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Archive pour la catégorie 'RENOIR Jean'

Partie de campagne – de Jean Renoir – 1936

Posté : 28 octobre, 2025 @ 8:00 dans 1930-1939, COURTS MÉTRAGES, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

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Un carton ouvrait le film, lors de sa première projection en 1946, dix ans après le tournage : Partie de campagne n’a jamais été totalement terminé. Deux cartons d’intertitres complètent donc le récit, en l’occurrence au tout début en guise d’introduction, et avant la dernière scène, en guise de lien entre deux époques. Mais à vrai dire, le film est, en l’état, à peu près parfait.

Avec ses 41 minutes, Partie de campagne fait en tout cas partie des premiers très grands chefs d’œuvre de Renoir, une adaptation (par le réalisateur) d’une nouvelle de Maupassant, et une pure merveille de mise en scène, de délicatesse, qui capte aussi bien la fragrance d’un dimanche à la campagne que la persistance d’un regret au long cours.

L’histoire est très simple : une famille de petits bourgeois parisiens arrivent à la campagne, pour un dimanche au bord de l’eau, troublant les calmes habitudes de deux amis qui décident, pour tromper l’ennui, d’aller séduire les deux femmes du groupe, la mère et la fille, pendant que le père de famille (ce bon Gabriello) et son futur gendre, innocents dans tous les sens du terme, sont trop occupés à pêcher.

Renoir se montre à la fois tendre et ironique, dans sa manière de filmer ces Parisiens un peu ridicules dans leur amour si ostensible pour la campagne (« c’est quand même salissant »). Cynique ? Même pas. Renoir aime ses personnages, quels qu’ils soient : aussi bien cette mère au rire trop fort que ce canotier au sourire si triste. Tous, ou presque (il n’épargne pas le futur gendre, outrancièrement grotesque, sans doute parce qu’il représente l’échec à venir de la vie de la jeune femme), trouvent grâce à ses yeux.

Et ce petit drame se noue dans une nature qui, s’il y avait la couleur, évoquerait sans aucun doute la palette des impressionnistes, et celles du père Renoir qui a su si bien peindre les fêtes au bord de l’eau, et notamment les canotiers. Après des débuts marqués par les échecs à répétition, Partie de campagne donne le sentiment (peut-être grâce à la réussite du Crime de monsieur Lange) d’être l’œuvre totalement personnelle d’un cinéaste libéré au sommet de son art. La suite, d’ailleurs, sera un enchaînement de chefs d’œuvre.

La Vie est à nous – de Jean Renoir – 1936

Posté : 27 octobre, 2025 @ 8:00 dans 1930-1939, BECKER Jacques, BRUNIUS Jacques B., CARTIER-BRESSON Henri, DOCUMENTAIRE, LE CHANOIS Jean-Paul, LIME Maurice, RENOIR Jean, UNIK Pierre, ZWOBADA André | Pas de commentaires »

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Un film étendard pour Renoir, dont on continue à se demander neuf décennies après s’il est devenu le cinéaste attitré du Parti Communiste par pure conviction ou par amour. Sans doute un peu des deux, et qu’importe au fond : La Vie est à nous existe, et il reste le plus mémorable de tous les films tournés à la gloire d’un parti politique en France, ce qui est déjà énorme.

Et on échappera pas à l’expression « film de propagande », bien sûr. On est même en plein dans le sujet. La Vie est à nous a beau être profondément attachant, l’honnêteté pousse à reconnaître que Renoir y utilise grosso-modo le même langage qu’une certaine Leni Rifenstahl quelques mois plus tôt avec son Triomphe de la volonté : le langage du cinéma, parfaitement maîtrisé, au service d’une idéologie.

Celle que sert Renoir a le mérite d’être profondément humaniste, tournée vers le peuple qui souffre et promouvant le collectif et l’entraide. En se vautrant certes dans une idolâtrie pro-soviétique d’avant la rupture qui fait pour le moins tiquer aujourd’hui : Stalline et Lénine comme modèles d’humanistes, on fait plus consensuel. Mais comme on dit, il faut remettre dans le contexte : en 1936, on ne savait pas, on ne voulait pas encore savoir, ou quelque chose quelque part entre les deux…

La Vie est à nous est ce qu’on peut sans hésitation appeler un film à message. La première partie, un rien lénifiante, l’illustre bien : un enseignant vante les atouts et les richesses de la France devant une classe captivée, avant de lancer un « pauvres petits » en voyant partir ses élèves, conscient d’être dans un territoire populaire peuplé de laissés pour compte. Le ton est donné : la France est riche, mais surtout pour les riches.

