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Archive pour la catégorie 'par réalisateurs'

Comme les cinq doigts de la main – de Alexandre Arcady – 2009

Posté : 24 octobre, 2010 @ 5:45 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, ARCADY Alexandre | Pas de commentaires »

Comme les cinq doigts de la main - de Alexandre Arcady - 2009 dans * Polars/noirs France comme-les-cinq-doigts-de-la-main

Les bons côtés, d’abord : ces cinq frères que tout oppose ont beau être caricaturaux, il faut bien reconnaître que l’alchimie entre les acteurs est plutôt efficace. Les acteurs, même s’ils sont servis par des dialogues souvent poussifs s’en sortent avec les honneurs, Bruel surtout, curieusement émouvant en grand frère sûr de lui et de ses décisions. C’est lui le personnage le plus intéressant du film, lui qui doit faire face à ses difficultés relationnelles avec les deux personnes que, au fond, il aime le plus : son frère-le rebelle, et sa femme-la trop belle. C’est dans ces deux relations que se trouvent les plus belles séquences du film. Et il y en a, quand même, des belles scènes, malgré les défauts innombrables du film. De l’émotion, aussi, qui finit par toucher le cœur le plus endurci…

Mais on a beau dire, Alexandre Arcady ne s’est pas foulé sur ce film. Il n’a jamais été un grand cinéaste, ça non, mais il s’est déjà montré un tout petit peu plus inspiré que dans ce film mal écrit, et mal filmé. L’histoire, pourtant, aurait pu donner lieu à un vrai bon petit polar : la vie de quatre frères est bouleversée lorsque le cinquième de la fratrie réapparaît après des années d’absence, poursuivi par la police et des truands prêts à tout. Avec ce retour, un secret familial va resurgir…

Ben oui, mais quand on a dit ça, on a tout dit. Arcady n’avait visiblement que cette trame en tête, et a brodé un scénario peu convaincant autour de ça. Et pour être sûr de ne pas se tromper, il a renoué avec son acteur fétiche (Bruel, donc), et convoqué un tas de (bons) acteurs connus, à qui il a fait faire très précisément ce qu’ils ont déjà fait des tas de fois : Vincent Elbaz est un jeune révolté, Pascal Elbé un quadra angoissé, Eric Caravaca un prof de philo en banlieue, Caterina Murino une très jolie femme, Michel Aumont un vieil homme que tout le monde respecte, Philippe Nahon un gangster inquiétant, et Françoise Fabian une chef de tribu… Cherchez pas le contre-emploi, y’en a pas.

Ils sont tous très bien, d’ailleurs, mais tout donne l’impression d’avoir été vu et revu un nombre incalculable de fois. Et souvent bien mieux : côté réalisation, Arcady frôle l’amateurisme, dès les premières images d’exposition (j’ai fait un film avec des copains quand on avait 18 ans, avec une pauvre caméra pourrie ; il y avait les mêmes plans de voiture… les mêmes !), et jusqu’au dénouement. Arcady ne recule devant aucune facilité, aucun poncif : le méchant (qui a une tête de méchant, on peut pas se tromper) baisse la vitre de sa voiture et fait une grimace lorsque les gentils frères passent près de lui ; le traître est démasqué par une nuit de tempête, les éclairs zébrant le ciel… On pourrait continuer longtemps comme ça, mais franchement, c’est pas la peine.

Alors allez savoir pourquoi ce film reste sympathique, avec tout ça… Les acteurs, sûrement, et rien que les acteurs.

White Material – de Claire Denis – 2008

Posté : 20 octobre, 2010 @ 1:15 dans 2000-2009, DENIS Claire | Pas de commentaires »

White Material - de Claire Denis - 2008 dans 2000-2009 white-material

Claire Denis est quand même l’une des rares réalisatrices (ou « teurs ») françaises du moment à savoir créer une atmosphère. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de ses films, qui fuient la plupart du temps tous les effets spectaculaires trop ostentatoires. C’était déjà frappant dans son magnifique Vendredi Soir, où elle créait un climat troublant et délicieusement inquiétant. Ça l’est tout autant dans ce film oppressant et angoissant, qui réussit la double gageure de nous plonger à l’intérieur de l’âme humaine jusqu’à la frontière de la folie, et de nous placer, à hauteur d’homme, au cœur d’un pays d’Afrique (dont on ne connaîtra pas le nom) où des forces rebelles tentent de prendre le pouvoir, créant une insécurité permanente.

