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Archive pour la catégorie 'par réalisateurs'

Un Flic pour cible (The Son of no one) – de Dito Montiel – 2011

Posté : 20 août, 2012 @ 10:22 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, MONTIEL Dito, PACINO Al | Pas de commentaires »

Un Flic pour cible (The Son of no one) – de Dito Montiel – 2011 dans * Thrillers US (1980-…) un-flic-pour-cible

Bon sang, quell casting : Juliette Binoche, Ray Liotta et Al Pacino à l’affiche d’un même film. De quoi donner bien des envies, même si le titre français laisse penser qu’il s’agit là de l’un de ses polars sans grand relief dans lesquels le grand Al, dont les trente premières années au cinéma constituent quand même un quasi-sans faute (allez donc vérifier ça sur imdb, c’est assez impressionnant !), a trop facilement tendance à se laisser enfermer depuis quelque temps (88 minutes, La Loi et l’ordre… pas flambant tout ça).

Alors ? Eh bien le titre français est stupide, conçu pour attirer un public adolescent qui, forcément, sera déçu par un film noir presque totalement dépouillé d’action. Quant au casting, il est certes impressionnant, mais tous les grands noms sont cantonnés à des seconds rôles sans grande envergure. Alors oui, c’est toujours un plaisir de voir le grand Al, mais il faut bien reconnaître qu’il n’est que l’ombre de lui-même dans un rôle à peine ébauché et limite caricatural. Il est plutôt sobre pourtant, mais sans rien à jouer, il ne fait pas de miracle.

Même chose pour Juliette Binoche dont on se demande bien ce qu’elle fait là. Dans un rôle totalement transparent (et pour le coup carrément caricatural) de journaliste d’investigation, elle ne risquait pas d’obtenir un second Oscar. Seul Ray Liotta tire assez bien son épingle du jeu, mais dans un emploi qu’il connaît par cœur, sans grande nuance et sans surprise.

De toute façon, ces trois-là (et aussi Katie Holmes, transparente comme toujours) se contentent de petits rôles. Le « son of no one » du beau titre US est joué par Channing Tatum, tout en intériorité. C’est d’ailleurs l’un des rares personnages vraiment intéressant de ce film étrange et mélancolique, réflexion sur les souvenirs, l’héritage et l’enfance perdue. Jeune flic affecté au même commissariat que son père, mort des années auparavant, il y est confronté aux fantômes de son passé par le biais de lettres anonymes qui l’accusent d’un mystérieux crime…

Dito Montiel ne manque pas d’ambition. Son film, entrecoupé de nombreux flash-backs qui ne révèlent le mystère qu’avec parcimonie, évite consciencieusement tout effet spectaculaire dans sa partie « contemporaine ». De la même manière, tous les acteurs affichent une espèce d’apathie et jouent en retrait sans jamais jouer la surenchère. Il réussit à instaurer une ambiance pesante et une souffrance lancinante très marquantes. Dommage que les seconds rôles soient si peu développés…

Tarantula (id.) – de Jack Arnold – 1955

Posté : 17 août, 2012 @ 11:27 dans 1950-1959, ARNOLD Jack, EASTWOOD Clint (acteur), FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Tarantula

Surtout connu pour L’Homme qui rétrécit et L’Etrange créature du Lac Noir, Jack Arnold a à son actif de nombreuses séries B horrifiques souvent très réjouissantes. Ce Tarantula au pitch improbable en est l’un des meilleurs exemples. Sans moyen, avec une « star » sans charisme et assez lamentable (John Agar, second rôle fordien vu dans Le Massacre de Fort Apache, et devenu vedette de seconde zone), quelques seconds rôles solides (à commencer l’hitchcockien Leo G. Carroll), et un scénar qui ferait passer L’Île du Docteur Moreau pour un joyeux conte de Noël, Arnold signe un petit film franchement terrifiant.

