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Archive pour la catégorie 'SCHOEDSACK Ernest B.'

King Kong (id.) – de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack – 1933

Posté : 27 avril, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, COOPER Merian C., FANTASTIQUE/SF, SCHOEDSACK Ernest B. | Pas de commentaires »

King Kong

Classique d’entre les classiques. On a tout dit de ce monument du film de monstre, maintes fois copié, jamais égalé. On a dit que c’était un chef d’œuvre, et on a eu raison. On a dit que la tension y était parfois insoutenable, et on encore eu raison. On a dit que les effets spéciaux n’avaient pas pris une ride, et… bon, faut reconnaître qu’on s’est un peu trop laissé emporter par son enthousiasme, pour le coup.

L’animation image par image a, avouons-le, pris un petit coup de vieux. Les mouvements saccadés du roi Kong, les drôles de mouvement de ses poils, les transparences approximatifs… Je ne veux pas verser dans la polémique (ou peut-être que si, en fait), mais Peter Jackson a fait nettement mieux dans son remake. Côté effets spéciaux. Avec les CGI et toutes les technologies les plus modernes à son service. Bref, son Kong est plus fluide, plus chiadé, plus vrai. Reste une question en suspens : et alors ?

Parce que même si les effets spéciaux ont vieilli, même si on sait reconnaître les trucages au premier coup d’œil, ce King Kong originel reste un chef d’œuvre, d’une efficacité absolument imparable. Un film tellement bien fichu, au rythme tellement imparable, que même après une poignée de visions, on continue à s’interroger sur ce qui se trouve derrière ce fichu mur de Skull Island, on continue à pester contre cette Ann Darrow qui reste obstinément appuyée contre ce bastingage…

Ann Darrow : le rôle de toute une vie pour Fay Wray, déjà très bien dans La Chasse du Comte Zaroff (même période, même réalisateur, mêmes décors, même réussie), qui accède ici au statut infini de scream queen définitive, actrice capable de faire exister un personnage en passant une bonne partie du film à hurler. La première d’une longue série, jamais dépassée comme on dit.

Bien sûr, l’animation de Kong et des autres bestioles de cette île pas franchement paradisiaque continue à impressionner (on est en 1933, quand même). Mais ce qui marque surtout dans ce film, c’est de voir comment ces trucages sont insérés dans le récit. Contrairement à des tas de séries B (C, voire Z) à suivre, les scènes de monstres ne coupent jamais la narration, mais s’inscrivent dans l’action, avec une fluidité remarquable.

Même réussite impressionnante dans les séquences d’exposition à New York, dans les scènes sur le bateau, ou bien sûr dans l’impressionnante conclusion au sommet de l’Empire State Building, scène mythique où le spectaculaire et le tragique sont intimement liés. La réussite du film tient aussi à ce curieux mélange des émotions qu’inspire Kong, entre peur et tristesse. Mine de rien, Cooper et Schoedsack signent une peinture au vitriol de l’humanité toute entière.

Le regard de ce Kong n’est-t-il pas plus humain que toutes les poses du réalisateur-vedette qui jamais ne se remet en question ? Toutes ses victimes en font-elles vraiment un monstre, lui qui, finalement, n’a rien demandé à personne ? King Kong est aussi un film sur la différence et le respect de l’autre. Un chef d’œuvre, oui, mais un chef d’œuvre riche et complet.

Docteur Cyclope (Doctor Cyclops) – d’Ernest B. Schoedsack – 1940

Posté : 23 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, SCHOEDSACK Ernest B. | Pas de commentaires »

Docteur Cyclope

Sept ans après Les Chasses du Comte Zaroff et King Kong, Schoedsack signe une autre réussite, certes relativement mineure mais indéniable, sorte de lien improbable entre ses deux grands classiques, entre le fantastique et l’épouvante, entre le film de monstres et le film de savants fous.

Le « cyclope » du titre est de fait un savant visiblement franchement dérangé (Albert Dekker, toujours inquiétant), qui mène de mystérieuses expériences au cœur de la jungle amazonienne, et que rejoint bientôt un petit groupe de scientifiques : un savant quasiment aveugle, qui prend bientôt les allures d’un géant pour ses nouveaux compagnons, transformés en êtres miniatures.

