The Mastermind (id.) – de Kelly Reichardt – 2025
Un mari minable, père minable, dans l’espoir de sortir de sa vie minable, réalise un braquage minable avec des complices minables. Le soir même, la police le suspecte, et des bandits lui soutirent son butin. Après une tentative minable de nier l’évidence, le voilà lancé dans une cavale minable…
Ben oui, c’est la grande Kelly Reichardt aux manettes. Alors forcément, le film de braquage perd quelque peu de sa superbe. Et le résultat est… magnifique, comme à chaque fois qu’elle s’empare de genres très codifiés du cinéma américain. The Mastermind (quel titre!) trouve ainsi sa place parmi ses chefs d’œuvre, au côté des westerns First Cow et La Dernière Piste, autres films sublimes bien à sa manière.
Près de deux heures en compagnie d’un homme détestable, qui pourrait être attachant tant il est marqué par l’échec, s’il n’était aussi mesquin, égoïste et égocentré. Un homme que l’on se surprend régulièrement à trouver touchant, mais qui constamment rappelle l’être détestable qu’il est. Cette déclaration d’amour au téléphone à sa femme, irrémédiablement gâchée par le vrai but du coup de fil qui rappelle quand on baisse la garde que l’homme est prêt à utiliser l’amour de ses proches.
Un sale type, donc, mais pas même machiavélique. Non, une sorte de prototype de minable égoïste et toxique, dont la caméra de Reichardt ne s’éloigne jamais vraiment durant ces presque deux heures. L’expérience est unique, et étrangement stimulante, parce que la cinéaste trouve un passage impossible entre l’extrême noirceur et la comédie la plus assumée.
La séquence du braquage donne le ton : courte et grotesque, elle provoque rires et gêne, en même temps. Il faut voir les voleurs ouvrant la vitre d’une voiture à la manivelle pour y glisser des tableaux volés dans ce musée imaginaire (où l’on croise des œuvres visiblement appréciées de Reichardt, dont un Sargent me semble-t-il).
Le rythme lent cher à Reichardt atteint ici une forme de pureté pathétique et implacable, qui relève tout autant de l’humour à la Keaton que de la tragédie, tant le destin parsemé d’échecs et de rejets semble dès le départ promis à la catastrophe. Au cœur du film, la révélation de l’année Josh O’Connor, bridé dans son jeu par la cinéaste, est merveilleusement détestable.



