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Archive pour la catégorie 'OZU Yasujiro'

Les Sœurs Munakata (Munakata Kyōdai) – de Yasujiro Ozu – 1950

Posté : 12 juillet, 2025 @ 8:00 dans 1950-1959, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Les Sœurs Munakata

Dès les premières images, il y a quelque chose d’un peu différent dans ce Ozu de l’après-guerre, l’un des premiers de sa très grande période, qui commence l’année précédente avec Printemps tardif, pour se poursuivre jusqu’à son tout dernier film, Le Goût du Saké. Et ce quelque chose d’un peu différent tient en une question : où donc sont les poteaux téléphoniques, les fils aériens ?

Il y en aura bien quelques-uns, plus tard dans le film, ainsi que des trains, et tous ces éléments si incontournables dans l’œuvre d’Ozu. Mais dans les premières images, point. Au contraire, c’est un Japon comme épargné par le temps, par la modernité et par la guerre encore très récente qui nous apparaît, comme le symbole d’une paix que les personnages, le cinéaste, et même les spectateurs essaient de retenir.

C’est le cas du personnage joué par Chishu Ryu, acteur précieux, qui n’a ici que quelques scènes, tout en tenant un rôle central. Il est le père des deux sœurs du titre, dont l’aînée apprend qu’il est touché par une maladie qui le condamne à court terme. Mais lui, plutôt que renoncer aux vices auxquels il doit sa maladie, mais aussi ses plaisirs, préfère s’y réfugier, refusant de tourner le dos à ces plaisirs.

Le film n’est pas pour autant passéiste. Nostalgique, oui : le passé et le souvenir sont omniprésents, pour le meilleur et pour le pire. Pour le pire d’abord, avec le poids de la guerre dont personne ne parle jamais vraiment, mais que l’on sent constamment à travers l’homme qu’a épousé la fille aînée de Chishu Ryu, jouée par la grande Kinuyo Tanaka. Une femme attachée aux valeurs ancestrales, qui a préféré épouser cet homme rendu aigri par la guerre et sa difficulté de trouver du travail, plutôt qu’attendre celui qu’elle aimait vraiment.

Le film repose en grande partie sur les différences qui opposent cette grande sœur trop sage, et sa cadette (Hideko Takamine, une habituée du cinéma de Naruse) plus moderne et plus exubérante, peu désireuse de se marier, elle, mais qui comprend que son aînée et celui qu’elle a aimé autrefois sont toujours profondément amoureux l’un de l’autre.

L’opposition entre la tradition et la modernité, thème si cher à Ozu, prend une forme inattendue ici, avec ces deux sœurs qui se chamaillent sur la question de savoir laquelle des deux est dans le vrai. « La vérité est ce que l’on est au fond de soi », résume avec sagesse le décidément très grand Chishu Ryu, dans une scène d’une étrange beauté, où le père et sa fille cadette tentent de dialoguer avec des oiseaux sur le perron de la maison traditionnelle.

Il y a beaucoup de moments comme celui-ci, comme hors du temps. Des images de pure quiétude, d’une douce nostalgie finalement très proche des grands films à venir d’Ozu. Mais il y a aussi de brutales ruptures de ton, qui amènent le film, dans sa seconde moitié, dans une noirceur assez inhabituelle chez Ozu, plus radicale encore que dans Une femme dans le vent, le cinéaste abordant frontalement le thème des violences conjugales dans une scène glaçante.

Mais il y a surtout de la vie, et une tendresse extrême qui entoure ce duo de sœur, si différentes et pourtant si proches. Le film est l’un des plus sombres d’Ozu. Paradoxalement, c’est aussi l’un de ses plus apaisés dans ce qu’il montre du Japon de l’après-guerre.

Une auberge à Tokyo (Tokyo no yado) – de Yasujiro Ozu – 1935

Posté : 20 juin, 2025 @ 8:00 dans 1930-1939, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Une auberge à Tokyo

Pour la quatrième et dernière fois, Ozu met en scène le personnage de Kihachi, interprété par l’un de ses acteurs fidèles de l’époque, Takeshi Sakamoto. Déjà au cœur de Cœur capricieux, Histoires d’herbes flottantes et Une jeune fille pure (considéré comme perdu), le personnage est une sorte de symbole de l’homme du peuple, pauvre et droit, dans la lignée de ceux que mettaient alors en scène les grands cinéastes américains qu’Ozu admirait.

