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Archive pour la catégorie 'par réalisateurs'

Ingeborg Holm (id.) – de Victor Sjöström – 1913

Posté : 19 avril, 2022 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, SJÖSTRÖM Victor | Pas de commentaires »

Ingeborg Holm

Rude et cruel, le destin de cette mère martyr, contrainte de vivre en foyer et d’accepter que ses enfants soient placés en familles d’accueil après que son mari est mort, malade et criblé de dettes. Un destin comme le cinéma du monde entier en a raconté beaucoup : des personnages de femmes balayées par une société patriarcale et un sort qui s’acharne.

Bonne nouvelle : c’est Victor Sjöström qui écrite et réalise cette adaptation d’une pièce de théâtre. Et on retrouve dès cette œuvre de jeunesse ce qui fait la grandeur de son cinéma : un sens du détail vrai, une empathie pour ceux que la vie n’épargne pas, et une intensité folle, qui fait oublier le côté un peu statique de certaines scènes, et les longueurs.

Ce n’est que le huitième film de Sjöström, réalisateur depuis l’année précédente seulement. Et il est encore loin d’aller à l’essentiel. La première partie, surtout, est un peu plombée par cette tendance à filmer le moindre mouvement, si anodin soit-il, dans sa longueur. D’où l’impression première de voir un film d’à peine 1h15 qui semble pourtant deux fois trop longs.

Mais cette impression s’estompe, au fur et à mesure que le mélo va plus loin. Rien n’épargne la pauvre Ingeborg Holm, qui se résout à faire les choix les plus cruels pour une mère, mais pour qui le pure est toujours à venir. Ce pourrait être trop pesant, trop ampoulé. Mais il y a cette intensité de la mise en scène, et le fait que, même quand c’est too much, eh bien c’est beau, et l’émotion vous prend aux tripes.

C’est une œuvre de jeunesse, et du cinéma encore un peu primitif. Mais Ingerborg Holm laisse apercevoir le regard d’un grand cinéaste encore en devenir. Beau mélo, belle curiosité.

Le Monstre (The Quatermass Xperiment) – de Val Guest – 1955

Posté : 18 avril, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, GUEST Val | Pas de commentaires »

Le Monstre

Voilà bien longtemps (ça se compte en décennies) que j’avais envie de voir ce Quatermass Xperiment, première aventure au cinéma d’un personnage (le scientifique Bernard Quatermass) imaginé par le scénariste Nigel Kneale (d’abord pour la BBC), film auquel John Carpenter se référait régulièrement, le considérant comme l’une de ses influences majeures.

C’est aussi le film dont le succès a marqué le début de l’âge d’or de la Hammer. Et d’emblée, dès la première séquence, l’importance du film et sa singularité apparaissent avec fulgurance. Val Guest filme la campagne anglaise dans ce qu’elle a de plus banale : un couple s’ébat entre deux balles de foin, lorsqu’une mystérieuse et inquiétante lumière apparaît. En quelques images d’une simplicité radicale, gardant le plus longtemps possible hors champs la source du malaise, Guest fait se confronter l’insouciance du quotidien et la terreur de l’inconnu.

L’histoire n’est pas si loin des films de SF américains, qui jouent allégrement sur la peur communiste à cette époque. Quatermass y est un scientifique qui a envoyé une fusée transportant trois hommes dans l’espace, fusée qui revient avec un seul survivant physiquement et mentalement transformé, et d’où les deux autres semblent avoir été tout simplement effacés. La menace qui vient de l’espace, la crainte pour la survie de l’humanité… Rien de bien neuf, au fond.

Sauf que la menace en question repose moins sur un invasion à proprement parler que sur un phénomène physique qui relève plus de l’incident naturel. Elle est intérieure, larvée, intime et douloureuse. Ni gentils, ni méchants dans ce film où le sentiment d’étouffement ne cesse de croître. Le personnage principal lui-même, incarné par un Brian Donlevy tout en raideur butée, est franchement antipathique. Quant au flic Lomax joué par Jack Warner, il est aussi sympathique… que transparent.