La suite, c’est le directeur du journal L’Humanité qui la rythme, en lisant des courriers de lecteurs qui sont autant de témoignages, qu’illustre Renoir sous la forme de courtes fictions. C’est là que le film est le plus passionnant, grâce à la puissance des images et à la force de la mise en scène, qui réussit en quelques minutes à peine à cerner le poids de la société et la force du collectif.

Je dis Renoir, mais le film est comme il se doit collectif, réalisé par une poignée d’auteurs (parmi lesquels Le Chanois sous pseudo, et le fidèle assistant de Renoir Jacques Becker) sous la supervision dudit Renoir. Le film, quand même, porte clairement sa marque, dans sa manière de filmer les gens du peuple, dans leur environnement, et dans leur force collective.

Dans ce domaine, les toutes dernières images du film rattachent définitivement La Vie est à nous à la grande tradition du cinéma soviétique de la grande période, celle de la fin du muet : un montage ultra dynamique qui associe les mouvements de la foule, la musique lyrique, les bruits des machines et les cultures florissantes dans les champs. Un véritable hymne, et un film brillant dans sa forme.

Boudu sauvé des eaux – de Jean Renoir – 1932

Posté : 23 octobre, 2025 @ 8:00 dans 1930-1939, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

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Jean Renoir et la lutte des classes, épisode… Combien, déjà ? Le cinéaste est encore à ses débuts, pas tout à fait encore dans son âge d’or, même s’il a déjà tourné La Chienne avec Michel Simon, mais il a déjà des obsessions bien ancrées. En tête desquelles cette manie de faire se côtoyer des hommes et des femmes de milieux sociaux radicalement différents, et de voir ce qui se passe.

Au fond, c’est même le sujet principal, voire unique de ce Boudu sauvé des eaux, adaptation d’une pièce de Pierre Fauchois créée plus de dix ans plus tôt, mais très renoirienne sur le fond. Sur la forme, Renoir continue à prouver qu’il est à l’aise dans tous les registres. Ici, il n’est ni dans la fantaisie pure à la On purge bébé, ni dans la noirceur de La Chienne, mais dans une sorte d’entre-deux.

Le film a quelque chose de la satire, même si Renoir se montre bienveillant avec tous ses personnages, jusque dans leurs défauts, leurs mesquineries et leurs petites tromperies. Entre Boudu le clochard mal dégrossi, et Lestingois le libraire menant une vie de grand bourgeois (Charles Granval) qui le sauve de la noyade, Renoir ne choisit pas. L’un et l’autre sont attachants. L’un et l’autre sont aussi sont bourrés de défauts assez impardonnables : une brutalité pleine d’ironie pour le premier (sans parler de sa propension à tripoter les femmes qu’il croise), une hypocrisie dans la crise pour le second.

Comme dans La Chienne, Renoir brouille les limites trop bien définies de la morale. Le résultat est toutefois radicalement différent ici, plein de légèreté et nimbé d’un humour non dénué de cynisme. La légèreté plutôt que l’intensité… Le parti-pris est souvent gagnant : le film séduit par sa liberté de ton, qu’il doit pour beaucoup à l’interprétation (l’incarnation, plutôt) de Michel Simon, déjà au cœur des deux films déjà cités (On purge… et La Chienne). Acteur génial qui trouve en Boudu ce qui pourrait bien être le rôle le plus marquant de sa carrière.

Renoir réduit quelque peu les femmes au rôle d’objets de désirs, qui se contentent de subir et de s’éblouir. C’est un peu peu. Mais en creux, cette place annexe révèle les aspects les plus sombres des deux personnages principaux, les hommes. Est-ce volontaire ou non de la part de Renoir ? Ça, c’est une autre histoire…

Le Bled – de Jean Renoir – 1929

Posté : 22 octobre, 2025 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

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Dernier film muet de Renoir, second film écrit par Henri Dupuy-Mazuel (l’auteur du Miracle des Loups) après Le Tournoi dans la cité, et une nouvelle fois une commande pour le réalisateur : après le 2000e anniversaire de la cité de Carcassonne pour son film précédent, c’est le centième anniversaire de la conquête de l’Algérie qui est à l’origine de ce film-ci.

