La Peur (Angst / La Paura) – de Roberto Rossellini – 1954
Rossellini adapte un court roman de Stefan Zweig. Et on sent bien que derrière ce projet, il y a l’envie d’offrir à Ingrid Bergman l’un de ses grands rôles habités qu’elle recherche (c’est leur dernier film en commun) : celui d’une femme adultère qui s’enfonce inexorablement dans une spirale de mensonge et de culpabilité.
Moralisateurs, Zweig et Rossellini ? La vérité est bien sûr plus complexe que ça, même s’il y a bien quelque chose de la faute ultime dans cette tromperie, qui n’est qu’un point de départ. Et résumer le film à la seule culpabilité de l’épouse serait passer à côté de l’essentiel : les portraits croisés du mari (Mathias Wieman, très émouvant) et de la femme dans cette crise aux allures de tragédie.
De la culpabilité ou de la suspicion, difficile de dire ce qui pèse le plus sur ce couple qui, c’est le pire, s’aime passionnément et tendrement, tout en se perdant l’un l’autre. Victime d’une mystérieuse maître chanteuse, madame flirte avec la dépression et le désespoir. Rongé par l’impuissance, monsieur semble se liquéfier et perdre toute consistance…
La mise en scène, puissante et très stylisée (noir et blanc contrasté, gros plans et montage parallèle qui isolent…), n’est pas toujours d’une immense délicatesse. Mais cette adaptation est une réussite, plus convaincante et plus fidèle que celle réalisée par Victor Tourjanski en France en 1936, mais qui ne remplace pas l’œuvre originale : il faut toujours relire Zweig.