Oui, parce qu’il est question d’un immense gisement de radium, et d’une découverte scientifique du genre de celles qui transforment les scientifiques en dieux. Mais qu’importe : à part l’usage quasiment inédit du Technicolor dans un genre plus habitué au noir et blanc (avec de beaux effets impressionnants qui font oublier les quelques tâches baveuses), l’unique intérêt du film réside dans la confrontation de ces hommes et femmes hauts de 25 centimètres avec leur ennemi et leur environnement hostile.

C’est la raison d’être du film, et le défi est formidablement relevé : entre transparences et décors géants, Schoedsack surmonte les contraintes insondables de son histoire sans jamais cherche ni la facilité, ni l’effet facile. Les trucages, qui restent impressionnants, sont constamment et entièrement au service du rythme et du récit.

On sent que ce sont les trucages qui se plient aux besoins de la narration, et pas la caméra qui répond aux contraintes des trucages, et ça fait toute la différence. Le film est ainsi d’une fluidité rare. Et même si Docteur Cyclope n’atteint pas les sommets des deux grands chefs d’œuvre de Schoedsack, il a tout d’une petite madeleine gourmande pour ceux qui, comme moi, l’ont découvert jeune, sans le revoir durant quelques décennies. Un petit plaisir pas coupable.

La Chasse du Comte Zaroff / Les Chasses du Comte Zaroff (The Most Dangerous Game) – de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel – 1932

Posté : 15 octobre, 2014 @ 1:49 dans 1930-1939, PICHEL Irving, SCHOEDSACK Ernest B. | Pas de commentaires »

La Chasse du Comte Zaroff

La Chasse du Comte Zaroff a été tourné il y a plus de quatre-vingt ans, mais qu’a-t-on inventé depuis dans le domaine du suspense et de la peur, au cinéma ? Tourné pour une poignée de dollars seulement, et sans autre ambition que de rentabiliser les décors et l’équipe qui travaillaient au même moment sur King Kong, ce chef d’œuvre hallucinant reste aujourd’hui encore un modèle indépassable du genre. Le film est d’une densité et d’une efficacité impressionnantes, jouant sur le dynamisme des cadrages, sur la vigueur des mouvements de caméra…

Le film n’a pas seulement inspiré tout un pan du cinéma de suspense à venir avec son thème (des naufragés sur une île réalisent que l’homme qui les a recueillis veut les transformer en gibier pour ses parties de chasse), mais aussi avec son langage cinématographique. Le montage ahurissant lors du naufrage, les travellings immersifs de la chasse à l’homme, les contre-plongées dans les marécages baignés de brumes… Le film de Schoedsack et Pichel semble servir encore de grammaire cinématographique pour la plupart des cinéastes.

Aujourd’hui, La Chasse… surprend aussi par la modernité de son interprétation. Si Leslie Banks, réellement impressionnant, en fait des tonnes, Joel McCrea, lui, est absolument parfait en jeune héros effrayé par ce qu’il découvre. Mais surtout, Fay Wray, dans son personnage incontournable de « scream queen », est d’une sensualité troublante : on imagine bien la dose d’érotisme qu’elle apportait au cinéma de cette période pre-code d’Hollywood.

Et dire que le film n’a été produit, par la RKO, que pour réduire au mieux les risques pris en produisant ce qui devait devenir l’un des monuments de la firme : King Kong. Ernest B. Schoedsack et Meriam C. Cooper étaient chargés des deux projets, d’une part la grande œuvre, de l’autre ce film de complément dont le succès, à sa sortie, n’aura rien de comparable avec Kong.

C’est peut-être un cas unique dans l’histoire du cinéma : deux chefs d’œuvre immenses et incontournables ont été tournés par la même équipe, dans les mêmes décors, avec une partie du même casting (Fay Wray en particulier), et apparemment simultanément. Quelques mois d’un incroyable état de grâce, pour marquer à jamais l’histoire du 7ème art…

 

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