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La Règle du Jeu – de Jean Renoir – 1939

Posté : 3 décembre, 2013 @ 6:15 dans 1930-1939, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

La Règle du Jeu

Après La Bête humaine, La Marseillaise et La Grande Illusion, qui représentaient en quelque sorte le sommet de sa carrière, en tout cas en terme d’influence et de popularité, Jean Renoir voulait revenir à un cinéma plus modeste, et tourner un film indépendant et personnel, ancré dans ses références culturelles classiques. Le résultat est ce chef d’œuvre absolu, peut-être son meilleur film, une œuvre naturaliste et cynique dont le ton s’inspire de Marivaux, qui fut massacrée par à peu près tout le monde à sa sortie.

Ce sera le plus gros échec de sa carrière. Boudé par le public, détruit par la critique, La Règle du jeu sera d’ailleurs remonté par Renoir, qui espérait donner une autre chance à son film, et que cet accueil terrible marquera longtemps. A tel point que la version quasi-originale ne sera visible que des décennies plus tard.

La Règle du jeu a les apparences d’une comédie de mœurs débridée, et même complètement folle, qui culmine lors d’une fête de chasse dont le rythme évoque les grands films burlesques muets. Renoir y met en scène une galerie de personnages irrésistibles : lui-même en meilleur ami désargenté et désintéressé, dont le déguisement d’ours reste l’une des images les plus mémorables du film ; Carette, dans un rôle truculent taillé sur mesure pour lui ; ou encore les formidables Toutain, Modot et Dalio, encore quasiment inconnus à l’époque.

C’était une volonté de Renoir : tourner en indépendant, sans grande star. C’est pourquoi il a remplacé Simone Simon par Nora Gregor, pour le personnage féminin principal.

Mais derrière l’apparente légèreté, Renoir signe une terrible critique d’une certaine société bourgeoise en pleine déliquescence en cette fin des années 30, qui se complait dans des privilèges d’un autre temps et dont les préoccupations sont totalement coupées du monde, à l’image de ce château où ils se retrouvent pour une semaine de chasse où les différences de classe rappellent les grandes seigneuries d’antan.

C’est ce qui est particulièrement frappant dans La Règle du jeu : à quel point le film s’inscrit dans son époque, sans rien montrer du contexte politique et historique de 1939. Coupés du monde, ces bourgeois mesquins se trahissent, se détestent, se trompent, se mentent, s’insultent… mais se pardonnent tout avec le sourire, sous le couvert de la courtoisie et de la bienséance. Et avec une franchise désarmante qui les rend tellement sympathiques et attachants, dans leurs jeux et dans leurs souffrances.

Mais c’est une société condamnée que Renoir filme. Imperceptiblement, et inexorablement, le vernis se fissure. Cette partie de chasse se conclut par une tragédie annoncée. Et à la fin, de cette belle société protégée de tout et aveugle à tout, il ne reste que des ombres projetées sur des pierres froides. Une image qui annonce des jours bien sombres… Seuls les deux personnages les plus désargentés semblent s’en rendre compte.

Deux mois après la sortie du film, la guerre était déclarée…

Nana – de Jean Renoir – 1926

Posté : 31 janvier, 2011 @ 12:37 dans 1920-1929, FILMS MUETS, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

Nana

C’est le premier film important de Renoir, qui était jeune (32 ans) mais déjà très ambitieux, et franchement doué : cette adaptation gonflée du roman de Zola est une grande production « à l’américaine », qui tranche nettement avec la majorité des films français de l’époque. Renoir a d’ailleurs souvent dit qu’il voulait apporter au cinéma d’ici ce qui lui manquait à trop vouloir s’intellectualiser : un vrai sens du récit et du spectacle. En cela, Nana est franchement réussi, malgré des décors curieusement dépouillés.

L’hommage, délibéré, à Eric Von Stroheim, est frappant : Renoir n’a jamais caché non plus qu’il avait voulu faire ce film parce qu’il avait été enthousiasmé par Folies de Femmes, et qu’il voulait réaliser un long métrage dans la même veine, avec un personnage de femme qui pourrait en être issu. Là aussi, c’est très réussi.

A vrai dire, même si on est assez loin des chefs d’œuvre qu’il réalisera dans les années à venir, Nana est une vraie réussite, grâce notamment à des personnages masculins très forts et interprétés avec beaucoup de subtilité par Werner Krauss ou Jean Angelo, tous les deux géniaux dans des rôles d’hommes du monde qui finissent par abandonner toute convenance pour cette petite artiste de music-hall adulée par le tout-Paris : l’un détruira son foyer ; l’autre trichera aux courses. Comme eux, tous les hommes qui tomberont sous le charme de Nana tourneront particulièrement mal…

Mais il y a un problème de taille dans ce film, c’est Catherine Hessling : la compagne de Renoir de l’époque minaude et en fait des tonnes durant les deux heures vingt de film, et ça devient bien vite assez insupportable. Jouant les divas à la Gloria Swanson, prenant des poses lascives, fixant la caméra avec des yeux qui se veulent coquins, et une bouche de geisha de dessin animé… elle s’imagine provocante, elle est juste un peu ridicule, et surtout totalement dépourvue du charme et du sex-appeal dont ce personnage avait besoin. Difficile de concevoir qu’autant d’hommes puissent être à ses pieds.

C’est franchement dommage, parce que le film ne manque pas de qualités. Mais la présence de l’actrice est bien trop pesante pour les apprécier pleinement. Heureusement pour la carrière à venir de Renoir (et pour le cinéma français), le réalisateur et sa muse ne tarderont pas à se séparer…

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