On retrouve dans ce magnifique film quelque chose du Charlot des Lumières de la Ville, des films Warner de la Grande Dépression comme Wild Boys of the Road ou Je suis un évadé, mais surtout de King Vidor, réalisateur adoré d’Ozu, qui s’inscrit très clairement, au moins dans l’esprit, dans la lignée de Notre pain quotidien. Plus influencé que jamais par le cinéma hollywoodien donc, Ozu signe pourtant un film très personnel, et très japonais dans ce qu’il dit des rapports humains.

Kihachi donne l’occasion à Ozu de mettre en scène l’extrême pauvreté dans ce qu’elle a de plus quotidien, et de plus cruel. Une grande partie du film se déroule dans un vaste terrain vague où les motifs habituels d’Ozu sont poussés à l’extrême : des lignes électriques horizontales, des poteaux verticaux, de larges réservoirs qui occupent tout le paysage… Autant de formes géométriques qui semblent contraindre et enfermer les personnages, les privant de toute issue.

Il y a pourtant de la vie dans ce portrait d’un père sans le sou qui tente de survivre avec ses deux garçons, désespérant de trouver une solution à sa misère. De la vie, et même une pointe de légèreté. Une pointe, toujours teintée d’amertume, comme dans cette très belle scène où le père et ses enfants miment le festin dont ils rêvent.

Le récit est fait de constants vas et vient, des personnages qui ne réussissent jamais à sortir de la pauvreté, cet état si terrible et si aliénant. Il met en scène la solitude de ces êtres rejetés de tous, mais aussi une certaine forme de solidarité, cette bonté dont Ozu, comme Vidor avant lui, fait la clé de la rédemption.

C’est le dernier film muet connu d’Ozu (il tournera encore L’Université est un endroit agréable, lui aussi disparu), et peut-être le plus beau de tous. Celui, en tout cas, qui serre le plus le cœur, le plus intense, le plus bouleversant.

Le Chœur de Tokyo (Tokyo no korasu) – de Yasujiro Ozu – 1931

Posté : 28 février, 2025 @ 8:00 dans 1930-1939, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Chœur de Tokyo

Ozu aime le cinéma américain. Il aime King Vidor, et il aime La Foule, chef d’œuvre sorti en 1928, grand drame social flirtant avec la comédie qui met en scène un homme se débattant dans un monde du travail particulièrement fermé. C’est pile le thème de ce Chœur de Tokyo, très beau film qui permet à Ozu d’affirmer son style et ses obsessions : la confrontation du moderne et du traditionnel, les cheminées et les fils électriques omniprésents, le linge qui sèche…

Et, surtout, la grandeur des petites attentions humaines, la beauté de l’amour marital et filial, et ce bonheur qui se trouve dans les petites choses du quotidien. Chœur de Tokyo est à la fois un drame social, et une ode à la simplicité et aux petits bonheurs de la vie. Un vrai Ozu, donc.

La manière dont le film est construit est particulièrement originale. Non seulement parce qu’Ozu ne choisit pas entre le drame et la comédie, mais aussi parce que son film est en fait une succession de longues séquences, comme autant de chapitres narrant les déchéances et la rédemption de son héros.

Tokihiko Okada, que l’on découvre en étudiant vaguement rebelle dans une étonnante séquence d’introduction, pur moment de comédie dont on se demande ce qu’elle vient faire là. Si ce n’est mettre en parallèle l’insouciance de la jeunesse étudiante, et les tracas financiers et professionnels dans lesquels on retrouve ensuite le héros.

La deuxième séquence est tout aussi étonnante, alternant le pur comique (les efforts que déploient les employés du bureau pour ouvrir leur enveloppe de prime en toute discrétion) et le drame central : le licenciement « héroïque » du héros, qui prend fait et cause pour un collègue plus vieux viré injustement. Son face à face avec son boss prend les allures d’un duel… à l’éventail, dans un passage plein de poésie et d’humour.

Tout le film est à l’avenant, regorgeant de belles trouvailles narratives pour entremêler les sourires et les grimaces, jusqu’à cette très belle conclusion, où l’avenir et la rédemption ressemblent curieusement à un brutal retour en arrière. Où l’optimisme et l’amertume ne font plus qu’un.

