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Archive pour la catégorie 'SHERMAN George'

Big Jake (id.) – de George Sherman (et John Wayne) – 1971

Posté : 15 février, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, O'HARA Maureen, SHERMAN George, WAYNE John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Big Jake

Depuis la fin des années 30, c’est le western qui occupe la majeure partie de la prolifique filmographie de George Sherman, souvent dans la série B. A ses débuts, il avait d’ailleurs dirigé le jeune John Wayne dans plusieurs films (pas vus). Avec Big Jake, qui sera son tout dernier film (Wayne lui-même en dirigera d’ailleurs plusieurs scènes pour remplacer le réalisateur, malade et diminué), est donc en quelque sorte un retour aux sources : c’est par un western avec le grand Duke qu’il clôt une carrière inégale mais pleine de pépites.

Pour une fois, c’est tout de même une grosse production qu’il dirige, un film de genre certes, avec une histoire on ne peut plus simple (un homme vieillissant renoue avec sa famille lorsque son petit-fils, qu’il n’a jamais rencontré, est enlevé par une bande de tueurs), mais aussi une belle ambition. Un détail qui n’en est pas un : l’histoire se passe en 1909, à une époque où les machines se multiplient, où la voiture fait son apparition, où les styles vestimentaires évoluent, mais où les vieux cow-boys font de la résistance.

Il y a d’ailleurs un running-gag plutôt marrant : chaque personne qu’il rencontre lance à John Wayne, représentant d’un Ouest sauvage disparu, « je croyais que vous étiez mort »Big Jake, c’est la confrontation de deux mondes qui n’ont rien en commun :la figure du cow-boy à l’ancienne dans un décor en pleine mutation. Le thème n’est pas nouveau dans le western, mais il est ici central, dès un générique malin, qui confronte les nouveautés qui apparaissent sur la côte Est avec les vieilles habitudes qui persistent à l’Ouest.

Toute la première partie tourne autour de ce thème, avec la figure habituelle de John Wayne confrontée à ses deux fils, dont l’un voyage à moto, et l’autre porte un pistolet automatique, les deux étant interprétés par le propre fils de Wayne, et par celui de Robert Mitchum. Tout un symbole…

Le temps qui passe est aussi, et surtout, souligné par l’apparition de Maureen O’Hara dans le rôle de l’ancienne femme de Wayne. Vingt ans après Rio Grande ou L’Homme tranquille, elle est toujours aussi belle. Et les scènes qu’elle partage avec son partenaire de toujours sont les plus belles du film, pour ce passé que leurs face-à-face fait revivre comme par magie…

Après ce début plein de promesses, le film perd quand même beaucoup de son originalité. Maureen O’Hara disparaît de l’écran pour de bon, « remplacée » par un Indien interprété par un Bruce Cabot assez peu crédible dans un tel emploi. Et la confrontation passé/présent semble ne plus intéresser Sherman, qui se contente de signer un film d’action efficace mais classique.

Avec tout de même quelques belles figures de méchants, incarnés par Richard Boone et par quelques vieilles badernes échappés des vieux westerns de Wayne, John Agar ou Harry Carey Jr.

Le Shérif d’El Solito (The Hard Man) – de George Sherman – 1957

Posté : 5 octobre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Shérif d'El Solito

Plutôt inspiré Sherman, pour ce petit western malin et plutôt original sur un aspect: le personnage le moins intéressant est aussi celui qui donne du rythme au film. C’est donc le shérif du titre français, et surtout le « dur » du titre original : Guy Madison, un représentant de la loi qui s’est taillé une réputation de gâchette facile. Réputation injuste, comme l’atteste une belle séquence d’ouverture brutale et sèche… sous une pluie battante.

Il n’a pas trop d’aspérité, ce personnage central, malgré les doutes qu’il laisse deviner concernant ses propres méthodes. Surtout que son interprète n’est pas exactement l’acteur le plus charismatique et le plus profond de l’histoire du western. Il en a en tout cas bien moins (d’aspérité) que les autres personnages centraux du film : le « vrai » shérif (Robert Burton) qui n’est pas à proprement parler un lâche mais qui aspire à une mort paisible, grand propriétaire (Lorne Greene) cruel et sans pitié qui perd inexorablement de sa superbe, et surtout la femme de ce dernier (Valerie French), manipulatrice cynique et fatale.

