cuba (The Gun Runners) – de Don Siegel – 1958

Posté : 24 octobre, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MURPHY Audie, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

Trafiquants d'armes à Cuba

Le Port de l’angoisse en 1944, Trafic en haute mer en 1950, et ce Trafiquants d’armes à Cuba en 1958… Pas moins de trois adaptations en moins de quinze ans pour le To have and have not d’Hemingway, et pas une à jeter. Certes, comparer les trois films amène à un constat de décroissance : le film de Siegel est un peu moins abouti que celui de Curtiz, lui-même n’égalant pas le chef d’œuvre de Hawks. Certes.

Mais les trois films ont leurs qualités et leur personnalité propre. Et le plaisir que l’on prend devant le film de Siegel repose en partie sur la singularité par rapport à ses deux prédécesseurs. L’histoire est immédiatement familière : ce patron d’un bateau de pêche de Key West fauché, qui accepte d’emmener en mer le gars qu’il ne faut pas… Et plein de détails rappellent l’un ou l’autre des deux films précédents : la douce épouse comme chez Curtiz, ou le second porté sur la bouteille comme chez Hawks. Drôle d’idée, d’ailleurs, de confier à Everett Sloane un rôle calqué sur celui de Walter Brennan.

Audie Murphy est très convaincant dans le rôle principal, son visage poupin apportant une dimension bienveillante qui n’était pas si flagrante dans les deux autres films. Dimension que Siegel développe dans les jolies scènes avec son épouse, jouée par Patricia Owens.

Le contexte, surtout, a changé. Le film est tourné en 1958, en pleine révolution cubaine, et c’est en quelque sorte l’histoire en marche qui sert de décor, donnant lieu à une belle séquence à La Havane, au cœur du film.

On retrouve aussi dans le film toutes les qualités des premiers Siegel : un rythme, une économie de moyens, un sens de l’ellipse, particulièrement réjouissant dans la première scène entre le héros et sa femme : cette dernière souligne qu’elle a les joues irritées par la barbe naissante de son homme, et cette simple réflexion évoque les chaudes minutes qui viennent de s’écouler entre eux…

Même avec des modèles écrasants, Trafiquants… évite le sentiment de redite, et offre à Audie Murphy l’un de ses plus beaux rôles. Un vrai plaisir.

Les Proies (The Beguiled) – de Don Siegel – 1971

Posté : 16 juin, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Proies

Grande année pour Clint Eastwood, 1971 : il passe pour la première fois derrière la caméra (Un frisson dans la nuit), trouve le personnage qui fait définitivement de lui une immense star (Dirty Harry), et casse son image avec le plus sombre et le plus audacieux de ses rôles jusqu’alors, avec ces Proies.

Point commun entre ces trois films : Don Siegel, qui apparaît dans le premier et réalise les deux autres. Et lui aussi, comme son interprétation, surprend avec ce film qui tranche radicalement (sans jeu de mots pourri) avec ses grands polars ou même ses westerns… Les Proies se situe durant la guerre de Sécession. Mais de cette guerre, on ne verra que quelques photos noir et blanc sur le générique de début, quelques brefs souvenirs comme des flashs, le bruit des canons au loin, et cette menace constante qui resserre l’action dans l’enceinte de cette école de jeunes filles en territoire sudiste.

C’est là qu’échoue le caporal nordiste joué par Clint. Un sale type, menteur, profiteur, manipulateur… et très satisfait de lui-même. Un homme blessé, qui va semer le trouble dans cette petite communauté féminine qui l’a recueilli pour le soigner.

Dès la première scène, sa méthode est claire. À la fillette qui l’a trouvé en sang, et qui lui annonce qu’elle a 12 ans, bientôt 13, il rétorque qu’elle est bien assez grande pour être embrassée… avant de joindre les actes à la parole. Et quand, à la fin de la journée, il fait le compte des filles et femmes qu’il a embrassées, son sourire satisfait semble annoncer la suite, dramatique.

Siegel fait de cette pension un décor de plus en plus oppressant. La première partie de son film est lente, languide, faussement apaisée. À l’image de la directrice jouée par Geraldine Page, la bienveillance et la bonté affichées cachent des recoins nettement plus sombres : une relation incestueuse avec son frère, un traumatisme parental… Des fantômes dont on sent bien qu’ils ne vont pas tarder à exploser.

Clint, lui, ne voit rien venir. Et la seconde partie est pour lui une véritable descente aux enfers, sorte de sommet dans la logique masochiste de l’acteur, d’une intensité à laquelle on ne s’attendait plus. La scène de l’amputation, surtout, reste un moment particulièrement traumatisant, tout comme le dîner final, glaçant.