Femmes et voyous (Hijosen no onna) – de Yasujiro Ozu – 1933

Posté : 25 février, 2025 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 1930-1939, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Femmes et voyous

Dans sa période muette, Ozu a souvent signé des films de genre (comédie ou polar) très nourris du cinéma hollywoodien d’alors. Femmes et voyous est, dans cette veine, l’une de ses plus belles réussites, une plongée dans l’« underworld » des mauvais garçons, dont les détails réalistes évoquent aussi bien Les Nuits de Chicago que Scarface, sortis peu avant.

Mais Ozu n’est ni Von Sternberg, ni Hawks. Et déjà à cette époque où son univers se construit encore, c’est l’humanité de ses personnages qui l’intéressent. Des personnages qui, déjà, arrivent à la fin d’une période de leur vie, appréhendant d’abandonner ce qu’ils ont toujours connu.

Ce que ces voyous commettent comme délits, Ozu s’en cogne. De leur quotidien, il ne filme que les moments de camaraderie, faisant de ces petits gangsters des espèces de gamins pas totalement sortis de l’enfance, refusant le monde des adultes, et ne gagnant quelques sous que pour pouvoir traîner en sirotant un café…

Le drame vient d’une rencontre, avec la jeune sœur d’un nouveau compagnon du gang. Belle, touchante, simple, et honnête, travailleuse, elle vient bousculer les certitudes du jeune chef de bande (Joji Oka), tout troublé par cette apparition si pure, mais aussi de sa petite amie, fille de la rue qui se met à rêver d’une vie de femme mariée.

C’est Kinuyo Tanaka, grande star de l’époque et partenaire d’Ozu tout au long de sa carrière. L’actrice apparaît telle qu’on la connaît, en jeune employée de bureau un peu effacée et très convoitée. Mais cette première impression ne tarde pas à voler en éclat, la belle menant par ailleurs une vie délurée. Tenues affriolantes, sourire carnassier, pistolet à la main, Tanaka telle qu’on ne l’a jamais vue…

Le polar n’est qu’un prétexte, même si la fuite finale est une merveille de mise en scène, dans des ruelles désertes. Ozu filme surtout les visages pris par le doute et la douleur. Et les pièces de vie, dont les objets semblent porter en eux l’âme de ceux qui y vivent. C’est Ozu en construction, mais c’est déjà Ozu, et c’est très beau.

Dernier caprice / L’Automne de la famille Kohayagawa (Kohayagawa-ke no aki) – de Yajujiro Ozu – 1961

Posté : 23 décembre, 2024 @ 8:00 dans 1960-1969, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Dernier caprice

L’ombre de la mort plane sur l’avant-dernier film d’Ozu. Pas de manière morbide, non, ce n’est pas le genre de la maison. Mais il y a dans ce film une conscience de la fragilité de la vie, étonnante chez un cinéaste qui ne savait pas encore que ces jours étaient comptés, et qui n’était pas si vieux. Le temps qui passe est un thème récurrent chez Ozu, mais le personnage du patriarche ne ressemble pas aux autres : cet homme débordant de vie, espiègle et vaguement régressif, mais en même temps si fragile, comme un symbole d’une vie qui tient à pas grand-chose.

Au fond, Ozu raconte ce qu’il a souvent raconté, avec son style inimitable, ces longs plans de décors nus, sa caméra au sol, ces motifs récurrents, cette modernité qui s’impose régulièrement, tranchant avec la tradition calme et rassurante, avec ses grands spots de lumière… Il filme un moment de transition, les dernières heures de quelque chose : à la fois le Japon de sa jeunesse, et une certaine période de cette famille, avec les incertitudes et les interrogations qui vont avec.

Et, surtout, avec un mélange de conscience absolue et d’amertume, qui fait de Dernier caprice (le titre, déjà…) un film à part dans cette dernière partie de l’œuvre d’Ozu. Les personnages semblent mus par la tentation de se raccrocher à un passé disparu, ou sur le point de disparaître. Le patriarche qui renoue avec un amour d’autrefois, la fille aînée qui hésite à se remarier (Setsuko Hara), la cadette rêvant d’un mariage d’amour…

Et beaucoup de personnages qui gravitent autour d’eux, avec des liens familiaux parfois difficiles à suivre, ce dont s’amuse d’ailleurs un personnage, soulignant la complexité des liens qui unissent les membres de cette famille. Comme pour dire : qu’importe, finalement, la famille qui nous entoure ne répond à aucune règle strictement rigide.