Jamais la cinéaste n’est tentée de prendre de la hauteur, et de proposer au spectateur une sorte de regard omniscient. Ce qui l’intéresse dans ce conflit, c’est l’effet qu’il a sur les gens. Sur les indigènes, surtout sur le personnage principal, la propriétaire d’une grande exploitation de café (Isabelle Huppert), installée dans ce pays depuis plusieurs générations, et qui refuse de voir la vérité en face. Malgré le départ de ses ouvriers, malgré les annonces de l’armée française qui quitte le pays, elle s’accroche obstinément à son univers, au-delà duquel elle n’existe pas. Qu’importe pour elle le comportement de plus en plus étonnant et violent de son fils (Nicolas Duvauchelle), qu’importe les tentatives raisonnées de son compagnon (Christophe Lambert, étonnant) qui tente de la convaincre de fuir…

Isabelle Huppert traverse cette période troublée avec une froideur et une insensibilité apparentes très dérangeantes, et que la réalisation vient mettre en valeur. La violence est omniprésente dans White Material, mais on n’en voit quasiment rien, si ce n’est des corps filmés froidement, et que le personnage côtoie sans ciller. Ce pourrait être l’histoire d’un pays qui rend fou, mais c’est tout simplement l’histoire d’une femme qui marche sur les cimes de la folie, prête à chaque instant à y plonger. A travers ce portrait de femme, Claire Denis signe un film pas réellement engagé, mais politiquement inconfortable : impossible de ne pas s’interroger sur les relations entre la France et l’Afrique.

Surtout, Claire Denis signe un film à la beauté lancinante et inconfortable. Une œuvre forte qui, au-delà du plaisir étrange instantané (il y a une vraie grâce qui se dégage de ce film), vous hante durablement.

L’Ange de la Rue (Street Angel) – de Frank Borzage – 1928

Posté : 20 octobre, 2010 @ 12:40 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FARRELL Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Ange de la Rue (Street Angel) - de Frank Borzage - 1928 dans 1920-1929 lange-de-la-rue

Les premières images de ce mélo magnifiques sont trompeuses : on songe alors immanquablement à une version italienne de L’Heure suprême, tourné l’année précédente par Frank Borzage, avec le même couple d’acteurs, Janet Gaynor et Charles Farrell. On retrouve un personnage féminin étonnamment proche, pauvre jeune femme vivant dans une mansarde insalubre, et victime d’une injustice policière. On retrouve aussi un grand décor hollywoodien : une version fantasmée des bas-fonds de Naples, comme le décor du film précédent était une vision fantasmée du Paris de 1914.

La comparaison est d’autant plus incontournable que L’Ange de la rue est une « conséquence » directe de L’Heure suprême : la Fox et Borzage cherchaient un sujet qui pouvait permettre de retrouver l’esprit (et les acteurs) du film, qui a connu un succès immense en salles, le choix se portant finalement sur une pièce de théâtre italienne.

Le film, magnifique, est pourtant très différent : alors que Diane, dans le précédent film, était l’innocence incarnée, Angela, ici, est une jeune femme au regard dur, prête à se prostituer pour trouver l’argent dont elle a besoin, et bien décidée à ne pas tomber dans le piège de l’amour. Dur, volontaire, et parfois impitoyable… Mais tout cela, bien sûr, n’est qu’une façade que la belle a dressé pour se protéger, et qui s’effondrera grâce à un jeune peintre aussi pauvre que talentueux, qui saura découvrir sa vraie personnalité. C’est lorsqu’elle découvre le portrait qu’il a fait d’elle, et où il la présente comme une vision angélique, que le masque tombe, et que les deux jeunes solitaires se trouvent enfin…

L’Ange de la Rue, curieusement, est peut-être plus dur que L’Heure suprême, même si le spectre de la guerre ne plane pas sur ce Naples d’opérette. Alors que Diane et Chico étaient mus par une foi à toute épreuve, que même la mort ne pouvait pas venir remettre en question, Angela et Gino sont séparés par le mensonge, les non-dits, et la difficulté de croire en l’autre les yeux fermés. Mais chez Borzage, l’amour est plus fort que tout, et la rédemption arrive au moment où on l’attend le moins… dans une église, dans une scène qui évoque furieusement L’Aurore de Murnau, dont Borzage était un proche, les deux hommes ne cachant pas leur admiration l’un pour l’autre.