Une poignée de plombs (Death of a Gunfighter) – de Don Siegel et Robert Totten (sous le pseudo d’Alan Smithee) – 1969

Posté : 23 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, SIEGEL Don, SMITHEE Alan, TOTTEN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Une poignée de plombs

Une sorte de paradoxe : le premier film de cinéma signé Alan Smithee (ce pseudonyme « officiel » utilisé par les réalisateurs refusant d’assumer ce que les producteurs ont fait de leur travail) est un western très intéressant, et même franchement réussi.

Pas de désaveu véritable, d’ailleurs, derrière ce pseudonyme, mais le refus de deux réalisateurs d’endosser l’entière paternité d’un film clairement réalisé à quatre mains : Robert Totten, qui a commencé le tournage, et Don Siegel, qu’a fait venir Richard Widmark à mi-production, la star étant en désaccord avec le premier, et ayant visiblement un bon souvenir de Madigan, qu’il venait de tourner avec Siegel.

On ne rentrera pas dans le jeu du « à qui doit-on quoi » (d’abord parce que je n’en sais rien), mais Death of a gunfighter est un western qui renouvelle assez brillamment un motif récurrent du genre. Le titre original est d’ailleurs nettement plus approprié que celui, idiot, choisi par le distributeur français. Comme les courtes images pré-génériques, il annonce d’emblée le drame inéluctable qui se joue.

Widmark est un personnage tragique, énième version du shérif auréolé d’une réputation de violence, dont les bonnes âmes de la ville veulent se débarrasser : à la fois mauvaise conscience d’une société qui s’est bâtie sur la violence et le sang, et témoin d’un Ouest sauvage révolu, au tournant du 20e siècle.

Ce thème (le rapport ambigu de l’Amérique « moderne » avec la violence) a souvent inspiré le genre. Il y a ici une vraie particularité : l’absence d’élément extérieur. Pas de vrai méchant, ni de vraie menace qui pèse sur la ville, juste la volonté des notables de se débarrasser de ce shérif qui fut si utile, qui est devenu si encombrant.

Beau rôle pour Richard Widmark, homme traqué, perdu, mais droit, dont le regard émeut face aux morts qui s’amoncellent autour de lui, malgré lui.

Il y a bien quelques rares touches d’optimisme, mais souvent contrebalancées par la rudesse des sentiments. Comme cet homme, écœuré par le sort réservé au shérif, dont les « amis » stoppent l’élan en lui claquant sa judéité à la gueule.

Petit bémol : quelques effets musicaux douteux. Mais c’est un tableau sombre et cynique de l’Amérique que signent Siegel et Totten, assez radical et passionnant.

L’Invasion des profanateurs de sépulture (Invasion of the Body Snatchers) – de Don Siegel – 1956

Posté : 17 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

L'Invasion des profanateurs de sépulture

Dans le genre « fantastique paranoïaque », ce Siegel est définitivement un grand cru, bien supérieur à tous les remakes qu’il a engrangé. Une sorte de modèle souvent copié, donc, mais dont le caractère flippant n’a pas pris une ride.

Le genre est souvent associé à une évocation à peine cachée de la société américaine, alors en pleine Chasse aux sorcières. En l’occurrence, le message politique est très nuancé, dénonçant tout à la fois le système en place qui traque les individus « déviants », mais aussi une forme de pensée globale. Bref, ce sont des valeurs telles que l’Amérique les revendique depuis toujours qui sont mises en valeurs, et en danger.

On en viendrait même à soupçonner Siegel (ou les producteurs) de n’avoir choisi l’acteur principal que pour son patronyme : Kevin McCarthy, qu’il s’appelle. McCarthy ? Sérieusement ? C’est en tout cas le rôle le plus marquant de l’acteur, au charisme discutable, mais qui joue plutôt bien le monsieur tout le monde qui refuse d’abandonner sa part d’humanité.

C’est donc un médecin qui revient dans sa petite ville après quelques jours de vacances, et qui découvre que certains habitants semblent avoir changé. Avant de réaliser que des doubles presque parfaits, sortis de mystérieuses cosses, prennent la place des vrais habitants dans leur sommeil.

Oui, l’histoire est assez improbable, et on a même un petit moment de déconcertation quand les personnages principaux comprennent la situation, sans avoir l’air plus surpris que ça. Une période de flottement qui dure… 30 secondes, max. Parce que peu importe les raccourcis scénaristiques, les zones d’ombre qui demeurent, Siegel réussit à nous filer une peur bleue à peu près dès la première minute du film.