Mais si le film est aussi passionnant, aussi tendu, c’est pour l’intelligence et l’intensité de sa mise en scène. Val Guest joue habilement avec les détails qui détonnent avec le contexte très réaliste. Une lumière dans le ciel donc, mais aussi une main boursouflée que l’on devine dans une poche, une traînée visqueuse sur le sol. Les gros effets sont rares, et c’est cette économie de moyen qui les rend plus percutants. Un petit modèle de mise en scène qui, malgré le côté un peu statique des scènes les plus dialoguées, reste d’une efficacité folle.

Anna Karénine (Anna Karenina) – de Julien Duvivier – 1948

Posté : 17 avril, 2022 @ 8:00 dans 1940-1949, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Anna Karénine

Ils ne sont pas tellement nombreux à avoir été tendres avec cette adaptation du roman de Tolstoï, la troisième après celle avec Greta Garbo… et celle avec Greta Garbo. Julien Duvivier lui-même semble n’avoir pas gardé un très grand souvenir de cette nouvelle expérience internationale : une production britannique cette fois, après quelques films hollywoodiens pendant la guerre, et un bref retour en France avec l’un de ses chefs d’œuvre, Panique.

C’est une production britannique (d’Alexander Korda), mais ce Anna Karénine ressemble à s’y méprendre à l’un de ces grands mélodrames qui ont fait la gloire d’Hollywood. L’ambition de cette adaptation, l’ampleur de la mise en scène et de la reconstitution, la musique grandiose même… Tout contribue à faire du film l’une de ces grosses machines parfaitement huilées qui sont finalement plutôt l’œuvre d’un producteur que celle d’un réalisateur.

C’est en partie vrai, mais seulement en partie. Certes, il y a quelques passages dont on sent qu’ils pourraient être réalisés par à peu près n’importe quel habile cinéaste. Mais il y a aussi tous les autres, ces moments où l’intime s’impose dans un gigantisme de façade. C’est sans doute la patte de Duvivier : cet air russe qui résonne au loin, ce choix de ne filmer un prestigieux mariage que par une succession de gros plans sur des visages, cette manière qu’il a de faire surgir la passion amoureuse d’un pan d’ombre, ou d’un grand silence…

L’adaptation, signée Duvivier lui-même et Jean Anouilh, entre autres, est relativement fidèle à l’intrigue du roman de Tolstoï : Anna, femme d’un haut fonctionnaire de la Russie tsariste, tombe amoureuse d’un jeune officier qui l’aime en retour. Mais sa passion à elle est totale, irréfléchie, sans retour. Tout au bout, rien d’autre que la tragédie. Et cette tragédie donne lieu à une longue séquence finale d’une beauté sidérante, et déchirante, portée à la fois par l’incarnation troublante de Vivien Leigh, décidément sublime, et par la mise en scène très inspirée de Duvivier.

La manière dont il filme les trains et les gares tout au long du film dans une série de scènes clés est passionnante. Il utilise tous les outils du cinéma : plans larges ou très serrés, ombres profondes, neige de studio, et même des maquettes filmées en gros plan… C’est une beauté picturale saisissante, et c’est d’une efficacité absolue, parce que l’esthétique même de ces scènes adopte totalement le point de vue de l’héroïne : ses espoirs, ses passions, ses doutes et son désespoir.

Le Lieu du crime – d’André Téchiné – 1986

Posté : 16 avril, 2022 @ 8:00 dans 1980-1989, TÉCHINÉ André | Pas de commentaires »

Le Lieu du crime

Téchiné aime les paumés. Et il y en a un paquet dans Le Lieu du crime, superbe film qui, sous des faux airs de polars, dresse le portrait de quelques personnages bien gratinés. Ta famille : tu l’aimes ou tu la quittes ? Oui, mais comment faire quand on n’est capable de faire ni l’un ni l’autre ? C’est en quelque sorte la question qui taraude tous les personnages principaux.