Mélange très heureux de légèreté et de gravité, L’Ange de la Rue est un mélo sublime, porté par l’un des plus beaux couples de cinéma de l’histoire. L’alchimie parfaite qui existe entre Janet Gaynor et Charles Farrell est sublimée par la manière dont Borzage filme les séquences intimes. Elle trouve son apogée dans deux scènes extraordinaires : le dîner déchirant où Angela fait ses adieux, sans lui dire, à Gino ; et les retrouvailles douloureuses, dans la brume du port, où les deux amoureux marchent longuement, deux solitudes rongées par la rancœur ou le remord, qui se dirigent lentement l’un vers l’autre. C’est visuellement somptueux, et d’une immense force émotionnelle…

Nick joue et gagne (Another Thin Man) – de W.S. Van Dyke – 1939

Posté : 19 octobre, 2010 @ 6:19 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, VAN DYKE W.S. | Pas de commentaires »

Nick joue et gagne (Another Thin Man) - de W.S. Van Dyke - 1939 dans * Films noirs (1935-1959) nick-joue-et-gagne

Troisième épisode de la série The Thin Man, après le génial L’Introuvable et le très réussi Nick, gentleman détective. La recette reste la même, et le plaisir de retrouver Nick et Nora Charles, couple de riches oisifs qui passe le temps en faisant les détectives, est toujours là. Mais cette fois, Van Dyke et ses scénaristes poussent la nonchalance un peu loin : on se contrefiche totalement de cette histoire de menace qui pèse sur le vieil homme qui gère la fortune des Charles. On se fiche d’ailleurs totalement aussi de ce vieil homme joué sans beaucoup de conviction par l’incontournable C. Aubrey Smith, dont la mort ne nous fait ni chaud ni froid.

Alors que dans les premiers films, l’intrigue était tout de même prétexte à de jolis moments de suspense, et servait au moins de fil rouge, on ne s’intéresse vraiment ici qu’au couple formé par Myrna Loy (toujours craquante) et William Powell (toujours élégant). C’est de leur relation, une nouvelle fois, que vient le plaisir certain que l’on prend devant ce film. Avec une petite frustration, tout de même : les Charles sont parents d’un petit Nick Junior, ce qui pouvait laisser espérer quelques beaux moments de comédie. Mais on sent que les scénaristes n’ont pas su quoi faire de ce bébé annoncé à la fin du deuxième film, et qu’ils l’ont simplement posé dans un coin…

Le meilleur, dans ce Nick joue et gagne, c’est la manière dont Van Dyke présente ce couple qui, mine de rien, lutte difficilement contre le confort des habitudes, et cherche à retrouver la flamme qui les animait jadis. Cela donne une très belle séquence dans un cabaret, avec un Nick toujours flegmatique, mais qui dissimule mal sa jalousie devant une Nora entourée d’hommes qui la courtisent…

Un Nick étonnamment sobre : depuis les deux premiers films (code Hays oblige), le détective a nettement levé le pied sur l’alcool. Tout change, ma brave dame…

Mission : Impossible 3 (id.) – de J.J. Abrams – 2005

Posté : 19 octobre, 2010 @ 6:05 dans 2000-2009, ABRAMS J.J., CRUISE Tom | Pas de commentaires »

Mission : Impossible 3 (id.) - de J.J. Abrams - 2005 dans 2000-2009 mission-impossible-3

Tom Cruise a décidément trouvé un filon intarissable avec les Mission : Impossible. Un filon qui lui permet, film après film, de jalonner durablement l’histoire du cinéma d’action. Parce que, mine de rien, il n’y a strictement rien à jeter, jusqu’à présent, dans cette série de trois films radicalement différents les uns des autres, mais tous absolument enthousiasmants. Après l’élégance de Brian De Palma (voir ici), après les excès romantico-stylistiques de John Woo (ici), J.J. Abrams revient aux fondamentaux du cinéma d’action, mais leur donne un coup de boost ébouriffant, avec ce qui est le premier film pour grand écran du créateur de séries télé aussi cultes que Alias, Lost et Fringe.

