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Archive pour la catégorie 'SCHRADER Paul'

Blue Collar (id.) – de Paul Schrader – 1978

Posté : 14 juillet, 2025 @ 8:00 dans 1970-1979, POLARS/NOIRS, SCHRADER Paul | Pas de commentaires »

Blue Collar

Paul Schrader, la petite trentaine, vient de signer quelques scénarios très marquants, dont celui de Taxi Driver bien sûr, lorsqu’il passe pour la première fois derrière la caméra. Et c’est une claque. Blue Collar, film noir et pamphlet social, impose d’emblée la puissance d’un grand scénariste qui est aussi un grand cinéaste.

Blue Collar part d’une humiliation : celle que subissent au quotidien trois ouvriers, qui décident de cambrioler le siège de leur syndicat, mais ne trouvent qu’un registre qui va leur faire rêver du meilleur, et leur apporter le pire.

Ce qui frappe dans un premier temps, c’est la manière dont Schrader filme l’usine, décor principal du film : une usine de construction automobile à Detroit où les ouvriers, mal payés, sont contraints d’accepter les difficiles conditions de travail, les humiliations des patrons, et le cynisme de syndicats corrompus, pour simplement payer leurs factures.

Le thème n’est ni nouveau, ni original. Mais la manière dont Schrader l’aborde, le réalisme et la vérité qu’il donne à ce microcosme, sont impressionnants. Il suit essentiellement trois personnages, trois amis inséparables aux caractères très différents : le jouisseur, le discret et la grande gueule. Dans l’ordre : Yaphet Kotto, Harvey Keitel et Richard Pryor.

Trois grands acteurs, qui tout en incarnant les « types » qu’ils représentent, apportent une profondeur et des fêlures intenses à leurs personnages. Pryor, surtout, est formidable dans le rôle de cet écorché fort en gueule, loin, très loin de son emploi habituel. Deux acteurs noirs et un acteur blanc, donc, ce qui aura son importance…

Grand film social, Blue Collar est aussi un grand film noir, dont l’ambiance paranoïaque démontre la cinéphilie de Schrader (on sent l’influence de classiques comme Je suis un évadé dans la dernière partie). Un film comme une gifle, aussi, dont on devine qu’il a influencé à son tour un cinéaste comme Spike Lee dans sa manière d’aborder la question raciale. Et dans ce domaine, Schrader ne se fait guère d’illusion…

Son film, malgré quelques pointes d’humour absurdes (les masques qu’arborent les trois amis lors de ce qui est le casse le plus pourri de l’histoire du casse), est d’un pessimisme à peu près parfait, s’inscrivant dans l’esprit dans la lignée des grands films paranoïaques de l’après-Watergate. Ou fu film noir classique avec des « héros » fucked-up de tous les côtés, dont tous les tentatives de s’extirper de leur condition semblent vouer à l’échec.

Le film raconte rien moins que la disparition de la solidarité de classe, au profit d’un individualisme cynique et destructeur. Ce n’est pas très joyeux, mais c’est une sacrée claque, la naissance d’un cinéaste qui, même dans les pires moments, restera toujours intéressant, pour le moins.

Affliction (id.) – de Paul Schrader – 1997

Posté : 26 novembre, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, SCHRADER Paul | Pas de commentaires »

Affliction

Une région montagneuse de l’Amérique profonde, une petite ville recouverte par la neige, un homme pourchassé par ses démons, qui se débat entre un job pourri, un divorce difficile, une fille dont il sent qu’elle lui échappe, et un vieux père violent… Bienvenue dans l’univers de Russel Banks, grand auteur pas joyeux-joyeux, dont les romans marquent par leur atmosphère pesante et tragique, et par l’épaisseur de personnages qui se débattent.

En adaptant Affliction, Paul Schrader relève un vrai défi : porter à l’écran cet univers oppressant et désespéré, sans étouffer pour autant ni le récit, ni le spectateur. Il y réussit plutôt bien, en adoptant quasi-exclusivement le regard de Wade, père et fils en déroute, à qui Nick Nolte apporte une intensité impressionnante : un chien battu à qui il arrive de grogner, mais qui n’a pas encore mordu, comme il le dit lui-même. Pas encore.