Il y a d’abord ce gamin, mal aimable, menteur, voleur, agressif, qui en veut à son père Victor Lanoux d’avoir été quitté par sa mère, Catherine Deneuve. Deneuve, sublime en femme coincée entre un fils qu’elle n’arrive pas à bien aimer, et une mère (Danielle Darrieux) qu’elle n’arrive pas à quitter. Et ce grand-père, taiseux et grognon, qui résume en une scène déchirante toutes les difficultés de cette famille : comme il ne peut pas faire à sa famille la même chose qu’il fait à une mouche quand elle l’emmerde, alors il la ferme, lance-t-il froidement en s’éloignant… avant de revenir discrètement et de lancer un petit mot anodin et si tendre à sa femme.

Dans cette famille déphasée survient un jeune homme évadé de prison, qui va sans le vouloir bousculer cet équilibre ravageur, et précipiter au choix le drame ou la délivrance. Ou les deux à la fois. Wadeck Stanczak apporte à ce mauvais garçon une étrange innocence toute juvénile, assez fascinant. Il y a d’ailleurs dans ce film un point de vue un peu naïf, celui d’une enfance mal digérée, dont on n’arriverait pas vraiment à se détacher. Presque une atmosphère à la Mark Twain que renforce les grands et beaux décors de la Garonne, dont la quiétude semble anesthésier les sentiments à fleur de peau.

Tout le meilleur d’André Téchiné semble condenser dans ce film magnifique, dont le calme apparent dissimule à grand-peine une immense envie de hurler. Étouffant et plein de vie, Le Lieu du crime est une merveille.

Vivre et laisser mourir (Live and let die) – de Guy Hamilton – 1973

Posté : 15 avril, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, HAMILTON Guy, James Bond | Pas de commentaires »

Vivre et laisser mourir

Premier tournant majeur pour James Bond au cinéma. L’éphémère George Lazenby n’avait pas réussi à faire oublier Sean Connery, 007 pour l’éternité qui a du coup rempilé pour une mission de plus. Mais l’heure de tourner la page était vraiment venue, l’Ecossais ayant d’autres ambitions. Si on se remet dans le contexte de l’époque, le choix de Roger Moore semble à la fois étonnant, et évident. Etonnant parce qu’il est bien loin de la virilité et du danger qu’incarne Connery. Evident parce que Moore est un acteur populaire, alors surtout liée au Saint, personnage pas si éloigné de Bond.

De tous les interprètes de James Bond, Roger Moore est sans doute celui dont l’image a le plus vieilli aujourd’hui. Sans anticiper sur les dérives dont pourront se rendre coupable les films suivants, ce premier Bond de l’ère Moore donnerait plutôt envie de le réhabiliter. Moore n’est certes pas aussi fascinant que l’animal Connery, loin s’en faut. Et son jeu d’acteur semble ici bien limité, ses postures flegmatiques surjouées finissent même par agacer. Mais quand même, il tient plutôt bien son rôle, particulièrement dans les moments les plus tendus.

Le film lui-même, s’il ne se classe pas parmi les plus grandes réussites de la saga, ne manque pas d’intérêt. L’intrigue, qui tourne en grande partie autour du culte vaudou, joue plutôt habilement sur l’imagerie de la mort, et met en scène des cérémonies païennes assez fascinantes, d’où émerge l’image du Baron Samedi, flirtant allégrement avec les codes du fantastique.

Mais c’est une scène assez courte du pré-générique que l’on retiendra surtout : un faux défilé funèbre dans les rues de la Nouvelle Orléans, qui se transforme en exécution. Le moment le plus inventif, et le plus tenu du film, dont on verra une sorte d’écho dans la seconde moitié du métrage. Et qui évoque à la fois la première scène du premier 007, annonçant par ailleurs celle très spectaculaire de Spectre, bien des années après.

Quelques situations sont franchement originales. Les personnages, en revanche, sont pour la plupart assez ratés. Le grand méchant joué par Yaphet Kotto est l’un des plus soporifiques de la saga, et semble lui-même plongé dans un ennui sidéral. M et Moneypenny font de la figuration dans le penthouse de Bond. Felix Leiter se contente de calmer le jeu derrière un micro… Quant à la Bond Girl de service, jouée par une toute jeune Jane Seymour, possible personnage fort sur le papier, elle tient son rang dans le haut du panier des potiches les plus soumises de la série.