L’angoisse monte, la peur s’installe, sans cesse réactivée par des images glaçantes (une mère qui enlace son enfant), des moments de pure suspense (cette course poursuite d’anthologie jusque dans la mine), ou des effets de surprise qui reposent sur trois fois rien : un simple baiser peut ainsi vous glacer le sang durablement.

Chef d’œuvre de la série B horrifique, Invasion of the Body Snatchers fait figure d’OVNI dans la carrière de Don Siegel. De quoi faire regretter que le cinéaste ne se soit pas penché d’avantage sur le genre.

Le dernier des géants (The Shootist) – de Don Siegel – 1976

Posté : 8 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, CARRADINE John, SIEGEL Don, STEWART James, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Dernier des Géants

Comment voulez-vous juger objectivement un tel film ? Franchement ? OK, ce n’est ni le meilleur Siegel, ni le meilleur Wayne. Il y a certes un petit quelque chose qui cloche dans le rythme, visuellement on ne peut pas dire que ce soit enthousiasmant. Ok pour tout ça. Mais quand même : this is history. Ou plutôt, c’est à un enterrement déchirant que l’on assiste, un double enterrement, même : celui du western classique, et celui du grand Duke lui-même.

C’est donc l’ultime film de John Wayne, qui se savait condamné par cette saloperie de cancer. Et qui accepte de jouer un vieux cow-boy condamné par le cancer. Pas besoin d’aller chercher loin pour comprendre la portée du truc. Y a-t-il, dans toute l’histoire du cinéma, l’équivalent ? Et avec une légende (encore) vivante de la stature de Wayne ? Sans doute pas. De toute façon, des légendes de cette stature, il n’y en a pas eu cinquante depuis l’invention du cinéma.

Forcément, le film est émouvant. Et beau, parce que ni la mise en scène de Siegel, ni l’interprétation de Wayne n’en rajoutent dans le pathos. Le film n’est pas parfait, mais il est digne. Magnifiquement digne. En se faisant diriger par le réalisateur fétiche de Clint Eastwood, l’une des figures du nouveau western, John Wayne sait qu’il fait désormais figure de vestige d’un temps révolu. Mais un vestige qui a de la gueule, quand même, et qui n’a pas l’intention d’abdiquer avant la fin.

Il y a bien quelques regrets qui pointent dans l’histoire d’amour qui aurait pu arriver entre Wayne et Lauren Bacall, mais c’est surtout le portrait d’un homme qui aura su rester fidèle à lui-même de bout en bout. Parle-t-on de John Wayne ou de son personnage ? Il n’y a plus vraiment de différence, comme le confirme la belle ouverture du film, suite d’extraits de westerns portés par le Duke à différents âges, de Stagecoach à El Dorado en passant par Hondo ou Rio Bravo.

Quant à l’apparition de James Stewart, dans le rôle du médecin qui diagnostique le cancer, voulue par Wayne lui-même, elle semble n’être là que pour souligner encore d’avantage le poids du temps qui passe, Stewart soulignant qu’ils ne s’étaient plus vus depuis quinze ans. Quinze ans : pile la durée qui sépare The Shootish de Liberty Valance… Le regard que porte James Stewart sur son vieil ami est en tout cas bouleversant.

Avec John Wayne, c’est la mythologie de l’Ouest sauvage qui disparaît. Ce vieil homme qui chevauche difficilement à travers le pays, obligé de glisser un coussin entre sa selle et son cul fatigué, arrive dans la ville comme un intrus. Lui a vieilli, mais n’a pas vraiment changé. Mais la ville se peuple de voitures automobiles et les rues sont en voie d’être pavées. La violence qu’il amène dans cette société qui se modernise est d’autant plus frappante qu’elle n’a plus rien de naturelle.

John Wayne est formidable dans ce rôle qui aurait pu tourner à l’autocaricature larmoyante. Constamment juste, émouvant mais droit, il fait là de bien beaux adieux.

Les Rôdeurs de la plaine (Flaming Star) – de Don Siegel – 1960

Posté : 6 février, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Rôdeurs de la plaine

On ne peut pas dire que la filmographie d’Elvis soit la plus brillante du monde. Dans la grande majorité de ses films, les producteurs se contentent de jouer sur son image de star à la belle gueule. Autant dire que ce Flaming Star fait figure de brillante exception. Parce qu’Elvis s’y révèle d’une grande intensité, et très crédible en métis, fils des amours d’un blanc (John McIntire, toujours impeccable) et d’une Indienne (Dolores Del Rio, toujours très belle, trente-cinq ans après ses débuts). Et parce que le film est excellent, tout simplement.