C’est plutôt rare : le moteur de l’action n’est pas la volonté de posséder plus de terres, ou d’imposer sa puissance. Non, ce qui provoque directement la violence et les drames, c’est la sexualité de la jeune femme, qui multiplie les amants, et dynamite au passage l’image de l’héroïne westernienne, alors que son destin au côté du héros semblait écrit d’avance. Un personnage assez passionnant… hélas interprété par une actrice pour le coup sans relief.

D’ailleurs, c’est bien Guy Madison qui inspire le plus George Sherman. Et plus que la psychologie pourtant pleine de promesses des personnages, c’est l’homme d’action qu’il place au cœur du film. Il semble ainsi y avoir deux Sherman : celui des décors hollywoodiens, un peu trop sage par moment, et celui des extérieurs où il utilise Madison pour donner un rythme soudainement trépidant à son film.

Les quelques duels aux revolvers sont remarquablement filmées, mais ce sont surtout les bagarres à mains nues qui impressionnent, Madison s’imposant comme un grand homme d’action, aux gestes secs et marquants, que la caméra de Sherman met parfaitement en valeur. Elle utilise aussi très bien les quelques décors naturels, comme dans ce magnifique travelling vertical qui suit Madison descendant une colline à cheval, droit vers la caméra.

Tout n’est pas de ce niveau, loin de là. Mais ce petit western jamais sorti en salles en France (et pas diffusé à la télé depuis une quarantaine d’années), mérite d’être découvert.

* Il vient de rejoindre la collection Westerns de Légende chez Sidonis/Calysta, avec une présentation de Patrick Brion.

Du Sang dans la Sierra (Relentless) – de George Sherman – 1948

Posté : 19 mai, 2016 @ 1:26 dans 1940-1949, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Du sang dans la sierra

Dès la toute première scène, on sent que Sherman est dans une bonne veine avec ce western tourné non pas pour la Universal, mais pour la Columbia. Les premières images montrent une petite ville de l’Ouest comme tant d’autres, mais plongée dans la nuit, et balayée par une pluie battante. Que Sherman filme avec le sens du cadre et du rythme qu’il a dans ses meilleurs films.

Outre la météo, ce qui frappe aussi d’emblée, c’est la bienveillance des habitants que l’on retrouve dans un saloon chaleureux, et qui saluent avec joie la bonne chance de deux d’entre eux, qui viennent fêter (au champagne s’il vous plaît) la fortune qui vient de leur sourire dans la mine qu’ils exploitent dans un coin tenu secret… On sent venir la suite, et on n’y coupe pas : parmi ces habitants bienveillants, il en est un qui l’est nettement moins.

C’est un peu la limite du film : on sent constamment venir la suite. On la voit même arriver avec l’assurance de celui qui ne fera rien pour éviter les clichés. Mais la mise en scène de Sherman compense les facilités scénaristiques, et la minceur des personnages. On s’attend donc à ce que les deux mineurs fortunés se fassent dessouder, mais la scène où cela se produit effectivement est assez remarquable. Du meurtre, on n’aperçoit que les silhouettes des tueurs à travers la fenêtre salle d’une cabane.

Ce parti-pris, Sherman l’adopte à d’autres reprises dans ce western, décalant l’action hors caméra pour ne plus filmer que les ombres des protagonistes projetées sur un mur. L’effet n’est pas neuf (ah ! ce duel dans Les Aventures de Robin des Bois !), mais donne un vrai style à ce western plutôt sympathique, ou les belles idées inattendues compensent la pauvreté de la psychologie.

Le rôle central joué par le poulain est pour le moins original, et fonctionne parfaitement bien, donnant toutefois au film des airs de conte pour enfant, ce qu’il n’est pas foncièrement. En témoigne la sécheresse de la violence, et cet affrontement plus psychologique que physique pour le coup, à la fin du film.

