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La dernière piste (Meek’s Cutoff) – de Kelly Reichardt – 2010

Posté : 30 décembre, 2014 @ 5:47 dans 2010-2019, REICHARDT Kelly, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Dernière Piste

Le milieu du 19ème siècle, au coeur du continent américain. Une poignée de pionniers avancent lentement dans les paysages désertiques et poussiéreux, dans un environnement hotile et inquiétant. On a l’impression d’avoir vu ça mille fois ? Sur le papier, oui. Sauf que pour la première fois peut-être, ce « pitch » en quelques lignes se suffit à lui-même. Avec ce trip poussiéreux et hyper réaliste au coeur d’un Ouest sauvage totalement dépouillé de ses attraits romantiques, la réalisatrice Kelly Reichardt nous fait ressentir l’angoisse, l’ennui, les espoirs, la peur de ces pionniers qui traversent d’immenses étendues désertes et dangereuses.

Rien d’autre que la poussière, les montagnes, et l’horizon qui n’en finit pas de fuir. Rien d’autre que le quotidien sans aspérité de ces pionniers, ces gestes répétés jour après jour, les pas qui s’enchaînent inlassablement, et lentement. Rien pour rompre la monotonie des longues journées de marche. Pas d’incident dans ce film, si ce n’est l’apparition d’un Indien solitaire, désarmé, et dont on ne sait ce qu’il cherche et veut.

Pendant 100 minutes, Kelly Reichardt reste au plus près de ces voyageurs perdus, et nous place à leurs côtés, faisant partager les angoisses, les doutes, les espoirs, mais aussi l’ennui de ce voyage sans fin. Son propos n’est pas le suspense, ni l’issue du voyage (et jusqu’au bout, la réalisatrice garde son cap et son parti-pris audacieux), mais ce qu’il révèle de l’humanité la plus profonde de ces voyageurs.

Un film contemplatif ? Pas tout à fait. Lent, oui. D’une manière oppressante parfois. Mais la nature, aussi fascinante soit-elle, n’a pas cette beauté sauvage que l’on trouve dans beaucoup de westerns tardifs. Il ne s’agit ici que d’un environnement hostile, une sorte de purgatoire dont les voyageurs veulent absolument sortir.

On sent le poids de ce que ces familles ont laissé derrière elles, mais aussi de ce qu’elles espéraient trouver au bout de leur voyage. On sent les doutes, la difficulté de prendre des décisions et d’assumer le destin d’une communauté, aussi petite soit-elle, loin des codes habituels de la civilisation. Est-ce la fin de quelque chose, le voyage vers un nulle part hors de la vie ? Y a-t-il encore l’espoir d’un nouveau départ ? L’incertitude fait planer un sentiment terrible, et fascinant à la fois.

Tandis que l’assurance et la confiance du mari (Will Patton) s’effritent inexorablement, la fermeté de la femme (Michelle Williams) s’affirme, remettant en cause l’ordre établi, et faisant renaître un semblant d’espoir dans ce voyage au but illusoire. C’est oppressant, déstabilisant, et fascinant.

 

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