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Archive pour la catégorie 'MINNELLI Vincente'

Les Ensorcelés (The Bad and the Beautiful) – de Vincente Minnelli – 1952

Posté : 19 novembre, 2023 @ 8:00 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, MINNELLI Vincente | Pas de commentaires »

Les Ensorcelés

Un passage, dans The Bad and the Beautiful (à tout prendre, le titre original est quand même plus beau et mystérieux que sa traduction française), a toujours été pour moi une sorte de symbole de la cruauté, du cynisme et du chacun pour soi. Celle où le producteur joué par Kirk Douglas sort d’une réunion avec les décideurs du studio en affichant un large sourire soulagé, expliquant à son ami réalisateur (Barry Sullivan) qu’il a obtenu les fonds pour tourner le film dont ce dernier rêvait depuis longtemps (sourire enthousiaste du réalisateur), que la grande star du moment acceptait le rôle (re-sourire enthousiaste)… tout comme un grand réalisateur habitué des grosses productions (sourire figé).

Ce passage cruel et bouleversant marque un tournant dans le récit : celui où la passion de ses hommes et femmes qui fabriquent le rêve hollywoodien se teinte irrémédiablement de cruauté. Et ce personnage de Douglas, le producteur Jonathan Shields, est sans doute l’incarnation la plus troublante et authentique de ce qu’incarne Hollywood, ou plutôt de ce qu’il incarnait dans son âge d’or : une sorte d’île entièrement tournée vers le cinéma, où l’argent coule à flots, mais où la soif créatrice reste le centre de tout.

C’est toute la force et toute la beauté du film de Minnelli, qui dresse le portrait amoureux d’un homme odieux et souvent inhumain. Filmer Hollywood dans ce qu’elle a de plus rude, et en faire un chant d’amour au cinéma américain… Equation impossible qui fait de The Bad and the Beautiful le plus beau film consacré à Hollywood, le plus complexe, le plus audacieux, le plus romanesque, le plus enthousiaste et le plus critique. Tout ça dans le même mouvement.

Jonathan Shiels/Kirk Douglas, producteur ambitieux et mégalo, passionné et impitoyable, est aussi et avant tout un grand amoureux du cinéma, totalement habité par son art. Une sorte de synthèse des grands producteurs de l’époque (comme Selznick) qui n’hésite jamais vraiment à écraser ceux qui l’entourent pour le bien d’un film. Un homme monstrueux et d’une sincérité totale qui finit par se retrouver isolé.

Le film commence d’ailleurs comme ça : le réalisateur susmentionné (Barry Sullivan), un scénariste joué par Dick Powell, et une star interprétée par Lana Turner, tous d’anciens proches de Shields, refusent catégoriquement d’entendre même parler d’un projet porté par leur ancien ami. Et puis tous se retrouvent devant le seul à être resté fidèle au producteur (Walter Pidgeon), chacun racontant l’un après l’autre ce qui l’a amené à détester Shields…

La narration en longs flash-backs successifs n’est pas nouvelle bien sûr : Citizen Kane en est l’exemple le plus célèbre), et elle est particulièrement à la mode à cette époque (Mankiewicz s’en fera une spécialité, notamment avec La Comtesse aux pieds nus, autre très grand film, beau et cruel, sur Hollywood). Elle trouve quand même ici une sorte de perfection, une manière de relancer constamment le récit, et de complexifier les personnages, inoubliables.

Kirk Douglas trouve là l’un de ses plus grands rôles (il les enchaîne, c’est vrai, ces années-là), devenant l’incarnation idéale de la fièvre créatrice, dans une scène où le mégalo inspiré de Selznick cède la place à l’inventif visiblement inspiré de Val Lewton, précieux producteur de quelques classiques fauchés de l’épouvante comme La Féline, film auquel Minnelli fait un clin d’œil réjouissant.

Grand film sur Hollywood, grand film tout court… The Bad and the Beautiful fait partie de ces classiques qui semblent se bonifier avec l’âge, et qui interdit tout jugement définitif sur Hollywood, machine à rêver ou machine à briser. Quand le film et son sujet ne font plus qu’un… Un chef d’œuvre, pour l’éternité, qu’on aurait envie de montrer aux producteurs hollywoodiens actuels. C’est une idée, ça, tiens : et si on leur imposait un permis avec maîtrise obligatoire de Minnelli ?