Quand un accident de chasse se produit, Wade se persuade qu’il s’agit d’autre chose que d’un accident. Mais déjà, on le sent, il perd pied. On le sent près à exploser d’une minute à l’autre, et c’est là la plus grande réussite du film : la manière dont Schrader rend perceptible la tension qui ne cesse d’augmenter dans le crâne de Wade, qui se raccroche à ce qu’il peut tandis que son univers part en vrille autour de lui : une relation sans avenir avec une femme qui a le malheur de l’aimer (Sissy Spacek, touchante), un rôle de père qui n’est plus qu’une chimère, un frère qu’il ne voit jamais mais dont il se rêve proche (Willem Dafoe, toujours impeccable, mais dans un rôle un peu sacrifié).

Et ce père, joué par James Coburn, violent et castrateur, devenu un vieil homme insensible, toujours odieux. Dans une poignée de plans, Schrader joue habilement sur la ressemblance du père et de son fils, sur ce glissement de plus en plus perceptible de l’enfant battu vers le vieil homme violent. On peut reprocher à Schrader de ne pas avoir retrouvé l’intensité de Banks. On peut aussi saluer la troublante banalité des personnages, et remarquer que, à l’exception d’une conclusion trop explicative, le film est réussi parce qu’il nous place exactement dans la peau de son personnage principal, un homme qui perd le fil et se noie.

La Sentinelle (Dying of the Light) – de Paul Schrader – 2015

Posté : 2 juillet, 2015 @ 4:58 dans 2010-2019, SCHRADER Paul | Pas de commentaires »

La Sentinelle

On l’aime bien au fond, Nicolas Cage. Malgré une filmographie jonchée de nanars franchement honteux (c’est le terme élégant pour « sombres merdes »), on garde un souvenir ému de ses débuts nettement plus ambitieux, de ses collaborations avec les frères Coen (Arizona Junior), tonton Francis (Peggy Sue s’est marié) ou John Woo (Volte/Face). On sait bien que c’est pour rembourser ses créanciers qu’il se laisse aller à tourner quelques unes des pires daubes du moment (Effraction).

Et puis de temps en temps, il y a une perle qui apparaît comme par accident. Ce très beau Joe qui lui a valu tous les éloges par exemple. Dying of the Light aurait pu être de ces perles. Et au regard du reste de sa filmographie récente, il l’est sans conteste. Parce que le film marque ses retrouvailles avec Paul Schrader, le scénariste de A tombeau ouvert de Scorsese (ici à l’écriture et à la réalisation). Et parce que le personnage qu’il interprète rompt radicalement avec les gros bras qu’il enchaîne sans se poser de questions.

Un agent de la CIA hanté par les tortures dont il a été victime alors qu’il était otage d’un groupe islamiste, plus de vingt ans plus tôt : voilà le genre de personnages qui correspond parfaitement à la folie latente de Cage. Et c’est vrai que, dans son obsession de retrouver son ancien geôlier que tout le monde croit mort, l’acteur apporte cette fêlure qui est au cœur de ses meilleures prestations, et qui sème le trouble sur la réalité de sa quête.

Schrader semble tenté d’aller plus loin dans la schizophrénie du personnage, de mettre en doute la perception qu’il a des événements. Mais le traumatisme du héros passe bien vite au second plan, au profit d’une histoire de vengeance certes loin des clichés habituels, mais loin aussi des promesses initiales. Une plongée assez efficace dans le monde de l’espionnage, qui ne fait qu’effleurer la question du terrorisme. Sans jamais s’y frotter.

Rien de honteux, donc : Dying of the Light est même une réussite dans le genre du suspense psychologique. Mais on sens affleurer un grand sujet dont Schrader n’a pas su, ou pas pu, faire le cœur de son film. Ce n’est pas un hasard si le cinéaste et sa star ont tous deux appelé à boycotter le film lors de sa sortie, affirmant en avoir été dépossédé par les producteurs. Un peu sévère, sans doute…

* Le DVD est disponible chez Metropolitan, avec l’habituel making of promotionnel.

 

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