Ce qui ne saurait gâcher totalement le petit plaisir que l’on prend devant ce film, lancé par la fameuse chanson de McCartney, dont quelques notes résonnent régulièrement dans l’action au cours des deux heures du métrage. Petit plaisir un peu inconséquent à l’image de cette interminable course poursuite de bateaux, un peu régressif à l’image de ce shérif truculent joué par Clifton James (qui retrouvera son rôle dans L’Homme au pistolet d’or), mais bien réel.

Fantômas contre Fantômas – de Louis Feuillade – 1914

Posté : 14 avril, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1895-1919, FEUILLADE Louis, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Fantômas contrre Fantômas

Quatrième volet des aventures du journaliste Fandor et de son ami policier Juve sur les traces du plus dangereux et mystérieux des criminels, et l’art du feuilleton, que Feuillade mènera à son paroxysme avec Les Vampires, fonctionne déjà à plein régime.

Les ressors purement dramatiques sont énormes. Juve se retrouve ainsi en prison sur une présomption assez étonnante : puisqu’il est incapable de mettre la main sur Fantômas, alors que leurs routes ne cessent de se croiser, c’est parce qu’il est Fantômas. C’est en tout ce qu’affirment les journaux… Bien suffisant pour que le procureur décide de l’emprisonner.

Fandor, du coup, préfère prendre le large avant d’être lui-même arrêté. Et voilà donc l’histoire qui s’emballe, débarrassée de toutes les contraintes liées aux professions des deux héros. Le réalisme passe plus que jamais à l’arrière-plan, laissant toute la place aux rebondissements les plus improbables, au mouvement pur et à la folie.

Le sommet de ce quatrième film est sans doute moins la grande scène du bal costumé où se croisent trois Fantômas (et une issue tragique pour l’un d’eux) que cette séquence étonnante et fascinante où un mur se met à saigner après qu’on y a enfoncé un clou. Le genre d’images surréalistes qui ont contribué à l’impression toujours très forte que continue à laisser ces premières adaptations de l’œuvre de Souvestre et Allain.

La séquence finale reste également un modèle de suspense, dont l’écriture et le rythme pur sont pas loin d’être parfaits. Reste des cadres encore un peu fixes et systématiquement frontaux, et des décors trop dépouillés pour faire vraiment authentiques… Quelques limites qui rappellent que le cinéma est encore adolescent en 1914. Mais l’adolescence peut être bien stimulante quand elle se montre aussi inventive.

La Série des Fantômas, de Louis Feuillade

  1. Fantômas : à l’ombre de la guillotine
  2. Juve contre Fantômas
  3. Le Mort qui tue
  4. Fantômas contre Fantômas
  5. Le Faux magistrat

Identité judiciaire – de Hervé Bromberger – 1951

Posté : 13 avril, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, BROMBERGER Hervé | Pas de commentaires »

Identité judiciaire

Identité judiciaire est le film qui a en quelque sorte servi de « pilote » aux 5 dernières minutes. Raymond Souplex y interprète dans les deux cas un commissaire de police sagace et intègre. Identité judiciaire est surtout un grand polar, digne des grands films noirs américains. A la fois une peinture passionnante du quotidien des forces de l’ordre, et remarquable thriller.

On pourrait simplifier en coupant le film en deux grandes parties, clairement distinctes : la première largement consacrée au travail minutieux d’investigation, la seconde se résumant à un suspense particulièrement dense. C’est un peu vrai, mais le film de Bromberger joue en fait constamment sur les deux tableaux, mêlant intimement le film de genre plein de rythme et de brutalité, et la minutie d’une mise en scène presque anthropologique.

L’intrigue est finalement assez banale : la recherche d’un mystérieux criminel qui drogue de jeunes femmes dont plusieurs sont mortes. La révélation apparaît d’ailleurs vers la moitié du métrage. Beaucoup moins anodin, en revanche : la manière dont le travail de la police est filmé. Dans les détails, en longueur, en s’attardant sur les longs déplacements dans les couloirs du Quai des Orfèvres, sur le travail de la police scientifique, des graphologues, des chimistes, sur les laborieux interrogatoires.