M:I 3 est d’ailleurs le trait d’union ultime entre le cinéma et la télévision. Longtemps, c’est le grand écran qui a inspiré le petit, avant que la logique s’inverse dans les années 2000. La qualité grandissante des séries télé a fini par faire du petit écran un lieu de création souvent plus enthousiasmant que le grand, en tout cas en ce qui concerne le cinéma populaire américain. En faisant ses débuts au cinéma, l’un des plus inventifs des créateurs de shows télévisés apporte à son film la créativité qu’il a su apporter à ses séries, et le rythme étourdissant des grandes séries récentes (on retrouve d’ailleurs de nombreux acteurs de série, parfois dans de simples apparitions, notamment lors de la scène des fiançailles), tout en respectant les règles du grand écran, et en prenant place dans une longue tradition du cinéma d’action.

Mais cette tradition en prend un sacré coup. La romance entre Tom Cruise et Michelle Monagham n’est évidemment qu’un prétexte, dont le seul but est de faire monter la tension, et de donner une motivation très personnelle au personnage de Ethan Hunt, qui redevient alors le renégat du premier film. Un simple prétexte pour enchaîner des séquences de poursuites, de fusillades et d’explosions qui figurent d’emblée parmi les meilleurs de tous les temps.

Deux séquences, notamment, sortent du lot : la longue course sur les toits et dans les ruelles de Shanghai, vers la fin du film, et surtout l’attaque du convoi par des avions et des hélicoptères, sur cet interminable pont, qui est sans doute l’une des scènes d’action les plus spectaculaires, les plus inventives, et les plus réussies de toute l’histoire du film d’action. Et il faut bien le reconnaître : la présence à l’écran de Tom Cruise est pour beaucoup dans cette réussite.

On s’en était rendu compte dès Mission : Impossible premier du nom : Tom Cruise est un acteur profondément physique, l’une des stars hollywoodiennes les plus physiques depuis l’époque du muet. Dans M:I 3, il est omniprésent, et les capacités hors-du-commun de son corps apportent beaucoup à la réussite du film. Il court, se jette dans le vide, est soufflé par une explosion, court littéralement sur un mur à la verticale, se balance d’une tour à l’autre… C’est énorme, hallucinant, mais l’implication physique de Cruise est telle qu’on y croit à chaque instant, et que toutes les séquences musclées du film (et elles sont très nombreuses) sont mémorables.

C’est du grand, du très grand cinéma d’action, l’équivalent de ce que Piège du Cristal fut dans les années 80. Reste à savoir si Mission : Impossible 4, actuellement en tournage à Prague, atteindra les mêmes sommets que les trois premiers opus.

L’Heure suprême (Seventh Heaven) – de Frank Borzage – 1927

Posté : 18 octobre, 2010 @ 2:11 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FARRELL Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Heure suprême (Seventh Heaven) - de Frank Borzage - 1927 dans 1920-1929 lheure-supreme

Frank Borzage a déjà une solide carrière derrière la caméra (plus d’une cinquantaine de films réalisés depuis 1916) lorsqu’il signe ce chef d’œuvre ultime, qui le fait définitivement entrer dans la cour des très, très grands. On est ici dans du pur mélo, mais du mélo de classe internationale, d’une beauté inouïe, dont je vous met au défi de ressortir sans avoir versé une larme de joie ou de tristesse…

L’histoire, déjà, va très loin dans le mélodrame : un brave égoutier sauve du suicide une pauvre fille qui vit seule avec sa méchante sœur. Pour l’empêcher d’être arrêtée par la police, il affirme que la fille est sa femme, et doit donc l’emmener vivre avec lui. Peu à peu, les deux jeunes gens tombent amoureux. Mais au moment précis où le gars se décide à dévoiler son amour, il est appelé pour rejoindre l’armée française : on est à Paris, en 1914.

