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Archive pour la catégorie 'SALVADORI Pierre'

En liberté – de Pierre Salvadori – 2018

Posté : 27 novembre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, SALVADORI Pierre | Pas de commentaires »

En liberté

Après huit ans de prison, un homme rentre chez lui où sa femme ne l’attendait pas si tôt. Les retrouvailles sont ratées, et elle lui demande de sortir pour recommencer son arrivée. Et encore une fois. La situation est improbable, pas réaliste pour deux sous même. Pourtant, Pierre Salvadori touche au plus profond de l’humanité de ses personnages dans cette séquence sublime, euphorisante et bouleversante. L’espace de quelques instants, c’est simplement le cinéma dans ce qu’il peut avoir de plus beau, et de plus vrai.

Et avec cette scène, Salvadori met définitivement sur ses rails une comédie qui avait jusqu’alors une petite tendance au flottement. Comme si tout ce qui précédait n’était qu’une introduction, un passage obligé pour en arriver là. Ce qui n’est pas tout à fait vrai : dès les premières images, pour le moins inattendues, on sent la volonté du cinéaste de sortir de sa zone de confort, en proposant quelque chose de plus déjanté que ses précédents films.

Pierre Salvadori qui se lance dans la comédie d’action potache ? N’exagérons rien… Les premières images, qui nous montrent les exploits d’un super-flic qui vient à bout à lui seul d’un gang de dangereux trafiquants, annonce en fait tout autre chose, qui pour le coup colle parfaitement au cinéma de Salvadori : la fiction est le meilleur moyen de donner corps à la vérité. Et qu’importe si cette vérité n’est qu’un leurre : au moins dit-elle beaucoup de celui qui la raconte.

On a donc un ex-taulard, Pio Marmaï, qui a passé huit ans en prison pour un braquage qu’il n’a pas commis, et dont la colère qui couve gâche ses retrouvailles avec sa femme, Audrey Tautou. On a aussi la veuve d’un grand policier, flic elle-même (Adele Haenel), qui apprend par hasard que son mari était un ripoux et a piégé le pauvre Pio. Et un autre flic transi d’amour pour elle (Damien Bonnard).

Soit quatre personnages magnifiquement écrits, et interprétés par quatre acteurs absolument formidables. Audrey Tautou ? D’une intensité et d’une justesse extraordinaires, simplement magnifique dans cette scène où elle demande à son homme de rejouer son arrivée, un peu comme le gamin d’Adele Haenel demande à sa mère de raconter les exploits de son père disparu.

Il y a une sorte de jolie naïveté dans ces rapports humains qui ne vont que par couple, comme si une seule personne suffisait à combler la solitude de chacun d’entre eux. C’est aussi pour ça que les personnages centraux d’Adele Haenel et Pio Marmaï sont si forts : eux sont tiraillés entre deux couples possibles, l’un très cinématographique, l’autre ancré dans quelque chose de plus quotidien, et pourtant de plus beau encore.

Salvadori a une manière toute personnelle de confronter le banal et l’extraordinaire dans ce film-ci, et toujours au profit du banal. Ses personnages sautent d’une falaise, ou se retrouvent face à l’explosion spectaculaire d’un restaurant de bord de mer. Pourtant, les plus beaux moments sont un face à face dans un petit bistrot-PMU, ou une soirée dans une fête foraine.

Ou encore une déclaration d’amour au féminin dans un commissariat, scène touchante et irrésistible où Salvadori fait se côtoyer l’émotion la plus pure et un humour quasi-burlesque, rappelant une nouvelle fois, au-delà même de l’importance qu’il donne aux portes (celles des retrouvailles, ou celle de la chambre de l’enfant), qu’il est le plus digne héritier actuel de Lubitsch.

Dans la cour – de Pierre Salvadori – 2014

Posté : 24 octobre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, SALVADORI Pierre | Pas de commentaires »

Dans la cour

Ce n’est pas rien d’être un monstre sacré du cinéma. On en connaît que ce statut a momifié depuis pas loin de quarante ans (quelqu’un se souvient que Delon a été un acteur enthousiasmant ?). Et puis il y a les exceptions : Isabelle Huppert qui n’en finit pas d’inspirer les cinéastes d’ici et d’ailleurs, ou Catherine Deneuve, dont l’envie, la gourmandise et la curiosité semblent ne jamais devoir se démentir.

La voilà donc, la Deneuve, telle qu’en elle-même, avec son phrasé inimitable (ou trop imitable, c’est selon) et la superbe de son allure, qui se livre une nouvelle fois comme si la starification n’avait pas de prise sur elle. Là où d’autres (Delon… ça vous parle ?) se contentent depuis des décennies de s’autoparodier et de trimbaler leur propre image comme un trésor, elle continue à jouer, vraiment, et à prendre à bras le corps des rôles qui ne la magnifient pas, mais dont elle sort plus magnifique que jamais.

Dans Dans la cour, elle est une bourgeoise qui trompe l’oisiveté qui la menace dans des associations caritatives, et qui se lie avec le nouveau gardien de son immeuble, un rockeur dépressif qui a tout plaqué du jour au lendemain pour s’offrir une nouvelle vie. Est-ce Gustave Kervern qui est exceptionnel ? Ou Deneuve qui a la générosité de ne pas étouffer l’acteur (un rien moins expérimenté qu’elle, quand même) ? Le fait est que leur duo/couple fonctionne formidablement bien.

Faut dire que Salvadori est l’un des très grands cinéaste français du moment. Au moment de Hors de prix, il y avait même l’ombre de Lubitsch qui flottait sur son cinéma, élégant, intelligent et drôle. Avec Dans la cour, la touche de noirceur qu’il a l’habitude d’injecter prend de nouvelles proportions. Parce que la rencontre de ces deux personnages, et de ces deux acteurs, que rien ne prédestine à se croiser (la Belle de Jour d’un côté, le pilier de Groland de l’autre), est aussi celle de deux êtres abîmés par la vie, malades de solitude et de vacuité, et victimes d’un mal-être colossal.

On rit, beaucoup. Mais on rit jaune, d’un jaune qui vire au verdâtre, même. On est au bord des larmes aussi, par moments, Salvadori assumant jusqu’au bout son drame sans rien édulcorer. Pourtant, et malgré le malaise et la tragédie qui se vit, le film ne s’éloigne jamais vraiment de la lumière. C’est peut-être ce qui caractérise le mieux le cinéma de Pierre Salvadori : cette capacité à tutoyer les pires aspects d’existence, tout en saluant constamment la beauté de la vie.

 

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