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Archive pour la catégorie 'ROSSELLINI Roberto'

La Peur (Angst / La Paura) – de Roberto Rossellini – 1954

Posté : 4 avril, 2026 @ 8:00 dans 1950-1959, ROSSELLINI Roberto | Pas de commentaires »

La Peur (Angst / La Paura) – de Roberto Rossellini – 1954 dans 1950-1959 55184115454_63d296f579

Rossellini adapte un court roman de Stefan Zweig. Et on sent bien que derrière ce projet, il y a l’envie d’offrir à Ingrid Bergman l’un de ses grands rôles habités qu’elle recherche (c’est leur dernier film en commun) : celui d’une femme adultère qui s’enfonce inexorablement dans une spirale de mensonge et de culpabilité.

Moralisateurs, Zweig et Rossellini ? La vérité est bien sûr plus complexe que ça, même s’il y a bien quelque chose de la faute ultime dans cette tromperie, qui n’est qu’un point de départ. Et résumer le film à la seule culpabilité de l’épouse serait passer à côté de l’essentiel : les portraits croisés du mari (Mathias Wieman, très émouvant) et de la femme dans cette crise aux allures de tragédie.

De la culpabilité ou de la suspicion, difficile de dire ce qui pèse le plus sur ce couple qui, c’est le pire, s’aime passionnément et tendrement, tout en se perdant l’un l’autre. Victime d’une mystérieuse maître chanteuse, madame flirte avec la dépression et le désespoir. Rongé par l’impuissance, monsieur semble se liquéfier et perdre toute consistance…

La mise en scène, puissante et très stylisée (noir et blanc contrasté, gros plans et montage parallèle qui isolent…), n’est pas toujours d’une immense délicatesse. Mais cette adaptation est une réussite, plus convaincante et plus fidèle que celle réalisée par Victor Tourjanski en France en 1936, mais qui ne remplace pas l’œuvre originale : il faut toujours relire Zweig.

Rome, ville ouverte (Roma città aperta) – de Roberto Rossellini – 1945

Posté : 7 novembre, 2014 @ 2:08 dans 1940-1949, Palmes d'Or, ROSSELLINI Roberto | 1 commentaire »

Rome, ville ouverte

L’acte de naissance du Néoréalisme, le film qui a bouleversé le cinéma du monde entier (on voit bien ce que la Nouvelle Vague doit au chef d’œuvre de Rossellini), rompant avec les structures narratives et la manière de filmer… Soixante-dix ans après, Rome ville ouverte n’a rien perdu de son incroyable puissance.

A quoi le film la doit-il, cette puissance ? Au sentiment d’urgence, peut-être, qui se dégage de ces images tournées en décors réels et sans fards. Ou alors à ces multiples écueils dans le récit, qui donnent l’impression que le film réagit à la vie qui se déroule devant la caméra, plutôt qu’il n’illustre un scénario conventionnel. Peut-être encore à la frontalité avec laquelle Rossellini filme ses acteurs, accordant la même place à des débutants sans expérience qu’à des vedettes qui se révèlent ici sous un autre jour (Anna Magnani, sublime en femme du peuple révoltée).

Tourné deux mois seulement après la libération de Rome, le film est aussi un témoignage précieux, comme si Roberto Rossellini s’était dépêché de redonner vie à cette période dont les Romains sortaient et qu’ils n’aspiraient qu’à oublier. D’où, peut-être, l’accueil froid réservé au film à sa sortie…

Adoptant un style proche des actualités filmées, Rossellini semble filmer la vie qui s’écoule en temps de guerre, avec ses horreurs, ses peurs, le sentiment omniprésent d’oppression et d’aliénation. En restant constamment à hauteur d’hommes, il nous fait partager les doutes et les espoirs, mais nous plonge aussi au cœur de la haine et de la folie. Qu’est-ce qui est le plus terrible dans ce film ? Voir l’acceptation de sa propre mort à venir dans le regard du prêtre (magnifique Aldo Fabrizi), ou la haine pure, incompréhensible, dans celui de l’officier SS (troublant Harry Feist) ?

Le sentiment d’oppression est omniprésent. Sans montrer grand-chose de la guerre jusqu’à la dernière partie, Rome ville ouverte en fait ressentir toute l’horreur. Pourtant, malgré les morts, malgré l’immense sensation de gâchis humain, le film se révèle étrangement optimiste. Le vainqueur, c’est l’humanité : celle qui se transcende et survit malgré tout au fanatisme, celle des soldats eux-mêmes qui baissent les armes devant le prêtre… Face à la haine, les différences s’estompent, un communiste, un monarchiste et un homme d’église partagent les mêmes convictions profondes… Et une horde d’enfants annonce l’arrivée de jours meilleurs.

Rome ville ouverte est un film révolutionnaire. Mais c’est surtout un chef d’œuvre d’une beauté et d’une force incomparables.

 

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