Un pur film à la gloire de l’Algérie française, donc, un parti pris qu’il faut encaisser pour apprécier les qualités (réelles et nombreuses) du Bled. Parce que c’est une Algérie de rêve pour beaucoup de Français que filme Renoir : une sorte d’Eden pour les bons Français, qui ont trouvé le bonheur dans une terre que le savoir-faire des blancs a transformé en Paradis, et où les vrais Algériens sont relégués aux rôles de silhouettes autochtones soumises et reconnaissante.

Bref : il faut accepter le fait que Renoir a tourné un film à la gloire du colonialisme. Lui-même, d’ailleurs, l’a tellement accepté, qu’il a au fond contourné le problème : certes, le film se passe dans une Algérie française idéalisée, mais l’histoire pourrait se passer ailleurs. Au fond, Renoir transforme peu à peu son film en un film d’aventures trépidant, un peu comme il l’avait fait avec Le Tournoi dans la cité.

La comparaison entre les deux films, dont on peut dire qu’ils sont jumeaux, n’est pas fortuite. Outre le fait d’avoir tous deux été écrits par le même scénariste, et tournés l’un après l’autre, ils racontent en fait la même histoire : un couple d’amoureux purs contrariés par la convoitise d’un homme dangereux.

Dans cette dimension « film de genre », Renoir fait des merveilles, donnant à son film un rythme fou, particulièrement dans la seconde moitié, marquée par une impressionnante séquence de chasse, une course poursuite aux travellings dignes de John Ford, mais aussi par une attaque d’oiseaux qui fait furieusement penser à un certain film d’Hitchcock, avec trente-cinq ans d’avance.

Bien sûr, ce n’est pas le plus personnel des films de Renoir. L’arrivée du parlant va en ce sens bouleverser son cinéma, pour le meilleur. Mais Le Bled, film très oublié, est une belle manière de faire ses adieux au muet, et de s’établir comme un excellent réalisateur de films d’action. Ce qui ne sera pas la qualité première qu’on lui attribuera par la suite, il faut le reconnaître.

Le Tournoi dans la cité / Le Tournoi – de Jean Renoir – 1928

Posté : 20 octobre, 2025 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

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Comme Le Bled, que Renoir tournera juste après, Le Tournoi dans la cité est écrit par Henri Dupuy-Mazuel, l’auteur du Miracle des Loups. Et comme pour Le Bled, l’auteur voulait Raymond Bernard derrière la caméra. C’est finalement Jean Renoir qui s’y colle, et ce n’est pas un choix évident sur le papier, tant ce grand film en costumes, avec ses grands décors et ses dizaines de figurants, semble éloigné de son univers.

Mais voilà : ses premiers films, personnels et parfois expérimentaux, ont tous été de cuisants échecs commerciaux. Alors Renoir, qui a définitivement pris goût pour le cinéma, a décidé d’accepter des commandes. C’était déjà le cas de la comédie Tire-au-flanc, ça l’est aussi de ce Tournoi dans la cité, produit à l’occasion du 2000e anniversaire de la cité de Carcassonne.

Donc, pas le Renoir le plus personnel de tous les Renoir, c’est certain. Et les premières minutes laissent craindre une grosse production bien plombante, « film d’art » très appliqué, reconstitution de la France du XVIe siècle à travers la visite du très jeune Charles et de sa mère Catherine de Médicis à Carcassonne. Une reconstitution très soignée, beaucoup de personnages introduits en quelques minutes, et beaucoup trop de cartons explicatifs… Non, pas le début de film le plus emballant de toute l’histoire du début de films.

Les premières séquences peinent vraiment à convaincre, parce que Renoir se montre très peu à l’aise dans les scènes d’exposition, presque empesé. On craint le pire, parce que le sous-texte – la crainte d’une guerre ravivée entre Catholiques et Protestants, ne procure pas le frisson escompté. Mais quand le drame central se met en place, Renoir se montre enfin inspiré, et même, par moments en tout cas, percutant.

Le drame, c’est l’opposition de deux hommes pour l’amour d’une femme. D’un côté, le fiancé légitime d’Isabelle, cette belle protégée de la reine mère. De l’autre, un noble protestant, séducteur flamboyant et sale type fourbe et cruel, que l’on découvre provoquant en duel le frère d’Isabelle, qu’il trucide avec un sourire sadique avant d’essuyer le sang de sa lame sur la chevelure d’une jeune femme transie d’amour pour lui.