Siegel, cinéaste qui sait mieux que quiconque filmer la violence sèche, est fidèle à sa réputation avec cette histoire de conflit naissant entre des colons qui vivaient en paix jusque là, et les Kiowas qui se sentent à juste titre lésés de leurs terres. Mais le réalisateur dévoile aussi un vrai sens du tragique, rare dans son oeuvre. Car le ton n’est pas à la rigolade dans ce western crépusculaire : pour le personnage d’Elvis, symbole de l’harmonie impossible entre ces peuples, le destin est pavé de sang et de mort.

Le film est beau, notamment parce que Siegel ne surinterprète pas les événements tragiques qu’il filme. Il commence son film par une scène d’insouciance autour d’un anniversaire, et cela suffit pour faire ressentir le sentiment de gâchis, presque de paradis perdu. La belle harmonie qui règne entre tous ne tient en fait qu’à un fil. Et Elvis, qui pousse gentiment la chansonnette lors de ce moment d’insouciance, n’aura plus l’occasion de mettre en avant son organe, ce qui était pourtant un passage obligé sur tous ses films.

Même dans cette scène d’ailleurs, l’insouciance est toute relative, et la chanson qu’entonne Elvis est loin de son registre habituel. Les fans du chanteur ont toutefois pu se consoler avec la très belle chanson du générique… et en réalisant à quel point Elvis est un acteur convaincant, et subtil, qui sait donner à son personnage un mélange de force et de fragilité.

Déchirant, le film est parsemé de scènes de violence et de morts qui, toutes, frappent juste et fort. Celle de l’ami Indien d’Elvis, celle du père, celle de la mère surtout, visuellement somptueuse avec ce vent qui balaye tout. Siegel signe là son meilleur western, utilisant les grands espaces comme il le fait de ses décors urbains habituels.

L’Enfer est pour les héros (Hell is for heroes) – de Don Siegel – 1962

Posté : 20 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

L'Enfer est pour les héros

On ne peut pas dire que le film de guerre soit le genre de prédilection de Don Siegel : à l’époque surtout, le cinéaste oscille entre le western et le polar. L’Enfer est pour les héros est d’ailleurs tourné entre Les Rôdeurs de la plaine, sans doute le meilleur Elvis, et A bout portant, l’un des chefs d’œuvre de Siegel. Pourtant, avec ce film intense et sombre (dans tous les sens du terme), il marque le genre de son empreinte.

Ce qui frappe surtout dans ce film à l’histoire relativement classique, c’est l’incroyable économie de moyen. Si on fait excepte la dernière partie, bataille spectaculaire avec explosions et figurants en nombre, tout le film repose sur l’attente, le vide, et le noir qui entoure les personnages. La violence est là, omniprésente, mais comme une menace palpable mais invisible, la plupart du temps.

L’action se déroule en 1944, dans les Ardennes belges. Et c’est dans les ruines d’un village loin du front que l’on fait connaissance avec les personnages, soldats confrontés à l’attente et à l’ennui, et persuadés qu’ils en ont fini avec les combats. Et ça se poursuit quelques kilomètres plus loin, dans un paysage dénué de tout charme, une espèce de no man’s land où un minuscule groupe de soldats est chargé de garder la ligne face aux Allemands postés quelques centaines de mètres plus loin.

Mais quelle ligne ? Les restes d’un blockhaus, quelques trous creusés dans la terre, de rares arbres encore debout… Rien, ou presque, comme pour mieux souligner l’absurdité de cette violence qui, on le sait, finira par exploser. Un bunker quasiment vide d’un côté, un bunker lourdement armé de l’autre. Et entre deux : un espace d’autant plus inquiétant qu’il ne s’y passe strictement rien la plupart du temps.

Et quand il s’y passe quelque chose, on ne distingue que quelques ombres : celles de soldats allemands tapis là, celles des Américains qui rampent lentement et sans bruit… Parmi ces Américains : quelques figures habituelles du film de guerre, presque caricaturales. Et Steve McQueen, héros de guerre au regard sec et profond, comme âbimé par trop de visions d’horreur. Un homme que l’on découvre d’abord incapable de faire face aux simples moments de vie et de paix.