Toute la première partie du film raconte la rencontre des deux jeunes gens, Chico et Diane, et l’éveil de leurs sentiments. Et cette heure fait partie des plus grands moments du cinéma mondial, tout simplement. Visuellement, déjà, le film est une splendeur, tourné dans un Paris de cartes postales, entièrement reconstitué en studios : pas un Paris réaliste, mais un Paris fantasmé, tout en pierres, en ruelles, en pavés, et en vieilles affiches très art-déco. Un Paris de rêve, même si on est ici dans les bas-fonds, au sens propre comme au sens figuré : le film commence « sous » Paris, dans les égouts, où travaille le bon Chico, dont la grande ambition est de monter d’un étage, et de devenir nettoyeur de rues, « pour être avec les gens, et pas avec les rats ». Franchement, vous en connaissez beaucoup, des films, où la seule ambition du héros est de devenir nettoyeur de rue ?

Le film, qui ne s’appelle pas Seventh Heaven pour rien, n’est fait que de ces mouvements verticaux, synonymes de réussite et de bonheur : Chico qui passe des égouts à la surface, et surtout le nouveau couple qui gravit, dans un long travelling vertical sublime, les sept étages qui les conduisent à l’appartement de Chico, appartement ouvert sur le ciel, qui surplombe un Paris dont on ne voit que des toits et les flèches du Sacré Cœur et de la Tour Eiffel. Un appartement que Diane compare immédiatement au Paradis, ce qui sera d’ailleurs confirmé par l’incroyable dernier plan du film…

Cette première partie est une pure histoire d’amour, belle à pleurer, la rencontre magique de deux êtres démunis et solitaires, qui trouve son apogée avec un dialogue (muet évidemment) sublime : « Chico… Diane… Heaven… » Tellement innocent, et tellement beau…

Et la guerre éclate, séparant les amoureux ; les batailles font rage (la plupart des scènes de guerre ont été tournées par John Ford), les taxis conduisent les soldats vers la Marne… Les années passent, sur le front comme à Paris. Mais les deux amoureux continuent à se parler chaque jour, à 11h, comme par magie… Et puis la guerre prend fin, certains reviennent, d’autres pas. Et la douleur des veuves est d’autant plus grande que dehors, l’heure est à la liesse générale. Mais rien n’est jamais vraiment perdu pour ceux qui s’aiment, et qui ont la foi…

Hangman’s house / La Maison du bourreau (Hangman’s House) – de John Ford – 1928

Posté : 15 octobre, 2010 @ 5:59 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John, WAYNE John | Pas de commentaires »

Hangman's house / La Maison du bourreau (Hangman's House) - de John Ford - 1928 dans 1920-1929 hangmans-house

John Ford n’a pas attendu L’Homme tranquille pour aimer l’Irlande. Avec ce film muet très sympathique, l’immense cinéaste, ici en mode mineur, nous livre déjà une belle ode à la verte Albion. Cette volonté de mettre en valeur l’Irlande donne d’ailleurs les meilleures séquences de ce film sympathique : le retour au pays du « Citoyen Hogan », indépendantiste recherché par les autorités, qui avait trouvé refuge dans la Légion Etrangère, et qui revient pour venger sa sœur, abandonnée par son fiancé. Ce retour est l’occasion pour Ford de signer quelques très jolis plans bucoliques, d’une Irlande baignée dans la brume, où les habitants semblent tous issus du même clan : malgré son déguisement, le « Citoyen Hogan » est immédiatement reconnu par les villageois et les paysans qu’il croise sur son chemin.

Sa vengeance se mêle bientôt à une histoire d’amour contrariée : l’homme qu’il recherche vient d’épouser la fille de l’ancien juge du comté, surnommé le bourreau pour avoir condamné à mort un nombre incroyable de personnes (alors qu’il est gravement malade, le « bourreau » aura une vision hallucinée et très marquante des condamnés qu’il a conduits à la mort, visages déformés par la mort qui apparaissent dans le feu de sa cheminée). La jeune femme n’accepte le mariage que pour respecter la volonté de son père mourant, mais elle en aime un autre, évidemment, brave jeune gars que le Citoyen Hogan prendra sous son aile.