Une autre surprise, c’est la présence dans le rôle principal de Robert Young, acteur que l’on a plus l’habitude de voir dans des drames urbains ou dans des comédies. Son sourire un poil trop blanc fait d’ailleurs craindre le pire dans les premières minutes. Mais l’acteur, à défaut d’être renversant, est sympathique et s’avère très à l’aise pour donner de la gravité à son personnage, accusé de meurtres qu’il n’a pas commis.

On peut ajouter de beaux extérieurs qui inspirent particulièrement Sherman, un passage inattendu (et assez déroutant) dans la neige, et un plan unique mais très beau d’un coucher de soleil magnifié par le très beau Technicolor. Un western mineur, certes, mais plein de petites pépites éparses.

* DVD dans l’incontournable collection Westerns de Légende, avec des présentations par Patrick Brion et Bertrand Tavernier, ce dernier se montrant étonnamment sévère avec le film.

La Vengeance de l’Indien / Le Sang de l’Indien (Reprisal !) – de George Sherman – 1956

Posté : 1 mai, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Sang de l'Indien

71 minutes, pas une de plus… George Sherman, cinéaste inégal capable du meilleur (Le formidable Vengeance à l’aube) comme du pire (Le Grand Chef, assez ennuyeux) signe un petit western admirablement tendu et loin d’être aussi anodin que son format et l’absence de vedette pouvaient laisser penser.

Souvent oublié dans l’histoire du western, Sherman n’a certes pas la carrure des grands maîtres comme Ford, Hawks, Wellman, Daves ou d’autres. Et il lui arrive plus souvent qu’à son tour de céder à une sorte de nonchalance routinière qui nuit à certains de ses films. Mais quand il est inspiré, il peut livrer d’excellents films, passionnants et gorgés de belles idées narratives.

C’est clairement le cas de ce Reprisal !, qui fait partie des très grandes réussites de Sherman. Dès la séquence d’ouverture, on est frappé par la manière dont le film introduit les personnages. L’arrivée d’un étranger en ville, entrée en matière on ne peut plus classique, se heurte ici à une porte fermée… L’action se déplace alors dans le traditionnel saloon, transformé ce jour-là en tribunal où sont jugés trois frères accusés d’avoir lyncher deux Indiens, et dont la culpabilité ne fait d’emblée aucun doute. Sauf que le jury les innocente en une poignée de secondes…

Reprisal ! fait partie de cette grande vague de westerns pro-Indiens. Rien de totalement neuf sous le soleil de l’Oklahoma, donc. Sauf que la manière dont Sherman aborde cette question du racisme renvoie clairement à la situation contemporaine des Etats-Unis, confrontées à des problèmes similaires dans les états du Sud. Les opprimés ici sont les Indiens, mais il paraît évident que l’action pourrait être transposée avec n’importe quelle minorité opprimée, à n’importe quelle époque (d’ailleurs, le scénario s’inspire d’un roman évoquant le racisme envers les noirs).

Inattendu aussi : le fait que le héros soit à moitié-Indien. Ce qui ne saute pas aux yeux, vu qu’il est interprété par le très blond Guy Madison, mais que Sherman dévoile assez vite lors d’un formidable dialogue avec un vieil Indien. On sent bien que ce sujet est cher au cinéaste, qui donne un magnifique rôle de squaw en mal de reconnaissance à Kathryn Grant (une vraie blanche, certes), et fait de l’impossible réconciliation entre les peuples le vrai sujet de son film.

La mise en scène est souvent aussi forte que ce sujet. Il y a même plusieurs scènes qui nous scotchent littéralement au fauteuil : le duel avorté et incroyablement tendu entre Madison et le plus jeune des frères Shipley ; ou le quasi-lynchage du héros, impressionnant, scène qui justifie à elle seule l’inspiration de Sherman, dont la caméra se plaque au sol pour mieux faire ressentir la puissance de la foule en colère, ou s’élève soudain en une vertigineuse plongée pour souligner le soudain isolement du héros…

Sherman donne un tel rythme à son film que Guy Madison, acteur plutôt transparent, semble dégager une grande intensité. Mais il faut dire qu’il est bien entouré, notamment par Felicia Farr (une habituée des westerns de Daves), dans un rôle pas si lisse qu’il n’y paraît au premier abord. Et c’est bien l’une des forces du film, qui ne cède jamais à la facilité du manichéisme. Un petit film, oui, mais un petit bijou.