Il n’a pas d’argent, mais il sait tirer le meilleur de sa caméra et de la magie du montage. Quelques plans fixes sur une ligne d’horizon suffisent à installer l’horreur de ce qu’on ne voit pas encore : cette tarentule géante, issue des expérimentations malheureuses d’un scientifique en quête de l’aliment miracle qui assurerait la survie de l’humanité…

Qu’importe si les personnages sont sans consistance. Tout ce qui compte ici, c’est le pur plaisir d’avoir peur. Et il est grand. Les trucages sont simplissimes : quelques transparences qui transforment une araignée banale en un monstre de dix mètres de haut. Mais Arnold prouve que les effets numériques ne sont pas tout, et que la seule force de la mise en scène peut donner vie aux plus incroyables des chimères. Plus d’un demi-siècle plus tard, difficile de ne pas frissonner devant cette araignée géante qui menace la belle Mara Corday à travers la fenêtre de sa chambre…

Tarantula Eastwood

Excellente série B, Tarantula marque aussi l’une des premières apparitions du jeune Clint Eastwood, alors en contrat chez Universal, qui tentait d’y décrocher quelques panouilles alimentaires. Arnold avait déjà été le tout premier à le diriger (c’était dans La Revanche de la créature, quelques mois plus tôt, dans le minuscule rôle d’un laborantin). Ici, sa participation est encore plus modeste : Clint n’a droit qu’à une poignée de plans où il est totalement méconnaissable, son visage étant caché derrière son masque de pilote d’avion. Il s’agit pourtant de son premier personnage de héros (ATTENTION, SPOILER), parce que celui qui dézingue le monstre, ce n’est pas le hagard Agar, mais bien notre Eastwood préféré !

Ghosts of Mars (id.) – de John Carpenter – 2001

Posté : 16 août, 2012 @ 6:40 dans 2000-2009, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Ghosts of Mars (id.) - de John Carpenter - 2001 dans 2000-2009 ghosts-of-mars

Dans Rio Bravo, il y a une scène (juste avant la fameuse goutte de sang dans la bière) qui montre Wayne retrouvant Dean Martin face à un saloon, alors qu’ils pistent un meurtrier. « Il est toujours à l’intérieur, dit ce dernier au Duke. D’ici je vois les deux sorties. » Remplacez John Wayne par Natasha Henstridge (ouais je sais, c’est pas facile), Dean Martin par Jason Statham (ouais je sais, c’est à peine plus facile), et le saloon par un bâtiment futuriste, et vous obtiendrez l’une des séquences-clés de Ghosts of Mars : une fois encore, John Carpenter a voulu rendre hommage à son film culte, celui dont il a signé un remake à peine déguisé dans Assaut (dont il a assuré le montage sous le pseudonyme de John T. Chance, le personnage de Wayne dans Rio Bravo).

Après Vampires, tourné juste avant ce Ghosts of Mars, Carpenter avance à visage de plus en plus découvert dans le genre qui lui tend les bras depuis près de trente ans : lui qui rêve de réaliser un western depuis toujours signe ici ce qui y ressemble le plus dans son œuvre. Les assauts de ses morts vivants d’une autre planète ressemblent bien à des attaques d’Indiens ; les forces de l’ordre qui doivent amener un criminel sain et sauf à la gare est un thème tout ce qu’il y a de plus westernien (3h10 pour Yuma, pour ne citer que celui-là…). Tout dans Ghosts of Mars renvoie vers la mythologie du western.

Mais l’heure de gloire du grand Carpenter semble bien loin, lorsqu’il signe ce film de SF hyper-fauché. L’époque où il s’imposait comme le pape incontesté du film d’horreur, et où les studios lui confiaient de gros budgets est bien révolue. Ses films, depuis Los Angeles 2013, n’ont pas rencontré le succès escompté, et le grand cinéaste ne cache pas une lassitude grandissante, annonçant à qui veut l’entendre son envie de se retirer. C’est d’ailleurs ce qu’il fera (pendant dix ans en tout cas, avant un retour timide et peut-être bien éphémère), après l’échec public et critique de ce qui apparaît déjà comme un film-testament, certes inégal et cheap, mais loin d’être aussi inconsistant qu’on l’a dit.