Hogan, c’est Victor McLaglen, resté dans les anales comme un second rôle indispensable de l’œuvre fordienne, habitué aux rôles d’Irlandais forts en gueule et portés sur la boisson (du Massacre de Fort Apache à L’Homme tranquille). Mais McLaglen fut, après Harry Carey, l’un des héros de prédilection de Ford : entre la fin de sa période muette et le début du parlant, l’acteur a souvent tenu la tête d’affiche de ses films (jusqu’à son rôle inoubliable dans Le Mouchard).

Hangman’s House est un film profondément sympathique, mais assez inégal. Outre la manière dont Ford présente l’Irlande et les Irlandais, on retiendra surtout une très jolie séquence de course de chevaux, qui n’apporte rien d’autre au film qu’un vent de fraîcheur bienvenu, l’incendie final assez spectaculaire, ou encore un plan magnifique suivant une barque traversant les marais, qui évoque l’atmosphère de L’Aurore, de Murnau, sorti l’année précédente.

On retiendra aussi que le film marque l’une des premières collaborations de Ford avec John Wayne : l’acteur apparaît furtivement dans la fameuse scène où les visages des pendus défilent dans la cheminée, et une seconde fois parmi le public qui assiste à la course de chevaux.

Mission : Impossible 2 (id.) – de John Woo – 2000

Posté : 14 octobre, 2010 @ 5:31 dans 2000-2009, CRUISE Tom, WOO John | Pas de commentaires »

Mission : Impossible 2 (id.) - de John Woo - 2000 dans 2000-2009 mission-impossible-2

Tom Cruise voulait faire de Mission : Impossible une franchise dont il confierait chaque épisode à un cinéaste important, qui y mettrait sa patte… Mission accomplie avec ce deuxième, radicalement différent du film de Brian de Palma, mais tout aussi enthousiasmant. Alors que le premier film jouait la carte de l’élégance et de la retenue, le film de John Woo prend le contrepied absolu : ici, on est dans la surenchère d’action, et dans un romantisme échevelé (sans mauvais jeu de mot en rapport avec la coiffure impeccable de Tom Cruise). Bref, on est dans un John Woo pur jus, et du John Woo des grands jours : à vrai dire, Mission : Impossible 2 est sans doute le meilleur film américain du réalisateur hong-kongais. Avec ce véhicule à la gloire de la star, Woo trouve l’occasion d’aller au bout de son style inimitable (quoi que souvent imité), fait de ralentis énormes, de gunfights hyper chorégraphiés, et d’arrangements musicaux sirupeux. Un cocktail qui pourrait nous conduire au bord de la nausée, mais qui donne d’immenses moments de pur plaisir cinématographique.

Dès les toutes premières images, on comprend bien que l’histoire n’a strictement aucun intérêt : la création d’un virus (qui pourrait bien menacer l’humanité, il faut bien ça) et de son antidote n’a franchement ni queue ni tête. On ne tarde d’ailleurs pas à s’en contreficher, comme on se fichait du plutonium des Enchaînés, de Sir Hitchcock, dont M:I 2 est un remake à peine déguisé. Ce « macguffin » (pour reprendre l’appellation chère à Hitch) n’est là que pour introduire l’intrigue principale du film : Ethan Hunt, pour sa nouvelle mission, doit recruter une charmante voleuse, dont il tombe raide dingue, avant d’apprendre que son rôle est d’aller retrouver le grand méchant du film, qui s’avère être l’ex de la dame. Vous remplacez Tom Cruise par Cary Grant, Thandie Newton par Ingrid Bergman, et Dougray Scott par Claude Rains, et vous avez Les Enchaînés

De cette intrigue, Woo et son scénariste Robert Towne (qui rempile après le premier film) ne garde que le triangle amoureux. Pour le reste, on est dans l’univers de John Woo, où tout est excessif et souvent beau à pleurer. Une course poursuite entre deux voitures, hommage à peine dissimulé à Goldfinger, se transforme en un extraordinaire ballet, les deux voitures semblant valser ensemble, au bord d’un ravin escarpé… Dans M:I 2 peut-être plus encore que dans ses autres films, John Woo semble à la recherche de la grâce permanente, dans le moindre déplacement de ses acteurs (Tom Cruise et Thandie Newton se dévisageant au ralenti de part et d’autre d’une danseuse de flamenco ; Dougray Scott rattrapant au vol l’écharpe de la belle…), et surtout dans les innombrables scènes d’action, dont aucune ne donne cette sensation si courante de déjà-vu au cinéma…