La Femme modèle (Designing Woman) – de Vincente Minnelli – 1957

Posté : 20 février, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, MINNELLI Vincente | Pas de commentaires »

La Femme Modèle

Une scène, ou plutôt deux scènes jumelles, montrent clairement qu’il ne faut pas trop chercher de portée sociale ou morale dans ce film de Minnelli. Ces scènes où Lauren Bacall et Gregory Peck, fraîchement mariés après s’être rencontrés et aimés lors d’une soirée de beuverie à Los Angeles, rentrent à New York et se présentent leurs appartements respectifs. Là, des regards consternés, une gêne à peine cachée… et les deux tourtereaux réalisent qu’ils appartiennent à deux mondes radicalement différents.

Mais ce sont bien des problèmes de riche. D’un côté un appartement grand bourgeois, de l’autre une suite luxueuse. Et le regard rigolard de Minnelli, pas dupe bien sûr, qui tourne constamment en dérision les problèmes de ce couple naissant, qu’il mène jusqu’à la frontière du ridicule. Deux autres scènes jumelles, amusantes, enfoncent le clou : lorsqu’il lui fait découvrir les joies de la boxe, lorsqu’elle l’emmène à un défilé de mode. Un choc de culture qui est avant tout source de gags.

La Femme modèle est avant tout un chef d’œuvre de rythme et de légèreté, un film-champagne qui ne se dépare jamais d’une élégance teintée de dérision, et qui refuse constamment de prendre quoi que ce soit au sérieux. Les drames amoureux, la violence physique, la déchéance morale même, à travers le personnage du boxeur sonné… Tout porte à sourire, y compris et surtout les moments qui pourraient être touchants.

Tout est mouvement aussi, même s’il est souvent feint, ou théâtral. C’est d’ailleurs dans sa manière d’abolir la frontière entre la vie et la fiction que le film est le plus fascinant. Dans sa manière de faire le pont entre l’histoire et les numéros que répète la troupe de théâtre. Dans sa manière aussi de construire le récit au fil des différents narrateurs qui relancent constamment le rythme. Dans sa manière enfin de confier la conclusion du drame au plus théâtral des personnages, dans une sorte de préfiguration étonnante des films d’arts martiaux.

Le film est, finalement, totalement inconséquent. Il n’en est que plus précieux. La Femme modèle peut facilement prétendre au titre de meilleure comédie de Minnelli. C’est en tout cas un pur plaisir de cinéma, pure gourmandise maligne et sans temps mort. Irrésistible.

La Vie passionnée de Vincent Van Gogh (Lust for life) – de Vincente Minnelli – 1956

Posté : 22 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, MINNELLI Vincente | Pas de commentaires »

La Vie passionnée de Vincent Van Gogh

Les grandes fresques biographiques ont souvent eu un côté grandiloquent et hyper respectueux. Celle-ci n’échappe pas toujours à la règle, et c’est avec une grande application que le film de Minnelli raconte chaque chapitre de la vie tourmentée de Van Gogh.

De son passage dans les mines flamandes à sa mort à Auvers-sur-Oise en passant par sa courte vie de famille, ses rapports avec son frère Théo, sa cohabitation difficile avec Gaughin, ou son internement à Saint-Rémy-de-Provence… Une construction hyper-classique, sans doute trop, qui finit par avoir un côté catalogue.

Mais, et malgré un final trop hollywoodien et franchement raté, Minnelli réussit plutôt son pari. Non seulement le film utilise habilement les (vraies) toiles de Van Gogh, les mettant en scène comme autant de jalons dans le parcours intérieur tourmenté du peintre, mais les scènes les plus belles donnent le sentiment au spectateur d’entrer dans ces toiles.

La reconstitution est à peu près parfaite, mais c’est surtout la lumière qui impressionne. Ça et, bien sûr, la prestation de Kirk Douglas, intense et totalement habité, toujours juste, superbe et bouleversant.

Dans ce canevas très hollywoodien, c’est à la fois la manière dont Minnelli donne vie à l’imagerie van-goghienne, et à la douleur du maître, que l’on retient.

L’Horloge (The Clock) – de Vincente Minnelli – 1945

Posté : 25 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, MINNELLI Vincente | Pas de commentaires »

L'Horloge

Deux jeunes gens de la campagne se rencontrent et tombent amoureux dans une ville de New York trop grande pour eux… L’un est un soldat en permission qui découvre la métropole et ne sait pas s’il reviendra du front. Elle vit là depuis trois ans et commence à se faire une place, dans une vie bien rangée. Dès leur première rencontre, autour d’un talon de chaussure cassé et d’un escalator, on sent bien que le destin vient de donner son petit coup de main.