Ghosts of Mars est certes une boucherie brute de décoffrage assez basique et pleine de défauts flagrants, qui cache mal un budget ridicule derrière l’omniprésent rouge nuit de cette planète Mars dont on ne voit qu’un décor en carton-pâte, mais il y a dans l’approche de Carpenter une singularité qui vaut le voyage.

Car ce déluge de feu et cette accumulation de massacres est racontée uniquement à la première personne, par le seul témoignage de l’héroïne (Henstridge, dans le rôle de sa vie), qui livre son point de vue, avant de revenir sur ce qu’on lui a raconté. C’est la tradition orale qui continue à être au cœur de l’œuvre de Carpenter (Fog, Halloween, Jack Burton…) et qui donne à beaucoup de ses films cet aspect fascinant, comme les contes de notre enfance. Ici, la sensation est différente encore : on assiste à cette histoire comme dans un état second, comme si l’action était parasitée par les drogues qu’ingurgite Mélanie…

Film-testament, donc, dans lequel John Carpenter livre une sorte de synthèse de tout ce qu’il a filmé jusque là. Difficile de ne pas penser à Fog, avec cette brume menaçante qui gagne la civilisation. Difficile aussi de ne pas penser à Assaut avec cette prison dans laquelle flics et voyous font ami-ami pour résister à une bande d’agresseurs. Une bande déshumanisée dont le leader évoque bien sûr le Alice Cooper de Prince des Ténèbres. Quant au thème de la possession, il était déjà au cœur de The Thing, Starman ou encore Prince des Ténèbres.

On pourrait continuer longtemps encore le jeu des sept ressemblances. Pourtant, on sent que Carpenter n’y croit plus vraiment. Il multiplie les auto-citations, comme s’il baissait les armes, comme s’il reconnaissait qu’il est condamné à refaire le même genre de films, et qu’il ne tournera jamais ce vrai western dont il rêve. Il est temps pour lui de tirer les rideaux. Pour un temps, du moins…

Le Masque de Diijon (The Mask of Diijon) – de Lew Landers – 1946

Posté : 16 août, 2012 @ 6:07 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, LANDERS Lew | Pas de commentaires »

Le Masque de Diijon

Dans la carrière pour le moins chaotique de Erich Von Stroheim, ce Mask of Diijon se situe juste avant l’ultime retour du génie maudit en France, où il tournera une dizaine d’années encore jusqu’à sa mort (à l’exception très notable d’un détour par les studios hollywoodiens pour un petit film obscur nommé Boulevard du Crépuscule !). Une fois encore, il interprète ici un artiste de music-hall odieux et ravagé par ses démons.

C’est une habitude pour l’ancien (immense) cinéaste, depuis le succès de The Great Gabbo, près de vingt ans plus tôt. Mais cette nouvelle variation est bien l’une des toutes meilleures. Réalisé par Lew Landers (un spécialiste du genre depuis Le Corbeau, qui réunissait Karloff et Lugosi), le film offre à Stroheim l’occasion d’étoffer considérablement son personnage habituel.

On retrouve les tics habituels de l’acteur, ses regards plissés, son ton sec et péremptoire, sa cruauté verbale sans limite, sa cigarette omniprésente… Mais le temps de quelques séquences joliment filmées, avec des effets d’ombre et de brouillards bien photogéniques, la réal réussit à nous plonger dans les affres de cet esprit dérangé.