Dès le prologue, Woo atteint sa cible : l’avion de ligne qui s’écrase sur les Rocheuses nous propulse, dans un grand silence assourdissant, vers les fameux pics rocheux où Ethan Hunt/Tom Cruise se livre à une forme plutôt extrême d’escalade, qui file le vertige. Ce début souffle littéralement le spectateur, qui en prend plein les mirettes, avec des scènes d’action d’une inventivité rare. A pied, à moto, en hélico… Tom donne de sa personne, sans jamais abimer son brushing impeccable. Ça devrait être ridicule, mais c’est magnifique. Et le plus beau, c’est cette scène de gunfights au cours de laquelle Thandie s’injecte le sérum. J’en suis ma quatrième ou cinquième vision du film, et à chaque fois, cette scène (pourtant très conne, je le reconnais bien volontiers), où Tom laisse sa belle derrière lui et saute dans le vide, sous les balles qui fusent et une musique tonitruante, me file le frisson et me donne envie de chialer…

Tout n’est pas de ce niveau, mais franchement, quelle claque…

Mission : Impossible (id.) – de Brian De Palma – 1996

Posté : 14 octobre, 2010 @ 1:43 dans 1990-1999, CRUISE Tom, DE PALMA Brian | Pas de commentaires »

Mission : Impossible (id.) - de Brian De Palma - 1996 dans 1990-1999 mission-impossible

Brian De Palma est un formaliste exceptionnel, et son style atteint une sorte de perfection dans cette grosse machine de studio, commande formatée qu’il transcende littéralement pour en faire un film d’une intelligence et d’une élégance absolues.

Le scénario de Robert Towne et David Koepp est déjà foncièrement gonflé ; il sera d’ailleurs renié par les fans de la série originale (tu m’étonnes que Peter Graves a refusé de reprendre son rôle de Jim Phelps, finalement joué par Jon Voight dans le film de De Palma). Mais les choix de mise en scène du cinéaste le sont tout autant : jusqu’à la fameuse séquence de l’Eurotunnel (pied de nez incroyable aux exigences des studios en matière de grosses productions : ah vous voulez de l’action, ben j’m'en va vous en donner, moi…), le film s’avère étonnamment peu spectaculaire pour un film de cette ampleur.

De Palma n’écrit pas ses scénarios mais c’est un véritable auteur. La preuve : même dans un film a priori aussi impersonnel que Mission : Impossible, on retrouve le thème préféré du cinéaste, à savoir le mensonge, la différence qu’il y a entre les images que l’on nous montre et la réalité. Comme dans Snake Eyes, ou dans Blow Out, toute l’intrigue du film repose sur ce thème, inépuisable dans l’œuvre depalmienne.

La plupart des rebondissements de ce film décidément anti-spectaculaire au possible, se déroulent d’ailleurs… dans l’esprit du héros, Ethan Hunt (Tom Cruise), qui recolle petit à petit les événements tels qu’on les lui a montrés et l’incroyable vérité. Ce basculement progressif du mensonge vers la vérité est illustrée d’une manière extraordinaire par la caméra de De Palma, qui se désaxe dans des cadrages insensés, pour donner corps au trouble de Tom Cruise, décidément un acteur formidable.

Ce trouble illustré avec une élégance infinie trouve son apogée dans la dernière scène de Prague (les extérieurs qui y sont tournés sont d’ailleurs d’une grande beauté) : le fameux face-à-face entre Ethan Hunt et son supérieur Kittridge, dans ce restaurant tout de verre, avec cet immense aquarium. Cette séquence où tout bascule est l’une des plus réussies de tout le cinéma de De Palma, ce qui n’est pas peu dire. Tom Cruise, silencieux la plupart du temps, y est d’une intensité remarquable : « Kittridge, you’ve never seen me very upset… »

La suite pourrait être plus convenue (on y retrouve enfin les fameuses missions impossibles chères à la série). Mais De Palma relève le défi sans la moindre faute de goût. Bien sûr, dans ce brillant exercice de style, les acteurs ont la part du pauvre (à part Tom Cruise, autour duquel tourne le film), et se contentent de faire (bien) ce qu’on leur demande : Emmanuelle Béart est belle, Jean Réno est inquiétant, Henry Czerny est trouble, Jon Voight (« Why, Jim ? Why ? ») est… Non, on n’en dira pas trop, des fois qu’y en aurait qu’auraient pas vu le film, encore… auquel cas faudrait vous bouger : M:I va avoir quinze ans.