* DVD dans la collection « Westerns de Légende » de Sidonis/Calysta, avec des présentations par Bertrand Tavernier et Patrick Brion.

Le Solitaire des Rocheuses (The Lone Hand) – de George Sherman – 1953

Posté : 17 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Solitaire des rocheuses

Dans la lignée de L’Homme des Vallées perdues, succès colossal cette année-là, les westerns avec enfants sont devenus quasiment un sous-genre très en vogue. En témoigne ce Lone Hand, totalement inédit en France jusqu’à présent. Une curiosité, donc, que l’on doit au très prolifique George Sherman, cinéaste modeste et souvent efficace qui, à défaut d’avoir un univers très marqué, connaît parfaitement son métier. Un petit artisan comme on les aime.

Le film commence avec une voix off (celle du gamin) qui laisse présager le pire. Le gamin, donc, qui raconte que le type à côté de lui, c’est son père (ah ?). C’est aussi Joel McCrea, toujours excellent mais qui, ici, fait ce qu’il peut avec un personnage pas formidablement écrit. C’est la limite du film : le scénario, qui cherche l’originalité et le mystère, mais qui ne trouve que l’approximation et les effets faciles.

L’idée est pourtant assez originale : faire du héros un pauvre fermier qui arrive avec son fils dans une petite ville où il s’installe, avant de céder aux sirènes de l’argent facile et de se mettre à attaquer des banques et des dilligences avec un gang redoutable. Sauf que les rebondissements sont hyper téléphonés et qu’on sait d’avance comment tout ça va se terminer.

Pas désagréable pour autant, ce petit western qui ne marque pas le genre, mais que Sherman mène à un rythme parfait, en ancrant ses personnages dans des paysages grandioses : la nature est omniprésente, et c’est elle le personnage le plus passionnant et le plus authentique…

* Le film, totalement inédit jusqu’à présent, donc, vient d’enrichir la collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta. Avec une présentation par Patrick Brion.

Vengeance à l’aube (Dawn at Soccorro) – de George Sherman – 1954

Posté : 26 novembre, 2015 @ 1:48 dans 1950-1959, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Vengeance à l'aube

On entre directement dans le vif du sujet avec ce petit western absolument formidable, qui commence là où beaucoup d’autres se terminent : par un grand règlement de comptes aux pistolets entre deux clans adverses. Un gunfight qui rappelle curieusement celui de O.K. Corrall, et ce n’est sans doute pas un hasard : toute la première partie s’inspire clairement du mythe immortalisé par Ford (notamment), et particulièrement de Doc Holiday, dont Ben Wade, le joueur, ami du shérif et as de la gâchette interprété par Rory Calhoun (qui a rarement été aussi bien qu’ici) est une copie quasi conforme jusqu’à la toux inquiétante.

Sauf qu’ici, George Sherman et son scénariste George Zuckerman (un habitué des films de Douglas Sirk) décident de commencer par ce qui est annoncé d’emblée par une voix off comme le moment de bravoure du film. Et cette curiosité donne le ton d’une série B remarquable du début à la fin, que Sherman met en scène avec une inspiration de chaque plan, avec un sens du cadre et de l’atmosphère qui est loin d’être évident dans tous ses films. Dans Vengeance à l’aube, il est au sommet de son art et signe un western formidablement tendu, et constamment étonnant.

La grande réussite du film repose aussi beaucoup sur la manière avec laquelle le scénariste joue avec les poncifs du genre, qu’il accumule avec gourmandise pour mieux les détourner. D’où des personnages à la fois très familiers et totalement originaux. A commencer par le héros lui-même, à qui son médecin prescrit du repos dans le bon air de la montagne, tout en sachant qu’il n’irait nulle part et continuerait à se tuer à petits feux. Sauf que non : les funérailles que le docteur lui avait prédites, Wade/Calhoun les transforme en une fête d’au-revoir, bien décidé à changer de vie et à se mettre au vert.