Ancien magicien réputé, marié avec une jeune femme trop belle et trop gentille, Diijon (avec deux « i », rien à voir avec la moutarde) s’est plongé dans l’étude de l’hypnose, devenue une véritable obsession qui le coupe de tout et de tous. Par hasard (lors d’une belle séquence de braquage qui le sort de sa morosité), Diijon réalise la puissance de ses nouveaux pouvoirs. Il ne tarde pas à s’en servir pour concrétiser ses pulsions les plus sombres.

The Mask of Diijon traîne un peu en longueur vers la fin (même s’il dure à peine plus d’une heure), et souffre un peu de seconds rôles peu charismatiques. Et puis la fusillade finale tranche trop brutalement avec l’ambiance globale du film. Mais ces réserves mises à part, le film est une belle réussite, dans un beau noir et blanc plein de nuances.

Fini de rire (His kind of woman) – de John Farrow (et Richard Fleischer) – 1951

Posté : 13 août, 2012 @ 6:31 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FARROW John, FLEISCHER Richard, MITCHUM Robert | 2 commentaires »

Fini de rire

Curieux film noir, très réjouissant, que signe là l’excellent John Farrow (La Grande Horloge, autre très grande réussite du genre). Un film dont Richard Fleischer a signé quelques scènes, et qui, dès les premières minutes, semble bien parti pour être le parfait prototype du genre noir. Pourtant, Farrow n’arrêtera pas de prendre des chemins de traverse…

L’immense Bob Mitchum, joueur taiseux, plongé malgré lui dans une histoire cauchemardesque : voilà qui nous mène en terrain connu, tant ce personnage résume des tas d’autres vus au cours des années précédentes. Ici, il est choisi par une bande de malfrats pour servir de « modèle » à un gangster exilé (Raymond Burr), qui veut changer d’identité et de visage pour pouvoir rentrer aux Etats-Unis, où il est interdit de séjour. Mais Bob ne sait pas pourquoi on lui donne tout cet argent. Il ignore tout des noirs desseins de ses commanditaires lorsqu’il accepte d’aller attendre un mystérieux interlocuteur au Mexique.

Attendre : il passera la moitié du métrage à attendre que l’action se mette en place, tentant de comprendre ce qu’on attend de lui en côtoyant les pensionnaires du village de bungalows où on l’a amené. Une heure durant, Farrow sort de l’ornière du film noir, rompt avec la sécheresse et l’aspect brut du genre, dont les grandes figures sont pourtant respectées.

Mitchum parle peu, ne pose pas de question, mais il observe. Ces vacanciers aux petits secrets sans gravité, ces hommes d’affaire qui semblent louchent, mais qui se contentent de s’ennuyer. Il tombe amoureux aussi, de Jane Russell (on le comprend : c’est la femme du producteur Howard Hughes, et elle est à tomber), chanteuse au passé plein de mystères venue là pour rejoindre son acteur hollywoodien d’amant.

L’acteur, c’est Vincent Price, génial dans un rôle à contre-emploi et totalement inattendu dans un tel film. Son personnage fait glisser le film noir vers la comédie la plus débridée. Bientôt, le couple Jane Russell / Robert Mitchum (pourtant les deux grandes stars de la RKO à l’époque) passent au second plan. Le vrai héros du film, c’est Price, héros de pacotille qui rêve de tomber le masque et de devenir un héros pour de bon.

Au-delà de la caricature, il ira au bout de ses rêves dans un triomphe irrésistible (dans tous les sens du terme), devant un Mitchum rigolard et une Jane Russell au sourire ravageur, qui semblent autant que nous s’amuser de la prestation de Price.

Pale Rider, le cavalier solitaire (Pale Rider) – de Clint Eastwood – 1985

Posté : 12 août, 2012 @ 6:28 dans 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.), WESTERNS | Pas de commentaires »

Pale Rider

Neuf ans après Josey Wales, Clint Eastwood revenait enfin au western avec ce Pale Rider qui passe admirablement bien l’épreuve du temps. Pas par calcul, assurait-il alors, mais par simple envie, comme il a toujours choisi ses projets. Au milieu des années 80, on ne peut pas dire que le western était un genre porteur. D’ailleurs, Eastwood prend le contre-pied des films sortis à cette époque qui tentaient de moderniser le genre (Silverado, Young Guns…). Lui préfère revenir aux sources du genre qui lui a mis le pied à l’étrier.

