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Archive pour la catégorie 'OPHÜLS Max'

Madame de… – de Max Ophuls – 1953

Posté : 9 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, OPHÜLS Max | Pas de commentaires »

Madame de…

L’avant-dernier film de Max Ophüls (avant Lola Montes), et une pure merveille. Cette adaptation d’un roman de Louise de Vilmorin est tout à la fois l’histoire d’un amour impossible, le portrait d’un homme qui voit la femme qu’il aime lui échapper, et surtout celui d’une femme qui a tout pour elle, et qui ne rêve qu’à ce qu’elle n’a pas…

Danielle Darrieux, bien sûr, est magnifique dans le rôle. Incarnation même du charme, du désir… et de la frivolité la plus égocentrée, elle est à la fois bouleversante et odieuse, entièrement tournée vers son propre bonheur (ou plutôt son manque), révélant un désintérêt total face au bonheur simple de sa nièce. Egoïste, cruelle, et pourtant d’une innocence désarmante.

On comprend qu’elle fasse tourner les têtes, la Darrieux, d’une beauté fulgurante : celle de son amant joué par Vittorio De Sica, et celle de son mari Charles Boyer, absolument formidable dans le rôle d’un officier droit dont le port altier dissimule de moins en moins les fêlures. Les deux scènes d’adieux dans un train dont il est, à chaque fois, l’un des protagonistes, sont extraordinaires. Il y est d’abord léger et détaché, affable mais cruel. Puis désarmant de douleur et de tendresse contenues. Et ce contraste est bouleversant.

C’est que le film montre merveilleusement l’abîme qui sépare les apparences des sentiments, dans cette société très corsetée. « Notre bonheur conjugal est à notre image : ce n’est que superficiellement qu’il est superficiel », résume le personnage de Charles Boyer. Les dialogues, que l’on doit à Marcel Achard, sont merveilleux, souvent à double sens. « Avez-vous eu de bonnes nouvelles de votre mari ? » demande Vittorio de Sica inlassablement, avec une courtoisie à peine feinte : son regard implore une réponse négative qui ne vient pas.

Dialogues et mise en scène participent d’ailleurs de la même logique : dire ou montrer sans les dire vraiment, et sans vraiment les montrer. Ophüls réussit des ellipses magnifiques (« 4 jours sans vous voir… » ; « 2 jours sans vous voir… » ; « 24 heures sans vous voir… », drôle de compte-à-rebours qui illustre le sentiment amoureux qui ne fait que croître), des hors champs inoubliables (le coup de feu unique, glaçant), et de longs plans d’une élégance à couper le souffle.

C’est le cas dès la première image, plan séquence (presque) subjectif qui s’ouvre sur une penderie remplie de vêtements et de bijoux, avant de s’éloigner pour mieux embrasser le luxe de la chambre, avec cette voix off envoûtante de Danielle Darrieux qui nous plonge immédiatement dans son intimité la plus troublante. Magnifique.

Pris au piège (Caught) – de Max Ophüls – 1949

Posté : 25 février, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, OPHÜLS Max, RYAN Robert | Pas de commentaires »

Pris au piège Caught

Ce n’est pas le plus célèbre des films américains d’Ophüls. Tourné juste après sa superbe adaptation de Lettres d’une inconnue (qui l’impose enfin à Hollywood après des années d’errements), Caught a en commun avec le précédent film qu’il est le portrait d’une jeune femme aux idéaux très forts, confrontée à ce que la relation amoureuse peut avoir de plus fort.

La comparaison s’arrête à peu près là. Car si le personnage de Louis Jourdan était un salaud par omission, celui de Robert Ryan, dont je ne dirais jamais assez qu’il est un acteur fabuleux, est un homme réellement machiavélique. Un vrai méchant de cinéma, à peine crédible tant il est odieux et dénué de toute compassion. Une pure ordure, donc, qui aurait facilement pu tomber dans le grand-guignol. Mais c’est Robert Ryan, donc, et ce type a un talent inouï pour être constamment juste quel que soit son emploi. Il l’est, ici encore.