Ce sale type est joué par Aldo Nadi, qui fut champion d’escrime (jusqu’à décrocher l’or aux JO de 1920), et qui s’avère très convainquant en salaud cynique. Glaçant, même, dans toute la partie centrale, basée sur la haine entre les deux prétendants, et ponctuée d’accès de violence particulièrement frappants.

La dernière partie, consacrée au tournoi lui-même,est plus en demi-teinte. Elle est trop longue, comme si Renoir voulait profiter des gros moyens qui lui sont offerts, et les rentabiliser en les filmant sous tous les angles. Trop longue, donc, mais aussi pleine de (belles) surprises : dans quel autre film le spectateur est-il ainsi privé du duel que l’on attend depuis les premières minutes du film ? Et où un méchant si glaçant que celui-ci trouve-t-il une telle humanité grâce au regard (digne et bouleversant) de sa mère ?

Tire-au-flanc – de Jean Renoir – 1928

Posté : 19 octobre, 2025 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

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Après une série d’échecs commerciaux qui auraient pu mettre fin à sa carrière avant qu’elle ne décolle, Renoir a accepté de mettre en scène cette adaptation d’une pièce très populaire à l’époque (et dans les décennies à venir : plusieurs autres versions seront tournées, jusqu’à celle de Truffaut et De Givray en 1962, clin d’œil de la Nouvelle Vague à leur grand maître). Succès garanti ? Oui, mais ce Tire-au-flanc, qui est certes un film de commande, est loin d’être inintéressant.

Sur le fond, c’est tout de même très léger, pour le dire gentiment : du pur comique troupier, un vaudeville pas même antimilitariste, ni grinçant ni audacieux. A peine peut-on souligner un thème que Renoir ne cessera d’aborder dans des films autrement plus forts : celui de la confrontation des classes sociales. Ici dans une caserne, avec un résultat nettement plus anecdotique que dans La Grande Illusion.

Sur la forme en revanche, le film est assez passionnant. Parce que Renoir, malgré la légèreté de son histoire, n’abdique en rien sur ses ambitions, ni sur son goût pour l’expérimentation cinématographique. Il ne va certes pas aussi loin que dans La Petite marchande d’allumettes ou dans la scène de rêve de La Fille de l’eau, mais il donne un rythme étonnant à son film, avec une caméra très mobile, des effets dynamiques d’une grande modernité, et une mise en scène baroque qui rappelle celle d’Erich Von Stroheim.

La référence n’est pas anodine : Renoir avait découvert avec enthousiasme Folies de Femmes, et cette influence est assez nette dans certaines scènes du film. Une autre influence, aussi, pour un cinéaste dont Renoir a toujours été un grand admirateur : Chaplin, dont il fait reprendre des mimiques et des effets de corps par son interprète principal, le danseur Georges Pomiès (dans son premier rôle au cinéma).

Von Stroheim et Chaplin… Deux cinémas aux antipodes, dont l’influence donne à Tire-au-flanc une singularité étonnante, qui reste très séduisante près d’un siècle plus tard. Et puis, c’est le premier film dans lequel Renoir dirige Michel Simon, dont il dira qu’il est son acteur préféré. Ce n’est certes pas son rôle le plus fort, mais il est particulièrement attachant, dans ce film très mineur, très potache, et très sympathique.

La Fille de l’eau – de Jean Renoir – 1924

Posté : 17 octobre, 2025 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

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La paternité de Catherine, qu’il devait se contenter de produire pour lancer la carrière de sa femme Catherine Hessling, est sujette à débat : le film est-il plutôt l’œuvre d’Albert Dieudonné, réalisateur officiel, ou celle de Renoir ? L’expérience a quoi qu’il en soit laissé un goût amer à Renoir, tout en lui donnant définitivement le goût du cinéma. Le fils d’Auguste a enfin trouvé sa voie, et il ne tarde pas à repasser derrière la caméra, pour ce qui peut être considéré comme son premier vrai film.

Sans spoiler, le film a été un nouvel échec pour Renoir. Mais un siècle plus tard, cet échec n’a plus guère d’importance. Tout en étant un peu foutraque, La Fille de l’Eau est un film très renoirien, la vraie naissance d’un grand cinéaste. On trouve déjà là, même à l’état de brouillon, beaucoup des thèmes qui marqueront tout son cinéma : les rapports de classe, l’importance de la nature, le poids du déterminisme…

Le filillustre aussi l’amour de Renoir pour Le Journal d’une femme de chambre (déjà visible dans Catherine), qu’il finira par porter à l’écran à Hollywood : toute la dernière partie du film semble s’en inspirer directement, dans l’histoire d’amour naissante entre Gudule (Catherine Hessling) et Georges, le fils de ses patrons. Mais aussi l’admiration que le réalisateur a pour Chaplin, qu’il cite à plusieurs reprises, en filmant un personnage chutant dans un baril, ou un autre s’éloignant sur une route au soleil couchant.