Dès lors, tous ceux qu’il rencontrera auront ce petit quelque chose de différent. La jeune femme innocente que le destin conduit dans un saloon mal fâmé (Piper Laurie, émouvante et toute en retenue) affiche clairement sa volonté de jouer ce jeu qui n’est pas le sien. Le shérif débonnaire (Edgar Buchanan, formidable) n’est pas le lâche habituel, mais un homme pragmatique, honnête et qui plus sobre. Le gunfighter qui a juré de tuer le héros refuse de l’abattre sans lui laisser une chance de se défendre, et voyage longuement face à lui, attendant que l’autre porte une arme.

Cela donne quelques scènes d’attente rares dans un film de cette durée (à peine une heure vingt), conçu pour être projeté en double-programme. Mais ce sont ces scènes au cours desquelles les drames et les tensions se nouent qui font tout le poids de cette petite production, et de cette réussite majeure.

* Difficilement visible et très peu connu jusqu’à présent, le film est désormais disponible en DVD dans la collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta. Avec en bonus les présentations habituelles, et très enthousiastes pour le coup, de Bertrand Tavernier, Patrick Brion et Yves Boisset.

Les Rebelles (Border River) – de George Sherman – 1954

Posté : 11 avril, 2014 @ 1:40 dans 1950-1959, DE CARLO Yvonne, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Rebelles

Excellent réalisateur de westerns, George Sherman a signé pour la Universal toute une série de films inspirés (souvent lointainement) d’épisodes réels de la mythologie westernienne. Dans Les Rebelles, il ne s’agit pas de figures célèbres de cette époque des pionniers, comme Calamity Jane ou Black Bart, mais d’une particularité de ces années marquées par la guerre civile : la Zona Libre, un petit territoire situé sur les rives du Rio Grande, entre les Etats-Unis et le Mexique, où de nombreux hors-la-loi trouvent refuge.

L’intrigue du film (un soldat sudiste qui vient acheter des armes pour son camp) n’est ainsi qu’un prétexte pour mettre en scène ce territoire administré par des bandits (un « général » mexicain interprété par Pedro Armendariz), et où ne vivent que des bandits. Un thème riche en promesses, qui ne les tient hélas pas toutes : si le Général est un personnage particulièrement réussi et effrayant, la population qui peuple le territoire n’a pas cette dimension de danger qu’on pouvait attendre.

Mais le film est une réussite, signé par un petit maître (irrégulier) du genre, et parsemé de moments particulièrement inspirés : un cheval happé par des sables mouvants, un « baron » qui perd subitement sa superbe lorsqu’il réalise qu’il est condamné, un repas plein de sous-entendus lourds de menaces… C’est lorsqu’il met en scène ces soudaines irruptions du danger que Sherman se montre le plus efficace.

Face à Joel McCrea, grand acteur westernien (c’est quand même lui le héros du formidable Pacific Express de Cecil B. De Mille), Sherman dirige une nouvelle fois Yvonne De Carlo, à qui il a offert quelques-uns de ses rôles les plus marquants. L’actrice, l’une des plus belles figures du genre, est une nouvelle fois magnifique.

Les Bolides de l’Enfer (Johnny Dark) – de George Sherman – 1954

Posté : 22 mars, 2013 @ 1:44 dans 1950-1959, CURTIS Tony, SHERMAN George | Pas de commentaires »

Les Bolides de l'Enfer (Johnny Dark) - de George Sherman - 1954 dans 1950-1959 les-bolides-de-lenfer

George Sherman s’évade du western le temps de cette bluette charmante, production Universal qui n’est pas si loin des productions Disney des années 70, style La Coccinelle. L’histoire, en tout cas, n’a rien à envier à ces films familiaux souvent tournés à la va-vite. Tony Curtis, la star montante de l’époque, y interprète un pilote-mécanicien qui tente d’imposer la voiture de course qu’il a inventée à son patron, qui ne jure que par les voitures familiales.