Plus vraiment sous l’influence de Sergio Leone (comme il l’était clairement pour L’Homme des hautes plaines, son premier western en tant que réalisateur, dont la construction est curieusement semblable à celle de Pale Rider), pas encore tout à fait dans la lignée des grands maîtres classiques comme Ford (il le sera davantage avec Impitoyable), Clint trace son propre sillon : cette patte inimitable qui était la sienne dans les années 80, mélange de ses différentes influences cinématographiques, et surtout musicales.

Même si la musique de ce Pale Rider, pourtant signée Lennie Niehaus, est l’une des moins intéressantes de toute sa filmographie, le ton que Eastwood donne à son film trouve ses racines à la fois dans le jazz et la country, les deux « mamelles » musicales qui nourrissent la plus grande partie de l’œuvre eastwoodienne (jusqu’à ces dernières années en tout cas). Le jazz pour le rythme à la fois libre et entraînant, la country pour l’attachement à la terre, à la famille, et aux racines.

Pale Rider est sans doute celui de ses films qui s’attache le plus à la nature, le plus écolo de ses films qui dénonce (dans un western !) les méfaits de l’industrialisation sur l’environnement. Il utilise pour cela une pratique qui a réellement existé, et qui a effectivement fait polémique vers la fin du 19ème siècle : l’utilisation de la force hydraulique pour extraire l’or de la terre, et qui dévastait totalement les sols.

L’histoire, elle, est à peu près la même que celle de L’Homme des hautes plaines. Eastwood y incarne une nouvelle fois un mystérieux étranger qui semble revenir de l’au-delà pour aider une communauté menacée. Eastwood joue à fond la carte de l’ambiguïté, plus encore que dans son premier western. Le Preacher qui arrive, comme une réponse à la prière d’une jeune fille belle comme un ange, est-il lui-même un ange exterminateur ? Ou un simple pistollero qui trouvera sa revanche ? Libre au spectateur de choisir sa propre interprétation, Clint ne tranchera jamais…

Qu’importe, ou plutôt tant mieux : cette ambiguïté contribue à la réussite d’un film hors des modes et donc intemporel. Eastwood cinéaste n’y est sans doute pas aussi sensible et personnel que dans le sublime Honkytonk Man, mais le plaisir est immense.

Le Crime du docteur Crespi (The Crime of Dr. Crespi) – de John H. Auer – 1935

Posté : 12 août, 2012 @ 6:03 dans 1930-1939, AUER John H., FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Crime du docteur Crespi

Chirurgien génial, hanté par la traîtrise de son ancien disciple, qui lui a « volé » la femme qu’il aimait, Erich Von Stroheim profite de l’accident de son rival pour lui injecter un virus de son invention, qui le fait paraître mort aux yeux de tous. Mais le pauvre, immobilisé, est bien conscient… Von Stroheim espère bien qu’il profitera au maximum de son propre enterrement !

Il y a dans The Crime of Dr. Crespi, petite production inspirée d’une œuvre d’Edgar Poe, une scène particulièrement marquante, vers le milieu du film : dans une obscurité profonde, le chirurgien s’approche de son rival apparemment mort, et lui dévoile (ainsi qu’aux spectateurs) l’horrible vérité. Avec un rictus sadique qui rappelle soudain à quel point Von Stroheim jouait à merveille les monstres, lui qui fut quelques années plus tôt le plus monstrueux des grands cinéastes du muet.

