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Archive pour la catégorie 'OZU Yasujiro'

Où sont les rêves de jeunesse ? (Seishun no yume imaizuko) – de Yasujiro Ozu – 1932

Posté : 21 mai, 2014 @ 5:19 dans 1930-1939, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Où sont les rêves de jeunesse

Encore une merveille signée Ozu, mais cette fois sur un ton de comédie, plutôt rare dans la filmographie du grand cinéaste japonais. Les thèmes qu’il aborde à cette période de sa carrière sont bien là : la filiation, la difficulté de trouver sa place dans une société en crise, le Japon entre tradition et modernité inspirée de l’Occident…

Il y a bien un peu de cette amertume que rencontrent souvent ses personnages, obligés de confronter leurs rêves de jeunesse aux réalités de la société (voir le magnifique Le Fils unique, par exemple). Mais l’amertume est cette fois un passage obligé vers un avenir conforme à ce que les personnages attendent. Ozu, ici, se montre volontiers potache (les tricheries durant l’examen) et léger, à défaut d’être insouciant.

Optimisme, légèreté et humour… Un cocktail auquel Ozu apporte une belle vivacité, avec une mise en scène d’une précision, d’une fluidité et d’une intelligence hors du commun. Comme Une femme de Tokyo, l’édition du film que propose Carlotta est vierge de tout accompagnement musical, et ce silence total souligne l’extraordinaire dynamisme de cette mise en scène parfaitement maîtrisée.

On y retrouve aussi l’influence, très présente avant guerre chez Ozu, du cinéma américain, à travers des affiches de film, et surtout un mode de vie que les jeunes personnages s’approprient avec délectation : des bières bues dans une réplique d’un café hawaïen, des étudiants en tee-shirts… Visiblement fasciné par cette imagerie qui rompt avec les vieilles traditions, Ozu confronte cette jeunesse américanisée aux traditions que représente une vieille baronne, dans une scène inspirée par le burlesque, au cours de laquelle notre héros repousse sans ménagement les avances d’une jeune et belle héritière…

Ce nouveau mode de vie, c’est le symbole de l’insouciance de la vie estudiantine, que le jeune héros doit quitter pour reprendre les rênes de l’usine familiale à la mort de son père. Cette insouciance qu’il cherchera à retrouver, en embauchant ses anciens camarades, puis en retrouvant une jeune serveuse qu’il a connue au lycée. Mais peut-il retrouver ce qui n’existe plus ? Etudiants, ils étaient tous égaux : l’héritier sûr de lui et insouciant comme l’orphelin bosseur et conscient que son avenir dépend de son diplôme. Mais dans la vraie vie, l’un est patron, l’autre est employé.

Tous finiront par se retrouver (autour d’un autre symbole américain : le base ball). Mais entre-temps, Ozu aura retrouvé sa veine tragique et critique lors d’une séquence déchirante, montrant la colère et l’incompréhension du jeune patron face à son ami, totalement soumis et asservi, prêt à sacrifier celle qu’il aime pour ne pas perdre ce travail dont dépend sa vie. Une parenthèse bouleversante dans un film qui, tout de même, met du baume au cœur.

• Le film fait partie de l’indispensable coffret de 14 films que Carlotta vient de consacrer à Ozu, avec de nombreux bonus : des analyses de plusieurs films, des documentaires, et même deux courts métrages tournés par le cinéaste dans les années 30.

Le Fils unique (Hitori musoko) – de Yasujiro Ozu – 1936

Posté : 3 mai, 2014 @ 5:03 dans 1930-1939, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Le Fils unique

Comme Chaplin, Ozu est resté fidèle au cinéma muet plusieurs années après l’avènement du parlant. Ne croyant pas vraiment à cette nouvelle technique, dans un premier temps, il y vient tardivement, la même année que Les Temps modernes, qui marque les premiers pas de Chaplin dans le parlant. Avec, curieusement, un thème pas si lointain : la difficulté pour l’homme de trouver sa place dans une société marquée par l’industrialisation. Mais avec un regard ironique sur ce cinéma parlant que découvrent les personnages dans un cinéma qui projette La Symphonie inachevée, un film allemand de Willi Frost devant lequel s’endort la villageoise vieillissante en visite à Tokyo.

C’est l’histoire d’une mère, veuve et courageuse, et de son fils, qu’elle accepte d’envoyer au lycée pour qu’il réussisse à Tokyo, loin de leur village de montagne. Après douze ans de sacrifices pour payer les études de son fils, elle le retrouve finalement, et découvre qu’il mène une existence très modeste, ayant abandonné toute volonté de réussir et de « devenir quelqu’un ».

Tout le cinéma d’Ozu est là : ses plans fixes, ses cadrages magnifiques et son incroyable sens du montage. Avec une nouveauté de taille, quand même : le son, qu’il utilise avec beaucoup d’économie, et d’une manière souvent inattendue. Outre les dialogues (rares), le son sert beaucoup à mettre en valeur le hors-champs, particulièrement important dans ce film : l’épouse qui sanglote sans qu’on la voit, les bruits des usines qui rappellent constamment la pauvreté…

Ses thèmes récurrents sont présents aussi : les relations filiales, le poids du passé, celui de la société, ou encore le poids des études, passage obligatoire dont dépend toute la vie des jeunes Japonais, et sur lesquels reposent tous les espoirs, tous les rêves.