Rajoutez à ça que la fille dudit patron est rinde dingue du beau Tony, et vous aurez une bonne idée du suspense qui règne…

C’est, franchement, totalement inconséquent, taillé pour le marché familial. Sherman ne prend rien au sérieux, ici, et le film semble parfois n’être tourné que pour les scènes de course automobile. L’argument publicitaire de l’époque souligne d’ailleurs que le film est le premier à filmer d’authentiques voitures en course. Douteux, pour le moins : Wallace Reid s’en était fait une spécialité dès la fin des années 10.

Mais la course en question ne manque pas de charme : c’est rien moins qu’une traversée des Etats-Unis dont il s’agit, de la frontière canadienne à la frontière mexicaine. L’occasion de filmer de beaux paysages, de longues routes droites, de virages sinueux… Bref, des grands espaces comme George Sherman, grand nom du western, sait les mettre en valeur.

Au cœur du film, deux comédiens charmants : Curtis, donc, qui enchaînait les succès, et la craquante Piper Laurie, avec qui il a formé l’un des couples de cinéma les plus populaires du début des années 50. Les Bolides de l’Enfer est leur dernier film en commun, après Le Voleur de Tanger, Le Fils d’Ali Baba et l’excellent No Room for the groom.

Comanche (id.) – de George Sherman – 1956

Posté : 15 janvier, 2013 @ 10:13 dans 1950-1959, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Comanche (id.) – de George Sherman – 1956 dans 1950-1959 comanche

Il n’y en pas beaucoup, des films qui alternent à ce point le très bon et le très mauvais. Ce western à l’histoire très classique (un éclaireur jour les intermédiaires entre les Indiens et le gouvernement américain pour obtenir la paix, mais des intrigants cherchent à raviver la guerre) n’est jamais entre les deux. Un peu à l’image de George Sherman, cinéaste qui, de film en film, passe de l’excellence (La Fille des prairies) au passable (Le Grand Chef).

Celui-ci, une nouvelle fois basé sur des personnages réels (c’est une habitude pour Sherman, dont la filmographie revisite tout un pan de l’histoire de l’Ouest américain), et par moments assez proche de l’excellence. Dans ces moments où Sherman suspend l’action, et nous fait ressentir le poids de leur environnement sur les personnages : cette très belle séquence d’ouverture, scène de la vie quotidienne dans un village mexicain calme et bercé par la musique des Mariachis ; ou quelques scènes dans les étendues désertes, qui rendent soudainement palpable l’immensité des espaces…

Mais la plus belle scène, c’est ce long face-à-face extrêmement tendu entre les soldats blancs et les Indiens rebelles, avant l’arrivée des Comanches que Quanah Parker, au sommet de la montagne. Une séquence superbe, à la mise en scène ample et splendide.

Dana Andrews est excellent dans le rôle de Jim Read. Et son sidekick Henry Brandon est à la hauteur d’un Walter Brennan, avec sa moumoute assez irresistible.

Leur épopée est joliment rythmée par une chanson qui fait partie des titres incontournables du western, et qui semble juste ancrer l’histoire à laquelle on assiste (dans des paysages grandioses et très bien filmés) dans la mythologie américaine.

Bref, il a tout pour s’approcher du chef d’œuvre, ce film, d’autant que les scènes qui reposent avant tout sur l’image sont magnifiquement mises en scène. Mais voilà, il y a des dialogues. Beaucoup. Et absolument imbuvables. Trop démonstratifs, trop explicatifs, trop grand guignol, trop caricaturaux, les dialogues cassent constamment le rythme. Mais le scénariste du film en est aussi le producteur, ce qui explique peut-être certains choix bien malheureux.

D’autant plus que beaucoup de grands rôles (comme Quannah, le chef indien, joué par un Kent Smith ridicule) sont assez approximatifs. Mention spéciale à Linda Cristal, qui sera à l’affiche de grands westerns (Alamo, Les Deux Cavaliers), mais qui est insupportable ici, et constamment fausse. Le film a de tels atouts que ces défauts n’en sont que plus frappants.