Surtout, Renoir y développe déjà son goût pour le bricolage et pour les expérimentations visuelles, particulièrement dans une longue séquence de rêve agitée particulièrement impressionnantes, dont les trucages annoncent ceux de La Petite Marchande d’Allumettes. Plus simple en apparences, la manière dont Renoir filme les ombres et la lumière sur l’eau du canal dans la première partie annonce aussi la grandeur et la singularité du réalisateur.

LIVRE : Ma vie et mes films – de Jean Renoir – 1974

Posté : 17 août, 2025 @ 8:00 dans LIVRES, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

LIVRE Ma vie et mes films

Jean Renoir écrit comme il parle, et cela fait beaucoup pour le plaisir que la lecture de ses livres procure. C’était déjà le cas avec la belle biographie très personnelle qu’il a consacrée à son père. C’est le cas avec cette autobiographie tout aussi personnelle : au fil des pages, on a vraiment le sentiment d’entendre la voix et le début si particuliers de son auteur.

Le terme « autobiographie » est, d’ailleurs, un peu discutable. Certes, Renoir raconte son parcours, d’une manière à peu près chronologique, de son enfance au côté d’un père pas comme les autres, jusqu’à ses derniers films et la conscience qu’il a que sa carrière est derrière lui, conscience affirmée sans amertume qui donne au livre un ton joliment nostalgique.

Malgré la construction (à peu près) chronologique, le livre est divisé en chapitres thématiques qui permettent à Renoir d’évoquer ses grandes amitiés, ses grands souvenirs de tournage, ses belles rencontres professionnelles, son rapport à son père et aux grands peintres qui l’entouraient, et surtout sa vision de la vie, du monde et des rapports humains.

Cette vision du monde, on la connaît par cœur depuis La Grande Illusion : les affinités ne se font pas en fonction des frontières (ce qu’il appelle la division verticale), mais en fonction des intérêts communs (la division horizontale). En résumé : un banquier et un ouvrier français n’auront pas forcément grand-chose à se dire, mais deux artisans de pays et de cultures différents auront toujours des sujets de discussion.

On peut trouver ça beau, ou un peu naïf. A vrai dire, on se dit en lisant ce livre que Renoir lui-même sait que la réalité n’est sans doute pas si simple, et que l’homme est, au fond, profondément complexe. Pour preuve : son rapport à la France, qu’il quitte en 1940, au moins autant par dépit après l’échec cruel de La Règle du jeu que pour fuir l’occupation nazie. Et son rapport à Hollywood, où il n’a au fond jamais trouvé vraiment sa place, mais qu’il n’a quitté que parce que les studios ne voulaient plus de lui…

L’homme est complexe, mais profondément attachant. Son parcours est sinueux, mais fascinant. Et sa vision du cinéma est passionnée et passionnante. Avec les mots simples de l’artisan qu’il n’a cessé d’être depuis ses débuts de céramiste dans l’ombre de son peintre de père, Jean Renoir livre mine de rien une sorte de manifeste de l’art et du plaisir de filmer, un plaisir basé sur la vie qu’il n’a cessé de chercher à capter avec sa caméra.

Catherine ou Une vie sans joie – de Jean Renoir et Albert Dieudonné – 1924-1927

Posté : 20 avril, 2025 @ 8:00 dans 1920-1929, DIEUDONNE Albert, FILMS MUETS, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

Catherine ou Une vie sans joie

En 1924, Jean Renoir a 24 ans, et il est encore un « fils de » qui vit à l’ombre de son illustre peintre de père, mort cinq ans plus tôt, et qui cherche sa voie. Il a épousé Catherine Hessling, qui fut la muse de son père, et dont il veut faire une vedette. Manquait plus qu’une occasion… C’est avec Albert Dieudonné qu’il la trouve.

Une aura de mystère entoure tout de même ce premier film, dont la paternité reste incertaine. Il semble que Dieudonné et Renoir se la soient disputée, ce qui pourrait expliquer que le film n’a pas été montré au public après son tournage, en 1924. Ce n’est que trois ans plus tard qu’il a eu droit à une sortie en salles, dans un nouveau montage assuré par Dieudonné.