C’est passionnant, et d’autant plus percutant que la vision très documentée du travail de la police n’est jamais déconnectée de l’humain. Les policiers sont des hommes, et le commissaire jongle entre ses obligations professionnelles et sa vie de famille. Humain et faillible, qui s’autorise un « salope » après avoir été rembarré par un témoin récalcitrant. Tout sonne authentique : les rapports entre les flics, l’affection pour les petits délinquants, les emportements trop vifs d’un commissaire frustré…

Le film s’ouvre et se referme sur deux séquences mémorables de traque dans la ville. Deux séquences très différentes l’une de l’autre, mais qui marquent par la précision et l’efficacité de la mise en scène. La première, la fuite tragique d’une jeune fille fugueuse, filmée avec une grande intensité dans les décors naturels de province. La dernière, course-poursuite sous haute tension dans les rues de Paris.

A chaque plan, ou presque, un détail donne du corps et de l’authenticité au récit. Parfois en arrière plan, comme cette épouse qui s’inquiète du sort de son mari enfermé au dépôt, ou la fouille au corps de jeunes femmes « ramassées » dans la rue. Brillant scénario, et brillants dialogues signés Jeansson. Et l’interprétation est impeccable. Raide et pas toujours aimable, Raymond Souplex est parfait. Suave et secret, Jean Debucourt trouve le rôle de sa vie.

Les Vieux de la vieille – de Gilles Grangier – 1960

Posté : 12 avril, 2022 @ 8:00 dans 1960-1969, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

Les Vieux de la vieille

Après Archimède le clochard, ces Vieux de la Vieille confirment le tournant pantouflier de Gilles Grangier, dont les premiers films avec Gabin étaient autrement plus enthousiasmants. On est ici dans l’univers de René Fallet, l’auteur de La Soupe au chou, grand poète d’une France rurale et un brin réac, peuplée de vieillards priapiques et grandes gueules. Côté grandes gueules, on est servi…

On a donc Jean Gabin, Pierre Fresnay et Noël Noël, trois amis d’enfance devenus retraités célibataires, qui n’ont rien perdu de leur envie de mettre le boxon et d’emmerder les autres. Des vieux cons, en fait, aussi attachants qu’agaçants, devenus la terreur de leur bled à force d’envoyer promener tous ces qui les entourent, à commencer par les « étrangers » (donc ceux qui vivent à plus de trois kilomètres) qui se permettent de critiquer leur environnement.

L’histoire est bien anecdotique : ces trois comparses réalisent chacun à leur manière qu’ils ont passé la date de péremption, et que leur place est dans cet hospice qu’on leur a vanté comme un paradis pour personnes âgées. Donc un endroit où ils pourraient passer la journée à se marrer et à picoler. On imagine bien qu’ils tomberont de haut en découvrant un lieu nettement plus hostile que ce à quoi ils s’attendaient.

A l’image des trois « vieux », le film est à la fois agaçant et attachant. Agaçant parce qu’il surjoue très lourdement l’accent campagnard et les outrances des personnages, noyant la dimension sociale (la place des personnes âgées dans la société) dans un torrent d’humour rabelaisien et de tirades gueulées par des acteurs en roue libre.

Noël Noël est sans doute celui qui s’en tire le mieux, en tout cas en apportant un peu d’humanité et de fragilité à son personnage, vieux fermier totalement déshumanisé par un fils qui le traite désormais comme un enfant attardé. Gabin et Fresnay sont d’avantage en mode cabots, mais le plaisir de les retrouver côté à côte plus de vingt ans après La Grande Illusion est bien réel. La complicité entre les trois est sans doute ce qui fonctionne le mieux dans le film.

Moins convaincante : la manière dont Grangier joue avec l’image de ses acteurs, et particulièrement de Gabin. Une scène, surtout, renvoie directement au Jean Valjean des Misérables : celle où Gabin tente de soulever une lourde paroi effondrée à la force de son dos… en oubliant que ses exploits physiques appartiennent au passé. Très référencé, mais un peu froid et vain.

