Dossier 137 – de Dominik Moll – 2025
Après le formidable La Nuit du 12, le nouveau film de Dominik Moll était forcément très attendu. D’autant plus qu’il nous propose une nouvelle plongée dans le quotidien de policiers en pleine enquête. Bonne nouvelle : Dossier 137 n’est pas une redite du précédent Moll, ne serait-ce que pour son cadre.
Direction cette fois l’IGPN, la police des polices. Avec un contexte social brûlant : les manif parisiennes des gilets jaunes. Et une affaire à la fois dramatique et banale : un manifestant a été grièvement blessé par un tir de flash-ball.
Une agent de l’IGPN enquête avec son équipe, et c’est le strict point de vue de cette policière que Moll adopte, sans jamais s’en éloigner. Et c’est la première très grande idée du film, qui est tout autant le parcours intime de cette femme qui croît en dépit de tout à son métier mais que la réalité rattrape. La deuxième très grande idée étant de confier le rôle à Léa Drucker, qui réussit à être bouleversante en ne rien laissant transparaître de ses émotions.
Comme souvent chez Moll, Dossier 137 est très documenté, et hyper précis, presque clinique dans sa narration de l’enquête. Une pensée au passage aux acteurs, tous parfaits, qui ont dû bien galérer pour sortir avec autant de naturel des dialogues aussi chargés de jargon et de précision policière et judiciaire.
Le film, d’ailleurs, aurait pu être froid et clinique. Mais il y a le regard : celui que Dominik Moll porte sur son personnage principal, et qui tire le film vers autre chose que le polar ou la satire sociale qu’il aurait pu être. La triste révélation d’une fonctionnaire qui tente d’être le pont entre deux Frances irréconciliable. Ce faux polar fort, révoltant, mais aussi bien plombant, est aussi le portrait d’une femme qui perd ses dernières illusions.