Ozu filme un moment en suspens, où l’alcool semble là pour repousser l’échéance… ou retenir les illusions. Mais le grand Chishu Ryu apparaît, tardivement et brièvement, en paysan guettant la fumée sortant d’un crématorium, comme l’alter ego d’Ozu qu’il a toujours été, témoin conscient que la vie passe, que la jeunesse remplace la vieillesse. Toujours. Qu’il y a un temps pour tout. Même si c’est difficile à accepter, comme le soulignent ces derniers mots simples et amers : « Déjà la fin. »

Fin d’automne (Akibiyori) – de Yasujiro Ozu – 1960

Posté : 3 juin, 2024 @ 8:00 dans 1960-1969, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Fin d'automne

Une jeune femme en âge de se marier vit toujours chez sa mère, veuve. Voilà une trame qui rappelle le très beau Printemps tardif, tourné plus de dix ans plus tôt. A ceci près qu’ici, ce n’est pas un père que la jeune femme peine à quitter, mais une mère, que joue la grande Setsuko Hara, celle-là même qui jouait la jeune femme dans Printemps tardif.

La parenté entre les deux films est forte. Et la présence dans les deux films de Setsuko Hara franchement troublante, comme si les deux films étaient les deux facettes d’une histoire qui se répète, une génération plus tard. Car s’il est question de marier la fille, le remariage de la mère est aussi dans l’air du temps…

C’est en tout cas ce que se sont mis dans la tête les trois amis du défunt père, qui furent tous trois amoureux de Setsuko dans sa jeunesse, et que cet amour d’autrefois continue à faire vibrer, comme d’éternels gamins rattrapés par un temps qu’ils n’ont pas vu venir.

On retrouve la douce nostalgie d’Ozu, mais avec une légèreté pleine d’optimisme, sans pour autant renier quoi que ce soit du sentiment d’inéluctabilité. L’émotion est donc là, immense et douce, mais il y a aussi un refus de s’apitoyer, une manière d’être comme en suspens, que soulignent ces reflets d’eau mouvante qui reviennent constamment au cours du film.

Ozu filme le temps qui a passé, et surtout ce qui reste : la beauté de Setsuko Hara, l’amitié de vieux compères, ces objets qui habitent la maison, même quand les occupants en sont partis…

Il filme aussi, d’une manière plus marquée que d’habitude, presque spectaculaire, les tiraillements de la société japonaise, entre tradition et modernité. Entre la maison de bois et les tenues traditionnelles qui sont comme les refuges d’une innocence en bout de course, et les grands immeubles de béton qui abritent le Japon laborieux.

Des thèmes classiques pour Ozu, mais dont il fait la base d’une comédie douce-amère où les sourires et l’émotion ne sont jamais loin. Et dont on ressort avec une boule au ventre et un large sourire. Ozu, une nouvelle fois, est grand.

La Dame et le Barbu /La Femme et les favoris / La Dame et les barbes (Shukujo to hige) – de Yasujiro Ozu – 1931

Posté : 19 mai, 2024 @ 8:00 dans 1930-1939, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

La Dame et le barbu

Il y a des perles dans la période muette d’Ozu. La Dame et le Barbu est, disons, une curiosité : une pure comédie à peine teintée de quelques touches mélancoliques, qui revendique une vraie légèreté, plutôt rare dans la filmographie du cinéaste.

Parti pris amusant : la plupart des gags tournent autour du corps humains. Les mains sur lesquels tape le bâton de kendo, les orteils que le héros sans chaussettes tente de dissimuler, le ridicule de certains personnages qui passe par leur dentition… et bien sûr la barbe du héros, joué par une grande star de l’époque, Tokihiko Tokada.

Doit-il ou garder cette barbe d’un noir profond ? C’est tout l’enjeu du film, et le grand dilemme de cet homme dont on ne sait s’il est plus séduisant avec ou sans. On n’est certes pas dans la veine la plus profonde d’Ozu. Pourtant, le bien nommé La Dame et le Barbu s’inscrit parfaitement dans sa filmographie.