Le Barrage de Burlington (River Lady) – de George Sherman – 1948

Posté : 3 octobre, 2012 @ 11:50 dans 1940-1949, DE CARLO Yvonne, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Barrage de Burlington

Décidément, George Sherman est un réalisateur qui mériterait d’être réévalué, ce que le DVD pourrait bien rendre possible : les récentes sorties de Universal (Bandits de grands chemins, La Fille des prairies et Le Grand Chef), Artus (The Lady and the Monster) et ce River Lady dans la collection Western de Légende de Sidonis contribuent en tout cas à révéler le grand talent de cet artisan très efficace que je considérais jusqu’à présent comme un yes-man sans grande personnalité.

Avec River Lady, c’est une nouvelle fois un western de haute tenue, et très original, que signe Sherman. L’intrigue adapte un thème traditionnel du genre (l’affrontement des riches propriétaires et des modestes fermiers) et le transpose dans un contexte rarement utilisé à l’écran : l’univers dur et viril des bûcherons qui passent huit mois de l’année dans les bois à abattre et débiter les arbres avant de les convoyer au fil de la rivière vers la ville.

Les dix premières minutes du film sont quasi-documentaires (même si l’exactitude historique n’est pas le but de Sherman et de ses producteurs), et passionnantes, avec une très belle photographie qui rappelle l’excellente Fille du Bois maudit d’Hathaway. Les personnages de l’histoire ne sont pas encore introduits, mais déjà on sent la sueur et l’atmosphère virile du film se met en place. Le héros, d’ailleurs, interprété par un Rod Cameron parfait dans un rôle fait pour lui, est un homme taillé dans la pierre : un rude bûcheron aux poings comme mes cuisses, fier et modeste, désireux de vivre sa vie à sa manière, et de ne rien devoir à quiconque.

Pas même la belle Yvonne de Carlo, à tomber par terre évidemment, riche propriétaire d’un tripot qui rêve de devenir une femme puissante et respectée, au côté de son Rod Cameron de fiancé. Le gars n’a pas les mêmes envies qu’elle ? Mais Yvonne sait ce qu’elle veut, et pousse son homme à prendre la direction d’une petite société, dont le président (l’excellent John McIntire) a une fille fort charmante (Helena Carter) qui préférerait séduire le rustre bûcheron plutôt que de mener une vie de petite fille gâtée…

C’est un film d’hommes, avec des coups de poings bien envoyés, des beuveries mémorables, et un « méchant » bien méprisable (Dan Duryea). Pourtant, les personnages les plus forts sont les personnages féminins, qui sont la véritable âme du film. Dans un film aussi efficace dans l’action pure que lorsqu’il aborde des thèmes plus « politiques » (les petites sociétés forcées de créer la première coopérative pour faire face au puissant syndicat), la manière dont ces personnages féminins sont écrits et filmés est étonnamment fine et complexe.

Helena Carter, qui trouve ici l’un de ses plus beaux rôles, donne une profondeur et une vérité inédite à un rôle issu d’une longue lignée : celle des filles de bonne famille qui rêvent de s’encanailler. Elle est à la fois touchante, drôle et séduisante, même si la dernière partie du film semble la mettre un peu de côté. Dommage…

Même un second rôle aussi anecdotique que Ma Dunnington (jouée par ….), tenancière d’un bar peu recommandable, parvient à exister en quelques scènes seulement, et peu de dialogues.

Mais la vraie star du film (la plus grande star Universal de l’époque), c’est bien sûr Yvonne de Carlo, magnifique actrice dans tous les sens du terme, qui trouve ici l’occasion de jouer sur des registres très différents. Arrogante et ambitieuse, Sequin est aussi une romantique à la fois fière et triste. Irrésistible quand elle chante, sublime quand elle réalise ce qu’elle perd, Yvonne de Carlo n’a pas le beau rôle dans l’histoire. Mais elle est filmée magnifiquement, et habite littéralement le film.

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