C’est, et de loin, la scène la plus marquante d’un film qui souffre par ailleurs, et furieusement, d’un vrai cinéaste et d’un directeur d’acteur. Les seconds rôles manquent totalement de profondeur, et débitent (mal) des dialogues ineptes. La première demi-heure, surtout, manque cruellement de rythme, et n’offre rien de bien excitant au spectateur : ni suspense, ni décors auxquels se raccrocher, pas même de jolie starlette qui ferait oublier l’ennui qui pointe.

Heureusement, il y a Von Stroheim, celui qu’on surnommait alors « l’homme que vous adorez haïr », et qui dévore littéralement l’écran par sa présence magnétique et ses fascinants tics d’acteur : le voir se préparer une cigarette et la fumer du bout des lèvres suffit à mon bonheur de cinéphile !

The Red Dance (id.) – de Raoul Walsh – 1928

Posté : 8 août, 2012 @ 6:28 dans 1920-1929, FARRELL Charles, FILMS MUETS, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

The Red Dance

« L’amour est la seule cause pour une femme »

Avec très beau film situé dans la Russie tsariste moribonde qui prépare sa révolution, Walsh n’en finit pas de dresser des fausses pistes. Constamment là où on ne l’attend pas, The Red Dance est une surprise (et un bonheur) de chaque instant. Malgré quelques images stéréotypées qui ne font pas dans la dentelle (des plans de riches oisifs en pleine luxure, avec même deux jeunes femmes qui s’enlacent lascivement, succèdent à des plans de pauvres paysans mourant de froid dans la neige…), le film évite le plus souvent, et de manière spectaculaire, les sentiers battus.

Il semble pourtant qu’on soit en terrain connu : alors que la colère des paysans gronde, et que la révolution russe se prépare, deux êtres que tout sépare tombent amoureux. D’un côté, la fille de deux intellectuels exécutés par la police tsariste pour avoir voulu éduquer les masses (c’est Dolores Del Rio, qui retrouve Walsh après What Price Glory ? et The Loves of Carmen). De l’autre, un duc au grand cœur, mais considéré par les révolutionnaires comme le symbole de l’hégémonie du tsar (Charles Farrell, qui venait d’exploser avec L’Heure suprême et L’Ange de la rue de Borzage).

Sur ce canevas maintes fois utilisé de l’amour impossible sur fond d’Histoire en marche (Dolores Del Rio elle-même en est la preuve, elle qui fut sublime dans le déchirant Evangeline), Walsh est constamment à contre-courant, et s’amuse à distiller des indices qui nous conduisent systématiquement vers des pistes que le film n’empruntera pas.

La silhouette fantomatique inquiétante du « Moine noir » (Raspoutine, dont le nom n’est jamais cité) et une sous-intrigue rapidement abandonnée font ainsi croire que le film va nous amener au cœur des manœuvres obscures du Tsar, de son entourage, et des révolutionnaires. Un carton (« La révolution a besoin d’un leader ») suivi d’un plan sur Charles Farrell nous laisse imaginer que nos tourtereaux deviendront ces guides de la renaissance de la Russie… Mais tout cela n’est qu’ébauché, ne servant que de toile de fond à l’essentiel, qui est bien ailleurs.

Malgré ses moyens, qui se voient clairement à l’écran dans quelques séquences vraiment spectaculaires et dans une belle reconstitution, Walsh ne signe pas là un film historique, mais une pure histoire d’amour. On s’attend constamment à ce que Charles Farrell prenne fait et cause pour la Révolution, et se retourne contre sa classe. Mais cela n’arrive jamais : il n’y a rien d’héroïque dans ce couple ballotté par l’histoire.

Le poids de cette histoire en marche est omniprésent, bien sûr, mais nos amoureux n’y jouent pas de rôle actif. Ils se contentent de s’aimer, se désintéressant bientôt de la révolution qui les entoure. « L’amour est la seule cause pour une femme », lance même très sérieusement la paysanne, révélant ce qu’est le film, ou plutôt ce qu’il n’est pas.