C’est du bon cinéma de papa, sans grande envergure, le show à peine maîtrisé de trois acteurs vieillissants qui semblent prendre beaucoup de plaisirs à surjouer les vieux réacs. Le film se résume largement à une succession de petits moments un peu répétitifs, mais parfois assez amusants. La gouaille des acteurs et quelques répliques bien senties (« c’est le Cayenne des vieux ! ») suffisent à susciter un plaisir léger, un peu distant, mais réel.

Le Mort qui tue – de Louis Feuillade – 1913

Posté : 11 avril, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1895-1919, FEUILLADE Louis, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Mort qui tue

Après le rythme trépidant du film précédent, Feuillade lève un peu le pied avec le troisième épisode de son Fantômas. L’intrigue reprend là où l’a laissée : Fandor a survécu à l’explosion de la villa, mais le corps de Juve est introuvable. Le bandit, lui, s’est fait la belle, fomentant de nouveaux méfaits.

Pour le coup, Feuillade prend son temps cette fois, étirant la plupart des scènes. Il faut dire qu’en filmant le plus souvent en plans séquences fixes et larges, le cinéaste n’a pas les moyens de jouer avec le montage pour accélérer un rythme qui ne nous évite aucun détail anodin. D’où quelques longueurs dont on se serait bien passé.

Mais les cadres sont toujours intéressants, que ce soit le repère interlope d’une fourgue vieillissante, où l’appartement bourgeois d’un riche artiste. Ou surtout un passage obscur surplombant la Seine, où Feuillade nous offre un beau moment de suspense, d’une efficacité imparable.

Le Mort qui tue frappe avant tout par la violence du propos. Même si le rythme est plus posé, les crimes, eux, s’enchaînent, et ils sont brutaux. Le titre de la dernière partie donne le ton : « Les gants de peau humaine ». On n’en dira pas plus, si ce n’est que le titre est effectivement évocateur. Si la violence picturale reste limitée, le ton n’est pas à la guimauve pour autant.

Les grands films de Feuillade restent aussi précieux pour la vision qu’ils offrent de ce Paris d’un autre temps : celui de 1913. C’est le cas ici encore. Au détour d’une séquence de filature, on se réjouit de voir ces automobiles des premiers temps se croiser et se doubler dans un désordre manifeste. Une vision qui à quelque chose de franchement réjouissant.

La série des Fantômas, de Louis Feuillade

  1. Fantômas : à l’ombre de la guillotine
  2. Juve contre Fantômas
  3. Le Mort qui tue
  4. Fantômas contre Fantômas
  5. Le Faux magistrat

L’École buissonnière – de Jean-Paul Le Chanois – 1949

Posté : 10 avril, 2022 @ 8:00 dans 1940-1949, LE CHANOIS Jean-Paul | Pas de commentaires »

L'Ecole buissonnière

Bernard Blier, jeune instituteur moderne nommé dans l’école d’un village de montagne, où les vieilles traditions sont très, très ancrées. Bernard Blier à l’époque où il tenait le haut de l’affiche, avant que lui-même comprenne que ces premiers rôles bien sages dans des films qui le sont tout autant ne lui permettraient pas de donner toute la mesure de son talent. Qui est immense, si si.

Et voilà qui résume le sentiment qui s’impose devant ce film à thèse, plaidoyer plein de bienveillance pour une école éveille les singularités de chacun, a contrario d’une école qui s’étrangle devant la moindre aspérité. Rien à dire sur ce message, qui devait être sensible à la sortie du film, mais qui ne fait plus guère débat aujourd’hui. Encore que… mais non.

Le film est charmant, aimable. Et comme l’instit Blier, il fait bien attention de ne laisser personne sur le bord de la route, ou du chemin de montagne, et surtout pas les rebelles du groupe, qui révéleront ce qu’ils ont de meilleur grâce au regard sans jugement du nouveau venu, qui bouleverse un ordre établi depuis des générations.

Jean-Paul Le Chanois filme les beaux paysages de montagne avec application. Bernard Blier a un capital sympathie indéniable, en plus d’un immense talent. L’École buissonnière se regarde donc avec un certain plaisir. Qui ne dure guère plus que les 110 minutes du métrage.

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