On y retrouve à la fois la légèreté se heurtant à une rude réalité de ses comédies d’étudiants, mais aussi quelques thèmes chers à Ozu : le choix de se marier ou non, la confrontation de la tradition et de la modernité (symbolisée par les différents personnages féminins), ou l’influence de la culture américaine qui, ironiquement, prend la forme d’une grande affiche du Chant du Bandit, film avec Laurel et Hardy « all talking » (alors que Ozu repoussera jusqu’en 1933 son passage au parlant).

Ozu s’amuse (et nous avec), et pose surtout les bases d’un cinéma plus personnel. Quelques scènes sont déjà mémorables. Avec des trouvailles formelles, comme ce superbe jeu de lumières balayées sur l’intérieur d’une voiture dans la nuit. Et des plans magnifiques sur le visage de la « mauvaise fille », qui se prend à rêver d’une autre vie. Même dans la pure comédie, une douce mélancolie, déjà.

J’ai été recalé, mais… (Rakudai wa shita keredo) – de Yasujiro Ozu – 1930

Posté : 27 février, 2024 @ 8:00 dans 1930-1939, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

J'ai été recalé, mais

Si éloigné en apparence des grands films d’après-guerre d’Ozu, J’ai été recalé, mais… est en revanche typique d’une partie importante de sa filmographie des premières années : une comédie universitaire comme il en a déjà réalisé plusieurs, souvent avec bonheur.

Le titre évoque évidemment J’ai été diplômé, mais… dont il est une sorte de jumeau. On retrouve de fait dans ce film beaucoup d’éléments qu’Ozu a déjà filmé dans des contextes similaires : la camaraderie des étudiants, la triche aux examens, les premiers amours, ou encore les premiers pas difficiles dans la vie adulte.

Derrière la légèreté apparente, et en grande partie réelle, Ozu impose déjà quelque chose de la douce nostalgie qui ne cessera d’habiter son œuvre. Beaucoup de ses films, pour ne pas dire la plupart, sont basés sur un changement d’époque, la disparition d’une période d’insouciance, d’innocence…, qui mène les personnages vers une vie plus solitaire. C’est le cas déjà ici.

Ozu, qui n’a pas fait lui-même d’étude, filme ici la vie universitaire comme un paradis déjà perdu, ou presque. La dernière séquence, sans se départir d’une certaine légèreté, peut être vu comme une sorte de porte d’entrée vers son grand œuvre à venir : on y voit des amis diplômés, qui réalisent que les années d’étude qu’ils viennent d’achever étaient peut-être bien les plus belles qu’ils vivraient.

C’est la naissance de la nostalgie qu’il raconte alors. Et le fait que l’un des amis en question soit joué par Chishu Ryu, le grand interprète des chefs d’œuvre à venir, rajoute rétrospectivement à la force de l’image. Il tient ici un rôle assez secondaire : l’un des cinq étudiants qui vivent dans la même pension, inséparables, se préparant ensemble à leurs examens à venir.

Le personnage central est joué par Tatsuo Saito, complice incontournable d’Ozu ces années-là. Il est l’un des cinq « mousquetaires », le seul à rater son examen, qui passe de l’insouciance de cette vie de groupe symbolisée par les pas de danse très « burlesque américain » que la bande effectue à toutes occasions, à un sentiment brusque de rejet et de solitude. Tout en se consolant dans les bras de la belle Kinuyo Tanaka, et dans la légèreté renouvelée de l’université.

C’est une vraie comédie, souvent amusante, mais parfois grave aussi, que signe Ozu, qui au passage évoque une nouvelle fois la galère du monde du travail. Autre constante de ses films ces années-là. C’est mineur et prometteur, c’est joyeux et pas si léger. C’est en tout cas un vrai plaisir ozuphile.

Amis de combat / Combats amicaux à la japonaise (Wasei kenka tomodachi) – de Yasujiro Ozu – 1929

Posté : 22 février, 2024 @ 8:00 dans 1895-1919, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Amis de combat

14 minutes pour se rendre compte de la qualité d’un film cinq fois plus long… C’est un peu court, mais c’est tout ce qu’il reste d’Amis de combat, long métrage réputé perdu dont on a retrouvé en 1997 une copie «Pathé-Baby », dans un format et avec une durée destinée à la projection domestique.