Il est question de rêves perdus, de fantasmes déçus. « Tu es déçue ? » demande le fils à sa mère à propos de la vie qu’il mène, dans une scène sublime les montrant se promenant dans le triste paysage d’un terrain vague autour d’une usine d’incinération de déchets. Perdus au milieu d’un étrange no man’s land, et soudain si proches.

Tokyo n’est décidément pas la ville qu’elle avait imaginée. Pas non plus celle qu’avait imaginée le brillant instituteur de leur village, parti à la capitale pour grimper dans la hiérarchie, et qui a dû se résoudre à cuisiner de la viande dans un boui-boui paumé.

La grande ville qui tue les rêves et nie les personnalités ? Pas si simple. Ozu ne montre de Tokyo que quelques plans en contre-plongée (le regard d’une touriste qui découvre le gigantisme et les grandes constructions en cours) et surtout le quartier excentré dans lequel vit le fils avec sa petite famille, plus proche d’un village pauvre et traditionnel que d’une capitale. Le cinéaste n’accable jamais la ville. Ce n’est pas elle que blâme la mère, mais ce fils pour lequel elle a tout sacrifié, et qui baisse les bras alors qu’il n’est qu’au début de sa vie.

Un reproche d’abord silencieux, mais qui finit par éclater alors que la mère et le fils retrouvent une intimité que les années d’éloignement avait estompée. C’est poignant, d’une élégance folle, d’une délicatesse infinie. Magnifique, quoi…

• Le film fait partie du coffret de 14 films que Carlotta vient de consacrer à Ozu, avec de nombreux bonus, notamment une longue évocation de ce film par Jean-Jacques Beinex.

Une femme de Tokyo (Tokyo no onna) – de Yasujiro Ozu – 1933

Posté : 11 avril, 2014 @ 1:55 dans 1930-1939, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Une femme de Tokyo

« On n’en tirera pas un scoop » lance un journaliste, cynique. Effectivement, le drame que raconte Ozu dans ce film court et poignant n’a rien d’exceptionnel, comme le souligne d’ailleurs le titre du film, on ne peut plus sobre. C’est presque le titre d’un manifeste : Ozu ne filme pas des gens hors du commun, mais une poignée de personnages qui mènent des vies modestes et rangées, travaillant ou étudiant pour trouver leur place dans une société modernisée en apparence, mais toujours hyper codifiée.

Un jeune homme, étudiant, vit au côté de sa sœur, employée de bureau unanimement saluée, jeune femme courageuse qui travaille le soir en tant qu’assistante d’un professeur. C’est en tout cas ce que tout le monde croit, jusqu’au jour où la rumeur désigne la jeune femme comme étant l’une des hôtesses d’un cabaret louche. En d’autres termes, cela signifie pute, et cette révélation (qui s’avère véritable) entraîne l’inéluctable drame, qui laisse un sentiment de gâchis sans nom.

Avec ce petit film qui dure à peine plus de trois quarts d’heure, Ozu signe mine de rien un grand film politique, un plaidoyer pour une certaine ouverture d’esprit, et contre d’antiques codes d’honneur que sa belle anti-héroïne, sublime dans le chagrin (un rien sadique, ça, non ?), qualifiera in fine de lâcheté. Un cinéaste ouvertement marqué marqué par la culture occidentale, particulièrement l’influence du cinéma américain (certains des personnages vont d’ailleurs voir la comédie Si j’avais un million au cinéma).

Cette société japonaise avec ses traditions encore vivaces, d’où peut découler le plus absurde des drames, Ozu en fait quelque chose d’étrangement figé. Personne ne semble construire quoi que ce soit ici, ou attendre quoi que ce soit. L’avenir n’est abordé que comme un vague rêve, lorsque le jeune homme évoque ses études en cours. Pas de couple, pas même de parents : juste des frères et sœurs qui vivent ensemble, sans autre ouverture aux autres, et dont les destins n’ont aucune incidence sur la marche de la ville… Les dernières images du film, montrant les journalistes quittant la scène du drame en parlant de tout autre chose, sont en cela particulièrement cruelles.

Sur le DVD édité par Carlotta, ce film muet est présenté sans accompagnement musical, ce qui pose parfois des problèmes de rythme pour certains films. Au contraire ici, l’absence totale de son souligne la force des images (et le dynamisme du montage), avec des cadrages qui utilisent merveilleusement les gros plans et les plans plus larges, donnant une importance constante à des objets de la vie quotidienne, repères immuables quel que soit le drame qui se joue. Merveille de mise en scène, Une femme de Tokyo est un mélo d’une cruelle beauté.

• Le film fait partie de l’indispensable coffret de 14 films que Carlotta vient de consacrer à Ozu, avec de nombreux bonus : des analyses de plusieurs films, des documentaires, et même deux courts métrages tournés par le cinéaste dans les années 30.

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