Pas manichéen pour deux sous, malgré l’impression laissée par les premières images, Walsh souligne bien que les gentils et les méchants sont partout, et ne sont pas toujours ceux qu’on croit. La preuve avec ce géant soiffard (Ivan Linow, également à l’affiche de La Femme au Corbeau de Borzage) que l’on voit d’abord manquer de violer Dolores Del Rio, et l’acheter contre un cheval. Cet homme rustre, violent et effrayant révèle peu à peu son humanité. Le seul héros du film, c’est lui, prêt à se sacrifier pour la femme qu’il aime et qui ne lui rend pas. Derrière ce physique mal dégrossi se cache un personnage drôle, et bouleversant.

Il y a aussi, dans cette grosse production apparemment classique dans sa facture, une utilisation exceptionnelle du montage pour souligner le mouvement des personnages. Cela est surtout remarquable avec le personnage de Raspoutine : la manière dont Walsh le fait traverser le cadre d’un plan à l’autre souligne la puissance discrète de ce « Moine noir », et donne un aspect mystérieux et fascinant au film. Une belle découverte…

13 Assassins (Jûsan-nin no shikaku) – de Takashi Miike – 2010

Posté : 8 août, 2012 @ 3:05 dans 2010-2019, MIIKE Takashi | Pas de commentaires »

13 assassins

C’est une grande claque que nous file le très prolifique Takashi Miike (trois à quatre films par an, quand même), avec cette énième variation sur le thème des 7 Samouraïs, 7 Mercenaires, Seven Swords et bien d’autres souvent moins mémorables.

L’intrigue de ces 13 Assassins est particulièrement simple : en 1844, un samouraï réunit des hommes pour tuer l’héritier d’un shogun, dont la cruauté menace le pays en ces temps de paix. Sur cette trame simplissime, Miike signe un chef d’œuvre tendu et hyperviolent, d’une force assez incroyable.

Le film est pourtant d’une linéarité absolue (à part un flash back), avec une construction d’une grande banalité. La première moitié est ainsi consacrée à présenter ceux qui deviendront les « 13 assassins », tous braves et bons, et leur cible, monstre tout de blanc vêtu dont la cruauté fait froid dans le dos. Pas vraiment de nuances au programme, donc, même si Miike évoque joliment un thème peu traité au cinéma : le destin des hommes de guerre en temps de paix.

Un sujet qui peut paraître anecdotique, mais qui nous ouvre grand l’âme de ces personnages habités par les codes qui régissent leur vie (un siècle avant Hiroshima, le Japon est encore soumis à ses règles ancestrales), mais qui paraissent bien vaines alors qu’ils sont « condamnés » à observer une société qui n’a plus besoin d’eux. Ces samouraïs-là, d’ailleurs, annoncent les temps qui changent : ces codes pour lesquels leurs prédécesseurs seraient morts sans condition, ils n’hésitent pas à les bafouer au combat si cela peut servir une noble cause. L’humanisme moderne pointe son nez sous ces vestiges d’une civilisation qui prépare sa révolution.

Il ne faut pas penser non plus que 13 Assassins est une réflexion profonde sur quoi que ce soit. Car après cette première heure, il en reste une autre, de pure sauvagerie. Ça défouraille, ça charcle, ça ampute, ça décapite, ça explose, ça court, ça hurle, ça gicle… Près d’une heure non stop d’un affrontement absolument incroyable, une véritable boucherie sans le moindre temps mort. C’est bien simple : je n’ai vu ça dans aucun autre film.

Miike réussit l’impossible avec ce carnage interminable : éviter tout sentiment de trop plein, ou de lassitude. En multipliant les points de vue et les petits enjeux, le réalisateur capture le spectateur ébahi (si si : ébahi).