C’est donc une version très abrégée du film que l’on peut découvrir. Et on en sort avec une envie folle de découvrir le long métrage original, tant ce qui en subsiste semble prometteur. Bien plus que Jours de jeunesse, le précédent film d’Ozu et le plus ancien à avoir survécu dans son intégralité, dont Amis de combat reprend la même trame narrative.

Là aussi, le film suit deux amis qui vivent sous le même toit, et qui tombent sous le charme d’une jeune femme qui finira par partir avec un troisième. Même histoire, même ton léger, mais le décor change : pas d’étudiants en vacances ici, mais des ouvriers de la route vivant dans un baraquement populaire, où l’eau est tirée au puits et les poules sont élevées sur la route…

Ce changement de décor n’a rien d’anecdotique. Même s’il est surtout l’occasion de multiplier les gags, il inscrit mine de rien le film dans une réalité plus rude, plus tangible que les sempiternelles comédies d’étudiants, genre auquel Ozu a souvent apporté sa contribution à ses débuts.

Tout en restant léger, ce film apporte une touche un peu plus grave au regard d’Ozu, plus ancrée dans le réel. Et ce n’est sans doute pas un hasard si on découvre déjà quelques thèmes visuels qui marqueront tout son cinéma : les trains qui passent, le linge qui sèche, et les lignes électriques omniprésentes, qui servent de toile de fond au jeune couple qui vient de se former et qu’Ozu filme de dos.

Bien plus que son film précédent, Amis de combat donne le sentiment d’assister à la naissance d’un grand cinéaste dont l’univers si personnel affleure, sous les attraits de la comédie.

Jours de jeunesse (Gakusei romansu : wakaki hi) – de Yasujiro Ozu – 1929

Posté : 25 janvier, 2024 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Jours de jeunesse

C’est le huitième film d’Ozu, mais le premier conservé, toutes ses réalisations précédentes étant présumées perdues. Autant dire que c’est une œuvre importante : pas l’acte de naissance, mais l’œuvre la plus ancienne, forcément fondatrice, du plus grand réalisateur du monde…

Bon. Si sa carrière avait dû s’arrêter là, Ozu n’aurait pas été le plus grand réalisateur du monde. Sans doute son nom nous serait-il même rester totalement inconnu. C’est que Jours de jeunesse, comédie étudiante comme il en tournera d’autres dans les mois et années qui suivent, est une petite chose aussi sympathique qu’anodine.

Un élément, quand même, en fait une œuvre unique, au moins dans la filmographie du cinéaste : une grande partie du film se déroule à la montagne, durant un week-end de ski. Ozu et les sports d’hiver, voilà un mariage auquel on n’aurait pas pensé spontanément.

Il faut rappeler quand même qu’à l’époque, Ozu est un jeune réalisateur en construction, avant tout au service du studio pour lequel il bosse (la Shockiku), et qu’il n’hésite pas à se plier aux demandes du public. Les sports d’hiver étant alors en pleine éclosion au Japon, le voilà donc plantant ses caméras dans la neige.

Une curiosité, donc, qui ne brille pas par son originalité. Pour résumer : deux amis étudiants qui se disputent pas même jeune femme, ce triangle amoureux étant raconté à grand renfort de chutes et de glissades mal contrôlées, un peu répétitives et pas franchement hilarantes.

Pas désagréable pour autant, la comédie s’avère même délicieusement méchante lorsqu’elle s’attarde sur la mesquinerie de l’un des deux amis, le cancre, dont le sens de la morale est très discutable. On le voit donc ridiculiser son ami pour faire le coq auprès de la belle, ou faire tomber cette dernière dans la neige pour le plaisir de lui essayer les fesses.

Mais cette méchanceté ne va pas bien loin, et le film aurait nettement gagné à être resserré, pour se rapprocher des modèles revendiqués d’Ozu. On pense évidemment aux comédies d’Harold Lloyd, dont plusieurs personnages s’inspirent de l’allure, mais dont Ozu n’a clairement pas le génie comique. D’ailleurs, c’est une l’affiche de Seventh Heaven qui trône dans la chambre des étudiants. Pas exactement une comédie, mais Ozu était un grand admirateur de Frank Borzage, qu’il a toujours cité comme une source d’inspiration.

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