Allez, je spoile : oui, ces deux-là finiront ensemble, bien avant la fin du film. Et cette histoire d’amour, belle et modeste (ou belle parce que modeste), est absolument rafraîchissante, sorte de bulle toute légère dans un contexte nettement plus lourd : les réalités de la grande ville, mais aussi celles de la guerre qui est là, de l’autre côté de l’Atlantique, entourent constamment notre joli couple, tout occupé à se découvrir et à vivre en deux jours seulement ceux que d’autres vivent en plusieurs années.

Le film est beau parce qu’il est modeste, mais aussi parce que son mouvement et ses ruptures de ton illustrent parfaitement les étapes par lesquelles passent nos tourtereaux : l’innocence presque naïve de la rencontre, la surprise déstabilisante de comprendre ses propres sentiments, la peur de passer à côté de l’autre, l’euphorie de s’être (re)trouvé, l’urgence de l’engagement, et puis les doutes, et la sérénité enfin… Minnelli construit son film comme un enchaînement de scènes, toutes magnifiques, qui illustrent tous ces sentiments successifs.

Pas de grandes scènes musicales ni de chorégraphies ici : Minnelli dirige sa femme Judy Garland (pour la deuxième fois) comme la grande et belle actrice qu’elle est, sans faire appel à ses talents de chanteuse et danseuse. Pas de chansons, mais le mouvement est parfait, fluide et entraînant, passant de l’une à l’autre, de Garland à Robert Walker, avec qui l’alchimie est presque magique.

Il y a le rire, lorsque Walker découvre avec de grands yeux étonnés les merveilles (et les hauteurs) de New York. Il y a la bienveillance, lors de cette merveilleuse nuit passée… à bord d’un camion de lait. Il y a l’émotion la plus vive lorsque nos tourtereaux sont emportés chacun d’un côté par les « torrents » de la ville. Et il y a de la vie, surtout, dans cette histoire d’amour. Jusqu’à ce dernier plan, aérien et merveilleux, où Judy Garland fend la foule, éclatante et plus légère que jamais.

Brigadoon (id.) – de Vincente Minnelli – 1954

Posté : 5 avril, 2014 @ 3:31 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, MINNELLI Vincente | Pas de commentaires »

Brigadoon

La comédie musicale n’est pas exactement le genre le plus couru de ce blog. Mais j’ai toujours eu pour ce Brigadoon une tendresse particulière. C’est un chef d’œuvre enchanteur qu’a signé Minelli, jetant un pont entre le rêve et la réalité (au sens propre comme au sens figuré).

Gene Kelly et Van Johnson (excellent mais inattendu dans un tel rôle, pour lequel on aurait plutôt imaginé Donald O’Connor, le comparse de Kelly dans Chantons sous la pluie) sont deux chasseurs perdus dans les Highlands, qui découvrent par hasard un village qui ne figure pas sur les cartes. Ils y découvrent des habitants qui semblent hors du temps, totalement heureux, et fermés aux malheurs du monde. Ils finissent par découvrir la vérité : un miracle a fait de ce village, Brigadoon, une bulle en dehors du temps, qui n’apparaît qu’une journée tous les cent ans…

Envisagé en extérieurs en Ecosse, le film a finalement été tourné en studio, la météo peu clémente des Highlands ayant découragé les producteurs. Mais ce choix de repli se révèle payant : les décors, la brume, la lumière… Minelli filme une Ecosse fantasmée qui convient parfaitement à l’histoire, et à ce village, comme sorti d’un songe.

Brigadoon, c’est le paradis perdu, un idéal de vie. Le symbole de l’amour absolu, que trouve Gene Kelly en la personne de Cyd Charisse. Là, tout n’est que fête, amitié, chansons, danses, légèretés… Un pur décor de comédie musical, en somme. Tout dans la mise en scène, dans les chorégraphies, dans les poses de Cyd et les sourires de Gene, évoque le bonheur parfait, et l’harmonie.

Pourtant, Minelli glisse un grain de sable dans ce bonheur parfait : un jeune homme qui, seul, se sent prisonnier de ce village trop idyllique dont les habitants ne peuvent pas sortir sous peine de rompre l’enchantement et de faire disparaître le village. Un jeune homme qui ne rêve que de voler de ses propres ailes, et tente de partir. Personne ne lui veut de mal bien sûr, mais tout le monde essaie de l’arrêter, et le jeune homme se fait tuer. Un accident, mais on se met d’accord pour ne plus même en parler. Comme s’il n’avait jamais existé.

Et puis, effectivement, on n’en parle plus. La légèreté, l’amour, le rêve, la musique et la danse reprennent leurs droits. La communauté parfaite a été sauvée, au prix fort pour le seul individualiste du village. Malgré l’amour fou, malgré le happy end miraculeux, ce « prix à payer » laisse un arrière-goût amer à ce magnifique feel-good movie.

 

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