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Archive pour la catégorie 'MELVILLE Jean-Pierre'

Le Doulos – de Jean-Pierre Meville – 1962

Posté : 16 février, 2015 @ 4:59 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, MELVILLE Jean-Pierre | Pas de commentaires »

Le Doulos - de Jean-Pierre Meville - 1962 dans * Polars/noirs France LeDoulos_zps46227287

« Salut les hommes, et tant pis si je me trompe. » Cela sonne presque comme du Audiard, mais c’est à Melville qu’on doit cette réplique mythique, et c’est Serge Reggiani, raide et mutique, qui la prononce en entrant dans la cellule où va se nouer définitivement son destin, sans qu’il le réalise lui-même avant qu’il soit trop tard.

Le Doulos porte déjà en germe tout ce qui fera la grandeur des grandes œuvres noires et de plus en plus dépouillées du cinéaste, du Deuxième Souffle à Un Flic. Plus il abordera le polar (ou le film de gangster), plus il approchera l’épure, jusqu’à frôler l’abstraction, avec des personnages de plus fermés et silencieux. Et toujours avec cet extraordinaire sens de la mise en scène, et du mouvement dans le cadre.

Il y a déjà tout cela dans Le Doulos : une manière unique de filmer des décors dont on est bien incapable de dire s’ils sont naturels ou de studios ; une tension de chaque instant qui naît des silences ou des non-dits derrière des dialogues viriles ; un sens de l’honneur et une amitié virile où les femmes n’ont pas leur place…

Mais Le Doulos n’a pas encore la simplicité des grands films à venir. Il repose sur des procédés qu’il banira à peu près systématiquement à l’avenir, basant notamment son récit sur des faux semblants, et un mensonge par ommission qui pèse sur la perception que l’on a du personnage du « doulos » (a.k.a. la balance) joué par Jean-Paul Belmondo, dans la période la plus passionnante de sa carrière.

Très originale aussi, la manière dont le point de vue central passe de Serge Reggianni, braqueur fraichement sorti de prison et bien décidé à se venger, à Belmondo, impassible et intense. Une construction qui donne au Doulos une dimension unique dans l’œuvre melvilienne. Bien plus qu’une ébauche : une passionnante étape dans l’élaboration de son style unique.

Un flic – de Jean-Pierre Melville – 1972

Posté : 10 avril, 2014 @ 1:38 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, MELVILLE Jean-Pierre | Pas de commentaires »

Un flic – de Jean-Pierre Melville – 1972 dans * Polars/noirs France Unflic_zps21ee8d26

Ultime film de Melville, qui revient au dépouillement absolu et à l’abstraction du Samouraï, son chef d’œuvre. Le cinéaste retrouve d’ailleurs son acteur le plus symbolique : Delon, royal dans la peau de ce flic comme il l’était dans celle du tueur solitaire. Parce que les deux hommes, finalement, ne sont pas si éloignés. Même s’ils se situent de part et d’autre de la loi, ils incarnent une même vision de l’humanité : solitaire, taiseuse, et vivant en marge de la société.

Dès la première apparition de Delon, en plans brefs que le montage intercale dans un long braquage de banque à des centaines de kilomètres de Paris, quelques rares mots prononcés en voix off soulignent le quotidien de ce flic, qui entre en fonction en fin de journée sur les Champs Elysées, mais qui n’existe vraiment que lorsque Paris s’endort…

Delon le flic partage ses nuits avec un coéquipier (Paul Crauchet) avec lequel il n’échange pas le moindre mot. Les rares fois où il semble vivre enfin, c’est lorsqu’il s’éloigne de ces appels téléphoniques qui se suivent sans fin, et qu’il côtoie celui et celle dont il ne sait pas encore qu’ils sont les cerveaux du braquage, propriétaires d’un club de nuit où il a ses habitudes.

Lui, c’est Richard Crenna, le futur colonel Trautman de Rambo, dont le regard laisse transparaître les rêves perdus et surtout le destin inéluctable. Elle, c’est Catherine Deneuve, qui parvient à donner une aura tragique à ce personnage quasi muet et totalement en retrait.

D’ailleurs, tous les personnages sont en retrait, et n’existent vraiment que dans les silences, plus que dans n’importe quel film depuis Le Samouraï. Comme s’il pressentait qu’Un  Flic serait son dernier film, il en fait une œuvre-somme, où l’on retrouve son goût pour les chapeaux et les pardessus, pour les lieux nocturnes où flics et gangsters partagent les mêmes valeurs, et pour les silences qui en disent long.

Il y a bien quelques dialogues, rares et faussement explicatifs. Mais ce sont les silences et les regards qui marquent le plus dans ce sommet du cinéma melvilien. Un regard compréhensif entre le flic et un travesti. Puis, plus tard dans la nuit, un autre regard, dur et résigné, entre les deux mêmes… Melville multiplie les gros plans pour coller à l’évolution des personnages. Avec ces visages pas si impassibles, c’est l’inéluctabilité du drame en marche qu’il met en valeur.

Le Samouraï – de Jean-Pierre Melville – 1967

Posté : 29 novembre, 2013 @ 3:40 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, MELVILLE Jean-Pierre | Pas de commentaires »

Le Samouraï

A la jeune génération qui ne voit en Alain Delon que l’incarnation du vieux réac odieux et imbus de lui-même (on se demande d’où vient cette image qui lui colle à la peau), à ceux qui se demandent comment une telle aura peut entourer l’interprète de Jules César dans un pathétique Astérix… A tous ceux-là, une vision du Samouraï s’impose. Avec ce personnage de tueur solitaire et taiseux (et avec une poignée d’autres, dont Plein Soleil et Rocco et ses frères), Delon est entré dans la légende.

Quarante-cinq ans après, on est toujours saisi par la présence sidérante de l’acteur, bloc de marbre dont le verbe est rare, mais dont le regard dit tellement sur la profonde solitude. La première séquence est inoubliable. Une chambre à peine meublée, Delon attendant allongé sur son lit, un moineau qui piaffe dans sa cage, rien d’autre qui puisse évoquer une quelconque attache… Ce Jeff Costello est une ombre, un fantôme. Un tueur à gages dont on ne saura rien du passé, des doutes ou des rêves.

Melville le filme comme un cadavre en marché. Raide, blafard, résigné. Un être tragique que la mort entoure, et qui n’essaye même pas de se raccrocher aux dernières beautés qui l’entourent : une « fiancée » prête à tout pour lui (Nathalie Delon, dans son rôle le plus marquant), et une pianiste de jazz au comportement trouble, qui a été témoin de son crime mais le couvre devant les policiers.

C’est (avec L’Armée des ombres) le chef d’œuvre de Melville. Une marche funèbre dépouillée et fascinante, qui inspirera des tas d’autres cinéastes, et tout particulièrement à Hong Kong : John Woo n’a jamais caché son admiration pour Melville, et s’inspirera du personnage de Delon pour le tueur de The Killer (qui s’appelle même Jeff) ; plus récemment, Johnnie To avait proposé à Delon le personnage principal de Vengeance (hélas interprété par Johnny), lui aussi très inspiré de Jeff Costello.

 

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