Deux ans seulement après Les 7 Mercenaires, McQueen est formidable dans un rôle aux antipodes de celui qui a fait de lui une star. Il retrouve d’ailleurs James Coburn, lui aussi excellent, et étonnamment sobre dans un rôle également très différent du « mercenaire » qu’il incarnait dans le film de Sturges.

Par la simplicité de sa narration, par son économie de moyen, par la modestie de ses enjeux dramatiques (quelques vies humaines, simplement…), L’Enfer est pour les héros dit beaucoup plus sur la guerre et ce qu’elle représente que la plupart des grosses productions du genre.

Le Lion sort ses griffes (Rough Cut) – de Don Siegel – 1980

Posté : 31 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

Le Lion sort ses griffes

Suis-je fatigué (pas impossible, en ce moment) ? Ou est-ce Don Siegel qui accuse le coup en cette fin de carrière ? Difficile en tout cas de reconnaître la patte du réalisateur de Madigan, Dirty Harry ou Charley Varrick dans cette petite chose tournée après Escape from Alcatraz, et qui sera son avant-dernière réalisation.

Pas désagréable cela dit, et on prend même un petit plaisir intermittent devant ce film de braquage alambiqué et ouvertement léger : Siegel flirte ici avec la comédie, ce qui n’est pas loin d’être une première dans sa brillante filmographie, plutôt teintée de noir et de toutes ses nuances.

C’est léger, avec un Burt Reynolds qui se rêve en dandy décontracté, façon le Saint : un cambrioleur de génie doublé d’un séducteur, qu’un flic au bord de la retraite (David Niven, dans son emploi habituel) veut faire tomber en utilisant une belle cleptomane (Lesley Ann Down, charmante), qui bien sûr tombera amoureuse de sa cible.

Ce n’est pas désagréable, donc, mais rien ne fonctionne vraiment totalement. Le scénario inutilement tarabiscoté finit par lasser, et jamais on ne ressent la tension sexuelle qui devrait attirer Burt et Lesley l’un vers l’autre.

Résultat : une petite bluette pas vraiment mémorable.

La Ronde du crime (The Lineup) – de Don Siegel – 1958

Posté : 15 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

La ronde du Crime

Adapté d’une série télé à succès (dont Siegel avait lui-même réalisé le pilote), The Lineup est un polar dont la sécheresse et la violence annonce, avec des années d’avance, les thrillers hollywoodiens des années 60 et 70, dont Siegel sera d’ailleurs lui-même l’un des grands spécialistes.

La scène pré-générique, est en elle même un petit chef d’oeuvre, une ouverture brutale et coup de poing qui fait entrer de manière magistrale la violence dans un décor quotidien où on ne l’attend pas. Jusqu’à la fin, sèche et muette, Siegel gardera la même ligne : une manière unique et glaçante de filmer la violence et ses conséquences, comme dans cette scène hallucinante où Eli Wallach, tueur psychopathe, explose littéralement face à une mère et à son enfant, terrorisées.

Si le film est à ce point marquant, c’est d’ailleurs en partie grâce au « couple » de gangsters que forment Wallach (fabuleux, avec cette folie dangereuse constamment au coin de l’œil) et Robert Keith, glaçant en « mentor » qui lui apprend les règles de la grammaire comme celles du bon tueur (« Si tu veux être gangster, il faut éliminer la malhonnêteté »), et « collectionne » les dernières paroles prononcées par les victimes de son complice avant de passer de vie à trépas.

Aux antipodes de ce « couple » hallucinant, le duo de flics (Warner Anderson et Emile Meyer) est filmé avec un réalisme quasi-documentaire qui rappelle la série originale, mais aussi les polars des années 40 d’Anthony Mann ou Richard Fleischer. Des policiers loin des stéréotypes hollywoodiens, toujours très posés et respectant constamment les règles. Moins spectaculaires que les tueurs qu’ils traquent, mais tout aussi passionnants.

Une traque qui se déroule à travers San Francisco. Et la ville joue un rôle important, comme ce sera le cas pour d’autres films de Siegel (Dirty Harry, pour ne citer que le plus connu). Il y a dans ce film une utilisation formidable des extérieurs (le rendez-vous sur le port devant un gigantesque bateau qui s’en va, la poursuite sur la bretelle d’autoroute en construction…) comme des décors intérieurs (souvent réels : les larges couloirs des services de la douane, l’aquarium, et surtout la patinoire…), qui finissent de donner au film un ton unique.

* DVD chez Sidonis/Calysta, avec des présentations passionnées par Bertrand Tavernier et François Guérif.

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