L’héroïne, c’est Barbara Bel Geddes, qui sera la poteau de James Stewart dans Sueurs froides, et qui trouve ici l’un de ses plus beaux rôles : celui d’une femme qui croit trouver le prince charmant et réalise trop tard qu’elle est tombée sur un monstre. Et que le prince charmant, le vrai, est un médecin pauvre mais désintéressé, qu’interprète James Mason, sorte de double négatif de Ryan.

Soyons honnête : il faut une bonne demi-heure pour qu’Ophüls impose réellement son style et se démarque de l’imagerie habituelle du film noir. Il y a comme un air de déjà vu dans cette première partie. Mais la cruauté qui finit par se dégager, associée à une superbe humanité, finissent par créer une atmosphère inattendue et envoûtante, renforcée par des ellipses audacieuses et magnifiques.

Le génie d’Ophüls fait le reste. Ce travelling superbe qui traverse les pièces du cabinet médical laisse carrément béat d’admiration. Et cette scène, toute simple, où Mason et son pote médecin parlent avec une chaise vide entre eux, détail qui souligne subtilement et de manière évidente l’absence de la jeune femme, est un moment d’une grande beauté.

Lettre d’une inconnue (Letter from an unknown woman) – de Max Ophüls – 1948

Posté : 6 novembre, 2013 @ 8:16 dans 1940-1949, OPHÜLS Max | Pas de commentaires »

Lettre d’une inconnue (Letter from an unknown woman) – de Max Ophüls – 1948 dans 1940-1949 lettre-dune-inconnue

Ophüls et Stefan Zweig pouvaient-ils seulement ne jamais se rencontrer. Il y a une telle parenté entre les œuvres du cinéaste et de l’écrivain que ce Lettre d’une inconnue relève de l’évidence. Une évidence qui touche au cœur comme peu d’autres grandes adaptations littéraires, parce que celle-ci respecte parfaitement l’esprit de l’homme de lettres, tout en étant un film profondément personnel du cinéaste. Pas si courant…

Joan Fontaine, l’une des plus grandes romantiques du cinéma américain, trouve sans doute son rôle le plus déchirant ici. L’une de ces grandes amoureuses de Zweig : absolue, totale, éternelle, et tragique. Elle s’éprend d’un homme (Louis Jourdan) qui a tout pour lui : un talent de musicien, la richesse, la notoriété, le charme… et les femmes qui défilent chez lui et dont Lisa, la jeune héroïne, n’est pas même jalouse.

Son amour, elle le vit sans rien demander en retour, et sans être dupe de celui à qui elle le donne. Elle ne le juge pas, cet homme qui ne vit que de plaisirs simples et égoïstes, et qui ne fait que pressentir qu’il passe à côté de quelque chose d’important ; ce type qui tombe amoureux d’elle sans même s’en rendre vraiment compte, et qui n’ouvre les yeux que quand il est trop tard.

La construction du film est sublime : décidé à échapper à un énième duel avec un mari cocu, Stefan, le dandy séducteur, s’apprête à quitter Vienne, mais découvre une lettre écrite par une jeune femme qu’il a connue autrefois, mais dont il ne se souvient pas vraiment. Ce qu’elle lui raconte d’elle, et de lui-même, va remettre en cause sa vie entière…

Vienne, ville fascinante où les bonnes manières et les apparences règnent en maîtres, est le décor idéal de cette histoire d’amour à l’issue forcément tragique. Lisa ne triche pas, mais la séduction de Stefan ne repose que sur l’illusion : dans ce faux train où les décors peints défilent, devant cet orchestre romantique qui n’attend qu’une occasion de rentrer chez soi, et par des phrases qui semblent sortir droit du cœur mais qu’il sert à toutes ses conquêtes…

Le voile des apparences finira par tomber, mais trop tard. Par ce « Lisa » que Louis Jourdan souffle enfin face à la mort, comme la jeune femme, des années plus tôt, soufflait son prénom, « Stefan », lorsque le bonheur était à portée de main. Ce souffle sonne comme cette deuxième naissance qu’évoque Lisa au début de sa longue lettre. Et c’est d’une beauté déchirante.

 

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