Et il le fait avec un classicisme et une élégance inattendues dans un film d’une telle violence visuelle. Le moindre plan de ce film est soigné et impressionnant : par sa construction, son dynamisme, et la lumière superbe qui magnifie les paysages japonais. L’élégance de la mise en scène n’est mise à mal que lors des combats les plus violents et âpres, la caméra plonge alors le spectateur au cœur de la violence.

C’est du grand spectacle, et du grand art.

La Part des Anges (The Angels’ Share) – de Ken Loach – 2012

Posté : 7 août, 2012 @ 12:02 dans 2010-2019, LOACH Ken | Pas de commentaires »

La Part des Anges

Ken Loach revient à ce qu’il connaît le mieux : la chronique douce-amère, tendre, drôle et cruelle des petites gens dans la galère. Mais comment fait-il pour parler aussi justement et avec autant d’amour de ces types grossiers, voleurs et alcooliques ? Tout simplement en les aimant, justement. Il y a dans La Part des Anges une sincérité et une tendresse absolues, qui résument parfaitement le cinéma de Loach, et qui expliquent pourquoi ses films (et celui-ci en particulier), tout en s’inscrivant dans une longue tradition sociale du cinéma britannique, ne ressemblent à aucun autre.

A la fois hilarante et terriblement émouvante, sa chronique de quatre paumés de Glasgow qui trouvent la voie de la rédemption grâce à un whisky rarissime est un petit chef d’œuvre. Son héros, Robbie (Paul Brannigan, nouveau venu au passé aussi lourd que son personnage), est un marginal au passé rempli de violence et de haine. Condamné à des travaux d’intérêts généraux, il est sincérement décidé à changer de vie, et à se consacrer à sa petite amie et à leur bébé qui vient de naître. Mais pas facile d’échapper à son destin, quand la belle-famille veut le voir disparaître, et que ses vieux ennemis ont juré de lui faire la peau. Pas facile, quand on a son passé, d’avoir droit à une deuxième chance.

Mais le destin intervient, sous la forme d’un quinqua bonhomme, solitaire au grand cœur, le type chargé de faire appliquer les TIG, qui se prend d’affection pour ce paumé condamné dès la naissance, et partage avec lui son amour pour le whisky. Le pur malt plutôt que le mauvais vin : une belle métaphore pour symboliser la nouvelle vie que Robbie va tenter d’arracher en dépit du monde entier. Pas forcément dans les règles, en tout cas pas celles d’une société qui veut pas de lui. Car le destin ne fait pas tout : encore faut-il savoir saisir sa chance. Alors Robbie imagine le vol du whisky le plus cher du monde, avec ses trois potes.

Uune cleptomane, un apathique, un idiot… voilà les complices de Robbie. Et Ken Loach ne fait rien pour les rendre plus beaux qu’ils ne sont. Pourtant, on les aime ces paumés dont on sait qu’ils ne sauront pas, comme Robbie, saisir leur chance. Ils sont tête-à-claques, vulgaires, voleurs, mais authentiques et tellement attachants.

Ken Loach n’est pas un donneur de leçon, et c’est ça qui fait la force de son cinéma. L’émotion et l’humour ne sont jamais loin l’un de l’autre, dans un équilibre parfait qui nous fait passer de l’émotion la plus pure devant la paternité nouvelle de Robbie au rire franc devant l’air ahuri de son pote.

Voir ces quatre citadins des banlieues de Glasgow se retrouver en kilt au cœur des Highlands est une image inoubliable. Comme de voir ce whisky sans âge et hors de prix trimballé dans des bouteilles d’Irn Bru : qui n’a jamais bu cette horreur en bouteille, et qui n’aime pas le whisky, peut difficilement réaliser l’ampleur de ce sacrilège.

D’un optimisme inhabituel, La Part des Anges est tout sauf politiquement correct : Loach n’y respecte ni les institutions, ni le plus grand whisky du monde. Il ne respecte finalement que les êtres humains. C’est ce qui fait de son film une merveille gorgée de vie, et authentique comme un grand cru.

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