Difficile, donc, de dire ce que l’on doit à ce dernier, et ce qui est dû à Renoir. Une chose est sûre, toutefois : il y a dans Catherine (le titre original), ou Une vie volée (celui de 1927) des thèmes et des motifs qui habiteront le cinéma de Renoir pendant toutes les décennies à venir.

On y trouve même des images qui annoncent curieusement Le Journal d’une femme de chambre (l’amorce d’une romance entre la bonne et le fils de bonne famille) ou La Bête humaine (la séquence ferroviaire, qui reste et de loin la séquence d’action la plus trépidante de toute la filmographie de Renoir).

Il y a surtout, en germe, beaucoup d’éléments que l’on retrouvera dans La Règle du Jeu quinze ans plus tard : les rapports complexes entre les classes, le jeu social auquel se livrent les représentants de la bonne société, et un sens du rythme et de la folie, mêlé à une cruauté assez féroce.

C’est assez passionnant de découvrir ce film fondateur, malgré toutes ses limites. Parce que côté scénario, c’est plutôt l’artillerie lourde que sort le scénariste et cinéaste Renoir, biberonné aux films américains dès les années 1910, dont il reprend les codes et les manies dans ce mélo qui n’épargne aucun rebondissement plombant à sa pauvre héroïne.

Il y a pourtant de très belles scènes dans le film, et même de grands moments de cinéma. Un exemple : la danse de Catherine (Catherine Hessling) et Maurice (Albert Dieudonné), sur le balcon d’un appartement dominant la foule des anonymes faisant la fête dans la rue, dont tous deux sont tenus à l’écart par l’encadrement de la fenêtre, et par un rideau tombant. Et la mort qui suit, sommet d’émotion tragique.

LIVRE : Pierre-Auguste Renoir, mon père – de Jean Renoir – 1962

Posté : 17 novembre, 2023 @ 8:00 dans LIVRES, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

LIVRE Pierre-Auguste Renoir mon père

C’est la première fois qu’un livre consacré à un peintre a droit à une chronique sur ce blog entièrement dédié au cinéma. Et il y a une bonne raison à cela : cette biographie de Renoir est signée par son fils Jean, l’un de nos plus grands cinéastes, et aussi un écrivain à la plume personnelle et enthousiasmante.

Ses mémoires personnelles (Ma vie et mes films), lues il y a bien des années, m’avaient déjà laissé un fort souvenir. Ce livre qu’il consacré à son père, plus de quarante ans après sa mort, témoigne des mêmes qualités : acuité, précision, sens du détail… et de la digression. Parce que Jean Renoir est un homme chez qui on devine un esprit foisonnant.

Son livre est ainsi fait d’allers et retours constants. Une idée en entraîne une autre, sans la chasser. Ce récit d’une vie de peinture n’est au fond que digressions passionnantes, comme lente promenade qui laisserait constamment la place au hasard des découvertes, à la curiosité, et au temps long.

Jean Renoir fait aussi partie de ces cinéastes qui ont une voix. Au sens propre, comme d’autres passionnés comme Bertrand Tavernier. Comme lui, lire Renoir éveille instantanément le souvenir de sa voix et de son phrasé si particulier, de cet accent populaire dont il ne s’est jamais défait, et qui colle merveilleusement avec le portrait qu’il dresse de son père.

Au-delà du peintre, immense, Pierre-Auguste se révèle comme un homme droit, attaché à la simplicité et à la vérité des êtres et des choses. On le découvre avec le regard chargé d’amour d’un fils qui témoigne de ses propres souvenirs, et de ceux qu’il a récoltés directement auprès de l’intéressé, alors que lui était démobilisé suite à une blessure sur le front de la Grande Guerre, et que son père était diminué par la maladie.

Si ce livre a droit à une chronique sur ce blog dédié au 7e Art, ce n’est pas seulement parce qu’il écrit par un cinéaste, mais aussi parce que, au fond, il dit presque autant de Jean que de Pierre-Auguste. On y apprend beaucoup de détails passionnantes sur la vie de ce dernier, ses rencontres (avec Gounod notamment), ses amitiés (avec Monet surtout)… On y découvre aussi en creux les années fondatrices du premier, qui ne deviendra réalisateur qu’après la mort de son père.

C’est beau, et c’est plein de vie.

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