D’ailleurs, après deux suites radicalement différentes (réalisées par John Woo - ici - et J.J. Abrams - ici -), mais tout aussi enthousiasmantes, le tournage du number four a commencé… à Prague. M:I 4 sera-t-il un retour aux sources pour Ethan Hunt ?

Scandale à Paris (A Scandal in Paris) – de Douglas Sirk – 1946

Posté : 14 octobre, 2010 @ 1:06 dans 1940-1949, SIRK Douglas | Pas de commentaires »

Scandale à Paris (A Scandal in Paris) - de Douglas Sirk - 1946 dans 1940-1949 scandale-a-paris

C’est le troisième film américain de Douglas Sirk, et celui qu’il avouait préférer. Largement méconnu par rapport à ses grands mélos des années 50, cette version très romancée de la vie de Vidocq, ancien malfrats devenu le flic le plus célèbre de France, est un vrai bonheur. L’histoire est basée sur des faits authentiques, avec lesquels le scénario prend d’énormes libertés. Ce qui frappe dans ce film, c’est à quel point Sirk se moque de la vraisemblance. Mais son scénario, aussi invraisemblable soit-il avec ces énormes rebondissements, est transcendé par la réalisation de Sirk, qui donne un mouvement extraordinaire à son film.

Le ton est donné dès les premières minutes, avec deux mouvements de caméra magnifique, qui évoquent d’une manière aussi simple qu’intelligente la fuite du temps : la caméra s’arrête sur les barreaux d’une prison, et ce sont trente années qui passent ; elle s’arrête sur un arbre, et c’est une nuit de misère qui prend fin… Tout le film est comme ça, porté par le génie d’un cinéaste déjà au sommet, qui accumule les cadrages impossibles et sublimes (la scène du cimetière, où le héros choisit son nom d’emprunt, est un modèle), et s’amuse à aller aussi loin que possible dans l’excès. Excès de romantisme, excès de rebondissements… même la famille du « dragon », le compagnon de Vidocq, est parfaitement excessive, accumulation de « gueules » inimaginables, autour de l’inoubliable « patriarche » Vladimir Sokoloff.

Les seconds rôles sont d’ailleurs tous exceptionnels : le préfet de police Richet, que Vidocq délaissera de son poste, de sa femme et de sa fierté, est interprété par un Gene Lockhart formidable, mélange de fourberie et de faiblesse qui finissent par lui attirer la sympathie du public ; sa femme aussi, actrice arriviste et séductrice jouée par la magnifique Carole Landis… Et puis il y a surtout George Sanders, qui est un Vidocq mémorable. Sirk n’a jamais tari d’éloges sur le travail de l’acteur, mais il faut reconnaître que sa performance est extraordinaire : le flegme qui le caractérise est ici utilisé à merveille, faisant du personnage un être que l’on sent capable de tout, du pire comme du meilleur, de l’acte le plus méprisable (voler la famille qui l’accueille, voire un prêtre) comme du plus héroïque (risquer de perdre ce qu’il a pour rester honnête avec celle qu’il aime)…

La richesse du film semble visuellement infinie. On n’en dira pas plus, toutefois : l’unique version DVD disponible en France ne laisse qu’entrevoir cette richesse. Cette version propose une image indigne du support (de tout support, d’ailleurs : c’est de la qualité d’une mauvaise cassette vidéo que l’on aurait laissée traîner dans un coin pendant quinze ans). Seul le DVD édité par Kino aux Etats-Unis est de bonne qualité, mais il n’est disponible qu’en zone 1, et ne possède pas de sous-titres français. A moins d’être un cinéphile parfaitement bilingue, mieux vaut attendre une prochaine réédition, dans une version digne de ce nom…

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